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L'INTERMÉDIAIRE
Des
CHERCHEURS ET CURIEUX
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PARIS. — TYPOGRAPHIE DE CH. MEYRUEIS
Rue Cujas, i3
Chtrcheg »t
voui troueêTiX.
Il M fttlU
L'INTERMÉDIAIRE
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CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, t^OTES and QUERJES français}
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A L'USAGE DE TOUS
LITTÉRATEURS ET GENS DU MONDE, ARTISTES, BIBLIOPHILES, ARCHÉOLOGUES,
GÉNÉALOGISTES, ETC.
5* ANNÉE
1869 (•(BODLi/.r.:-:';'
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r/ODlC'v
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PARIS
LIBRAIRIE DE JOËL CHERBULIKZ
KUE OE SEINS, 33
1869
TABLE DES MATIERES
N.B.— Les questions qu} n'ont pas reçu de réponse dans ce volume étant accompagnées d'un
seul chiffre de renvoi^ il est facile de les* distinguer dans la Table.
A pas d'église. 662.
Abbaye de Cluny, en Bourgogne. 56
Abraham Patras. 60.
Académie de peinture. Expositions de Tancien-
ne — 84, 24Q, 477.
— de Troyes, en Champagne. M. Louis Viar-
dot etr — 719.
— française. Les fauteuils de V -* 86, 190.
— Les immortels de r — 5oi, 670.
Acheter et vendre chat en poche. 275.
Actes des apôtres, La duchesse d'Aiguillon et
un verset des — 809, 89 1 .
Actesi de légitimation, j)ar des évêques, de bâ-
tards de prêtres. 690.
Adonistus. (Prince) Histoire du — .^66, 647.
Adry (J. F.). Manuscrits de — (III, 616.) ^44.
Affaires. (Les) C'est l'argent des autres. 11 3,
2o3, 236, 292, 415.
Agneau. Le loup et 1' — vignette révolution-
naire. 626.
Aide-toi, le ciel t'aidera. La société secrète. 48.
109, i54, 204, 293, 321.
Aiguillon. La duchesse d' — et un verset des
actes des apôtres. 309, 391.
AlmanachdesCumulards. i)2, 217.
Almanachs en matière criminelle. De l'impor-
tance des — 398.
Alcibiade. Un soufflet d' — 401, 482.
Alembert. Naissance de d' — 40 5, 460, 487.
Alphonse X. D'un mot d' — 596.
Alsace. Le marquis de Lagrange, intendant
Alvimar. (Général d') Les tableaux du — (IV,
38i.)73.
Amazone. Etymologie du mot — (II, 154.) 669,
649, 704.
Amelette, omelette. (IV, 219.) 69.
Amérique au XIII« siècle. Découverte de 1' —
(III, 468.) 34.
Amours du Palais-Royal. Les — 48.
Analogies de plusieurs noms de neuves. 275,
352, 427.
Anéroïde. 696.
Anet. Une inscription au cimetière d' — 372.
Angers. Nobles et gentilshommes avant 89. 24.
Anglais. Lerf caricaturistes — (IV, 365.) 45.
Anselme et Simplicien. La continuation des
PP. — 375.
Antitabac vers les premières années de ce siècle.
(IV, 206.) 37.
Applaudissements comme moyen de chauffage.
Des - 688.
Arago (François), a-t-il eu des collaborateurs i
2l3.
Arbrissel. Robert d' — (1047. 11 17.) 596, 706.
Archal. Fil d' - 59, i38, 286.
Arc. Noblesse de la famille de Jeanne d' — 3o,
i53.
Aréopage. Le temple de 1' — 85, 348.
Argent des autres. Les affeires c'e&t V — 11 3,
2o3, 236, 292, 4ï5.
Argentiers du XVII" et XVIII* siècles. Orfèvres
et — 6, 379.
Arioste et les voleurs. 46 1 .
Armes de Voltaire. Les — (IV, 2q5.) 42, i35,
382.
Armoiries à reconnaître. 5o8, 642.
— des prélats et des sénateurs. 600, 708.
Armoriai général de d'Hozier. (IV, 2q5.) 37.
Arrêts du Conseil des Dix. Recueil des — 7.
Artichaut. L'Italie comparée à un — 116.
Augustin de France. (L') 246, 327.
Auguste et Tacite. Un renseignement nouveau.
335.
Aulnoy. Mots spéciaux des Contes de M"« d' —
499, 614, 65 1.
Auteurs latins. La Révolution "française écrite
par les — 52.
Auteur à retrouver. Un — 81.
Autographes de Gérard van Papenbrock. La
collection d' — 32.
— de Marie-Antoinette ou de l'abbé de Ver-
mont. (IV, 245.) 216.
— de Gérard de Nerval. Le dernier — 46.
Asperge. Le sonnet del' — (IV, 157.) 95.
Assedio di Arlem. Les Gueux, Patrie, et 1' —
240.
Avocat anonyme de Bordeaux au XVII« siècle.
Un — 532.
Avoir du quibus, du conquibus. 83, 187, 349.
B
Badaudisme. 435, 5 20.
Balzac. Des vers de — 432.
— Les œuvres projetées par — 464.
— Mémoires de Sanson rédigés par — 628.
— L'imprimerie de H. de — (III, 337.) 94, 537.
— Monographies et notices sur — (IV, 368.)
535. (in, 106.) i5.
— Un portrait de Salomon de Caux, découvert
par — 58.
— Renseignement sur les œuvres de — 281.
Ballades dont on cherche l'auteur. Deux — 53 1 .
Ballet inédit de la Fontaine. Un — 25.
Baour Lormian. Vers de — Empruntés par
Alfred de Musset. 370, 451.
Baptême. Emploi du sel dans la cérémonie
du — 53, i55.
— Gants de — (IV, 270.) 08.
Barthélémy. Médailles de la Saint — 533, 58g,
621, 680.
Barbier (Auguste). Vers presque inédits de —
333, 397.
— Une nouvelle édition du Dictionnaire de —
61, 248, 63i.
Barbe d'or. Une ^ 405, 490, 58o, 649.
Bas bleu. 5 3o. 633.
Bastianini (G.j, statuaire. 5o2, 61^.
Bâtards de prêtres. Actes de légitimation, par
des évêques, de — 696.
Bataille livrée à jeun. Une — 86, 169.
Battus payent l'amende. Les — 238.
Bayle; il ne s'agit que de l'en tirer. Tout est
dans — 695.
Vj
TABLE DES MATIÈRES.
Bazin sur Rangouze. Note de M. — 5q8.
Beaux esprits se rencontrent. Les — 433, 5i8.
Beau est la splendeur du vrai. Le — 53, i56,
260, 329, 417.
Beauté. Et le sceptre revient toujourp à la —
338.
Beaux-Arts. Dictionnaire de TAcadémie des —
283, 35g.
Beaujon frisant la potence. Le financier -^ 279,
357.
Béatrice de Cusance. 4.
Beati vauperes spiritu. (IV, 377.) 73.
Beau Dunois est-il bien le nls ae la reine Hor-
tense? Le — 147, 317.
Beaumarchais. Bons mots de — 565, 645.
Bec de corbin. Gentilshommes au — (lA, 738.)
II.
Beethoven était-il connu à Vienne sous le nom
de Quatuor des Harpes.^ Pourquoi le deuxiè-
me quatuor de — 114, 255.
Belle. Faire la — 59, 220.
Benicourt, Boucot^ Flory de Lessart, de Rou-
ville, Tojmard, Surl^eck. 60, 161.
Benserade. Véritable orthographe du nom de —
148, 228, 3oo.
Béranger. L'Enrhumé de — > 1 14, 254.
— et Louis XVIII. 55.
— Une passion de — (I, i5.) 569.
— Premières chansons inconnues et retrouvées
de — 716.
Bernard, calligraphe. 665.
dernières. Extrait de mariage ou acte de ma-
riage religieux d'Abraham Duquesne et de
Gabrielle de — 468.
Bergeron, Lamberdière. Lauron. 698.
Béthisy, Phélippes et de la Garmoise. Généa-
logies Marcel, Corbie, de Laistre, de — 60.
Bévues contemporaines : Jeanne d'Arc, Figaro,
et Don Quichotte. 368.
Bibliothèque universelle des dames. 407.
^ du prince de Soubise* 698.
— de la rue Richelieu. Proposition de brûler
la — 180.
Bibliothèques publiques. Extrait des — 32.
Bible i Quel est le nombre de lettres, de mots
qu'il y a dans la — 401, 612.
Bicêtre. De quoi. 83, 160, 233.
Bienfaisance) Est-ce à Vaugelas ou à Balzac.
ou à l'abbé de Saint-Pierre qu'on doit le
mot — (lll, 146.) 93.
Billets autographes de l'abbé Barthélémy.
Deux — 657.
Blois (Pierre de). M. Brame et — - 688.
Boaça (M. de). 06 5.
Bœufs de Suze et les bœufs... réactionnaires de
1792. Les — 656.
Boileau ? De qui le rondeau: A la fontaine où
s'enivre — i, i25.
Boliment, boniment.^ 662.
Bonnière. Cabinet du docteur — 534.
Bonneville. Vers cités par — 2.
Borel. Dictionnaire des antiquités de — 314.
Bordeaux. Le manuscrit d*un livre tie i65i,
sur— (I, io3.) 121.
Bossuet. Une lettre de — (IH, i3i.) 93.
Boscus (L.). De antiquitatibus Grcecorum, (IV,
356.) 72, i65.
Boue pétrie dans du sang. De la — 435.
Bouillet et la cour de Rome. Le Dictionnaire
de — 149^ 23 1.
Bouilhet père, poâte. 526.
Bourbonnais et le nom de son auteur. Histoire
du — 2 1 3.
Bourse. Quatre vers sur la -r^ 370.
Bourses (Clémence de) et Louise Labé. 377,
455.
Boucs et porcs d'écurie. 117. 201, 236.
Boucot, Flory de Lessart, de Rouville, Toy-
nard, Surbeck, Benicourt. 60.
Bouillon de onze heures. 84.
— (Le peintre) (IL 53.) 62.
Bourbons. Une fille des — 407.
— Cantates et chants politiques en 18 14 et
181 5, en l'honneur des — 095.
Bourguignote. La — 467, 549, 61 3, 686.
Bracelet qui semble bien apocryphe. D'un —
694.
Brame (M.) et Pierre de Blois. 688.
Bride avallée. 53o, 618.
Brillât-Savarin. Mémoires secrets de — 7, 284.
Brouillard du choléra. Le — 32.
Brosses (Le Président de), Alphonse Karr, et
Alexandre Dumas. 720.
Bruit est pour le fat. Le — 625.
Brunet (Jacques-Charles). Travail annoncé de
M. Leroux de Lincy sur M. — 376.
Brune. Œuvres littéraires du maréchal — 52,
217, 536.
Burbanck, peintre de chats. 341.
Burgat (François), chanoine de Bourges en
1564. 182.
Burger et Auguste Lafontaine. (IV, 345.) ici.
Burchard. A propos de — 3i i, 393.
Byron. A propos de lord — (iV, 3 16.) 98.
i
Cabanis. Lieu de naissance de — 608.
Cabel (Adrien van der), peintre hollandais.
1631-1695. 90.
Câble sous- marin, sous les auspices de la poli-
tique. Un — 496.
Cadran solairiana. 535, 589, 620, 710.
Cadres ciselés par Froment-Meurice, pour les
peintures de Meissonier. 178.
Caigniez. Le mélodramaturge — 28, 5/2.
Calembour? D'où vient le mot — 565, 645.
Calendriers nouveaux. 210, 298, 363, 416, 4g3.
Calvaire. L'imprimerie du — 378.
Camoêns et Jules César. 495.
Candidatures officielles aux Etats-généraux en
1614. Les — 3oi.
Canropert. Statue antique du maréchal — ,
taillée par lui-même. 527.
Cantates et chants politiques en 1814 et 18 1 5,
en l'honneur des Bourbons. 695.
Caquire, parodie de Zaïre. 509.
Caractères. Les deux rondeaux des — 692.
Cardan et son époque (Jérôme). 6 1 .
Cardinal espagnol a-t-il jamais souffleté un car-
dinal français? Un — 245.
Caricaturistes anglais. Les — (IV, 365.) 4.5.
Camée, représentant les traits de Jésus-Cnrist.
594.
Carnavalet. Origine de l'hôtel— 148, 23o, 268,
35i.
Carpentras, ville comique. 1 18, 477, 58o,
Cartel à interpréter. Un — 4o5, 490.
Cartes et médailles des Conventionnels. 56,86,
190, 234.
Cartes d'entrée à la Convention. 56, 159, 5 10.
Casanova. Les Mémoires de — 568, 648.
Casaubon. Documents sur les — ^11, 76.) 122.
Catalogue de Fortsas. (IV, 328.) 39.
— des tableaux de mon cabinet. 1 14, 254.
Catéchisme de 1806. Le — (IV, 166.) 64, 162,
232.
— français à l'usage des écoles primaires, par
La Chabeaussière. 212.
Catherine de Médicis. Sur un pamphlet contre
— 6.
TABLE DES MATIERES.
vij
Catherine. Coiffer sainte — (IV, 354.) 346, 607.
Caus (Salomon de). Portrait ancien de — 58,
219.
— Figaro et — 5q2.
Ce que j'aime... de Victor Hugo. 661.
Centenaire de Marceau. Le — ô25.
Ceneau. La hiérarchie de Robert — - 49.
Censure. Un couplet de romance supprimé par
la — 1 79.
Cent-et-un. Ladvocat et le livre des— (II, 1 79.)
Q2.
César. Encore une phrase des Commentaires
de — 209. 293, 36i.
— (Jules). Camoôns et — 4q5.
Chamillart. Les reliures de*M»« de — 282.
Champi. Edition originale de François le —
92, 536.
Chanson parisienne de : Fi-fi. La — 242, 325,
396, 5x3.
— populaire du temps de Louis XIV. Une —
145.
— par M. Rathery. « Chansons populaires »
Les — 90.
Chant héroïque de Rouget de Lisle. 1 76.
Chanteurs de la Comédie italienne. 61.
Chapier. 340, 423.
Char de l'Etat et celui de la colonnade du Lou-
vre. Le — (IV, 390.) 123.
Charles IV de Lorraine. Le testament politique
de — 1 1 5, 444.
Charles IX. Maladie de — 468, 55 1, 641.
Charpentes en chêne ou en châtaignier. (IV,
26D.) 97.
Chat en poche. Acheter et vendre— 275,480.
Chateaubriand. Un vers sur — 529.
Chauvinisme. Le, — 245, 326, 396^ 459.
Chemins de fer. M. Thiers, ennemi des — (IV,
389.) io5, 253.
— flottants à locomotives sphériques. 599.
Chénier. Deux passages d'André— (IV, 32 1.)
70.
— Portraits d'André — 40 5, 489.
Cheval blanc. Hôtel du — 53 o.
Chevalier de la Léeion d'honneur. Un — 2i3.
Chiens? Euripide mt-il mangé par des — 1 15.
Choffard. Sujets galants gravés par — 57, 160,
6o5.
Choiseul. Le quatrain de — 564.
Choléra. Le brouillard du — 32, 134.
Cigué ? Socrate fut-il empoisonné par la — (IV,
34b,) 100.
Citations latines dont l'origine est à trouver.
Quelques— 529.
Cluny en Bourgogne. Abbaye de — 56.
Cocotte. Origine du mot — appliqué aux
femmes... comme il en faut. 43 1.
Codions à l'engrais du prince Louis. Les —
402, 484.
Code Napoléon mis en vers français. Le — 597,
684.
Coiffer sainte Catherine. (IV, 354.) 346, 607.
Comédie italienne. Chanteurs de la — 61.
— en France. Origine de l'opéra et de la — 469.
Comminges. Les négociations du comte de —
279.
Complot. Coup d'Etat. 403, d.86.
Commynes. Généalogie de Philippe de — (III,
741.5409.
Commentaires de César. Encore une phrase des
— 209, 293, 36 1.
Comme pour l'amour de Dieu. 3o8, 390.
Comptes du monde aventureux ? Quel est l'au-
teur des — 3 12.
Comfort, confort. 662.
Concile de Trente. Pourquoi le — fut-il trans-
féré à Bologne? x8o, 291, 41 5.
Condé. Jean de — 6q8.
Connaît-on aujourd'hui les plats de galère et
les poteries de miel, alias : miellé f (lll, 65o.)
io5.
Conquibus. Avoir du quibus, du — 187, 349.
Conseil des Dix. Recueil d'arrêts du — 7, 284.
Considérations sur la France, par Joseph de
Maistre. Les — 5oq, 554.
Contes de ma mère 1 Ove. 1 14, 200, 410.
— de fées de M"« d'Aulnoy. Divers mots spé-
ciaux des — 499.
Contre-Vérités du marquis de Rouillac. Les —
597.
Convention. Cartes d'entrée à la — 56, iSg,
5io.
Conventionnels. Cartes et médailles des — 56,
86, 190, 234.
Convention nationale, statistiquée en dix lignes.
La — 495.
Convenant. Famille de — 279.
Conversations patriotiques. 91.
Collégiale de Mantes et collégiale de Saint-
Maimbœuf d'Angers. 56.
Colin-Maillard. Le — 57.
Collot d'Herbois. Une lettre autographe du
comédien ambulant — qui depuis... 559.
Coqs et croix. (IV, 263.) J6, 573.
— gaulois. Le — 342, 504, 607.
Coquilles. Les fameuses — (liï, 536.) 94.
Coroie, de Laistre, de Béthisy^ Phélippes, de la
Garmoise, Marcel. Généalogies de — 60, 220.
Corneille (Claude). Un peintre et curieux à
Lyon, en i55i ? Peut être — 277, 354, 428.
Cornes. 148, 229, 3 20.
— du diable. Les — 5q, 347.
— du taureau sont-elles venimeuses ? Lès —
277, 354.
Coup d'Etat. Complot. 4o3, 486.
Courir le Guilledou. (IV, 74, 137, 247.) 12»
Couronne de fleurs du poète de Platon. De la
prétendue ^54.
Cours. Revue des — 33.
Cousin. Couvrez-vous, mon — 3 1, 216.
— Date de la mort de Jean — 409, 539.
— Sur un quatrain, cité par M. Victor — 62 5 .
Coutumes et croyances populaires,fpar M.Lais-
nel de La Salle. 90.
Couyent des oiseaux. Le — (IV, 294, 379.) 2 1 ,
10 1, 129.
Couvrez-vous, mon cousin. 3i, 216.
Credo quia absurdum, 145, 288.
Creyers. La famille de — 118.
Crevés. Petits — 59^^.
Cri du jeu de l'Empire d'Orléans. 660.
Crinoline. Antiquité de la — 624.
Croix. Coqs et — (IV, 263.) 36, 573.
Coqs et croix. (IV, 263.) 36, 573.
Cuir des bêtes prend-il des rides avec l'âge. Le
— 342.
Cuias. Le testament de — 211.
Cuihat, Trintinhac. 53o, 700.
Cumulards. L'almanach des •=— 52, 217.
Dagobert. (Le général) 5o5, 584, 704.
Dague de plomb. Fin à dorer comme. une —
53, 379, 457.
Dam! Dame! 84.
Dames. Bibliothèque universelle des — 407.
Dante. Un vers de l'enfer de — 563, 672.
Date, Epoque, Ère. {IV, 200.) 18.
— de la mort du maréchal de Biron.(IV, 264.)
16.
Daurat? Qui était le sieur — 3i3.
V\l}
TABLE DES MATIÈRES.
David. Mot attribué au peintre —^ 148, 23o,
267.
Décimal. Le système — et les horloges. 85.
Décimales. Pendules et montres —117.
Décoration du Lis. La — 268, 632, 71 5.
Découverte de TAmérique au aIII* siècle. La —
YIII, 468.) 34.
Décret. Edit. Ordonnance royale. 86, 170.
Définition du silence. Une — 2^7, 328.
Dégommer. Le mot — 210, 298, 5i3.
Delansle et de M. Charles Dupin. Les métaphores
de M. — 591.
Délassements du père Gérard. Les — Jeu na-
tional. 5q, 160,410.
Delessert. La bibliothèque des — 509.
Demoustier. L*Emilie des « Lettres sur la
mythologie » de — (III, 447.) 94.
De prqfunais. Un — S. V. P. 407, 55o.
De qui ces deux vers? 370, 45o.
De quoi. Bicétre. 83, 166, 233.
Desaix. Le cheval de — peint par Carie Vemet.
5o2, 617.
— Buste et portrait de — i xo.
bésert. Le vaisseau du — 27.
. Devise de Valentine de Milan. 595.
— latine. Une — 402, 415.
Diable. Les cornes du — 59, 347.
Dictionnaire de l'académie des Beaux- Arts. 283 .
— de Barbier. Une nouvelle édition du — 61,
248, 63 1.
— de Bouillet et la cour de Rome. 149, 23 1.
Diderot. Deux vers de — 177.
— Salon de — 436, 541.
Diète polonaise en 1773. La — (IV, 262.) 1670,
678.
Dieu bénit les nombreuses familles. 59.
Dindon. Origine du — (IIL 2o3, 3i2, 5o6, 52 1.)
(iy>,î^9?0 10. I2Q, 186, 478, 641.
— de la farce. Etre le ^-59.
Dioclétien. Un mot de — 54, 219, 314.
Discours académiques imprimés en lettres do-
rées. 473.
Discours bien payé. Un — 342, 482.
Distraction de M. Emile Ollivier ou... de son
imprimeur? Est-ce une — 207.
Division de la France. Sieyès et la — 56,
Documents sur les Casaubon. (III, 76.) 122.
Donné. 178, 262.
Doré. Le Rabelais de Gustave — 89, 1 95, 3 1 5.
Dorval (Marie). 21 3, 322, 5 12, 671.
Drame de M. L. Halévy : Martin Luther. 33,
107, 171.
Droit de Santerre. Le — (IV, 134, 344.) i3.
Du Bartas i Racine a-t-il imité — 56o.
Duchesne. Les fourneaux du père — (IV, 1 39.)
345. 440.
Du choc des opinions jaillit la vérité. 53o.
Dumas (Alex.). Le président de Brosses, Al-
phonse Karr et — 720.
Dumoulin (Gabriel), curé de Maneval. 278.
Dunois. Le beau — est- il bien le fils de la reine
Hortense? 147.
Dupin (Charles). Les métaphores de M. De-
langle et de M. — 591.
Duquesne (Abraham). Extrait de mariage ou
acte de mariage religieux d* — et de Ga-
briellede Bermères. 468.
Duroc. Dernières paroles de — 474.
Duthé. tJn buste de la — 3 10, 393.
Du Tronchet. Un secrétaire d'autrefois. 621.
£
EauNaf. 3i3, 394, 450.
Ecrivain anglais. Th. E. May. (IV, 293.) 20.
Edit de Nantes ? A quelle date Louis XFV signa-
t-il la révocation de V — 148, 259, 386.
Edit. Ordonnance royale. Décret. 80, 1 70.
Eglise de Saint-Herbeland à Rouen. 56, i37.
Eglises réformées en 1597. Plaintes des — (IV,
263.) i5.
Emigration vers l'Est des centres de popula-
tion. 599, 685.
Emilie
moustier.
Empérièi
Emeute
558.
Emploi du sel dans la cérémonie du baptême.
53, i55.
Endetté comme un boucher. 594, 7o5.
Enfant de Paris mâle et femelle tout à la fois.
Un — 592.
— pétrifié. Histoire d'un — 78.
Enrhumé de Déranger. L* — 1 14, 254, 328.
Enseigne de Paris, une vieille— 3, i23, 2o3.
— Personnages publics ou historiques sur les —
504.
Ensorcelés de Morzine. Les -— 244.
Entretiens de l'évêque Majoli. 22.
Entre la poire et le fromage. 404, 487.
Epigramme contre M. Henri Martin. L' — 625,
7i3.
Epinards. Les — d'Henri Monnier. 21 5, 479.
Epaminondas volé... par un de nos plus spiri-
tuels chroniqueurs. 239.
Epoque, date, ère. (IV, 290.) 18.
Errata. Origine des — 32.
Ere, date, epocjue. flV, 290.) 18.
Erostrate des bibliomèques publiques. L' — 32.
Erudition de Mathurin Régnier. 27, 78, 166.
— de Jean-Jacques Rousseau. 82, 166.
Escampette. Prendre la poudre d' — (II, 548
627.) 8.
Escalade. La société de 1' — 247, 385.
Eschassier. L' — 437.
Escobar. Une assertion d' — 372, 636.
Espion dévalisé. L' — (IV, 197.) 67.
Essars-ts, ou d$? Famille des — 212.
Estrées. Deux questions à propos du cardinal
d' — 3o8.
Etats généraux. Les candidatures ofiicielles
aux — 3oi.
Etienne et Bernard Picart. Armoiries d' — (IV,
292.) 374, 483. 6i3.
Ether. Gouttes d — 600.
Etiquette (Dame). D'où vient-elle? 212, 322.
Etouffeur du comte de Paris. L' — 5gb.
Etriers. Usage des — (IV, 328.) 100, 197.
Etre le dindon de la farce. 59.
Euripide fut-il mangé par des chiens? 1 15.
Evremont (Saint-), gouverneur des canards du
parc. 86, 169.
Exactitude. L' — est la politesse des rois. 56.
Expositions de l'ancienne Académie de peinture
et de sculpture. 84, 249.
Fabuliste russe. Krylof — 271.
Factums de Lafontaine. Deux — 5 1 .
Faire la belle. 5p, 220, 348, 444.
— la béte au roi quatrième. $94, 65 i .
— ripaille. 586, 65o.
Famille de Montchal. 3i.
Fat. Le bruit est pour le — 625.
Faussetés passant la permission. Pastiches et
Faust. Le petit— 336.
TABLE DES MATIÈRES.
IX
Faustine de Marc-Aurèle. Que faut-il penser de
la -(III, 333.) 3.1.
Fauteuils. Les ~ de TAcadémie française. 86,
190.
Faira, graveur de médailles. 3oq, 391.
Femmes. Apologie des— 120, 3 16, 395.
— du monae. 4?o, 52o, 587, 679.
— Les tailleurs pour — sont-ils antérieurs au
XVII» siècle? 65, 164.
— Satire de Boileau contre les — (IV, 236.) 96.
— ... Savez-vous pourquoi les —(III, 74.5.) 344.
'Fer. Les anciens ont-ils connu Tart de fondrele
— 505.
Ferdinand I*', roi de Sicile. 437, 522.
Fl-fi. La chanson parisienne de — 242.
Figaro et Tinfini. 391.
^ et Salomon de Caus. 592.
— Le nom de — (IIL 74.) 475.
— Le Mariage de — Edition originale de la Folle
Journée ou. 81.
Fil d'archal. 59, 286, 574.
Fin à dorer comme une dague de plomb. 53,
379, 457.
Flavius Josèphe. LTiistorien — (IV, 268.) 71.
Fleury, en 1672. Le marquis de — 88.
Fleuves. Analogies de plusieurs noms de —
275, 352, 427.
Flory de Lessart, de Rouville, Toynard, Sur-
beck, Benicourt, Boucot. 60.
Flûte et le tambour. La — (IV, 304.) 38.
Folle Journée. La — ou le Mariage ae Figaro.
81.
Fontaine où s'enivre Boileau i (A la) — De qui
le rondeau — i25, 477.
Fortsas. Catalogue de — (IV, 328.} 39.
Fournier (Eidouard). Les poésies d — 699.
France i De qui est l'histoire de l'Estat de —
9J
— L'Augustin de — 246, 327.
— Sieyès et la division de la — 56, 285.
François (Saint) à Mélinde. 179.
Francs. Le nom des — 434, 5i8.
Franquette. A la bonne — (II, 290.) 7.
Frater et merlan. 5oi, 6i5. • .'
Fraudes pieuses. Tromperies honnêtes. 5oi,
616. •
Fromages de roche. 63o.
Froment-Meurice. Cadres ciselés par — pour
les peintures de Meissonnier. 170.
Funérailles anticipées. 270.
Fust. Le — de Wurtemberg. 628.
Galands d'or. 402, 484, 614, 710.
Garde des rôles des offices de France et mar-
chand de vin privilégié de la cour et suite du
roi. 56, 159.
Garmoise. (De la)— Généalogies Marcel, Corbie,
de Laistre, de Béthisy, Phélippes et — 60.
Gascons. Ouvrages relatifs aux — 91 , 1 96, 3 20,
395, 459.
Gaudichon. La mère — (IV, 21.) 345.
Gaulois sont fiers. Ces — 307, 389.
Gavarni. Les Nénais de — 84, 167, 382.
Gazettes. Je règne par les — 564, 676.
Geneviève (Sainte). 4, 127, 28j.
Général Menou. Le — iq3, 2o3.
Géographe Nicolas de Nicolay. Le — 60.
Généalogies Marcel, Corbie, etc. 60, 220.
Gentilshommes au bec de corbin. flll, 738.) r i.
Gérard. Les délassements du père — ou la
Poule de Henri IV mise au pot en 1.792. Jeu
national. 59, 160.
— de Nerval. Le dernier autographe de — 46.
Gérard van Papenbrock. La collection d'auto-
graphes de — 32.
Gettons d'argent. 3 11 .
Gît-le-cœur. Rue — 436, 52 1, 643.
Gloire. Une singulière définition de la — 465,
548.
Gnathène et Stilpon. i, 76, 124.
Gog et Magog. (I, 67.) 474.
Goethe. Le dernier mot de — et le dernier mot
de Jodelle. (IV, 3 18.) 70, 164.
Godart. Etre relevé de — (IV, 323.) 72.
Gothiques. Impression en caractères — 246.
Gourgandine. 3i, i34, 287, 480.
Grand Erratum. Le véritao'e auteur du — (II,
684, 763; III, 20.) 70, 164.
Grana Off. Une belle phrase du — 3qq,
Grand-Monarque. Hôtel du — 372, 636-
Graveur anglais. Harleston — 61.
Gris. Ici on donne le — (11^ 14.) 149.
Groliei^ en 1517. Une dédicace de — 692.
— (Jean). Portrait de -^ 371.
Guacher. La comtesse — §07.
Guasco. Un livre de l'abbé de — 378, 457.
Gueux, Patrie, et TAssedio di Arlem. Les —
240, 3oo.
Guerre, jurements, etc. Anciens cris de —
(IV, 353.Ï101.
Guilledou. Courir le — (IV, 74, 137, 247.) 12.
Guillotin et la guillotine. 80, 140, 382, 458,
637.
Gutemberg. Mentel ou — (IV, i83.) 64.
H
Habent sua fata libellL 593,681.
Halévy. (M. L.) Martin Luther, drame de —
33, 107, 171.
Hammer à Stockholm. Le musée — 468.
Hamond (Pierre). De la date de la mort de — '
628.
Harleston, graveur anglais. 61.
Harpes ? Pourquoi le dixième quatuor de Bee-
thoven était-il connu à Vienne sous le nom
de quatuor des — 114.
Henri IV. Une phrase à propos de — 370.
et Ravaillac. 28.
Henri V. Monnaies de — 212, 299, 364, 428.
Henri VU a-t-il été empoisonné au moyen de
la communion ? 595, 706.
Héraut. Le — d'armes de Normandie en 1616.
627.
Hermine. Un poète italien rival de 1' — 277.
Hic Rhodus, hic salta. 402.
Hiérarchie de Robert Ceneau. 4Q.
Hippocrate. Le chapitre d' — 273.
Hirondelle de Carie Vçrnet. L' — 3 10, 392,
445, 552.
— Où vont les — 58, 63 1.
Histoire de Paris, de Sauvai. Le manuscrit de
r — 29, 573.
— (!') de l 'Estât de France i De qui est — 9 1 .
Historiographe. Nom d'un — 279.
Hollandais. \J Intermédiaire — 208.
Homère. La patrie d' — 341.
Homme au masque de fer. L' — 689.
Hommes et femmes célèbres non mariés. 373,
45 1, 494, 532, 542, 588, 65o.
Horace. Une traduction inédite d' — 658.
Horloges. Le système décimal et les — 85, 1 17,
188, 3i5.
Hortense ? Le beau Dunois est-il bien le fils de
la reine — 147.
Hôtel Carnavalet. Orieine de 1' — 23o, 268.
Hozier. Armoriai général d' — (IV, 295.) $7.
TABLE DES MATIÈRES.
Hugo (Victor). Une métaphore de — 34, 134,
225.
— Ce que j'aime, de — 661.
— Deux vers de — 177. 261.
Huguenot? Àmbroise Paré était-il — 87, 191,
234.
— Parpaillot. (IV, Sgi.) i5, 74, 139, 172, 225.
—(IV, 391.) 74, i3q, 258.
Humilmime. 564, 045.
Ici on donne le gris. (II, 14.] 149.
Il est trop tard.^IV, 389.) 284.
Images sur vélin découpées au canivet. An-
ciennes — 33, log, iqq.
Imitateur de Rabelais. (IV, 7.) 35.
Imitateurs du Père Loriquet. Les — 173, 237.
Immortels. Les — de l'Académie française. 5oi,
670.
Impasse? I^aut-il dire un ou une — 53 1.
Impression en caractères ^thiques. 246, 327.
Imprimerie au Mans. Naissance de T — 1 20.
— H. de Balzac
— du Calvaire. 378.
. , 337.) 04.
Incas. Les — du Mexique. Jio.
Inchistes. Les — 88.
^70.
.ffll.
Inscription au ciinetière d'Anet.'Une — 37Î
— émgmatique. 241, 324, 412, 492, 670, 697.
— rétrograde. 210, 297.
— grecque. Une — 564.
Intermédiaire hollandais. 208.
Inventaire général des objets d'art de la France.
589.
Ironie de M. Troplong. L' — 207.
Italie. L' — comparée à un artichaut. 1 16.
J. H. J. Les initiales — 379, 458, 524.
Jallet. Portrait de — flV, 102.) 36.
Jamin. Familles — (I, io3.) 475.
Je règne par les gazettes. 564, 676.
Jeanne d Arc. Noblesse de la famille de — 3o,
107, i53.
Jérôme TSaint] a-t-il jeté au feu les Satires de
Perse i 3, 1 52.
— Cardan et son époque. 61.
Jésus-Christ. Camée représentant les traits de
— 594.
Jésuites. (Dix) en eau-forte. (III, 271.) 343.
Jeu national. Les délassements du père Gérard.
5Qj 160.
Jeudis. La semaine des quatre —435, 519.
Jeune homme, vous commencez par où je vou-
drais finir. 60 1 .
Jeunesse. Expositions de la — 437.
— Le miroir de la — 149, 288, 557.
Jeux de nos ancêtres. Quelques-uns des — 466,
549, 643, 700.
Joannesa burgîs. 343.
Jodelle. Le dernier mot de Gœthe et le dernier
mot de— (IV, 3i8.J 70, 164.
Joie d'un érudit. La aernière — 3o5.
Josèphe. Une traduction de — 5 1 .
Joséphine. La vérité sur la mort de — 3o, 573.
Judas. Une réhabilitation de — 144, 5 12.
Junius. Lettres de —
Jurements, etc. Anciens cris de guerre, (IV,
353.) loi.
K
Karr (Alphonse) Le président de Brosses, —
et Alexandre Dumas. 720.
Képi. 436, 54 u
Krylof, fabuliste russe. 271.
Labé (Louise). Clémence de Bourges et — 377,
455.
La Calprenède? Où naquit — 532.
La Chaoeaussière. Catéchisme français à l'usage
des écoles primaires par — 212.
Lacoste. Familles — 406.
Ladvocatetle livre des Cent-et-un. (II, I79092-
Lafontaine (Auguste). Burger et — (IV, 345.)
lOI.
La Fontaine. Un ballet inédit de — 25.
— Deux factums de — 5.
— Un commentaire des fables de —
Lagrange. Le marquis de — intendant d'Alsace.
88, 194, 252.
Laisnel cle La Salle. Coutumes et croyances
populaires par — 90.
Laistre (de). Généalogies Marcel, Corbie, — de
Béthisy, Phélippes et de la Garmoise. 6ô, 220.
Laiton, Verdet, vert-de-gris, loutton. 82, 3 14.
Lamberdière, Lauron, Bergeron. 698.
Langeac. Marquise de — (IV, 39.) 62.
La Palisse. De — (IV, 357.) 72.
Las-Cases. Hudson Lowe, assassin du jeune —
en 1825. (IV. 393.) 149.
Lasne (P.) fut-il imprimeur ou libraire? 21 5.
Lauron. Bergeron. Lamberdière. 698.
Lauzun. (Comte de) 1690 Une lettre du — 43 o.
Le Blanc. Un vers de — 3, 77, 1 25.
Légion d'honneur. Un chevalier de la — 2 1 3.
Le Pipi. La chanson : — 3 08.
Leroux de Lincy. Travail annoncé de M. — sur
M. Jacques Brunet. 376.
Lestrigon. (Pire qu'un) 408. .
Lettre. (Une) inédite de l^uteur de la Comédie
humaine. 656.
Lettres falsifiées fle M"« de Main tenon. L'Idylle :
« Dans les prés fleuris, etc. » 662.
— L'Emilie des — sur la Mythologie de De-
moustier. (III, 447.) 94.
— inédite d'Eugène Scribe. Une — (III, 160.)
238.
— du peintre Léopold Robert. Une — 1 74.
Leu (Thomas de). Un portrait de — 663.
Liberté de la presse. Un martyr de la — 697.
Licorne (La\ Le phénix. 118, 256, 329, 420,
493, 540.
Lien. Une tasse qui est... un — 432.
Ligny en Barrois. Famille Louis de — 599.^
Lion amoureux. La romance du — 206.
Lionne (Hugues de). Un cachet de — 507, 642.
Lis. La décoration du — 268, 333, 632, 715.
Livre avec privilège royal. Le plus ancien —
120, 2o3.
Locomotives sphériques. Chemins de fer flot-
tants, à — 599.
Londres. 3i.
Loriquet. Le P. — 75, 249.
*— Un imitateur du — 140, i73, 237.
— et le sabre de la bataille du Mont-Thabor.
249, 328.
Louis-Philippe. Mort de — 373, 608.
Louis de Ligny en Barrois. Famille — 599.
Louis XI. Un mot attribué à — 565.
Louis Xlli. Les codicilles de — 469.
Louis XIV. A quelle date — signa-t-il l'Edit de
Nantes? 148, 259, 386.
TABLE DES MATIÈRES.
x;
Louis XIV. Une chanson populaire du temps
de — 145.
— et la place des Victoires. 558.
— Un mousqueton-revolver sous — (I, 96 ; Ili,
10.^ 495.
— Réponse d'un courtisan à — 170, 262.
Louis A V. Premier lit de justice de — 470.
Louis XVI à Rouen. 74, 248.
— Anecdotes du temps de — 664.
— Pétition rouennaise à la Convention en fa-
veur de — A.
Louis XVI. Mort de — Santerre. Beaufranchet
d'Ayat. 698.
— à Rouen. (IV, 389.) 74.
Louis XVIII et Béranger. 55.
Loup Le — et Tagneau : vignette révolution-
naire. 626.
Loutton, Laiton, Verdet, Vert-de-gris. 82, 314.
Louvois. Portraits de — 88, 252, 51 5.
Louvre. Le char de l'Etat et celui de la colon-
nade du — (IV, 390.) 123.
Lowe (Hudson). assassin du jeune Las-Cases,
en 1825. (IV, 393.) 149.
Lubienickz. (Le marquis de) (II. 716.) (III,
626.) (IV, 336.) 602.
Luc (Saint-). Salons de l'académie de — 467,
5^9.
Luther (Martin). Drame de M. L. Halévy. 33,
107, 171, 437, 699.
— a-t-il conseillé à sa mère de se faire catho-
liaue.'(IV, 373.) 571.
— Une lettre de — sur les pierrots. 339, 4^ 3.
Lydorie. Encore — (III, 55o.) 476.
Madame ou Mademoiselle. 367, 428.
Madrigal. Rose et Baiser. 593.
MœcenaSj atavis, 497, 582.
Magellan. Plaques de — 57.
Mahomet. Le cercueil de — 3 10.
Maintenon. Lettres falsifiées de M"* de — L'i-
dylle : « Dans les prés fleuris. »« 662.
Maisons. Numérotage des — 88, 25o.
Maistre (Joseph de). Les considérations sur la
France par — 509, 554.
Maioli. Les entretiens de l'évêque — 22.
Mâle «t femelle tout à la fois. Un enfant de
Paris — 592.
Manuel du libraire. Une rectification à insérer
au — 336.
Manuscrit de l'Histoire de Paris, de Sauvai. 29.
— d*un livre de i65i, sur Bordeaux. (I, io3.)
12 1.
— du maréchal de Vauba^. 596.
— ayant fait partie de bibliothèques particu-
lières, et à retrouver. 567, 677.
— originaux de Sauvai. Les — 214.
Mans. Naissance de l'imprimerie au — 1 20.
Manœuvres de la dernière heure. Les — 365,
Marat. Les compagnies de — 534.
Marchand de vin privilégié de la cour et suite
du roi, et garde des rôles des offices de France.
56.
Marceau. Le centenaire de — 525.
Marcel, Corbie, etc. Généalogies de — 60, 220.
Maréchal de Biron. Date de la mort du — (IV,
264.) 16.
— d'Aumont. Date de sa mort. (IV, 324.) 38.
Mariage de Richard de la Pôle. 4.
— morganatique. 58, 160.
Marie- Antoinette. Autographes de — ou de l'ab-
bé de Vermont (IV, 245.) 216.
Marin Cureau de la Chambre. Année de la mort
de — 566, 646.
Martin Luther. Drame de L. Halévy. 33.
] Martin (Henri) i D'une épigramme contre M. —
! 625, 714.
! Martyr (Un) de la liberté de la presse. 697.
' Marton. Perrette et — 58.
Massillon, Un manuscrit de — à retrouver. 567.
Masque de fer. L'homme au — (III, 140.) 112,
689.
Mathématicien. Un grand — mort en 1645. 565,
676.
Mathurin Régnier. Erudition de — 27.
May (Th. E.). L'écrivain anglais — 20.
Médaille romaine en or. Une — 664.
Médailles des Conventionnels. Cartes et — 86,
iQOj 234.
Médicis. Sur un pamphlet contre Catherine
de — 6, 128.
— (Catherine de). D'un livre qui était sur la
table dans le cabinet de — en l'hôtel de la
reine. 406, 460, 494.
Médoc. Les chais de — (IV, 378.) 73.
Meissonier. Cadres ciselés par Froment Meurice
pour les peintures de — 1 78.
Mélinde. (Saint François à) 179.
Melodramaturge (Le)'Caigniez. 28, 572.
Mémoires secrets de Brillât-Savarin. 7.
— (Les) de Zamore, nègre de M"* Du Barry.
3x3.
Menou. (Le général) i83, 263.
Mentel ou Guttemberg. (IV, i83.) 64, loo.
Menu propos sur un tableau du Salon de 1869.
304.
Merangoises. 601.
Merci de cette bonne!... 465.
Mercure de France. Indicateur du — 272, 480.
Mess. Le — 114, 200.
Mestre de camp, brigadier des armées du roi.
6» 77-
Métaphore de Victor Hugo. Une — (III, 270.)
34, i34, 255.
— (tes) de M. Delangle et de M. Charles Du-
pin. 591.
Mettre les pieds dans le plat. 5 3o, 618, 710.
Mexique. Les incas du — 3 10.
Meyer, Prud'hon et M"« — 340.
Michel-Ange. Un tableau de — 242, 326.
Michelet. La sorcière de M. — 602.
Michaud. La bonne vieille Quotidienne de M. —
(IV, 35o.) 22.
Migne. La croix de — 470^ 55 1.
Milan. La devise de Valentme de — 595.
Mille et une nuits. Les — 666.
Ministre rational. 3 11, 393.
Miraille (Marie), sorcière. 309, 392, 637.
Miroir de la jeunesse. Le — 149, 288, 537.
Miser (Jonathas). 314.
Mitre (La) s'est-elle jamais combinée avec une
couronne seigneuriale? 371.
Mœurs françaises. Tableau des — 378.
Molière. Jeton de présence de la troupe —
278.
— Vers de — à retrouver. 498, 583.
— nom de théâtre. 89.
Monaco. A la — (IV, 194.) 65.
Mon cousin, couvrez-vous. 3i, 216.
Monnier (Henri). Les épinards d' — 2 15, 479.
Monnaies de Henri V. 212, 299, 364, 428.
Mohographies et notices sur H. de Balzac. (III,
1 060 (IV, 366.) i5.
Monseigneur. Le titre épiscopal de — (IV, 329.)
476.
Montchevalier. Famille — 374.
Montmartre. Une trouvaille faite à— 304.
Montchal*. Famille de — 3i, i32.
Montaigne ou Montagne ? Doit-on prononcer —
(IV, Îqo.) 106, 198, 266, 38 1.
Montargis. Le chien de — (IV, 219.) 69.
XIJ
TABLE DES MATIERES.
Montesquieu a-t-il fait des emprunts à Paolo
Paruta? 665.
Montres déciijiales. Pendules et — 117, 202,
236.
— A. quelle époque a-t-on commencé à porter
des — 5o5.
Morganatique. Mariage — 58, 1 60.
Morguienne. A la bonne — (II, 290.) 7, 8.
Mort. La peine de — 63o.
— de LouisXVI. Santerre. Beaufranchet d'Ayat.
6û8.
— de Henri Sauvai. La naissance et la — 126,
223.
Morzine. Les ensorcelés de — 244, 445.
Mot attribué au peintre David. 148, 23oy. 267.
— de Dioclétien. Un — 54, 219.
— du Régent. Un ■ — 276, 353.
— espagnol à expliquer. Un — 564.
Moucny, Mouchards. 662.
Mousqueton-revolver Un — sous Louis XIV.
495.
Mûrger (Histoire de) par Trois buveurs d'eau.
92.
Musée de Toulouse. Livret du — (III, 536.) 94.
Musset f Alfred de). Un étonnement et un vœu
d' — 335.
— Supplément aux éditions de — 3 1 3, 417.
Mystère (Un) à découvrir. 626.
Mystifier et ses dérivés. Le mot — 45, 346.
Mystification prodigieuse. Une — 56 1.
Mythologie de Demoustier. L'Emilie des : Let-
tres sur la — (III 447.) 94.
N
Naissance. (La) et la mort d'Henri Sauvai. 4, 5,
6, 126, 223.
Napoléon I**" ? De quoi est mort — 3o.
Naissant (M.), musicien, en 1787. 5o6.
Nénais. Les — de Gavarni. 84, 167, 382, 404.
Nicodème. sculpteur. 404.
Nicolay (Nicolas de), jgéographe. 60.
Noblesse. L'origine de la — Poème satjrrique.
280.
Nobles et gentilshommes à Angers, avant 89.
24.
Noblesse maternelle. (IV, 379.) 102.
— de la famille de Jeanne d'Arc. 3o, i53.
Noël. 59, 347, 6o5.
Nom d'un historiographe. 279.
Nombreuses familles. Dieu bénit les — 59.
Noms de villes devenues ridicules. 52, i35,
258, 575.
— propres étrangers. Prononciation des — 340,
424.
Noms romains et grecs, pendant la Révolution.
56.
Nord de la France. Souvenirs historiques et
pittoresques du — 375.
Normandie. Le héraut d'armes de — en 161 6.
627.
Nostras qui despicit artes, 404.
Note de M. Bazm sur Rangouze. 598.
Numérotage des maisons. 88, 25o.
— des rues. 25, 88, 479, 553.
Obit anus, abit onus, 404.
Objets d'art. {Inventaire général des*— de la
France. 589.
Œuvres littéraires du maréchal Brune. 52, 217.
Oie. La petite — 14, i3o, 197, 32i..
Oie. La petite— des Précieuses. (IV, 261, 348.)
14, 106, 197.
Oiseaux. Le couvent des— (IV, 224, 379.) 21,
129.
Olivier, élu empereur à Paris. 3 02.
Olivier (Emile). Un moyen oratoire de M.— 337,
480.
— Est-ce une distraction d' — ou de son im-
primeur? 207.
Omelette, amelette. (IV, 219.) 60, 348, 427.
Onze heures. Un bouillon de -7- 84-
Opéra. Origine de 1' — et dé la Comédie en
France. 469.
— Un manuscrit concernant 1' — à retrouver.
567, 647.
Ophir de Salomon. (L') 62^.
Opinions. Du choc des — jaillit la vérité. 53o.
Orbilianisme. (U) 3o8, 390, 445.
Ordonnance royale. Décret. Edit. 86, 170.
Ordre des Jésuites ? Pourquoi aucun Français
n'a-t-il été général de 1' — 372.
Orfèvres et argentiers des XVII* et XVIII* siècles.
6» 379.
Origénisation des prêtres catholicjues r A-t-il
été présenté au parlement anglais, il y a juste
1 5o ans, un projet de loi décrétant 1' — 3 10.
Origine des rimes latines. 371.
— de la noblesse. L' — Poème satirique. 280,
359.
— du mot: sans-culotte. 3r, 217.^
— des: Errata. 32, i53.
— de l'hôtel Carnavalet. 23o, 268.
— du Dindon. (III, 2o3 , 3 12, 5o6, 52 1.) 10,
186.
Orléans. Le cri du jeu de l'Empire d' — 660.
Ossat. M. Thiers et le cardinal d' — 464
Où vont les Hirondelles? 58, 63 1.
Ouvrages relatifs aux Gascons. 91, 196.
Oxel ? Qu'est<e que — 33q, 554.
Oye. Contes de ma mère 1 — 114, 200.
P.... Le -(IV, 338.) 44.
Palais-Royal. Les Amours du — 48.
Palissy (Bernard). Une citation de — 665.
Pamphlet contre Catherine de Médicis. Sur un
— 6, 128.
Paré (Ambroise) était-il huguenot? 87, 191,
234, 3oi, 606.
Paris. Une vieille enseigne de — 3, i23, 2o3.
Parfaict ou Parfait. Les frères — 28, 1 06.
Parlement anglais. Les subsides du — (IV, 254.)
36.
Parpaillot, Huguenot. (IV, 391.) i5, 74, 139,
172, 225.
Partisans et ti;aitans. 532.
Paruta (Paolo) ? Montesquieu a-t-il fait des em-
prunts à — 665.
Pastiches et faussetés passant la permission.
597.
Patras (Abraham). 60, 220.
Patrie, et l'Assedio di Arlem. Les Gueux, —
240.
Patriotiques. Conversations — 91.
Peinture. Exposition de l'ancienne Académie
de — et de sculpture. 84, 249.
Peintre français. Raguenet — 118, 222.
— Un — et curieux à Lyon, en i55i. 227, 354,
428.
— de portraits. Wilbaut — 278, 356, 387.
— hollandais (Adrien van der Cabel) — 90, iq3.
Pendules et montres décimales. 1 17, 202, 2Ï6.
Perrette et Marton. 58.
TABLE DES MATIÈRES.
xii;
Perse? Saint Jérôme a-t-il jeté au feu Jes Satires
de — 3, i52.
Personnages publics ou historiques sur les en-
seignes. 504.
Peste rouge. La — 568, 648,
Pétition rouennaise à la Convention, en faveur
de Louis XVL 4.
Peutinger (Mademoiselle). 629.
Phélippes. Généalogies Marcel, Corbie, de
Laistre, de Béthisy, de la Garmoise, et —
60, 220.
Phénix (Le) et la Licorne. 118, 256, 3 16.
Philippe III a-t-il été rôti ? 54.
Phrase. Encore une — des commentaires de
César. 209.
Physionomies. Les — littéraires par Armand
Baschet. Ses autres œuvres. 376, 453.
Pibrac. Un poâme de — 307.
Picard (Bernard). Armoires d'Etienne et —
374, 01 3.
Pichon. Du prix des livres à la vente — 400.
Pieds dans le plat. Mettre les — 53o, 618.
Pie. La messe de la — (IV, i52.) 62.
Pindare et les vignerons provençaux. 398.
Pire qu*un Lestrigon. 4.08.
Plaintes des Eglises reformées en 1597. (IV,
263.) i5.
Plaques de Magellan. 57, 247.
Platon. De la prétendue couronne de fleurs du
— poète de —,54, 218.
Plats de galère. Connaît-on aujourd'hui les —
et les poteries de miel, alias, miellé? (lII,65o.)
i85.
Plumes métalliques romaines. (11^ 319.) 8.
Plus souvent. 3i, i53, 410.
Poésie. Une définition de la — d'après Voltaire.
53i.
Pofité italien rival de l'Hermine. Un — 277.
— anonymes à rechercher. 699.
Point d honneur. Rapporteur du — (IV, 340.)
Polisson. Racine traité de — (II, 655.) 92.
Politesse des rois. L'exactitude est la — 56.
Pont d'or. Le — 342, 426, 449, 607.
Pons Saint- Maurice. (Le lieutenant général de)
467.
Ponson du Terrail. Une inadvertance de M. —
496, 58 1 .
Portefeuille du R. F. Gillet. 462.
Portrait de Thomas de Leu. Un — 663.
— ancien de Salomon de Caus. 58, 219.
— de Jallet (IV^ 102.) 36.
— Wilbaut, pemtre de — 278, 356, 387.
Porcs d'écurie. Boucs et — 117, 201, 236.
Portique. Tenir le — 11 3, 200.
Poudre d'iris, ou poudre de riz. (IV, 290.)
19.
— de riz ou — r d'iris. (IV, 290.) 19.
Poule de Henri IV, mise au pot en 1792, Jeu
national. 59, 160.
Pourquoi aucun Français n'a-t-il été général de
l'ordre des Jésui%s.^ 372.
— le Concile de Trente fut-il transféré à Bo-
logne.' 180.
Précieuses. La petite Oie des — 14, 106, 197.
Préface. La— de Vautrin. (II, 669.) i83.
Préfets à poigne. Les — ' 690.
Prélats. Armoiries des —et des sénateurs. 600.
Prénoms défendus. (IV, 134.) 288, 36i.
Prévost (Jacques), peintre graveur français. 28,
131,348.
prison. La — du Tasse. 99, 171.
Privilège royal. Le plus ancien livre avec —
120, 2o3, 267, 632.
Procédé pour être tout à la fois debout et as-
sis. Feu M. Troplong, inventeur d'un — 269.
Productions inédites de Rabelais, à retrouver.
25.
Prononciation des noms propres étrangers. 340,
424.
Proposition de brûler la bibliothèque de la rue
Richelieu. 180.
Prudhommiana. 369, 43o, 461, 494, 524.
Prud'hon et Mademoiselle Meyer. 340.
Prussien. (IV, 33 1.) 43
Prussiens et Russes. 53, i56.
Public. Le — composé de sots. 365, 428.
Quatuor des harpes.^ Pourquoi le dixième qua-
tuor de Beethoven était-il connu à Vienne
sous le nom de — 114, 255.
Quatrain cité par M. Victor Cousin. Sur un —
625.
— Un — du château d'Anet. 465, 543.
Quel est le nombre de lettres, de mots, qu'il
y a dans la Bible ? 40 1 .
Question de paternité. Encore une — 693.
Quibus. Avoir du — du conquibus. 83, 187,
Quichotte. Don — contre M. Thiers. 336, 621.
Quidante. 626.
Qui vive i Etre sur le — 241.
Quotidienne de M. Michaud. La bonne vieille
— (IV, 35o.) 22.
Quos vult deperdere Jupiter dément at. 369,
397* 449» 523,639.
Rabelais. Productions inédites à retrouver. 2 5.
— Une lettre autographe de — à retrouver.
3o6, 388.
— Un imitateur de — (IV, 7.) 35.
— Le — de Gustave Doré. 89, iq5, 3 i5.
Racine a-t-il imité Du Bartas? 56o.
— traité de polisson. (II, 655.) 02.
Raguenet, peintre français. 11 S, 222.
Ramée (De la). 374, 453.
Ramersheim. 56o, 646.
Rangouze. Note de M. Bazin sur — 598.
Raphaël. 41 ^ 134.
— Pourquoi le nomme-t-on le Sanzio? (IV,
294.) 41.
Rapporteur du Point d'honneur. (IV, 340,) 44.
Rathery (M.). Les chansons populaires par —
Ravaillac et Henri IV. 28.
Reboul (Guillaume). 568, 703.
Récamier. Les autographes de Madame — 377,
456.
Récollets. Les -^ 602, 686.
Regnault (Robert) du Havre. (II, 199.) 534.
Régnier (Mathurin). Erudition de — 27, 78,
i3o, 106. .
Régent. Un mot du — 276.
Réhabilitation He Judas. Une — 144.
Reliure à la toile d'araignée. 121.
Rhétorique. Une nouvelle figure de— 81.
Réponse d'un courtisan à Louis XfV. 179, 262 .
Réprimande militaire. Une — 5o8, 586.
Revue des cours. 3 3.
Révocation de l'édit de Nantes. 148, 25q.
Révolution française. Le jeu de la — (IV, 273.)
71, i36, 38i. •
— écrite par les auteurs latins. La — 52, i36,
204.
— jugée par un grand esprit. La — 206.
— Noms romains et grecs pendant la — 56.
Riancey. L'amendement de — 406, 491.
XIV
TABLE DES MATIÈRES.
Richard de la Pôle. Mariage de — 4.
Ricovrati. L'académie des — 342.
Ridicules. Noms de villes devenues — 52.
Ruines latines. Orimne des — 371.
Ripaille. Faire — 4^4, 5 19, 586, 619.
Rivalz. Une eau-forte a*un' des — (IV, 3oi.)70.
Robert. Le R. P. des — (XVIII« siècle). 405.
— (Léopold) Une lettre du peintre — 174.
Roi. Le — règne, et ne gouverne pas. (Iv, 353.)
44.
Romance du Lion amoureux. 206.
Rome, œuvre des hommes ; Venise, œuvre des
dieux. 657.
Romany (Richard de). 470.
Rondeau. De gui le — « A la fontaine où s'eny-
vre Boileau?» i, 76, i25.
Ronsard. Un exemplaire de l'édition in-40 de —
annoté par un contemporain. 377.
Rose et baiser. Madrigal. 5q3.
Rôti i Philippe III a-t-il été — 54.
Rouget de Lisle. Chant héroïque de — 176.
Rougeville (Gousse de) et le chevalier d'Ed..v..e.
3l2.
Rouillac. Les Contre- Vérités du marquis de —
597.
Rousseau (Jean-Jacques). Erudition de — 82,
3i5, 166.
Rouville, (De) Benicourt, etc. — 60, 161.
Rues. Numérotage des — 25, 479, 553, 88.
Rus (Jean). Les poésies de — 435.
Russes et Prussiens. 53, i56.
S
Sabotiers. Les — - 600.
Sable. D'une variété de — bien peu connue. 240.
Sachoir. Le verbe — 241, 324, 35 1.
Sainte Geneviève. 4.
Saint Jérôme a-t-il jeté au feu les satires de
Perse.' 3, i52.
Saint-Evremont, gouverneur des Canards du
Parc, en Angleterre. 86.
— Herbeland L'église de — de Rouen. 56.
Sainte-Beuve. Quelques lignes de M. — 338,
a8i.
Salomon. L'Ophir de — 629.
— de Caux. Un portrait de — découvert par
H. de Balzac. 58.
Salon de 1869. ^^^^ propos sur un tableau
du — 3oii.
Salons de 1 académie de Saint-Luc. 467, 549.
Saly (J.-F.-G.). Le statuaire français — 664.
Saxe. Portrait du maréchal de — (IV, 3 02.)
lOI.
Sanson, Mémoires de — rédigés par Balzac.
628.
Sans-culotte. Ori^ne du mot — 3i, 217.
Santerre. Le droit du — (IV, i34, 344.) i3.
Sanzio? Pourquoi nomme-t-on Kaphaél le —
(IV, 294.) 41.
Sarpi. Une vie de Pietro— 376.'
Sarrazin (Jacques). Biographie de — 340, 425,
656.
Satire (La) de Boileau contre les femmeskr
(IV, 236.) 96.
Satires de Perse? Saint Jérôme a-t-il jeté au feu<
les — 3, i52.
Sauvai. La naissance et la mort de Henri — 4,
5, 6, 126, 223.
— Les manuscrits originaux de — 214.
— Le manuscrit de l'Histoire de Paris de — 29,
573.
Savez-vous pourquoi les femmes... (III, 745.)
344.
Scarron. Vers attribués à — 658.
Sceptre. Et le — revient toujours à la beauté.
33o.
Scherbutowo. Le prince Michel de — 89.
Scies nationales. Les — 629.
Scribe (Eugène). Une lettre inédite d' — (III,
160.) 238.
Sculpture. Expositions de l'ancienne Académie
de peinture et de — 84, 249.
Secrétaire d'autrefois. Un — Du Tronchet. 62 1 .
Sel dans la cérémonie du baptême. Emploi du
— 53, i55, 577.
Sénateurs. Armoiries des prélats et des — 600.
Sévigné. Une édition des lettres de M"** de —
279, 358.
Sic transit gloria mundi. 210.
Sieyès et la division de la France. 56, 285.
Silence. Une définition du — 247.
Société secrète : Aide*toi, le ciel t'aidera. 48,
i54, 204.
Société. La — de l'Escalade. 247, 385.
Socrate fut-il empoisonné par la ciguér (IV,
345.) 100.
Songe. Le — du Vergier. 26. 346.
Sonnet. Le — de l'Asperge. (IV, 157.) q5.
Sorcière. La — de M, Michelet. 602.
Soubrette. 662.
Soubise. Bibliothèque du prince de — 698.
Souffleté. Un cardinal espagnol a-t-il jamais -**
un cardinal français? 24?.
Soufflet. Un — d'Aldbiade. 401, 482.
— Le — injure grave. 85, 107, 2o5, 444.
Sourds-muets, o.
Souvenirs historiques et pittoresques du Nord
de la France. 374.
Souza-Portugal. Branche de la maison de —
établie en France. 374.
Splendeur du vrai. Le oeau est la — 157, 260.
Staôl. M— de — Quatrain attribué à — (III,
*520.) 570.
Statues au musée de Toulouse. Deux — 696.
Statuaire français, J. F. G. Saly. Le — 664-
Stilpon. Gnathène et — ii, 76, 1 24.
Stratonice. La — 596, 604.
Subsides du parlement anglais. (IV, 254.J 36.
Sujets galants gravés par Choffiard. §7, lOO-
Suicide. Le premier — 698.
Surbeck, Benicourt, Boucot, Flory de Lessart,
de Rouville, Toynard. 60.
Système décimal et les horloges. Le — 85, 117,
3i5.
Tableaux de mon cabinet. Catalogue des -**
114.
Tableau de Michel-Ange envoyé par le pape au
cardinal de Lorraine et un autre moins a -
gélique. 243.
Taconnage. (IV, 346.) i5i.
Tacite. Auguste et — Un renseignement nou-
veau. 335.
Tailleurs pour femmes. Les — sont-ils anté-
^ rieurs au XVII- siècle? (IV, i88.) 65, 164.
tallibert. Village de — 375.
Tambour. La flûte et le — (IV, 304.) 38.
Tanneries. Les — de peau humaine. 181, 234,
322, 395. 640*
Tartuffe. Un vers de — 339, 421,448, 606.
Tasse. Une — qui est un lien. 432.
Tasse. La prison du — flV, 324.) 99, 171.
Taureau. Les cornes du — sont-elles veni-
meuses? 277.
Templiers. Fête anniversaire du erand-maître
des — célébrée à Saint-Paul de Paris. 469.
TABLE DES MATIERES.
XV
Tenir le portique. 1 13, 200, 3i5.
Testament de Cujas. Le -~ 2 1 1 .
— politique de Charles IV de Lorraine. Le —
1 15.
Tête- bêche. (IV, 248.) 96.
Théâtre. Molière, nom de — 89.
Thiers (M.), ennemi des chemins de fer. (IV,
389.) lOD, 253.
— et le cardinal d*Ossat. 464.
— Don Quichotte contre —
Times. Sur un mot cité par le — 40 1 .
Toile d'araignée- Reliure à la — 121.
Toilette. De quelques termes, en matière de
— aujourd'hui hors d'emploi. 244.
Tolus et ToU-Huys. 5oo.
TolJ-Huys et Tolus. 5 00.
Tombe. Pierre de la — 147.
Touchard'Lafosse. 699.
Toulouse. Deux statues au musée de — 696.
Toynard, Surbeck, Benicourt, etc. 60.
Traduction de Josèphe. 5 1 .
Traitants. Partisans et — 532.
Transposition monstrueuse. Une — 688.
Trintinhac, Culhat. 53o, 7o3.
Tromperies honnêtes, fraudes pieuses. 5oi,
616.
Troplong. L'ironie de M. — 207.
Troplong. Feu iM. — inventeur d'un procédé
pour être tout à la fois debout et assis. 269.
Trouvaille faite à Montmartre. Une — 364.
Turgot. Portraits de — et de Madame de Mira-
mion. 5oi.
Ubi bene, nemo melius. Ubi maie, nemo pejus.
695.
Ultima ratio regum, 695.'
Usage des étriers. 100, 197.
Vaisseau. Le — du désert. 27, 6o5, 686.
Van der Cabel (Adrien), peintre hollandais. 90,
ig5.
Vapereau. Une édition nouvelle de — 598,
707.
Vauquelin (Nicolas), sieur des Yvetaux. 5o3,
583.
Vautrin. La préface de — (II, 669.) i83.
Veit (Wenzel-Henri). 179.
Ventum textilem. 370, 45o, 639.
Venimeuses ? Les cornes du taureau sont-elles
— 277.
Ventrière, 276.
Vendre chat en poche. Acheter et — 275.
Venise, œuvre des dieux. Rome, œuvre des
hommes. 657.
Veniat, ouvrier fameux. (IV, 355.) 122.
Verbe: sachoir. Le «^ 241.
Verdelin (Madame la Marquise de), auteur
d'un roman inconnu. 28 1 .
Troyes, en
Verdet, vert-de-gris, loutton, laiton. 82. 314.
Verdor, visiteur général. 3i i, 417.
Vérité sur la sainte Vierge. La — 47 1 .
Vergier. Le songe du — 26, 346, 066.
Vermont. Autographes de Marie-Antoinette ou
de l'abbé de — (fv, 245.) 2 1 6.
Vernet (Carie). LTiirondelIe de — 3 10, 392,
445, 552.
Vers attribués à Scarron. 658.
— cités par Bonneville. 2.
~ Quelques — à contrôler. 146, 227, 411.
•^ de Le Blanc. Un — 3.
— à retrouver. Deux — 625.
Vers de Victor Hugo. Deux — 177, 261.
Vert-de-eris, loutton, laiton, verdet. 82, 314.
Veuve. Une — qui se remarie. 404.
Viardot (Louis) et l'Académie ae 1
Champagne. 7 1 9.
Victor Hugo. Une métaphore de — (III, 270.)
34.
Vie. La — privée doit être murée. (IV, 278.)
476.
Vierge (Sainte). La vérité sur la — 471.
Villers-au-Tertre. Famille de — 5 60, 646.
Villebon, capitaine français sous François I*'.
468.
Villes. Noms de — devenues ridicules. 52, i35,
258.
Violette. Le quatrain de la — Deux questions
à propos du cardinal d'Estrées. 3 08, 390.
Vitty-le-François. 375, 453, 612, 637.
Voiture sans chevaux au aVII* siècle. Essai
d'une — 5 60.
Voltaire. Les armes de — (IV, 295.) 43, i35.
382^ 483, 554.
Voltaire traducteur ou traduit. 593.
— Une définition de la poésie d'après — 53i..
— Un vers de — 657.
Voyage de Saint-Cloud par mer, et retour par
terre. Le — • 7, 128, 317.
Vrai. Le Beau est la splendeur du — 53, i56.
X w
Wilbaut, peintre de portraits. 278, 356, 387.
Wurtemberg. Le Fust du — 628.
X
X. La lettre — 177, 262, 290.
Ximenez, candidat à l'Académie. 341,
Zaïre. Caquire, parodie.de — 509.
Zamore. Les Mémoires de — et de M"« Du Bar-
ry. 3i3.
Zeller (Deux) au lieu d'un. 590.
Zot? Ne pas imprimer, ni prononcer Zut. 433.
ERRATA ET CORRIGE ND A
Tome IV.
Pagei.
146, vers 18*, Use:(: qu*moué (non que' noué).
Tome V.
58^ 1. 46, lise^ : Màndeville (non Mondeville).
61, 1. 20, lise\ : Couché (non Couchï),
ld,y 1. 20, /î*ef : H. V. (non H. R.).
66^ 1. 52, \ise:{ : le Torrent (non le Tonnerre.)
72, 1. 46, lise![ : Francker (non Fràncken).
93, 1. 28, liSei : 1 846 (non i S42). •
99, 1. I, lisej : Byron (non Biron),
145, 1. I î), lise;[ : Louis XIV.
107, 1. 43, lisei: netnet (non nenet).
171, 1. 34, /wcjf .; inventions (non invectives).
i»5, 1. 48, /i«ef : faite (non posée).
199, 1. 55, lise:^: in- 18 (non i«-8").
20S, 1. 3o, lise\: De Navorscher.
2 53, 1. 27, lises[: fondateur (non donateur)
261, 1. 38, lise\:
273, 1.-29, /ife^; rayé.
273, 1. 42, lises^: des recherches.
286, 1. 46, /is^f : laiton (non lactice).
3 14, 1. 4, f/sejf : vraisemblable. '
/^., 1. 8^, Uses;: laetwn (non lœtum).
325, 1. 14, lise:ç : la pierre philosophale.
391, 1. 44, liselç : De regimoer contre aiguillon
(non Aquillon).
429, 1. 20, /{5e;f : damisou (non damison).
/L'j^ 1. 37, lisei[ : Jadschudsch.
ta., 1. 5 1 , lisej : Reise durch Turkomanien).
Id; 1. 55, /»£:f : Dhulkarnaîii.
475, 1. 16, /i»e;f ; 78 /non 70).
t79, 1. 53, lisejf : (V, 25o) (non V. 25).
07, 1. 33, /wejf ; 1823 (non i8i3).
5 1 2, 1. 40, lisez : d'Orléans (non de Montargis).
563, 1. 29, fu (non fa).
566, 1. 44, lise^ : Saint - Aulaire (non Saint-
Ralin).
5,92, 1. 02, lise^ : comme signature : H. de S.
639, 1. i5, liteiif : ventum.
670, 1. 8, lise^: 1376 (non 1 336).
Nom. 97.
Chêr^têMêî
«CNM IrOHMTM.
sfSrS
n M
«iilr'(
lOjanv.1869.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, SUÇOTES and QUERJES français.)
QUESTIONS ET RÉPONSES. COMMUNICATIONS DIVERSES
A L'USAGE DE TOUS LITTÉRATEURS ET GENS DU MONDE, ARTISTES,
BIBLIOPHILES, ARCHÉOLOGUES, ETC.
^ow /a T4àati\o% : à M. Camlm oi Ra«h, directeur de V Intermédiaire , à la
S*ADKK8Sim \ Ubrairie Joël Cherbuliez, 33, rue de Seine, à Paris.
Ipour le» ahonnementa : MAm maisoiv, à Paris et à Genève; Williams et Noroatx,
{franeo)i J à Londres; Bonii, à Leipsig; Muquaadt, à Bruxelles; Van BAKKaifis, à Amster-
dam; KaAiuas, à Rotterdam; Wolvf, à Saint-Pétersbourg, etc.
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15 fr.
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30 cent, la ligne
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
Gnathène et Stilpon. — Guillaume Col-
letet, dans ses Vies des Poètes françois
(tome IV du ms original), nous ait : « Il
me souvient de l'entretien qu'eut une fois
Gnathène; une des plus fameuses courti-
sanes, avec un des plus fameux esprits de
la Grèce, nommé Stilpon, .car, comme
celluy-cy luy eut un jour reproché qu'elle
avoit grand tort de corrompre ainsy, par
ses appas et par les charmes de son visage,
les esprits de la jeunesse innocente : Tu es,
aussi bien que moi, luy dit-elle, coupable
de ce mesme crime, puisqu'avec tes dis-
cours et tes escrits amoureux tu charmes
tellement leurs oreilles, qu'il ne leur est
pas plus dangereux de converser avec une
courtisane telle que je suis, que de fré-
quenter Teschole licentieuse d'un philo-
sophe libertin et d'un poëte impudique et
lascif tel qu'on te void paroistre. » A cjuel
auteur CoUetet a-t-il emprunté cette cita-
tion? Je ferai remarquer que ce n'est ni à
Plutarque, ni à Diogène de Laerte, ni à
Lucien. Yezimat.
De qui le rondeau : a A la fontaine où
s'enyYre Boileau? » — Le docte abbé Gou-
jet disait en 1742 (Bibliothèque françoise,
t. VI , p. 54) que Ton ignorait fauteur de
ce joli rondeau contre Benserade. M. C.
Hippeau, dans l'article Benserade de la
Nouvelle Biographie générale, attribue
ce rondeau à Chapelle. M. Hippolvte
Babou {les Poètes français ^ tome II,
p. 1 54) s'exprime ainsi dans sa notice sur
Chapelle : « Nous nous contenterons de
reproduire le fameux Rondeau sur les
Métamorphoses d'Ovide, mises en ron-
deaux par Benserade , pièce attribuée
quelquefois au sieur Pierre du Bosc, mi-
nistre du saint Evangile, mais qui nous
paraît d'un gassendiste plutôt que d'un
protestant. » Décidément, est-on bien sûr
de savoir aujourd'hui ce qu'ignorait , en
plein XVI 11* siècle, un des critiques qui
ont le mieux connu l'histoire de notre lit-
térature? T. DE L.
Vers cités par N. Bonneville. — Le ci-
to)ren Bonneville, espèce d'illuminé révo-
lutionnaire , moitié libraire et moitié écri-
vain, publiait des livres comme s'il eût
prononcé des oracles. Il avait fait des vers
qui ne manquent pas de verve et d'éclat;
il en avait lu beaucoup et il en citait sans
cesse, mais sans jamais dire la source de
sa citation. Peut-être ne la savait-il pas
lui-même. Son curieux et bizarre ouvrage
intitulé : De V esprit des religions, ouvrage
promis et nécessaire à la confédération
universelle des amis de la vérité (Paris,
impr. du Cercle social, 1792 (l'an 4 de la
liberté), in-S», se termine aussi par un
vers maxime dont nous demandons à
connaître l'auteur :
Vous verrez que chez eux le ciel est sur la terre.
Puisque nous tenons Nicolas Bonne-
ville et son Esprit des religions, extrayons
de cette Genèse de l'illummisme politique
quelques autres vers, également anony-
mes, qui demandent qu'on leur cherche
un père :
On s'appela Français, ce qui ne veut rien dire.
Nous n'avons pas besoin de défenseurs si bas
Eclairez l'univers, mais ne Tembrasez pas.
TOME V.— •!
N- 970
L'INTERMÉDIAIRE
Et ces deux vers sur le retour du mal-
heureux Louis XVI dans sa capitale :
Le bloc royal resta, comttii à Versailleé,
Sans pudeur, sans eaprit, sans c(tur et ian# et}-
[trailles.
BzBLé J.
Un vers de Lé Blanc— M* Ed. Fournier
{V Esprit des autres, 4« édit., p. 197) cite
de cette façon le duriusctile alexanarid dtf
Le Blanc :
Crois-tu de ce forfait Manco-Capac capable?
M. de Pongerville, dans la préface de sa
traduction en prose de Lucrèce, s'exprime
ainsi : « Quelque temps apfès la traduc-
tion de La Grange, parut un essai de tra-
duction rimée par Le Blanc de Guillet,
auteur d'une certaine tragédie de Manco-
Capac, où l'on trouve ce vers, qui dans le
temps excita l'hilarité du public :
Crois-tu de cruauté Manco-Capac capable?
Quelle est la véritable version? Comme il
y a encore plus de cacophonie dans la
citation de M. de Pongerville que dans
celle dé M. Fournier, la citation de l'aca-
démicien doit être la bonne< Un f>o€te tel
que Le Blanc de Guillet étant donné, plus
le vers est mauvais, plus il est de lui,
n'est-ce pas? Euqorkal.
Saint lérôtte a-t-il jeté an fan les Sati^
res de Perse? — Tout le monde a entendu
dire qu'un jour saint Jérôme, impatienté
de ne pouvoir coniprendrê les vers serrés
et pressants de Perse, les jeta au feu en
s'écriant que c'était là le seul moyen de les
rendre lumineux. Je suis comme Bayle :
je voudrais une bonne caution pour cette
historiette. Peut-on m 'offrir quelque chose
de plus solide que le témoignage de Biaise
de Vigenère, un menteur de la plus belle
eau? (Traité des chiffres^ i587, in-4, p.
12.) T. DE L.
Une vieille enseigne de Paris. -^ Au nu*
méro 40 de la rue de TEcole-de-Médecine,
presque au coin de la rue de l'Ancienne-
Comédie, on voit encore au-desàus de la
boutique d'un épicier, entre les deux fenê-
tres du premier étage (quand les persien-«
nés sont fermées) une sculpture en relief
oui devait jadis servir d'enseigne en forme
ae rébus. Cette sculpture représente un
chapeau à haute forme et à larges bords,
semblable aux sombreros actuels ou aux
chapeaux dits de Rubens. Ce chapeau re-
couvre en partie une ville fortifiée ou un
fort étoile.
Je demanderai aux érudits sur le vieux
Paris quelle peut être la signification de
cette enseigne? A. Sorel.
Pétition ronennaise à la GonTention en
faveur de Lonis XYL^ (^uel est le numéro
de la Chronique politique et littéraire y
journal imprimé à Rouen en 1702 et 1793,
qui renferme la pétition adressée à la Con-
vention pour garder la vie sauve au roi?
G. DUBART.
Sainte Geneviève. — V a-t-il quelque
biographie ou fragment de biographie de
la patronne de Paris? ( IV, 314.) Je parle
seulement de travaux sérieux faits d'après
les sources et les citant. Quant aux ampli-
fications de la légende, tout le monde sait
qu'elles ne manquent pas. Nossiop.
Mariage de Ricliard de la Pôle. — Pour-
rait-on me dire quelle est la date du ma-
riage de Richard de la Pôle, neveu de
Marguerite de Bourgogne, et père du car-
dinal de la Pôle (Polus), avec Marguerite
de Salisbury? T.-F. R.
Béatrice de Gusance. — Qui pourrait
m'indiquer le point d^alliance existant en-
tre Béatrice ae Cusance, princesse de
Cante-Croix, maîtresse de (Jharles IV de
Lorraine, avec la famille de Widrange ?
T.-F. R.
La naissance et la mort d'Henri Sauvai.
— Tous ceux c|ui étudient l'histoire et les
antiquités du vieux Paris connaissent, pour
les avoir consultés souvent, et toujourff
avec fruit, les trois volumes publiés sous
le titre de : Histoires et Recherches des
Antiquités de la ville de Paris y par
M. Henri Sauvcfl, avocat au Parlement
(Paris, 1724. In-fol., titre, caractères rou-
ges et noirs. Il y a des exemplaires dont
le titre est en caractères noirs, sous les an-
nées 1^33 et 1750; mais le titre seul a été
réimprimé). Depuis 1862, j*ai publié dans
un autre recueil {Bulletin du Bibliophile^
deTechener, année 1862, i5« série, p. 109
et 192; année iS66, ig* série, p. 22a et
1173) plusieurs articles dans lesquels j*ai
tâché de faire connaître la vie et le livre
de cet avocat au parlement, qui, l'un
comme l'autre, méritent de fixer l'atten-
tion. Quant à l'ouvrage imprimé, j 'espère
avoir démontré que les trois volumes qui
portent le nom de Sauvai, publiés plus
d'un demi-siècle après sa mort, ont été
imprimés d'une manière déplorable; qwe
non-seulement les manuscrits mis en œu-
vre par ces premiers éditeurs ont été com-
plètement tronqués, mais encore que le
style très-original de l'auteur a été moder-
nisé, sî je puis dire ainsi, et par conséqueî>^
très-dénguré.
Avant de compléter mes recherches
par une étude approfondie sur les manu-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
5
[10 janv. 1869.
scrits de Sauvai, je désirerais obtenir des
lecteurs de V Intermédiaire quelaues éclair-
cissements sur la naissance et la mort de
Sauvai.
Quant à la naissance, je n'ai encore au-
cun document. Ce qu'il y a de sûr, c'est
que Sauvai était natif de Paris, fils de
commerçants qui jouissaient des privi-
lèges de la bourgeoisie, et lui ont laissé en
biens-fonds une fortune assez grande pour
ce temps-là. Il avait eu un frère aîné, mort
avant lui, lequel exerça .les fonctions de
contrôleur des gabelles. Sauvai recueillit,
soit de l'héritage paternel, soit de celui
de son frère, deux maisons, l'une située
rue de la Savonnerie et l'autre rue de
Bussjr, auxquelles il faut ajouter deux
moitiés de maisons, rue Saint-Martin et
rue de Venise. Par acte notarié en date du
14 mars 1671, il fit cession de toutes ces
propriétés à l'Hôpital général, en se réser-
vant une rente viagère de trois mille li-
vres, dont il toucha le premier quartier au
mois de juillet suivant. Tels sont les faits
qui résultent de pièces originales conser-
vées aux archives de l'Assistance publique
à Paris. Quant à J'époque de sa mort, je
n'ai trouvé encore aucun document qui
me permette de la préciser; c'est à l'aide
des pièces dont je viens de parler que j'ai
pu émettre quelques conjectures à cet
égard. Cette mort peut être circonscrite
entre le mois de juillet 1671 et le milieu
de l'année 1673. Voici sur quoi je me
fonde : au mois de juillet 1671, Sauvai
donnait quittance du premier quartier de
la rente de trois mille livres qu'il s'était
réservée, sa vie durant, sur ses biens-
fonds ; dans un décret du 6 septembre 1 673,
relatif à la maison située rue de la Savon-
nerie, on parle de cette maison comme
provenant de la donation de M. Henri
Sauvalle (c'est ainsi que tous les contem-
porains écrivent le nom dç Sauvai), vivant
avocat au Parlement ; d'où il faut con-
clure que le donateur n'existait plus. Il
est singulier que les Registres de rétat ci-
vil ne renferment aucune indication sur
l'époque où la mort de Sauvai a eu lieu.
Le document qui le concerne et que je
viens de citer indique sa demeure comme
' étant située rue Dauphine. Cette rue dé-
pendait de la paroisse Saint-André des
Arts; or. dans les Registres de cette pa-
roisse, il n'est fait aucune mention de
Sauvai. Peut-être aussi, suivant un usage
très-ordinaire de son temps, est-il mort en
la maison de Saint-Magloire, au faubourg
Saint-Jacques, où il avait élu domicile
pour faire donation de ses biens à l'Hô-
pital général. Peut-être encore avait- il
quitté Paris pour aller mourir soit dans le
domaine d'un de ses puissants protecteurs,
soit même à l'étranger. Sauvai n'avait pas
toujours habité la France; d'après son té-
moignage, il avait visité plusieurs villes
d'Italie et même demeuré à Bruxelles.
J^ me suis souvent adressé, dans mes
recherches , à des travailleurs assidus ,
principalement à ceux qui exploitent la
mine si féconde en résultats des volumes
qui composent les anciennes Archives de
l'état ciyil. Parmi ceux-là, je puis nommer
M. A. Jal, auteur du très-curieux Diction»
naire critique de Biographie et d'His-
toire, eic, A la date du i5 juin 1 861, M. Jal
m'écrivait : « Vous me prenez sans vert :
« je n*ai rien sur Henri Sauvai; je l'ai
« cherché beaucoup et partout sans l'aper-
« ce voir, etc. »
Le Roux de Lincy.
Mestre de camp, brigadier des armées
durci.— Que signifiait, au juste, le titre de
brigadier des armées du roi , porté simul-
tanément, sous l'ancien régime, avec celui
de mestre de camp? T.-F. R.
Sourds-muets. — Depuis plusieurs an-
nées, la question des sourds-muets est
agitée, et beaucoup de savants (contredits
par d'autres) soutiennent que les maria-
ges consanguins ont pour résultat de pro-
duire, en plus grande quantité que les au-
tres , des sourds-muets et des idiots. Or,
s'il existe des unions archiconsanguines,
ce sont celles contractées par les maisons
princières : elles devraient donc, d'après le
système de certains savants, présenter en
masse les infirmités ci-dessus indiquées. —
On demande en conséquence si quelque
chercheur pourrait indiquer le nombre des
sourds-muets qui se sont manifestés de-
puis un siècle environ parmi les familles
souveraines et princières de l'Europe, en
laissant de côté les idiots. Z. A.
Orfèvres et argentiers des XVII« et
XVIII* siècles. — Pourrait-on me donner
les noms des plus célèbres artistes en or*
févrerie qui ont sculpté au marteau des
pièces de vaisselle plate sous les règnes de
Louis XIV et de Louis XV ? S. T.
Sur un pamphlet contre Catherine de
Médicis. — De qui est le Discours mer^
veilleux de la vie, actions et déportements
de Catherine de Médicis, 1574? Je l'attri-
buais à Henri Estienne ; mais le Manuel
du libraire {X. II, col. 751, dernière édi*
tion) m'apprend que ce discours n'est
« probablement pas de ce célèbre impri-
meur, lequel, personnellement, n'avait pas
à se plaindre de la reine mère. » D'un au-
tre côté, M. A.-F. Didot {Nouv. Bio-
graphie gén,, t. XVI, p. 535) me rappelle
que M. Sayous, dans ses Etudes sur les
écrivains français de la Réformation, ap-
puie du poids de son autorité l'opinion
qui ne reconnaît ni pour le fond, ni pour
N« 97.]
L'INTERMÉDIAIRE
8
la forme, Henri Estienne comme Tauteur | franc, libre, sincère, loyal (vieux français :
de cet écrit. Si le sentiment de Maim«
bourg, de Bayle, du Père Lelong, etc.,
doit être abandonné, faut-il croire, avec
Jean Decker, que Jean de Serres est l'au-
teur du Discours merveilleux^ ou, avec
Patin, que c'est Théodore de Bèze?
T. DE L.
Recueil d'arrêts du Conseil des Dix. —
J'ai trouvé en bouquinant un manuscrit
italien intitulé : Raccolta di sentence ese^
guite in Venepa dalV anno 726 ali anno
1 788, conla naras[ione dei più gravi delitti
seguiti estratta dalV arcnivio delV Ex.
Consiglio di Dieciy dal Fedel, P, G. ex-
secretario del consiglio sudetto. Ce ma-
nuscrit contient 92 pages de texte et est
écrit sur un papier format du papier éco-
lier, mais un peu plus large, ayant pour
filigranes trois figures ressemblant assez à
des champignons. Pourrais -je savoir :
1° le nom de cet ex-secrétaire du Conseil
des Dix? 2® si un recueil d'arrêts du Con-
seil des Dix a été publié ? 3^ dans ce cas,
où, quand et par qui? E. Q.
Mémoires secrets de Brillât-Savarin. —
Dans sa Physiologie du goût, Brillât-Sa-
varin parle souvent de ses Mémoires se-
crets. Ces Mémoires ont-ils été publiés?
Si oui, où et quand? J.-E. G.
Le < Voyage de Saint-Cloud par mer et
retour par terre. • —Je possède le Voyage
de Paris à Saint-Cloud par mer, et retour
de Saint-Cloud à Paris par terre, par
M. Néel; nouvelle édition, revue et aug-
mentée. Paris, Daubrée, i8^3. En quoi la
réimpression que vient de aonner M. L.
Maillet, libraire, pour les bibliophiles seu-
lement, diffère -t-elle de l'édition originale,
à part la carte de voyage, a très-exacte,
dont le plan a été levé sur les lieux? »
Quelles sont surtout les autres éditions de
cet amusant ouvrage ? Prière de donner
les indications bibliographiques indispen-
sables. Quels rapports ont le Voyage à
Dieppe, V Itinéraire de Paris au Mont- Va-
lérien et retour par Suresnes, et le Voyage
et retour de Saint-Cloud par mer et par
terre, de Lottin l'aîné, avec l'ouvrage de
Néel (Louis Balthazar), littérateur né à
Rouen, mort en 1754? D. Frion.
A la bonne franquette et : Â la grosse
morguienne (II, 200). — La première idée
qui se présente, c est que cette locution :
A la bonne franquette , vient du mot
franceis,f ranci; bas latin : francus,fran'
qiiitas, exemption de tout service et hom-
mage, de toute redevance). En ce sens, la
locution devrait donc se traduire ainsi :
A la bonne exemption de tout hommage
et service , par conséquent , sans cérémo-
nie. — Il se peut encore que cette locu-
tion, apportée par les émigrations celtiques
ou gauloises, soit restée au fond de la
langue française. Or, comme de l'aveu de
tous les linguistes, les idiomes celtiques
sont issus de la langue arienne, et que,
suivant moi, les dialectes sémitiques et
araméens sont les fils aînés de la langue
primitive écrite, on peut trouver dans 1 un
de ces dialectes l'origine rationnelle de
franquette, — Quant à mordienne, qui de-
vint plus tard morguienne, j'ai entendu
des paysans dire mardienne, marguienne^
margaine.
(Alençon.) Daulne.
— De ces deux locutions adverbiales, la
première est populaire et a pour radical
franc. Elle veut dire franchement , libre-
ment, mais avec une teinte de libertinage
qui prévient peu en faveur de celui qui
s'en sert. La seconde n'est qu'un blas-
phème adouci, une espèce de jurement :
mort de Dieu! adouci une fois dans mor-
dienne, puis défiguré dans morguienne,
sous cette forme employée largement dans
l'opéra comique pour les rôles de paysans,
et quelquefois même dans la comédie.
L. G. L.
Plumes métalliques romaines (II, Sig].
— Une plume ( mieux vaudrait dire
un Calamus) en bronze, fendue et
taillée exactement comme nos plumes
d'oie, et qui paraît identique à celle que
signale un Savoyard, de Chambéry, s'est
rencontrée dans les fouilles de l'Amphi-
théâtre de Nîmes en 1860. — M. Révoil,
architecte du gouvernement, directeur des
travaux de restauration de rÀmphithéâtre,
a communiqué cette trouvaille très-cu-
rieuse, avec une foule d'autres, à l'Aca-
démie du Gard, dans sa séance du 16 fé-
vrier 1861. Cet objet intéressant, et dont
les spécimens paraissent très-rares, est soi-
gneusement conserve dans une vitrine du
musée de Nîmes. (Nîmes.) Ch. L.
Prendre la poudre d'escampette (II,
548, 627). —J'appelle M. Ch. d'Oltens
en champ clos pour prouver l'étymolo-
gie qu'il nous donne, quitte à prendre
moi-même la poudre d'escampette si je suis
battu. Voici mes armes, je veux dire mes
raisons : 1® Je ne connais pas dans notre
vieille langue de préposition es; je n'ai ja-
mais rencontré que l'article locatif è5, dans
les, qui ne s'identifie jamais avec le mot
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo janv. 1869.
10
qu*il détermine : maître es arts; 20.Les
trois quarts des mots français commen-
çant par es viennent de mots latins ou
italiens commençant eux-mêmes par un s
suivi d'une autre consonne. Latins : spes,
espoir; spirituSy esprit; stare^ status, sta-
biiirey ester, estât, establir; espée, spatha;
estrée, strata, etc. Italiens : stocco, stoc^
cata, estoc, estocade; squadrone^ scadron,
puis escadron; staffiere, estafier; strada,
estrade; stampa, estampe; scampo, es-
campe, d'où scampare, escamper, comme
scappare^ escaper et échapper, etc. Au
XII !• siècle, on dit espirital (spirituel).
Comines écrit .'par espécial. Nos paysans
disent encore : Éstalle (ital. ; stalld), esta-
tue, escandale, esquelette, etc. L'autre
âuart, à très-peu d'exceptions près, vient
e mots latins commençant ou par ces :
esté, estival, estuaire, estimer, ou par ex :
estendre, extendere; esteindre , extin^
guère; estrange, estranger, extraneus
(ital. : straniere). Nos paysans ont gardé
la vieille prononciation de l'x que nous
avons conservée dans Bruxelles et Auxerre :
estension, estinttion, escuse, espert, etc.
Escampe, s'il fallait admettre l'étymolo-
gie de M. Ch. d'Ottens, serait le seul mot,
à mon escient, dans la composition du-
quel entrât l'article es, dans les.
J'ajouterai que je serais fort estonné
(extonitus) et fort ébranlé dans mon opi-
nion si l'on trouvait avant Charles VIII un
exemple de cette locution. Je m'imagine
que nos soldats la rapportèrent d'Italie
sous ce prince ou peut-être sous son suc-
cesseur, vers l'époque où, dit-on, ils la mi-
rent si fort en pratique à la journée des
Espérons (ital. : sprone, sperone),
F. -T. Blaisois.
— Des textes nombreux, que je vais em-
prunter aux archives de Béthune et de
Lille, prouvent, selon moi, que ce dicton
appartient à l'histoire de l'artillerie.
Au XV« siècle, l'argentier de Béthune
porte en dépense m s. pour deux perches
de tilleul pour pendre le pestel, dont on
escampe les poudres et salpêtres; puis il
mentionne les perches de fresne pour faire
les escampes; des escampes à querquier
culleuvrines à ix d. pièce, ajoutant que
celle qui servait à une grosse narquebutte
pesait six livres; il parle aussi des lx 1. de
fer pour les escampes d'un moulin à
pouare. {Bulletin arch. du Comité hist.
des arts et monuments, t. IV, p. 366,
rapport de M. de SaulÈy.)
A Lille, en 1475, les escampes des ha-
quebusches coûtent xviii d. chacune.
En i5i9, un carioteur fournit un mou-
lin à estamper pouldre, et, en i56i, un
caudrelier (chaudronnier) livre, pour un
autre- moulin, quattre potsf d' escampes.
Trois vireuUes et trois escampes, destinées
à ce moulin, pesant xxxviii 1., coûtent
LXXVI s.
En 1557, l'argentier avait porté en dé-
pense xxiiii 1. pour ung moUin à faire et
estamper pouldre, alors que, en 1592, les
escampes de fonte de cet engin coûtent
VI s. chacune. (Fq^. mon Artillerie de la
ville de Lille, p. 40.) De la F.-M.
Le véritable antenr du « Grand Erratum »
(II, 684, 763; III, 20). — J'emprunterai
ma réponse au recueil dont l'Intermé-
diaire est, pour notre bonheur, devenu
l'héritier : a Comment M. P. Mérimée
qui, à tous ses autres mérites, joint celui
d'être un très-érudit bibliophile, a-t-il pu
attribuer à un Belge ce qui est bel et bien
l'œuvre d'un Français? Dans les Curiosi'
tés historiques, publiées la même année
que les Mélanges de l'élégant académi-
cien, on dit avec raison que la brochure
Comme quoi Napoléon n*a jamais existé^
a pour auteur un ecclésiastique d'Agen.
Je demande à ajouter que cet ecclésias-
tique est feu M. J.-B. Pérès, ancien orato-
rien, homme dont la modestie égalait le
savoir, et qui mit toujours à éviter la célé-
brité autant de soins que d'autres en met-
tent à la rechercher. » {Correspond, lit-
ter. du 25 févr. 1860, p. 182.)
Richard Cobden (discours prononcé à
la Chambre des Communes dans la séance
du I" août 1862, reproduit par le Moni-
teur du 4 du même mois) cita une bro-
chure pleine, dit-il, d'ingéniosité et d'hu-
mour , par l'archevêque Whateley , et
intitulée : Doutes historiques relatifs à
Napoléon Bonaparte. Ce livre, ajoutait le
regrettable orateur, a été écrit il y a
trente ans (donc en i832, trois ans avant
l'opuscule de M. Pérès) contre les scep-
tiques, pour leur prouver que l'on peut
mettre en avant de bons arguments contre
l'existence de Napoléon Bonaparte.
T. DE L.
Origine du Dindon (III, 2o3, 3i2, 5o6,
52 1). — Cette nouvelle réponse va peut-être
embrouiller la question. Mais n'est-il pas
utile que toutes les opinions soient con-
nues? ■
Dans le Traité de la Police (tome II,
page 728), j'ai lu ceci : « Jacques Cœur,
rappelé de son exil par le roi Charles VII,
aurait rapporté, entre autres raretés, des
poules de Turquie, Gallinas turcicas, les-
quelles n'auraient été appelées Poules
d'Inde qu'un siècle plus tara. »
Bouche, l'historien de Provence, dit au
contraire que c'est le roi René qui aurait
introduit les Dindons en France.
Enfin, Legrand D'Aussy se fonde sur
un passage d'un traité de i56o, de re Ci-
barta, par Champier : a Venere in Gal-
lias, annos adhinc paucos, aves quœdam
externœ, quas Gallinas Indicas appel-
N» 97.]
L'INTERMÉDIAIRE
II
12
lant^ » pour conclure que cette importa-
tion ne remonte guère que vers le milieu
du XV I« siècle. (Histoire de la Vie privée
des Français, tome I, page 35o.)
Albert Tornezy.
— La plus grosse et une des plus déli-
cates volailles qui figurent sur nos tables
n'était pas connue des Romains, peuple
qui, pourtant, a le renom de ne pas avoir at-
testé la bonne nourriture, — Un Provençal
attribue au roi René l'introduction des
Dindons en France, et presque tous les
écrivains qui en ont parlé prouvent que
ce volatile vient des forêts de TAmérique,
où il était dans l'état sauvage. — Ce fut de
là que les jésuites l'apportèrent, à ce qu'on
dit, en Europe, où l'on parvint à l'assujet-
tir à Tétat de domesticité. Les premiers
Dindons parurent en France sous le règne
de Charles IX, et, dans la description des
noces de ce prince, je vois qu'on en servit
un qui fut admiré comme une chose ex-
traordinaire. — On les nomma d'abord,
comme on les nomme encore quelque-
fois. Poulets d'Inde^ dénomination qui se
change en celle de Dindons, sous laquelle
on les désigne généralement en France.
Jules Lamazèke.
Gentilshommes au bec de corbin (III,
738). — C'étaient des compagnies de gen-
tilsnommes préposés à la garde du roi.
Bec de corbin et bec de faucon étaient
synonymes; mais le dernier est fort an-
cien, tandis que bec de corbin est usité
depuis Louis XI. La seconde compagnie
de ses gardes du corps était armée du bec
de corbin. Le bec de corbin, ou becquoV'
sel, était une canne d'armes, une halle-
barde courte, une pertuisane dont la tête
rappelait en quelque chose l'ancien mar-
teau d*armes ; il ressemblait cependant
plutôt à l'ancienne masse qu'à la pertui-
sane, et la partie du fer opposée à celle
qu'on pourrait appeler contondante était
recourbée et avait de la ressemblance avec
le bec d'un corbeau ou corbin. En 1474,
Louis XI créa une compagnie désignée
prolixement par lui sous le titre de com^
pagnie de cent lances des gentilshommes
de la maison du roy pour la garde de son
corps. Dès 1494, il y avait une seconde
compagnie formée des archers attachés au
service de ces gentilshommes, qui étaient
obligés d'en entretenir et équiper deux
chacun. Charles VIII créa une seconde
compagnie de gentilshommes sous le nom
à! extraordinaires, par opposition à l'autre
compagnie, qui s'appelait ordinaire. C'est
en i564, sous Charles IX, qu'ils prirent
le titre de gentilshommes au bec ae cor-
bin. Henri IV ne les employa pas auprès
de sa personne. Louis XIII supprima les
deux compagnies en 1629. Par ordonnance
et déclaration de x 648 et de 1 649, Louis XI V
les rétablit dans sa maison militaire. Ils
assistèrent effectivement à la cérémonie du
mariage du roi, en 1660. La deuxième
compagnie fut dissoute en 1688; l'autre,
qui eut potir capitaine dernier en date
Lauzun, mt abolie sous Louis XV, en 1 724.
Potier dit cependant qu'il existait encore
nominalement des gentilshommes au beç
de corbin ^ons Louis XV, mais ils n'étaient
plus militaires : c'étaient des roturiers
achetant des emplois de gardes en cette
compagnie pour étr« es^empts de la taille.
A. Nalis,
— M. Chéruel, dans son édition des
Mémoires de Saint-Simon (t. IV, p. 394),
répond par une note ainsi conçue : « Les
becS'de-corbin, ou gentilshommes à bec
de corbin, formaient deux compagnies de
la maison militaire du roi. Ils tiraient leur
nom de leur hallebarde en forme de bec
de corbin. La première compagnie avait
été instituée par Louis XI, en 1478. Char-
les VIII établit la seconde, en 1497. ^^P"
primées sous Louis XIII, ces deux com-
pagnies furent rétablies par Louis XIV, et
dénnitivement licenciées sous Louis XVÏ,
en 1776. Les gentilshommes à bec de
corbin précédaient le roi dans les grandes
cérémonies en marchant deux à deux. »
Saint-Simon est une mine presque inépui-
sable de réponses aux questions concer-
nant le grand siècle, le grand roi, et la
grande étiquette qui gouvernait Tun et
l'autre. Il s'agit seulement de raccrocher
les premières aux dernières dans les dix-
neuf ou vingt volumes de l'édition in-8*,
ou dans les treize in- 12 compactes de la
dernière édition, ce qui n'est pas toujours
bien facile. — Dans ce même t. IV, p. 161,
je signale, en passant, l'expression râpés
de V ordre, tout aussi énigmatique que les
gentilshommes au beç de corbin. — Saint-
Simon prend soin d'expliquer lui-même
ces râpés de V ordre : « Ce sobriquet (4onné
à certains officiers de l'ordre du Saint-
Esprit) est pris de l'eau qu'on passe sur le
marc du raisin après qu'il a été pressé.
Cette eau fermente sur le marc et y prend
une couleur et une impression de petit vin
ou de piquette, et cela s'appelle un râpé
de vin* » Qz,
ment ce dicton d<3nt j'essaye de disputer
l'étymologie contre M. J. P. — jL'ai-
guillette n'était pas du tout une aiguille ,
mais un lacet, un cordon, sans doute ferré,
qui, faisant l'office de nos boutons, servait
à fermer les habits , à les attacher les uns
aux autres, et aussi aux pièces de larmure
(voir la cinquième des Cent Nouvelles
nouvelles). Nouer r aiguillette était donc
une excuse ironique que Ton fournissait au
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo janv. 1869*
î3
14
babilan : s'il ne faisait œuvre, ce n'était
pas défaut de nature, mais impossibilité
de se débarrasser d'un vêtement que Tai-
guillette retenait d'un nœud trop gordien.
Le Moyen de parvenir, cependant , indi- -
querait une autre étymologie, car, selon
1 une de ses facétieuses histoires, le malé*
fice s'exerçait en nouant effectivement une
aiguillette; et tant que ce cordon restait
noué , celui qu'avait nommé la sorcière en
faisant le nœud eût mérité et justifié la
confiance la plus intime du Grand Turc,
Dans le Moyen de parvenir (stance 58),
un jeune homme fait ensorceler ainsi son
rival, qui épouse celle à qui ils prétendaient
tous deux. Le maléfice est si complet qu'il
amène la dissolution du mariage, et la
quasi-veuve épouse l'auteur de l'enchan-
tement; mais le jour même de ces secon-
des noces, le hasard lui fait trouver « une
aiguillette violette nouée, qu'elle prit sans
Que Ton s'en aperçût ». C'était celle dont
1 effet avait annule son premier mari. Une
fois qu'elle la tient, elle s'échappe de chez
le second et court retrouver le premier,
qu'elle aimait malgré le maléfice; et l'au-
teur, exact, n'oublie pas de dire « au'étant
arrivée chez R... elle dénoue l'aiguil-
lette». O. D,
Le droit du Santerre (IV, 134, etc.,
344). — Je n'ai pas l'honneur d'être fer-
mier, ni même propriétaire aux environs
de Péronne; mais il ne me semble pas
qu'il faille se consoler plus lestement (co-
lonne 345) que M. le procureur général
Sandbreuil, ou notre corépondant E.-G.
P. (col. 278-280). Quand les propriétaires
auront disparu du Santerre, je veux croire
qu'ils ne réclameront pas ; et les fermiers
qui s'enrichissent à bonne vitesse, par ces
a moyens moraux » que le chef du Par-
quet d'Amiens a caractérisés , n'en se-
ront pas même réduits aux a transactions
amiaoles » dont on se paye trop volontiers,
selon moi. Le droit du Santerre s'étein-
dra-t'il? — j'en doute... puisque MM. les
fils desdits termiers passeront, en partie,
gens de loisir I
Le fait est simple et déplorable : les in-
térêts coalisés dominent , depuis nombre
d'années, dans le Santerre, le droit, les
gens de justice... et les principes de 89 !
P^r le bail, la ferme est constituée en
véritable fief, et à côté du fermage, — de-
voir annuel , — se présente , aux prolon-
gations et renouvellements, une sorte de
don gratuit: le pot-de-vin. C'est Venga-
gère des duchés de Lorraine et de Bar, —
aliénation que le premier contrat proclame
passagère , en stipulant le rachat en bloc
pour une somme de deniers ; mais aliéna-
tion presaue toujours perpétuelle, parce
que la noblesse est prodigue et besogneuse,
et que les prêteurs, qui grandissent , ne
sommeillent pas. La mçiileure raison de
ces fortunes croissantes, réside enfin dans
cet oubli constant du pouvoir de la mon-
naie, que M. Sandbreuil semble accuser
avec surprise , et sans que je me range à
son avis, sur la prétendue misère des
temps voisins du XI I^ siècle. En est-on
réduit encore à conseiller aux proprié-
taires, qui ne seront, dans cette hypothèse,
ni femmes, ni vieillards^ ni mineurs» la vie
que s'est imposée un liomme énergique
(M. dç La Fons?), et se dire que l'impôt
s'acquitte en Santerre, sans qu'il y ait
échange de cettç protection efncace, qui
demeure sa justification naturelle et clas-
sique? H. p£ St
La petite oie des Précieuses (IV, 261,
348). — Bret, dans son commentaire sur
les œuvres de Molière, s'exprime ainsi au
sujet de la petite pie ^ dont Mascarill^
parle, en ces termes, dans la scène X des
Précieuses ridicules : « Que vous sem-
ble de ma petite oie? La trouvez-vous
congruente a l'habit? » La petite oie se
disait alors des rubans, des plumes et dps
différentes garnitures qui ornaient l'habit,
le chapeau^ le nœud de Tépée, les ba^ ^t
les soulier^! n ^^ ^ffpt , Cathos répond à
Mascarille : « Tout à fait. » Mascarille
continue : a Le ruban est bien choisi, » et
la précieuse Madelon, renchérissant sur le
tout à fait de Cathos, s'écrie : a Furieuse-
ment bien; c'est du Perdrigeon tout pur. »
Or, comme on sait que Perdrigeon était,
à cette époquej le marchand en vogue qui
fournissait aux gens du bel air tous les or-
nements des beaux costumes de la ville et
de la cour, on a presque la preuve que
Bret a donné le véritable sens de la petite
oie dans son commentaire.
Richelet, dans son Dictionnaire, édition
de 1732, parle bien de la petite oie \ mais
il ne dit que ce que nous savons déjà:
a On entend , par ces mots, les rubans, la
garniture et tout ce qui sert à l'embellisse-
ment de Thabit. Que vous semble de ma
petite oie? Mol., prêt. » Puis il ajoute, ce
que nous ne savions pas encore: « Ces
mots se disent en termes d'amour et signi-
fient toutes les petites faveurs que fait une
maîtresse à son aimant : Je n'ai eu de la
belle Iris aucune faveur solide , mais j'en
ai toute la petite oie, n Napoléon L^^4^is
et Bescherelle copient à pçu de choses pràs
le commentaire de Bret et n'en disent pas
davantage.
Nous avons donc bien maintenant le
vrai sens de la phrase de Molière ; mais
nous n'avons pas encore l'origine de cette
façon de parler. Cependant, en astfonon^le.
Voie étant une petite constellation, il se
pourrait que les amants précieux et ridi-
cules eussent appelé d'abord leurs ridicules
et précieuses amantes leur petite oie pour
dire mon étoile , celle que j élève jusau'au
ciel , celle dont le cœur et la pensée ae
No 97.]
L'INTERMÉDIAIRE
i5
16 --
font qu'un avec ma pensée et mon cœur
— le mot constellation étant formé de cum,
avec, ensemble, et de Stella^ étoile; — puis
ensuite , comme cela arrive presque tou-
jours, qu'on ait pris la partie, pour le tout,
de cette étoile , de cet amant , de cette
amante qui brille et qu'on aime le plus, et
qu'on ait donné le sens de petite oie aux
objets qu'on remarquait et qui plaisaient
le plus sur une personne ou sur une chose,
qui attiraient le plus soit en bien, soit en
mal dans les péripéties de l'amour. Quoi
qu'il en soit de cette donnée étymologique,
et ne sachant où trouver mieux, nous lais-
sons aux habiles lecteurs de Vlntermé-
diaire le soin de parfaire ces recherches.
Monographies et notices sur H. de Bal-
zac (III, 106; IV, 366). — La notice sur
Balzac, qui figure en tête des Femmes de
Balzac (Paris, Jannet, i852, gr. in-S», fi-
gures et portraits grav. d'après les dessins
de Staal), aurait été, dit-on, ébauchée par
la sœur de Balzac, M"« de Surville, qui
serait l'auteur du livre. Le bibliophile Ja-
cob, qui a signé cette notice, n'a fait que la
récrire en la complétant et en la modifiant.
M. V.
— Il est utile de consulter sur cet objet le
Catalogue de la bibliothèque de feu Ar-
mand Dutacq^ accompagné de notes du
bibliophile Jacob (p. 4) et publié en 1837
à la librairie Techener. M. Dutacq s'était
attaché à réunir les récits o du plus fécond
de nos romanciers, » ainsi que les jour-
naux où il avait éparpillé des articles.
II reste aussi un point à examiner, les
traductions en langues étrangères des
livres de Balzac. Les Allemands, ^ui tra-
duisent beaucoup, ont, à coup sur, fait
passer dans leur idiome une grande partie
de ces récits qui eurent tant de vogue.
Quant à l'Angleterre, j'ai sous les yeux
un catalogue de tous les ouvrages publiés
à Londres, de 181 5 à 1843; le nom de
Balzac n'y brille que par son absence. Je
crois pouvoir affirmer qu'il existe des tra-
ductions espagnoles. (Rouen.) F. D.
Hnguenot , Parpaillot ( IV , Soi ). —
M. A. B. D. n'a qu'à ouvrir le Diction-
naire de Trévoux, il aura à choisir entre
une douzaine d'étymologies pour le mot
Huguenot. Quant au mot Parpaillot, que
Ménage écnyait Parpaillaut,r abbé Bor-
delon n'a fait que reproduire ce qu'en di-
sait ce même Dictionnaire de Trévoux,
trop peu consulté aujourd'hui.
Alf. de Courtois.
a Plaintes des Eglises réformées en 1597 »
(IV, 263).— Ces Plaintes se trouvent dans
le tome VI des Mémoires de la Ligue, in-4,
édition de 1758, p. 428-486. M. A. B., fo-
rézien, apprendra avec regret que le ter-
rible cure de Saint- Etienne n'est pas
nommé dans ces Plaintes. Woic'i le passage
qui le concerne (p. 453} : « Le curé de
Saint-Etienne-de-Suran (sic. Faute d'im-
pression, pour Fur an), lorsqu'il porte son
hostie par la ville aux malades, s'il voit
quelau'un qui se détourne, court après à
granae force, et l'aiant atteint, s'il refuse
de se prosterner, le bat à grands coups de
poing, ou du bâton de ia croix. Ainsi le
treiziè;ne septembre dernier, il en battit
tant un marchand de Nîmes, âgé de 73 ans,
nommé Bertrand Guillaume, dit Fortunat,
venu là seulement pour la marchandise, et
lui en donna tant de coups par la tête,
qu'il en resta grièvement malade. » Il est
encore question de l'intolérance du curé de
Saint-Etienne (p. 454). Les protestants fu-
rent molestés à Saint-Etienne par d'autres
que par le curé (p. 436, 438, 467). Si M.
A. B. le désire, je ine ferai un grand plaisir
de lui envoyer copie de tous les passages
que je viens d'indiquer. T. de L.
— Elles se trouvent dans les Mémoires de
Duplessis-Mornay, à qui on les attribue, je
crois, non sans raison. Elles ont aussi été
publiées à part en un petit volume in-i8.
S. D.
Date de la mort dn maréchal de Biron
(IV, 264). — Moréri, Bayle, la Nouvelle
Biographie générale, s'accordent à dire
que le premier maréchal de Biron fut tué
le 26 )uillet 1392. Je retrouve la même
date dans V Histoire des Guerres civiles de
France, psLT Davila (i), et je crois que c'est
la bonne. Quant à la date donnée par la
lettre de Henri IV, je suppose qu'elle
n'existe qu'en vertu d'une faute de lecture,
et je le suppose d'autant plus fortement
que les fautes de ce genre sont plus com-
munes dans le recueil de M. Berger de
Xivrey. Puisque nous en sommes au ma-
réchal de Biron, qu'il me soit permis de
rappeler qu'aucune réponse n'a encore été
faite à ma question intitulée : Le Maréchal
de Biron et ses maximes de guerre (II,
2 2 g). Après plus de deux ans d'attente,
n'ai- je pas le droit de sonner de nouveau à
la porte des savants bibliophiles qui pour-
raient si bien satisfaire ma curiosité?
T. DE L.
Empérière (IV, 289). — Se trouve dans
le Glossaire de la langue romane, de Ro-
quefort, avec la signification : « Qui ex-
celle en toutes choses, » et avec celle a d'im-
(i) Cheverny, Brantôme, le président De
Thou, Mézeray, etc., n'ont pas indiqué le jour
de la mort d'Armand de Biron.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo janv. i86g.
17
18
pératrice. » Roquefort cite à l'appui ces
vers du Roman de la Rose :
Si voudroie ores mieux, dist-elle^
Qu'estre Emperière appellée.
Le Dictionnaire étymologique de Mé-
nage (Paris, 1694) donne emperière, sorte
de rime. — § Cette rime est dite empe-
rière^ dit Charles Fontaine dans son Art
poétique, pource qu'elle ha triple cou-
ronne :
En grand remord Mort mord
Ceux qui parfais, fais, fais,
Ont par effort, fort, fort,
De clers et frais, rais, rès.
Le Dictionnaire de Trévoux dit que « le
vieux mot emperière signifie empereur,
impératrice... On disait emperière autre-
fois non-seulement au propre pour la
femme de l'empereur, mais aussi pour les
choses du genre féminin qui avoient quel-
que autorité, prééminence, excellence. » —
Montaigne (Essais, 1602, p. 88) appelle la
coutume « la royne et emperière du monde. »
— Nicot se plaint que l'on quitte emjfé-
rière, qui est tout français, pour impéra-
trice, qui est latin (Noël et Carpentier,
Pict, étymoL),
(Grenoble.) N. M.
— Ce mot se trouve dans le Dictionnaire
de Trévoux, et était déjà vieux à cette
époQue ; on disait même empérier :
« L empérier de l'Indoustan. » Il s'em-
ployait au figuré : « La charité est l'empé-
rière de toutes les vertus. » — Rime empe-
rière : celle dans laquelle la syllabe qui
faisait la rime était précédée immédiate-
ment de deux syllabes semblables et de
même terminaison :
« Qu'e5-tu qu'un immonde, monde, onde. »
H. G.
— Le mot est mentionné par Ménage
{Dict, étym. delà langue française, Paris,
ijSo) sans accent aigu, et ainsi défini:
« Sorte de rime. Thomas Sibilet, dans son
« Art poétique, liv. II, chap. dernier :
« Rime emperière est espèce de couron»
€ née. Et est dite emperière parce qu'elle
tf a triple couronne, çtc. »
Alf. de Courtois.
— Rien d'étonnant qu'en iSjô on ait
écrit le mot emperière, puisque c'est celui
dont se servaient alors les écrivains pour
désigner ce que nous nommons mainte-
nant impératrice^ et qu'il était encore em-
ployé au i7« siècle. En effet, un auteur de
grand mérite, quoique peu connu, Jean de
Schelandre, qui, plus de deux siècles avant
M. Victor Hugo, a proclamé et pratiqué
les préceptes de la préface de Cromwell,
fait dire encore en 1C08 à son héroïne,
dans Tyr et Sidon, tragi-comédie :
O femme du Tonnant, Emperière des cieux !
(Acte II, scène 11. Ancien Théâtre Fran»
çaiSy t. VIII. Paris, Paul Jannet, i85ô.
Voir aussi Glossaire, t. X de la même col-
lection.)
- Le Dictionnaire de Littré, à l'article
Empereur^ donne les anciennes formes au
masculin empereres^ empereor, empe-
reour, emperière; puis il cite un exemple
où se trouve emperière pour impératrice.
A l'article Impératrice , il indique seule-
ment l'ancienne forme empereris.
Le Dictionnaire du vieux langage, de
Lacombe , ne contient que le mot Àm-
pière, empire, royaume, puis au Supplé-
ment : Empery, empereur, Impere, em-
pire. Z. A.
Date, Epoqno, Ere (IV, 290). ~ Il serait
bien long de répondre à la très-courte
question de M. A. S. Me permettra-t-il de
le renvoyer au \" volume du Dictionnaire
de Bibliologie de Peignot, article Date?
H. PAS(iUIER.
— Date, du latin datum (donné), men-
tion que l'on mettait autrefois au bas des
lettres, des actes, en marquant, en indi-
quant le jour, le mois, l'année.
Ere, du latin cera^ ère, certains points
du temps, d'où l'on part pour compter les
années. Ces points de temps sont remar-
quables par quelque événement qui a or-
dinairement eu de grandes conséauences
dans le monde, comme la création, la nais-
sance de Jésus-Christ, la fondation de
Rome, etc.
Epoque, du grec epochê, qu'on retient,
qu'on nxe dans le cours du temps pour in-
diquer le moment où un fait a eu lieu ou
aura lieu. Dne.
— Date vient du latin data^ par ellipse
de charta, pagina, ou epîstola , papier ou
feuillet donne, missive donnée. Ancienne-
ment, alors que la langue des Romains
était universelle, il était d'usage d'inscrire
au bas de la pièce d'écriture le mot data ,
suivi du quantième du mois et du millé-
sime de 1 année. Avec le temps, le mot
français donnée, remplacé chez nous data :
donné au Louvre, par exemple, le 8 sep-
tembre iôi5. Or, ahn d'être sur-le-champ
et sans peine saisissable à Tœil, cette in-
dication du lieu, du jour et de l'an se
traçait le plus souvent en caractères
rouges, semblables à ceux des missels ou
autres livres et prenait pour cela le nom
de rubrique. De là l'expression si usitée ;
nous recevons « sous la rubrique » de
Grenoble, 3 décembre 1867,
Ere a pour racine ceris , génitif de ces,
airain. A Rome, quand un événement
mémorable entre tous venait de s'accom-
plir , le grand prêtre, que regardait d'ail-
leurs le soin de composer et de notifier le
calendrier , enfonçait dans le mur du
temple un clou d'airain , et il indiquait
N- 97.]
L'INTERMKDIAIRE
ï9
20
par là qu'un nouvel ordre de choses, une
autre série d'années venait de commencer.
Par analogie , on appelle ère , en chrono-
logie, un fait culmmant oui sert de point
de départ et comme de jalon dans la sup-
putation du temps.
Epoque dérive du grec hzoyi^y dans le-
quel entrent Ij^w et hzi^ je m'arrête sur.
L'époque est en efiFet un notable événe-
ment qui est pris pour point à' arrêt ^ et
par suite pour point de repère dans l'é-
tude de l'histoire. Du haut de ce fait
insigne, notre regard se dirige tour à tour
sur ce qui a précédé et sur ce qui suivra.
Ainsi le voyageur, parvenu au sommet
d'une montagne, mesure de l'œil, arpente
de la pensée et ce qu'il a fait déjà et ce
qu'il doit faire encore d'efforts et de che-
min. L'époque est subordonnée à l'ère,
comme la période est comprise dans
l'époque. (Grenoble.) J. P.
Pondre de riz ou poudre d'iris ? (IV, 2 90}.
— Pourquoi pas tous les deux ?
Th. Pasquier.
— Mais il y a poudre de riz et poudre
d'Iris! Les écorchures que le séjour au lit
va faire naître ou aggraver chez un malade,
les érésipèles, les démangeaisons que le
rasoir a provoqués sur le visage, se traitent
ou s'atténuent par des placages plus ou
moins épais de poudre farineuse. Les
amidons la fournissent, sans qu'il soit né-
cessaire d'indiquer au commerce sous
quelle étiquette le consommateur s'en ac-
commodera le mieux. Quant à la poudre
de racine d'iris, son rôle ne se borne pas à
la confection de sachets odorants, pour
parfumer certains accessoires de toilette ;
et ses nuages , discrètement répandus ,
donnaient et donneront aux boucles crê-
pées des blondes, une harmonie vaporeuse
et un maintien gue les chignons du jour
n'ont pas ambitionnés. H. de $.
— Nous pourrions rappeler à l'hono-
rable questionneur ce que disent Horace
et Boileau : Brevis esse laboro, obscur us
fio.
J'évite d'être long et je deviens obscur.
Mais à travers le laconisme de sa de-
mande, nous avons cru lire le véritable
sens de sa question qui est : Doit-on dire
poudre de riz ou poudre d'iris? Quel est
le mot propre? Et de ces deux poudres,
quelle est celle que les femmes et même
quelques hommes emploient pour leur toi-
lette? Nous nous empresserons donc de
répondre : c'est la poudre de riz qui sert
à enfariner le visage des raffinés et des pré--
cieuses de 1868, et c'est la poudre d'iris
qui, légèrement mêlée à la poudre de riz,
procure à cette farine une odeur de vio-
lette. On dit donc et peut dire : poudre de
riz, et : poudre d'iris. L'un et Tautre ont
leur spécialité ; l'un et l'autre ont leur
vertu spécifique. La racine d'iris , dont la
farine est d'un blanc un peu jaune, est as-
tringente et aromatique. Elle était autre-
fois employée, comme astringent et à
l'usage interne, par l'ancienne médecine.
Mais nous avons changé tout cela ! Aujour-
d'hui on ne s'en sert plus que comme
agent odoriférant. L'iris dont la racine
sent la violette vient de Florence. Le riz
dont on fait la poudre ou farine pour la
toilette est aussi astringent et en même
temps adoucissant pour la peau. Quand il
vient de la Caroline , sa farine est plus
blanche ; mais le riz qu'on doit employer
pour l'alimentation doit venir du Pié-
mont parce qu'il est de meilleur goût et
plus nourrissant.
Maintenant , après avoir mis indûment
un bonnet de docteur que de plus méri-
tants changeront peut-être en bonnet
d'âne, nous nous permettrons de finir par
cette plaisanterie sur la phrase donnée
par M. de la Taille^ en disant que la
poudre de riz peut être aussi la poudre
d'iris, si cette poudre date du dix-hui-
tième siècle , et si elle a appartenu à cette
Iris qu'ont chantée presque tous les poëtes
et dont le nom a fait dire au satyrique
Despréaux :
Pour quelque Iris en l'air faire le langoureux.
J.-T. L.
— Il ne nous semble pas douteux qu'il
faille dire poudre d'iris, comme autrefois ;
la poudre de rii^ ayant la même couleur,
le même parfum que la poudre d'iris, et
servant au même usage, à cela près qu'au
lieu de la chevelure, c'est le visage qu'on
en saupoudre aujourd'hui. Je pourrais
faire bien des citations à ce sujet, mais je
n'en ai qu'une sous la main, la voici. C'est
un passage de la Muse historique de Loret,
Lettre du 10 déc. i65i :
Tous les blondins du camp d*Harcour
S'en sont retournez à la Cour,
Où l'on entend moins de fanfares
Mais des concerts beaucoup plus rares...
Mais plus de gens poicdres^ d'iris, eti.
Ed. F.
L'écrivain anglais Th.-E. May (IV, 293).
— Voici, sur ce contemporain, quelques
détails qui pourront donner une première
satisfaction à la curiosité à\m chercheur»
Thomas-Erskine May, né en 181 5, fut
élevé à Bedford-School. Il était, en i83i,
bibliothécaire adjoint de la chambre des
communes. En iSSg, il entra au barreau
à Middle -Temple. ï)t nombreux articles
relatifs à l'économie politique, à l'histoire,
à la biographie, furent fournis par lui à la
Penny Cyclopœdia, En 1844. il publia
sur les privilèges et les procédés du par*
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[10 janv. 1869.
ai
— 22
lement Un maâuel qui fit autorité, eut plu<>
sieurs éditions et fut traduit en allediand
et en hongrois. D'autres traités sur les tra-
vaux parlementaires lui valurent divers
emplois dépendant de la chambre des
communes, ^Is que ceux d'Examinateur'
pour les bills d'intérêt privée et, en i856,
de Clerc*as$istant4 Ces fonctions ne l'em-
pêchaient pas de poursuivre ses études sur
le droit public; il fut l'un des collabora»
teur de VEdinburgh Review et du Law-
Magasine, Enfin, en 1861, il publia son
Histoire constitutionnelle de V Angleterre^
qui, adoptée chez nos voisins comme une
continuation du célèbre ouvrage d'HalIam,
a eu déjà deux éditions , et qui, réimpri-*
mée aux Etats-Unis, traduite ein alle-
mand,- va être enfin, grâce à M. de Witt,
connue des lecteurs français si lents à
s'assimiler les productions étrangères etl
dehors des romans et de la littérature fa-
cile.
E.-J.-B. R.
L« oouvént des OiaMtiz (IV» 294^ 3^9).
— La réponse se trouve dans Ca vie de
la révérende mère Marie^Anne^ Maria de
la Frugla^e^ religieuse de la congréga-
tion^ de Notre-Dame, chanoinesse régw
Hère de Saint-Augustin au second mo-
nastère de PariSf dit des Oiseaux , rue de
Sèvres y 86. Paris, 186 5. — En 1818, une
communauté religieuse de Tordre de la
congrégation de Notre-Dame, fondé vers
la fin <lu XVJe siècle par le B. Pierre
Fourier, curé de Maltaincourt (Vosges),
« loua dans la rue de Sèvres, au coin.du
boulevard des Invalides, l'hôtel de Mory.
Cet hôtel avait été vendu précipitamment
en 93 par M. de Mory^ caissier général de
la compagnie des Indes, forcé d'émigrer.
Métamorphosé en prison pendant la ter-
reur, l'hôtel avait ensuite reçu les élèves de
l'Ecole polytechnique; puis, d'hôpital mi-
litaire, il était devenu pensionnat de jeunes
personnes. Or, avant de passer par des
phases si diverses, cette demeure avait
reçu déjà la singulière dénomination d'Ho-
tel des Oiseaux. Et voici comment. L'un
des propriétaires ou des locataires (M. le
marquis du Lau d'Allemans, dit la tradi-
tion) avait établi, dans son jardin, d'im-
menses volières quil entretenait à grands
frais. Son peuple ailé , appelé de tous les
points du glooe et royalement entretenu,
divertissait les allants et venants du boule-
vard, grâce à la grille à jour, aujourd'hui
murée ^ qui entourait son enclos. On ap-
pela son habitation elle-même VHôtel des
Oiseaux, On oublia vite le nom du pos-
sesseur. On ne garda mémoire que de ses
oiseaux, lors même qu'ils eurent disparu;
et bon gré, mal gré, quand vinrent s'éta-
blir là les religieuses, elles héritèrent du
même nom : on les appela les religieuses
des Oiseaux, » / t^'H.
La lionaa TiêlUe Quotidiannô de M. Mi-
ohand (IV, 35o). — M. P. Paris est-il bien
sûr de ne s'être pas trompé en voulant me
rectifier? Je viens d'y regarder A plusieurs
fois et je me persuade que c'est bien ATi-
chaud, et non Michaut, qu'il faut écrire, —
à moins que tous les dictionnaires biogra-
phiques aient tort à cet égard, et que
M. Michaud lui-^même ait ignoré la véri-
table orthographe de son nom. Ne s'agit-il
pas de J. •'F. Michaud, de l'Académie
française, de l'auteur du Printemps d*un
Proscrit, de YHistoire des Croisades^ de
l'éditeur (avec Poujoulat), de la Collection
des Mémoires pour servir à V Histoire de
France, de la Biographie universelle, enfin
de cette jolie continuation de V Abrégé
chronologique de V Histoire de France, du
président Hénault, où l'Intermédiaire a
signalé, il y a quati'e ans, ce mémorable
flagrant délit de taux en matière historique,
relativement à la prétendue translation des
restes déjà violés et disparus de Voltaire et
de Rousseau, à la date du 2 janvier 1822 ?
Est-ce moi qui fais erreur? P. M.
Les « Entretiens • deTôvêque Majoli.—
Simon Majoli, né à Asti, en Piémont, est
l'auteur d'un ouVrage intitulé : Dies cani-
cuLARES, Hoc est Colloquia tria et vigenti
physica, nova et penitus admiranda, ac
summa jucunditate concinnata, quihus
pleraque naturce admiranda,.. recensen-
tur.,. Ursellis, in archiepiscopati Mogun-
tinensi. 1600, in-4 de 824 p., plus un
index de 122 p. Fruit d'une immense lec-
ture, ce livre n'est qu'une compilation in-
digeste et sans critique où sont recueillis
tous les faits extraordinaires que l'on ren-
contre dans les auteurs. Il y a trois ans
(Interméd., I, 3i8j, un libraire établissait
un rapprochement entre lui et M. Miche-
let, à cause des titres de quelques-uns des
entretiens : Mulier, Mare, Insecta, Saga *,
ce qui n'avait rien d'étonnant, le bon évê-
que parlant à peu près de tout. Mais les
libraires ont beaucoup d'imagination quand
il s'agit de faire valoir leur marchandisej
et celui-ci la mettait à, un bon prix. Quoi
qu'il en soit, ayant réussi à me procuref
le bouquin sans dépasser un chiffre raison-
nable, le puis donner aux lecteurs de \ In-
termédiaire une idée de son contenu, et
leur faire comparer, sans frais, la manière
de Majoli à celle de Michelet. Peut-être
jugeront-ils, comme moi, que le moins
édifiant des deux n'est pas celui qu'on
(i) Cependant je n'ai pas trouvé ce dernier
titre, et la table ne fait mention ni de sorciers
ni de sorcières.
N- 97.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [10 janv. 1869.
— 23 24
pays, et Guichardin a vu le tombeau et
l'inscription qui relate Thistoire. Ainsi cela
doit être vrai, et dès lors, il n'y a plus rien
d'étonnant dans le fait de la comtesse (en-
core une comtesse !) Hirmentulde de Ar-
telf, qui eut 22 enfants à lajfois, et dans
celui d'une femme citée par Albert le
Grand, qui en eut 145 de ta. grosseur du
doigt : au demeurant, parfaitement confor-
més. Le théologien admire de tels prodi-
ges, et remarque que Dieu permet aussi
aes accouchements spirituels monstrueux.
Ainsi dans cet horrible siècle (le XVI«), la
seule Allemagne a mis au monde plus de
trois cents hérésies. L'accouchement de
Marguerite est monstrueux ; celui de l'Al-
lemagne est plus monstrueux encore.
Arrêtons-nous à cette pieuse réflexion.
Le reste de l'entretien, où il est question
de malheureuses qui donnent le jour à des
chiens, à des serpents, etc., nous mènerait
trop loin. . . sat prata biberunt, E. P.
pense. Je choisis le troisième entretien in-
titulé Mulier. Il a lieu, comme tous les
autres, entre trois personnages, un Cheva-
lier y un Philosophe y un Théologien, Le
philosophe dit que la femme est d'une na-
ture supérieure à l'homme, car celui-ci a
été formé du limon de la terre, et hors du
paradis terrestre, tandis que la femme est
sortie de la noble substance d'Adam, et
qu'elle a reçu l'existence dans le paradis
même. Cette raison, approuvée par le
théologien, lui explique pourquoi la femme
est plus délicate que l'homme, et moins
propre au travail. Elle est aussi plus faible
d'esprit ; les grandes études lui sont inter-
dites, ainsi que les occupations politiques.
A l'homme de commander; à elle d'obéir:
Du côté de la barbe est la toute-puissance.
La seule misdon de la femme est de
conserver la race humaine. A cela se doi-
vent borner ses travaux et ses études,
o Quelle est la femme que vous estimez le
plus ? disait M™« de Staël à Napoléon. —
Madame, celle qui fait le plus aenfants. »
Tel paraît être le sentiment du théologien.
On parle ensuite des hermaphrodites, et
on en cite Quantités d'exeniples. Le
chevalier regarde comme abominable l'u-
nion de deux hermaphrodites, et il pense
Îue le mariage devrait leur être interdit,
.e théologien n'est pas de cet avis, et il
ne veut pas que l'on prive ces pauvres gens
d'une si grande consolation. Mais il y met
une condition. Laquelle? C'est fort diffi-
cile à dire en français; mais je puis vous la
dire enlatin — si bonum semblatur domino
prcesidi — lequel, en vertu de son pouvoir
discrétionnaire, vous communiquera ou
remplacera par des points la citation sui-
vante : a Crudeli quadam ratione fieret, si
eis matrimonium negaretur. Verum non
utroque... (i)» . , ,
Tel est le beau cas de conscience résolu
par les jurisconsultes et les casuistes, art.
de imped. matrim. Après cela, on vient à
parler des accouchements multiples; on
commence par les cas les plus simples,
trois. quatre..., jusqu'à dix ou vingt enfants
à la fois. Mais tous ces cas merveilleux pâ-
lissent devant celui de Marguerite, com-
tesse de Hollande, âgée de 42 ans, qui, un
certain vendredi de 1 an 1276, à neuf heu-
res du matin, accoucha de 364 (]Qdis trois
cent soixante-quatre) enfants de l'un et de
l'autre sexe. Réunis sur un même bassin,
ils reçurent tous à la fois le baptême par
les mains du vénérable évêque Guido, en
présence de toute la cour. A peine furent-
ils devenus chrétiens qu'ils expirèrent, ainsi
que leur mère, et furent enterrés sous un
tombeau de marbre dans un monastère de
Hollande. Erasme en parle, qui était de ce
(i) Non semblatur bonum domino praesidi
(qui tamen non est begula) continuare citatio-
nem episcopi Majoli. (^Réd,)
Nobles et gentilshommes , à Angers,
avant 89. — Ce qui suit est extrait du Ca-
hier des plaintes, remontrances et de-
mandes de la juridiction des consuls de la
ville d'AngerSy 27 févr. 1789 :
Le consulat d Angers a remontre qu'à
peine un marchand a-t-il acquis une for-
tune honnête, il tourne toute son ambition
vers l'anoblissement; oue, du moment
qu'il y est parvenu, il aojure tout travail,
toute occupation, par le préjuge établi
qu'un gentilhomme ne doit point travail-
ler; que ce préjugé pernicieux est l'effet
nécessaire des ordonnances royales, qui
interdisent les arts aux gentilshommes,
sous peine de déroger; que par là le com-
merce est non-seulement privé des fonds
qu y verseroient les nobles, mais encore est
sans cesse énervé par la désertion des ro-
turiers les plus capables de le faire fleu-
rir; que cette manie d'anoblissement dans
les roturiers, a pour cause les privilèges et
exemptions d'impôts que le gouvernement
y a attachés, en sorte qu'il semble avoir
proposé des récompenses à l'oisiveté et
des châtimens au travail; que, par ces
anoblissemens multipliés, la ville d'An-
gers se trouve peuplée d'hommes inutiles
et qui se font honneur de l'être, et parce
que ces hommes sont en même temps la
classe riche, il en est résulté cet effet mo-
ral pernicieux, que, dans l'opinion publi-
que, les idées de Noblesse et d'oisiveté se
sont associées, et que l'on a reporté sur
celle-ci la considération attachée à celle-là.
a Se plaignent les négocians et mar-
chands que ces mauvais exemples corrom-
pent l'esprit et les mœurs de leurs exifans,
oui, se piquant d'imiter ceux des Nobles,
déd,aignent les états de leurs pères et pas-
sent leur vie dans l'oisiveté. »
Parii. - Tjp. de Cb. Heyrueis, rue Coju, 18 - 1869.
QSAQQB
Numéro 98.
Ckêreluaet
«on* trùtittrc*.
Il M fmut
•iUr*aider.
i^imAm.
— ♦—
£2ntnmélftattt
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.)
25 s=
(Stuedtiond.
Belles-Lettres — Philologie — Bcaux-ârts
— Histoire — Archr'ologie — Numismatique
— Epigraphie —Biographie — Bibliographie
— Divers.
Productions inédites de Rabelais à re-
tronyer. — Un éditeur zélé, établi à Ge-
nève, M. J. Gay, a fait réimprimer, à cent
exemplaires seulement, la notice sur Ra-
belais, qui figure dans les Vies des poë-
tes françoiSy écrites par Guillaume Colle-
tet. Nous n'avons pas besoin de rappeler
que le manuscrit de cet ouvrage, fort pré-
cieux au point de vue de Thistoire litté-
raire, existe à la Bibliothèque du Louvre ;
on n'en a encore publié aue quelques frag-
ments. CoUetet signale ae la façon la plus
positive des écrits de Rabelais qui mérite-
raient qu'on s'efforçât de les retrouver. Il
parle (p. 18) de « certaines lettres que
a Rabelais escrivoit à quelques-uns de ses
u amys, qui sont encore entre les mains
« des curieux, et que j'ay veuës, où entre
u autres choses il leur mande qu'il avoit
« (à Meudon) de bons et pieux paroissiens
« en la personne de Monsieur et de Ma-
te dame de Guise. i> Un autre passage
(p. 24) est encore plus digne d'attention :
M Dans l'abbaye de Fontevrault, en Poic-
« tou, on garde précieusement encore un
tt livre manuscrit de Rabelais, qui est un
«c ample recueil de ses diverses poésies,
« comme je l'ay appris du fils oe René
« Chartier, docte médecin du roy, c^ui Ta
« veu, leu et feuilleté sur les lieux, n
Les archéologues, les savants du Poitou
ne sont- ils pas en mesure de savoir ce que
sont devenus les manuscrits de l'abbaye en
question? Il y a là un champ ouverte d'in-
téressantes investigations, et nous croyons
devoir signaler aux curieux les assertions
de Colletet, qui, enfouies Jusqu'ici dans un
manuscrit, imprimées ennn, mais dans un
livre dont la circulation restera fort res-
treinte, courent grand risque de n'obtenir
3ue bien peu de publicité ; r Intermédiaire
u moins leur prêtera la sienne. F.-J. M.
Un ballet inédit de La Fontaine. — Dans
26
les excellentes éditions des Œuvres de J.
de La Fontaine, publiées par le savant
Walckenaer, on trouve des Vers pour des
bergers et des bergères dans une fête don*
née à Troyes en 1678. Walckenaer avait
trouvé ces vers dans les Etrennes d'ApoU
Ion, almanach littéraire rédigé par d'A-
quin de Château-Lyon. Grosley les avait
fait connaître le premier, en nous appre-
nant que La Fontaine les avait composés
pour un divertissement au château des
Cours, près de Troyes, où il allait souvent
passer l'automne cnez Remond des Cours,
frère du fermier général. Walckenaer n'a
pas eu connaissance de la lettre de Gros-
ley, que j'ai retrouvée dans la collection
du Journal encyclopédique. Il résulte
de cette lettre que Grosley avait sous
les yeux le divertissement d'où il a tiré
les vers charmants publiés dans /'A/m^-
nach littéraire de d'Aquin. Ce divertis-
sement était un Ballet sur la Paix de
1678; il avait été imprimé certainement
à Troyes. L'exemplaire que Grosley avait
découvert dans les papiers de son père
portait en marge les noms des personnes
qui figuraient parmi les acteurs du ballet.
Il pensait que ce ballet devait être l'œuvre
de plusieurs Troyens lettrés, amis et com-
mensaux de Remond des Cours. Mais nous
pencherions plutôt à croire que La Fon-
taine, qui avait déjà fait pour la société de
Château-Thierry le ballet des Rieurs du
Beau Richard, était le seul auteur du bal-
let sur la paijt représenté au château des
Cours. Quoi qu'il en .soit, nous avons
cherché partout avec une rare persévé-
rance le oallet en question, et nous ne- l'a-
vons trouvé nulle part. Quelque chercheur
sera-t-il plus heureux que nous? C'est avec
une véritable tristesse que nous avons re-
noncé à l'espoir de faire entrer ce ballet
inédit dans notre dernier volume des Nou-
velles Œuvres inédites de Jean de La Fon-
taine. BiBL. Jacob.
Le a Songe dn Yergier. » — Cet écrit n'est-
il pas un dérivé du Dialogus inter Cleri-^
cum et Militem super dignitate papali et
regia? J'ai déjà appelé l'attention sur
cette question dans le Notes and Queries
(août i863); je désire la soumettre à des
TOMB V. — a
N« 98 .J
L'INTERMÉDIAIRE
27
28 -
lecteurs françs^is com[>étents. Il s'agirait
avant tout de déterminer la priorité du
Dialogus et son origine. Baie {Scriptores
Britanniœ)^ fjoldast, et après eux Cave,
l'ont attribué à Oeéaoi, mort en 1 347. Si
cette attribution est vraie, le Songe du
Vergier, qui n'est certainement pas anté-
rieur à 1 376, ne saurait être dônilé à Un
auteur français, Charles de Louviers ou
tout autre. Le sujet est bien de ceux oui
convenaient à Occam, mais je n'ai pu aé-
couvrir sur quel fondement la première
attribution du Dialogus lui a été faite. Je
crois cependant aue les signes internes
sont propres à inaiquer que le Songe dé-
rive effectivement du Dialogus, Existe-t-ll
en. France des manuscrits qui puissent jeter
Quelque lumière sur ce point ? La Biblio-
tnèque bodléienne d'Oxford possède plu-
sieurs manuscrits du Songe^ du commen-
ment du XV' siècle, mais aucun du
Dialogus. Au British Muséum, un ma-
nuscrit du Dialogus se trouve dans le
même volume que d'autres ouvrages, dont
le dernier est le Polychronicon continué
jusqu'à l'an 1376, et écrit de la même
main, semble-t-il, que le Dialogus. Je
connais l'intéressante étude de }\. Léopold
Marcel sur l'auteur du Songe du Vergier;
mais il paraît avoir, comme tant d'autres,
ignoré ou méconnu la coïncidence des
deux traités, coïncidence que je n'ai moi-
même découverte qu'accidentellement.
Dans Vlftdex librorum prohibitorum de
Sixte V^ les deux ouvrages sont prohibés,
et le Dialogus est désigné comme incerti
auctoris. Je souhaite que vos lecteurs
soient en mesure d'accroître la lumière
sur cette question instructive ; c'est pour-
quoi ie n'insisterai pas davantage sur l'iden-
tité aes deux ouvrages.
(West- Derby. Liverpool.)
John Eliot Hodgkin«
Le « vaisseau du désert ». — On a sou-
vent dit que Buffon avait appelé le cha-
meau le vaisseau du désert. Je viens de
relire le beau chapitre de \ Histoire natu-
relle consacré au chameau et au droma-
daire, et je n'y ai point trouvé cette heu-
reuse métaphore. D'où nous vient-elle?
Et si, comme je le crois, elle est d'originô
orientale, depuis quand est-elle acclimatée
chez nous? T. de L.
Erudition de Mathnrin Régnier. -- Dans
sa XIII« satire, intitulée Macette, ou VHy^
pocrisie déconcertée^ le poëte nous mon-
tre son héroïne au moment où
Elle a mis son amour à la dévotion.
Sans art elle s'habille : et, simple en contenance,
Son teint mortifié présche la continence.
Clergesse elle fait jà la leçon aux prescheurs :
Elle lit sainct Bernard, la Guide des Pécheurs,
Les Méditations de la Hètë THérèsâ $
Sçait que c'est qu'hypostase avecques sinderese.
A coup sûr, Macette en sait plus que moi
et que bien d'ai^tres. Sans doute, par la
Guide des Pécheurs il faut entendre le
célèbre ouvrage de Louis de Grenade {La
Guida) et, par hypostase^ la substance ou
l'essence même des personnes de la divine
triade. Mais qui pourra me révéler d'une
façon un peu pertinente ce que signifie cet
étrange mot sinderese, d'où il dérive, en-
fin dans quelle production littéraire la sin-
derese avait autrefois sa place marquée,
comme partie intégrante et indispensable?
J . Lit
Les frères Parfaict ou Parfait. — Claude
et François Parfaict sont les auteurs, sou-
vent cités, de divers ouvrages sur l'his-
toire des théâtres français et italiens, des
spectacles de la foire, etc. Pendant tout le
XVI Ile siècle, leur nom a été écrit : Par-
faict; aujourd'hui, l'usage semble prév&-
loir de l'écrire : Parfait. Peut-on donner
une raison plausible de ce changement
d'orthographe? Eud. S.
Jacques Prétest, peintre-^rrereur fran-
çais. — Mariette dit en note, à la page 192
de VAbécédario manuscrit : « Jacques Pré-
a vost, dit de Gray (apparemment du nom
« de sa patrie), a peint le Trépassement de
a la Vierge dans l'église de Saint-Mamert,
a à Langres. » Quelqu'un de mes honora-
bles et savants coabonnés pourrait-îl me
dire si ce tableau existe encore et s'il est
toujours dans l'église de Saint-Mamert?
A-t-on conservé quelqu'une des œuvres
du vieux peintre du XVI" siècle, soit dans
les musées, soit dans les églises, soit dans
les collections d'amateur? En signale-t-on
d'autres soit chez nous, soit à fétranger?
Je fais plus particulièrement appel à ceux
de nos coabonnés qu'intéressent les ori-
gines de notre peinture nationale. Je ne
tairai pas que mon humble collection peut
exhiber du peintre franc-comtois un pan-
neau représentant la Sainte Famille et si-
gné. Jacques D.
Le mélodràmaturgé Geigniez. — On se-
rait heui'eux d'apprendre, par la voie de
r Intermédiaire^ sll existe un portrait peint
ou gravé de Caigniez, auteur de la Pie
voleuse, et si quelqu'un possède de lui des
manuscrits ou des lettres autographes.
A. C.
Henri I? et Ravaillao. ^ On trouve
dans VHistoire du Droit de guerre et de
paix, par M. Marc Dufraisse (Paris, Ar-
mand Le Chevalier, 1867), à la page 172,
le passage suivant : « Tout le monde sait
que Heari IV, dans sa verte et galante
vieillesse, tomba violemment amoureux
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
19
3o
[25 lanVi ïB6^.
été transportés en Nivefnals, où îl s'était
retiré et où il est mort, en i838.
Paul Lacroix.
de Henriette de Montmorency, et que,
pour ravoir sous la main, il maria la jeune
personne, à la coilr. au prince de Condé.
On sait aussi que l'époux mal appris réso-
lut d'emmener sa femme hors de France,
afin de la dérober â^ la lubricité sénile du
roi. On sait encore que la fugitive fut long-
temps poursuivie ou plutôt précédée sur
la route, de relais en relais, par Henri le
Grand, déguisé en postillon avec un em-
plâtre sur l'œil gauche, et qu'enfin, sous
prétexte de Juliers et de Clèves, les régi-
ments de France partaient déjà pour la
conquête de la dame quand, le vieux sa- 1 -,«*.. .^^ — .^..^ ..*w.w ^ -.*
tyre ayant trompé et déshonoré la sœur cancer, ^ oU a-t-on voulu caractériser,
De quoi est mort Napoléon !«'? — On
lit dans une poésie de Henri Heine, inti-
tulée le Tambour^major. la strophe sui-
vante, à propos de Napolcon I" : « Sur le
rocher de Sainte-Hélène, ils lui infligèrent
un infâme supplice. Il mourut à la fin d'un
cancer à l'estomac.'» — Quel supplice les
Anglais oni*ils fait subir à Napoléon I"?
L'Empereur est-il réellement mort d'un
ae Ravaillac^ cet exécrable vetigeur de la
sainteté de la famille arrêta, d'un coup de
couteau, l'exécution a du grand dessem. »
L'attac^ue est vigoureuse, mais est-elle
bien justifiée? La violente passion du Vert
Galant pour la princesse de Condé est pas-
sée à l'état de vérité historique (je laisse de
côté les exagérations); mais est-il vrai que
Ravaillac ait eu une sœur trompée et dés-
honorée par Henri IV? Ce fait, avancé
sans preuves par M. Marc Cufraisse, mé-
rite d être éclairci. A-t-il déjà été consigné
dans d'autres écrits? GinoïK.
Le manuscrit de « l'Histoire de Parie, »
deSauvaL — Il s'aeirait de retrouver dans
les limbes de quelçiue bibliothèque pu-
blique, un manuscrit qui existait dans la
bibliothèque du chancelier d'Aguesseau,
et q^ui fut compris dans la vente de cette
bibhothèque, en 1785.
Voici comment ce manuscrit est signalé
dans le Catalogue des livres imprimés et
manuscrits de feu M. d'Aguesseau^ doyen
du Conseil, etc. ( Paris, Née de la Rochelle,
1785, in-80) :
« N® 4716. Histoire de Paris, par le
« sieur Sauvai, en neuf portefeuilles.
« C'eàt le manuscrit qui a servi à l'im-
« pression de cet ouvrage. Il provient de
« la bibliothèque de Cl.-Bern. Rousseau,
« auditeur des Comptes, qui en fut l'édi-
I teur. »
Ce manuscrit fut adjugé au prix de
72 livres 5 sols, ce qui représente uhe
somme asser honorable, eu égard â la va-
leur des livres et de l'argent, à cette époque.
Il serait fort intéressant de le retrouver ;
car ce n'est certainement pas le manuscrit
c\m a servi à l'impression des trois volumes
in-folio de l'édition Cl.-Bern. Rousseau. Ce
serait plutôt une ancienne copie des origi-
naux ae Sauvai.
Nous ne serionç pas surpris que le libraire
Née de la Rochelle, qui faisait la vente
des livres de d'Aguesseau, ait acquis pour
son propre compte, et en vue de ses propres
travaux, ce manuscrit dont la trace est au-
jourd'hui perdue. Les livres et les manu-
scfits qiM possMiit Née de la Rochelle ont
par une comparaison poétique, la douleur
morale qui rongeait le gt'and homme?
L. G.
La vérité sur la mort de Joséphine. —
L'impératrice Joséphine expira tout d'un
coup, inopinément, le 29 mai 18 14. — Il
se répandit alors plusieurs bruits étranges
au sujet de cette mort rapide : on alla
même jusqu'à parler de poison! Quelle est
la version la plus accréditée et la plus gé-
néralement adoptée par l'histoire? UtR.
Noblesse de la famille de Jeanne d'Arc.
— Il y a quelque temps, l'Union contenait
l'article ci-après, qui ne porte aucune indi-
cation d'auteur ou de provenance :
tt II a été dit jusqu'à présent que Jeanne
d'Arc, dite la Pucelle d Orléans, était une
simple fille des champs, née^de parents
pauvres çt obscurs, à laquelle ses beaux
faits méritèrent que ses père et mère, ses
trois firères Jacquemin, Jean et Pierre, ses
oncles, neveux et nièces et leur postérité
fussent anoblis par Charles Vil, roi de
France, avec la liberté de prendre le nom
de du Lys, qu'ils ont, en effet, porté au
lieu de celui d Arc. Mais ce que l'on ignore
encore, c'est que là famille d'Arc était de
noble origine, et que la pauvreté seule les
obligea tous à une vie dure et pénible dans
le travail et la culture des terres, les for-
çant à devenir laboureurs et fermiefs. La
famille d'Arc, antérieurement à ses tnal-
heurs, portait pour armes : d*a:^ur, à un
arc d'or, bandé de trois flèches de même,
Jeanne d'Arc parut donc au monde coinme
un astre qui rendit l'éclat à sa famille, et
l'anoblissement que la pauvreté avait terni
et obscurci longtemps. »
C'est la première fois que pareille alléga-
tion est produite. Les partisans de l'ortho-
graphe Darc ont, entre autres arguments
à l'appui de leur thèse, insisté sur la roture
des parents de Jeanne. Sur quelles données
s'appuie l'article ci-dessus ? Où trouve-t-oh
les preuves de la noblesse des d'Arc et la
description de leur blason ?
Frédéric Lock.
-* Même question de M. A.
N» 98.]
L'INTERMÉDIAIRE
3i
32 ^
Famille de Montchal. — - Dans son. livre
intitulé Lucques et les BurlamacchL Sou^
venir s de la Réforme en Italie (Paris-
Genève, Abr. Cherbuliez, 1848, in- 12),
M. Ch. Eynard dit (p. 189) que Lyon pos-
sédait, au XV I« siècle, un nombre consi-
dérable de comptoirs et de maisons de
soieries, tenues par des famiJles nobles de
France et d'Italie, « telles que les de Juges,
les de Grollier, de Baronat, de Trie, de
Revilliasc, de Montchal, les Thellusson,
les Micheli, les Turretlini, les Arnolfîni et
les Calandrini, qui avaient embrassé les
idées nouvelles, et les professaient dans
cette ville avec une grande liberté. » — Où
pourrais -je trouver des détails sur cette
famille de Montchal ? Sa généalogie a-t-elle
été imprimée quelque part? Elle n'était
probablement ni lyonnaise ni dauphinoise,
car VArmorial du Lyonnais^ rore:^ et
Beaujolais (Ljron, 1860, in-40) et VArmO"
rial au Dauphine\ par G. de Rivoire de la
Bâtie (Lyon, 1867, gr. in-8*) ne donnent
point ses armes et ne la mentionnent même
pas. Th. D.
Mon cousin, cottyrez-YOus. — Faut -il
voir une plaisanterie dans le récit qui
nous montre un membre de la famille de
Lévis, se faisant peindre, rendant, le cha-
peau à la main, visite à la sainte Vierge,
qui lui dit : Mon cousin, couvre^^-vous 9 —
Ce qui du moins est bien certain, c'est que
Ton peut lire dans un livre très-sérieux,
r Etat présent delà France (Paris, 1662),
p. 43g, que^« la maison de Lévis tire son
« origine de Lévi, une des douze lignées
« d'Israël, de laquelle est issue la vierge
<c Marie, que messieurs de Vantadour
« nomment leur cousine. » T. de L.
Pins souvent I ^^ Quelle est Torigine, et
quelle est l'analyse grammaticale de cette
expression familière? L. G.
Gourgandine. — Quelle est Torigine de
ce mot? X.
Londres. — D'où vient le nom de Ion-
drès que la Régie des contributions indi-
rectes donne à certains de ses cigares?
Cette dénomination a-t-elle quelque rap-
port avec la capitale de l'empire britan-
nique? DiCK ASTÈS.
Origine du mot « sans-culotte. > — Je
lis dans le Nouveau Paris de Mercier,
chap. XCIX : a On ignore généralement
l'origine de ce mot ; la voici : le poëte Gil-
bert, peut-être le plus excellent versifica-
teur oepuis Boileau, était très-pauvre; il
avait tancé quelques philosophes dans une
de ses satires; un auteur qui voulait leur
faire sa cour'pour être de rAcadémie, ima-
gina une petite pièce satirique intitulée :
le Sans Culotte^ on' y raillait Gilbert, et
les riches adoptèrent volontiers cette dé-
nomination contre totis les auteurs qui
n'étaient pas élégamment vêtus. Lors de
la Révolution, ils se ressouvinrent du
terme, le ressuscitèrent, etc., etc. »
Un des lecteurs de l'Intermédiaire peut-
il me dire quel était l'auteur de la susdite
pièce satirique et si elle a été imprimée?
Max. D.
Le brouillard du choléra.— M. Glaisher,
le célèbre météorologiste, assure que la
Erésence du choléra est indiquée par un
rouillard bleuâtre {{choldra-mist) parfai-
tement visible. Or, il se trouve qu'en i832,
un des guetteurs du beffroi de Metz a af-
firmé à une vieille Ecossaise, de la con-
naissance d'Alceste, avoir vu une boule
bleue passer sur la ville. Ce guetteur
existe- t-il encore? a-t-il fait part à d'au-
tres personnes de cette observation. D'au-
tres personnes, à Metz ou ailleurs, ont-
elles fait la même remarque? Alceste
accueillerait avec reconnaissance toute in-
dication à ce sujet, vu la grande impor-
tance de la question. Alceste.
L'Erostrate des bibliothècnies publiques.
— Nous voudrions connaître le véritable
nom du terrible homme que l'abbé Gré-
goire, évêque constitutionnel de Blois,
avait baptisé ainsi. Cet Erostrate, il est
vrai, ne voulait brûler les bibliothèques
qu'après en avoir extrait les ouvrages rares
qui pouvaient servir à compléter la Biblio-
thèque nationale, qui eût été alors la seule
bibliothèque de la République française.
Nous demandons des détails sur cette sin-
gulière proposition, adressée au Comilê
des arts, en 1793. P. V.
Origine des < errata. » — Quel est le pre-
mier ouvrage imprimé à la fin duquel a
été inséré le relevé des erreurs typogra-
phiques? Les plus anciens imprimeurs, le
célèbre Caxton notamment, si cher aux
Anglais, relisaient les ouvrages qui sor-
taient de leurs presses, corrigeaient les
fautes à la marge d'un exemplaire qui
servait ensuite de modèle à des scribes
, chargés d'exécuter sur l'édition entière
; une semblable opération. Aujourd'hui on
se donne moins de peine, et une foule de
volumes qui auraient le plus grand besoin
de se terminer par un ou deux feuillets
fï errata, en sont complètement dépour-
vus. ' E. S.
•
La collection d'autographes de Gérard
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 jtnv. 1869.
- 33
34
Tan Papenbrock.'— Costè a Te premier fait
connaître, en l^J^rant dans, son édition
des Essais de Mohtaigi:iç., une lettre
adressée par Timmortei , philosophe à
M"« Paumier. LVriginal existait dans la
collection de l'amateur aue nous venons
de nommer, ancien président des échevlns
d'Amsterdam, lequel possédait plus de
mille lettres autographes des écrivains les
plus célèbres de TËurope depuis deux
siècles. Il serait bien utile de savoir ce
qu'est devenu ce trésor, et de connaître les
ërincipales richesses qui le composaient.
!n Hollande, les cabmets se conservent
habituellement pendant de longues an-
nées, et si celui-ci a été dispersé, on doit
savoir à Amsterdam en quelles mains il a
passé. B. T.
c Martin Lnther, » drame de L. Halévy.
— M. Léon Halévy a publié un drame
historique, en quatre actes , reçu , mais
non représenté au Thédtre^Français ; ce
drame, imité de Zacharias Werner, est in-
titulé : Martin Luther ou la diète de
Worms. Serait-il possible de connaître
les motifs oui ont empêché la représenta-
tion de ce drame? P. L. A.
Anciennes images snr vélin découpées
an canivet. — Le Moniteur universel a an-
noncé que le prince de Ligne aujourd'hui
existant se proposait d'envoyer à l'Ex-
position un très- précieux et très-rare Ma-
nuscrit duXV* siècle, véritable trésor d'art
et de patience monacale, appartenant à
cette illustre famille depuis plus de trois
cents ans, composé de vmgt-quatre feuil-
lets in- 12, du plus beau velin qui se peut
voir, et dont les lettres du texte, le trait
et le dessin des estampes sont entièrement-
découpés à jour dans la peau même, dou-
blée a'un léger transparent de couleur,
chargé de faire ressortir davantage la
beauté et la délicatesse de ce merveilleux
travail.
Connaîtrait-on en France (dans les bi-
bliothèques publiques de Paris et des
grandes villes de province, ou dans les
collections particulières des plus célèbres
amateurs) des manuscrits découpés de ce
genre, qui pussent rivaliser avec le magni-
fique exemplaire du prince de Ligne?
Et pourrait- on donnera V Intermédiaire
l'indication précise de ceux de ces ouvrages
qui peuvent avoir été conservés dans notre
pays, ainsi que la liste détaillée des diverses
Etudes artistiques ou bibliographiques
dont ces précieuses reliques ont été l'objet?
Ulric.
r des sociétés savantes de Paris^de la France
et de l étranger y in-4. Pourrait-on me dire
combien de temps cette Revue a paru, et
s'il est facile de se procurer les numéros
ou les années parus r E. Q.
tt Revne des Cours, t — Le i3 avril i855,
il a paru, sous la direction de M. Odysse
Barot, une Revue des Cours publics et
Une métaphore de Victor Hugo (III,
270). — Un troisième rapprochement
prouve que la métaphore attribuée au
célèbre romantique a été souvent em-
{>loyée ; mais ici, tombés des hauteurs de
a aivinc poésie dans la vile prose, les clous
sont d'un métal moins précieux : « Les
étoiles ressemblaient à des clous d* argent
Îui retenaient un voile bleu, » écrit
,ouise de Chaulieu à son amie Renée de
Maucombe, dans les Mémoires de deux
jeunes mariées, par Balzac. J, Mt.
Que faut-il penser de la Faustine de
Marc-Aurèle? (III, 333).— M. Ernest
Renan a lu une très - spirituelle apologie
de Faustine dans la séance solennelle des
cinq académies, en août 1867. ^^ disser-
tation de M. Renan a été reproduite dans
la Revue des Cours littéraires du 3 1 du
même mois. L Intermédiaire ne doit-il
pas se féliciter d'avoir appelé l'attention
sur une question qui^ un an plus tard,
devait, en plein Institut, être si savam-
ment et .si élégamment traitée?
Yezimat.
P, S. Presque en même temps que
M. Renan tentait de réhabiliter Faustine,
un des professeurs les plus distingués de
l'Université, un maître de conférences à
l'Ecole normale, M. Zeller, s'amusait à
essayer de réhabiliter Xanthippe. (Revue
moderne, du i®»* septembre 1867.) L'Inter-
médiaire 3L rappelé (III, 641) que déjà
l'helléniste Gail avait plaidé (où donc?) les
circonstances atténuantes en faveur de la
femme de Socrate.
Découverte de l'Amérique au XIII« siè-
cle (III, 468). — On peut lire à ce su-
jet les Lettres écrites des régions po-
laires par lord Dufferin (Paris, Hachette,
1860, trad. Lanoye, p. 40 à 44). Dans ce
récit d'une érudition peut-être superficielle,
on voit mentionner l'arrivée à Reykjavik,
en Islande (1477), ^^ Christophe Colomb
venant s'inspirer des traditions encore vi-
vantes dans ce pays, relatives à l'existence
d'un grand continent situé au sud-ouest. •
Lord D. cite un manuscrit que, sans le
désigner autrement, il qualifie « d'histo-
« rique , notoirement écrit avant 1 3gS ,
«•98.} •
LINTERM^DIAIRË
35
36
n c*est'à»dire un siècle avant le voyagct de
« Colomb, et qui relate avec quelques dé-
« tails comment un nommé Leif, faisant
« voile à destination du Groenland , fut
tf entraîné loin de sa route par les vents
« contraires jusque sur une côte vaste et
« inconnue, qui augmentait en beauté et
« en fertilité en descendant vers le sud, et
« comment, par suite du rapport fait par
tt Leif après son retour, des expéditions
« successives avaient été dirigées dans la
a même direction. A deux reprises différen-
« tes, les aventuriers semblent s'être fait
« accompagner de leurs femmes, et un de
« leurs vaisseaux fut même commandé par
« une dame. Pendant le cours de deux ex-
a péditions, ils hivernèrent sur cette nou-
« velle terre, y construisirent des maisons
« et y jetèrent les bases d'une colonisation,
a Des motifs demeurés inconnus leur firent
a néanmoins abandonner ce projet, et avec
« le temps, on en vint à considérer ces an-
ci ciens voyages comme aussi apocryphes
a que la circumnavigation de l'Afrique
« tentée par les Phéniciens sous le règne
« du pharaon Nécho. »
Cette découverte de l'Amérique remon-
terait au commencement du XI« siècle.
Quant au Groenland lui-même, lord D.
cite un bref du pape Nicolas V, de 1448,
octroyant un évêque et un renfort de prê-
tres, « en considération de la piété de ses
bien-aimés fils du Groenland, qui ont élevé
plusieurs édifices sacrés et une splendidé
cathédrale. » G. B.
Un imitateur de Rabelalu (IV, 7). ^
MM. J. Gay et fils, éditeurs à Genève,
viennent de faire paraître une réimpres-
sion du Rabelais ressuscité (Rouen, 16 11),
Î>récédée d'une notice et de notes de Phi-
omneste junior (M. Brunet, de Bordeaux).
C'est un petit in- 12 de viii et io5 pages,
pap. vergé, tiré à cent exemplaires, du
prix de 8 fr. L'éditeur de cette nouvelle
réimpression ne donne aucua renseigne-
ment sur Nicolas de Horry, mais il fait
ressortir toutefois qu'on trouve dans cet
écrit quelques traits qui, pour l'époque,
sont d'un bon comioue, « la manière dont
le nom de Robinus dérive de celui de Pla-
ton (ch. x) peut aussi être mentionnée
comme un trait lancé contre les folies de
quelques étymologistes du XVIe siècle,
tout aussi dénués de sens que quelques
celtomanes d'une époque plus récente, y
Quant à la facétie du roi Happebran,
promettant, à l'occasion du mariage de sa
nlle, de payer « auxdicts futurs époux la
somme de six cents mil livres, moins deux
cents mil escus, » elle rappelle une carica-
ture delà monarchie bourgeoise, représen-
tant le roi prenant part à une souscription
en faveur du célèbre banquier Laffitte :
« Voilà cent sous , rendez - moi cinq
francs. »
Quant à des renseignements particu-
liers sur la vie de Nicolas de Horry, on
n'en a pas. ^Strasbourg.) C. M.
Portrait de JaUet (IV, 102).— La Biblio-
thèque impériale de Paris possède un por-
trait dessiné de Jallet; je ne saurais dire
s'il est de David : toutefois, celui-ci était
de 1789 à 1791, avec Isabey, Denon, Alex.
Duval le futur dramaturge, au nombre
des dessinateurs qui fixèrent l'image de
nos constituants.
Outre ce dessin, il existe, à ma connais-
sance, trois portraits gravés du curé Jac-
ques Jallet, député du clergé de la séné-
cnaussée du Poitou en 1789, oui mourut
à Paris le i3 août 1791, avant 1 expiration
de son mandat. (Auch.) H. Vienne.
Les sobaides du parlement anglais (IV,
254). — Je remercie M. P. A. L. de sa
réponse. Il ne me donne cependant pas ce
que je demandais, c'est-à-dire le sens de
ce mot n subside, » qui devait probable-
ment représenter une somme déterminée,
Euisque le parlement en accordait un nom-
re différent (5-7-8-14, etc., etc.), suivant
l'étendue des besoins auxquels il fallait
pourvoir ou la nature de ses relations avec
la couronne.
Il n'est peut-être pas facile d'obtenir ce
que je désire, car je me rappelle l'avoir de-
mandé, et en vain, à mes professeurs
d'histoire, MM. Weiss et Camille Rous-
set, à J'époquç éloignée déjà où j'étais au
lycée Bonaparte. G. R.
Coqs et croix (IV, 263). — On m'a as-
suré, dit M. le D' Koemer dans le « Na-
vorscher, » année i853, page 147, que le
çoq, comme armoirie des Francs, a trouvé
$a place, le premier, sur nos tours d'église.
Ailleurs {H. Alt. d, christl. cultus, p. 29),
je trouve noté que le coq, étant consjdéré
anciennement comme pouvant prédire le
temps, fut placé pour cette raison en effi-
gie là où Ion annonçait la direction du
vent. D'autres le mettent en rapport avec
saint pierre ou avec l'Eglise, qui considère
cet apôtre pomme son chef. D'autres en-
core assurent que le cocj placé sur les
tours d'église est originaire des Gaulois,
qui firent placer leur emblème (savoir
un gallus ou coq) sur tous les temples
de la religion chrétienne, comme té-
moignage qu'ils en devaient être con-
sidérés comme fondateurs. On lit en-
core à ce sujet, dans « Opus Tripart. de
« profanis et sacris veteribus ritibus » de
Gasalius, t. 11, p. 246, les lignes sui-
vantes : « Denique hoc addam, morem
« esse (ut ego vidi) in tota Germania su*
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 janv. i36g.
- :»7
38
n periore et inferiore, pec noia in Qallia et
a Ançlm , ut in omnibus . çampanorum
« turribus appdàatur in summitate effi-
« gies Gain ex métallo ad praelatorum et
« curionum ajliciendam atqiie excitandana
« vigilantiam. » Un certain Reinerius, et
quelques autres avec lui, disent que, dans
le moyen âge, le coq fut considéré comme
emblème d^n savant ou ministre : « Item
CL mysticum sensum in divinis scripturis
a réfutant : praecipue in diçtis et actis ab
« Ecclesia traditis : ut quod gallus super
« campanile significat doctorem • (^Notes
and Queries, V, 447).
Quant à la signmcation de la croix, elle
nous rappelle le crucifiement du Sauveur,
et la pomnae dorée, la chute de Thomme.
Aussi la croix et la pomme étaient autre-
fois l'emblème de la puissance ecclésias-
tique et séculière. Je mentionne encore, en
finissant, une explication du coq, de la
croix et de la pommcy qu'on peut trouver
dans l'évangile selon saint Marc, ch. XIV^
38, où on lit : « Veille^ et prief, afin que
tt vous n'en.trie;ç pas en tentation. »
(Anisterdam.) J. G. de G. J. Jr.
« Amorial général t de d'Hozier ( IV,
395).— Cet ouvrage a été imprimé en dix
volumes in-fplio de 1738 à 1768, et réim-
primé textuellement en 186S, page pour
page, ligne pour ligne. En souscription à
la librairie Firmin Uidot frères, et à la li-
brairie Bachelin-Deflorenne. — Il y a aussi
r Indicateur du grand armoriai, par d'Ho-
zier, publié par Louis Paris, 4 vol., i865
(Recueil officiel dressé en vertu de Tédit de
1696.) H. GÉN,
L'antitabao vers les premières années de
ce siècle (IV, 296). — Ce titre est-il exact? H
nîç semble que cela ne date que du règne
(Je Louis-Pnilippe. Aurait-on osé, sous
l'Empire, essayer ce petit croc-en-jambe à
la régie? L'antitabac était ou passait pour
çtre de la feuille de noyer. Il y eut un pro-
cès. Je n'affirmerai? pas qu'il fut correc-
tionnel; mais jele crois. Si je ne me trompe,
c'aurait alors été le fabricant qui eût es-
sayé inutilement de maintenir son droit
contre les interdictions de l'administration.
O. D.
— Il a dû exister plusieurs variétés de
préparations destinées ^ux ipêmes usages
que lé tabac. La dernière, et celle qui fit
aux contributions indirectes la plus dan-
gereuse concurrence, av^it été inventée par
un sieur Duchâtellier. Elle se composait
d'un mélange de feuilles de vigne, de noyer
et de betterave, fermentées à divers de-
grés. On supposait même à ce mélange
Mrtiineg vfrtu» hygiéniques, et lors du
Qboléra de 18^9 circula ce distique bpuf-
P'antitabac si prenez une prise,
Le choléra sur vous n'aura jamais de prise.
Duchâtellier, poursuivi comme falsifica-
teur du tabac officiel, gagna son procès de-
vant la Cour de cassation (arrêts du 2 dé-
cembre i83o et 7 juin i83i), La régie
s'adressa alors aux pouvoirs gouvernemen-
taux, et une loi du 13 février i835, art. 5,
proscrivit « la fabrication, la circulation,
a la vente du tabac factice ou de toute
« autre matière préparée pour être vendue
« comme tabac. » L'historique de cette af-
faire se trouve dans divers recueils judiciai-
res, et notamment dans le Répertoire mé-
thodique et alphabétique de Dallo?, v® /m-
P$ts indirects, n^» 6o5 et suiv.
L. DE La Sicotïère.
La flûte et le tambour (IV, 304). ~ Au-
trefois, dans nos régiments, la compagnie
dite colopelle, celle à laquelle était confié
le drapeau, était précédée immédiatement
de la musique proprement dite, dans la*-
quelle étaient compris les violons, le?
flûtes et les fifres, et qui était suivie de
près des tambours. Pendant la marche,
musique et tambours alternaient; mais,
au son de l'une ou des autres, soldats che-»
minaient du même pas. De là devait
E rendre naissance, chez les joueurs ou
relandiers, la locution proverbiale ; « Ce
qui vient par la flûte s'en va par le tam'
bour, » c'est-à-dire, au jeu nou^ gagnons
et perdons aussi vite et de la même ma*
nière, comme dans l'armée fantassins vont
toujours du même train qu'ils règlent
sur la flûte ou sur le tambour. Les Al-
lemands possèdent ces deu^^ proverbes
équivalents, et dont le premier se recom-
mande par une remarquable assonancç
ou allitération : Wie gewowwew, so zerror?-
neUf (au jeu) comme (on a) gagné, ainsi
(on a) perdu ; vous avez aussitôt perdu que
gagné, — Was mit PfeifFen Kommt, ge-
nêt mit Trommeln wieder weg, ce qui
vient avec accompagnement du fifre s'en
retourne au son du tambour. En Norman-
die, on avait jadis coutume de dire : Ce
qui vient avec èbç (reflux) s'en retourne au
flot. De là ce vers si célèbre pour une
Compagnie qui ne l'était pas moins :
Le flux les apporta, le reflux les emporte.
(Grenoble.) J. P.
hB maréchal d'Anmont ; date de sa
mort (IV, 324). — La Gazette de 1669
répond à cette questiout Elle dit, p. yq
et 71 , que le maréchal d'Aumont « ayant
été attaqué d'une^ apoplexie la nuit du
10 de, ce mois (de janvier) mourut le len-
demain sur le midi , en sa soixante-hui-'
tième année. Le 12, son corps fut exposé
en son hôtels sur un lit de parade,, . et k
N- 98.]
L'INTERMÉDIAIRE
39 -
soir il fut porté aux flambeaux en Téglise
Saint-Gervais , sa paroisse , où il est de-
meuré en dépôt dans sa chapelle. » Plus
loin, page 120, la Galette ajoute : a Le
même jour (3i janvier), il se ht un service
fort solennel pour le maréchal duc d'Au-
mont en Téglise de Saint-Gervais... A l'is-
sue de cette cérémonie... le corps fut
reporté en sa chapelle... pour y demeurer
jusques à ce qu'on lui ait préparé un tom-
beau, que la duchesse, sa veuve, désire
rendre autant magnifique qu'il sera pos-
sible. » Renaudot.
Catalogue de FortsaB (IV, 328). —
Le catalogue original de la vente Fort-
sas, édition de 1840, est devenu très-rare,
c'est une savante mystification bibliogra-
phique du bibliophile Chalon, qui s'est
amusé à composer un catalogue de vente
de 222 ouvrages des plus rares et la plu-
part uniq^ues. Aucun de ces 222 ouvrages,
qui devaient se vendre publiquement à
Binche le 10 août 1840, n'existait, mais
les titres annoncés présentaient un tel at-
trait de curiosité qu une masse de savants,
de bibliothécaires et de bibliophiles sont
venus se prendre à la glu de cette an-
nonce : les uns comparurent en personne
pour disputer aux enchères ces volumes
mtrouvables, et les autres adressèrent des
lettres à M. Hoyois, l'expert de la vente,
pour lui transmettre leurs commissions.
J'ajouterai qu'en 1867, Hoyois, à Mons,
a publié une brochure intitulée :
Documents et particularités historiques
sur le comte de Fortsas.
Cet ouvrage est imprimé sur papier
jaune ; pourauoi le choix de cette couleur
jaune, la couleur des trompés? A la p. 1 17,
note E, j'y trouve que M. Madcamp
d'Horrues avait donné une commission
de 5o fr. pour l'acquisition de ce fameux
no48.
J'y trouve encore la note suivante :
a A l'époaue fixée pour la vente, l'inten-
dant général de S. A. le prince de Ligne
se trouvait en Allemagne. On lui dépêcha
un courrier afin qu'il fût de retour pour le
10 août, car on ne voulait confier à d'au-
tres qu'à lui le soin de ne point laisser
échapper un pareil ouvrage. M. H p
avait reçu des instructions précises pour
acheter, n'importe à quel prix, ce précieux
volume relié en chagrin, avec serrure à
secret. 11 y avait considérablement d'ama-
teurs pour ce croustilleux n? 48. »
. M. Chalon, le mystificateur, a fait
preuve de beaucoup d'esprit et de science
dans la rédaction de son fameux cata-
logue Fortsas. Mais son esprit a fait
tort à son tact en cette circonstance. Il y
a de ces confidences qu'un homme d'hon-
neur ne peut pas se faire même à soi-
même, m, à plus forte raison, aligner en
caractères d'imprimerie, quoique pour hii
seul et à un ^çpl exemplaire, le tout fût-il
même enveloppé d'une p^eau de chagrin.
3%xvi)E Bruxelles.
— Quoi qu*cn dise M. Yemeniz dans la
note qu'il a consacrée au Catalogue Fort-
sas, ce volume n'est pas rare ; if en a été
&it plusieurs contrefaçons et il en a paru
récemment une édition à Bruxelles, au
prix de 5 francs. On sait que ce catalogue,
dont les livres n'ont existé que dans l'ima-
gination de M. Chalon, a fait sensation
lorsqu'il parut. Un ^rand nombre de bi-
bliophiles ont été pris à cette mystifica-
tion, et plusieurs d'entre eux ont eu de
cruelles déceptions.
Voici le titre exact, avec la note qui
l'accompagne, du n^ 48, que Madame la
princesse de Ligne voulait acquérir à tout
prix : a Mes campagnes aux Pays-Bas^
« avec la liste, Jour par jour, des forte-
uresses quef ai enlevées à V arme blanche.
a Imprimé par moi seul, pour moi seul,
a à un seul exemplaire, et pour cause.
« A. B. de l'imprimerie du P. Ch. De...
a ^prince Charles de Ligne), sans année,
a in -8°, 202 p., relie en chagrin vert, avec
a fermoir à clef d'argent doré.
« Catalogue plus que curieux des bonnes
« fortunes du prince. Le maréchal de Ri-
« chelieu lui avait sans doute donné l'idée
« de ce singulier inventaire. »
Dans la préface de ce curieux catalogue,
M. Chalon fait supposer que a M. le
« comte de Fortsas n'admettait sur ses
« tablettes que des ouvrages inconnus à
« tous les bibliophiles et les catalogistes.
« Avec un pareil système, on conçoit que
« la collection formée par lui, bien qu'il y
tf ait consacré pendant quarante ans des
a sommes considérables, ne peut être fort
te nombreuse. Mais ce qu'on aura peine à
c croire, c'est qu'il expulsait impitoyable-
« ment de ses rayons des volumes payés
« au poids de l'or, des volumes qui eus-
« sent été l'orgueil des amateurs les plus
« exigeants, sitôt qu'il apprenait qu'un
a ouvrage, jusqu'alors inconnu, avait été
« signalé dans quelque catalogue. La pu-
« blication des Nouvelles Recherches de
a Brunet, fut pour notre bibliomane un
a coup bien sensible, et qui, sans doute,
a n'aura pas peu contribué à accélérer sa
a fin. Elle lui fit perdre en une fois le tiers
a de sa chère bibliothèque. Depuis lors, il
« semblait dégoûté des livres et de la vie ;
c( il ne fit plus une seule acquisition, mais
« le Bulletin*de Techener venait de temps
u en temps encore éclaircir les rangs déjà
o bien-dégarnis de son bataillon sacré. »
On peut juger de l'effet que produisit,
dans le monde des bibliophiles, ce catalo-
gue précédé d'une pareille préface.
(Strasbourg.) C. Mehl.
— On a réimprimé cette année-ci (1867),
sans doute en Belgique, sur un des deux
exemplaires connus , un petit livre du
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 ;anv. 1869.
— 41
42
prince de Ligne aussi édifiant à peu près
que le serait celui de « Meh Campagnes
aux PayS'Ba$i i) s'il existait.
Nous le signaleront à M. H. Vienne,
non pas pour . son contenu , mais pour
Tavant-propos de«l!édJteur, qui donne une
nomenclature des livres sortis des deux
imprimeries particulières du prince , à
Bruxelles et à son château de Delœil :
Sans devant derrière, parle prince de***,
sur l'imprimé de Delœil, sans titre, sans
nom d'auteur, sans nom de lieu, sans
date; in-8 de vii-75 p., tiré à 70 ex. nu-
mérotés à la presse (5o pap. de Hollande,
16 gr. pap. de Hollande, 4 chine).
(Bruxelles.) P. M.
Pourquoi nomme-t-on Raphaël « le
SauzioT » (IV, 294). — « Le père de Ra-
phaël se nommait Giovanni Sanli. Pour-
quoi le fils se nomme-t-il Sanzio? Il de-
vrait se nommer comme son père. On a
dû chercher à expliquer cela. » En effet,
on s'en est occupé et voici les renseigne-
ments que l'on possède à ce sujet :
Georges Vasari, l'auteur du célèbre ou-
vrage intitulé : Le vite dei più eccelîenti
architetii, pittori e scultori italiani, com-
mence ainsi son article biographique sur
Raphaël d'Urbin :
t Le gracieux Raphaël Sanzio d'Urbin
offre une des preuves les plus éclatantes
de la munificence du ciel qui se plaît par-
fois à accumuler sur une seule tête des
grâces et des trésors qui suffiraient à la
gloire de plusieurs. » -— Puis il ajoute,
un peu plus loin , dans le même article :
« Raphaël naquit, à Urbin, le vendredi
saint de Tannée 1483, à trois heures après
minuit. Son père Jean de' Santi, peintre
médiocre y (i) mais homme de sens et de
jugement, se trouva capable de le diriger
dans la bonne voie que malheureusement
il n'avait pu connaître lui-même dans sa
jeunesse. » (2)
A l'article Pierre Perugino, page 353,
tome III, Vasari dit, en parlant de ce
grand peintre: « Il forma dans sa manière
bon nombre de maîtres et, entre autres,
le miraculeux Raphaël Sanzio d'Urbin,
qui le surpassa de beaucoup, après avoir
travaillé pendant plusieurs années avec lui
et en compagnie de son père Jean (Gio-
vanni) de' Santi. » — « On voit encore
aujourd'hui à Urbin des peintures du père
de Raphaël, qui indiquent que cet homme
n'était pas sans mérite. On lui attribue,
dans une petite église dédiée à saint Fran^
çois (San Francesco) le martyre de ce pa-
(i) Remarquer la différence des jugements
sur son talent.
(2) Voir pages 207 et 208, tome IV, Vies des
Peintres, Sculpteurs et A rchitectes,par Georges
Vasari, traduites par Léopold Leclanchéj et
commentées par Jeanron et Léopold Leclanché,
1 vol. in-S". Paris, 1 889.
tron, avec une figure en raccourci que
Raphaël, étant fort jeune, imita dans le
tableau du mariage de la Vierge à Citta
di Castello. Il signait ses ouvrages Jo,
Sanctis Urbi, , c'est-à-dire: Urbinas.
Lanzi a lu cette inscription sur un ta-
bleau de l'Annonciation que peignit Jean
de' Santi, dans la sacristie des Conventuels
de Sinigaglia. » (1)
Dans sa note n^* i sur la biographie de
Raphaël d'Urbin, par Vasari, M. Jeanron
rapporte que la famille de Santi ou Sanzio
était ancienne à Urbin; que sa généalogie
se voit écrite sur un rouleau qu'Antoine de'
Santi, fils de Jules de' Santi, chef de la fa-
mille, tient à la main dans un portrait fait
Ear lui, et qui existe encore au palais Al-
ani; qu'on lit sur ce rouleau que c'est
d'Antoine de' Santi que, par un Sébastien
de' Santi , puis par un Jean-Baptiste de'
Santi, descend Jean de' Santi, ex quo ortus
est Raphaël qui pinxit in anno iSig; que
Sébastien de Santi avait pour frère Ga-
leas de' Santi, peintre remarquable, et
père de trois peintres nommés Antoine,
Vincent et Jules de' Santi, et que ce Jules
de' Santi y était indiqué comme un très-
grand peintre (maximus pictor). « Ainsi,
dit M. Jeanron en terminant sa note, on
remarque quatre peintres dans cette bran-
che des Santi. Nous ignorons s'il reste
d'eux quelques souvenirs à Urbin. »
Enfin, dans sa notice sur Raphaël, in-
sérée dans le tome XLI« de la Nouvelle
Biographie générale publiéechezMM. Di-
dot frères, M. Ernest Breton complète de
la sorte les renseignements donnés par
Georges Vasari et par M. Jeanron, et que
nous demande M. Jacques D. : « Raphaël
Sanli ou Sanzio est né à Urbin, le 6 avril
1483, et mort, à Rome, le vendredi-saint,
6 avril i520. Selon Passavant, dans la
première moitié du XIV« siècle, vivait à
Colbordolo, bourg du duché d'Urbin, un
homme appelé Santé, dont les descendants
adoptèrent le nom de del Santé ou de*
Santi, en latin : Sancti (les saints), qui
plus tard, et seulement du temps de Ra-
phaël, prit la forme italienne de Sanzio,
Quoique Raphaël n'eût point ajouté à sa
signature le nom de Sanzio, ce nom lui a
été donné de son vivant, et Ton en a pour
preuve un sonnet composé par François
Francia, orfèvre et peintre bolonais, son ^
admirateur et son ami, adressé : A IF ec- *
celente pittore Raffaello Sanxio, Un des
descendants de Santé de Colbordolo vint,
en 1460, s'établir à Urbin, et fut le bisaïeul
de Raphaël. Le fils de' Santé y acquit, dans
la contrada del Monte (dans la rue du
Mont ou de la Montagne) deux maisons
adjacentes que le temps a respectées. Ra-
phaël eut pour père Jean de Santi, peintre
de talent y décédé en 1494, et pour mère
. (i) Note n« 2, de M. Jeanron, artide Raphaël,
tome IV, page 286.
K» gà.j
L'INTERMÊDÎAmË
43
44 -
Makik Ciarla (0, fille d*un négociant
d'Urbiû, qui mourut en octobre 1401.
J.-T. L.
Fnissiéii (Voyez Gttl-Uttic, piou-piou,
IV, 33 î). — Je lis dans l'article indiqué
ci-contre :«.... Les gamins de Paris, qui^
« du jour où notre infanterie a remplacé
k l'haoit à basques par la veste ronde im-
<< portée de Berlin, infligèrent le mot de
« prussien à cette chose proéminente que
tt rétoffene voilait plus... »
Le mot prussien^ employé dans ce sens,
isst depuis longtemps traditionnel dans
Tàrmée. Son origine date, je crois, de 1792.
Après la canonnade de Valmy, les troupes
françaises et les troupes prussiennes res-
tèrent en observation les unes vis-à-vis
des autres. Comme ces dernières étaient
postées sur les hauteurs du camp de la
Lune, c'est-à-dire entre Tarmée de Du-
mouriez et Tintérieur du pays, leurs con-
vois étaient interceptés par la cavalerie
française et par les paysans. Le temps hu-
mide et pluvieux, ajoutant aux privations,
engendra parmi les ennemis une dyssente*
rie presque générale ; du plateau de Valmy
nos soldats, entretenus en gaieté par leurs
récents succès et par des approvisionne-
ments suffisants, voyaient leurs adversai-
res éparpillés aux avant- postes, occupés à
la même besogne et montrant ce que nos
troupiers gouailleurs, désignant la partie
par le tout, nommèrent désormais un
prussien. Nossiop.
— Dans deux des numéros de Vlntermé-
diaire (il, 357 et 474), il a été parlé des
CulS'blancs pour désigner nos troupiers
d'Afrique. Des renseignements que j'ai
puisés à des sources que je crois authen-
tiques, il résulterait que cette appellation
aurait pour origine la couleur blanche du
calot de la casquette d'uniforme portée
par l'armée d'Algérie, de 1840 à 1845.
Four peu que les rayons solaires frappas-
sent sur ce calot, ils donnaient à nos sol-
dats^ vus de loin et en masse, l'aspect des
individus de la grande famille ornitholo-
gigue que Ton nomme Culs-blancs, Je se-
rais enchanté qu'un ancien membre de
l'armée d'Afrique, abonné ou lecteur de
V Intermédiaire y pût confirmer ma com-
munication. SCRUTATOR.
tes àrmôà de Voltaire (IV, 29$).— Voici
un passage des Souvenirs de la marquise
de Créquy^ 1840, vol. IV, p. 63 : « Aus-
sitôt que M. de Voltaire est devenu gen-
tilhomme ordinaire de la chambre du Roi,
il a joui des privilèges de la tioblesse et
pris la qualification d'écuyer, avec des
armoiries à fond noir, une simple barre,
(t) M. Èfnest Bt'éton, dit Caria. Il faut lire
Ciarla.
I
en effigie d'tfn coup d'estoi; sur un bou-
clier. On aurait dit un écù du temps des
Albigeois; rien n'était si noblement sévère
et de plus franc gothique. » O. D.
>
M. Borel d'Hauterive, dans V Annuaire
de la noblesse àQ 1845, page 328, donne
les armes de Voltaire sous cette rubrique
ua peu sèche :
Uapar à trois flammes d'or.
sans commentaire historique, sans dire
si ces armes provenaient d'une concession
faite à sa famille ou si elles appartenaient
au domaine de Ferney. Cependant on
pourrait facilement s'en assurer en con-
sultant un armoriai de la généralité de
Paris, à partir de 1700, au nom d'Arouet,
et un armoriai du Bugey ou du pays de
Gex. Alcébte.
Le P... (IV, 338J. — Les deux vers cités
par votre correspondant :
A ces mots il fit un gros p..,
Et c'est le dernier qu'il ait fait,
ne sont pas, que je sache, dans V Enéide
travestie, mais ils se trouvent certaine-
ment dans la Henriade travestie, par
Fougeret de Montbron, V« chant, récit de
la mort de Henri III.
(Alençon.) L. D. L. S.
Rapporteur du Point d'honneur (IV,
340). — M. Tr. M. trouvera les renseigne-
ments les plus complets sur le tribunal
du Point d'honneur dans VÈncyclovédie
méthodique, édition Panckoucke, Juris-
prudence, tom. V, page 52 3, au mot lieu-
tenant des maréchaux de France; ne pas
confondre avec lieutenant de la mare-
chaussée,
(Lyon ) V. de V.
Le roi règne et ne gouvemô jpas flV,
353). — La phrase est de M.Thiers,dans
un de ses articles du iV^fiow^/, peu après sa
fondation en janvier i83o. Louis-Philippe
ne se soumit guère à l'axiome fait préven-
tivement pour le parlementarisme de son
règne. Louis- Napoléon sV soumit encore
moins. Le 5 octobre 18Î9, il écrivait à
Ch. Durand, qui dirigeait pour lui le Capi-
tale, une, lettre que j'ai vue autographe,
dans laquelle il lui reprochait surtout d'a-
voir admis la défense du fameux axiome
dans son journal ; « Comment, disait-il, le
Capitole, qui se fait Porgane du napoléo-
nisme et du système impérial, va-t-il prê-
cher le système des cochons à l'engrais?...
Comment soufFre-t-il un article qui traîne
le journal dans cette ornière des partisans
de la constitution anglaise, dont le grand
principe est cette guerre de synonymes :
« Le roi règne et ne gouverne pas? »
Ed. F.
DES CHERCHEURS ET CUtOËtîilL
45
46 —
faSjaav; 1869.
Lbb OâHcalitflftUis ancilàià (IV, 365). —
Je prie M, H. V., qui e$t passé maître
en pareillâS:i matières, de vouloir bien
excuser une légèiie rectification relative-
ment âtt prénom de Cruikshank, l'ha-
bile et Spirituel au teut des « Illustrations
ofTimCj» « Illustrations of Phrenology, >î
« My Sketch- Book, » « The Comic Alma-
nack, » « John Gilpin, » et tant d'autres
compositions pétillantes du meilleur hu-
mour anglais. Son nom est Geor^e^ non
WilUàfH. Il vit encore, mais âgé, mfirme,
et incapable de travailler; il a bien rempli
sa tâche. La reine vient de lui faire une
pension.
Il y avait un autre Cruikshank vers 1 8 3o,
(|ai signait R. Cruikshank^ mais d'un ta-
lent bien inférieur.
Les caricatures de Gillray étaient aussi
pleines de verve, mais, comme le dit
M. H. V., son burin était vendu à M. Pitt.
J'ai de lui un petit nombre de caricatures
politiques contre la France, et aussi quel-
ques-unes dans lesquelles des hommes
d'Etat anglais sont représentés avec des
costumes du temps du Directoire et des
écharpes tricolores. Plus tard, vers l'épo-
que du Reform-Bilïy un homme a surgi,
dont les. caricatures politiques, lithogra-
phiées et enluminées, ont eu beaucoup de
vogue et un succès soutenu et mérité, mais
plus à cause du jeu habile des physionomies
et de la finesse d'esprit des légendes que
parla correction du dessin. Je veux parler
de Doyle, sous le pseudonyme de H. B.
De nos jours, les grandes caricatures du
Punch^ gravées sur bois, réunissent à infi-
niment d'esprit le dessin le plus remar-
quable. P. -A. L.
— Il est bon d'ajouter aux renseigne-
ments déjà donnés 1 indication de trois ar-
ticles fort intéressants : Tun, signé Amé-
dée Pichot, dans la Revue de Paris
(i5 avril i832, p. 147-164); l'autre dans
la Revue britannique (avril i838, p. 264-
292); le troisième, de M. John Lemoine,
\ Histoire par là Caricature, dans la Re^
vue des Deux-Mondes de 1849 (3® trimes-
tre, p. 336-348}. L'œuvre de James Gill-
ray occupe là, plus qu'aucune autre, une
très-large place. Ed. F.
Le mot tt mystifier » et ses dérivés (IV,
387). — On aura beau chercher, on ne
trouvera pas un seul emploi du mot mys-
tifier et de ses dérivés avant la seconde
moitié du XVI II" siècle, et rien, en effet,
ne prouve mieux la fausseté de la préten-
due correspondance entre Pascal et Newton
<\ne\emotinystification, échappé au fabri-
cateur de cette correspondance.
EUQORRAL.
trouuailke et ^nvmitk^ tic.
Le dernier autographe dé Géï'àtd de
Nerval. — Je trouve, en rangeant de vieux
{papiers, un autograp'he fort curieux, dont
j'avais oublié l'existence et que je ne sa-
vais pas être en ma possession. C'est une
liste des Œuvres de Gérard de Nerval,
rédigée par lui-mêttie peu de jours avant
sa mort. Cette liste, écrite siir un feuillet
de papier à lettre teinté en vôrt, forine
trois colonnes dans l'original, et offre di-
verses abréviations qui auraient besoin
d'être interprétées. Ainsi, dans l'article
Journaux, Gérard de Nerval a indiqué
très-exactement le faombre d'années pen-
dant lesquelles il a fourni des articles, si-
gnés ou anonymes, à tel journal ou à telle
revue.
Nous croyons devoir reproduire, à titre
de document authentique, ladite liste, qui
présente cependant quelques erreurs et
plusieurs lacunes inexplicables.
Par exemple, il ne cite même pas te
Monde dramatique, revue illustrée qu'il
avait fondé d'après les conseils de Balzac,
et qu'il publia lui-même à ses frais, en y
insérant un assez grand nombre d'articles;
historiques et critiques. Il ne parle pas
davantage de la Couronne poétique de Bé-
ranger, qu'il avait recueillie en l'honneur
de son illustre maître, joli petit volume où
il a signé la Préface et plusieurs char-
mantes poésies, etc.
Voici la copie exacte de l'autographe :
ŒUVRES COMPLÈTES. •
Livres*
In- 18. Faust. — Dondey-Dupré, 1828.
In-i8. Les Poètes allemands. — BeV/zM«^, 1829»
In-8. Léo Burckart. — Dése^siïr^, iSSg.
2 vol. in-8. Les Femmes du Caire. — Souve^
rain, 18^8.
— Les Nuits du Rhamazan. 1848.
In-18. Id. Voyage en Orient.— Charpentier,
1849.
3* édit., augmentée des Amours de Vienne et
des Mœurs égyptiennes.
In- 18. Lorelv. — (jiraud et Daguin, iSSa.
In- 18. Les Illuminés. — Lecou, i852.
In-32. Châteaux de Bohême.— Didier, i853.
In-32. Contes et Facéties. —- Giraud, i853,
In-i8. Les Filles du feu. — Giraud, 1854.
En feuilletons,
2 vol. Le Marquis de FayoUes, — Le Temps,
Poésies.
La France guerrière, i vol., 1827.
Satires. Le Cuisinier, l'Académie, etc. 182S.
Ouvrages commencés ou inédits.
Artémis, ou le Rêve et la Vie.
La Bohême ^dXdSitQ, — Michel Lévy,\ Presque
Les Nuits de Paris. — LeCou. /complets.
Dolbreuse. 2 vol.
Mémbir^s du comte de StliAt«*OerAiàin.
N- 98.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [26 janv. 1869.
— 47 48
rard; nous eûmes plusieurs entrevues;
nous établîmes ensemble les B^ses de Té-
dition projetée; Je lui qfjfds^iite^a part de
Dutacq, une somme très-importante pour
droits d'auteur. Trjois jours avatnt sa mort,
Gérard vint me voir e.t^ipporta ce qu'il
appelait le bilan de ses Œuvres complètes.
Ce jour-là, le pauvre garçon était presque
fou; mais il n'avait jamais eu plus d'es-
prit et de bonne humeur. Il me quitta, en
me priant de lui faire donner un à-compte
sur le prix de ses Œuvres complètes, et
je ne l'ai pas revu.
P.-L. Jacob, bibliophile.
Lettres cabalistiques.
La Méditerranée.
Drames et Opéras.
Piquillo. 3 a. Opéra-comique. Avec Dumas.
Léo Burckart. 6 a. Porte Saint-Martin.
Le Chariot et l'Enfant, ou Vasantasena. 5 a.
Odéon. Avec Méry.
L'Imagier de Harlem. 5 a. Porte St-Martin. Id.
Les Monténégrins. 3 a. Opéra-comique. Avec
Alboize.
La Nuit blanche, i a. Odéon. Avec Méry.
Princesse de Tours. Vaud. i a. Gymnase. Avec
Coignard.
Misanthropie et repentir 5 a. Traduction nou-
velle, reçue au Théâtre-Français.
Jodelet. 3 a. A l'étude. Id.
Tartufe chez Molière. 2 a Odéon. Avec Lopez.
La Main enchantée. 5 a. Reçue à la Gaîté. Avec
Maquet.
V^^i: • jt a s. ] Reçues et non jouées.
Le Prmce des Sots, j ^
Louis de France. (4 a. écrits.)
Corilla, opéra-comique, reçu, en préparation.
Sujets.
La Mort de Brusquet. 3 a.
Beppo. 2 a.
L'Abbate. 2 a.
La Reine de Saba. 5 a. Halévy.
Le citoyen marquis. 5 a. terminés.
Le Margrave. 2 a.
Francesco Colonna. Avec Lucas.
L'Etudiant Anselme. 2 a.
L'Homme de nuit. 5 a.
Fouquet. 3 a. Avec Maquet.
La Fiancée de Corinthe. 5 a. commencés pour
Spontini, avec Th. Gautier.
Nicolas Flamel. 3 a. Commencé.
La Mort de Rousseau, etc.
Journaux.
Mercure. 5 ans. Divers morceaux.
Charte de i83o. 2 ans. Feuilletons.
Messager, i an. Feuilletons.
Presse. 10 ans. Feuilletons.
Figaro. 2 ans. Articles de genre.
National, i an. Divers articles.
Artiste. 4 ans.' Articles de mœurs et littérature.
Revue des Deux- Mondes. 6 ans. Articles de
voyages, poèmes de Henri Heine.
Revue de Paris. Articles.
En épreuves : Le Rêve et la Vie.
Pensées, Philosophie, Religion,
2 vol. de manuscrits.
Nous avons dit que cette pièce auto-
graphe date des derniers jours de la vie
du malheureux poëte. On n'apprendra pas
sans intérêt dans quelle circonstance elle
nous fut remise.
Dutacq, l'excellent, l'ingénieux, l'actif
ami des lettres et des lettrés, avait eu la
pensée de donner une belle édition des
Œuvres complètes de Gérard de Nerval.
Il m'avait chargé de m'entendre avec ce-
lui-ci au sujet de cette édition. Mes rela-
tions amicales avec Gérard remontaient à
l'année 1828, et j'avais eu l'honneur, pour
ainsi dire, de le conduire par la main dans
la carrière littéraire. J'écrivis donc à Gé-
La Société secrète : « Aide-toi, le ciel
t'aidera. » — Parmi des papiers de l'épo-
que de la Restauration, qui nous passent
par les mains, nous remarquons une note
portant le titre de la célèbre Association
de « Aide-toi y le ciel f aidera. » La voici
textuellement:
ce Ariége. Général LafHtte. Pages de La Mi*
nerve. Bons. — Joly, procureur gén. Montpel-
lier. B. 2. — Pages Ferrère. M.
«f Loiret. Laisné de Villevèque. M. — E.
Souesme. B.
« Saône-et Loire. Le général Thiart. B.
« Seine-Inférieure. Eugène Aroux, procu-
reur du roi à Rouen. B.
« Indre-et-Loire. Girod de l'Ain. B. 2.
« Calvados. Lisieux. Fleuriet la Touzerie.5.
« Manche. Briqueville. B.
»< Gard. Tulon, ex-secrétaire général, desti-
tué, B. — Lascours. M. 2. ~ Chabaud-Latour.
M. 2.
« Nièvre. Lépine, B. contre Dupin aîné, M.
« Corrèze. Lacoste. B, 2. — Gauthier, maire
de Vaugirard, près Paris, B. 2.
S. D.
• Les Amours du Palais-Royal. » — La
Revue des Autographes de mars dernier
(n«> i5), annonçant un manuscrit ainsi
intitulé et relatif à Louis XIV et à M"« de
La Vallière, ajoute : a Ce manuscrit est
ce original, et très-probablement inédit. »
Inédit, très-assurément non. C'est un
de ces nombreux petits romans historico-
satyriques, qui forment comme le cortège
du trop fameux livre de Bussy. Celui-ci a
été souvent imprimé sous ces titres : His-
toire du PalaiS'Royal, le Palais-Royal
ou les Amours de M"»« de La Vallière; et,
sans s'arrêter au détail des éditions an-
ciennes (Voy. Brunet, t. I, col. 244), ij
suffit de rappeler ici qu'il a été réimprimé
par les soins de M. Livet dans la Biblio-
thèque elsfévirieiîne de M. P. Jannet:
Histoire amoureuse des Gaules, 3 vol.,
1856-57. — L'extrait du manuscrit que
donne la Revue des Autographes, se trouve
mot pour mot au t. II, p. 89 et suiv. de
cette réimpression. Alf. de Courtois.
Paru. «- Tïp* do Ch. Mejraeis, rue Coju, 13 — 1868.
Numéro 99.
Chtrduttt
vomtrawnrêt.
Il M foM
•ntr'atdtor.
10(éTr.l869.
C'JnterméMûtre
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, U^OTES and QUERIES français.)
49
€tue0ti0n$.
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatiq.ue
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
La « Hiérarcliie » de Robert Ceneau. —
Sauvai cite fréquemment, dans le pre-
mier volume de ses Recherches sur Paris,
un ouvrage que j'ai vainement cherché
depuis plusieurs années, c'est une descrip-
tion lopographique de Paris, composée en
latin par Robertus Cœnalis et qui ferait
partie d'un ouvrage intitulé : Hiérarchie
française. Avant de rechercher quel est
l'ouvrage indiqué par Sauvai, il est bon
d'en faire connaître l'auteur dont les bio-
graphes ne parlent que très-inexactement.
Rohertus Cœnalis (en français Robert
Ceneau) né à Paris, étudia dans la fameuse
université de cette ville. Il était en iSoj
procureur de la nation de France et profes-
seur es arts au collège de Montaigu ; en
1 5 08, il passa au collège de Reims, pour
y faire un cours de philosophie qui dura
trois ans. Recteur de l'Université en i5i2,
puis bachelier de théologie en Sorbonne,
il y obtint l'année suivante le grade de
docteur.
Il fut chargé d'affaires importantes et
les actes de TUniversité font très-souvent
mention de lui. La science et l'habileté
dont il donna des preuves, le zèle qu'il dé-
ploya contre les nouvelles doctrines qui
allaient amener la Réforme, le firent dis-
tinguer par François !«', qui . lui confia
successivement les évêchés de Vence, de
Riez et d'Avranches ; il fut promu à ce
dernier siège en i532. Il mourut au mois
d'avril 1 56o, à Paris , et fut inhumé avec
beaucoup de pompe dans l'église Saint-
Paul, détruite en 1799. Sur une tombe de
marbre on voyait la statue en cuivre de
R. Ceneau, il était représenté dans ses
habits pontificaux, foulant aux pieds les
deux serpents de l'Hérésie ; plusieurs vers
latins étaient joints à son épitaphe {Gallia
Christiana, t. XI, p. 497. — Description
historique de la Ville de Paris ^
in-i2, t. IV, p. i58).
etc., 1765,
5o
Robert Ceneau joignait à la connais-
t. Vï, p. 970). Il a composé plusieurs
ouvrages ; je n'ai besoin de citer ici
que celui qui se rapporte à l'histoire de
France, et dont voici le titre: Roberti
Cœnalis, divina clementia Episcopi Abrin-
censis, doctoris theologi, ordine et ori^
gine ParisiensiSy Gallica Historia, in duos
dissecta tomos ; quorum prior ad anthro-
pologiam Gallici principatus, posterior
ad soli chorographiam pertinet. — Ad
Henricum II Valesium, jFranciœ regem
Christianissimum, — Accessit Appendix
commodissima insigniorum Gallia» loco-
rum, nec non etfiuminum^quin et Italica-
rum complurium civitatum nomenclatura
vêtus, appellatione recentiori illustrata ,
etc., etc. ParisiiSy i557, in-f».
On trouve dans cet ouvrage une foule
de renseignements sur l'origine et l'his-
toire des peuples de la Gaule et en parti-
culier sur la nation française. Mais beau-
coup de fables se mêlent aux faits qu'une
sage critique doit accepter comme vrais.
Je croyais rencontrer aussi, dans ce
volume, les explications nombreuses que
donne Sauvai sur l'origine et l'étymolo-
fie d'un assez grand nombre de rues de
*aris, et qu'il dit avoir extraites d'un
ouvrage de Robert Ceneau (qu'il nomme
toujours Robertus Cœnalis) ouvrage c^u'il
apipelle Hiérarchie française, mais qui ne
fait nullement partie du volume indiqué
ci-dessus. Est-ce un ouvrage imprimé,
est-ce un manuscrit de l'évêque d'Avran-
ches? c'est ce que je n'ai pu découvrir. —
Dans le volume de Robert Ceneau que
j'ai cité précédemment, je trouve bien
au f» 116 et suivants une nomenclature
qui porte le titre de Hierarchia Gallicce
topographice, mais cette nomenclature
de quelques pages seulement n'a aucun
rapport avec le livre dont Sauvai a ettrait
ses Recherches, au moins en est-il ainsi
dans l'édition de i557, in-f», la seule que
j'aie pu avoir entre les mains. Celle qui
est indiquée avec la date de i58i dans le
père Lelong (t. i»»*, p. 78, n® 1200), ne se
trouve dans aucune fcibliothèque. C'est
une recherche bibliographique à faire, que
TOME V.— 3
N- 99.]
L'INTERMEDIAIRE
3i
52
j*ai essayée sans résultat et que j'adresse
à de plus habiles. Le Roux de Lincy.
Deux « Factnins n de La Fontaine. — Le
savant xM. Benjamin Fillon, de Fontenay-
le-Cotnte, a découvert, dans les archives
de la famille Pidoulx, alliée à celle de La
Fontaine, un factum aue notre grand fa-
buliste avait produit dans son procès en
usurpation de noblesse; mais M. Fillon a
malheureusement négligé de prendre co-
pie de ce factum qui ne se retrouve plus.
Le baron Walckenaer et moi, nous Tavons
cherché inutilement dans toutes les biblio-
thèques publiques et particulières. Voici le
titre de ce factum, tel que M. Fillon l'a
recueilli : Deuxième factum pour Àf« Jean
de La Fontaine^ maistre particulier des
eaux et for est de Chasteau-Thierry y et
Response aux dits du S, Cornay de la
Vallée, sans nom d'imprimerie et sans
date, 7 pages in-4. Ce ti^re est d'autant
plus précieux qu'il constate l'existence
d'un premier factum qui n'a encore été si-
gnalé par personne. M. Fillon a supposé
avec raison que le deuxième factum, qui
contient quelques détails sur la famille de
La Fontame, devait être de 1662 ou 166 3.
Ce fut, en effet, en 1 662 que La Fontaine,
condamné à une forte amende pour avoir
pris indûment le titre à'écuyer, adressa
une épître en vers au duc de Bouillon
pour obtenir d'être exempté de payer cette
amende. Quelque ami des livres et de La
Fontaine découvrira-t-il ces deux facturas?
BiBL. Jacob.
Une traduction de Josèphe. — M. G.
Brunet, p. loi de/j France littéraire au
XV^ siècle {%T. m-^^, i865), après avoir
dit que la première traduction française de
Josèphe fut imprimée par Vérard en 1492,
ajoute :
a Une autre traduction ûwowj^me, faite à
Reims en 1463 est restée inédite; elle est
attribuée à Guillaume Coquillart. La
Bibliothèque Impériale en possède des
copies manuscrites (n*>* 6892 et 6893, 701 5
et 7016). »
Mais M. Ch. d'Héricault gui, t. !«',
p. 3 et 5 de son édition de Coquillart (1857,
Bibl. elzév.) parle seulement des n®*7oi 5 et
7016, assure que cette traduction dont il
donne quelques extraits, est très-positive-
ment du chanoine de Reims, et il cite à
l'appui un acrostiche placé à la fin du
manuscrit et reproduisant les nom et pré-
nom de Guillaume Coquillart.
J'ai souligné ci -dessus avec intention
les mots anonyme et attribuée qui mon-
trent que M. G. Brunet est beaucoup
moins affirmatif que M. d'Héricault; or,
je serais heureux qu'on voulût bien me
dire si, en définitive, la traduction dont il
s'agit est, oui ou non, de G. Coquillart.
A. B. D.
Œvfres littérairos en maréchal Bmne
(1763-1815;. — Je f>ossède un petit volume
anonyme, format in- 12, magnifiquement
imprimé en caractères neufs sur double
papier vergé collé, avec vignette avant la
lettre en frontispice: •Moreau inv. Li Du-
val se, » et je trouve ce petit livre ainsi
indiqué, sous le o9 1941 3, dans le Diction-
naire des Anonymes de Barbier (2™« édi-
tion) : € Voyage pittoresque et sentimen-
tal dans plusieurs provinces occidentales
de la France (en prose et en vers, par le
maréchal Brune). Londres et Paris, 1788
ïn-S^; 1802 et 1806 in- 12, et in- 18. •
Le maréchal Brune, — rien que cela ! —
Quelles sont donc les autres publications
de cet illustre guerrier, po€te et voyageur?
— Le Dictionnaire de Bouille t (article
Brune, G. -M. -A.) nous dit que dans sa
jeunesse s'étant lié avec Danton, « il se
fit connaître par Quelques écrits politi-
ques. » Quels sont les titres de ces divers
ouvrages? Ulric.
La Révolntion française écrite par les
auteurs latins. — Les'lecteurs de l Inter-
médiaire se rappellent-ils avoir vu dans
VHermès romanus, de Loêve-Veimar, un
morceau composé avec des extraits des
auteurs latins et qui porte ou à peu près
le titre ci-dessus ? V. Dufour.
L' « Almanach des Cnmnlards. » — Je pos-
sède le petit volume suivant: « Almanach
des Cumulards, ou Dictionnaire histori-
que des dits individus Cumulards, avec
la note très-exacte de leurs divers appoin-
tements, traitements, pensions, etc. Le
tout mis en lumière par un homme qui
sait compter. Première année. Paris, à h
librairie monarchique de N. Picard. »
Petit in-i2, de 204 et viii pages, 182 1 (avec
portrait d'un Cumulard, dessin anonyme
rappelant le genre de Henry Monnier et
gravé par Giraldon-Bovinet.) « Première
année » dit le titre.
Pourrait-on me dire : i® s'il a été publié
une suite à ce premier volume , 2® com-
bien de séries doit compter la collection
complète, et 3° à qui l'on attribue la pa-
ternité de cet almanach? Ulric.
Noms de villes devenus ridicules. — Un
lecteur de l'Intermédiaire pourvait-il nous
renseigner sur l'origine du ridicule atta-
ché au nom de quelques villes de France,
telles que Pont-à- Mousson, Carpentras,
Landernau, Brives-la-Gaillarde, etc.. etc?
H. H. D. L.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
53
54
[lofévr. 1869.
Fin à doror oomme une dague de plomb.
— Le chapitre xvi du livre H de Rabe-
lais (Pantagruel) commence ainsi : « Pa-
nurge était de stature moyenne, ni trop
grand, ni trop petit, et a voit le nez ung
peu aquilin, fait à manche de rasouer et
pour lors étoit de l'eage de trente à trente-
cinq ans ou environ, fin à dorer comme
une dague de plomb... » Que signifie cette
dernière phrase : Fin à dorer comme une
dague de plomb? H. Prévost.
Emploi du sel dans la cérémonie du
baptême. — Bernard Palissy prétend que
ce fut en Bourgogne qu'on employa le sel
pour la première fois dans la cérémonie du
baptême. Mais il n'apporte aucune preuve
à rappui de son dire. A quelle époque
faut-il faire remonter l'emploi du sel dans
cette cérémonie? J. E.-G.
Prussiens et Russes. — Pourquoi les
habitants de la Prusse sont-ils des Prus^
sienSy tandis que ceux de la Russie, dé-
nommés Russiens jusqu'au commence-
ment du XVIII« siècle, ne sont plus que
des Russes? . G. R.
Le Beau est la splendeur du Vrai. —
M . Chaignet, dans Touvrage intitulé Prin-
cipes de la science du Beau, prétend que
cette proposition : « Le beau est Texcel-
« lence du bien et la splendeur du vrai, »
généralement attribuée à Platon, non-
seulement ne se trouve pas exprimée en
ces termes dans les ouvrages du célèbre
philosophe, mais encore qu'on aurait beau-
coup de peine à extraire du fonds naturel
des idées de Platon le sens et l'esprit d'une
proposition pareille. — Quel est donc celui
qui le premier l'a attribuée à Platon? (Il
est bon qu'on connaisse le nom de ceux
qui, par fausse science ou supercherie, ont
induit en erreur une suite de générations.)
A qui la restituer? J'ai cherché en vain
une réponse dans V Esprit des Autres.
S. -T. Blaisois.
— Presque tout le monde admet que cette
magnifique définition du beau appartient
à Platon. Il n'en est rien cependant, si
l'on en croit le regrettable M. Emile Sais-
set qui, dans la Revue des Deux-Mondes
du i5 nov. 1861 (Un nouvel Essai d'es-
thétique, p. 431, note I), dit que cette cé-
lèbre formule n'est pas de Platon, mais de
son plus grand disciple, le sublime et
mystique Plotin. M. Saisset ne se serait-il
pas trompé? J'ai lu avec la plus grande
attention, dans la fidèle et savante traduc-
tion de M. Bouillet, les Ennéades, et je
n'y ai point trouvé, condensée en quatre
mots si frappants, la pensée que Plotin
aurait eu l'honneur de livrer à l'admiration
de l'humanité. Quelque savant helléniste
voudrait-il nous apprendre toute la vérité
sur cette intéressante question? — Je rap-
pellerai, du reste, que saint Augustin, cité
par le P. Félix dans une de ses conférences
de cette année, a dit que la beauté est la
splendeur de l'ordre, splendor ordinis,
T. DE L.
De la prétendue couronne de fleurs du
poète de Platon. — J'ai établi autrefois,
dans la Correspondance Littéraire (n^du
5 nov. i858), que Platon n'avait jamais
couronné de fleurs le poëte dont il parle
dans le livre III de la République, et, en
même temps, j'ai demandé quel était l'au-
teur qui avait le premier changé en /leurs
les bandelettes dont le disciple de Socrate
entoure tout simplement le front (\e Vêtre
sacré qu'il met si poliment à la porte. Je
redemande aujourd'hui à qui revient le
brevet d'invention de l'élégante coiffure
dont M. Jules Simon parlait dans la der-
nière session du Corps législatif. M. Jules
Simon pourtant devrait mieux que tout
autre savoir à quoi s'en tenir là-dessus,
s'il est, comme on le dit, l'auteur de la
traduction de Platon qui a paru sous le
nom de M. Cousin. Déjà, ne l'oublions pas,
dès le premier siècle de l'ère chrétienne,
Josèphe (Réponse à Avion) avait remplacé
sur la tête du poëte cle Platon les bande-
lettes par des lauriers, T. de L.
Un mot de Dioclétien. ■— Gibbon {Déca-
dence de l'Empire romain, chap. XIII)
dit de Dioclétien : « Sa réponse à Maxi-
mien est devenue célèbre. Ce vieillard in-
quiet le sollicitait de reprendre les rênes
du gouvernement. Dioclétien rejeta cette
proposition avec un sourire de pitié: «Oh !
que ne peut-il voir, s'écria-t-il, les lé-
fumes que j'ai plantés de mes mains à
alone ! » Le Namde Tillemont (Histoire
des Empereurs, tome IV) avait parlé des
herbes de Salone. Bien avant lui, Mon-
taigne avait attribué à l'ex-empereur ces
mots : « Si vous aviez veu le bel ordre des
arbres que j'ay moy-mesme plantez chez
moy, et les beaux melons que j 'y ay semez ! »
D'après César Cantu et beaucoup d'autres,
le noble jardinier aurait célébré surtout la
beauté de ses laitues. Quelle fut décidé-
ment la phrase adressée à Maximien par le
philosopne retiré des affaires?
EUQ.ORRAL.
Philippe III a-t-il été rôtiî — On sait
jusqu'à quelle férocité le cérémonial était
poussé à la cour d'Espagne; en voici une
preuve à laquelle pourtant il me coûte
d'ajouter foi, maigre l'affirmation d'histo-
riens sérieux : « Philippe III, étant malade,
se trouvait placé tout près de la cheminée
N« 99.]
L'INTERMÉDIAIRE
55
56
où Ton venait d'allumer un énorme feu de
bois. La chaleur devint bientôt intolérable,
et le roi dit aux courtisans de retirer quel-
ques bûches et de reculer son fauteuil;
mais, comme le duc d'TJssède, grand
boute-feu de la couronne, comme le grand
chambellan, n'étaient pas là, personne ne
voulut prendre la responsabilité de pareilles
infractions à l'étiquette; bref, comme il
était défendu, sous peine de mort, de tou-
cher à la personne sacrée du roi, les cour-
tisans le laissèrent rôtir tranquillement.
Quant le boute-feu et le chambellan arri-
vèrent, le roi était mourant et il ne sur-
vécut que jusqu'au lendemain. » Les cher-
cheurs de T Intermédiaire, en éclaircissant
ce point d'histoire, pourraient-ils me dire,
si de nos jours, dans une cour d'Europe,
à celle de France, par exemple, un cour-
tisan pousserait le tanatîsme de l'étiquette
jusqu à laisser cuire à point son souverain?
En admettant même ce respect pour les
us de cour, je ne pense pas que le souve-
rain s'opposât à ce qu'un courtisan se mît
devant lui pour rôtir à sa place, et ce
serait alors entre courtisans une lutte
acharnée à qui grillerait le premier !
Sous Charles 1 1 , petit-fils ae Philippe III,
la tolérance en matière d'étiquette ne pa-
raît pas avoir fait de sensibles progrès. J'en
appelle encore aux collaborateurs de /'/«-
termédiaire pour savoir si l'anecdote sui-
vante, rapportée, elle aussi, par des écri-
vains sérieux, est vraie.
« Tout individu qui avait touché le pied
de la reine, pour quelque raison que ce
fût, était puni de mort. La femme de
Charles II, faisant un jour à cheval une
promenade avec quelques dames d'hon-
neur, est tout à coup renversée, et son pied
étant resté pris dans l'éirier, est traînée
sur le pavé. La fou Je regardait ce triste
spectacle, mais n'osait porter secours à la
reine à cause de l'étiquette ; elle allait in-
failliblement périr, si deux officiers fran-
çais, qui se trouvaient là par hasard, ne se
fussent dévoués pour la sauver : l'un se
jette à la bride du cheval et l'arrête, pen-
dant que l'autre parvient à dégager le pied
de la reine, qui en fut quitte pour quelques
contusions. Les deux officiers s'éclipsèrent
au plus vite et bien leur en prit, car la
reine ne parvint à obtenir leur grâce auprès
du roi qu'avec la plus grande peine, et
encore nos deux officiers durent-ils quitter
l'Espagne dans le plus bref délai. »
(Gray.) Th. Pasquier.
Béranger et Louis XVIII. — Est-il vrai,
comme le dit M. Paul Boiteau (Vie de Bé-
ranger, p. 88), que Louis XVIII mourut
avec les chansons de Béranger sur sa table
de nuit? D' Lejeune.
L'ezactitnde est la politesse des rois.-
Où et quand ce mot aurait-il été prononcé
par Louis XVIII? H. Tiedeman.
Garde des rôles des offices de France et
marchand de vin privilégié de la cour
et suite du roy. — Pourrait-on me donner
des renseignements sur cette charge et sur
ce titre ? A. Nalis.
Abbaye de Gluny en Bonrgoane. —
Existe-t-il encore des registres de 1 abbaye
de Cluny, dans le Maçonnais en Bourgo-
gne, et fallait-il être noble pour devenir
chanoine de cette abbaye?
(Amsterdam.) M. E.
Collégiale de Mantes et collégiale de
Saint -Maimbœuf d'Angers. — Quelques
informations sur ces deux collégiales, s'il
vous plaît? A. N.
Eglise de Saint-Herbeland, a alias > Her-
bland de Rouen. — Quelques renseigne-
ments sur cette église? A. N.
Sieyès et la Division de la France. —
L'abbé Sieyès est-il réellement, comme on
le dit, le promoteur de la division de la
France en départements?
(Clermont.) F. M.
Noms romains et grecs pendant la Ré-
volution. — A quelle époque précise de la
Révolution française a-t-on commencé à
changer les prénoms d'usage en prénoms
romains ou grecs, tels gue Brutus, Aris-
tide, Publicola, etc.? Existe-t-il une dispo-
sition législative qui ait prescrit ou autorisé
ces changements? (Clermont.) F. M.
Cartes et Médailles des Conventionnels.
— De quelle couleur étaient les diverses
cartes officielles, typographiées, que por-
taient sur eux les membres de la Conven-
tion nationale, pour établir leur identité,
entrer dans la salle des séances, etc.?
Chacune de ces cartes devait-elle, de
droit, être revêtue de la signature auto-
graphe ou de la griffe du député auquel
elle appartenait?
Combien d'émissions différentes en fut-
il effectué par le gouvernement?
Je connais deux dessins de ces cartes
historiques, entièrement dissemblables. En
existe-t-il un plus grand nombre? L'une
et Tautre carte sont de forme ronde. La
première, dessinée et gravée par Sergent,
porte, pour type : une statue de la Répu-
blique assise, tenant dans ses bras un
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lofévr. 1869.
58
faisceau de verges. Légende : « Egalité^
— Libertés — Unité, » Exergue : « Répu-
blique française, 21 septembre 1792. »
La seconde est gravée par Morret. L'a-
vers donne pour type : une statue de la
République debout, appuyée d'une main à
la nampe de sa pique surmontée du bonnet
phrygien^ et de Vautre sur un faisceau de
verges. Légende : a République française
une et indivisible. » Sur le revers on lit,
au centre : « Citoyen Représentant du
peuple. — Membre du Comité d'inspec-
. tion. » Et, en légende circulaire : « Con-
vention nationale de France, Van III de
la République française, » [1793.] Outre
ces deux cartes de simple papier les Con-
ventionnels ne portaient-ils pas des mé-
dailles d'argent ou de bronze attestant
leur qualité et se rapprochant de celles que
le gouvernement, par la suite, fit distri-
buer aux divers députés qui composaient
le Conseil des Anciens, le Sénat Conser^
vateur. Je Tribunat, le Corps Légis-
latif, etc.?
Quelle était cette médaille particulière
des membres de la Convention? U.
* Plaques de magellan. — Le catalogue
d'une collection de curiosités vendue ré-
cemment contient la description suivante :
« Carnet porte-tablettes en or, le fond
formé de plaques de magellan. » Qu'est-ce
que des plaques de magellan? S. R.
Le < Colin Maillard, » estampe. — J'ai sous
les yeux l'épreuve rognée d une scène de
colin-inaillard, pièce en hauteur, gravée en
couleur; le jeu se passe entre trois person*
nages, deux hommes et une femme, en
costume Louis XVI, sur la terrasse d'un
jardin; la composition en est attribuée à
Lafrensen et la gravure à Lecœur.
Un amateur ayant dans ses cartons la
gravure intacte, peut- il m'en donner la
lettre, pour me fixer sur la justesse de
l'attribution? (Auch.) H. Vienne.
Suite de sujets galants gravés par Ghof-
fard. — Chofîard a gravé, sans donner de
titres à ces estampes, une suite de paysan-
neries galantes d'après les gouaches de
Baudouin ; j'en connais trois, et en raison
de la manière dont elles sont numérotées,
tout porte à croire qu'il en existe une qua-
trième; en voici la série avec les titres
généralement adoptés par les amateurs :
1. La Leçon d'amour. 1767, dédiée à
M. de Truaaine.
IV. La Fille querellée par sa mère.
1767, dédiée à M. de Besehval.
III. La Fille mal gardée, 1782, dédiée
au prince de Ligne.
La deuxième gravure de cette suite
existe-t-elle? Je ne l'ai jamais rencontrée :
Serait-ce la Tendre amitié signalée dans
V Intermédiaire (IV, lOiV?
Le Manuel Ch. Le felanc mentionne
bien quatre sujets, mais il fait une telle
confusion de titres que l'on n'en peut rien
augurer de positif. (Auch.) H. vienne.
Un portrait de Salomon de Ganz décon-
yert par H. de Balzac. — L'illustre auteur
de la Comédie humaine, dans une note de
la dédicace de l'une de ses Etudes philo-
sophiques sur Catherine de Médicis (Vid.
tome XV, page 468 de l'édition in-S® de
Fume, 1845), consacre quelques lignes à
« Salomon de Caux , — et non de Caus.
€ Ce grand homme (né à Caux, en Nor-
mandie), a toujours du malheur, même
après sa mort, son nom est encore tron-
qué! »
H. de Balzac, entre autres choses, parle
d'un portrait original de Salomon fait
à Vâge de quarante-six ans, et qu'il au-
rait retrouvé à Heidelberg. — Sait-on au-
jourd'hui ce qu'est devenue cette peinture,
et où elle se trouve actuellement conser-
vée depuis la découverte signalée autrefois
par le grand romancier? K. T.
Perrette et Marton. — H. Guttenberg
et Ponce ont gravé, d'après Baudouin, sous
ces titres, deux portraits de femmes dans
les rôles de comédies à ariettes de Dunî :
les Chasseurs et la Laitière (1763) et la
Fée Urgèle (1765); ces portraits sont-ils
ceux' des actrices qui ont créé ces rôles à
la Comédie-Italienne, et quelles sont ces
actrices ?
l^mes Favart et Laruette ont chanté dans
la Fée Urgèle; sur l'estampe, la physio-
nomie de Marton a beaucoup d'analogie
avec celle de Rose dans la composition de
Rose et Colas (Seàaïne etMônsigny, 1764),
gravée par Simonet d'après le même maî-
tre, et cette Rose n'est autre que M™« La-
ruette; cette dernière créa-t-elle aussi le
rôle de Perrette dès i763? En 1766,
M"« Mondeville, plus tara M"»« Trial, dé-
butait dans ce rôle à la Comédie- Italienne.
H. V.
Où vont les hirondelles? — Le savant
Humboldt ignorait lui-même où vont les
hirondelles quand les froids les chassent
de nos climats. A-t-on enfin découvert le
pays où elles prennent leurs quartiers d'hi-
ver? J. E.-G.
Mariage morganatique. — On voudrait
savoir l'origine, l'époque du premier em-
ploi et la signification exacte de ce mot.
F. M.
No 99O
L'INTERMÉDIAIRE
59
60
< Dieu bénit les nombreuses familles. »
— Quel est le créateur de cette phrase
consacrée, stéréotypée et si solidement
clichée : c Dieu bénit les nombreuses famil-
les, » donnée éternellement, comme fiche
de consolation, aux malheureux pères et
mères trop prodigues de progéniture?
B.
Les cornes du Diable. — Pourquoi re-
présente-t-on toujours le diable avec des
cornes? Q.
Faire la Belle. — L'Intermédiaire a de-
mandé (III, 546) quelle est l'origine de
Texpression: Faire Charlemagne, — A
mon tour je lui demanderai aoù vient
une autre locution familière à tous les
joueurs : Jouer la Belle, faire la Belle,
pour dire prendre une dernière revanche,
jouer une partie décisive de la victoire,
quand les gains des deux joueurs sont
ex œquo. U .
Noël. — Quel est historiquement et éty-
mologiquement l'origine de ce mot; en
d'autres termes, comment de Natalis a-
t-on formé Noël, et quel est le plus ancien
document écrit où l'on trouve ce cri de
joie en l'honneur des anciens rois de
France? Question simple en apparence et
qui n'est peut-être pas indigne aes savants
correspondants de V Intermédiaire,
L'abbé V. Dufour.
Etre le dindon de la farce. — Quelle est
donc l'origine de cette sorte de proverbe?
G.R.
Pil d*archal. — Quelle est l'origine du
nom du fil métallique dkisi appelé ? P.
« Les Délassements du père Gérard, jeu
national. » ■— En quoi consistait le jeu an-
noncé ainsi au verso du faux titre de
VAlmanach historique de la Révolution
française pour 1792, par M. J -P. Rabaut:
« On trouve chez les mêmes libraires:
Les Délassements du père Gérard, ou la
poule de Henri IV mise au pot en 1792 :
jeu national à la portée de tout le monde,
et propre à faire connaître à toutes les
classes de la société, les avantages et les
bienfaits de la révolution et de la Constitu-
tion. Ce jeu, principalement destiné à in-
struire les habitants des campagnes, se
vend par paquets de 20 exemplaires, à
raison de 5 livres, et de 6 livres franc de
port. Les lettres et l'argent doivent être
port
affranchis [sic), »
N.-D.
Abrabam Fatras. — On sait que ce
personnage a été le 2 4|^« gouverneur des
Indes Néerlandaises. Ëxiste-t-il quelque
part des documents inédits qui le concer-
nent? A. C.
Généalogies Marcel, Corbie, de Laistre,
de Bétbisy, Pbélippes et de la Garmoise.
— Pourrait-on m indiquer:
lo Les armes de la famille Marcel, les
parents d'Etienne Marcel, prévôt des mar-
chands, tué en i338, et le nom de sa
femme.
^^ Les armes de la famille de Corbie» Le
nom de la femme de Robert de Corbie et
celui de la femme de son fils Arnaud de
Corbie, chancelier de France, mort en
1413.
3° Les armes de la famille de Laistre. Les
ascendants d'Eustache de Laistre, chan-
celier de France, gendre d'Arnaud de
Corbie, mort en 1420.
40 Les armes de la famille de Béthisy^
les ascendants et la femme de Jean de
Béthisy, dont la fille Marie épousa Jean
Lu illier y avocat général au Parlement,
mort le 22 février 1468.
5» Les armes des familles Phélipves et
de la Garmoise etles ascendants de Jacqui-
not Phélippes, seigneur de Landreville, et
de Catherine de la Garmoise^ dont la fille
Catherine Phélippes épousa Armand ou
Arnaud Luillier, seigneur de Vé en Valois
et de St-Mesmin près Troyes, trésorier de
Carcassonne en 1465.
(Amsterdam.) M. E.
Le géographe Nicolas de Nicolay. —
Connaît-on, en Europe, d'autres manu-
scrits et d'autres cartes géographiques de
Nicolas de Nicolay, géographe de Char-
les IX, auteur des Pérégrinations orienta-
les, que ceux qui sont conservés à la Biblio-
thèque Impériale de Paris et à la Biblio-
thèque Mazarine? Existe-t-il des lettres et
un portrait de ce personnage? A. C.
Beniconrt, Boncot, Flory de Lessart, de
Ronville, Toynard, Surbeck. — Puisque
tu renais, ô Intermédiaire, plus jeune et
plus vivace que jamais (pour la plus grande
félicité des chercheurs ), je me hâte de
demander, par ton entremise, à mes co-
abonnés, quelques renseignements biogra-
phiques et historiques sur les personnages
suivants :
1» Bénicourt, un des affidés du cardinal
de Richelieu, Dulaure en parle, mais briè-
vement à propos de Bagneux, près Paris.
2® Boucot (Claude), conseiller du Roi.
3° Flory de Lessart (André), président
des trésoriers de France.
40 Rouville {Comtesse de)^ Marie de Bé-
thune.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo févr. 1869
61
— 62
5* Toynard^ fermier général.
6* Surbeck, (Eugène-Pierre de).
A. Nalis.
Harleston, graveur anglais. — Les ré-
pertoires français omettent le nom de ce
graveur sur la personnalité duquel je dé-
sirerais avoir quelques renseignements, il
a gravé sous le titre des Amours cham-
pêtres et des Amants surpris, deux copies
exactes des estampes de Choflfard d'après
Lafrensen, connues sous les noms de la
Leçon d'amour et de la Fille querellée par
sa mère. H.
Chanteurs de la Comédie-Italienne.—
Quels sont les acteurs chantants en 1784
les deux rôles principaux des Sabots de
Sedaine et Duni à ce théâtre?
Une scène de cette comédie à ariettes où
ils figurent tous deux, a été gravée en 1 784
par Couchi, d'après une gouache de La-
frensen ; les deux personnages de Testampe
sont sans doute des portraits. Celle-ci est
dédiée au comte de Pons-Saint-Maurice;
ce personnage avait probablement la goua-
che dans son cabinet ; est-il connu comme
amateur? H. R.
Une nouvelle édition du « Dictionnaire »
de Barbier. — Pourrait-on savoir si quelque
littérateur ou bibliographe français pré-
pare, en ce moment, les matériaux d une
troisième édition y remaniée, corrigée et
considérablement complétée de l'excellent
Dictionnaire des Anonymes et Pseudony-
mes de A.-A. Barbier, et à quelle époque
paraîtrait cette nouvelle édition, si géné-
ralement demandée par tous les véritables
amis des livres? La dernière, déjà ancienne
(1822-1827), quoique imprimée sur un pa-
pier détestable, remplie d'additions et de
suppléments qui la rendent fort incom-
mode, et bien peu au courant de la
science actuelle, atteint aujourd'hui des
prix relativement fort élevés (et inabor-
dables pour plus d'un travailleur!) lors-
que de rares exemplaires apparaissent de
loin en loin dans les ventes publiques. Il
serait bien à souhaiter que quelque savant
érudit de nos jours pût refondre, coor-
donner à nouveau en un seul corps d'ou-
vrage et compléter par des recherches
récentes qui lui fussent propres, tous les
grands travaux bibliographiques sur cette
matière, précédemment publics par Bar-
bier, Quérard, MM. Jos. et Edmond de
Manne, etc. ^ A. J.
Jérôme Cardan et son époque. —3 La
Nouvelle biographie générale, de Didot,
t. VIII, paru en i855, (article Cardan
(Jérôme), signé Victorien Sardou, indique
au nombre des sources où l'on a puisé
pour cet article , l'édition intitulée :
J. Crossle Y, The Life and times of Cardan,
Londres i836, 2 vol, în-8®.
On demande à acquérir cet ouvrage, et
l'on prie le lecteur cle r Intermédiaire qui
en posséderait un exemplaire, de vouloir
bien en indiquer le plus exactement pos-
sible le titre, le nom d'éditeur et la date
d'impression, au Bureau de F Intermédiaire
(maison Cherbuliez, rue de Seine, 33), en
indiquant aussi le prix qu'il en désire,
dans le cas où il consentirait à le céder.
.1
E. J.
Le peintre Bouillon (II, 53). — J'ai
trouvé deux tableautins de cet artiste tour-
naisien, qui fut, dit-on, le maître de Phi-
lippe de Champaigne, — de Michel Bouil-
lon. Ce sont deux pendants sur cuivre, sujets
de fleurs (roses et tulipes dans un vase de
cristal globuleux). Tous deux portent la
date de i65o et sont signés M. Bouillon.
Je suis assez de Ta vis de notre aimable et
savant coabonné W. B., qui, dans ses
notes intimes, dit de lui : Plus fort que
Baptiste, C'est du moins un talent plus
franc, plus simple et de moins d'apparat.
Car je ne vois pas la nécessité de tant faire
poser les fleurs. Elles s'en passent très- bien
et n'en ont que meilleure mine.
Jacques D.
La marquise de Langeac (IV, 39). —
Les mémoires du temps nous la représen-
tent comme une aventurière, adultère,
quelque peu bigame, et faisant, avec un
certam chevalier d'Arc, le joli trafic des
lettres de cachet à 25 louis pièce, sous le
ministère de son amant, le duc de La Vril-
lière, auquel un plaisant donnait pour bla-'
son une girouette, avec cette devise : Quo-
cumque spirat, obsequor. Quand celui-ci
en nt sa maîtresse, elle était la femme
d'un sieur Sabatin, homme de peu de
chose comme elle, dit la Correspondance
secrète. On fit partir ce mari pour les tles,
puis on répandit le bruit de sa mort, de
sorte que La Vrillière, désireux de donner
un père titré à ses enfants adultérins, fit
épouser la soi-disant veuve Sabatin par
un vieux gentilhomme ruiné, le marquis
de Langeac. Ces enfants ne mentirent
point à leur origine ; les aventures du che-
valier de Langeac et de sa sœur, la mar-
quise de Chambonas, défrayèrent plus
d'une fois la chronique scandaleuse sous
Louis XVI. (Auch.) H. Vienne.
La messe de la Pie (IV, 1 62). — M. C. L.
a donné quelques fragments d'une chan^
N» 99.]
L'INTERMÉDIAIRE
63
son poitevine analogue à ce sujet. Cette
chanson a été recueillie et annotée par
M. Jérôme Bujeaud dans son ouvrage sur
les Chants populaires de l'Ouest, publiés
à la librairie Clouzot, fà Niort), 1866, 2 vol.
in-80. Je vous la transcris en entier.
LE PETIT AGEASSON.
I.
Au printemps la mère ageasse, [bis)
A fait nie dans n*in bouesson,
La Pibole,
A fait nie dans n'in bouesson,
Pibolon.
II.
Aile y couvit troês semaines, {bis)
Troés semaines tôt au long,
La Pibole,
Troês semaines tôt au long,
Pibolon.
III.
Dreit au bout daux troés semaines, {bis)
O vindgit in ageasson,
La Pibole,
O vindgit in ageasson,
Pibolon.
IV.
Quand l'ageasson int daux aies, {bis)
Glie volit sus les maisons,
La Pibole,
Glie volit sus les maisons,
Pibolon.
V.
Glie chaillit dan-n-ine edgUise, {bis)
Dreit au mitan dau sermon,
La Pibole,
Dreit au mitan dau sermon,
Pibolon.
VI.
Quand le prêtr' dit: Dominusje, (bis)
Vobiscum, dit Tageasson,
La Pibole,
Vobiscum, dit l'ageasson,
Pibolon.
VII.
Et le prêtre dit aux aôtres: {bis)
Qu'est o tchien qui me répond,
La Pibole,
Qu'est o tchien qui me répond,
* Pibolon.
VIII.
01 est in* petite ageasse, {bis)
O ben in p'tit ageasson,
La Pibole,
O ben in p'tit ageasson,
Pibolon.
IX.
J li frons faire daux dgeïtres (bis)
Et daux petits eanaçons (i),
La Pibole,
Et daux petits eanaçons,
Pibolon.
(i) Caleçons.
64
X.
L'envoierons dans tchiés compagnes {bis)
Peur prêcher la mission,
La Pibole^
Peur prêcher la mission,
Pibolon.
L. C.
Catéchisme de 1806 (IV, 166). —Autre
édition à ajouter à la liste de toutes celles
qui ont été précédemment indiquées :
• Catéchisme à V usage de toutes les Eglises
de r Empire Français ^ Imprimé par ordre
de Mgr Charles Brault, évêquedeBayeux.
Quatrième édition, augmentée d'une Ta-
ble des matières contenues en ce livre.
Unus Dominus, una Fides, unum Bap-
tisma. 5. Paul, Epist. ad Ephesios,
cap. /F, y. 5. Prix : neuf sous broché. A
Bayeux, ches[ la veuve Nicolle, impri-
meur-libraire, rue Saint'Jean, » Un vol.
gr. in- 12 de 1 32 pages (sans date). L'au-
torisation de l'éveque de Bayeux « d'im-
primer, vendre et distribuer dans tout le
diocèse » le catéchisme, datée de Bayeux,
/e 14 mars 1807, est imprimée sur le verso
du titre. — Le texte de ce petit volume (à
Texception des pages 5, 6, 7, contenant le
Mandement de Mgr VEvêque de Baveux
qui ordonne la publication du Catéchisme),
etc.), est la reproduction intégrale de celui
des éditions de Paris.
Je remarque le paragraphe ci-dessous
dans ce Mandement (pajge 6) :
« L'Empereur et Roi, N. T. C. F., en
ordonnant, par un décret authentique, la
publication de ce catéchisme exerce un
droit inhérent à sa couronne. Il remplit
les fonctions sublimes de défenseur de la
foi, de conservateur des canons, d'E-
vêque extérieur. Il imite le zèle et la
foi des illustres Empereurs qu'il a déjà
surpassés par ses hauts faits et sa valeur,
des Constantin, des Théodose, des Char-
lemagne, et des plus grands Rois ses pré-
décesseurs sur le trône de France, dont
les lois et les règlements, conformes aux
règles ecclésiastiques, ont été adoptés par
les Evêques, qui se sont fait un devoir de
s'y soumettre, etc. Donné à Bayeux, en
notre maison Episcopale, sous notre seing,
et le contre-seing de notre secrétaire, le
20 septembre 1806! »(Page 7.) U.
N, B. Le catéchisme de Bayeux, et celui
de Paris (original), étaient 'publiés par
les mêmes imprimeurs-libraires (la famille
Nicolle).
Ils furent édités l'un et l'autre en deux
formats différents (le petit et le grand
in-12), dont la composition et les caractères
d'impression étaient tout à fait dissem-
blables.
Mentel ou Guttemberg (IV, i83). -
Dans ma note relative à Nicolas Jenson,
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
65
[lofévr. 1869.
66
je dis qu'il fut envoyé à Mayence par le
roi de France pour y prendre connaissance
de la découverte de Guttemberg. — L'im-
primeur a ajouté, entre guillemets, un point
d'interrogation; — est-ce un doute quant
à rinventeur, ou quant au lieu qu'il habi-
tait? Je sais oue les Strasbourgeois en re-
vendiquent l'honneur. Voir la statue de
Guttemberg par David d'Angers, mais
Mayence en possède une aussi, due au
ciseau de Thorwaldsen.
On sait effectivement que Guttemberg
ou Gutenberg (Jean) qui est supposé être (i;
l'inventeur de l'imprimerie, naquit à
Mayence, en i4oo, d'une famille noble
nommée Sulgeloch ^um Gutenberg, Il
vint s'établir à Strasbourg vers 1424, et
paraît avoir fait dans cette ville les pre-
miers essais du nouvel art, en 1430 ou
1440, en employant des caractères en bois.
Après avoir dépensé de grandes sommes
dans ses premiers essais, il retourna à
Mayence vers 1443, s'y associa, en 1450,
à Fust avec lequel il imprima la Biblia
latinay dite aux quarante-deux lignes.
Les tailleurs pour femmes sont-ils anté-
rieurs au XVII« siècle? (IV, 188.} — J'ai
trouvé dans les comptes des ducs de Bour-
gogne l'article suivant : Année i387. —
« Travaux exécutés pour faire une taillerie
pour Jehan Dipre, tailleur de M™« de
bourgogne. » D' Lejeune.
« A la Monaco > (IV, 1 94). — Pendant plu-
sieurs années, je me suis occupé de l'histoire
de la petite principauté de Monaco et de ses
princes; j'ai même écrit sur ce sujet deux
gros volumes, et j'ai eu le regret de ne
trouver nulle part réponse à cette ques-
tion^ que je me suis adressée souvent. Je
me joms donc à M. Chaban pour prier
celui des correspondants de l'Intermé-
diaire qui aurait été plus heureux que
moi, de vouloir bien nous tirer d'embar-
ras. En attendant, je crois pouvoir risquer
quelques hypothèses, qui mettront peut-
être sur la voie d'une solution.
Les princes de Monaco, après avoir été
pendant tout le moyen âge les alliés de la
France, après avoir fourni à ce royaume
plusieurs amiraux, dont Tun figure à Ver-
sailles dans la salle des Amiraux, Rainier
Grimaldi, amiral sous Philippe le Bel,
rompirent au XVI® siècle avec le roi Fran-
çois I®', qui avait donné à l'évêque de
Grasse, Augustin Grimaldi, alors régent
pour son neveu Honoré !«% mineur, de
graves sujets de plainte. Augustin traita
avec Charles-Quint, prêta sa forteresse et
(i) Je dis supposé, parce aue la ville de
Harlem a aussi sa statue à la mémoire de
Laurent Coster,
son port aux Espagnols, et c'est de Monaco
que partit la flotte qui appuya le conné-
table de Bourbon, quand ce prince assié-
gea Marseille.
En retour des services nombreux que
lui avait rendus Augustin, Charles-Quint
lui fit iplusieurs donations de domaines,
soit en Espagne, soit dans les Deux-
Siciles, et lui accorda de fortes pensions ;
les rois d'Espagne continuèrent, jusqu'à
Philippe IV, à combler de faveurs les
princes de Monaco. Mais Philippe IV, ou
plutôt le gouverneur du Milanais au nom
de ce roi, ayant usurpé le droit de garni-
son à Monaco, le prince Honoré II, mal-
traité dans ses droits, dans ses biens, dans
ses sujets, par les capitaines espagnols, et
n'obtenant nulle réparation de ces griefs,
traita secrètement avec le cardinal de Ri-
chelieu, chassa, par un coup de main heu-
reux, les Espagnols de sa forteresse, et
reçut les Français à leur place. Un traité
signé à Péronne (1642) régla les avantages
faits au prince par le roi de France, et le
droit de garnison accordé au gouverne-
ment français, devenu protecteur de la
principauté.
Ce passage alternatif de l'alliance fran-
çaise à l'alliance espagnole, puis à l'al-
liance française, frappa les esprits à la
cour, d'autant plus que la façon expéditive
et très-hardie dont le prince avait chassé
les Espagnols, y ajoutait une teinte de
romanesque.
Ne serait-ce pas là l'origine de la chan-
son qui disait alors :
A la Monaco (i^
L'on chasse et Ton oiéchasse, (2)
A la Monaco
L*on chasse comme il faut.
Autre hypothèse. — Le petit-fils et suc-
cesseur de ce prince Honoré II qui chassa
les Espagnols, le prince Louis I«', épousa
Charlotte, fille du maréchal de Gram-
mont. Cette princesse, belle, spirituelle,
brillante, fut surintendante de la maison
de M™« Henriette d'Angleterre, duchesse
d'Orléans. Elle eut à la cour des succès
trop éclatants, dont on peut lire les dé-
tails dans M^^ de Sévigné et dans les^é-
moires du temps. Elle était surnommée
le Tonnerre, à cause de l'impétuosité de
son caractère et de la fougue de ses ca-
prices. Elle fut souvent l'émule de la du-
chesse de Mazarin, et, presque, de la
fameuse marquise de Courcelles; le roi
Taima. N'aurait-elle pas eu quelque part à
un ballet, à un bal, à une figure de aanse,
de sorte que les aventures militaires et
politiques des aïeux de son époux, sa
propre célébrité d'un tout autre genre, sa
( I ) Pour à la façon de Monaco.
(2) Jeu de mots sur la figure de danse, et
sur les faits aue nous venons de raconter de
lliistoire de Monaco.
«• 99-]
L'INTERMÉDIAIRE
67
68
grâce à la danse, toutes ces causes réunies
enfin, aient donné à un bel esprit de la
cour l'idée de la chanson ? Je présente ces
hypothèses avec circonspection. Puissent-
elles aider à trouver la solution du pro-
blème. H. M.
« L'Espion dévalisé » (IV, 197). —Est-ce
Mirabeau ou Beaudouin de Guémadeuc
qui en est l'auteur ? Le marquis du Roure,
aans son Analecta biblion (Paris, Téche-
ner, i836, 2« vol.), consacre à ce pamphlet
une notice de sept pages, de laquelle il
résulte que Miraoeau en est l'auteur, le
nom de Beaudouin n'y figure même pas.
« Le lecteur, dit-il, ne doit pas s'armer
a de réprobation contre cet écrit, sur son
a titre, qui annonce un libelle. C'est un
a pamphlet très-caustique, en effet, mais
« ce n est point un libelle proprement dit,
« du genre de ces productions mensongè-
a res et venimeuses qui souillèrent les der-
« nières années de notre monarchie
a C'est un livre fort amusant, plein d'anec-
« dotes et de détails de mœurs utiles à
a conserver, qui contient même un mor-
« ceau de premier ordre, l'Avis aux Hes-
« 5015 ou autres peuples de V Allemagne
a vendus par leurs princes à V Angleterre
a (chap. xvii), où la plus éloquente indi-
« gnation est, du moins cette fois, em-
« ployée à servir la plus juste des causes. )»
En i855, M. Justin Lamoureux s'oc-
cupa de r Espion dévalisé dans le Bulletin
du Bibliophile, pag. 179-185. « On a long-
« temps, dit-il, attribué ce pamphlet, l'un
a des plus piquants qui aient paru à la fin
« du XVI II« siècle, au comte ae Mirabeau,
o Le savant philologue auteur de VAna-
a lecta Biblion y a partagé, sur ce point,
€ l'erreur commune. » M. Lamoureux
nous fait connaître que Mirabeau lui-
même repousse cette attribution dans
une brochure parue en 1784, sous le
titre : Conversation du comte de Mira-
beau avec M, le garde des sceaux de
France (Miroménil) au sujet de son pro-
cès avec madame son épouse, Paris,
1784, in-8°, page 1*7. Toutefois il établit
p£M^itement que Mirabeau n'était pas
étranger à la publication de ce pamphlet,
qu'il en corrigea les épreuves à Neuchâ-
tel (Suisse), où il fut imprimé et publié
par le libraire Fauche. Lé seul morceau
de VEspion dévalisé qui paraisse être sorti
de sa plume, ajoute-t-il, mdépendamment
des vers et (de l'extrait de lettre connus
pour être de lui, est F Avis aux Hessois,
Quant à la Notice sur les maîtres de
requêtes et les intendants (chap. xviii),
M. Lamoureux pense avec raison qu'il
n'est pas possible de donner à l'auteur,
qui cette ibis serait Beaudouin, un autre
nom que celui de libelliste, car il repré-
sente tous ses anciens confrères comme
des hommes ineptes ou vicieux.
M. S. T. trouvera dans le Bulletin du
Bibliophile^ à la fin de l'article de M. La-
moureux, tous les noms des intendants
avec leur résidence, et une partie de la
close peu charitable de Beaudouin à leur
égard
Dans les Mémoires secrets, dits de Ba-
chaumont, on trouve, sous la date du
3o décembre 1782, une nouvelle toute
contemporaine à la publication de l'Espion
dévalise. Nous la transcrirons, bien qu'elle
soit un peu longue.
« M. Beaudouin de Guémadeuc, maître
« des requêtes, demeurait chez son oncle,
a l'abbé Beaudouin, chanoine à Notre-
« Dame, riche, ayant une excellente table
« et y recevant fort bonne compagnie,
tt surtout les ministres étrangers, des am-
a bassadeurs, ce qui rendait cette maison
a un bureau de nouvelles, rival de celui
« de M°»e Doublet, qui vieillissoit. Le jeune
tt Beaudouin avait contracté ce goût dans
a une pareille société. Il tenoit note de ce
a qu'il entendoit ou voyoit. Sa charge
a 1 appelant à Versailles, il ne laissait pas
« que d'y apprendre bien des anecdotes
« de cour. On sait que depuis, il a été en-
« fermé pour des fautes et même pour des
« bassesses , comme il l'avoue lui-même,
a Dans sa détention, il s'est rappelé beau-
tt coup de choses contenues dans les re-
tt cueils saisis avec ses papiers, et c'est du
a résultat de toutes ces réminiscences
a qu'il a composé VEspion dévalisé y qu'on
a sait positivement être de lui. On ne
a doute pas que M. de Mirabeau, fils de
a l'Ami des hommes, et le compagnon
« d'infortunes de M. Beaudouin, n'ait
a contribué pour sa part au manuscrit;
a étant devenu libre et passé en pays
« étranger, ce jeune homme y a fait impri-
a mer.
« Du reste, le cadre de l'ouvrage est fort
a simple. L'éditeur suppose, dans un petit
« avertissement, que, en rentrant de nuit
a chez lui, il avait été observé par un
a homme, qu'à ses manœuvres il a jugé
a espion, dont il a voulu se débarrasser, et
a qui en fuyant a laissé tomber son porte-
a feuille, où étaient les différents mor-
o ceaux qu'il offre au public en dix-huit
a chapitres.
a On veut que M. Beaudouin, parent
« ou allié, ami du moins du duc d'Ai-
tt guillon, ait eu principalement en vue
tt dans son ouvrage de servir celui-ci, en
« ôtant pour jamais au duc de Choiseul,
ft son rival, tout espoir de rentrer à la
a cour. En effet, ce ministre est partout
a très-maltraité, et l'on y trouve même
a une accusation des plus graves. »
Il nous reste maintenant à compléter,
pour répondre à la question de M. S. T.,
une partie des initiales qui se trouvent
dans l'Espion dévalisé.
L'auteur se met souvent en scène *
page 32, ... à ... (Beaudouin de Guéma-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lofévr. i869.
- 69
70
deuc); page 128, M. B... de G... (idem).
Page 6, Botd... (Boulogne, intendant
des finances) ; page 7, Silh... (de Silhouette,
contrôleur général des finances) ; page 1 1 ,
Stain... (Stainville) ; page i3, duc de Ch...
(Choiseiil); ibid., femme de chambre de
M™« de Gour... (Gourdan, célèbre proxé-
nète. Voir la plupart des libelles du temps) ;
ibid., chevaher Tur... (Turgot, le frère du
célèbre ministre); page i5, M. de ... maître
des requêtes (Beaudouin de Guémadeuc,
l'auteur); page 28, d'Am... (d'Ambrun);
page 32, marquis d*A... (d'Angeviller) ;
ibid., M™» Forçai... a répété à ... (For-
calquier, marquise de ... à Beaudouin);
page 33, abbé de Rad... (Radonvillers,
littérateur); page 70, d*A... (d*Argenson) ;
page 98, mon oncle (c'est Beaudouin qui
parle); page 128, M. de Ch... (Choiseul^;
page 188, cardinal de B... (Bernisj;
page 189, Dider... (Diderot).
Quant au banquier juif PeixottCy nous
trouvons son nom écrit : Rixotte, dans
rarticle de M. Lamoureux, il doit s'écrire
Peixotto.
On sait que l'aventure de ce bardache
avec W^^ Dervieux, qui forme le douzième
chapitre de V Espion dévalisé^ figure aussi
mot pour mot dans le libelle, le Parc au
Cerf y ou torigîne de Vaffreux déficit^
s. 1., 1790. (Strasbourg.) C. M.
Le Chien de Montargis (IV, 219). -— Le
dernier mot de la question se trouve dans
une dissertation de M. F. Guessard, en
tête de : Anciens poètes de la France,
Macaire^ chanson de Geste, publiée par
M. F. Guessard, Paris, Franck, 1866,
in- 16 de CLXXXIV et 408 pages.
Après cette démonstration -là, il n'y a
plus rien à dire. P. Ch.
— Voyez Scaliger, contra Cardan, exer,,
et Bernard de Montfaucon, dit la Biogra-
phie Didot à rarticle Aubry de Montdidier,
A. DURÈAU.
Omelette, Âmelette (IV, 21Q). ~ L'un
et l'autre sont bons; il y en a qui préfèrent
âmelette, le faisant venir du grec àp.6XaT0V,
ou d'6t[ji.a, ensemble, et Xueiv, battre, dé-
layer, dissoudre, comme qui dirait œufs
battus et mêlez ensemble. D'autres aiment
mieux dire omelette du mot oomelina, pris
de 'Û6v, œuf, et de [xsXl, miel. Je crois le
sentiment de ces derniers plus conforme à
l'usage.
Feu Andry de Boisregard (1688).
Nota. Voir aussi le Diction, de Trévoux
et celui de Ménage, où sont longuement
expliquées des étymologies déjà indiquées
dans r Intermédiaire, F. -T. dlaisois.
Une eâu-forte d'un des Rivalz (IV, 3oi ).
— J'ai fort à remercier à tous les points de
vue mon honorable coabonné M. Vienne,
et je suis fort sensible en vérité à son
Erocédé généreux et obligeant. Je n'ai pas
esoin de dire que l'estampe en question
sera tenue également à sa complète dispo-
sition. Cela va assez de soi.
(Grenelle.) J accrues D.
Le dernier mot de Gœthe et le dernier
mot de JodeUe (IV, 3 18). — Deux rectifi-
cations bien vitel M. Ed. Fournier, dans
sa nouvelle édition de V Esprit dans V his-
toire^ m'apprend (p. 387) que si Ton ra-
mène à sa simple expression le dernier cri
de Gœthe : De la lumière^ encore plus de
lumière! on trouve qu'il dit tout bonne-
ment en se tournant vers sa servante : Ap-
proche^ la chandelle, — Quant aux der-
nières paroles d'Etienne JodeUe : « Qu'on
ouvre ces fenêtres, que je voye encore une
fois ce beau soleil ! » elles ont été rappor-
tées, non par du Verdier, mais par l'au-
teur du Pithœana^ sive excerpta ex ore
Francisci Pithœi (anno 16 16). On ajoute
en cet endroit du Pithœana : « Jodelle
étoit un peu philosophe naturel. »
T. DE L.
Deux passages d'André Ghônier (IV,
32 1). — Dans le deuxième fragment de
VArt d'aimer, le poëte recommande aux
belles de «ultiver leurs attraits; et à l'appui
de ce conseil, il cite l'exemple de Junon
qui, lorsqu'elle attira les regards et les
attentions de Jupiter, venait de prendre un
bain, avec accompagnement d'onctions à
la rose et au jasmin. Dès lors il est clair
que ce n'est pas un ingénieux éphèbe, un
intelligent garçon de bain, NOOS ou
N0T2 , qui fiit chargé de ce soin délicat,
mais bien une discrète et vigilante camé-
rière, la nymphe NAIS, la Naïade par
excellence, la même qu'il est ordinaire de
prendre pour l'Onde en général et qui tire
son nom du verbe véo), couler. Notre pre-
mier passage me semble donc devoioj^tre
établi de la manière suivante :
Qu and Junon sur rida plut au m aîtrt du monde,
Nais l'avait tenue au crystal de son onde.
Et sur sa peau vermeille une savante main
Fit distiller la rose et les flots de jasmin.
Mais je tiens pour intacte et correcte de
tout point la leçon du second passage.
Dans sa XIV® élégie, André Chénier dé-
crit les plaisirs de cet ami des champs à
qui il est donné de revoir en pensée, et
non sans attendrissement et bonheur, Julie
d'Etanges, Clarisse Harlowe et Clémentine,
Dont la troupe immortelle habite sa mémoire.
Il revoit près de lui tout à coup animés
Ces fantômes si beaux à nos pleurs tant aimés.
N-99-1
L'INTERMÉDIAIRE
71
72
Né à Constantinople d'une mère^ecque
et belle, autrement grecque deux fois, avec
cela versé dès l'âge de seize ans dans la
plus harmonieuse des lances humaines,
André Chénier s'est permis, à bon droit,
plus d'un hellénisme en français. De ce
nombre est l'expression, a tant aimés à nos
pleurs, » au lieu de « tant aimés de nos
pleurs, » c'est-à-dire, si chers à nos larmes.
La Fontaine a écrit également : • Ce fut
bien dit à lui, ce fut à lui bien avisé. »
Eour a ce fut bien dit par lui, ce fut par lui
ien avisé. » Je me rappelle un autre sem-
blable hellénisme du même André Ché-
nier; on peut lire dans l'ode première à
Marie-Joseph :
Que les Grandeurs et la Fortune
Te comblent de leurs biens, au talent mérités.
Les Romains, eux aussi, employaient élé-
gamment le datif seul, à la place de l'abla-
tif précédé ou non d'une préposition, pour
exprimer le complément du verbe passif;
chez eux, Virtus quceritur viro bono était
aussi pur au moins de latinité que Virtus
quœritur a viro bono.
(Grenoble.) J. P.
L'historien Flavins Josèphe (IV, 268).
— Le P. Tournemine a publié, dans le
Mercure de France^ une « Dissertation
sur le fameux passage de l'historien Jo-
seph, touchant Jésus-Christ.» — Voir
mai 1789, p. 834-855, et août, p. 1712-
1739. — La Biographie Didot, t, XXVI,
col. 976, complète largement ces indica-
tions. P. Clauer.
Le Jeu de la Révolation française (IV,
273). — Il serait curieux de remonter à
l'origine de cette espèce de jeu. En voici
un qui parut en 1710. Il a pour auteur le
P. Bernou, jésuite, dont Quérard, je crois,
ne fait pas mention. Il a pour titre : Le
Jeu historique de V Ancien Testament, Les
Mémoires de Trévoux^ mai 1710, p. 926,
en parlent comme il suit sous la rubrique :
Nouvelles de Lyon, c Ce jeu se compose
de^ médailles chargées d'inscriptions et
rangées dans un bel ordre sur une table
ovale représentant les événements les plus
singuliers de l'Ancien Testament. Le sort
des dez conduit chaque joueur sur quel-
que médaille et lui impose la loi d'expli-
quer l'inscription ou de payer la somme
dont on est convenu. Celui qui, en obser-
vant les règles, parvient le premier à la
dernière médaille, gagne la partie. Un pe-
tit livre imprimé chez Jacques Guerrier
contient les règles de ce nouveau jeu et
l'explication des médailles. »
Que les chercheurs de l'Intermédiaire
se mettent à la découverte de l'inventeur
de cet amusement instructif. Le P. Buf-
fier a fait aussi un Tableau chronologique
de Vhistoire universelle en forme de jeu.
Paris, 1717 et 1722. P. Clauer.
Etre releré de Godart (IV, 32 3). - Le
surnom de Godart donné aux maris dont
la femme est en couche , date de loin, il
n'est pas spécial aux époux champenois.
On le retrouve à peu près dans toutes les
provinces. D'où vient-il? Je ne sais. S'il
fallait s'en rapporter à M. Camille Delteil,
oui fit , sur ce point , une dissertation
d'égyptologue , dans l Almanach du Ré-
formateur de i85o, p. 3i, il faudrait en
chercher l'origine dans un des mythes qui
se rapportent au soleil. Pour moi, je n'y
crois guère. J'aime mieux chercher la co-
médie que la mythologie dans le type de
Godart, et je l'y rencontre. En 1067, °°
joua devant le roi à Fontainebleau une
petite pièce en vers : V Embarras de Godart
ou V Accouchée^ qui était, disait-on, de De
Visé. Le dicton : Serve:{ Godart^ sa femme
est en couche , que nous trouvons déjà
dans la pièce du comte de Cramail, la
Comédie des Proverbes (act. II, se. i), n'y
était pas oublié. Suivant Quitard dans son
Dictionnaire des Proverbes (p. 428-430),
ce dicton se rapporte au singulier usage du
Béarn, oui voulait oue le mari d'une femme
en couche, se mît lui-même au lit pour se
faire servir les meilleurs plats, et recevoir
les visites. Ed. F.
L. BoBcns, tt De antiqnitatibas Grsco-
rum » (IV, 356).— M. le comte de Puymaigre
a trouvé une curieuse légende sur Alexan-
dre le Grand dans le Livre d^or de Marc
Aurèle, chap. XXII. L'auteur de cet ou-
vrage, Antonio de Guevara, dit avoir tiré
son récit de Lucius Boscus^ De antiqui-
tatibus Grœcorumy lib. III. C'est sur
L. Boscus et sur son livre que M. le comte
de Puymaigre dit n'avoir pu rien décou-
vrir.
Ce Lucius Boscus est Lambert BoSy né en
1676, mort en 17 17; professeur de la lan-
gue grecque à l'académie ou université de
Trancken (Pays-Bas, Frise). Son ouvrage,
Antiquitatum Grœcarum, principue Atti-
carum, descriptio breviSy parut pour la
première fois en l'an 1714, in-12. Plusieurs
éditions suivirent. Une, Anno 1749, « ^^'
ditis testimoniis exfontibus et observatio-
nibus quibusdam, Is, Fred, Leisnen^
in-8. La dernière encore, à Groningue, en
1809, i^^"S- — C'était le manuel ordinaire
des étudiants pour connaître les antiquités
grecques. (Leuwardin.) J. Dirks.
H. de La Palisse (IV, 357). — Dans son
excellent recueil de chants historiques
français (Paris, Gosselin, 1842), M. Le
Roux de Lincy donne, t. II, p. 92, une
chanson satirique sur la bataille de Pavie:
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[10
869.
73
'4 —
Hélas! La Palisse est mort,
Il est mort devant Pavie.
Hélas! s'il n*estoit pas mort,
Il seroit encore en vieî
Quand le roy partit de France,
A sa malheur il partit;
Il en partit le dimanche
Et le lundy il fut pris. Etc.
La chanson totale a vingt couplets, que
M. S. B. trouvera facilement dans le livre
indiqué. Max. D.
« Beatipauperesspiritu » (IV, 377).— Un
homme d'esprit se qualifiait en latin, selon
le cas le plus ordinaire : ingeniosus, per-
acutuSy perurbanuSj etc. Cicéron, César,
Properce, délaissant les mois animus et
mens, se seraient servis de spiritus, pour
noter sur leurs tablettes Vorgueil, Vassu~
rancCy la présomption^ Vinfatuation per-
sonnelle dun penseur moderne... de haut
vol. Souffle divin, aspiration et inspiration
plus ou moins pures, se présentent ou se
font pressentir dès que Ton veut traduire
en chrétien le mot spiritus ; et sont heu-
reux entre tous ces pauperes spiritu, qui
viennent écouter la parole du Maître dans
la simplicité et la naïve humilité du cœur.
De s.
Les chais de Médoc (IV, 378). — Le
pays autrefois renommé pour ses huî-
tres, le Médoc, Pagus Meaulicus, a fait
aussi parler quelque peu de ses chaix ou
chais. Or chaix vient du latin casa^ dans
le sens de loge, logis, maison, demeure,
endroit à contenir vin, autrement cellier.
Et ce chaix n'est pas autre que notre pré-
position c/ief; c'est de part et d*autre
même sens et même mot. Dans l'expres-
sion : je vais che:[ mon oncle, ce dernier
mot oncle est au génitif, et c/ief , dont il
est le complément, a le sens de maison.
Du même casa dérivent également Choi-
seul^ prononcez Chéseul (cnezeul) et aussi
chezeau (casula). P.
— Ce mot ne serait-il pas le même au
fond que ceux de chasse et de caisse aux-
quels on donne également pour origine
capsa^ coffre? O. D.
Les tableaux du général d'Âlvimar
(IV, 38 1). — L'exposition des tableaux
du général d'Alvimart (et non d'Alvimar)
a été faite au musée Colbert en avril i833.
Une seule toile avait été admise à l'expo-
sition du Louvre. La totalité des tableaux
et des dessins a été exposée lors de la
vente publi(jue qui suivit, en 1854, la mort
de M. d'Âlvimart, et la sévérité du jury
semblait parfaitement justifiée. Les ta'-
bleaux ont été alors dispersés, et je ne
doute pas qu'ils n'aient été détruits en
grande partie.
Pour juger Tartiste, il est bon de con-
naître l'homme. Octavien d'Alvimart était
fils d'un colonel de dragons, sous-gouver-
neur des pages du Roi, guillotiné à Paris
en 1704, et il avait été à Brienne le con-
partie ae 1 Asie, puis s'engagea
service de l'Espagne. En 1808, il était gé-
néral et occupait une position élevée au
Mexique. Mais à la déclaration de guerre,
il fut dépouillé de tous ses biens comme
Français et jeté dans une prison d'Etat,
d'où il ne put sortir qu'en 1822. Rentré
en France, il usa son énergie et son acti-
vité à soutenir des réclamations incessan-
tes contre le gouvernement espagnol, mais
il ne put rien obtenir et finit ses jours, le
dernier de sa famille, dans l'isolement et
la misanthropie. 11 a laissé plusieurs volu-
mes sur la politique et la littérature qui
prouvent sinon un grand talent, au moins
un esprit cultivé. Il dessinait agréablement
et avait rapporté de ses nombreux voya-
ges des albums intéressants. Quant aux
tableaux, le mieux est de n'en pas parler.
E. V. T.
Louis XVI à Rouen (IV, 889). - C'était
chez les Rouennais qui avaient âge d'hom-
me en 1792, article de foi, que le projet
d'amener Louis XVI à Rouen pour le sous-
traire à la Commune de Paris avait été
sérieusement conçu. Il en est fait men-
tion mais sans détails, à la page 7 d'une
notice de M. le marquis de Blosseville
sur M. de Vatimesnil, et cela d'après les
souvenirs personnels du père de ce minis-
tre.
Ce plan, avorté par les incertitudes roya-
les, s'accordait sans doute avec une combi-
naison que nous trouvons développée dans
un remarquable ouvrage de M. Boivin-
Champeaux, ancien procureur impérial à
Evreux, aujourd'hui premier avocat-géné-
ral à la cour de Caen : Notices historiques
sur la Révolution dans le département de
VEure, Le projet d'évasion qu'il racMite
page 290, était conçu par le duc de Lran-
court, qui commandait en Normandie, et
donnait pour asile à Louis XVI le château
de Gaillon, véritable palais des archevê-
ques de Rouen.
(Evreux.) E. B.
Huguenot (IV, 391). — Plus d'une fois
déjà, j'ai protesté contre les étymologies
fantaisistes et impossibles qu'on attribue
i à ce nom historique. Ceux qui le font déri-
ver de l'allemand Eidgenossen (Confédé-
rés), n'ont retrouvé que la seconde moitié
du mot. Qu'ils expliquent, s'ils le peuvent,
comment et pourquoi les trois lettres Eid
N« 99.]
L'INTERMÉDIAIRE
se sont métamorphosées en la syllabe if m?
A-t-on jamais cite un exemple de trans-
formation analogue ? La science du lan-
gage n*est plus tellement conjecturale
qu on puisse s'y permettre d'aussi étran-
ges libertés.
Huguenot, selon nous, vient du hollan-
dais Huisgenoot (commensal), qui désigne
les habitants d'une même demeure. Les
deux dernières syllabes genoot sont la
forme, très-connue et usitée en hollandais,
d'un mot qui en allemand deviept genossey
et qui indique communauté. Mais, au lieu
de l'allemand Eid (serment) nous trouvons
ici le hollandais //m «(mai son). Or, tandis
que Eid ne pourrait devenir ifi/. Huis a pu,
par une simple abréviation, prendre cette
forme. Il fallait nécessairement qu'une
transformation de ce genre eût lieu, et cela
Ear deux raisons: 1" Parce que les sylla-
es germaniques, trop chargées de con-
sonnes pour les bouches françaises, en per-
dent le plus souvent au moins une; exemple:
lanîsknec/it, lansquenet; riding-coat, re-
dineote; Chlodowlg, Louis, etc., etc.
Voilà pourquoi l's de huisgenoot a disparu.
2* Parce que le son hollandais de la diph-
thongue ui n'a pas d'équivalant exact en
français; ne pouvant dire ce ui, on a
prononcé simplemient w, en gardant la
voyelle dominante.
Quant à la signification du mot, elle
reste à peu près la même dans les deux
cas. Confédéré ou commensal indiquent
des rapports assez analogues de confrater-
nité. Quand les persécutions de Philippe II
et du duc d'Albe forcèrent des Hollandais,
des Flamands, des Wallons à fuir, ceux
qui traversèrent ou habitèrent la France
ont pu se traiter de huisgenooten, nom in-
offensif, et d'ailleurs inintelligible pour les
gens du pays; ils l'ont naturellement étendu
ensuite eux-mêmes à leurs coreligionnaires
des pays où ils se trouvaient. De ce terme
d'amitié les catholiques, ne sachant pas
le hollandais, ont fait très-naturellement
un nom de secte.
Il faut se rappeler qu'avant de porter
les noms de Réformés ou de Protestants,
ceux qui se ralliaient à la Réforme étaient
vaguement désignés en France sous les
noms d'hérétiques de Meaux^ christandins,
luterrens, parpaillots. Il n'est peut- être
pas étonnant que celle de ces dénomina-
tions populaires qui avait une origine
étrangère ait prévalu, bien que cette ori-
gine elle-même ait été bientôt oubliée. On
a longtemps affecté en France de traiter
en étrangère la liberté religieuse.
Ath. Coquerel.
. Le P. Loriquet (IV, 396). — Puisque
la question Loriquet a été remise sur le
tapis, je crois pouvoir ajouter mon té-
moignage à tant d'autres. J'ai en ma
possession le cours d'histoire du P. Lori
76
quet, en 7 vol. édition de 181 6, et je n'y ai
pas trouvé la fameuse phrase, ni rien qui
fasse présumer qu'elle ait pu être, écrite
dans la première édition (édition très-
problématique, d'ailleurs). Nulle part le
P. Loriquet ne conteste le titre impérial de
Napoléon, il le considère partout comme
chef de gouvernement, comme empereur
de fait, sinon de droit. Sur ce dernier
f)oint il fait ses réserves, car il est fort
égitimiste; mais voilà tout. Quelle que
soit la sévérité, l'injustice si l'on veut, de
ses appréciations sur Napoléon, il ne
donne jamais ni explicitement, ni impli-
citement, un démenti absurde à l'histoire
des faits.
(La Flèche.) H. M.
Gnathène et Stilpon (V, i). —La ré-
plique de Gnathène à Stilpon, comme la
plupart des apophthegmes des courtisanes
grecques, se trouve dans Athénée {Deipno-
soph. XIII, p. 584; t. V, p. 1 10, de l'édition
Je Schweignaeuser).
(Bordeaux.) R. D.
De qui le rondeau : « A la fontaine où
s'enyvre Boilean? » (V, i). — a Ce ron-
deau n'est point de Chapelle, mais d'un
nommé Stardin... » répond nettement
Walckenaer dans la Vie de La Fontaine,
et il cite en note jusc[u'à huit autorités,
parmi lesquelles Racine fils, Boileau, le
Ménagiana, etc. Mais il faut remarquer
qu'il existe du dit rondeau, une variante
assez considérable pour qu'on lui recon-
naisse deux auteurs, l'un qui l'aurait fait,
l'autre qui l'aurait refait. Voici celui que
Walckenaer donne à Stardin :
A la fontaine où l'on puise cette eau
Qui tait rimer et Racine et Boileau,
Je ne bois point, ou bien je ne bois guère ;
Dans un besoin, si j'en avois affaire.
J'en boirois moins que ne fait un moineau
Je tirerai pourtant de mon cerveau
Plus aisément, s'il le faut, un rondeau,
Que je n'avale un plein verre d'eau claire
A la fontaine.
De ces rondeaux un livre tout nouveau
A bien des gens n'a pas eu l'art de plaire ;
Mais, quant à moi, j'en trouve tout fort beau,
Papier, dorure, images, caractère,
Hormis les vers qu'il falloit laisser faire
A La Fontaine.
Voici l'autre rondeau, tel que me l'a
communiqué notre correspondant E. G. P.
A la fontaine où s'enivrent Boileau,
Corneille, Horace, et lie sacré troupeau
De ces auteurs comme on n'en voit plus guère,
Tout bon rimeur doit boire à pleine aiguière
S'il veut donner un bon tour au rondeau.
Bien que j'y boive aussi peu qu'un moineau,
Cher Benserade, il faut te satisfaire
Et t'en faire un ; mais c'est porter de l'eau
A la fontaine.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[ I o févr. 1 869.
77
78
De tes rondeaux un recueil tout nouveau
A bien des gens n'a pas eu Tart de plaire ;
Pour quant à moi, j'y trouve tout fort beau,
Papier, dorure, images, caractère,
Hormis les vers qu'il falloit laisser faire
A La Fontaine.
O. D.
Un vers de Le Blanc (V, 3). — Je crois
bien avoir vu ce vers cité par Voltaire,
mais je ne parviens pas à ïy retrouver. La
forme présentée par Voltaire serait:
En croirais-tu, Manco. Manco-Capac capable ?
dont il résulterait qu'il y avait dans la
pièce, outre Manco-Capac, un autre per-
sonnage nommé Manco tout court. Du
reste Voltaire en eût parlé, pour raconter
qu'aussitôt était partie du parterre la
réponse :
D'un tel forfait Manco croit Capac incapable !
D.
Mestre de camp, brigadier des armées
dn roi (V, 6). — C'est un terme ridicule,
comme toutes les désignations militaires
formées de périphrases, dit le général
Bardin. Ce titre pompeux ne disait rien,
car un simple brigadier de cavalerie, de
rang égal à un caporal, était aussi briga-
dier des armées. La langue militaire four-
mille de pareilles contradictions. Le titre
de brigadier de& armées indicjuait la charge
d'un officier supérieur, ordinairement co-
lonel a un régiment d'infanterie ou mestre
de camp, et prenant, par sa fonction, rang
à^officier général. En outre des attribu-
tions ordinaires de son grade, il était re-
vêtu, par commission, du droit de com-
mander (mais dans Varme seulement dont
il faisait partie) une brigade d'armée, et
donnait, en ce cas, la couleur de sa livrée
aux fanions de sa brigade.
Consultera ce sujet l'excellent Diction-
naire de r armée de terre du général Bar-
din, à l'article Brigadier des armées du
roi, et au mot mestre de camp, où l'on
verra que la milice espagnole, du temps
de Ferdinand et d'Isabelle, connaissait le
grade de maestro ou maestre decampo.
A. Nalis.
Le véritable anteur du « Grand erra-
tum » (V, 10). — La date qu'assigne
M. T. de L. à Vopuscule de M. Pérès, ten-
drait à faire mettre en doute l'orieinalité
de son travail, qui aurait pu ainsi lui être
inspiré par le livre anglais de l'archevêque
Whateley. Maisla^io^r. Hœfer, au nom
de Pérès, indique une première édition
bien antérieure : « Agen, i8i^. Paris,
18 19, 1860, in-32. » A la vérité, il y en a
certainement eu, en i835, une édition que
cette Biographie oublie. O. D.
Erudition de Hathurin Régnier (V, 27).
— Le mot syndérèse est employé par la
philosophie scolastique pour désigner l'a-
mour pur du bien ou l'amour du bien ab-
solu.
Les théologiens appellent syndérèse
l'état de contrition, de aéchirement, où se
trouve l'âme quand, faisant un retour sur
elle-même, se rappelant ses fautes, elle
compare ce qu'elle est à ce qu'elle devrait
être.
Une pareille expression revient fréquem-
ment sous la plume des écrivains mys-
tiques.
Elle est fort bien placée dans la bouche
de Macette, qui, au dire de Régnier :
... N'eut avant que plorer son délit,
Autre ciel pour objet que le ciel de son lit.
Que l'auteur de la demande me permette
maintenant de lui faire une petite que-
relle.
Voici à quel propos : « Sans doute, dit-
« il, il faut entendre par hypostase, la sub-
« stance ou l'essence même de la divine
« triade. » Tel n'est point le sens du mot
hypostase. Les Pères grecs se sont servi
de ce terme pour désigner les trois spéci-
fications égales et éternelles de l'essence
divine, appelées par les Pères latins per-
sonnes de la Trinité. On oppose le mot
hypostase à ouda, qui désigne la substance,
l'essence, la nature commune aux trois
hypostases. H. Prévost.
ïrûutJailUô t\ Curi00îté6, etc.
Histoire d'un enfant pétrifié. — J'ai lu
dernièrement dans l'historien de Thou une
singulière anecdote du règne de Henri III,
présentée comme un fait historique incon-
testable. Elle est rapportée en ces termes
dans son Histoire universelle (Londres,
1734), t. yill, p. 66:
« Il arriva cette année (i582) un événe-
ment qui passeroit pour incroyable chez
la postérité, si Ton n'en avoit les preuves
incontestables. Comme j'en suis parfaite-
tement instruit, j'ai cru devoir en rendre
témoignage et en établir la certitude.
« Dans la ville de Sens, métropole de la
Gaule celtique, une femme, nommée Co-
lombe Chary, mariée à un tailleur appelé
Louis Carita, étant parvenue jusqu'à 1 âge
de 38 ans en bonne santé et sans avoir eu
d'enfants, eut des indices de grossesse par
la suppression qui en est la marque ordi-
naire; elle sentoit des mouvements fré-
quents, son ventre grossissoit de jour en
jour, ses mamelles même se remplissoient
de lait ; enfin, au bout de neuf mois, elle
N» 99.]
•M
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [10 févr. 1869.
— 79 80
est-il plus croyable que certains récits
légendaires? Est -il vrai que cet enfant
pétrifié, qui aurait été vendu en 1627
moyennant la somme de 210 livres et une
riche turquoise, à Prudamont, lapidaire,
et à Carteron, orfèvre à Paris, fasse au-
jourd'hui partie du cabinet d'histoire na-
turelle du roi de Danemark? C'est pour-
tant ce qu'afl&rme M. Théodore Tarbé
après avoir mentionné succinctement ce
fait, p. 1 1 3 des Recherches historiaues sur
' ille
érirèu^ aès douleurs très-vives et les tran-
cnéesi d'une femme en travail. Pendant
quelques jours, elle eut une suppression
d'urîne, qui sortit enfin comme un tor-
rent^ Les médecins jugèrent qu'elle ne ve-
hoit pas de la vessie, mais de la matrice,
dont la tunique se rompit, et dont il sor-
tit, avec le délivre, une masse qui avoit la
figure d'un turbot. Depuis ce temps-là, sa
gorge diminua; elle ne sentit presque plus
remuer dans son ventre et ses douleurs
furent très -médiocres. Après cet accou-
chement monstrueux, elle fut alitée trois
ans durant, se plaignant continuellement
de sa mauvaise santé, de la dureté et de
l'enflure de son ventre, des tranchées
qu'elle sentoit, et d'un poids incommode
qui se jetoit tantôt d'un côté, tantôt de
1 autre, suivant les différentes situations
de son corps. Ces accidents durèrent jus-
qu'à sa mort. Ses voisins, se moquant
d'elle et traitant sa grossesse de vision :
« Attendez quelque temps, leur disait-elle
o assez gaiement, l'enfant dont je suis grosse
a viendra quelque jour, mais il en coûtera
« la vie à sa mère. » Elle mourut enfin, après
avoir porté ce fardeau vingt-sept ans. On
l'ouvrit et on lui trouva la matrice ridée,
de diverses couleurs et dure comme de la
terre cuite. On tenta d'ouvrir cette du-
reté, mais il se trouva comme une masse
de plâtre qui résista longtemps au rasoir;
on en vint pourtant à bout, et on en tira
un enfant très-bien formé et dans la si-
tuation ordinaire, mais presque entière-
ment pétrifié, si ce n'est que les os de la
tête étoient transparents comme de la
corne; à l'égard des parties internes,
comme le cerveau, le cœur, les intestins,
ils étoient presque à l'ordinaire, excepté
qu'ils se trouvoient plus durs, moins pour-
tant que les parties externes. Ce petit corps
se garde à Sens, où les passans vont le
voir par curiosité. Il est entier, et les vers
ni la pourriture ne Font point endom-
magé. Il y a deux fameux médecins qui
ont écrit sur ce prodige, Jean d'Alibour,
d'Autun, qui a été depuis premier méde-
cin de Henri IV, et Simon de Proven-
chères, de Langres. Ils ont recherché les
causes de la formation de cette masse et
de cette pétrification faite après la mort
de l'enfant, et qui devoit plutôt être suivie
de putréfaction ; mais je laisse cet examen
à ceux qui s'appliquent à l'étude des choses
naturelles. J'ajouterai seulement que de-
puis quelques années, il est arrivé à Paris
Quelque cnose de semblable à une femme
e condition; mais au bout de cinq ans,
l'enfant fut tiré par morceaux, partie par
des médicaments, partie par des ferre-
ments, et il y a beaucoup d'apparence
qu'il seroit devenu comme celui de Sens
avec le temps, puisqu'il commençoit déjà
à se pétrifier. »
Un pareil récit, bien qu'il émane d'un
auteur grave et estimé comme de Thou,
la ville de Sens, par lui éditées à Sens en
i838.
Faut-il s'étonner que, dans le XV1« siè-
cle, de bons esprits fussent ainsi portés à
croire au merveilleux, lorsqu'il est con-
stant qu'aujourd'hui même les juges mu-
sulmans s'obstinent à regarder la gesta-
tion de la femme comme pouvant être
indéfinie, et rattachent la paternité de
l'enfant né pendant un second mariage au
précédent mariage que la femme aurait
contracté, lorsqu'il s'est écoulé un laps de
temps inférieur à 4 ans, selon les uns, et à
5 ans, selon les autres, entre le décès du
premier mari et le second mariage? Mais
une affaire de ce genre ayant été portée
devant les tribunaux, pareille présomption
n'a pas été, bien entendu, admise par eux.
(Arrêt *de la cour impériale d'Alger du
!•' septembre 1866, rapporté dans le Droit
du !•«• janvier 1867.) Ed. Leroux.
Gnillotln et la guillotine. — Guillotin,
célèbre médecin, est regardé à tort comme
l'inventeur de l'instrument de supplice qui
porte son nom ici. Lorsque l'Assemblée
nationale s'occupa de refondre l'ancien
système pénal, mû par un sentiment d'hu-
manité, il proposa de substituer aux diffé-
rents supplices jusqu'alors usités pour les
condamnés à mort la décapitation, réser-
vée autrefois pour les nobles, et indiqua
l'emploi d'une machine très-peu compli-
quée, connue depuis longtemps en Italie
sous le nom de mannaia, dont il avait
probablement lu la description dans le
Voyage en Italie, du jésuite Labat. Le
docteur Louis fut chargé d'examiner cette
proposition, puis, sur un rapport du dé-
puté Carlier, l'Assemblée nationale la
convertit en décret... De là les noms de
petite Louison, puis de Guillotine, qui fu-
rent donnés au nouvel instrument. La
tradition populaire a toujours voulu et
veut encore (bien qu'on ait prouvé le con-
traire à satiété) que Guillotin ait été l'in-
venteur et la victime de cette fatale ma-
chine. La première fut fabriquée par un
mécanicien allemand nommé Scnmidt,
facteur de clavecins. Guillotin, jeté plus
tard en prison, faillit seulement en faire
répreuve : le 9 thermidor le lui épargna.
F. DUBIEF.
Parts. - Tjp. de Ch. Mejrueis, rue Cujas, IS. — 1869.
NomfrolOa
Cktrdé»M0t
«OM IreiiMr»* .
#i
t
n têfâHÊi
S5 rénier 1869.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.)
81 <=
82
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
Une nonyelle figure de rhétorique. —
Les nombreux admirateurs du talent de
Victor Hugo ont dû remarquer qu'il em-
ploie fréquemment, dans les Contempla-
tions^ une figure de rhétorique fantaisiste,
fort expressive bien qu'un peu bizarre,
qui me paraît tenir le milieu entre la com-
paraison et la métaphore.
Notre poëte accouple deux substantifs,
et fait jouer à Tun d eux le rôle d'adjectif
qualificatif. Exemples:
[nous mène ?
A qui donc sommes-nous? Qui nous a? Qui
Vautour Fatalité; tiens-tu la race humaine r
{Contemplations, IV, viii.)
L'arbre Eternité vit sans faîte et sans racines ;
Ses branches sont partout, proches du ver, voi-
Du grand astre doré ; [sines
L'Espace voit sans fin croître Xdibranche Nombre,
Et la branche Destin^ végétation sombre,
Emplit l*homme effaré.
[Contemplations, VI, xvi.)
«
Victor Hugo est-il l'inventeur de ce
procédé poétique ? Ne l'aurait-il pas plu-
tôt emprunté à quelque vieux poëte fran-
çais ? J inclinerais à le croire.
Henri Prévost,
Un auteur à retrouver. — De quel poëte
latin sont les paroles suivantes, qui ter-
minent un vers et en commencent un
autre ? Où les trouve-t-on et à quoi s'ap-
pliquent-elles?
... Nostrasqui despicit artes
Barbarus est.
MiNucius Infinitesimalis.
Edition originale de t la Folle Journée ou
€ le Mariage de Figaro. » — Pourrait-on
me dire quelle est la vraie première édition de
cette comédie de Beaumarchais? Est-ce celle
qui porte seulement le nom de Ruault et
la date de 1785, ou bien celle qui, avec le
nom de Ruault, fait mention de l'imprime-
me de la Société littéraire typographique ?
Cette dernière renferme les cinq belles
gravures dessinées par Saint- Quentin et
gravées d'abord par Liénard, puis par
Malapeau. Est-elle un tirage de luxe fait à
part, à peu d'exemplaires (u en a été tiré
iprinceps
si l'on consulte son catalogue.
F. M.
Erudition de J.-J. Rousseau. — « On
n'imaçineroit pas, raconte Rousseau, au
VI I« livre de ses Confessions^ à quoi j'oc-
cupois ce court et précieux intervalle qui
me restoit encore avant d'être forcé de
mendier mon pain: à étudier par cœur des
passages de portes, que j'avois appris cent
fois et autant de fois oubliés. Tous les
matins, vers les dix heures, j'allois me
promener au Luxembourg, un Virgile et
un Rousseau dans ma poche, et là, jusqu'à
l'heure du dîner, je remémorois tantôt
une ode sacrée et tantôt une bucolique,
sans me rebuter de ce qu'en repassant
celle du jour je ne manquois pas d oublier
celle de la veille. Je me rappelois qu'après
la défaite de Nicias à Syracuse, les Athé-
niens prisonniers gagnoient leur vie à ré-
citer les poëmes d'Homère. » Celui qui
s'accuse lui-même, de si bonne grâce,
d'oublier le lendemain ce qu'il apprenait
la veille, n'aurait-il pas, prenant un souve-
nir pour l'autre, confondu avec les poëmes
d'Homère, ceux de quelque autre écrivain
de la Grèce ? (Grenoble.) J. P.
Verdet, Vert de gris. Loutton, Laiton. ^
On sait que dans les contrées viticoles du
midi de la France, la fabrication de ce
produit occupe d'importantes usines et
que cette matière tinctoriale est obtenue
par l'action du marc de raisin subissant la
fermentation acétique sur des lames de
cuivre, qui ne tardent pas à se recouvrir
d'une croûte verte. Après plusieurs prépa-
rations, cette croûte devient le verdet du
TOUS, V. — 4
N« looj
L'INTERMÉDIAIRE
83
» f . iBi M *' ■
84
commerce. Je trouve dans un vieil inven-
taire du 28 octobre 1 73 1 , ces mots :« Item :
cent pots de cuivre pour le verdet gris. »
Est-ce là une espèce de vert oil verd-
de-gris, ou bien Ce defnSfr ifiot ÇQtùfoté
n'est-il Qu'une corruption Ae cette expr e«-
sion technique: verdet gris? Vert-de-gris
ne signifie absolument rien, le gfia q'a pu
engendrer le vert.
Quelle est rétvmQloeje du mot laiton^
alliage de cuivre et de aiincî, le cttivi'e
jaune ordinaire, que je trouve écrit loutton
dans le même compte de 1731 ? C2.
« âveir AU n l^ikv*. »— C'est là unô locu-
tion qu'on dm^tid souvent prononcer dans
lés fàuboui^^ : « Quifius, s. m. Argent, «-
dèfns l'af got du t)euple, • nouB dit trop som-
mairement M* AI. Delvau, dans son Dict»
de'fy langue verte y-^ sans ajouter aucune
esj^dce d'ëtymologie, -^ Ce n'est pourtant
point là l'un de ees lAots qui datent d'hier!
Il a [des chevroiis: on le rencontre dans
les écrits du XV» siècle : dans le Mystère
du CffiCPaOer qui donna sa femme alN
dyabîe :
Ho, n'en parle plus, il sufiîst,
Bien sçay que chascun si te fault,
Pour ce que n'as plus de quibuSé
Ane* Théât* Français^ t, III, p* 45 3* BihU
El\évir.)
Dans Coquillartt
11 fiiiUoit quHl vint sus ou jus
La fournir à son appétit x
Car qui ne fonce de quikus,
{(Muyrei^ t. II, p. 22, éd. de la BibL
Et, dehos jours, dans Balzac: «... Le
Gouvernement n'a tant mis de droits sur
le vin que pour nous repincer notre
Quibus. yy (H. ne Balzac. Les Paysans.)
-^ Ne pourrait-on pas dire en fin de compté
que les faubouriens nomment ainsi l'argent
parce qu'ils courent tfpp Souvent après
a le vil métal i QxjiBvscum^ue viis?
Ulric.
Deqiioi. -^ Bieètrè. — Je désirerais con*
naître la signification exacte des deux
mots cités ci-dessus. Ils se trouvent dans
les vers suivants extraits d'un placet de
Chapelle au comte du Lude, pour lui
demander du petit salé :
C*est le seul mets, en bonne foi<
Qui peut mon trop petit dequoi
Sur ma table faire paraître
pour nourrir ma famille et moi.
Jusqu'au temps que vient un bon prêtre
Nous dire à chacun : Souviens-toi
De ta boue et de ton bicêtre.
{Œuvres de Chapelle et de Bachau»
mmty éd» de la BibL El^vir,, p. 1 40. )
J*R.
Les c Nénals > de GaTarni. — On con-
naît cette malicieuse légende d'un des
Enfants terribles de Gavarni : « Grand-
papa s'a fiché dQ petite Maman, parce que
petite M^nian s'est fait des nénais avec du
coton, na! »
En la relisant l'autre jour, j'ai cherché,
mailCQ vain, dans Alfred Delvau, Lorédan
Larchey et fous les autres lexicographes
des langues vertes contemporaines, 1 éty^
mologie probable de ce niot nénais. Le
sens propre, on le sait. Mais l'origine du
mot ? Ne viendrait-il pas de l'espagnol
nenes, petits enfants ; ou mieux peut-être
encore, du latin nceniœ, bagatelles, petits
riens, dont on emulQ lea enfants?
U.
Bouillon de onze heures. — Pourquoi
dit-on, avec le sens que chacun connaît,
un bouillon de onze heures ? Et pourquoi
pas bouillon de minuit, l'heure des ori-
mes I -^ D'où vient cette expression ?
J« E« -* G,
Dami Qanel -^ OueUe est donc Tori-
gine et la véritable orthographe de ce mot?
J, É. ~^G.
Expositions de Tanoienne Aôedémif de
peinture et de scnlpture. — En vue d'une
réimpression de ces curieux Salons, aux-
quels maintenant s'attache un H haut
prix, nous faisons appel aux bibliophiles,
collectionneurs et amateurs : i® pour éta-
blir les différentes éditions des anciens li-
vrets de ces expositions; 2^ potrr complé-
ter la bibliographie des critiques, donnée
par M. de Montaiglon à la $uite de la
réimpression du Salon de lÔjS,
Nous précisons notre demande :
Salon de 1673 : On ne connaît que trois
exemplaires de ce livret; deux à la Biblio-
thèque impériale (collection de Thoisy) et
un troisième ches un amateur de Troyes,
M. Corrard de Bréban, président hono-
raire du tribunal. En existe-t-il d'autre
exemplaire? Les armes qui figurent en
tête de la plaquette de la Bibliothèque
impériale appartienneni-^Ues bien réel-
lement à ee livret? Dans quelle année
de V Artiste se trouve l'article consacré à
ce Salon par M. Eudore poulie ^
Salon de 1699 : Nous n'en connaissons
qu'une édition, très-exactement indiquée
par M. de Montaiglon; en existe-Hi une
autre? Connaît-on d'autre mention con-
temporaine de ce Salon que celle de Flo-
rent le Comte, citée par M. de Montai-
glon?
Smlon de 1 {^04 : Trois éditions très-dif-
férentes existent à la Bibliothèque impé-
riale, tant aux imprimés ()u'eu cabipet des
estampes. Quelqu'un cClnnaîtrait^il ^^
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
- 85
S«
[25 févt. 1869^
éditiim différente? M. de MÔntftiglon À'a
pas connu de critique sur cette exposition ;
Hous tCevi avdns pas rencontré: en existe-
t-il?
Salons dé 1737, 1738, 1730 : Nous ne
connaissons qu'une seule édition de cha-
cun de ces trois livrets; y en a«t-il eu plu*»
sieurs? Quelles sont les brochures et criti*
quea auxquelles ces Salons ont donné
naissance, en exceptant, bien entendu, les
indications déjà fournies par M. de Mon<-
taiglon?
Nous continuerons ^as à pas ces infor-
mations; nous recevrions donc avec re-
connaissance les renseignements qui de-
vanceraient nos questions, relativement
aux deux points qui nous occupent, sur les
livrets, depuis 1740 jusqu'en 1799. Enfin,
comme souvent ces éditions anciennes
portent de précieuses notes manuscrites,
nous serions fort obligé aux propriétaires
d'anciens livrets qui nous feraient ici part
des commentaires contenus dans leuf
exemplaire. J,-J* G.
Le sysièmo décimal et les horloges. —
Ne peut-on pas s'étonner, en présence de
l'application si générale du système déci-
mal, qu'on n'ait pas eu l'idée de rappli-
quer aussi à la durée du temps? — Il me
semble avoir pourtant vu quelque part qut
Ton a ftiit des hOrlo|çes décimales* Quels
inconvénients pourraient en empêcher l'u*
sage ? J, E. — G.
Le temple de l'Aréopage. — Nous
ayons la> dans un écrit récent qui ne flit
pas autorité, une allusion au temple jadiji
bâti sur la colline de l'Aréopage d'Athè-
nes. Ce temple (de Mars ou de tout autre
dieu) est représenté par Raphaël dans son
fameux carton de.Hanipt(«l*Gdurt, que les
Arransi du Vatican et la gravure ©rit po-:
pularisét La statue de Mars y Âgure %\xfAu
Mais Raphaël n'était pas archéologue. Lei
peM d'espace qu'oifre la surface de ce ro-
cher, o& s'assemblaient souvent des juges
et un public, rend peu probable l'existenoe
d'un véritable temple sur cette plate-forme
étroite 0t inégale. Peut-être y avait-il un
simple autel, une statue, un edicule. Gon-
nait-on des textes positifs qui attestent
qu'il existait sur cette rocailleuse émlnence
un temple, et de quelles dimensions pOu*
vait être cet édifice? Quelle en était 1 ori*
gine ? Quand a*-t-il péri ? P£àBGRiNu$«
Le SotifiLet, injure grave. -«*>> Depuis
quand et pourquoi considère-t-on un souf-
flet, l'application de la main sur le visage
d'un autre, comme une injure gtà^e mii
ne peut se laver que dans le sang? En
QUOI le soufRet, môme donné du bout des
aoigts^ <l'ie»^ll fim vengeance qu'un co^p
de poing donné dans le dôs, 6U un doup
de pied envoyé — quelqUa pàft? J.
Une bataille Uirrée â jétin. ^ M V a-^il
pas une bataille, et quelle est-elle, où lé
général en chef Ordonna à ses soldats. Ouï
n'avaient pas mangé depuis plus d'un jôûf
et à qui 1 on venait de distribuer des vi-
vres, de jeter leur pëln au devant de l'en-
nemi et dé Taller reprendre à là pointé éè
la baïonnette ou dé répée ? G.
Edit* -^ Ofâdutiànce rojrale. -- Décret.
— Quell^ est la valeur exacte, la significa-
tion précise de chsfcun de ces termes? En
quoi différaient-ils au jusfé l'un de l'au-
tre? H. M.
Loi lantenilt de rAcadéffliô fifaHoelié
^ J'ai remarqué que l'on n'est point
d'accord sur les notos dés immortel qui
ont occupé successivement chaéun des
quarante fauteuils à l'Acàdémié ffanç&isê.
Il y a là une confusion qui demandé dés
éclaircissements; et d'abord > d'où naît
cette confusion?— Prenons, pôrôXenipIej
le dernier décédé des quarante, M* Empisi
Selon M* Arsène Houssaye (Histoire dk
quarantê-uniëmè/auiêuil), Ertlpis occupait
le trente* deuxième fauteuil, où s'éçait d'a-
bord assis le doux Racân et qu'illustra
Labruyère; le Dictionnaire de LarousSô
assied dans ce fhuteuîl M. de Sacy. En re-
vanche, ce dernier place M. Ertipis dans lé
trente-septième fauteuil, où se prélassa Cha-
pelain. p*après M. Arsène HoUssaye, c'est
Lamartine qui occuperait ce dernier fau-
teuil. — Enfin, l'un fait entrer Enipis â
l'Académie en 184B, et l'autre n? l'admet
dans la noble assemblée qu'en 1847.
G.
Seint-Êyremeat ) gonterneor des «ih
nards du Paru, en Angleterre. -- Dans le
correspondance manuscrite de l'abbé Du-
bois avec Toynard, acquise tout récem-^
ment à la vente Brunetpàrla Bibliothèque
impériale, on lit les curieux passages qui
suivent :
« S juillet 1698. — Le Roy a fait M. de
Saint- Evremont gouverneur des canards
du Parc. Cette charge n'a que 600 l d'à*
pointemens, mais, avec les profits, elle
rapporte bien deux pu trois mille livres.
Je lui en fus faire hier mon complîmentj
et il sort de me rendre ma visite» L'embar-
ras, c est comment le Roy l'exemptera de
prêter les serments. Il a proposé l'expé-
dient d'une survivance. »
« 24 juillet. — M. de Saint-Evremont
s'est accommodé de la charge que le Roy
lui avoit donnée avec un homme qui, à ce
que l'on dit, lui en rend cinq ou six cents
N« loo.]
LTNTERMÉDIAIRE
87
88
pièces. Le fait est sûr, mais il ne s'expli-
que pas des conditions. »
Voilà pour un philosophe , il faut en
convenir, un singulier emploi ! Les biogra-
phes de Saint- Evremont n'en disent mot.
Seulement ils assurent que le roi Jac-
ques II ayant offert de créer en sa faveur
une place de secrétaire de cabinet pour
écrire aux souverains étrangers, a il refusa
une charge qui l'aurait arraché, dans sa
vieillesse, au repos et à l'indépendance ;
et que, d'ailleurs, il regardait comme au-
dessous de lui. n
Ce n'était pas la peine de faire tant de
façons pour nnir par accepter ce que Ton
vient de voir. Il est vrai que la faveur,
cette fois, venait d'un roi philosophe;
mais la chose n'en paraît pas moins
étrange.
Quelles étaient donc ces fonctions, et les
profits qui en augmentaient si notable-
ment la valeur, et les serments qu'il fal-
lait prêter et qui paraissaient répugner si
fort à notre libre penseur?
Les auteurs anglais que nous avons
consultés ne nous fournissent pas d'éclair-
cissements suffisants sur ces divers points.
Nous voyons bien dans le Présent state 0/
Great Britain, par Chamberlayne, qu'il v
avait dans la maison du roi un tueur ae
taupes à 8 livres par an, — un preneur de
rats à 48 livres , — que Thomas Werner,
en 1733, avait 400 1. pour nourrir et éle-
ver les faisans à Hampton-Court. Mais du
gouvernement des canards, pas un traître
mot. Cet emploi méritait bien de figurer
au moins dans les Jocular Tenures de
Blount.
Quelqu'un de vos correspondants de
France ou d'Angleterre pourra probable-
ment répondre en tout ou en partie aux
questions posées plus haut. £. J. B. R.
Ambroise Paré était-il huguenot T —
Brantôme et Sully l'affirment; MM. Haag
l'affirment aussi. M. Malgaisne en a douté;
M. Ed. Fournier l'a nié; M. Jal l'a nié
{)lus énergiquement encore, et avec un tel
uxe de témoignages, empruntés aux re-
gistres de l'église Saint-André-des-Arcs,
que j'ai cru, je l'avoue, qu'il avait eu com-
plètement raison d'un vieux préjugé. Mais
voilà que M. H. Bordier a repris la dis-
cussion, et a adressé à. M. Jal tant et tant
de pressantes objections, que de très-sa-
vants hommes m'ont déclaré que la cause
soutenue par l'auteur du Dictionnaire
critique de biographie et d'histoire pou-
vait être considérée comme bien décidé-
ment perdue. Je voudrais que l Intermé-
diaire, dans l'intérêt de la vérité historique,
épuisât la question mise en tête de ces
lignes, et préparât ainsi le prononcé d'une
sentence définitive. T. de L.
Les inchistes. — Il y a une trentaine
d'années, une illuminée, M»« Inch, s'ins-
pirant des idées de Jane Leade et d'Antoi-
nette Bourignon, fonda, à Montpellier,
une secte mystique dont le but était de
préparer ici- bas le règne de l'Esprit pur.
Lesîlnchistes, du nom de leur fondatrice,
avaient une telle horreur des images
Qu'ils tenaient leurs assemblées dans
des salles aux murs nus et dépourvus
même de toute tapisserie. Il existe
encore, à Cette, nous a-t-on dit, quelques
rares adhérents de la religion nouvelle.
Occupé à des recherches sur les Mysti-
ques de Tépoque actuelle, nous accueille-
rions avec plaisir tous les détails sur les
inchistes oui nous parviendraient par la
voie de V intermédiaire. Qu'est devenue
M™« Inch ? A-t-on quelques particularités
intéressantes sur sa vie? La secte dont elle
se constitua la papesse ne fiit-elle pas une
copie de la fameuse secte des Multipliants
QUI parut au dernier siècle, et qui a été
1 objet d'une dissertation de la part de
M. Germain, professeur d'histoire et doyen
de la Faculté des lettres de Montpellier?
F. BoissiN.
Numérotage des rues. — A quelle épo-
que a-t-on substitué en France aux ensei-
gnes qui désignaient les logis des bourgeois
et des gens de métier, les numéros qui
sont partout en usage aujourd'hui, au
moins dans les grandes villes?
R. DE C.
Le marquis de Lagrange, intendant
d'Alsace. — Où trouver des détails sur ce
personnage? Ml.
Le marquis de Fleury, en 1672. — Le
5 février 1672, le roi Louis XIV écrit au
prince de Monaco pour se plaindre du
o sieur marquis de Fleury, qui a armé à
Mourgues (ancien nom provençal de
Monaco) et a poursuivi queiaues-uns des
vaisseaux de mes sujets et qu il prétend les
visiter, et enlever les marchandises qui y
seront chargées pour le compte des juiis
ou autres estrangers. »
Cette lettre est en entier dans le III«vol.
de la Correspondance administrative sous
le règne de Louis XI V, recueillie et mise
en ordre par G.-B. Depping.
Quel était ce marquis de Fleury? A
qpuelle famille appartenait-il ? Pourrait-on
citer quelque autre particularité sur ce
personnage? H. M.
Louvois. — En quel lieu ou dans quel
ouvrage pourrait-on voir un portrait res-
semblant du marquis de Louvois ? — H
s'agit de constater iViuthenticité d'un por-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
89
[25 févr. 1869
trait peint par Mignard et attribué, en
tant que modèle^ au célèbre homme d'Etat.
(Reims.) E. D.
Le prince Michel de Scherbàtowo. —
En 1781, Helman, gravant le Roman dan^
gereuXy l'une des pièces les plus piquantes
de Fœuvre galant de N. Lafrensen, dédiait
cette estampe au prince Michel, chambel-
lan de rimpératrice de toutes les Russies,
chevalier de Sainte- Anne, etc. Ce per-
sonnage a-t-il laissé trace de son séjour en
France, de ses relations avec les artistes
français de Tépoque ; est-il connu comme
curieux, comme amateur? V.
Ghateannières. — Je prie que l'on me
donne des détails, beaucoup de détails,
encore plus de détails, sur un homme de
lettres du XVII* siècle, nommé Chateau-
nières, auteur d'un livre intitulé : Le sage
résolu contre la fortune. Je ne trouve le
nom de cet écrivain dans aucun de nos
recueils biographiques. Tout ce que je sais
sur son compte, c'est qu'il était prisonnier
à la Conciergerie en avril 1648, et qu'au-
paravant il avait été mis à la Bastille.
L.
Molière, nom de théâtre. — (Quelle est
l'origine de ce pseudonyme pris par le
grand comique, lorsqu'il monta sur la
scène? A. B. D.
Le « Rabelais » de Gustave Doré. —
Quelle est l'édition la meilleure et la plus
complète du Rabelais illustré par Gustave
Dore ? L'exemplaire que je possède (et qui
ne me satisfait, hélas ! que médiocrement) :
Paris, à la librairie des Publications il-
lustrées, 5, rue du Pont-de-Lodi, 1857,
se compose d'un volume de 341 pages, pe-
tit in-40 imprimé à deux colonnes, dans
le format des livraisons dites à vingt cen-
times, — avec couverture blanche illus-
trée, imprimée en rouge et en vert, — con-
tenant quatre-vingt-sept petites gravures
sur bois, imprimées dans le texte, et seize
plus grandes, gravées de même et tirées à
part sur papier fort. Le titre courant du
naut des pages est celui-ci, recto et verso :
Chefs-d'œuvre européens, François Ra-
bêlais. Ce volume est en outre décoré
d'une Dédicace de l'éditeur : A mon ami
Gustave Doré, J. Bry, aine, imprimée sur
une page blanche qui ne fait point partie de
la pagination générale.
Quoique j'aie choisi moi-même, c'est vous
dire très-soigneusement, mon exemplaire,
parmi quinze ou vingt autres, le tirage de
ses gravures laisse infiniment à désirer en-
core. Et quant au papier, aussi bien pour
celui-là que pour tous ceux qui me sont
90
passés sous les yeux, il est d'une qualité
plus que déplorable.
Puisque, finalement, mon édition est
loin d'être satisfaisante, — matériellement
parlant, — Quelle est donc la bonne, ou,
si par hasard celle-ci n'existe pas. la moins
mauvaise? En connaîtrait-on des exem-
plaires imprimés sur crand papier de luxe,
vélin, — vergé, — Hollande ou Chine? etc.
Ulric.
c Coutumes et Croyances populaires, »
par M. Laisnel de La Salle. — Un érudit,
M. Laisnel de La Salle, membre de la So-
ciété des Antiquaires de V Ouest, de la
Société du Berry, etc., a publié, dans le
Moniteur de V Indre, journal qui s'imprime
ù Châteauroux (n®» du 29 novembre i853,
et suivants), une série d'Etudes fort cu-
rieuses sur les Coutumes et croyances
populaires des paysans des environs de
Gluis (Indre).
Comme il est à peu près impossible au-
jourd'hui de retrouver d'anciens numéros
du Moniteur de V Indre, âgés de seize ans,
nous serions bien désireux de savoir si la
collection de ces articles, réunie par l'au-
teur, a été réimprimée à part, en volume
Je librairie, soit à Poitiers, à Châteauroux
ou à Paris, et sous quel titre ils sont au-
jourd'hui connus? X.
t Les Chansons populaires, > par M. Ra-
thery. — M. E.-J.-B. Rathery, le savant
conservateur de la Bibliothèque impé-
riale, a publié dans le Moniteur universel
[nos du 27 mai i853 et suivants) une série
d'articles fort intéressants sur les Chansons
populaires en province.
Ce charmant couplet, entre autres, m'est
resté dans la mémoire :
Le mal d'amour est une rude peine ;
Lorsqu'il nous tient, il nous en faut mourir;
L'herbe des prés, qu'elle [laquelle] est si sou-
[veraine.
L'herbe des prés ne saurait en guérir.
Cette étude, depuis l'époque précitée,
a-t-elle été publiée à nouveau par l'auteur,
soit dans quelque revue littéraire, soit à
part en volume de librairie ? T.
Adrien van der Cabel, peintre hollandais,
1631-1695. — J'ai recueilli quelques notes
sur ce peintre, qui a fini à Lyon sa carrière
aventureuse. Le Dictionnaire de Siret dit
âu'on ne sait rien de précis sur son sujet ;
me serait intéressant de fixer les princi-
paux points de la vie de cet élève de van
Goyen et en particulier de dresser le cata-
logue de ses œuvres, dispersées en Alle-
magne, à Montpellier, à Lyon et sans
doute en d'autres villes, soit dans les
musées, soit dans les collections particu*
N» loo,]
L'INTli:AIIBDI/VIR&
91
9»
ii^re^*. Van dçr Q^b^l 4 aussi gravi des
eaux-fortes. Je fais app^l aux renseigneurs
i9 bonne volonté, c.
Ouvragés relatifs aux Gaft&ons. «^ Je
prie que l'on veuille bien m'indiquer les
ouvrages âpéciauic^ plàisantd ou sérieux,
favorables ou hostiles, qui existent sur les
Gascons» C'est sans gasconnade que je
promets la plus vive reconnaissance à
ceux qui m'aideront à compléter ma liste
tLeS livret gfandi^ et petits eonsacféi à la
glorifîcitit)n ou à réreintement des com-
patriotes dé M. de Cfac. Euc^oriul.
De qui elt i rttiitoire de r£stat de
Î'rancet > — Dans un récent travail sur
ean de Montluc {Notes et documents vour
servir à la biographie de Jeun de Mont-
luc , êvêque de Valence^ Aubry, 1868), j'ai
nié (p. 18, note i), m'appUyant sur le
P. Lelong et sur Charles Brunet, que
V Histoire de V Estât de France^ tant de la
république que de la religion^ sous le rè-
sne de François II (1576, in-8«), fût de
Louis Régnier, sieur de la Planche. Un
ami m'écrit aue rien ne lui semble justi-
fier mon incrédulité. Qu*il me soit permis
de porter la question devant les lecteurs
de r Intermédiaire, et de prier ceux d'entre
eux qui sont les plus compétents en ma-
tière bibliographique de me dire si j'ai eu
tôft de 8uivi*e l'opinion des savants au-
teurs de la Bibliothèque historique de la
f'rance et du Manuel du Libraire,
T. DE L.
« Conversations patriotiques. » — Quel
est 1 auteur du petit volume anonyme sui-
vant, que je ne ttouve mentionné nulle
part, ni dans Barbier, ni dans Brunet, ni
dans Quérard i
ConPersàtions patriotiques.
(PmUARË.)
Nouvelle édition, A Paris, de Vimprime-
rie de Guerbaft, rUe Dauphine, hôtel de
Genlis, n^ 9. (Sans date.) i vol. in-12 de
VIII et 168 pages, à très-grandes marges,
papier fin^ vélin^ eo\lé**^u Avertissement,
placé en tête, apprend a que les tfdis pté^
mières Conversations sont de 179 1, et les
autres de 1792. n
Ces Conversations, au nombre de six^
ont alternativement lieu entre un Jacobin ,
un Feuillant et Milord Bacward, A la fin
de l'ouvrage (pages 127 à 168)^ ont été
ajoutés deux Nouveaux Dialogues des
Morts î l'un entre Aristippeet CratèSf l'au-
tre entre Érasme et Luther. Une note,
imprimée à la dernière page, indique que
ces deux derniers Dialogues a forent écrits
en 1 776. » Connaît-on l^auteur du volume ?
U.
Ii'JUttliQli orijrioàlo de 1 Fratifois le
GhAmpi. > -^ Quand et comment parut
c pour la première fois , » en volume de
librairie^ le roman célèbre de Gi Sand :
Fnancots le Champi, dont la publication^
S0U6 lornne de feuilleton , dans le Journal
des Débats i fut inopinément interrompue
par lee événements de février 1848 ?
U.
L'Histoire de Mûrger par Trois buveurs
d'eau. — Quels sont les trois buveurs d'eau
auteurs de V Histoire de MUrger pour ser-
i^ir à V Histoire de la vraie Bohème^ publiée
chez Hetzel et dédiée à M. Paul d'H....ys
(d'Hormoys)? Je sais déjà que Nadar est
l'un d'eux. M. Alfred Delvau, auteur de
Henry MUrger et la Bohème, ne serait-il
pas le deuxième? Quelle part revient dans
ce volume à chacun des collaborateurs?
On sait que cette biographie a été compilée
à la hâte, en i86x, peu de temps après la
mort de Murger« O. Frion.
Ladvocat et le Livre des « Gent-et-un. »
(II, 179). — M. E. C. pourrait utilement
consulter dans la collection du journal k
Figaro (n®» i56, jeudi 14 Juin 1860, à
561) dimanche i«' juillet i86o) une très-
intéressante Etude : le Libraire Ladvoeati
pleine de renseignements curieux, et
fort spirituellement écrite »par M. Dar-
thenay. — Il serait même bien à désirer
■— et tous les amis des livres partageront
certainement notre opinion — que cette
excellente Biographie d'un libraire, célè-
bre à tant de titres, fût réimprimée séparé-
ment, en volume de bibliothèque, avec
portrait, fac-similé^ etc. T.
Racine traité de polisson (II, 6$5); t
Les chercheurs et curieux trouveront l'on-
gine de ce mot historique très-finement
racontée, dans le journal le Figaro^ du
dimanche i®' juillet 1860. Citons le pas-
sage :
• Le père Gentil (Directeur littéraire du
Mercure du X/X« siècle, de Ladvocat)
était un homme de lettres..*, à ses heures;
il a écrit fort peu et il n'écrivait pas élé-
gamment; c'était en un mot un journa-
fiste des plus médiocre^ ; mais il avait oe
grandes qualités ; il est dans sa vie un trait
qui n'a pas besoin d'éloge; il se r«*^*
pour payer les dettes de «on frère 1
DES CHBRCHBURfi CT CURIEUX.
[25 févr. i8â9.
93
94
u Gentil, singulièrement excentrique et
fantaisiste, souvent bUarre, parfois origi-
nal, était un causeur très-incorrect, et ne
pouvant souffrir la plus légère contradic-
tion, mais causeur paradoxal, très-vif et
très-amusant, maigre ces incompréhensi-
bles réticences* Le soir^ iî fréquentait assi-
dûment le foyer des artistesau théâtre des
Variétés. C'était à l'époque où le roman-
tisme était dans toute àa furie* Un soir, on
causait littérature et la discussion était des
plus vives. Cette violence d'opinion l'aga-
çait au dernier point, et, au milieu du
tumulte, il trancha le nœud gordien en
s 'écriant avec force {
f Oui ! certainement, Racine est un po-
lisson, »
a A ce mot inattendu et original, les
applaudissements éclatèrent et cette bou-
tade fut acceptée comme argent comptant,
par le parti romantique* L'ironie devint
bîeiîtôt proverbe et le mot fit fortune. »
P.-5. — Le carieaturiste J.-J. Grandville,
s'est fort heureusement inspiré de ce mot,
pour dessiner Tune déà plus spirituelles
charges de ses Illustrations de Jérôme
Paturot à la recherche (Tune Position
sociale, Paris, Dubochét, grand in-8°, 1842.
U.
tlne lettre de doàstiet (III, i3t). —
Personne n'ayant répondu à la question
poséèy je désest^érais déjà de savoir qui
avait raison de M. Floquet ou de M. Wal-
çkenaër, <j[uand j'ai lu un excellent article
de M. Pierre Clément de l'Institut, sur
Philippe d'Orléans et Madame Henriette
d'Angleterre {Revue des Questions histori-
ques du i**" octobre 1867, P- ^^^)' Y^ici
cette note qui clôt le débat : a On a une inté-
ressante lettre de Bossuet sur la mort de
Madame. Voir Etudes sur la vie de
Bossuet, t. III, p. 416. — Cette lettre
avait déjà été publiée par M. Floquet,
dans la Bibliothèque de VEcole des
chartes, 2« série, t. I, p. 174. M. Wal-
ckenaër en ayant constaté 1 authenticité
dans ses Mémoires sur la vie de M^^ de
Sévigné, t. III, p. 223, M. Floquet l'a
soumise depuis à une sévère critique, et il
persiste dans son opinion. Nous sommes
complètement de son avis. »
EUQORRAL.
BienûûBaneeî (Est-ce à Vangelas ou à
Balxao^ ou à Ti^bà de BainV-Pierre qu'on
doit !• mot) (HI» H^)^ "- Voici une ré^
ponse à laquelle nous ne nous attendions
guère, nous tous qui avons pris part à la
discussion ouverte, le 20 novembre 1864,
par M. S. Pi de Moscou: < Bienfaisance
(je me sers à dessein de ce mot, qui, con-
trairement à l'opinion reçue, était en usage
iè$ le treipHtiM siècle)... » Cexx» ré]»énBe
est faite par M» Léon Gautier, ^ la page
i3i du tome II (1867) de son livre inti-
tulé : Les Epopées Françaises,
Té DE L,
imprimerie H. de Balzac (III, 337). —
M. Champfleury n'a pas eu, je croiSj con-
naissance du petit volume suivant, qu'il
ne mentionne pas dans la savante Etude
qu'il a consacrée à a Balzac, imprimeur »
{Grandes figures d'hier et d* aujourd'hui^
p. 28 à ^4); titre : a Chants du siècle^
far Adolphe Nicolas » — Epigraphe : Prise a
juvent alios, Ovid* — Une couronne de
laurier, en fleuron. — Paris^ ponfhieu
et C«* libraires au Palais-Rqyal. Leip^igy
Ponthieu, Michelsen et C«, 1828, » — Au
verso du faux-tître: % Imprimerie de H,
Jbal^acy rue des Marais- S.-G», «017.» tJn
volume in*8o, de 104 pages, papier wergé
fin, d'Annonay, émtion ae luxei couver*
ture imprimée. T.
L*Emilie des « tettres aor la Mytho*
logie » de Demoustier (111,447). —Com-
plétons, par le petit renseignement suivant,
ta confidence que nous avons précédem-
ment faite à nos amis de V Intermédiaire ^
sur cette femme si célèbre de nom, et per-
sonnellement, si peu connue. A la vente
d'autographes de feule baron deTrémont,
en février 1 85 3, on a adjugé aux enchères
(page 16, n<> i33 du Catalogue suppléa
ment aire, imprimé, de cette vente, m-8«,
Laverdet, expert) — a Une lettre auto-
graphe siénée de Madame Emilie Duboist,
née De Laville-Leroux (à M. Amaury-
Duval), 3 juillet.**, une page in-80 ; son
portrait eravé, in-8*>, et le portrait gravé ^
in-4*» àt la Négresse, peinte par elle et fai-
sant partie du Musée du Louvre. »
V.Z.
Livret du Hnséô de Toulouse (tll, 536).
— On pourra consulter encore sur cette
question, les pages consacrées à l'étude
du Musée de Toulouse, dans l'ouvrage de
M. le comte L* Clément de Ris) (conser-
vateur des Musées impériaux): Les Musées
de Provinces 2 vol. in-8«», Paris , F« Re-
nouard, i858-6i. P. R.
Les fameuses coquilles (IV) 137). —
Citons le Figaro (N® du 5 juillet 1860):
a On se rappelle l'article fameux par
lequel le Journal des Débats annonçait à la
France la mort d'un homtfie de bien
(M. Laffitte), triste nouvelle que la mala-
dresse ou la perfidie d*un compositeur
avait ainsi formulée :
La France a ppiimu UM homme de Rien.
Truth.
N» 100.]
L'INTERMÉDIAIRE
95
96
Le sonnet de « l'Asperge » (IV, 1 37). ^
Une note à conserver pour les bibliogra-
phes futurs des œuvres de Charles Mon-
selet: Le dernier recueil des poésies de
M. Monselet (Le Plaisir et r Amour y i vol.
in- 12 de 17Ô p., avec portrait gravé,
Paris, F. Sartorius, i865), contient (pages
143 à i56) les Sonnets gastronomiques
en question.
Ce sont: I. Le Godiveau; — II. L An-
douillette; — III. La Truite; — IV. La
Choucroute ; — V. Les Cèpes; — VI. Le
Cochon.
Comme on le voit, par l'examen de la
présente liste, le fameux sonnet de V As-
verge^ si rudement malmené par M. Louis
Veuillot (Voy. ci-dessus, IV, 100), ne
brille plus que par son absence.
• Pourquoi cet abandon tardif d'un enfant
si parfaitement reconnu ailleurs? Le coup
de trique de l'auteur des Odeurs de Pans
aurait-il donc eu tant de portée !
Au reste, ce petit volume, — malgré le
déploiement de luxe typographique dont
on l'a entouré, — est un livre encore bien
incomplet. Que de charmantes pièces, en
effet, publiées antérieurement par M. Mon-
selet, d'une poésie tendre, amoureuse,
suave, ont été oubliées — à dessein, peut-
être !
Sans parler de la chansonnette : O Paul
de Kock qu'embellissent les roses (Statues
et statuettes contemporaines y i852,p. 210J;
— des Stances à Théophile Gautier, (Les
Vignes du Seigneur, 1854); — de Une
Date, stances de 1848 (/W^i.); — desJVoa-
veaux Djins, (Parodie d'après VOrientale
de V. Hugo. Figaro du 12 juillet 1860);
— de Tune des trois parties de Madame
Clorinde (Vignes du Seigneur), — et de
V Album de M, de Cupidon : Nérine (son-
net): — Stéphanie; — et -4 Madame
de A***, etc. (Figaro du 2 5 novembre 1 860),
citons seulement, pour les poëtes de lin-
termédiairCy une petite pièce très-rare, de
M. Monselet, fraîche et naïve comme la
jeunesse:
La Mariée.
Pour la noce habillée,
Front ému, cœur tremblant,
J'ai vu la mariée
Agenouillée, en blanc.
Tout le temps de la messe,
Dans l'ombre d'un pilier,
Un homme avec tristesse
La regarda prier.
Au sortir de l'enceinte,
Pâle et silencieux,
Il lui donna l'eau sainte.
Elle baissa les yeux.
Avec la noce heureuse
Il la vit s'éloigner.
Elle était si joyeuse
Q.u'il n'osa pas pleurer.
Le soir, sous sa croisée,
Il alla s'arrêter;
Et d'une voix brisée,
Il se mit à chanter :
— « O toi qui pris mon âme,
K Enfant, dans uii regard,
« Je te retrouve femme ;
« Je suis venu trop tard.
« Ce que dans ma jeunesse
« Je m étais tant promis
« De bonheur et d'ivresse,
« Dieu ne l'a pas permis.
•
«c Un jour^ à moi peut-être
« Tu penseras un peu.
« N'ouvre pas ta fenêtre,
«< Et sois heureuse. Adieu. »
Ulric.
La Satire de Boilean contre les femmes
(IV, 2 36). — La première édition originale,
celle que je recherchais il y a deux ans, est
in-4®; elle a été publiée en 1634, parle
même libraire et sous le même titre que la
petite plaquette in- 12 mentionnée ci-des-
sus (III, io3).
Je ne connais pas l'auteur des Nouvelles
Remarques sur la Satire X, etc, que dési-
rerait connaître M. C.-A. C. (IV, 236).
Mais je nuis lui indiquer trois autres pièces,
auxquelles la publication de cette fameuse
Satire a donné naissance, et qui sont à
ajouter à la collection des Critiques signa-
lées dans la Question de notre honorable
correspondant :
i® Réponse à la Satire X du sieur D**\
(par Pradon). Paris, Libraires associés,
1 694. In-4®. — 2» Satire contre les maris^
par Regnard. Paris, Libraires associés,
1694. — 3® JLe Pour et le Contre du ma-
riage, avec la critique du S»" Boileau,
par le S' P. H.... Lilley Fiévet , 1695.
(Cette dernière pièce est très-rare.)
C.
Tête-bèche (IV, 248). — J'ai souvent
pratiqué, dans ma jeunesse, ce Jeu «cher
à Gargantua,» et que M. O. D. décrit par-
faitement. Qu'il me permette seulement
une petite observation : ce n'est pas parce
Que ce jeu demande une certaine fermeté
de reins que l'assertion de Ravanne est sus-
pecte, lorsqu'il a montre ce jeu exécuté
par un homme et par une femme, » c'est
parce que la position alternativement prise
par les joueurs interdit formellement ce
divertissement au beau sexe, à moins que
la joueuse ne porte un caleçon, et encore...
Mais venons au sujet de l'article. Les ga-
mins de mon pays ne désignaient ce délas-
sement de Gargantua ni sous le nom de
tête-bêche, ni sous celui de pet-en-gueule,
qui le dépeint pourtant à merveille, nous
lui donnions un nom plus rabelaisien,, qui
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
97
98
[25 févr. 1869*.
ne le dépeint pas moins bien, nous l'appe-
lions vire-c n. Un Dijonnais.
Charpentes en chêne ou en châtaignier
(IV, 265). — J'extrais de Texcellent Cours
de culture des boiSy par Lorentz et Parade
^« édit., 1860), quelques passâmes qui
viennent confirmer les réponses déjà fai-
tes à cette question :
tt On rencontre le châtaignier dans toute
tt la France, excepté dans les départements
u du Nord. Un climat im peu chaud pa-
u raît donner plus de soliaité à son bois
u et plus de qualité à son fruit; ce climat
M lui est même nécessaire, car cet arbre
a fleurissant plus tard que les autres es-
u sences, sa tructification a besoin d'une
« température douce pour arriver à une
Cl maturité parfaite. Il est constant d'ail-
u leurs qu'il supporte mal les froids rigou-
« reux, et c'est, à ce qu'on prétend, l'hi-
u ver de 1709 qui a généralement détruit
u les châtaigniers autrefois très-communs
tt en France. — Bufifon (2^ mémoire, Ex-
tt périences sur les végétaux) rejette cette
tt opinion comme n'ayant aucune base sé-
tt rieuse
« Il paraît constant que les ancien-
u nés charpentes très-bien conservées, que
tt Ton croyait être en bois de châtaignier,
« sont en chêne pédoncule (Buffon, même
tt mémoire). »
Parade ajoute, du reste, « qu'on ne con-
tt naît pas assez, en France, tous les usa-
tt ^cs auxquels le châtaignier est propre,
« parce que les forêts de cette essence s ex-
« ploitent généralement fort jeunes, et
« que les arbres qu'on laisse vieillir ne
a sont cultivés que comme fruitiers et ne
« se coupent ordinairement qu'après leur
« entier aépérissement. Le châtaignier of-
« fre un bois très-propre à la charpente.
« Quoique plus léger que le chêne, il a
a presque autant de force que lui, et l'on
« prétend qu'il l'égale en durée. »
Parlant du chêne pédoncule. Parade rap-
pelle qu'on avait longtemps pensé que le
chêne rouvre était préférable pour les
grandes constructions, mais qu'après des
études approfondies entreprises à la suite
de la puDiication d'un remarquable mé-
moire de M. L. Dubois, en i856, cette
opinion s'était complètement modifiée.
Parade s'appuie encore sur l'autorité de
Buâbn, qui, dans son 2« mémoire déjà
cité, affirme, a d'après de très -nombreuses
« expériences faites sur des bois des deux
tt espèces âgés de 25 à 100 ans et au-des-
tt sus, que le bois du chêne pédoncule est
« constamment d'une qualité bien supé-
ft rieure à celui des chênes rouvres. — On
tt ne peut donc assez recommander, ajoute-
« t-il, la conservation et le repeuplement
« de cette belle espèce de chêne, qui a sur
tt l'espèce commune le grand avantage
a d'un accroissement plus prompt) et dont |
« le bois est non-seulement plus plein»
« plus fort, mais encore plus élastique. »
G. R.
Gants de baptême (IV, 270). — M. P. B.
a parlé ci-dessus de a gants que dans cer-
taines provinces, on offrait aux personnes
invitées à un enterrement. » Le grand
peintre de mœurs de la Comédie Humaine^
H. de Balzac, avait depuis longtemps re-
laté (1847) un usage analogue, mais tout
parisien, dans le tableau si douloureuse-
ment poignant de l'enterrement du cousin
Pons, à la fin du « Deuxième Episode » de
ce chef-d'œuvre : Les Parents pauvres:
a ... Le maître des cérémonies, heureux
d'avoir deux glands garnis, alla prendre
deux magnifiques paires de gants ae daim
blancs, et les présenta tour à tour à Frai-
sier et à Villemot d'un air poli :
tt — Ces Messieurs voudront bien prendre
chacun un des coins du poêle!... dit-il. »
Et, plus loin :
a Le maître des cérémonies avait faci-
lement décidé le courtier de la maison
Sonet à prendre un des glands, surtout en
lui montrant la belle paire de gants qui,
selon les usages, devait lui rester. » {Edit,
HoussiAux, tome XVII, p. 618,619.)
U. T.
A propos de lord Byron (IV, 3i6). —
La Revue Britannique, dont la collection
est aujourd'hui trop peu consultée, a pu-
blié dans ses premiers volumes un grand
nombre d'articles biographiques ou litté-
raires, consacrés à l'étude de lord Bjrron,
et a traduits des meilleurs écrits périodi^i
ques de la Grande-Bretagne. » Je citerai
notamment :
Lord Byron et quelques-uns de ses con-
temporains {Lord Byron and some ofhis
contemporaries, bjr LeighHunt), tome IV,
Sages 253 à 282. (Extrait trad. du New
îonthly Magapne.) — Souvenirs de la
comtesse Albris(p sur Lord Byron (Trad.
de l'italien. Extrait de VExtractor) pa-
ges i53 à 160 de la Revue, — Der-
nier portrait de Lord Byron, Tome VIII,
pages i58 à 168. (Extr. trad. du New
Monthly Magasine.) — Beaux Esprits
contemporains : Lord Byron et Walter
Scott mar M. Hat^litt.] Deux articles.
Tome IV, pages 238 à 258, (Trad. duNew
Monthly magasine,) — La Sépulture de
Lord Byron à Hucknall Torkard, Pa-
ges 5i à 60. (Trad. du New Monthly Ma-
gazine.)
Dans ce dernier article se trouve repro-
duite l'épitaphe de l'illustre pofite. Je tran-
scris ici cette inscription, parce que les
dates qu'elle indique, et qui sont gravées
sur la pierre même du monument, répon-
dent péremptoirement à la Question posée
par M. Euqorral (IV, a 36):
N* loo.]
L'INTERMÉDIAIRE
99
IDO
CREDE BIRON (i)
sous CETTB VOUTB
OU SONT ENSEVELIS PLUSIEURS DE SES ANCETRES
ET SA MÈRE,
REPOSENT LES RESTES DE
GEORGE CQftt>ON ffOEt» UtfLOfl,
LORD BVRON, DE ROCHDALB»
DANS LE COMTÉ DE LANCASTRE,
AUTEUR DU PÈLERINAGE DE CHILDE HAROLD.
IL NAQUIT A tONDAES
LE 22 JANVIER 1788,
ET MOURUT A MltSOLOltGia)
DANS LA GRÈCE OCCIDEIITALE,
LE 19 AVRIL 1824,
EN FAlSANt DES EFFORT« GLORIEUX POUR RENDRE
CE PAYS A SON ANCIENNE INDÉPENDANCE.
SA SŒUR, L*HONORABLE AUGUSTA MARIE LEIGH,
A PLACÉ CETTE TABLEttE POUR HONORER
SA MÉMOIRE.
Sous la voûte se trouve une urne sur la-
quelle on lit cette inscription :
DAN3 CETTE URNE SONT DÉPOSÉS
LE CŒUft ET LE CERVEAU DE PEU LORD
NOfeL BYRON.
Ses restes furent enterrés le i6 juil-
let 1 824 ; la tablette fut posée en août 1 02 5 .
_ P.
La prigon du tiisse (IV, 324). — On
peut, en effet, en s'arrêtant au sens litté-
ral, nier que le Tasse ait jamais été en
prison, c'est-à-dire refuser ce nom à une dé-
tention de quelques jours dans un des bâ-
timents du palais aucal, et plus tard à
« ^hôpital Saint- Anne, » maison qui ser-
vait à la fois d'hospice aux infirmes, de
prison aux coupables, de refuge aux in-
sensés. (Lamartine.) Or c'est à ce dernier
titre que le Tasse y resta plus de sept ans;
et il est tout à fait probaole que sa raison
était, en effet, assez dérangée pour autori-
ser cette mçsure, mais non peut-être pour
la rendre indispensable. La Tasse s'accuse
d avoir parlé comme Ovide d*avoir vu. et.
dans les deux cas, c'est une énigme dont
on n'aura jamais le mot. Le retroidisse-
ment qui, dès lors, se manifeste dans la
protection autrefois si vive des sœurs du
duc, me fait craindre qUe ces pa^!(e e te-
tnerarie parole ne fussent des indiscré-
tions sur les rapports qu'il avait pu avoif
avec elles. Nouveau rapprochement avec
Ovide ; et si la fille et là petite-fillé d'Au-
guste ont laissé une réputation détestable,
n'oublions pas que les princesses d'Esté
étaient les petîtes-filles de Lucrèce Borgia.
O. D.
— La Revue des Cours littéraires (IV«
année, p. 345) a publié une leçon faite paf
M. Reynald à la faculté des lettres de
Caen, sur la correspondance du Tasse.
Dans cette leçon, M. Reynald dit que le
cachot du Tasse, visité encore aujourd'hui
à Ferrare, appartient à la légende et non â
l'histoire, car ce poStè fut enfermé sept ans,
-•*
(i) CftfiDB BrvtoH (aye:çf0i en Byron^
la devise de sa famille.
: c*e8t
non pas dans un cachot» mais dans un
vaste appartement de l'hôpital Sainte-
Anne, ne manquant de rien et pouvant
même recevoir ses amis. Ë. Q.
-^ « Il suait de lire les lettres du poëte
pour voir que ce n'est qu'un mensonge at-
tendrissant. Le Tasse était fouj on l'en-
ferma, mais avec tous les égards possibles;
il eut de beaux appartements pour pri-
son, » Voilà ce Que vous répond V Esprit
dans VHistoire^ de Ed. Fournier.
ItBftgé éeâ étritnrs (t V^ 328). -^ Un éche-
lon particulier, non pas uni, mais hérissé
çft et ià^ dans le principe^ de stries^ de
rides, de rugosités, d'aspérités par les-
quelles le pied doit être comme retenu
sans glisser, est dit à bon droit ESTRIER
ou ëTRIER. Les anciens ne l'ont pas
connu : pendant assez longtemps le cava-
lier s'aida pour s*dlancer en selle, soit de
8à lance, soit des crins mêmes de l'ani-
mal. Saint Jérôme, au V« siècle, Suidas
au XII«, Codin au XV», Budé au XVI»,
voilà les quatre premiers auteurs qui
aient nommé dans leurs écrits l'objet dont
je m'occupe. L un l'appelle stapia, où
se tient solidement le pied (stat-pes);
l'autre, ANABOAErS, dont on se Sert pour
s'élancer de bas en haut (âfvâc-^aXXu)];
celui-ci, (jxaXa, échelle; celui-là, subex
pedaneuSy ou marche-pied.
Les langues modernes de l'Europe ac-
tuelle ont chacune un terme particulier
pour désigner cette même chose. C'est
pour les Allemands, Steigbugel ; pour les
Hollandais, Steglls et Stijbengels; pour les
Danois, Stigbdjler; pour les Suédois,
Stegbbglar; pour les Anglais, Stirrups;
pour les Itahens, Staffe; pour les Espa-
gnols et les Portugais, Estribos; pour les
Russes, Satremja; enfin, pour les Grecs
modernes ^ xaTOjjoç , 'Ko.v/jfvf^i , aïof vy) ,
Çevxf.
Mais j'incline à penser qu'on cherche-
rait en vain dans un auteur du IV« siècle^
dans saint Jean Chrysostôme, par exem»
pie, un vocable grec correspondant chez
nous à ETRIEÎR. Aussi oien le mot
noW(jTpoç(X5 pluriel de ïldSéorpofov, a pour
synonyme IIôîooTpdipt; ; et ils sont l'un
et l'autre, aussi bien nOAO2TP04>0iV
que nOAOSTPABH, le nom d*un instru-
ment de chirurgie, d'vin outil orthopédi-
que, uniquement destiné à redresser les
membres de notre pauvre corps^ çt en par-
ticulier les pieds. J» P*
Socraie fut-il empoisonné par la oiguêî
(IV, 345.)— Aux réponses déjà faites à la
question posée par M. T» de L.» je de-
mande à joindk^ celle-ci qui les confirme»
M* J« Rambosson^ dans son HistBJrff et
Ugtnif^ fto plantes . utOoi «/ aineutes
DES CHERCHEURS BT CURIEUX.
[25 févr. 1869.
IQI
ID2
(i vol. gr. in-*8<*. Didôi), déclare que la
ciguë ne fut pour rien dans la mort de So«-
crate. Yezimat.
Aurgar et Ang. Lafontaine (IV, 345).--*
La Silhouette y journal de caricatures,
Parisy pet. in -4**, i83o. 2« vol., p. 3 à 5,
a donne « Lenore, Histoire fantastique^
traduite et imitée de la Ballade de Bur-
ger^ » par le baron de M***.
Cette traduction (en prose) est illustrée
d'une lithographie de Julien, imprimée
d'après un dessin original de Tony Jo-
hannot, resté célèbre : a Hurmhf,,, la
lune éclaire et les morts vont vile,,, »
{Paris. Lithogr. de V. Ratier,) Z.
Anciens cris de guerre, jurements, etc.
(IV, 353). — L'ouvrage suivant pourrait
être utile aux recherches proposées ci-
dessus par M. C. de la B. : Cris de guerre
et devises des Etats de V Europe^ des pro-
vinces et villes de France et des familles
nobleSf par le comte deC**^, Paris, 18S2,
I vol, in-x2, T. U.
Potttàit du tnatéchal de Saie (IV, 362).
— Il est à croire que M. H. V. trouverait,
sinon tous les portraits et bustes origi-
naux du héros de Fontenoy. du moms
tous les renseignements désirables sur ceux-
ci, en s*adressant directertient (au château
de Nohant, Indre), soit à la petite-fille du
maréchal de Saxe, M"»* George Sand, soit
à son arrière-petit-fils, M. Maurice Sand
(baron Dudevant), artiste peintre. B. C.
Le couTent des Oiseatu (IV, 379).
— Je remercie M. Ed. F. de sa réponse,
mats il est trop ami de l'exactitude histo-
rique pour ne pas me permettre une légère
rectification. Le fondateur des Oiseaux
n'est pas le P. Ferrier, mais le P. Four--
rier. Je possède une ancienne gravure,
imprimée à Nancy, représentant, le P.
Fourrier. On lit dans l'encadrement : Ins-
tituteur des religieuses de la congréga-
tion de Notre-Dame y et au bas : Le vray
Pourtrait du R, P. Fourrier^ autheur, et
esleu Général de la Congrégation des
chanoines réguliers de Loraine. Décédé
le p« Décembre, l* an \ 1640, aagé de
76 ans.
Le P. Fourrier était curé de Mattain-
court (Meurthé). Son tombeau est au mi-
lieu du chœur ae l'église de ce village.
Jacob.
La marquise de Créquy raconte dans
ses Souvenirs (tome IV, chap. xvnij qu'au
bout de quatre mois de séjour à Samte-
Pélagie, elle fut transférée dans la maison
d'arrêt dite det Oiseaux,
u Ma nouvelle habitatioi^, dlt^elle, se
« trouvait située lur le boulevard des In-
« valides, dti bout de la rue Notre-Dame-
« des-Champs. C'était le marquis de Lau
c d'Allemans qui l'occupait avant la revo-
te lution, et son nom des Oiseaux lui pro-
a venait du peuple et des bonnes d'enfants
« de ce Quartier, au regard et à l'égard
o d'une belle volière qui se trouvait au
« bout du jardin de cet hôtel, et qui se
« voyait du boulevard (i). Au premier
« coup de cloche de la révolution, les pa*
(C triotes de la section Plumet- National
« n'avaient pas manqué d'escalader la
« griUe ou les murs d'enceinte, et de venir
u Briser les grillages de ladite volière, afin
a de rendre à la liberté tous ces malheu-
« reux esclaves qui ne s'en sont pas mieux
« trouvés que les rarisienSi car iU man^
« quèrent de nourriture et furent escolliés
« par des chats* Je n'avais aucune peine à
« faire convenir M, d'Allemans de ce que
V. sa volière était l'image de la révolution
«^fi-ançaise* » (Valenciennes») J»-L.
Noblesse maternelle (IV, 379), — La
demande formulée page 2p5 (et non a 6 5)
est complexe. Elle appelle une réponse
sur l'existence de la noblesse utérine en
Champagne et dans le duché de Bar. Cette
question a été traitée (IV, 379), mais pour
la Champagne seulement. Quant au du-
ché de Bar^ elle est restée sans solution,
quoiqu'il existe une connexité intime entre
le droit coutumier de ces deux provinces.
Quoi qu'on en ait dit, il est certain que
le principe de la noblesse utérine a pris
naissance en Champagne bien avant 12241
date de la plus ancienne décision conte-
nue dans le recueil composé par l'ordre
de Thiebault, roi de Navarre, et connu
sous le titre de : Li Droict et lis Coustu-^
mes de Champaigne et de Brie. Il y a été
constamment suivi et appliqué, jusqu'à la
rédaction des nouvelles coutumes; il a
même rayonné dans quelques pays voi-
sins, et notamment dans le duché de Bar«
Legrand, commentateur de la coutume
de Troyes, est loin d'être favorable, en
principe, à la noblesse utérine. Il déclare
« qu'elle est contre la règle du royaume*
qui ne reconnaît de noblesse que du côte
paternel. » Cependant, il n'hésite pas à
admettre que les art. P' et 8 de la cou-
tume de Troyes, qui proclamei)t Texis-
tence de la noblesse maternelle, ont leur
origine dans l'ancienne coutume de Cham-
f>agne. Voici le passage de Legrand : a Le
tt droit de tirer sa noblesse du côté de la
tt mère, en Champagne, n'est pas fondé
« sur un simple consentement des habi-*
utse
sent
(i) L'éditeur des Souvenirs de la marq
de Créquy ajoute en note ; C'est à prei
une communauté d'Augustines, appelée Cou-
vent des Oiseaux f où se trouve un des pension-
nats les plus nombreux et les plus reccmman-
dables du royaume.
N» IOO.J
L'INTERMÉDIAIRE
io3
104
** tants, mais sur un privilège particulier
" octroyé par les comtes de Cnampagne,
^ à cause d'une grande défaite de la no-
^ blesse de Champagne que M. Pithou,
** en ses notes sur ledit art. if de cette
*^ coutume, attribue à une défaite aux fos-
* ses de Jaune, près Bray-sur-la-Seine ;
^ les autres, à la journée de Fontenay,
« près Auxerre, entre Lothaire, fils aîné
<^ de Louis le Débonnaire, et Charles le
« Chauve : à cause duquel privilège, les
« enfants issus de mère noble et de vère
« roturier étaient exempts de taille :
^ dont M, Pithou remarque un arrêt de
« Van 1^83 » (page i63). — Ailleurs, Le-
grand cite un autre exemple de l'applica-
tion du même privilège : a Une femme
« noble, nommée du Val, de la ville de
« Troyes, s'étant légèrement mariée à un
« homme de basse extraction, duquel elle
tt auroit eu des enfants, auroit, après la
« mort de son mari, institué un sien fils
« héritier à la charge de porter son nom,
<( et non pas celui de défunt son père, de
« peur que la honte et le déshonneur de
« ce mariage ne demeurât, et pour ce fait
u auroit obtenu lettres patentes du roi ,
« auxquelles les parents du côté paternel
« s'étant opposés, le testament lut con-
fijîrmé, nonobstant cette opposition, par
« l'arrêt de la prononciation de Noël
a 1599 (i). Sur quoi il est remarqué, par
tt Mornac, que les lettres n'étoient pas né-
a cessaires, la mère l'ayant pu faire ainsi
tt par son testament » (Legrand, p. 6). —
Il est donc certain que le principe écrit
dans l'ancienne coutume de Champagne a
été appliqué avant et depuis la rédaction
de la coutume de Troyes.
Quant au texte de l'ancienne coutume
remontant au XIII« siècle, qui prouve
l'existence de la noblesse utérine, c est ce-
lui auquel Pithou donne le n* 6. Il en ré-
sulte bien que si l'enfant d'une demoiselle
noble et d'un roturier ne renonce pas à la
succession de son père, il reste roturier,
taillable et mainmortable ; mais s'il fait
cette renonciation, il devient noble. Il y a
donc là une alternative : si l'enfant garde
la succession paternelle, ie cachet de ro-
ture est indélébile; s'il y renonce, il est
noble par le droit de sa mère. Le vieux
texte est formel : a Et convient (il faut)
« que ils soient tiaillables et de main morte
o SI leur père en estoit,^ ou il convient
« qu'ils quittent toute la descendue (suc-
a cession) de leur père. »
Les autres textes discutés par MM. Tar-
dif et de Barthélémy sont sans intérêt.
Toute la question se concentre sur le texte
qui vient d'être cité et sur l'alternative
qu'il établit.
Cette alternative se retrouve dans une
(i) Cet arrêt paraît indiqué par Baudot de
Richebourg, t. lll, p. 337, sous la date du
24 mai 1599.
autre coutume bailliagère de Champagne,
celle de Vitry, dont 1 art. 79 porte : « Si
tt le père était de serve condition, le fils,
tt en renonçant à tout ce qui serait du côté
tt serf, aurait pareil droit que dessus^ »
c'est-à-dire le droit d'aînesse dans la suc-
cession de sa mère noble.
On la retrouve enfin dans l'art. 71 des
coutumes de Bar, qui est très -explicite :
tt Si le père est roturier et la mère noble,
tt les enfants suivront l'état et la condition
« de leur mèrç, si bon leur semble, en re*
tt nonçant à la tierce partie de la succès-
tt sion paternelle au profit du seigneur
tt duc. Toutefois, si, après la succession
tt paternelle à eux échue, ils continuaient
tt la roture, ils ne seraient reçus à l'état de
« noblesse, sinon en renonçant à la totalle
tt succession paternelle, »
Il est bien évident que ces dispositions
sont des applications de l'alternative posée
primitivement dans l'art. 6 de l'ancienne
coutume de Champagne, dont le principe
est seulement modifie.
Quant à la règle champenoise de la no-
blesse utérine, elle s'affirme également
dans d'autres coutumes, mais d une ma-
nière plus franche et sans alternative ni
condition quelconque. Ainsi, la coutume
de Troyes porte, art. 1" : tt Ceux sontno-
tt blés qui sont yssus en mariage de père
tt ou de mère noble ^ et suffit que le père
tt ou la mère soit noble; pose (quoique)
tt l'autre des dits conjoints soit non noble
« ou de serve condition. » — La même
règle est reproduite dans l'art. 8 : « Entre
« les rivières d'Aube et Marrie, le fruit suit
« le ventre et la condition d'icelui, excepté
« quand l'un des dits conjoints est noble*
tt auquel cas le fi*uit ensuit le côté noble,
« si suivre le veut. »
Ainsi encore, les art. 2 et 3 de la cou-
tume de Châlons portent : « Le ventre af-
« franchit et anoolit... Nobles yssus de
« père noble, mère noble ou roturière, et
« ceux qui sont yssus de père roturier t\
tt de mère noble y sont exempts... »
Enfin l'art. 149 de l'ancienne coutume
de Sens et l'art. 161 de la nouvelle por-
tent identiquement ce qui suit .• « Les en-
tt fants nés de père ou mère nobles sont
«réputés nobles, posé (quoique) l'un
tt d'iceux père ou mère soit roturier. »
Dans toutes ces coutumes, le principe
de la noblesse utérine était appliqué sans
contestation. Il en était autrement dans
celles de Chaumont en Bassigny, et de
Meaux. Quoique la règle de la noblesse
utérine y fût écrite sans condition, les
procès-verbaux révèlent qu'il s'éleva, sur
ce point, des oppositions qui ne furent ja-
mais vidées.
Quant à l'Artois, il semble que la no-
blesse maternelle y ait été connue de toute
ancienneté, car 1 art. 198 relatif au droit
de nouvel acquit en affi-anchit les person*
nés nobles par mère seulement.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 févr. 1869.
io5 -
106
Tous les anciens auteurs font remonter
à un massacre de la noblesse champe-
noise, dans une bataille quelconque, Tori-
gine de la noblesse utérine. Sans doute, le
fait n'est pas rigoureusement établi. Il
n'existe, à cet égard, Qu'une simple tradi-
tion sur la véracité de laquelle le doute est
permis.
Montaigne eût dit : Que sais-je, et Rabelais :
[Peut-être.
Mais, quoi qu'il en soit de cette légende,
il reste démontré que la noblesse mater-
nelle était de droit commun en Champa-
gne au XI I« siècle, ou tout au moins au
aIII«. Ce ne sont donc pas des jurisconsul-
tes bourgeois qui ont voulu jouer un mau-
vais tour à la noblesse. D'ailleurs, si les ju-
risconsultes ont pris une grande part à la
rédaction des nouvelles coutumes, les no-
bles de nom et d'armes et les membres du
clergé y ont également coopéré. La no-
blesse a protesté dans quelques localités,
mais, dans toutes les autres, les députés
des trois ordres ont reconnu que la no-
blesse utérine remonte aux comtes de
Champagne. Dom Pelletier, qui n'était
pas un juriste et qui a fait des questions
nobiliaires l'étude de toute sa vie, s'ex-
prime ainsi dans la dissertation placée en
tête de son Nobiliaire de Lorraine : « Les
a ducs de Bar, à V imitation des princes
tt leurs voisins, ont autorisé l'anoblisse-
a ment par le ventre...; la coutume du
« Barrois a introduit le même privilège. »
C'est donc par les princes que cet usage
s'est établi. Sans doute, il ne s'est pas con-
servé dans toute la Champagne. Il s'est
altéré quelquefois ou même perdu dans
certaines localités. Ainsi, la coutume de
Reims repousse formellement la noblesse
utérine; son admission dans celles de
M eaux et de Chaumont a donné lieu à dés
protestations. Mais on la voit conservée et
formellement inscrite dans les coutumes
de Troyes, de Sens, de Châlons et de Vi-
try. Elle franchit les limites de la Cham-
pagne pour s'implanter dans le Barrois et
même dans l'Artois. — Molière s'est mo-
qué de cette noblesse. C'était son droit.
Cependant, au risque de ne pas avoir les
rieurs de son côté, on est forcé d'admettre
que Madame de Sottenville n'était pas
tant sotte quand elle se disait issue de la
maison de la Prudoterie, où le ventre ano-
blît. E. Meaume.
— Désintéressé dans la question, et par
suite plus impartial, permettez à Jacques
Bonhomme ae la trancher par un vieux
proverbe bien connu :
La truie n'anobht pas le cochon
(Vendôme.) A. D.
M. Thiers ennemi des chemins de fer
(IV, 389). — On ne saurait dire, d'une ma-
nière absolue, que M. Thiers ait combattu
les chemins de fer, puisqu'il présenta, le
2 avril i835, une loi sur ce sujet; mais
toutefois, dans l'exposé des motifs, il se
montre très-timoré, et même défiant vis-
à-vis de ce nouveau mode de communica-
tion. C'est ce qu'indique plus clairement
encore cette phrase prononcée le 12 juin
1840, dans la discussion du projet de loi
du chemin de fer de Paris à Orléans (Mo*
niteur du i3 juin 1840, p. 1400, col. 3,
alinéa 14) : «Je n'ai jamais été enthousiaste
des chemins de fer; j'aî toujours pensé
qu'il ne fallait pas se presser, qu'il fallait
laisser faire les premières expériences à
nos voisins. » P. André.
Doit-on prononcer Montaigne ou Mon-
tagne? (IV, 390.) — Il y a plus de deux
cents ans, on disait Montagne^ si j'en juge
d'après une lettre autographe de Guy
Patin, de i652, dans laquelle il parle
a des Essais de M. Montagne; » car n'est-
il pas présuma ble qu'il prononçait ce grand
nom comme il l'écrivait?
Dans une des notes de Querlon au Jour»
nal du Voyage de Michel de Montaigne
en Italie, il est dit (page 5) : a La dispute
« entre le duc de Montpensier et le duc de
« Ne vers (en 1541) était sur La baillée
a des Roses au Parlement. Il fut ordonné
« que le duc de Montpensier, qui réunis-
« sait la qualité de prince du sang à celle
« de pair, les baillerait le premier, quoique
a M. de Nevers fût plus ancien pair que
« lui. » — En quoi consistait la baillée
des roses ? P. A. L.
La petite oie des Précieuses (V, 14). —
Que M. J.-T.-L. me le pardonne, mais je
savais très-bien que petite oie signifiait les
petites faveurs que peut faire une maîtresse
à son amant. Comment ignorer ce que La
Fontaine (Oraison de saint Julien) se donne
la peine de nous apprendre ?
Au demeurant, je n'ai pas entrepris
De raconter tout ce qu il obtint d'elle,
Menu détail, baisers donnés et pris.
La petite oie, enfin ce au*on appelle,
En oon françois, les préludes ct'amour.
Et l'édition de la Bibliothèque Cauloise
met en note: « Métaphore tirée du langage
des marchands de volailles, oui nomment
petite oie le cou, les bouts a'ailes, et, en
quelque sorte, tous les accessoires d'une
volaille. » Je crois même que Molière n'eût
pas contesté l'application de cette note à
ses Marquis de Mascarille. O. D.
Les frères Parfaict ou Parfait (V, 28).
— Il n'y a pas d'autre raison plausible à
donner de ce changement d'orthographe,
que celui qui s'est opéré dans notre langue
N» 100.]
L1NTERMÉDIAIRE
107
!08
à regard de tous les mots d'origine latiûe,
ayant la même désinence: faict^ traiet,
préfect, portraict, etc. Au mépris de l'éty*
mologie, dès qu'on a cessé de prononcer
le c dans ces mots et dans cent autres,
Tusage est venu de le supprimer en les
écrivant. On ne Ta conservé, pour les
yeux comme pour l'oreille, que dans leurs
composés : faction, traction^ perfection,
préfecture, etc. Clov. Mx.
KobloBio de la famille de Jeanne d'Arc
(V, 3o). — Ce n'est point la première fois
que l'allégation consignée par M. F. Lock
se trouve prpduiie, et VUnion prend en
main la vieille cause de défunts collaté-
raux de Lihons-en-Santerre. J'y revien-
drai tout à l'heure, en écrivant, avec toutes
bonnes raisons à mon service, d'Arc, et
non Darc ou Darq, — certain, d'ailleurs,
que le bel air calligraphique exigeait, au
aV« siècle, qu'on supprimât l'apostrophe.
M. le baron P.-G. de Dumast, correspon-
dant de l'Institut, a traité cette affaire
d'onomastique dans l'Intermédiaire de
1866, p. 4a : )e suppose que les partisans
de la roture trouvaient alors sa réponse
complète. Mais cette roture de Jeanne d'Arc
est fort douteuse ; car enfin, n'est pas rotu«
rier qui veut 1 Charles VII n'y croyait guère,
et ses patentes de 1429 anoblissant Jacques
d'Arc et Isabelle Romée, père et mère de
l'héroïque Pucelle, nous le disent en leur
latin : non obstante quod ipsi ut dictum^
ex nobili génère ortum non sumpserint
utforian alterius quant likerœ conditionis
existant*
Dans le roman de VUnion, il n'y a de
vrai qu'un rappel implicite des prétentions
de Charles du Lys, conseiller, avocat géné-
ral en la Cour des Aides de Paris « et de
Luc du Lys, écuyer, sieur de Reinemoulin,
frères issus en ligne directe de Jean du
Lys, échevin d'Arràs et neveu de Jeanne
d'Ara ; lu-^tentioiis que des lettres patentes
du 2 5 octobre 1613 avaient d'autant mieux
sanctionnées^ que le roi Louis XIII, re-
présenté par la Régente, doutait que les
suppliants eussent besoin de l'autorisation
souveraine, pour écarteler les armes oc-
troyées en 1420 au père de la Pucelle des
armoiries que Charles etjLuc du Lys sup-
posent « à la bonne, riche et ancienne fa-
mille Darc. » Notre conseiller à la Cour
des Aides et le seigneur de Reinemoulin,
officiellement lavés de la tache servile, se
blasonnèrent par addition : d'aptr à Varc
d'or enfance encoche de trois flèches en^^
trecroiséis, les pointes en haut, deux fé*
rues d'&^, ferrées et plumetées d'argent
et une d^ argent ferrée etplumetée d'or; au
chef d'argent chargé d'un lion passant de
gueules. (Metz.) H, os g.
« |l«rtiii Ikutbor, » drame d«i I». Helévy
(V, 33). -* Nous recevons la lettre que
voici au sujet de cette question :
vlAM.F. l. a.
« Dans le dernier numéro de V Interné'
diaire, qu'un de mes amis me communi-
que, vous demandes s'il serait possible de
connaître les motifs qui ont empêché la
représentation de mon drame historique
en quatre actes et en vers, Martin Luther^
ou la Diète de Worms, ouvrage reçu au
Théâtre-Français.
d J'ai l'honneur de vous répondre que si
la représentation de Martin Luther n a pu
encore avoir lieu, c'est que l'ouvrage a été
reçu en ces termes : pour être joué à k
volonté du théâtre, et sans frais* C'est*
à'dire que la représentation en a été subor-
donnée au bon plaisir de l'administration
du Théâtre- Français, et que, si oe bon
plaisir daigne un jour se manifester, il ne
sera pas fait un sou de dépense pour re-
présenter l'ouvrage*
« Voici la réponse pure et simple à la
question, telle que vous l'avez posée Je
serais très-disposé à entrer dans plus de
détails, à une condition : c'est que vous
voudrez bien substituer votre nom aux
simples initiales dont votre note est signée.
Vous comprendrez, Monsieur, qu'il ne
manquera pas d'âmes charitables pour
supposer que, sous ces initiales, je me suis
peut-être interrogé moi-même, afin de me
répondre et d'entretenir ainsi le public de
ma personne et de mon ouvrage. Je ne
voudrais pour rien au mondQ être soup-
çonné de ce truc ingénieux. Veuillez donc
taire connaître votre nom ; «e)a sera pour
moi double profit; car j'y trouverai l'occa-
sion de vous exprimer ma reconnaissance
pour le souvenir que vous voulez bien
donner à Martin Luther; et, en outre, une
fois affranchi de la crainte que je vous ma-
nifeste, il me sera permis de faire aux lec-
teurs de r Intermédiaire une communica-
tion qui ne sera dépourvue, je l'eapère) ni
d'enseignement, ni d'intérêt.
« Agréez, etç4 LÉoH Hai,évy. »
Gonviendra-t-il à notre correspondant
(P. L. A.) de satisfaire au désir de M. L.
Halévy? Nous l'ignorons; mais ce quf
nous pouvons dire ici, quant à nous, c'est
que M. L. Halévy ne s'est certes pas in-
terrogé lui-même , et que l'auteur de la
question nous e$t connu.
Nous profitons de cette circonstance
pour rappeler que, si l'Intermédiaire esi
un salon de conversation où il est loisible
de questionner et de répondre sous le
masque, ce n'est jamais sans s'être fait f^
connaître du maître de la maisca< Ajou-
tons que nous avons jusqu'ici surveille
l'usage de cette faculté avec asseil de soin
pour que notre vigilance n'ait jamais, ce
semble, été trompée. Est-il besoin de dé-
clarer que jamais Torgante des chercheurs
et curieux ne sera^ une îoh seulement, de
DES CHeRGHSURft ET ÇUWEU^i.
[25 févr. 1869,
■ w„. i « j »
109
IIO
notre av«u, Vint^rm4dMre de féal$ines
personnelle» > C R.
AnQiennM images snr Tilin décaupées
au caniTet (V» 33). -^ Un de mes amis a
fait sur ce çujet une brochure curieuse à
pro{^os d*un ouvrage analogue qui lui ap-
partient; elle est intitulée ; Dermotypo-
temnie.
Si Monsieur U Iric le désire, je serais heu-
reux de la lui oârir en communication»
L'abbé V. Dufovr*
La Société aêcrèie : Aide-toi, le oiel
t'aidera (V, 48). «^ Il y a erreur à attri-
buer la note publiée à « Tépoque de la
Restauration, » car il y est fait mention de
M. Eugène Aroux, procureur du roi à
Rouen. M. £. Aroux ne fut nommé à ce
poste qu'à la suite de la Révolution de
juillet, et il Tpccupa environ deux ans. -—
tt Gard, Tulon. » Il hnt probablement lire
Teulon. C. Y.
Mentel on fiatembôrg (V, 6^). ^ Si un
accusé a quelque part le droit de réponse,
c'est à coup sûr dans V Intermédiaire ^ et
ce n*est pas à ses lecteurs qu'il est néces-
saire d'en déduire les raisons. Nous n'a-
vons rien à dire en ce moment sur le fond
de la question : M. b. G. (III^ 210) ayant
rappelé l'ouvrage d'Aug. Bernard, dans
lequel la part respective de Mentel et de
Gutenberg est, selon nous, pratiquement
et victorieusement établie. — Nous venons
simplement répondre à une petite ques-
tion (grosse pour nous) de M. P. A. L. ~
a L'imprimeur, dit-il, a ajouté entre guil-
« lemets, un point d'interrogation j — est-
« ce un doute quanta V inventeur^ ou cjuant
a au lieu qu'il habitait? » — L'imprimeur
n'a pas, proprio motUy ajouté un point
d'interrogation entre parenthèses (?); ce
signe, placé à l'insu de récrivain^ est dû
soit à une autre plume, soit à une correc-
tion mal comprise par le compositeur. Il
s'agirait de retrouver la copie^ qui n'est pas
restée entre nos mains (i). — Il est com-
munément admis qu'on peut mettre sur le
dos des imprimeurs toutes les coquilles
ramassées dans les livres et dans les jour-
naux. C'est assez vrai souvent; mais ce ne
l'est pas toujours. De ces fautes^ causées
par la précipitation du travail, et surtout
par l'état du manuscrit, de ces fautes, disons-
nous, à un ajouté il y a un abîme, qu'un
imprimeur ne tente jamais de franchir.
Sa responsabilité est suffisamment étendue
dans d'autres sphères, il ne tient guère à
dépasser ^on mandat. Si lui ou ses em-
ployés croient découvrir quelque erreur, ils
( I ) Elle n'a pas été retrouvée non plus par la
rédaction. {Red»)
soumettent leur dpute ^ l'écriyain, et sç
ransent h, sa décision, r^ Nous ne pouvons
d'ailleurs répondre que de nou3-mêmes^
mais qu'on nous permette d'affirmer que.
dans 1 imprimerie de t Intermédiaire y nul
n'est autorisé à introduire subrepticement,
dans un écrit ou travail quelconque, un
signe impliquant une observation, puis de
l'imprimer sans vergogne. Ce serait nous
montrer indignes de la confiance que nous
croyons mériter. Alph. L. (prote.)
%xomaiiit^ et €uvm\ik^ etc.
BBSte et portrait de Oesaîx. -^ Le
sculpteur Chinard, de Lyon (i), ayant été
chargé par Bonaparte (z) de l'exécution
d'un buste du général Desaix, tué à Ma-
rengo, écrivit en Italie pour tâcher de se
procurer un fac-similé du moulage qui
avait dû être pratiqué, après la mort, sur
le visage de Desaix.
Voici ce qui lui fut répondu :
« Révublifue française, — Armée d'Italie^
« Quartier général de Bergame,le 5 ther-
« midor an V III.
a Guigoud, secrétaire intime du général
« Moncey, lieutenant général comman-
« dànt l'aile gauche,
« Au citoyen Chinard, statuaire, mem-
« bre de l'Institut, à Lyon.
a J'ai reçu, mon bon Chinard, ta lettre
« du I®' messidor. Elle m'est parvenue
« fort tard à Bergame. Cela ne fait pasl'é-
« lo^e de l'organisation des postes mili-
ce taires. Le heutenant général Moncey,
a qui te considère, a été flatté de ton sou-
« venir, et a lu avec plaisir les détails que
CI tu nous donnes sur l'apparition du mo-
« derne Marc Aurèle^ à Lyon, et sur les
a espérances qu'il y a semées.
« Je croyais me bien adresser en écri-
« vant à Morin, notre compatriote, et se^
c( crétaire intime du général Masséna,pour
a le masque «de Desaix* Ma lettre était
Cl pressante et motivée. Je n'en ai point eu
« de réponse. Pour expliquer ce silence,
« il faudrait savoir si les vertus du défunt
c( sont du goût de tout le monde.
« Avant-hier, j'allai à Milan, où j'ai
« resté douze heures, sans y rencontrer
« Môrin, qui venait d*en partir avec Mas-
« séna pour Turin. Je trottai donc pour
« connaître le domicile de Taniste Man-
« dini; point de Mandini. Le renseigne-
« ment que tu nous as donné est raux;
« mais je découvris que celui qui avait été
<x chargé de mouler le visage du héros et
o qui devait en faire le buste en marbre
a était le statuaire Angelo Pizzi, domicilié
(i) Joseph^ Chinard, né à Lyon en 1736,
mort en iSi3.
(2) Martha Beker, Etudes historiques sur le
général Desaix, page 454,
N« loo.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [25 févr. 1869.
III —
112
« à la sacristie des Carmes. J'y ajiai, je vis
pour exécuter son ouvrage. J'expli-
« quai à ton collègue le sujet de mon
« voyage. J'ornai rentrelien de tout le
a vernis des procédés et de la politesse,
« mais sans succès. Pizzi dépendait du
a peintre Appiani qui l'avait mis en œuvre,
a II fallut cionc aller chez Appiani. Je fus
a accueilli de cet artiste avec la plus déli-
« cate urbanité. J'y admirai le tableau
a très-ébauché de Desaix. Mais je lus un
a engagement passé entre Appiani et Sa-
o vary, aide de camp de Desaix, par le-
a quel Appiani se soumet à faire exécuter
« en marbre par Pizzi, le buste de Desaix
a et à peindre lui-même allégoriauement
a le héros éteint aux plaines de Marengo,
« sous la condition de ne céder ni masque,
a ni copie, ni dessin, ni médaille de De-
« saix, avant que les deux ouvrages com-
« mandés et payés par Savary ne soient
a parvenus à Paris, et ce, sous peine, en
a cas de contravention, d'emprisonnement
a et de saisie des biens d' Appiani, J'ai lu,
«te dis-je, la clause; elle est extraordi-
a naire.
« D'après cela, ce n'est point Bonaparte
o qui a ordonné à Milan le travail qui
« s'exécute à la mémoire de Desaix, c'est
a un tribut que paye Savary à l'amitié de
« son patron. C'est la propriété de Savary,
« et propriété garantie. En conséquence,
« Appiani, qui a fondé sur de tels titres le
« refus le plus honnête et le plus ménagé,
« ne peut point autoriser l'importation en
a France du contre-masque de Desaix.
« Il sent pourtant qu'un grand homme
« comme Desaix devrait appartenir à Tu-
« nivers et n'être le trésor particulier de
« personne, et c'est d'après ce principe
a qu'il eût consenti à linstani même à
« faire faire le contre-masque et à te l'ex-
u pédier avec toutes les précautions con-
« servatrices, dans l'un de ces deux cas :
« ou l'exhibition de l'ordre de Bonaparte,
a ou un acte d*autorité qui lui forçât la
« main. Impuissant pour l'un et pour
« l'autre, j'ai pris congé et suis reparti
« pour Bergame.
a Ce qu'il te reste à faire, mon ami, ne
« dépend pas d'un conseil. Tu sais à quel
« point tu es autorisé, et tu dois te faire
« appuyer par le premier consul. Je te
« laisse au surplus les deux adresscrs : celle
a surtout d' Appiani, peintre à Mitan, rue
a Montfort, n* 25i, qui te connaît sur ta
« renommée, et qui est bien disposé à
o remplir tes vues, si tu lui en facihtes les
o moyens. . .
« Nous sommes en armistice général
« tant sur le Rhin qu'en Italie. Cette las-
a situde des combats est l'augure de la
« paix.
a A travers tout cela, je ne suis point
a heureux, et cependant je vis auprès du
« meilleur des Français. On y apprend,
a ce que je savais déjà, à être honnête
a homme. Mais, pour de l'argent, le nerj
« du ménage et, en dernier résultat, la
tt récompense d'un père de famille qui se
a dévoue, on n'en parle pas. Il serait ce-
« pendant plus oue temps qu'on ne me
a nourrît plus de la crème de l'espérance..,
« Mes souvenirs à tous nos amis et salut
a bien cordial, Guigoud. »
(Bibliothèque de Clermont. — Section
des manuscrits. Liasse : Pièces relatives à
Desaix.)
Il résulterait de cette lettre que le
sculpteur Pizzi çt le peintre Appiani au-
raient fait, d'après un moulage et sur Tor-
dre de Savarv, l'un un buste et l'autre un
Cortrait de Desaix. Que sont devenus ce
uste et ce tableau ? Qu'est devenue aussi
l'œuvre de Chinard?
J'ai lu cependant (quelque part quil
n'existait aucun portrait authentique du
général Desaix. Francisque Mège.
(Clermont-Ferrand.)
L'homme au masque de fer (III, 140).
— Je découpe, dans la Liberté du lundi
18 janvier 1869, ^^ nouvelle ci-conn*e,
qui revient de plein droit à V Intermé-
diaire :
« Le masque de fer. Nous n'en avons
pas encore fini avec ce mystère que nous
a légué le siècle de Louis XIV. Histo-
riens et romanciers, polvgraphes et anec-
dotiers, fouilleurs d*arcnives et fureteurs
de livres vont encore une fois se remettre
à l'œuvre. Sera-ce la dernière? Nous n'o-
sons le dire. Toujours est-il que voici ce
qu'on annonce comme un événement :
a Un jeune écrivain, M. Marins To-
pin, qui a obtenu cette année un prix de
5,000 fr. à l'Académie française, pour son
beau livre intitulé : L'Europe et les Bour-
bons sous Louis XIV, vient de faire, à
force de longues recherches dans les ar-
chives publiques, une découverte bien
propre à stimuler la curiosité des érudits
et même des simples amateurs. lia trouvé,
' d'une façon authentique et avec des preuves
irrécusables, le vrai nom du fameux pri-
sonnier au masque de fer.
a Ayant communiqué sa précieuse dé-
couverte à son oncle, M. Mignet, celui-ci
lui a donné l'utile conseil de prendre date
immédiatement par une lettre adressée au
président de l'Académie des sciences mo-
rales et politiques, lettre qui renferme le
secret et le système de ITieureux histo-
rien, et qui ne devra être décachetée que
sur sa demande. Cette précaution a été
prise. .
« Nous allons donc connaître enfin le
secret de l'énigme dont le mot est vaine-
ment attendu depuis deux siècles. » *.
- - — ■ -^^
Pdris. - Typ. de Ch. Meyrucis, rue Cujas, 18.— iW*
QOAQOI
Numéro 101.
Cktnhe» e t
vovi troU99rtM.
Il M faut
mtr'aider.
10 mars 1869.
£ 2nietméltïatv(
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, i^COTES and QUERIES français.)
ni
1 14
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique:
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
Les afiàires, c'est l'argent des autres.
— Qui a le premier lancé dans la circula-
tion, où elle a si bien fait son chemin, cette
spirituelle définition des affaires? V entends
d ici cent voix me répondfre à la fois : C'est
Alexandre Dumas fils. Je le croyais aussi
hier, mais je ne le crois plus aujourd'hui.
Je n'ignore pas que, dans la Question d'ar-
gent (^c^^ II, scène VII), Jean Giraud ré-
pond à René, qui lui demande ce que c'est
que les affaires : « Les affaires, c'est bien
simple, c'est l'argent des autres; » mais je
crois qu'Alexandre Dumas fils n'est là
qu'un père adoptif et quelque peu adulté-
rin. M™« de Girardin avait dit la même
chose avant lui dans son roman Margue-
rite ou deux amours: « Les affaires, reprit
a Montrond, eh! si vraiment, je sais très-
a bien ce que c'est que les affaires : les
« affaires, c'est l'argent des autres. »
La priorité me paraît .acquise sans
conteste à M"*« de Girardin, Marguerite
ou deux amours ayant été publié bien
avant la Question d'argent. Mais que ce
soit volontairement, ou par l'effet d'une
simple réminiscence, qu'Alexandre Dumas
fils ait emprunté à M"^** de Girardin la cé-
lèbre définition, il a fait cet emprunt à la
manière des maîtres. Dans la bouche de
Jean Giraud et à la scène, le trait est tout
à fait en situation, et il acquiert par là le
relief qui lui manquait dans le roman de
M"* de Girardin. Gidoin.
Tenir le portique. — Que signifie cette
expression que Saint-Simon emploie plu-
sieurs fois en parlant de Louis XIV? (Edi-
tion Hachette, in-i2,t. I, p. 3x2.)
« Il (le cercle) commença à six heures ;
le roi y vint à la fin et mena toutes les
dames dans le salon près de la chapelle,
où elles trouvèrent une belle collation,
puis à la musique, après quoi il tint le
portique. » J. R.
c Contes de mamèrerOye. » — Pourrait-
on me dire exactement Torigine de ce
titre? Que veut dire : Ma mère l'Oye?
H. M.
Le Mess. — On dit génénalement le
Mess des officiers. Je ne sais pourquoi.
N'est-il pas à croire que, par des trans-
formations étymologiques , il vient de
Mensa^ la table, comme le mot espagnol:
Mesa? Renvoyé au journal V Intermédiaire,
M. Littré n'en finit pas avec son M.
Nestor Roq.ueplan.
« L'Enrhumé • de Béranger. — Quels
sont les vers que l'imprimeur fit suppri-
mer (en 1821) dans Tavant-dernier couplet
de cette chanson.^ D. Lejeune.
« Catalogue des tableaux de mon cabi-
net. » — Je possède un petit volume dont
voici le titre exact : Catalogue des ta-
bleaux DE MON CABINET. Au DéUceS, I780
(in-80 broché de 80 p.). Ce catalogue
donne la description raisonnée d'un cabi-
net de tableaux des plus précieux. Il y a
des Raphaël, des Vélasquez, des Lucas de
Leyde, des Holbein, clés Breughel, des
Rembrandt, etc.
Ces tableaux paraissent bien authenti-
ques, parce que la provenance est générale-
ment citée, parfois encore le propriétaire
dit : décrit dans d'Argenville^ en citant les
pages.
Qui est le rédacteur de ce petit catalo-
gue, que je crois fort rare, et qui était, par
conséquent, le propriétaire de cette magni-
fique galerie^ qui valait bien, ce semble,
celle de San Donato, vendue Tan dernier?
L. LiEPMANNSSOHN.
Pourquoi le dixième quatuor de Bee-
thoven était-il connu à Vienne sous le
nom de (< quatuor des Harpes? » — Serait-
ce parce qu'on trouve, ûans le premier
morceau, de nombreux effets de vi![:çicati?
Cette supposition ne paraît pas donner une
explication satisfaisante de cette dénomi-
. TOME V. — 5
N.
lOl.j
L'INTERMÉDIAIRE
ii5
— ii6 -
nation, qui aurait pu être appUquée, au i Je donne à Vaudémont un peu d'affliction
m^mA tîtro à KiAn n'aiitrAc npiivroc miici_ I h!t de rearef à ma npr«nnnA«
même titre, à bien d'autres œuvres musi-
cales. T. Raglo.
Euripide fut-il mangé par des chiens?
— Je lis dans le Journal ojficiel de r Em-
pire français du i«' février 1869: « On
sait que le célèbre poëte srec Euripide
fut dévoré vivant par des chiens. » Est-il
sûr que des chiens mal élevés aient jamais
déjeuné aux dépens d'Euripide? N a-t-on
pas calomnié ces amis de thomme en fai-
sant mourir, sous leurs cruelles dents, l'au-
teur d*Hécube et de Médée ? Je sais mau-
vais gré à Bayle, le grand douteur, de
n'avoir pas douté de la culpabilité de « ces
maudits chiens, » comme il les appelle. Il
n'a pas même indiqué Topinion qui veut
que le poëte soit mort déchiré par les on-
gles vengeurs de quelques femmes qui le
punirent ainsi des invectives lancées con-
tre un sexe auquel il avait dû deux mau-
vaises épouses. Quelqu'un serait-il disposé
à éclaircir la question trop promptement
résolue par le Journal officiel ?
Yezimat.
Le testament politique de Charles IV
de Lorraine. — Vos lecteurs connaissent
ce duc Charles, qui, élevé près de
Louis XIII, se montra prince léger, re-
muant, irréfléchi , accueillit Gaston d'Or-
léans et en fit son beau- frère, se vit enlever
Vie, Marsal et Stenay, s'allia à l'Autriche
pendant la guerre de Trente ans, fut chassé
de ses Etats par la France, et après plu-
sieurs années de lutte mêlées de succès et
de revers, recouvra son duché à la paix des
Pyrénées (1659), le risqua de nouveau en
se joignant à la coalition contre Louis XIV,
fut vaincu par Turenne à Sintzheim ,
vainqueur de Crécjui à Consarbriick, et
mourut près de Birkenfeld en 1675. Un
tel héros ne pouvait manquer d'être ohan-
sonné, mort ou vif, par ses amis et ses
ennemis. On a pris soin notamment de lui
rimer des volontés posthumes qui forment
une très- jolie pièce de vers. Je désirerais
savoir si l'on en connaît le véritable au-
teur. Peut-être voudrez-vous bien, afin
d'intéresser vos lecteurs à ma demande,
mettre sous leurs yeux le morceau lui-
même, que vous trouverez ci-joint:
Testament politiq.ue de Charles IV,
DUC DE LoRIi/JNE.
Sain d'esprit et de jugement,
Et voisin de ma dernière heure.
Je donne à l'Empereur, par ce mien testament.
Le bonsoir avant que je meure.
Je desdne à ma veuve un fonds de bons désirs
Dont il sera fait inventaire ;
Pour sa demeure un monastère.
Le célibat pour ses menus plaisirs,
La pauvreté pour son douaire.
fc!t de regret à ma personne ;
Avec ma bénédiction
Pour Madame de Lislebonne.
Je laisse à mon neveu mon nom,
Seul bien qui m'est resté de toute la Lorraine;
Si ce prince ne peut le porter, qu'il le traîne,
La France le trouvera bon
Pour acauitter ma conscience.
En maître libéral, je me sens obligé
De remplir de mes gens la servile espérance,
Je leur donne donc leur congé:
Qu'ils le prennent pour récompense.
Je nomme tous mes créanciers
Exécuteurs testamentaires,
Et consens de bon cœur que mes frais funéraires
Se fassent aux dépens de leurs propres deniers
Qu'on me fasse des funérailles
Dignes d'un prince de mon nom.
Et qu'on embaume mes entrailles
Avec de la poudre à canon.
Que mon enterrement, solennel et célèbre,
Fasse bruit en tous les quartiers,
Et que le plus menteur de tous les gazetiers
Fasse mon oraison funèbre.
Que durant l'espace d'un jour
L'on m'expose sous une tente,
Et que l'épitaphe suivante [bour:
Se lise, en mon honneur, sur la peau d'un tam-
Ci-GÎT un pauvre duc sans terres.
Qui fut, l'usqu'à ses derniers jours,
Peu fidèle dans ses amours,
Et moins fidèle dans ses guerres.
Il donna librement sa foi
Tour à tour à chaque couronne,
Et se fit une étroite loi
De ne la garder à personne.
Trompeur, même en son testament,
De sa femme il fit une nonne.
Et ne donna rien que du vent
A Madame de Lislebonne.
Il entreprit tout au hasard,
il se fit olanc de son épée;
Il fut brave comme César,
Et malheureux comme Pompée.
Il se vit toujours maltraité
Par sa faute et par son caprice ;
On le détrôna par justice,
On l'enterra par charité.
Cette petite pièce est peu connue, et, si
je ne m'abuse, on trouvera qu'elle est fort
agréablement tournée. A-t-elle toujours été
considérée comme anonyme, ou l'a-t-on
attribuée à quelque bon faiseur du granJ
siècle ? A.-B.
L'Italie comparée à un artichaut. "
M. Louis Blanc disait, dans le Temps du
3 1 janvier dernier {Lettres de Londres\ que
César Borgia prétendait que l'Italie aevait
être mangée comme un artichaut, feuilIÇ
par feuille. Est-ce bien César Borgia qu'
est l'auteur de cette pittoresque comparai*
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[10 mars 1869.
117
118
son? Je me souviens d'avoir lu dans une de
ces chroniques de quinzaine que rédigeait
si bien, à la Revue des Deux-MondeSy
M . Eugène Forcade, que la spirituelle bou-
tade avait eu pour père, beaucoup plus
récemment, un prince de la maison de
Savoie. Je demande que Ton veuille bien
me tirer d'embarras. Euq.orral.
Pendules et montres décimales. — En
1793, après avoir reformé le calendrier,
le gouvernement républicain, s'appuyant
sur le système décimal, partagea le jour
en dix heures, l'heure en aix mmutes et la
minute en dix secondes. L'heure décimale
éq[uivalait donc à deux heures vingt-quatre
mmutes du vieux style, et la minute dé-
cimale à presque un quart-d'heure. Ce
système, peut-être un peu... systématique;
était tellement contraire aux habitudes de
chacun et rencontra partout tant d'oppo-
sition qu'il ne tarda pas à disparaître. Ce-
pendant, si court qu ait été son règne, des
actes ont été passés où les divisions déci-
males du jour furent employées. J'ajoute-
rai, et c'est là que je voulais en venir, que
des pendules et des montres ont été faites
d'après le nouveau mode. Or, j'en ai
cherché vainement chez les marchands de
curiosités, je n'en ai même jamais vu dans
nos collections publiques; j'ignore donc
s'il en existe encore, et je serais heureux
que quelqu'un consentît à m'en céder
une, pourvu que le prix qu'on m'en de-
manderait ne lût pas trop élevé.
A. B. D.
Boncs et porcs d'écnrie. — Tavernier,
liv. IV, ch. III, de la relation de ses voyages,
dit: «... et ceci est à remarquer qu'au
lieu que nous tenons un bouc dans les écu-
ries, les Persans y tiennent un pourceau. »
Ce rapprochement devait en effet suffire
aux contemporains, pour savoir à quel pro-
pos les Persans mettaient des cochons dans
leurs écuries; mais cela ne nous apprend
plus rien, et nous avons également à cher-
cher pourquoi nos pères d'il y a deux siè-
cles y mettaient des boucs. Etait-ce par
une idée pareille à celle que l'on attribue
encore aux Siciliens qui, dit-on, garnissent
leurs maisons de cornes pour crever le
mauvais œil? A défaut de cornes, le verrat
a, je crois, des crocs qui, pour ne pas va-
loir ceux de son cousin le sanglier, suffi-
raient bien encore pour crever un œil,
même un bon. Ou bien, supposait-on que
si quelque farfadet, quelque djinn se glis-
sait dans l'écurie, il se jetterait plutôt sur
une bête immonde, comme le bouc ou le
porc, que sur les chevaux? Il est pro-
bable que les Russes résoudraient fa-
cilement cette difficulté, car Nicolas Go-
gol nous donne à croire qu'ils n'ont pas
encore tout à fait renoncé à cette cou-
tume. « Ils trouvèrent sans surprise, dans
ce même endroit, un vieux bouc, animal
qu'une ancienne croyance fait regarder
comme indispensable dans une écurie où
l'on prend quelque souci du salut des che-
vaux. Le bouc de Nozdref exhalait des
senteurs énergiques. Il vivait au mieux
avec plus gros que lui, et en passant et
repassant à plaisir sous le ventre, soit de
l'étalon, soit des juments; il était évidem-
ment chez lui et ne faisait pas autrement
sensation. » (Les Ames mortes, chant IV.
Traductipn Charrière.) O. D.
La licorne. Le phénix. — Je lis dans le
t. IV des Œuvres de Brantôme, édit. de
la Société de l'Histoire de France, p. io5 :
a M. de Brissac eut pour sa belle part
ceste belle et rare corne de licorne. » D'a-
près une note, Boyvin du Villars et
de Thou la mentionnent également. Je lis
de plus, p. 142 : « J'ay ouï dire au baron
de La Garde qu'il avoit veu au Grand-Sei-
gneur un pennache de plumes de phœnix,
et qu'il luy avoit fait monstrer par grand
spéciauté; et quand moi et d'autres luy
remonstrasmes qu'il n'y avoit qu'un seul
phœnix au monde, et que luy-mesme se
brusle quand vient sa fin, si bien qu'il es-
toit mal aisé de recouvrer son pennache,
il respondit qu'il n'estoit pas inconvénient
qu'il n*en eust trouvé des plumes, par une
grand' curiosité qu'on y pouvoit rappor-
ter pour en chercher et trouver aux pays
et aux lieux où il habite et branche... » La
licorne et le phénix sont-ils fabuleux ou
non?
Garpentras, ville comique. — Depuis
longtemps le nom de cette petite ville
(charmante pourtant et très-coquette, au
dire des touristes qui l'ont visitée) sert de
point de mire aux saillies des vaudevil-
listes parisiens en belle humeur et des
commis voyageurs qui veulent dauber la
province.
Quel est l'écrivain, — ancien ou mo-
derne, car je ne saurais vraiment préciser
une date quelconque, — qui, le premier,
a a attaché le grelot, » et cherché à ridi-
culiser les bons et honnêtes habitants de
cette paisible cité provinciale ? Ulric.
La famille de Creyers. — Un des sa-
vants généalogistes de V Intermédiaire
pourrait-il me fournir quelques renseigne-
ments sur la famille de Creyers, que je
crois originaire du Dauphiné? A. F.
Raguenet, peintre français. — Les ren-
seignements biographiques nous manquent
presque complètement sur cet artiste, doué
N» loi.]
L'INTERMÉDIAIRE
— 119 —
- — 120
d'un talent véritable, et qui s'est presque
exclusivement consacré à peindre les diffé-
rents aspects de Paris au XVII ï« siècle.
On sait seulement, par le livret de l'expo-
sition de l'Académie de Saint-Luc, qu'en
1753 Raguenet demeurait dans la rue de
la Licorne, et les nombreuses signatures
relevées sur ses tableaux sont datées de
lySo à 17Ô0.
MM. de Marigny, Walpole et d'autres
amateurs du temps lui avaient commandé
des ouvrages ; ce qui prouve que si l'Aca-
démie ne l'avait pas jugé digne d'être ad-
mis dans ses rangs, il avait cependant ob-
tenu la faveur du public connaisseur. C'est
très-probablement à cette absence de titre
officiel qu'il faut attribuer l'oubli où les
biographes du siècle dernier ont laissé la
personnalité de Raguenet, tandis qu'ils
nous ont conservé celle d'une foule d'ar-
tistes qui lui sont bien inférieurs, mais qui
avaient obtenu le titre d'académicien.
Porteur du renseignement fourni par le
livret de Saint- Luc sur la demeure de Ra-
guenet, nous avons trouvé , aux Archives
de la ville de Paris, dans le registre de la
paroisse de la Madeleine-en-la- Cité, qu'en
a l'an mil sept cent cinquante-cinq, le
a vingt-deux de may, a été inhumé au ci-
a metière des Saints- Innocents, le corps
a de Jean- Baptiste Raguenet y m» peintre,
a demeurant rue de la Licorne de cette
a paroisse, âgé de soixante et treize ans,
a décédé d'hier, en présence de Nicolas-
a Jean-Baptiste Raguenet^ son fils, peintre,
a demeurant mêmes rue et paroisse, et
a d'Edme-Nazaire Jaquotot, greffier au
tt Chatelet, dem* rue du Temple, paroisse
a St-Paul, lesquels ont signé avec nous,
a Raguenet. Jaq^uotot. Robert, archip.
a curé. »
Puis, toutes nos autres recherches ont
été vaines. — L'artiste avait-il quitté le
quartier après la mort de son père? N'a-
vait-il fait qu'y séjourner peu de temps?
Ces registres ne font plus aucune autre
mention des Raguenet pendant tout le
XV II le siècle.
Voilà, malgré tout, un coin du voile sou-
levé ; nous savons maintenant que Rague-
net s'appelait Nicolas-Jean-Baptiste, et
qu'il avait un père établi maître peintre à
Paris, ce qui semble indiquer qu'il appar-
tenait à une famille parisienne ; mais en
même temps la question se complique. Si
nous ne connaissons le fils que par ses
ouvrages, nous ne savons du père que la
date de sa mort et son âge, et nous avons
deux individualités à rechercher au lieu
d'une.
Au point de vue parisien, Raguenet le
fils, mérite la plus sérieuse attention de la
part de tous ceux cjui s'occupent de l'his-
toire de notre capitale. Aucun peintre n'a
mieux et plus fiaèlement retracé la phy-
sionomie de Paris au siècle dernier. On
sent, dans ses ouvrages, qu'il aimait la
ville dont il peignait les monuments, parce
qu'il était un de ses enfants et qu'il l'avait
toujours habitée.
L'Intermédiaire est lu par un grand
nombre de chercheurs et de curieux. Quel-
qu'un d'entre eux pourrait-il nous commu-
niquer quelqiies renseignements sur la fa-
mille Raguenet, et nous aider ainsi à tirer
de l'oubli un artiste qui méritait un meil-
leur sort? A. DE C.
< Apologie des femmes.» — Dans un re-
cueil factice ayant appartenu à M. de Bois-
jelin, littérateur, se trouve un opuscule en
vers, intitulé : Avologie des femmes^ De-
launay, Paris, 1806, de 24 paçes, en vers
de dix syllabes. Sans nom d imprimeur,
avec cette épigraphe :
Le donne son venute in eccelenza.
(Arioste, Orl. fur., cant. 20*).
Dans sa préfacé, l'éditeur prétend que
le manuscrit a été trouvé dans un vieux
château, etc., etc.
Sous son titre menteur, V Apologie des
femmes est une violente satire destinée à
répondre au Mérite des femmes, de Le-
couvé, dont il est question dans la pré-
face.
Peut-être le Dictionnaire des anonymes
de Barbier fait-il connaître l'auteur? Mais
je ne l'ai pas à ma disposition. Je pense
que quelqu'un des correspondants de l'In-
termédiaire pourra me le faire connaître.
E.-G. P.
Le plus ancien livre avec privilège
royal? — La question des corrections ty-
pographiques m'amène à demander à mes
savants coabonnés, pour la plupart bi-
bliophiles, quel est le plus ancien livre im-
primé avec privilège royal. Question-
nons ! questionnons fil en restera toujours
quelque chose. (Lyon.) V. de V.
Naissance de l'imprimerie an Mans. -
On lit dans Lacroix du Maine : « La
« grande et merveilleuse prophétie trou-
« vée en la librairie dudit Thibault (Jean,
« médecin et astrologue de François I",\
« après sa mort, commençant l'an 1^4^
tt jusques en l'an 1 556, imprimée au Mans,
« par Denis Gaignot , l'an 1 545. II a
« écrit plusieurs autres prognosrica.tions
a savoir est pour les années i539, i540,
« 1541, 1542, 1543 et 1544, toutes in^P"'
tt mées à Paris et au Mans. » Connaît-on
_e premier ouvrage imprimé
nis Gaignot, imprimeur à Paris (i535\
était encore dans cette ville en i54f. 1'
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo mars i8Cg,
- 121 -
122
était établi au Mans en 1544; en 1546, il
y imprimait un magnifique missel,; il
quitta donc Paris pour venir au Mans en-
tre 1 541 et 1544. Quelque bibliographe
pourrait-il donner une date plus précise?
La marque de Denis Gaignot, qui ne
se trouve pas dans Brunet^ représente un
oiseau attaqué sur son nid placé au pied
d'un arbre, par deux abeilles (ou guêpes) ;
Tune est attachée à son flanc, l'autre vol-
tige au-dessus de sa tête, près du tronc de
Tarbre; à droite, au-dessus de Toiseau,
une banderole enroulée porte : Fortitu-
dine potior prudentick; une autre, partant
du bec de l'oiseau et venant se contourner
sous lui, laisse lire : Parvula cum no-
ceant magnis animalia^ spectas quod ne-
queatjieri robore posse doits. En arrivant
au Mans, il change de marque, ou pour
parler plus exactement, emploie concur-
remment une autre marque, représentant
un homme occupé, malgré une pluie bat-
tante, à bêcher au pied d'un arbre, auquel
est suspendu son bissac ; sur une bande-
role qui part de son bras gauche et se
développe derrière lui, on lit : Spes lucri
minuit laborem. On voit encore de chaque
côté du personnage les lettres Z). G., et
sur la bordure en bas : Deum time,
André Pierre.
Reliure à la toile d'araignée. — Ne
pourrais-je savoir ce oue veut dire l'ex-
pression suivante : Reliure à la toile d'à-
raignée, insérée sous le numéro 344, dans
le catalogue des livres de M. le comte de
A***, qui seront vendus les lundi 2 5 cou-
rant, et suivants, par A. Aubry, libraire?
Est-ce là, à mon insu, une désignation
familière aux bibliophiles, ou seulement
une expression nouvelle et plus ou moins
heureusement trouvée par 1 auteur du ca-
talogue? (Rouen.) Ch. Lormier.
Le manuscrit d'un livre de 1651, sur
Bordeaux (I, io3). — Ce ne sera pas moi
qui répondrai à la question posée par
M. Gustave Brunet, ce sera le signataire
de la lettre inédite suivante, qui se trouve
en tête d'un exemplaire de l'Histoire des
mouvemens de Bourdeaux^ conservé à la
Bibliothèque impériale (LB, 37. 171 3):
«Bordeaux, 3i décembre 1726.
« Agrées, Monsieur, que j'aye Thonneur
« de vous souhaiter une heureuse année
« et toutes les satisfactions que vous pour-
tt ries y désirer. Personne ne sçauroit le
t€ faire avec plus de sincérité, ny avoir plus
« d'envie de vous estre bon icy à quelque
« chose. Je me suis très-exactement m-
« formé du second volume des mouve-
« mens de Bordeaux, mais j'ay sçeu posi-
« tivement qu'il n'y en avoit qu'un, le sieur
« Fonteneil, qui prometoit le second vo-
« lume, mourut sans pouvoir le mestre au
a jour. J'attrois bien souhaité l'avoir pour
a vous renvoyer et vous faire connoistre
« en cela comme en toute autre chose la
« parfaite considération avec laquelle j'ay
« l'honneur d'estre, Monsieur,
« Vostre très-humble et très-obéissant
« serviteur, « Despuiols. »
T. DE L.
Documents sur les Casaubon (III, 76).
— Un amateur de Poitiers possède dans
son cabinet un petit portrait en miniature
d'Isaac Casaubon; cette œuvre, quoique
contemporaine de Henri IV, paraît àpeme
vieille de vingt ans, en raison de son état
de conservation et de la fraîcheur du co-
loris. Cet amateur suppose que ce portrait
est l'œuvre de Lagneau, en le comparant
à une autre pièce de sa collection, un
Saint -Vincent -de -Paul, œuvre authen-
tique de ce même artiste. Casaubon paraît
âgé d'environ quarante ans; ce portrait
aurait donc été peint peu de temps après
son installation à Paris comme bibliothé-
caire du roi. (Auch.) H. Vienne.
Veniat, ouvrier fameux (IV, 355). —
La plaque de cuivre signalée par votre
correspondant M. S. D. m'avait d'abord,
je Tavoue, inspiré des doutes d'autant
plus sérieux que je ne voyais, dans aucun
des épitaphiers parisiens que contiennent
nos bibliothèques publiques, la moindre
mention de l'épitapne du fameux Véniat à
l'église de TAve-Maria... — Mais la voici,
je la tiens, je l'ai trouvée, eurêka! Ayant
mis la main sur un Nécrologe du couvent
de TAve-Maria de Paris, qui existe in-
cognito à la Bibliothèque de l'Arsenal
(H., n® 324, in-fol.), j'y ai lu, au 16 mai
i663, ce qui suit:
Vir probes ingenuitatis D, Carolus
Veniat y huic monasterio tanto amoris
vinculo nexuSy ut in excitandis vetustate
collabentibus œdificiiSy cœterisque rébus
agendiSy ut plurimum propria negotia se-
posuerit nostris; inde sanctimonialibus ex
multiplici exhibita charitate^ de meliori
nota commendatus^ morte immatura prce--
ventus die 16 maii 166 3, in earum ecclesia
corpus suum tumulari et charissimi fra-
tris cadaveri adjungi curavit. Oretur pro
eo, etc.
Eh bien, point du tout! J'ai cru la tenir,
et vous voyez, en lisant, que ce n'est pas
là notre Veniat, l'ouvrier fameux inhumé
en 1659. Mais, si ce n'est lui, c'est donc
N» loi.j
L'INTERMEDIAIRE
123
124
son frère? Oui, précisément, et vous ap-
prenez par les lignes ci-dessus que ce
frère, mort en 166 3, cher au couvent de
TAve-Maria, lui avait rendu les plus grands
services, en restaurant ses murs tombant
de vétusté, et voulut être inhumé dans l'é-
glise, à côté de son cher frère. Mais cela
ne nous dit ni quel était ce second Ve-
NiAT, ni quel « ouvrier fameux » avait été
le premier. — Veniat lux, vienne... la lu-
mière! B. J.
Le char de TEtat et celui de la colon-
nade du Louvre (IV, 390). —- Le char du
Louvre (je ne m'occupe pas ici de celui de
l'Etat) n'est ni au-dessus ni au-dessous de
la colonnade, mais bien au-dessus de la
grande porte placée au centre de cette fa-
çade du Louvre, et par conséauent entre
les deux parties de la colonnade. C'est ce
dont il est facile de s'assurer quand oh est
à Paris.
Le comte de Clarac, dans sa Descrip-
tion du Louvre (page 409), en parle ainsi :
« Le bas-relief qui orne le dessus de la
porte d'entrée, et dont la composition
rappelle celle de quelques camées anti-
ques, entre autres du Jupiter foudroyant
les géants, pierre célèbre du cabinet im-
périal de Vienne, est de M. Cartellier. Le
sujet fait suite à celui du fronton. Couron-
née de laurier, les ailes éployées, la Vic-
toire, montée dans un quadrige, distribue
des couronnes et semble fouler aux pieds
des trophées d'armes renversés par ses
fougueux coursiers, que modèrent avec
peine deux génies. Le char est rempli des
palmes que la déesse destine aux vain-
queurs. »
Le fronton dont il est ici question est
de Lemot, et représente Minerve, entou-
rée des Muses et de la Victoire, consa-
crant le buste de Louis XIV. J'ai lu
quelque part, ou j'ai ouï dire par des con-
temporains (mes souvenirs sont incertains
à ce propos), que Lemot, qui exécuta son
fronton sous l'empire, y avait mis le buste
de Napoléon, auquel la Restauration fit
substituer celui de Louis XIV. Il serait fa-
cile de vérifier le fait au moyen de gra-
vures des deux époques.
C'est sous l'empire aussi, que Cartellier
sculpta sa Victoire au quadrige. Les qua-
tre chevaux semblent, en effet, courir deux
à droite et deux à gauche. C'est là une né-
cessité du bas-relief, mais ils ne menacent
certainement pas de renverser le char.
Frédéric Lock.
Une vieille enseigne de Paris (V, 3). —
L'objet qui se présente d'abord est un de
ces grands chapeaux, si à la mode aux
XVI« et XVI I« siècles, et qu'on appelait
caudebecs , du nom de la ville où ils
étaient fabriqués.
Et chez ie chapelier du coin de notre place,
Autour d'un caudebec j'en ai lu la préface.
(BOILEAU, Ep. VI.)
a L'un fait un inventaire de ce qu'il a
perdu : son étui, sa tasse, son buffle, son
caudebec, »
(Mad. de Sévigné, 21 août 1675.)
Au-dessous, et couvert par le chapeau,
se montre un bastion. Cette portion de
fortification est qualifiée de couverte lors-
qu'elle est défendue par un ouvrage à
cornes.
Je suis donc disposé à lire ainsi le re-
bus : (au) Bastion couvert de Caudebec.
L'enseigne aurait appartenu à un chape-
lier, peut-être originaire de cette ville.
Maintenant, pourquoi cette allusion aux
fortifications de Caudebec, qui étaient con-
sidérables, ainsi qu'on le voit dans le plan
donné par M. Saulnier? {Essai historique
et artistique sur Caudebec et ses environs.
Rouen, Périaux, 1841.) C'est ce qu'il res-
terait encore à découvrir.
Caudebec a subi plusieurs sièges. Se-
rait-ce un souvenir du plus célèbre d'entre
eux, celui de 1592, qui occupe une place
importante dans l'histoire de la Ligue?
I_^s habitants, dévoués à Henri IV, se dé-
fendirent vigoureusement contre Alexan-
dre Farnèse, qui fut atteint au bras d'un
coup de mousquet parti d'une tour nord-
est, appelée la Meurtrière. Farnèse s'em-
para de la ville, mais il fut bientôt obligé
de l'abandonner, et il fit alors une retraite
admirée par Henri IV lui-même. Quel-
ques jours après, il mourut des suites de
sa blessure. Ad. D.
Gnathène et Stilpon (V, i). — Dans le
discours préliminaire mis par le savant
abbé Richard en tête de sa traduction des
Lettres d'Alciphron (i" vol., p. 71), le
trait sur lequel M. Yezimat demande des
détails est rapporté ; seulement, il est at-
tribué à Glycère et non à Gnathène. Voici
le texte :
« Le philosophe Stilpon, soupant un
« jour avec Glycère, lui reprochoit qu'elle
a et ses semblables gâtoient la jeunesse.
« Ne peut-on pas, lui dit la courtisane, te
a faire le même reproche et à tous les
« philosophes? Ne corromps- tu pas l'es-
a prit et le cœur de ceux qui fréquentent
a ton école, par tes questions inutiles, tes
a demandes captieuses, tes paradoxes har-
« dis, tes réponses ambiguës? Qu^im-
« porte que la jeunesse qui doit être gâtée
« le soit dans la maison d'une courtisane
« ou dans l'école d'un philosophe? Tout
a l'avantage, s'il y en a, est de mon côté;
a car, comme le dit Agathon, une femme
a dont le genre de vie affoiblit les forces
« semble gagner, du côté de l'intelligence
a et de l'esprit, ce qu'elle perd du côté du
a corps. Or, c'est ce qui arrive à la jeu-
ce nesse qui nous fréquente. »
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo mars 1869.
123
126
L'abbé Richard ne cite pas son auteur
sur ce trait isolé, mais il dit, à la page sui-
vante, en parlant des courtisanes: «Ce
• que j'en ai dit dans ce discours, pres-
• qu'entièrement tiré du recueil d'Athénée,
a suffit pour donner une idée générale des
« femmes de cet état. »
Il est donc presque certain que c'est dans
Athénée { Deipnosophistarum lib. XV)
que M. Yezimat doit chercher le texte pri-
mitif cité par Colletet. Cet ouvrage a été
traduit par Michel de Marolles, 1680, et
par Lefebvre de Villebrune, 1789-51.
J'incline à croire que l'abbé Richard,
ayant Athénée sous les yeux, est dans le
vrai en attribuant à Glycère la réponse
que Colletet attribue à Gnathène. Colletet
aura probablement cité de mémoire.
E. G. P.
De qni est le rondean : < A la fontaine
où s'enTvreBoilean? » (V, i). — Le grand
Dictionnaire de Larousse, articles Bense-
rade et Chapelle^ l'attribue positivement
à ce dernier. J. M t.
Un vers de Leblanc (V, 3). — Ce vers
n'est arrivé jusqu'à nous que par la tra-
dition, n'ayant pas survécu à la première
représentation, qui eut lieu le 12 juin 1763.
Il n'existe pas dans la pièce imprimée. Il
y a une troisième version, qui paraît la
vraie, étant la plus répandue. La voici
d'après une note de M. Bonhomme {Jour-
nal de Collé, Paris, Didot, 1868, p. 3o8,
t. II) :
« Bachaumont s'égaye de cette tragédie,
« qui renfermait ce vers, que l'auteur sup-
« prima à l'impression :
Crois-tu d'un tel forfait Manco-Capac capable ? »
Dans une notice sur Leblanc, en tête de
Manco-Capac (Suite du Répertoire du
Théâtre 'Français, Paris, veuve Dabo,
1 82 2), on lit : « Ala première représentation,
a le parterre rit beaucoup de ce vers ridi-
tt cufe et singulier :
Crois-tu de ce forfait Manco-Capac capable?»
La version de M. de Pongerville n'est
donnée par aucun autre écrivain. Z. A.
— On cite de deux manières différentes
le fameux vers de Leblanc de Guillet.
aU"
cette
manière :
le lameux vers ue L.cDianc ac oui
M. Edouard Fournier (V Esprit des
très, 4" édition, p. 197), le donne de c
Crois- tu àt et forfait Manco-Capac capable?
M. de Pongerville (dans la préface de
sa traduction de Lucrèce) y met cette va-
riante :
Crois-tu de cruauté Manco-Capac capable ?
M. Euqorral est d'avis que la véritable
version est celle de M. de Pongerville. Et
la raison, c'est que, un poëte tel que Le-
blanc de Guillet étant donné, plus le vers
est mauvais, plus il est de lui.
La tragédie de Manco-Capac fut, dès sa
deuxième représentation , impitoyable-
ment châtrée par dame Censure, à cause
de certaines tirades contre les abus du
despotisme, qu'on croirait écrites trente
ans plus tara. On supprima 36o vers,
parmi lesquels se trouvait celui que sa
cacophonie a rendu célèbre. (Voir Biogra-
phie universelle de Michaud, article Le-
blanc, par le marquis d'AudifFret.) Il est
donc difficile de se prononcer sur la véri-
table version. Nous inclinons, comme
plus universellement admise, pour la cita-
tion de M. Edouard Fournier. Quant à la
boutade de M. Euqorral, se rangeant à
la version de M. de Pongerville, elle nous
paraît trop rabaisser l'auteur de Manco-
Capac, Condorcet faisait grand cas de
cette tragédie, et Voltaire écrivait à son
sujet à d'Argental (i3 juillet i763) :
« Manco-Capac est-il imprimé ? Il faut tâ-
cher que le drame inconnu (probablement
Olympie, que Voltaire terminait alors)
soit un petit Manco ; qu'il y ait du fort,
du nerveux, du terrible. » Un professeur
d'histoire, membre de la Société académi-
que du Puy, M. Cl. Perroud, a publié en
1864 une notice biographique de 62 pages
in- 8'» sur Leblanc de Guillet. Cette notice,
faite d'après des documents inédits et peu
connus, trouvés par M. Perroud dans la
bibliothèque du grand séminaire du Puy,
contient plusieurs lettres fort intéressantes
adressées à l'auteur de Manco-Capac par
plusieurs grands personnages de l'époque,
lesquels avaient de son talent une idée
autre aue celle de M. Euaorral. Les cor-
respondants de Leblanc de Guillet sont
Malesherbes, Trudaine, Bréquigny, Vol-
taire, Maurepas, le comte de Vaudreuil,
Bailly, Marmontel, Thomas, Dacier et
l'abbé Barthéleiny. Parmi ces lettres, la
plus curieuse, sans contredît, est celle que
M"»« Polier écrivait à Leblanc le 20 fé-
vrier 1789, pour lui demander sa collabo-
ration à une Histoire de la philosophie
depuis le commencement du monde, éla-
borée d'après le plan de celle de Brucker.
Mme Polier a rédigé, de 1793 à 1800,
le Journal littéraire de Lausanne, Elle
fait allusion, dans cette lettre, à un grand
ouvrage sur la Mythologie des Hindous^
qui parut en 1809 (2 vol. in-8®), et dont
un incendie a détruit presque toute l'édi-
tion. Cette savante dame avait une ortho-
graphe des plus capricieuses, à en juger
par sa lettre à Leblanc de Guillet.
F. BoissiN.
Naissance et mort de Henri Sauvai (V, 4).
N» 10 ij
L'INTERMÉDIAIRE
127
- 128 -
— « Henri Sauvai, avocat au parlement,
travaillait alors à nous donner une con-
naissance plus exacte de nos antiquités. Il
fit des recherches immenses; il recueillit,
dans les dépôts publics et dans les archi-
ves particulières, un nombre prodigieux
de documents et de lettres qui pouvaient
nous donner des lumières certaines sur
l'état ancien et moderne de la ville de Pa-
ris; mais il n'eut pas le temps de les met-
tre en ordre : il mourut en 1670, et son
manuscrit n'a été imprimé qu'en 1724. »
(Jaillot, Recherches critiques, historiques
et géographiques sur la ville de Paris;
dans le discours préliminaire, et à la
page IX. Edition de 1782, 5 volumes in-8®.)
Le Mercure françoiSy jpaiTu. bien avant
1670, et la Galette de France, créée en
i63> par d'Hozier et Renaudot, doivent
assurément parler de la mort de Henri Sau-
vai. M. Leroux de Lincy fera peut-être
bien de parcourir ces deux journaux, à
Tannée 1670. (Paris.) J. T. L.
Sainte GenevièYe (V, 4). — Outre les
vies de sainte Geneviève bien connues, des
PP. F. Pierre le Juge (i586) et Pierre
Lallemant (i653), je citerai les suivantes,
d'où l'on peut peut-être extraire quelques
documents précieux : — La Vie et Mira-
racles de la vierge Af"« sainte Geneviève,
patronne de Paris, par J. Corbin, conseil-
ler et maistre des requestes ordinaire de la
Royne, Paris, i632, in-12. — Georgii
Wallini filii, de sancta Genovefa, Pari-
siorum et totius regni Galliœ patrona,
disquisitio historico - critico - theologica ,
in III part, divisa, Wittenbergœ, 1723.
In-4<' de 275 p., figures. — Genovefa, epi-
cum Carmen, autore Ludovico Rouget
{prof essore in colle gio Montis-Acuti), Pa-
risiis, 1 743, in-8. (Poëme latin en 24 chants
sur sainte Geneviève.) — La Vie de sainte
Geneviève, vierge, patronne de Paris, par
le Nain de Tillemont. Paris, 1825, in-12.
HiPP. BONNARDOT.
— M. Nossiop lira avec intérêt et profit,
j'en suis doublement sûr, dans £^5 Femmes
célèbres de Fancienne France, par un de
nos savants collaborateurs, M. Le Roux de
Lincy, un chapitre (le premier du livre I)
qui est intitulé : Histoire de sainte Gene-
viève et de son culte, M. Le Roux de Lincy
(notes et appendices, p. 6o3) renvoie à une
liste très-complète, dit-il, des vies particu-
lières de sainte Geneviève, donnée par
M. A. de Bougy à la suite de son His-
toire de la bibliothèque de Sainte^Gene-
viève (Paris, 1847, in-8", p. 274 a 290). —
Je n'ai évidemment pas l'intention d'ap-
peler l'attention de M. Nossiop sur Tample
et curieuse notice consacrée par les Bol-
landistes à la patronne de Paris.
Yezimat.
Snr un pamphlet contre Catherine de
Médicis (V, 6). — Je possède ce petit vo-
lume, en anglais, imprimé à Heidelberg
en 1575; mais il est aussi sans nom d'au-
teur.
Il y a écrit en haut de la première
page : Ex dono amici charissimi Edoardi
Smith Armigeri; mais cela n'apprend
rien. P. A. L.
Le t Voyage de Saint-Clond par mer et re-
tour par terre » (V, 7). — J'ai acheté 1 5 cent,
un exemplaire de cette plaisante satire du
béotisme parisien au XVI 1I« siècle, édi-
tion de 1797. ^ Pétris, chez Drost aîné et
Marguet, imprimeurs, rue Tiron, au
Marais, près celle Saint-Antoine. » C'est
un petit in-12, divisé en deux parties: la
^vtm\tve {Voyage de Paris à Saint-Cloud
par mer, iv-97 p.), est précédée d'une
notice sur l'auteur, Louis-Balthazar Néel,
né à Rouen et mort en 1754. a On ne peut
nier, dit la notice, cjue ce fût un homme
de beaucoup d'esprit et qui possédait le
rare talent de plaisanter avec agrément.
Cependant il s'est peu exercé en ce genre,
où il pouvait se promettre du succès. Il a
donne quelques pièces de vers médiocres,
une Histoire du maréchal de Saxe et une
Histoire de Louis, duc d'Orléans, mort en
1752. » — La seconde partie {Retour de
Saint'Cloud par terre, xv-54 p.) est
sans nom d'auteur; mais la notice citée
plus haut porte qu'on l'a a attribuée à
M. Augustin-Martin Lottin, libraire et
imprimeur de Paris. » Dans l'avant-pro-
pos qui est en tête de cette seconde partie,
on lit: « J'aurais pu rapporter le jugement
favorable qu'a porté de ma première édi-
tion un ingénieux et sublime observateur
littéraire, M. D. L. P., dans ses feuilles
périodiques, t. I, p. 354, ^^c. » Quel est le
nom et le titre des feuilles périodiques de
cet a ingénieux et sublime observateur
littéraire^ » La carte de l'édition de 1754
ne se trouve pas dans mon exemplaire; il
est seulement orné d'une gravure représen-
tant les adieux du héros à son régent, à sa
mère et à ses deux tantes, au moment de
l'embarquement.
A titre de renseignement, j'ajouterai
que le Magasin pittoresque {iS63)q donné
un curieux et amusant article sur le Voyage
de Paris à Saint-Cloud, illustré de la
scène des adieux et du plan du voyage de
Saint-Cloud, sans doute la reproduction
de celui de l'édition de 1754. Outre la
citation de plusieurs fragments de l'ou-
vrage, on trouve dans cet article d'inté-
ressants éclaircissements archéologiques
et géographiques sur les lieux, aujourdhui
transformésou disparus, cités dans l'ou-
vrage ou désignés sur le plan. Il contient
aussi des renseignements bibliographiques
qui apprennent que la première édition
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo mars 1 86g.
est de 1748, et que c'est en 1760 que
Lottin donna une nouvelle édition de cet
opuscule, en y ajoutant une suite de sa
façon (le Retour par terre), qui est loin de
valoir la plaisanterie de Néel.
J. Mt
— M. D. Frion demande t quelles sont
les autres éditions de cet amusa nt ouvrage •
J'en connais deux : la première ( La
Haye, 1748, in- 12) et une des dernières,
celle qui a été donnée, en i852, chez Pas-
sard, par un bibliophile du plus grand
mérite, M. Gratet-Duplessis, sous le pseu-
donyme d'Hilaire le Gai , dans la Petite
Bibliothèque des voyages amusants. Ce re-
cueil contient le Voyage de Chapelle et
Bachaumont, celui de Racine à Uzès,
celui de La Fontaine en Limousin, celui
de Piron à Beaune, celui de Le Franc de
Pompignan en Languedoc et en Provence
le Retour de Saint- Cloud à Paris, par
terre, de Lottin ; le Voyage de Voltaire à
Berlin, celui de Desmahisà Saint-Germain,
celui de Parny à Tîle Bourbon, celui de
Bertin en Bourgogne, celui de Boufflers en
Suisse, etc. Euc^orral.
— Doctus cum libro^ je trouve dans le
Manuel du Bibliographe normand de Ed.
Frère, une édition d\i susdit voyage à la
date de 1748, c'est à n'en pas douter l'édi-
tion princeps. Il y a eu bien des réim-
pressions jusqu'en 1797, époque où chez
Drost, imprimeur, il en parut une assez
jolie, avec une très-courte notice de A.-A.
Barbier, et la suite donnée déjà plusieurs
fois mais qui n'est pas de Néel , illustrée
en outre de deux gravures fines.
Parmi les livres qui ont été faits à l'image,
sinon à la ressemblance, du Voyage de
Paris à Saint'Cloud, il ne faut pas oublier
une production normande de la Biblio-
thèque bleue: Le Voyage de la Bouille, par
mer et par terre, nouvelle historique dont
la première édition est de 1752.
(Rouen.) G. Lormier.
Le couvent des Oiseaux (V, 21). — Dans
Les Enigmes des rues de Paris (page 200,
note), M. Edouard Fournicr dit : « Le
couvent de la rue de Sèvres, qui se nomme
de même (des Oiseaux), appartenait au
sculpteur Pigalle, qui y fit peindre des
myriades d'oiseaux sur les murs d'une
vaste salle : de là son nom. (G. Duval,
Souvenirs thermidoriens ^ tome I, pages i5
et 227.) »
Il n'est fait aucune mention de cette
propriété dans La Vie et les Œuvres de
J.-B. Pigalle, par P. Tarbé. Paris, Re-
nouard, 1859, in-8. Frédéric Lock.
Origine du Dindon (V, 10). — Aux ren-
seignements qui prouvent que l'iniroduc-
i3o -
tion du dindon en Europe est antérieure
à Charles IX et même aux Jésuites, il
faut joindre celui-ci: Marguerite, reine de
Navarre et duchesse d'Alençon, ou plutôt
sa fille Jeanne d'Albret, alors encore enfant,
avait, dans son parc d'Alençon, des dindes
dont le fermier de ce parc fut chargé
d'avoir soin, par un bail de i534 et par
un second bail de i539, ^^^ termes du-
quel il lui fut assigné 3i livres 8 sols
6 deniers par chacun an, pour l'entretien
et la nourriture de 6 coqs et poules dindes.
L. DE LA SiCOTIÈRE.
La petite oie (V, 14). — Oie^ dans le sens
de/aveurs, se lit dans la Henriade tra-
vestie, ch. IX:
Tandis qu'ainsi Bourbon en joie
Prend la grande et la petite oie.
(Alençon.) L. D. L. S.
Erudition de Mathurin Régnier (V, 27).
— L'embarras que cause à M. J. L. le
mot de Sinderese, ne provient que de l'or-
thographe vicieuse employée dans son édi-
tion de Régnier. Sous la véritable orthogra-
phe, Syndérèse, M. J. L., aurait trouvé
ce mot, dérivé du grec, dans plusieurs de
nos dictionnaires, à commencer par celui
de l'Académie. C'est un terme de dévotion,
synonyme de contrition, et qui, en lan-
gage mystique signifie remords, ou au
moins trouble, scrupule de conscience.
Clov. Mx.
— Le mot syndérèse a une significa-
tion bien connue. Il veut dire remords,
repentir, contrition. Il vient, disent les
dictionnaires, du mot grec auvnfjpYîatç ,
observation attentive. Je le trouve en-
core employé dans un livre imprimé en
18 10, Geneviève et Siffrid, et dont l'au-
teur (Louis du Bois) se piquait de purisme
littéraire. « Poursuivi par les syndérèses
a qui ne devraient torturer que le cœur
« des coupables... » (II, 137 et i38.) On
m'assure que Voltaire s'en est, lui aussi,
servi, et M. Littré nous en signalera, se-
lon toute apparence, d'autres emplois.
(Alençon.) L. de La Sicotière.
P. S. Cette note était écrite quand
M. Daulne, dont les lecteurs de V Intermé-
diaire ont pu apprécier depuis longtemps
l'érudition philologique, m'a communiqué
d'intéressantes observations sur l'emploi
et l'étymologie du mot syndérèse.
Voltaire, et même Chateaubriand, l'au-
raient, en effet, employé dans le sens de
remords, déchirement de conscience.
L'étymologie ci-dessus lui paraît hasar-
dée. Il préférerait dériver le mot syn-
dérèse du grec Idçnù, écorcher, blesser,
déchirer, reprocher; et c6v, ensemble,
N* loi.]
L'INTERMÉDIAIRE
- i3i
l32
complètement, ou même du grec '3Y}p(C(0,
combattre, lutter; Sîjpiç, bataille.
Il pense que c*est par une confusion de
mots que certaines personnes ont cru voir
dans ce mot syndérèse l'indication de la
mineure du syllogisme, dans la vieille lo-
gique scolastique. Nulle part il ne Ta
rencontré pris dans ce sens.
Lia \j» Kiât ^.
— Je crois que ce vers :
Sçait ce qu'est qu*h3rpostase avecque sindérèse.
veut dire tout simplement que Macette
avait acquis des connaissances au-dessus
de celles de son sexe et de son état, sur-
tout en ce qui pouvait servir à son hypo*
crisie. E. G. P.
Jacques Prévost, peintre-gravear fran-
çais (V, 28). — Nous n'avons malheu-
reusement pas le pouvoir de satisfaire
M. Jacques D..., nous venons seulement
lui soumettre un doute ; il possède une
Nativité^ signée Jacques Prévost, mais
non datée, — M. Jacques D..., a-t-il lu
dans l'excellent Dictionnaire critique de
biographie et d'histoire de M. Jai, ce pas-
sage : a Jacques Prévost, peintre du roi,
porté sur les états de la maison du roi
(i 641-1648) pour 3o liv. de gages annuels,
était fils de François md. cirodeur et
chasublier, et avait épousé à Paris (paroisse
de Saint-Jean-en-Grève), le 2 février 1646,
Antoinette Bounet, fille d'un sergent royal
à Nesle, diocèse de Beauvais. » Le musée
d'Orléans possède en outre, et mainte-
nant nous copions le catalogue : a (Prévost
école française XVI I« siècle. Il a travaillé
au château de Richelieu ) : 484. Salo-
mon adorant les idoles, toile, haut. 1,80,
larg. 1,70 (ce tableau décorait l'une des
cheminées de la galerie du château de
Richelieu qui tenait la moitié de la façade).
— 485. Thétis recevant de Vulcain les
armes qu'il a forgées pour Achille, toile,
haut. 1,92, larg. 1,72. — 486. Le sacri-
fice de Polixène sur le tombeau d'Achille,
toile, haut, 2,10, larg. 1,70. — 487. Por-
cia avalant des charbons ardents après la
mort de Brutus, toile, haut. 2,10, larg.
1,70 (ce tableau décorait la cheminée de
la chambre dite de Porcia, au château de
Richelieu); tous ces tableaux ont été don-
nés au musée d'Orléans, par M. Pilté
père. • Concluons maintenant: la iVj/iVîVe
de M. Jacques D..., est-elle Tœuvre du
Prévost du XVI« siècle, est- elle l'œuvre
de J.Prévost du XVI le?
£. Bellier de la Chavignerie.
— Le deuxième catalogue de la vente
de l'important cabinet du chevalier
J. Camberlyn {Paris, Vignères^ 2 vol.
in-80, i865), donne sous les numéros ,
2706 à 279^ et au nom de: • Prévost
(Ntcolas), peintre et graveur à Veau-forte
français florissant vers le milieu du
j XV II* siècle n la désignation détaillée de
3uatre morceaux « très-rares » « non
écrits » et en « très-belles épreuves » de
l'œuvre de ce maître.
M. Jacques D. pourrait se reporter à
' l'ouvrage cité et voir si ( malgré la diffé-
rence du prénom des deux artistes), le
n« 2796 : La Vierge tenant sur ses ge-
noux i enfant Jésus, etc, n'a pas quelque
rapport avec la Sainte Camille signalée
par lui dans la question ci-dessus. T.
FamiUe de Kontchal (V, 3i). -- M. Th.
D. trouvera une généalogie de cette fa-
mille dans V Annuaire de la Noblesse, pu-
blié par M. Borel d'Hauterive, année 1 858.
Je garantis d'autant moins l'exactitude
historique de cette pièce, reproduite avec
la plus grande courtoisie, que M. Borel
d'Hauterive a toujours repoussé la respon-
sabilité des articles publiés dans ses An-
nuaires.
Moréri {Le Grand Dictionnaire histo-
rique) rapporte que Charles de Montchal,
archevêque de Toulouse, personnage le
plus marquant de cette famille, était fils
d'un apothicaire d'Annonay; et l'auteur
de la généalogie précitée donne pour père
à ce {>rélat un gentilhomme de la chambre
du roi.
L'apothicaire aurait-il été transformé
en gentilhomme ? Aurait-on bénévolement
placé entre les mains pacifiques du bénin
Fraticien une épée meurtrière au lieu de
instrument innocent, quoique pointu,
devant lequel fuyait l'illustre Pourceau-
gnac? Les généalogistes ont commis une
quantité de métamorphoses de ce genre.
(Je qu'il y a de certain quant à la famille
Montchal, c'est que deux personnes de ce
nom, Bonnefoy et Pierre, furent épiciers
à Lyon; ils figurent en cette qualité sur
les syndicats ou instruments de l'élection
des conseillers de ville en 1546 et i56i.
La corporation des épiciers se composait
à cette époque des droguistes, des apothi-
caires et des épiciers, il n'est pas question
de ces deux bons marchands lyonnais
dans la généalogie susdite.
Que M. Th. D. ne prenne point à la
lettre le dire de M. Ch. Eynara, relative-
ment aux familles nobles de France et
d'Italie qui tenaient comptoir à Lyon au
XV l« siècle. Mes recherches spéciales (je
pourrais dire mes campagnes) sur les ori-
gines des familles nobles et consulaires de
Lyon me permettent d'avancer que la plu-
part de ces familles n'étaient pas nobles à
cette époque et qu'il faut se défier de la
ressemblance des noms.
Le nom de Montchal a passé par al-
liance et par substitution à la famille de
Ruolz. (Lyon.) V. de V.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[10 mars 1869.
i33
i34
— Cette famille, éteinte le 7 sept. 1698,
en la personne de Jean-Pierre cle Moht-
chal, conseiller au Parlement de Paris, est
originaire du Vivarais, où elle est authen-
tiquement connue dès le XII I« siècle. Le
nom et les armes de Montchal (de gueules
au chef d'or timbré de trois molettes d'a-
zur, etc. Voir Bietstap, Armoriai général
de V Europe, Gouda, 1861, gr. in-8», re-
cueil précieux et pas assez connu en
France, contenant 60,000 descriptions
d'armoiries), ont été relevés par la famille
de Ruolz, en Vivarais et Lyonnais. C'est
au nom de Ruolz que les armoiries de Mont-
chal figurent dans V Armoriai du Lyonnais^
de A. Stegert, qu'a consulté M. Th. D. Il
trouvera, du reste, une généalogie assez
complète de Montchal dans V Annuaire de
la Noblesse, par Borel d'Hauterîve, i858,
p. 2 55. U Armoriai du Languedoc, par
L. de La Roque, donne, au tome 1% la
généalogie de Ruolz, p. 457, et au tome II
(p. 397 et 440), les actes par lesquels fut
consommée la substitution de la branche
cadette de cette famille aux nom et armes
de Montchal.
Quant aux noms cités par M. Ch. Ey-
nard, ils se trouvent tous, à l'exception
de ceux d'Arnolfini, de Chicheli, de Ca-
landrini, de Thellusson et de Montchal,
avec l'indication des professions remplies
par leurs titulaires au XVI*» siècle, aan>
les Origines des familles consulaires de
Lyon, par V. de Valous, i865.
R. DE C.
— Je connais une famille de Montchai
dont plusieurs membres habitent le Poi-
tou. Son nom patronymique est Barentin
de Montchal; elle est alliée aux familles de
La Toison, des Courtis, et à bien d'autres
encore dont il doit être question dans les
nobiliaires du Poitou. Je ne connais au-
jourd'hui, comme représentant le nom,
qu'une dame de Montchal , supérieure
d'une congrégation religieuse à Nevers.
On trouvera les armoiries d'un de
Montchal dans l'Armoriai manuscrit de
d'Hozier, à la Bibliothèque impériale ,
volumes de Paris, L 887.
Cette famille de Barentin paraît avoir
eu plusieurs branches. Nous trouvons,
dans l'Armoriai général de d'Hozier, les
Barentin des Minières, en Vendomois, et,
dans le Dictionnaire de Chevillard, les
Barentin d'Ardivilliers.
Le XVII» siècle a produit un archevê-
que de Toulouse nommé Charles de Mont-
chal, dont nous avons les Mémoires en
deux volumes in-12,
A. DE ROCHÂMBEAU.
— Le Dictionnaire généalogique de La
Chesnaye des Bois (t. II du supplément,
p. 598, édition in-12 de 1761), contient
sur la famille de Montchal, qu'il dit noble
et très-ancienne, une courte notice qui
paraît empruntée aii Mercure de France
de juillet 1724, p. 1640.
Il indique comme sources à consulter :
le Martyrologe des chevaliers de Malte et
l'ouvrage de Lhermite-Soliers et de Blan-
chard (Eloges des premiers présidents du
parlement de Paris. Paris, in-fol., 1645),
p. 78 et 110, où la généalogie de cette fa-
mille serait donnée en partie.
Elle comptait en i685 un conseiller au
parlement de Paris.
Armes : de gueules au chef d'or chargé
de 3 molettes d'azur. (Douai.) A. P.
Gourgandine (V, 3i). — Aux XVI I« et
XVIII* siècles. Gourgandine était aussi
l'un des deux cents noms bizarres, parti-
culièrement appliqués aux nouveaux ajus-
tements féminins.
Voyez à ce sujet Boursault, Les Mots à
la mode, comédie en vers (1694), scène xv« :
Enfi
Entr
ri, la gourgandine est un riche corset,
•'ouvert par devant, à l'aide d'un lacet.
Tous les portraits historiaues des plus
célèbres gourgandines royales, de celles
que leur nistorien privilégié, M. Cape-
figue, nomme si galamment les Reines
de la main gauche. — nous montrent suf-
fisamment, par l'écnancrure plus qu'entre-
bâillée de leurs... gourgandines, combien
ce genre d'ajustement était, par elles, ap-
précié. Ulric.
Le brouillard du Choléra (V, 32). — Le
P. Hue, dans son Empire chinois (t. II,
p. 25, édit. de 1854), a signalé un fait,
ou, si l'on veut, un conte analogue : l'ap-
parition sur la mer Jaune, en 1820, d'un
grand nuage roux, qui aborda la côte de
Chine et sema les germes du choléra par-
tout où il avait passé. — Post hoc, ergo
propter hoc, Philinte.
Une métaphore de Victor Hugo (V, 34).
— La recherche de la paternité littéraire
n'étant pas interdite, un nouveau préten-
dant surgit pour réclamer part entière dans
la création de cette métaphore célèbre :
On Ut en effet dans Saint Amant.
J'entreprendrois de supputer le nombre
Des doux de feu qui dorent la nuit'sombre.
(Saint-Amant, Œuvres, II* partie, in-4",
1643, page 128.)
U.
Raphaël (V, 41). — Le cavalier profes-
seur Pompeo Gherardi vient de publier ce
travail : Délia vita e délie opère di Gio-
vanni Santi, padre di Rajffaè'llo, dans :
VUmbria e le Marche, rivista letteraria
e scientijîca, publiée à Spoleto depuis le
i5 mai 1868, par le professeur Luigi Mo-
L'INTERMÉDIAIRE
i36 -
raniii. Il appartient à l'Intermédiaire d'ap-
peler l'attention sur les études contenues
dans des publicaiions de ce genre.
RiSTELHUBER.
Les armes de Voltaire {\ . 43).
M. M. T. désirait connaître les armo.
du ■• seigneur de Cirey, Ferney et autres
lieux. » Le croquis que voici
répondra, i'espère. â sa demande. Je l'ai
copié (en l'agrandissant un peu) d'après
une empreinte du cachet même de Vol-
taire, qui fut faite devant moi au château
de Ferney, en i836, par !e vieux gardien,
dont Je père avait été jardinier du grand
philosonhe, et qui se le rappelait.
Sur l'écusson ovale, au champ d'azur,
trois flammes, une couronne; deux lé-
vriers pour supports ; sous l'écusson, une
croix,
On me donna en même temps une co-
pie des derniers vers de Voltaire, dictés
le 29 mai 1778, la veille de sa mort :
u hautement
S'ils ont des préjugés, j'en guérirai les Ombres.
P.-A. L.
— Le pÈre de Voltaire, François Arouet,
conseiller du roi, receveur des épices à la
chambre des comptes, » fit enregistrer ses
armes en vertu de l'édii de novembre
i6g6 : « d'or à trois flammes de gueules n
(Armoriai général MS. de la Bibl. imp. :
Généralité de Paris, t. I, p. 1226). —
Quant a Voltaire, il conserva les mêmes
pièces, mais en changea les émaux, et
porta " d'azur à trois flammes d'or, n C'est
ce que prouvent les empreintes de son
cachet que l'on voit sur ses lettres, et où
son blason est orné d'une couronne et
d'une décoration allemande.
Voir aussi le Dictionnaire héraldique Je
Grandmaison, dans la nouvelle Ency-
clopédie théologique de l'abbé Migne,
col. 373, v» Arouet de Voltaire llle-de-
France]. (Douai.) A. P.
de ridicule Pont-à-Mousson et les Mussi-
pontins. En vain ai-je fouillé dom Calmet,
le P. Abram, Lepage, etc., etc., tous ceuï,
dis-je, qui ont écrit sur la Lorraine en gé.
néral, et sur Pont-à- Mousson en pariicu-
Je prie donc M. H. H. D. L. de me
dire, pour m'aider dans mes recherches,
quel ridicule s'attache au nom de cette pe-
tite ville. Que M. H. H. D. L. soittouiS
l'aise pour me répondre ; je ne suis pas de
Pont-à- Mousson, J'ai seulement le mal-
heur d'y tenir garnison!
Mais ma réponse a tout l'air d'une ques
fPont-à-Mousson.) Th. Pasquier.
— M. H. H. D. L. pourrait, je le crois,
consulter utilement, sur le sujet en ques-
tion, une série d'articles fort intéressants
publiés par M. Charles Monselei, vers 1
1862- 1864, dans le Monde illustré eiism l
le Figaro, sous le titre courant de : Les
Villes comiques.
Ces articles du célèbre gourmet doivent
nécessairement aujourd'hui se trouver fa-
cilement réunis en un volume de biblio-
thèque. Ulr-
La Bévolntion française écrite par lu
autears latins(V, 5a). — Ce n'est pas dans
l'Hermès romanus de Bar bier-Vé mars (et
non pas LoËve-Veîmars, personnage tout
à fait différent du premier) qu'il faut cher-
cher ce piquant opuscule. Les Essais ssr
l'histoire de la Révolution française f"
une société d'auteurs latins parurent en
1810, in-8",eteurent rapidement plusieurs
éditions (1801, i8o3,etc,).
Il y a beaucoup d'esprit et d'à-propos
dans l'agencement des morceaux qui com-
posent cet ouvrage. Il est surtout intéres-
sant en ce qu'il montre combien l'humanité
change peu, tout en s'agitant beaucoup,
et comment, après tant de siècles écoulés,
les mêmes passions politiques ont pu en-
gendrer les mêmes événements, inspirer
les mêmes idées, parler le même langage-
L'auteur était M. Héron de Villefosse, ue-
memnre ue 1 inïuii
du même genre, embrassant l 'histoire de
la fin de l'Empire et du commencement de
la Restauration, a été pubhé par le comte
de Beaurepaire-Louvagny, vers 1818. 'I
est très-rare,
(Alençon.) L, de La Sicotière.
— On peut citer divers exemples de \ta%
d'esprit de ce genre. Il existe des £««"
sur l'Histoire de la Révolution français!.
Société d'auteurs lattns. Pans-
VHI, in-8% 85 pages. Ce badinage. di)
a M. Héron de Villefosse, obtint quelqf
succès, puisqu'il eut deux autres édi-
tions, an Vlll, in-i3, 107 pages, et iSo-'>
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo mars iSGg.
i37
i38
in -8®, XXII et III pages ; il en parut une
traduction italienne. Chaque fait, chaque
réflexion provoque une citation de Tacite,
de Quinte-Curce, de César ou d'autres
classiques. M. Leber en offre dans le Ca-
talogue de sa bibliothèque (Paris, Te-
chener, iSSg, 3 vol. in-S») quelques exem-
ples qu'il serait superflu de reproduire ; la
pensée de rapprochements semblables n'é-
tait pas neuve ; l'auteur du Justin mo-
derne {Villefranche, 1677) s'était avisé
d'écrire une critique amère de la poli-
tique de Louis XIV en la composant de
phrases empruntées à l'historien Justin.
Nous connaissons également une brochure
de 3 1 pages, imprimée en 181 5 : Tacite, his-
torien du Roi, de Madame, de Bonaparte,
de la Charte, etc. On trouve, au sujet de
ce dernier ouvrage, quelques détails dans
un volume fort curieux, publié à Londres
en 1868 et tiré à petit nombre : Revue
analytique des ouvrages écrits en centons
par un bibliophile bel^e. C'est à tort que
M. L. Lalanne l'a attribué à Beuchot. No-
tons aussi en passant un centon composé
de 5oo vers environ, tous empruntés à
Claudien, et destiné à célébrer le retour
de Louis XVIII en France. Ce tour de
force est dû à M. L.-À. Décampe, né à
Narbonne, et qui était en 181 7, profes-
seur de littérature à Toulouse. Nous igno-
rons quel accueil le roi, ami de la poésie
latine, fit à ce travail, mais Décampe ne
fut sans doute pas mécontent, puisqu'en
1826 y il publiait un Eloge historique de
Louis XVII I, in-80 de 72 pages. C. B.
— Ce n'est en somme que la citation
d'une brochure de xxiv-ii2 pages, sans
nom d'auteur, intitulée : Essais sur l His-
toire de la Révolution française, par une
société d' auteurs latims, etc. Romce, prope
C ce saris hortos, et se trouve : à Londres,
chez Dulau; à Dublin, chez Jones; à
Malte, chez Capaci ; à Lisbonne, chez
Paul Martin; à Pétersbourg, che2 Jay; à
Berlin, chez Nicolaï. i8o3. Le livre a eu
plusieurs éditions. Après une préface qui
contient des réflexions sur les principes de
la philosophie moderne, extraite du Dis-
cours préliminaire des Trois siècles de la
littérature française, imprimé en 1779,
on trouve des citations d'auteurs latins
offrant de piquants rapprochements avec
les principaux événements de la révolu-
tion. Il y a le texte latin avec des traduc-
tions généralement très-bien faites. Les
extraits auraient pu être plus complets.
Ainsi, par exemple, V Enéide fournit des
rapprochements curieux avec la fuite vers
Varennes. Le livre ne les donne pas.
^ Feuillet de Conchés.
Eglise de Saint- Herbeland, à Rouen
(V, 56). — Saint Herbland est un des
saints dont le nom s'est modifié des façons
les plus différentes. Herbelandus ou Hen
melandus, abbé d'Hindre, en Bretagne,
au commencement du Vllfe siècle, est de-
venu Herbeland, Herbland, Erbland, Ar-
blan, Erblein et Erblon. La commémora-
tion, en Bretagne, est au 2 5 novembre;
dans les martyrologes, le 2 5 mars; et à
Paris, le 18 octobre. Sans parler des bol-
landistes, M. A. N. trouvera quelque
chose dans les histoires ecclésiastiques, et
surtout dans toutes les anciennes descrip-
tions de Rouen; mais' il devra, en particu-
lier, voir l'article de M. l'abbé Ouin- La-
croix, dans son livre sur les Corporations
religieuses de Rouen (i85o, p. 5o4), et,
dans les Archives de V Art français (i*"® sé-
rie, VI, p. 179-80 et p. 201-12), la réim-
pression du livre, inconnu à M. Ouin-La-
croix, contenant les statuts de la confrérie
des peintres et sculpteurs de Rouen, « éri-
gée sous l'invocation de saint Luc, en
Péglise paroissiale de Saint-Herbland, le
17 de septembre i63i, » d'après l'édition
de Cabut, à Rouen, 1715. La fête de saint
Luc, qui a passé pour avoir été peintre, et
celle de saint Herbland, sont toutes deux
le 1 5 octobre, coïncidence qui a dû être la
raison déterminante du choix des peintres
de Rouen. A. M.
— Voici ce que dit Servi n {Hist. de la
Ville de Rouen, 2 vol. in-8. Rouen, 1775)
à propos de cette église :
a II y a à Rouen... 36 églises parois-
siales...
« Paroisses. Saint-Herbland. Son ori-
gine est perdue dans les ténèbres de l'an-
tiquité : elle a été rebâtie en 1483 : elle
appartient à la cathédrale ; c'est de là que
l'archevêque part lorsqu'il va se présenter
à son chapitre. »
L'église Saint-Herbland n'existe plus.
Elle formait l'encoignure des rues de la
Grosse-Horloge et des Carmes. Elle a été
remplacée, avant i83o, par une maison mo-
derne, que traverse le passage Saint-Her-
bland.
Je me souviens de l'avoir vue dans mon
enfance. Sa nef gothique, à demi ruinée,
éclairée par de nautes fenêtres où pen-
daient quelques débris de vitraux, servait
de remise à des diligences qui faisaient
alors le service entre Paris et Rouen.
Prosper Blanchemain.
Fil d'archal (V, 59). — On trouve, dans
le petit dictionnaire de Wailly, d'après
Richelet : « Archal, s. m., laiton. On dit
jîl d'archal, et non pas fil de Richard,
comme parle le peuple. » Bien que cet ar-
ticle ne réponde pas à la question, j'ai
voulu le prendre, dans le cas où quelqu un
de nos correspondants aurait à nous de-
mander ce que c'est que dufil de Richard,
et aussi pour constater que le fil d'archal,
qui est aujourd'hui, je crois, du iil de fer,
N« loi.l
LINTERMÉDIAIRE
l3g
140 -
était primitivement du fil de laiton ou
cuivre jaune. Aussi Noël, dans son dict.
français4atîa, lui d<wme-t-il pour origine
aurichalcum, qu'il explique sur-lc-champ
par laiton. Au mot laiton lui-même, il
écrit, je pense, avec plus de raison, ori-
chalcum. Mais si arcnal est un mot cor-
rompu, il peut l'être aussi bien d'orichal
que d'aurichal O. D.
— . Archal résulte de deux mots, qui
sont : le second, « chai, » par lequel je re-
monte au grec xcChu&Çj cuivre; et le pre-
mier, « ar, » altéré de o aur, » et sous le-
quel se cache aurum, or. Archal est donc,
à la lettre, le correspondant de ce même
« aurichalcon, » qui servit à cercler une
flûte dont il est parlé dans VArt voétique
d'Horace : c'est un mélange. Mélange de
quoi? D'un métal naturellement rouge et
un peu jaune tout à la fois, qu'on appelle
cuivre, avec une très-légère portion d'or
ou d'argent. Cette composition mixte,
communément appelée archal, a encore
deux autres noms ; elle est dite « laiton »
quand le rouge du cuivre se déguise sous
le blanc de l'argent, et a oripeau {auripel-
lis) » s'il a revêtu, à Tépiderme, une sub-
tile feuille d'or.*
(Grenoble.) J. P-
Hugnenot, Parpaillot (V, 74). — Hu-
guenot se partage en deux mots, l'un
et l'autre d'origine germanique : Hu
et guenot, Guenot dérive du verbe ge-
niessen dont le participe passé est genos-
sen. Or, à son tour, ce genossen donne
naissance au substantif genoss, dont le
féminin est genossin, comme en français
compagnon a pour l'autre sexe compagne.
Les Allemands, dont la langue est sans
contredit la plus savante, j entends par
là, la plus synthétique des langues moder-
nes, font entrer ce nom genoss dans plu-
sieurs composés, tous du sens le plus pro-
fond comme de Tusage le plus fréquent.
Tels sont, par exemple : compagnon d'em-
ploi ou collègue, Amtgenoss; de table ou
commensal, Tischgenoss; de commerce
ou associé, Handelsgenoss ; de foi ou co-
religionnaire, Glaubensgenoss ; de maison
ou domestique, H<2W5^e«05s; de chambrée
ou camarade, Stubengenoss ; de couche
conjugale ou époux, Ehegenoss; d'héri-
ritage ou cohéritier, Erdgenoss; d'alliance
ou confédéré, Bundesgenoss ; de serment
ou conjuré , Eidgenoss ; de larron ou
complice, Diebsgenoss et Genoss des Ver-
brechens; d'un corps de métier, Zunft-
genoss \ confrère en Judaïsme, Juden-
genoss ; participant ou consort, Mitge-
no55; enfin, compagnons de bière ou de
cercueil, autrement dit les vers, Sargge-
nossen.
Des quinze exemples qui précèdent, res-
sort clairement la signification du mot
genoss. Maintenant qu'est-ce que Hu
ajoutera à l'idée de compagnons, d'as-
sociés ou de confédérés ? L'unique syllabe
française ou plutôt francisée Hu, résulte
de la contraction des deux syllabes alle-
mandes Uhu. Eh bien, cet Ûhu d'outre-
Rhin, signifie chez nous • hibou » et ré-
pond ainsi au bubo des Romains. Nous
avons donc obtenu : d'une part confédérés,
et de l'autre hibous ou oiseaux nocturnes.
Au fait, tel est le sobriquet que les catho-
liques de France infligèrent plaisainmeni
aux calvinistes, ces compagnons d'un
genre à part, et dont les conciliabules se te-
naient à la faveur des ombres de la nuit.
Pour ce qui est de Parpaillot, altéré de
ParpaUlon et de Papillon, il convient d'y
voir également un sobriquet de la naême
provenance, par lequel il est fait allusion
à l'inconstance et aux variations des noni-
breuses communions de nos frères dissi-
dents. J. P-
Goillotiii et la guillotine (V, 80). — J'ai
sous les yeux une gravure de 6. Pen:^
(circa i343), intitulée TITVS MAN-
LlVSf qui doit représenter la cruelle sé-
vérité de Manlius Torquatus faisant déca-
piter son fils, pour avoir attaqué l'ennemi
et l'avoir vaincu sans préalablement lui
en avoir demandé la permission.
Cette gravure prouve que l'instniment
de supplice dit « la petite louison, » puis
tt la guillotine, d était connu et en usage
plus de deux siècles avant les docteurs
Louis et Guillotin. P. A. L.
— Les observations de M. Dubief sont
conformes à ce que raconte Louis du Bois,
dans ses Recherches historiques et phy^-
siologiques sur la guillotine^ et détails
sur Sanson; Paris, Tprance, 1843. 36 p.
in-8. L. D. L. S.
SLroupatUeô et Curiaôitee, tU.
Un imitateur du Père Loriquet. — Je
ne connais le révérend Père historien que
par la discussion soulevée dans V Intermé-
diaire à son sujet. Ce n'est^ donc pas de
lui qu'il va être question. Si j'ai bien com-
pris, on reproche au P. Loriquet, outre
la fameuse phrase qui reste, jusau'à nou-
vel ordre, à l'état dTiypothèse, d avoir fal-
sifié l'histoire. Eh bien, je suis surpris
qu'aucun des correspondants qui ont pris
part à la discussion, n'ait parlé des imita-
teurs du P. Loriquet dans son sans-gêne
d'historien. A ma connaissance, il a eu un
continuateur, comme le prouve la i6« édi-
tion d'un ouvrage qui a pour titre : In-
struction sur VÏtistoire de France, par
Le RagoiSy continuée jusqu'au couronne-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[10 mars 1869.
141
142
înent de Charles X, augmentée d'une
Chronologie en vers des rois de France,
par M. de Foris, professeur de géogra^
phie^ de langues y etc. Paris, chez J. Mo-
ronval, imprimeur-éditeur; rue GaJande,
n^ 68, près la rue St-Jacques, m.dccc.xxx.
L'auteur, « honoré d'une médaille d*or
par S. A. R. Monseigneur le duc de Bor-
deaux, » chargé de la révision de VHis-
taire de France de LeRagois, en a suivi le
plan, avec o l'heureuse idée d'y faire figu-
rer les portraits de nos rois, » et, a il y a
tout lieu de penser, ajoute une note, (^u on
trouverait difficilement une aussi précieuse
collection. » C'est aussi mon avis, mais
pas tout à fait dans le sens de la note : les
portraits sont dignes de l'ouvrage. Au-
dessous de chaque buste de roi se trouvent
la légende latine et le distique français en
poésie de confiseur, qui ornent les édi-
tions de l'éducateur du duc du Maine. Na-
poléon I*'* n'est pas qualifié de marquis
dans cette étrange histoire; mais, en re-
vanche, il n'y est pas nominé autrement
que Buonaparte; 1 Empire n'^ figure que
comme un simple événement survenu pen-
dant le règne de Louis le Désiré. La chro-
nologie poétique de l'histoire de France,
placée en tête du volume, ne le cite même
pas; il n'y est fait allusion qu'incidemment,
dans ces deux vers :
A sa perte travaille un vainqueur insolent (i).
Le ciei de sa vengeance a brisé l'instrument.
Maintenant, pour donner une idée de
l'esprit et du talent de l'auleur, arrivons à
la page 229, en regard de laquelle se trouve
le portrait du fils de Louis XVI, au-dessous
de cette mention : « Louis XVII, 68® roi,
fils de Louis XVI et de Marie -An toi nette
d'Autriche, MONTE sur le trône en 1793,
âgé de 7 ans, 9 mois, 2 5 jours; RÈGNE
28 mois, 17 jours; meurt en 1796, à l'âge
de 10 ans, 2 mois et 12 jours. »
Voici comment le continuateur de Le
Ragois entre en matière sur ce règne :
<t Quel fut le successeur de Louis XVI? —
Louis -Charles, duc de Normandie, devenu
Dauphin par la mort de son frère aîné
Louis-Joseph-François-Xavier, arrivée à
Meudon le 4 juin 1780.
a Louis XVII fut-il reconnu roi? — Il
ne put l'être publiquement en France, où
tous les honnêtes gens (2), sous le joug ho-
micide de la Convention, étaient à chaque
instant menacés d'être incarcérés et con-
duits au supplice. Louis fut proclamé roi
par les Vendéens, qui défendirent sa cause
souvent avec succès, mais toujours avec
une valeur et une persévérance à toute
épreuve; il le fut aussi par tous les Fran-
çais qui avaient été forces de chercher un
(i) Mis en italique par l'auteur, je ne devine
pas pourquoi.
(2J Cette fois c'est moi qui souligne et qui
soulignerai plus loin.
asile dans (sic) l'étranger pour mettre leur
vie en sûreté. »
Puis viennent des questions ainsi for-
mulées : Faites le portrait du jeune roi?
— A qui fut confié le jeune roi, après l'as-
sassinat de son père ? — Que aevint en-
suite le jeune roi? etc., etc.; et enfin
celle-ci :
« Que fit le prince de Condé en appre-
nant la mort de Louis XVII? — Le 4 juil-
let 1795, il annonça ce triste événement à
son armée par une proclamation qui se
termine par ces paroles remarquables ^r
a Messieurs, le roi Louis XVII est mort;
vive le roi Louis XVIII ! »
Ce procédé du prince de Condé sim-
plifie beaucoup la tâche de M. de Foris :
en regard de la page 289, nous lisons,
au-dessus du portrait de Louis XVIII :
a Louis XVIII, 69* roi, fils de Louis, dau-
f)hin de France, et de Marie-Joséphine de
Saxe, MONTE sur le trône en 1795, âgé
de 39 ans; RÈGNE 29 ans; meurt en 1824,
à l'âge de 68 ans, 10 mois. »
On le voit, dans la méthode historique
de notre auteur, point de lacune dans la
monarchie de droit divin : Louis XVI
mort, vive Louis XVII ! Celui-ci allant re-
joindre son prédécesseur, vive Louis XVII II
Le principe est sauf. La République, le
Consulat, l'Empire, ne sont que des acci-
dents, des événements qui n'ont nullement
interrompu la liste de nos rois légitimes. Et
cela s'imprimait, et s'enseignait non pas
en 182 3, comme le Tableau chronologique
cité par M. Karl Morel, mais en i83o; et,
« par la protection que M™« la vicomtesse
de Gontaut accorde aux bonnes lettres, »
l'ouvrage de M. de Foris « a obtenu l'in-
signe faveur de son admission pour la bi-
bliothèque de LL. AA. RR. les Enfants
DE France. »
Après avoir raconté « l'usurpation con-
sulaire » et demandé : « Quel événement
(la mort du duc d'Enghien) répandit la
consternation en France? » l'auteur pose
ces deux questions :
• Quel fameux procès fixa dans ce mo-
ment l'attention du public? — On étala aux
yeux du peuple une conspiration contre
Buonaparte. Ceux qui furent accusés d'a-
voir ourdi ce complot furent traités de
brigands. Moreau lut impliqué dans cette
affaire; il fut arrêté, et aurait infaillible-
ment péri, si l'opinion publique ne se fût
fortement prononcée en sa faveur, et si les
soldats, dont il avait toujours gagné l'ami-
tié et la confiance, n'eussent inspiré quel-
que crainte. 11 fut seulement condamné à
deux ans de détention ; mais Buonaparte,
qui crut dangereux de le laisser en France,
le fit partir sur-le-champ pour l'Amérique.
Le général Pichegru fat trouvé étranglé
dans sa prison; le bruit circula bientôt
dans Paris et les départements qu'il l'avait
été par des mameluks, et le temps n*a
plus laissé aucun doute sur ce fait. Plu-
N« loi.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [lo mars 1869.
,43 144
ses sujets un intérêt tout paternel, ne
voulut point compromettre leur dévoue-
ment; le roi quitta sa capitale dans la nuit
du 19 au 20 mars, prit la route de Lille et
se retira à GaUd. A la nouvelle de son dé-
part, la consternation fut générale. Le 20,
à neuf heures du soir, Buonaparte rentra
dans Paris, escorté de la lie du peuple
o Comment se comporta Buonaparte
(après Waterloo)? — Le souverain de l'île
d'Elbe s'enfuit précipitamment à Paris;
mais à rapproche des alliés, il partit pour
la Rochelle, et n'ayant pu s embarquer
pour l'Amérique, il fut obligé de se rendre
aux Anglais, qui, de concert avec les au-
tres puissances, le reléguèrent à Tile
Sainte- Hélène pour le reste de ses jours.
Les vainqueurs ne ralentirent pas un mo-
ment leur marche, malgré la résistance
héroïque des débris d'une armée accoutu-
mée à vaincre. Paris leur ouvrit ses portes
le 7 juillet, et le roi y fit son entrée le 8...
Tout le monde se précipitait sur son pas-
sage et annonçait, par 1 excès de sa joie et
les cris mille et mille fois répétés de Vive
le roi! que son retour était l'objet des
vœux les plus ardents des Français. »
Je m'arrête. En voilà bien assez, j'es-
père, pour prouver que le P. Loriquet na
pas pu aller plus loin dans sa fantaisie his-
torico-jésuitique. — Encore une petite ob-
servation pourtant. De la Charte, pas un
mot dans l'ouvrage de M. de Forîs. Des
services pour le repos de l'âme des princes,
la basilique de Sainte-Geneviève rendue i
sa destination première, l'érection du mau-
solée du duc d Enghien et des monuments
expiatoires à la mémoire de Louis XVI, de
Marie-Antoinette et de Madame Elisabeth,
ainsi que l'inauguration de la statue àt
Henri IV, voilà des actes dignes de passer
à la postérité; mais de la Charte, cette
seule excuse pour le monarque sorti deux
fois des fourgons étrangers, il était certes
bien inutile d'en parler aux Enfants de
France, à la veille du jour où leur aïeu!
allait la déchirer. J. Mt.
sieurs personnes furent condamnées à
mort; entre autres le brave Georges Ca-
doudal, Lajolais, etc.; les unes furent
exécutées, les autres obtinrent leur grâce.
La postérité n'oubliera jamais les exploits
de Moreau et de Pichegru; et c'est pour
en perpétuer le souvenir qu'un monument
sera élevé dans leur pays natal à la mé-
moire de ces deux grands hommes, »
o Que fit ensuite Buonaparte? — Ne
trouvant plus d'obstacles à ses projets am-
bitieux, il consomma son usurpation le
18 mai 1804. Le Sénat lui déféra la di-
gnité impériale héréditaire. Il y eut divers
changements ; on créa des grands digni-
taires, des collèges électoraux, une haute
cour, dite impériale, et l'on rétablit les
maréchaux de France. Buonaparte prit le
nom de Napoléon. Cet homme, dont l'am-
bition a fait verser tant de pleurs et dç
sang, naquit en Corse le i5 août 1769,
dans la ville d'Ajaccio, où son père était
procureur, »
Ce dernier trait pourrait être qualifié de
coup de poing de ta fin, — Je ne commet-
trai pas l'indiscrétion de demander aux
huonapartistes ce qu'ils pensent de l'étran-
glement de Pichegru par les mameluks,
et de a l'usurpation » du 18 mai 1804.
Je passe sur les « événements militaires
depuis la mort de Louis XVII jusqu'au
18 mai 1804, où l'auteur narre avec
complaisance les succès des étrangers con-
tre les Français, tandis qu'il glisse vive-
ment sur les victoires des armées républi-
caines ; et j'arrive aux « événements aepuis
que Buonaparte s'est qualifié empereur, »
pour en extraire cette dernière citation :
« ( 1 8 14.) Que manquait-il aux Français?
— La présence de leur roi. Sa Majesté ar-
riva le i"* mai à Saint- Ouen. Dans tous
les endroits qui se trouvèrent sur son pas-
sage, elle vit éclater les transports de la
joie la plus vive et la plus sincère. Le
3 mai, elle fit son entrée dans Paris avec
Madame, duchesse d'Angoulême,le prince
de Condé et le duc de Bourbon, au milieu
des acclamations d'une joie universelle ;
elle se rendit à la basilique de Notre-
Dame, où fut chanté un Te Deum en ac-
tions de grâces de son heureux retour.
Quelques jours après, le roi y fit célébrer
un service pour le repos de l'âme de
Louis XVI, de la reine Marie-Antoinette
d'Autriche, de Louis XVII et de Madame
Elisabeth. Le traité de la paix générale fut
signé à Paris le 3 mai. Ce fut le 4 juin, à
l'issue de la séance royale, que la chambre
des députés proclama le monarque Louis
le Désiré,
a Buonaparte ne revint - il pas en
France? etc.. Quelles en furent les sui-
tes? — L'armée fut entraînée dans le
camp de V ennemi par la trahison de quel-
ques officiers supérieurs. L'esprit public
était fortement prononcé contre Buona-
parte y- mais Louis XVI II, qui portait à
Une réhabilitation de Jndas. — « ^^
cardinal Mazarin racontoit avoir entendu
un prédicateur, capucin, faire l'apologie
de Judas, en représentant qu'il étoit in-
tendant des finances et maître d'hôtel de
Jésus-Christ, et que, manquant de fonds
pour la subsistance des apôtres, il pensa
qu'en livrant son maître aux Juifs, c'étoit
le vrai moyen de rétablir ses finances, et
avec d'autailt plus de raison qu'il se croyoit
très-sûr que son maître auroit le pouvoir
de se tirer de leurs mains. » (Pièces inté-
ressantes et peu connues pour servira
Vhistoire et à la littérature, par M. D. L-
P. (de la Place). Tome !•'. Bruxelles,
1785, page 299. T. DE L
Paru. - Tjp. de Ch. Meyrueis, rue Cuja», 18. - 1*9
fttmQvi
Numéro 102.
Cherches et
vovM tromtrts.
Il tê faut
entr*aider.
ÎS mars 1869.
— ♦—
£ 2nictmélfïaïte
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.)
145
146
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique
— ëpigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
« Credo, quia absnrdniii.» —Cette pensée
que M. Pierre Larousse attribue à saint
Augustin (Voir son excellent livre : Flore
Latine^ p. 77), serait-ce autre chose qu'une
fausse citation de TertuUien? Ce célèbre
docteur a dit:
Certum est, quia impossibile est.
(Voir son De Carne Christi, c. 5.) Du
reste, je tiendrais à savoir précisément où
saint Augustin emploie la phrase qu'on
lui attribue généralement.
CAmsterdam.) H. Tiedeman.
Une chanson populaire du temps de
Louis XIV. — Au verso de deux petites
gravures populaires du tempsde Louis XVI
qui sont dépareillées, j'ai trouvé écrits à
la main quatre couplets (6«, 7®.. 8* et j«)
d'une chanson, mêlée de parlé, que voici
tels quels:
6- Vous estes une jeune fille du printems,
belle et gaillarde. Gar le pot au noir.
Vous, jeunes filles, gardez-vous
De ces galands pleins de fleurettes,
Q.ui ne deviennent point époux
Et qui ne font que des coquettes.
Quoy qu'ifs fassent enfin voulant vous engager,
Esvitez avec eux le moment du berger.
7. Vous estes un jeune homme d'esté qui
ne nez la belle aux bleds.
Vous, jeune homme, qui voulez plaire,
Que le respect accompagne toujours
Vos actions et vos discours.
Mais si quelque folble bergère
S'écarte parfois avec nous.
Et en cas qu'elle ne soit point cruelle,
Tant pir pour elle.
8. Je crains que vous ne soyez de ces jeunes
filles qu'on meine aux bleds.
Poulettes, petites poulettes,
Que le coq veut mener aux bleds,
Gardez-vous-en si vous voulez
Et craignez, si vous ne le faites,
Que vous n'en reveniez coquettes.
9. Vous estes le temps du monde. Ah! que
vous avez de confrerres.
Avec ma bourse de jettons
Que je laisse aux messieurs qui sont dans les
Fussent-ils de sages Catons, [finances,
Ils recevront de moi cet avis d'importance :
A leurs bureaux Targent se compte exactement;
A leurs moitiés chez eux Ton en conte autre-
[ment.
Les gravures au verso desquelles se
trouvent ces quatre couplets, dans lesquel-
les on reconnaît la tournure des rondes
enfantines, des jeux innocents du bon vieux
temps, se rapportent au sens de ces paro-
les. Ainsi, l'une d'elles représente l'ÉTÉ,
sous la figure d'un cavalier donnant le bras,
et même la main, à une d.onzelle qu'il mène
aux bledSy ainsi que l'indique le bouquet
d'épis dont son sein est paré. Cela rappelle
l'un des pendants de l'estampe si connue,
la Permission de vingt-quatre heures, —
L'autre montre un bonhomme en houp-
pelande et bonnet à cornes, un financier
sans doute, assis à une table sur laquelle
est, je crois, un tas de jetons, et comptant
sur ses doigts. Dansuncoinonlit:TAMPS
DVMONDE. — Une autre planche, mais
qui n'a rien d'écrit au dos, est le PRIN-
TENT(5zc), c'est-à-dire, un cavalier à per-
ruque et costume Louis XIV, oflfrant une
rose à une belle demoiselle ou dame en
grande toilette et haut coiffée sur le devant
de la tête, suivant la mode d'alors.
On voit qu'il devait y avoir autant de
planches que de couplets à la chanson.
Mais, cette chanson elle-même, est-elle
connue, en a-t-on le texte, avec la tête et
la queue qui nous manquent ?
Subsidiairement, que signifie, dans le
langage* d'alors, le personnage appelé
Temps du Monde et qui joue ici le rôle
d'un Sganarelle banquier? S. D.
Quelqiies vers à contrôler. — Pourrait-*
on me dire avec précision si les vers sui-
vants existent positivement, et d'où ils sont
tirés?
i«Et vous avez pour vous le tonnerre de Dieu !
(Attribué à Lamartine. Toussaint
Louverture expliquant aux nè-
gres l'usage des armes à feu.)
TOME V.— 6
N« 102.]
L'INTERMÉDIAIRE
- H7
- 148
2" De la vie il sortit comme un vieillard en sort.
(Attribué à Adolphe Dumas.)
3" La famine est si forte
Que mon père en ces lieux» seul, à manger
[m'apporte.
(Attribué I d'Arhncourt.)
4" J'habite la montagne et j'aime la vallée.
[Id.)
Louis Duluat.
Pierre de la Tombe. — Les amateurs
d'eaux-fortes savent qu'on désicne tort
inexactement, sous le nom de Ta Petite
Tombe j une planche fameuse de Rem brandt
(Jésus préchant) donnée par l'auteur à son
ami Pierre de la Tombe. On sait aussi, par
l'inventaire des biens de Rembrandt, que
cet âffli avait acheté à frais communs avec
le peintre un tableau de Giorgione que ce
dernier avait chez lui. On a queloues ren-
seignementSy assez incomplets d ailleurs,
iur Pierre et sur son frère, N. delà Tombe.
On voudrait savoir si leur famille était
frartçaise ; quelle est l'origine de leur nom
bizarre et lugubre, et enfin s'il existe quel-
que part des indications utiles sur Pierre,
son frère ou d'autres personnes de leur
nom. J. DE Bramapank.
Le « Beau DmiQls » est-il bien le fils de
la reine Hortense? — Dans la très-curieuse
introduction de son Histoire du second
Empire (Paris, 1869), Je lis cette question
posée par M. Taxile Delord; « Les déni-
« cheurs de difficultés historiques ont pu
a contester à Rouget de Tlsie la paternité
« de la Marseillaise^ mais comment dis-
« puter à la reine Hortense la sentimen-
« taie romance du Beau Dunois^ ces vers
« et cette mélodie qui semblent dictés par
« la musé de TEmpire elle-même à celle
H qui fut, jusqu'à son dernier soupir, le
a vivant symbole des traditions, des arts,
a de la littérature, des plaisirs de ce temps?»
— Hé bien, n'en déplaise à M . Taxile
Delord, j'ai entendu des personnes de
très-bonne foi et fort au courant des cho-
ses, qui, mettant de côté toute galanterie,
déniaient à la muse du premier Empire la
maternité réelle du beau Dunois, et en
nommaient le véritable père. On citait à
ce propos cette épigramme de Lebrun-
Pindare :
Ëglé, femme et poète, a deux petits travers :
Elle fait son visage et ne fait pas ses vers.
Malheureusement, j'ai oublié le nom
du poëte-compositeur plein de complai-
sance qui se prêta à cette supposition d*en-
fant. Ce n'est là, en définitive, qu'une pec-
cadille littéraire et musicale, et ces choses-
là se font volontiers, dans la bonne société,
entre gens comme il faut- Quelques lec-
teurs dé V Intermédiaire ont peut-être sur
ce sujet des renseignements plus directs et
dés souvenirs plus précis que les miens.
Je leur fais appel, puisque la recherche de
ce genre de paternité n'est pas interdite.
S. D.
Origine de Thôtel Cârnayalet. — Dans
le catalogue de la collection d'autographes
du D*" Morelli, dont la vente est annon-
cée pour les premiers jours de mars, je
vois:
o Don fait par Henri III à Dame Fran-
« çoise delà Baulme, V® du sieur de Carna-
« va/^/, en rémunération des services de ce
« dernier, de la maison du Petit-Bourbon^
« près de la rue Saint- Antoine, iSyS. »
Peut-on dire quelle était la nature des
services rendus par le sieur de Carnavalet
à Henri III, et ce qu'était le Petit- Bourbon
sous le petit Valois ? P. A. L.
A quelle date Louis XIV signa-t-il la ré-
vocation de TEdit dé Nantes? — Je me
trouve en présence de quatre dates (2 < 17,
18, 22 octobre i683) indiquées par divers
historiens. Celle du id est donnée par la
France protestante des frères Haag. Peut-
on l'adopter? Alph. L.
Benserade et sa maison de (ientilly. —
Je vois son nom écrit tantôt Benserade^
tantôt Bensserade. Quelle en est la véri-
table orthographe ?
Je rencontre dans le Siècle de Louis XIV,
de Voltaire, cette note à propos du même
auteur : « Sa petite maison de Gentilli,
où il se retira sur la fin de sa vie, était
remplie d'inscriptions en vers, qui valaient
bien ses autres ouvrages; c'est dommage
qu'on ne les ait pas recueillies. 9
La note de Voltaire me fait supposer
que la maison de Benserade n'existait
plus de son temps. Est-elle en effet détruite?
Les inscriptions qui l'ornaient ont-elles
été conservées?
PROSPER BlANCHËMAIN.
Mot attribué au peintre David. — M . Ch.
Monselet, dans ses Oubliés et Dédaif^nés
(t. I, p. 72), met dans la bouche de Séb.
Mercier la phrase suivante : « J'ai entendu
David, peintre du roi et barbouilleur de la
République, crier à tue^tête : — Tirez, ti-
rez à mitraille sur tous les artistes, vous
êtes sûr de ne tuer aucun patriote parmi
ces gens-là! » Le grand peintre républi-
cain a-t-il vraiment prononcé ces paroles
sauvages? J. R.
Cornes. — Dans l'antiquité, on profes-
sait pour les cornes un religieux respect;
depuis quelle époque et sous quelle cause
cet ancien signe cie force et de puissance
est-il devenu l'emblème de la faiblesse et
du déshonneur? Th. Pasqjuier.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 mars 1869.
- H9
i5o
t Le Mif oli' delà jeunesse. • — Le Miroir
de la Jeunesse^ pour la former à bonnes
mœurs et civilité de v/e, Poictiers, i55g,
in- 16 ; puis, Paris, 1 56o, sous ce titre : Civi-
lité puérilej souvent réimprimé depuis. Où
trouver un exemplaire de cet ouvrage au-
jourd'hui fort rare de Mathurin Gordiery
l'auteur des Colloques, le savant profes-
seur du collège dô Sainte- Barbe? J. B;
Le I Dictionnaire > dé Bonillèt et la
cour de Roitie. — J'ai vu chez un de mes
amis, il y a six ou huit ans, une petite
pla(juette, de cent à cent cinquante pages
environ, grand in-8, imprimée à deux co-
lonnes, et que je crois très-curieuse.
C'était un petit tirage à pari^ — clan-
destin probablement, — exécuté par les
ouvriers typographes et pour eux-mêmes,
lors du remaniement de la nouvelle édi-
tion a refondue » du Dictionnaire d^ His-
toire et de Géographie de Bo'uiLLEt, pu-
bliée avec rapprobïltion du ^int-siége.
Cette brochure contenait, — si ma rtié-
moire ne me fait pas défaut -^ r i» tous les
anciens articles incriminés par la Congré-
gation de l'Index, et 2», imprimés en re-
gard, les nouveaux articles destinés à
remplacer les premiei'S, — revus, corrigés
et considéra bkrtiênt remaniés par la cour
de Ronaè. — Saurait-on me dire, aujour-
d'hui, s'il eJtiste encore, de cette rare pla-
quette, beaucoup d'exemplaires qui soient
connus des bibliophiles? Ulric.
*»
• immti
ddk
ïdî oii doUne le oHs fllj 14). — A Fen-
coignure des fiies Soufflot et Toulliér, au
quartier latin de Paris, on voit appendii à
la boutique d'un marchand de vms, qui
s'intitule Restaurant du Panthéon, un écri-
teau ainsi conçu : Vin gris d*Issoudun,
Eerrjr, 75 centirhes la bouteille.
Ne serait-ce pas, dans des termes diffé-
rents, la même annonce que celle contenue
en l'inscription énigmatique de Bourges,
capitale du Befry? Ad. D.
bndsen ^owe, assassin du jeune Las
Cases, en i&25 (iV, 3 9 3). — Voici ce que
dit à ce sujet Idi Biographie des Contempo-
rains par Rabbe, Boisjolin et Sainte-
Preuve, publiée avant la Révolution de
i83o, et mise à contribution par toutes les
biographies postérieures.
Article Las Cases (Emmanuel)... « Après
la mort du prisonnier de Sainte-Hélène, il
fit un voyage en Angleterre, pour y cher-
cher le fameux geôlier HudsonLowe, au-
quel il infligea publiquement un sangla n t ou-
trage sans pouvoir le déterminer à réclamer
une honorable satisfaction. Mais quelques
années après, Hudson Lowe vint louer une
habitation aux environs de Passy, où rési-
dait M. de Las Cases, et le jeune Emma-
nuel fut assassiné par deux Italiens, qui
disparurent soudainement, ainsi que le
lâche voisin, auquel ce criftie fut généra-
lemerit attribué, Heureusement les bles-
sures de M. de Las Cases ne furent pdînt
mortelles. » Frédéric Lock.
— Dans le Mémorial de sir Hudson Lowe
(Léon Dubreuii, Paris, i83o, f» 399), il esç
dit : « Le jeune Las Cases, le même qui
« m'avait si violemment insulté à Londres
u (il lui donna publiquement des coups
« de cravache), fut assassiné un soir comme
« il revenait ae Passy, petit village aux
« portes de Paris; il reçut un coup de
ce poignard dans la poitrine, et sahs le
« portefeuille qu'il avait dans ïa poche dq
« son habit, nul doute qu'il n'eut expiré
« sur Je coup. Aussitôt la voix publique,
« j'entends dire la voix des journaux,
« m'accusa de cet horrible assassinat;
" c'était, disait-on, un Italien que j'avais
« à mon service, habile à manier le stylet,
w comme tous mes anciens bandits corses
« et calabrais, qui avait porté le coup. Me
a disculper, était inutile; on était trop dis-
« posé à croire de moi les pli^s horrilgies
tt et atroces actions; je laissai donc dire
« encore, et je partis pour les Indes. »
Je trouve consigné dans ce même ou-
vrage un fait généralement ignoré, mais
qui ne laisse pas que d'avoir son intérêt
historique. A la page 60, sir Hudson Lowe
dit : « Qui a soufflé et suggéré au cabinet
« anglais et aux puissances du continent
« l'idée de confiner Napoléon à Sainte-
« Hélène? Quelle inspiration- satanique
« leur a fait jeter les yeux sur ce rocher
« désolé, placé au milieude l'Océan, comnae
« une lugubre et solitaire prison? Peu de
a gens i'oni: su. J'ai entenclu les uns attri-
« buer la désignation de ce lieu de capti-
« vite aux causeries ébruitées d'un officier
« subalterne, au service de la Compagnie
« des Indes ; cf'autres en faisaient honneur
tt au ministre Casilereagh; la plupart n'y
« voyaient qu'un effet du hasard et de ces
« soudaines inspirations qui viennent à
«< l'esprit des diplomates, et que plus tard
« on admire comme un puissant effort de
Cl leur génie L'étonnement fut grand
u en Europe, le )our où l'on apprit que
« l'Empereur déchu était envoyé à Sainte-
u Hélène. Quant à moi, lorsque je sus le
a but du voyage du Northumberland, je
« n'en fus nullement étonné. Depuis quel-
« que temps j'avais ouï murmurer en An-
« gleterre que l'intention des hautes puis-
« sances était d'envoyer Napoléon à
M Sainte- Hélène. Il était encore à l'île
« d'Èlbe, ne songeant pas le moins du
« monde à quitter son palais de San-Mar*
U* 102.]
L'INTERMÉDIAIRE
— i5i
l52
« tino, que déjà les ministres et plénipo-
« tentiaires des rois méditaient au congrès
« de Vienne sa translation au delà de
a rOcéan. C'est même à ce projet, éventé
a et communiqué à Napoléon, que plu-
tt sieurs attribuent cette audacieuse et gi«
a gantesque expédition à Cannes, et ce
« retour à Paris, oui jetèrent tant de per-
« turbation et d'alarmes sur le continent,
a Or, voici à quelle inspiration le congrès
a dut la découverte de Sainte- Hélène
a comme lieu propice à détention pour ce
a Napoléon, dont la présence et le voisi-
« nage eîï'rayaient tant les gouvernements,
« et surtout celui de France. Ce fut Wel-
« lington, oui^ le duc lui-même^ qui pro-
« posa au congrès d'envoyer Napoléon
« dans cette île, disant que c'était le point
« le plus convenable de monde pour un
« emprisonnement perpétuel,
« Lui-même avait une connaissance par-
o faite de l'île, il y avait relâché en revê-
te nant de l'Inde, sur une frégate comman-
« dée par sir George Cockburn, le même
« quidepuisfutamiral, conduisit Napoléon,
« sur le Northumberlandy au lieu de sa
« captivité, et fut chargé pendant quel-
« ques mois de veiller sur lui à Samte-
« Hélène. P. A. L.
Taconnage (IV, 346).— La signification
précise du mot taconnage est raccommo-
dage. Cette expression, autrefois usitée
dans une partie du Dauphiné et de la Sa-
voie (on sait que Josej^h de Maistre est né
à Chambéry), est maintenant tombée en
désuétude. On la retrouve encore dans le
patois dauphinois, et probablement aussi
dans le patois savoyard, ce que nous n'a-
vons pu vérifier. Dans certains cantons du
Dauphiné, un valet de ferme dit, en par-
lant de ses maîtres : « Ils me donnent tant
en argent « et me tacounent; » c'est-à-dire
ils entretiennent et raccommodent mon
linge et mes vêtements. Dans quelques lo-
calités, on dit aussi « rataconnau » (rata-
conner) pour raccommoder.
Le mot taconnage ne se trouve pas dans
le Dictionnaire étymologique. Au mot
Tacon, Ménage dit simplement Petit sau»
mon. Il n'y a là rien de commun avec
l'expression qui nous occupe.
La véritable étymologie est donnée,
croyons-nous, par le Dictionnaire des An-
tiquités de Borel. Voici ce que dit ce der-
nier : V Tacon, de l'italien taccone, qu'An-
toine Oudin dit signifier : un bout à un
soulier, est le nom qu'à Metz on donne au
gras-double; et à Genève, c'est un mor-
ceau de vieux cuir. » Le vieux cuir sert à
raccommoder les vieux souliers ; il est na-
turel de conclure que le mot taconnage,
appliqué d'abord au raccommodage des
souliers, prit ensuite un sens plus général,
et fut employé chaque fois qu'il s'agissait
de faire une réparation à un vêtement
quel qu'il fût. Il est inutile d'ajouter que
le canton de Genève, le Dauphiné et la
Savoie sont trois contrées hmitrophes,
dans lesquelles les patois particuliers à
chaque localité, encore parles sans excep-
tion dans les campagnes, offrent entre
eux beaucoup d'analogie.
En renvoyant ses filles au taconnage,
Joseph de Maistre, depuis imité en cela
par Proudhon, les renvoyait, comme Ta
fort bien compris M. L. D. L. S., à leur
travail de ménagère, dont le raccommo-
dage formait autrefois, et devrait former
encore la base essentielle. Fr. F.
Saint Jérôme a-t-il jeté an feu les Sa-
tires de Perse? (V, 3.) — Par la pureté de
son cœur, autant que par l'élévation de
son génie. Perse méritait de captiver,
quoique païen, l'attention d'un évêque;
c*est un honneur qui, plus d'une fois, lui
est échu en partage. Aussi une légende,
qui n'intéresse pas moins la piété que les
lettres savantes, raconte-t-eJle d'âge en
âge comment le digne disciple de Cornu-
tus et de Xénon fut admis dans l'intine
familiarité des plus grands hommes du
siècle d'or de la littérature chrétienne.
D'abord le plus docte des Pères de l'Eglise
latine, celui-là même qui naquit sur les
confins de la Dalmatie et de la Panaonie,
à Stridon, saint Jérôme, en un mot, avait
appliqué quelques instants son esprit à
comprendre ce que le poète de Vola terre
s'est complu à rendre mintelligible; et il
avait bientôt posé à terre l'inipéné trahie
écrivain, en lui disant : « S'il te fâche
d'être saisi, tiens-toi là. » Puis, le fils de
Monique, ce manichéen que la lecture de
Platon et de Cicéron devait conquérir à
notre foi, essaya, lui aussi, de déchiffrer
l'énigme en sept cents vers, plus connue
sous le nom de « les VI poétiques Pam-
phlets de Perse. » Et, comme il y réussis-
sait trop lentement au gré de son impa-
tience, il jeta, de dépit, le livre dans le feu
de son foyer, en s'ccriant : « Puis donc
que tu ne veux pas t'éclaircir entre mes
mains, va t'éclaircir au milieu des flam-
mes. »
Dans cette légende est ingénieusement
marquée la diversité d'humeur de Jérôme
et d'Augustin : le premier pose doucement
à terre ce qu'il a de la peine à saisir ; le
second, jetant avec vivacité loin de lui ce
qu'il garderait plus longtemps sans profit,
charge la cheminée du soin de répandre
sa clarté sur les pages d'où il est impuis-
sant, malgré sa féconde et brûlante con-
ception, à faire sourdre le moindre jet de
lumière.
Une légende est une tradition a à lire, »
mais on n'est pas tenu d'y croire : Le-
genda, non credenda, A Éayle donc, et
à ceux ^ui, comme lui, souhaiteraient
une caution plus autorisée que celle de
DES CHERCHEURS ET CURIEUX,
[23 mars 1869.
■> i53
i54
Biaise de Vigenère, je me contenterai de
rappelei» deux distiques latins où le com-
mentateur de Perse, Farnabe, est félicité
d'avoir publié ensemble les deux princi-
paux satiriques latins, a Avec ton Juvc-
nal, ô Farnabe! Perse paraît au jour; et
il est tiré des ténèbres où il s'est complu.
Il pourrait le lire, et, après Tavoir autre-
fois mis de côté, il le pourrait comprendre
aujourd'hui, celui qui, né dans Stridon,
avait reçu le nom de saint. »
Cum Juvenale tuo, Farnabi, Persius exit,
Âtque affectatis eruitur tenebris. [ille
Quem legat^ et quondam neglectum intelligat
Qui Stridone natus, nomine sanctus erat.
J. P.
Noblesse de la famille de Jeanne d'Arc
(V, 3o). — Voye^ sur ce même sujet, dans
la collection du journal le Figaro (n° 80,
dimanche 7 octobre i855), un curieux et
paradoxal article intitulé : a Jeanne d*ArCy
mère de famille. » (Extrait du Recueil an-
glais, VAthœneum), Ulr.
a Plus SDUTentl » (V, 3i). — George
Sand a signé les lettres de naturalité de
cette expression, pour le Dictionnaire de
l'Académie française de l'avenir : « Vous
n'iriez point, disait-il en ajoutant un mot
patois qui équivaut à notre inimitable
PLUS souvent! Vous le dites, mais vous
ne le feriez point. » {Lettres d'un Voya-
geur. Lettre 111% Venise, juillet 1834.)
Ulr.
Origine des € errata » (V, 32). — - Cette
question sera difficile à résoudre; pour-
tant, il ne faut pas désespérer. Je suppose
que M. E. S. a pris connaissance de v His-
toire de V imprimerie^ de Paul Dupont. On
y trouve (t. II, 396-400) quelques indi-
cations assez curieuses sur les errata. Je
me borne à en relever quatre, soit une
par siècle depuis Tinvention de Guten-
berg. — XV« siècle : « Le Juvénal an-
noté par Merula et imprimé à Venise, en
1478, par Gabriel Pierre, est un des plus
anciens livres où se trouve un errata; il
est de deux pages. » L'imprimeur confesse
que les fautes sont dues à l'incurie des ou-
vriers. — XVIe siècle : « Jean Knoblouch,
imprimeur à Strasbourg, laissa passer tant
de fautes dans les œuvres de Pic de la Mi-
randole, publiées en 1 5o7, qu'elles néces-
sitèrent un errata de quinze pages. » —
XV Ile siècle : « Le cardinal Bellarmin,
voyant que les différentes impressions de
ses controverses contenaient beaucoup de
fautes, voulut en donner une édition exacte
qui servît de modèle aux réimpressions
quon en ferait à Tavenir; mais cette édi-
tion, imprimée à Venise sur un manuscrit
irre
que
îprochable, était encore plus défectueuse
B toutes celles qui avaient paru; Ver^
rata qu'il en publia en 1608 est de quatre-
vingt-huit pages. » — XVIlI«siècle: a Un
livre, imprimé à Nuremberg en 171 6, écrit
en latin, contient la biographie de cent cor-
recteurs érudits ; et, par une espèce de fa-
talité, il est rempli de fautes; V errata en
signale six cents, mais il y en a bien da-
vantage. » — Si ces citations ne suffisent
pas à ébranler quelque peu l'opinion des
personnes disposées à considérer comme
article de foi le sine menda des anciens
typographes, nous en ajouterons une cin-
quième, tendant à prouver que, parfois,
et aujourd'hui, on se donne plus de peine »
que les imprimeurs du xVlo siècle, trop
vantés aux dépens de ceux de nos jours.
On lit, en tête d'une réimpression de V Ins-
titution chrétienne de Calvin (librairie
Meyrueis, 1859), un « Avis de l'éditeur »
ainsi conçu : « On n'a aucune idée de l'in-
correction des éditions anciennes. Celle
que' nous avons choisie pour texte, la
meilleure, était cependant criblée de ifau-
tes : fautes d'impression, fausses citations,
fausses indications de passages, incorrec-
tions de tout genre. Pour ne donner qu'un
exemple, sur près de quatre mille citations
des Ecritures qu'on a vérifiées , on en a
trouvé d'inexactes et rétabli près de mille.»
Ajoutons que l'édition indiquée comme la
meilleure est de Conrad Badius (un maî-
tre !), et que le correcteur-réviseur de celle
de 1859 en consulta quatre autres de la
même époque, plus fautives encore. Con-
cluons en disant que les imprimeurs actuels
feraient probablement des ouvrages plus
corrects si les auteurs soignaient plus
leurs manuscrits, et si les éditeurs con-
sentaient à accorder le temps rigoureuse-
ment nécessaire à la bonne exécution des
livres. Àlph. L.
— J'ai sous la main environ cent cin-
quante ouvrages, imprimés pendant les
aV« et XVI« siècles, dont quelques-uns re-
montent à l'année 1476, ante et circa. Ces
respectables produits de l'art typographi-
que, sans doute très-corrects, ne renfer-
ment aucun erratum, A ma connaissance,
très-bornée (je l'avoue sans honte), le plus
ancien livre complété par une note correc-
tive est le Sigeberti Chronicon^ imprimé à
Paris par H. Estienne, i5i3, in-40, dont
le dernier folio porte une note de quatorze
lignes, intitulée : Errata nonnullis in locis
deprehensa et ex officina recognita; on y
voit l'indication des folios, des pages et
des lignes où se trouvent les errata. Ce
petit travail est très-méthodique; il doit
avoir un ou plusieurs précédents.
(Lyon.) V. de V.
La Société, a Aide-toi, le ciel Vaidera »
(V, 48). — La liste des affiliés à cette So-
No 102J
LUNTERMÉDIAIRE
i55
i56
ciété, donnée par M. S. D., ne peut re-
monter « à l'époque de la Restauration. »
Elle date nécessairement des premiers
temps du Gouvernement de J uillet, puisque
M. Aroux, qui y est qualifié de procureur
du roi à Rouen, fut destitué en i832, et
que M. Joly, qui y est qualifié de procureur
général à Montpellier, ne conserva ces
fonctions que pendant peu de temps.
(Alençon). L. de La- S.
Emploi du sal dans la cérémonia du
baptême (V, 53). — J. E. G. a raison de
fiouter du fait allégué sans preuves par
B. Palissy. Tpus les auteurs s'accordent à
croire que ce rite est d'institution aposto-
lique. Ce qui me confirme dans cette opi-
nion, c'est qu'en ayant cherché l'origine
dans les décrets des premiers papes, rappor-
tés avec soin dans l'ouvrage de Ciacconius,
intitulé : Res gestce ponttficorum ramanO'
rum. Typis Vaticanis i63o,jene l'y ai pas
trouvé, tandis que d'autres règles y sont
rapportées, telles que rétablissement de
J'eau bénite, l'addition de l'eau au vin dans
la communion, etc., etc.
Quoi qu'il en soit, ce rite est très-anciep,
puisque On gène ^ qui vivait au III<* siècle,
jsn parle dans une homélie sur E^échiel
{Institutions liturgiques 4e Forniciy tra-
duites p^r Boissonet, Paris, 1854, p. 33o).
Foroici, au naême endroit, cite un pa^-r
sa^e des Cpn/essions de saint Augustin,
qui y fait allusion. Le voici : « Audierarn
« çnim egp, adhuc puer, de yita ajterna
v. npbjs promissa per huniilitaten^ filii
<i tui Dor^ini Dei nostri desçepdenû^ a4
w supertiarri nostram, et sigoabar tun^
if signo crucis ejus, ei çondiebar ejvs ^0lfi
il )am inde ab utero matris iP6^ , qu^
ft piultRip ^peravit in te. » (Etant encore
enfanf, j'avais entendu parler de la vip
éternelle qui nous a été promise par votre
fils le Seigneur notre Dieu, qui a daigné
s'abaisser jusqu'à descendre du ciel pour
guérir notre orgueil, et j'avais été marqué
de sa croix et assaisonné de son sel, au
sortir du sein de ma mère, qui a beaucoup
espéré en vous. Livre I»"^, chap. xi ,
Outre cette allusion, qui ne prouverait •
pas suffisamment, saint Augustin en a
parlé plus positivement. Voici, en effet,
ce que je lis dans les Origines et raisons
4e la (iturgie catholique en forme de
dictionnaire de l'abbé J.-B.-É. Pascal,
Paris, 18^4, page 126, au mot baptême:
« Le sel mis àla bouche est un rite delà
« plus haute antiquité. Saint Augustin en
« fait mention, et en général les Pères de
à l'Eglise le considèrent comme l'emblème
«de la sagesse qui doit briller dans un
a chrétien. Quelques-uns l'ont considéré
a comme un serment de fidélité, selon ce
« que gratiqqaient certains peuples qpi,
« pour jqrer à leur roi une soumission in-
a violabie, mangeaient du sel en sa pré-
« sence. •
« Au sel succédait l'onction de l'huile
a sainte... »
Or je trouve l'origine de ronction de
l'huile aainte, dans les Vitcp et Res gestce^
dès le premier siècle de l'Eglise. Donc
l'emploi du sel dans le baptême était anté-
rieur, puisque aucun pape n*a eu besoin de
le recommander.
Dans le Dictionnaire usuel des sciences
ecclésiastiques de l'abbé Glayre, Paris
1 861, au mot sel: a Comme le prouvent
« les écrits de saint Augustin, on en a tau-
o jowrj fait y sage dans le sacrement du
« baptême. »
Consulter les Pères cités par Duranti au
livre I desonDerebus ecclestasticis, ch. xix,
n*» i5; et le père Martèpe, livre I, ch. vi,
n» 14. Moreri cite les observations sur le
baptême de Joseph Vicecomas (ViscontiPi
Milan, 161 5. E. G. P.
Pri^99i^ns et Russes (V, 53). — Vol-
taire', on le sait, par son exemple et sa
grande influence, parvint à faire écrire
comme ils se prononçaient, certains mots
qu'on avait Tnabitude d'écrire autrement.
Je ne ne citerai que le mol français^ qu'on
écrivait /r^«f 015.
Il fit substituer le mot impasse à celui
de çul-de-saCy qui lui déplaisait souverai-
nement, et c'pst encore à lui çju'il faut
rapporter l'emploi du mot Russe, au lieu
de Russieny ainsi qu'il rççulte du passage
suivant, extrait de sa cnarmante corres-
pondance :
A M. le comte de Schowalow, à Moscou.
f
24 décembre 1758.
Je me servirai du mot Russiefi , si
vous le voulez; mais je vous supplie de
considérer qu'il ressemble trop h Prussien^
et qu'il en paraît un diminutif; ce qui ne
s'accorde pas avec la dignité de votre
empire. Les Prussiens s'appelaient autre-
fois Borusses, copime vous le savez, et, par
cette dénomination, ils paraissaient subor-
donnés aux Russes. Lç mot Russe a d'ail-
leurs quelque chose de plus ferme, de plus
noble, de plus original, que celui de Rus-
sien; ajoutez que Kussien ressemble trop à
un terme très-désagréable dans notre lan-
gue, qui est celui de Ruffien^ et la plupart
de nos dames prononçant les deux ss
comme les deux ff^ il en résulte une équi-
voque indécente qu'il faut éviter.
Edgar Joubert.
I1P Çej^^ est la splende^ du Vrai (V, 53;i.
rr.'Nôn, Platon n'a dit nulle paft ei^ ter-
mes formç)s : tt Le Bpau e§t m splendeur
4h YrRit » ^1 ^'^ P^s ipême ^\\ catégpri-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX/
l57
[25 mars |86g.
i58
quement, çp qui egt 4éjà ua peu bien dif-
férent : « île Beau est la splendeur du
Bon. M Mais que le Beau soit le Bon res-
plendissant ; que le Beau soit par suite
l'éclat, la splendeur du Bon, telle est la
vérité implicitement contenue dans toute
la doctrine platonicienne, et qu'il est im-
possible de n*y pas voir en vingt endroits,
sauf à l'exprimer ensuite d'une manière
précise et concise, pour peu qu'on Use,
avec réflexion et synthétiquement , les
écrits du cygne de TAcadémie, comme
l'appelait Socrate. Aussi bien Plgton
distingue trois sortes de Beau, Tua pour
les yeux, le Second pour le cœur, et le
dernier pour l'intelligence. « Nous pas-
sons, dit-il dans le Banquet, des beaux
corps aux beaux sentiments, et des beaux
sentiments aux belles connaissances. »
D'ailleurs, il déclare plus d'qne fois que
de ce triple Beau l'archétype ou Tidéal ré-
side dans le sein même de la Divinité.
C'est dans ce même dialogue, intitulé
le Banquet, qu'un des interlocuteurs,
après avoir demandé : « Paraît-il que les
bonnes choses soient belles ? » reçoit pour
réponse : a II me le paraît. » Et Tentre-
tien se poursuit ainsi : — A. « Si l'amour
manque de beauté et que le Beau soit in-
séparable du Bon, l'amour manque donc
aussi de bonté? — B. Il en faut demeu-
rer d'accord. » L'argumentation du phi-
losophe aboutit jusqu'à présent, à ceci :
Il n y a rien de beau qui ne soit à la fois
bon: si une chose est belle, elle est par
cela même bonne aussi. Donc, si l'amour
n'est pas beau, c'est que l'amour n'est pas
bon non plus.
Mais c'est dans VHippias Major, à con-
dition que vous le comprendrez exac-
tement et que vous le rendrez comme
vous l'aurez compris, qu'il vous est ré-
servé de puiser une preuve encore plus
lumineuse de la vérité que j'atteste. So-
crate : a De ce que nous découvrons, il
résulte évidemment que le Beau est fils
d'un père; que le Beau a un père, le Bon. »
Hipp'ias : « Tu parles d'or, ô Socrate ! »
Socrate : a Ne parlé-je pas d'or aussi en
disant que le père n'est pas le fils ni le fils
le père? » Cela signifie, à n'en pouvoir
douter : Il ne faut confondre ni le père
avec le fils ni le fils avec le père, puisqu'ils
sont distincts l'un de l'autre. Mais pour
qui connaît tant soit peu la manière so-
cratique des dialogues de Platon, il est
clair que ce sont les paroles mêmes d'Hip-
pias qui fournissent la réplique au martyr
de la vérité ; en un mot, aue s'il met sur
ses lèvres les noms de a fils et de père, «
c'est que, à une minute de là, ils sortaient
de la bouche d'Hippias, dans la phrase
in^roédi^îemepç antérieiire. Par pjdbeur,
le texte grec %, (de plus en plus; pâti de siè-
cle en siècle.' Ainsi, au XVI«, Henri Jl^-
tienne éditait et traduisait ainsi le passage
c^pit^l dans U ^46 Wn goptroyersée :
Tivoç « tSea » eïvat th îtaXèv tou à-^a^olj.
Traduction latine : « Et, ex iis sane quaî
comperimus, illud etfici videtur, pul-
chmm boni ratione îdeam quamdam, ef-
ficacemque formam paremis habere. »
(Page 297, lettre B, éaition de 1 578.)
Au XIX» siècle, deux mutilations de
plus ont obscurci encore davantage, faussé
et dénaturé d'autant la pensée du philo-
sophe grec. D'abord, la préposition ev a
été interpolée entre £6pfay,oj;.5v et icaipiç;
ensuite, cet a fêea, » déjà si méconnais-
sable, a reçu, bon gré mal gré, un iota
souscrit. Lise? plutQt ; Kal xtvSuveùei, èÇ
wv £,\)piTAO\LV/, « Bv B ^axpôq TIVOÇ « làioL »
cTva'. To y.aXbv Toi3 aYaOou. » Version la-
tine : « Unde, per ea quae invenimus ,
pulchrum ad bonpm patrîs cujusdam in-
star esse videtur. » (Page 73o^)
Daris la première interprétation, qui est
de Henri Estienne, a ratione boni^ » et
a ad bonum, » dans la seconde, sortie des
presses de M. Firmin Didot, signifient
tf par rapport au bon, vis-à-vis du bon. »
Et l'pn fait dire ainsi à Platon, d'un côté :
a Le Beau possiède, par rapport au Bon,
une certaine espèce et une efficace forme
de père; » et de l'autre : « Le Beau paraît
être, vis-à-vis du Bon, à l'instar, à l'égal
d'un père. »
Enfin, spr le tout, va brochant la tradvic-
tion française la plus récente et la plus es-
timée, celle de feu Victor Cousin. La
voici donc à la lettre : a II résulte de cette
découverte que le Beau est en quelqup
sorte (èv •ïuaTp6ç xivoç i8sa) le père du Bon. »
Or cette pensée est diamétralement op-
posée à celle de Platon, et je le prouve.
Pour cela, au malencontreux « tBsa, » déjà
incompréhensible et mal écrit avant même
qu'on l'ait encore défiguré en tSéa afin de
l'ajuster, à titre de complément, à l'in-
truse préposition èv, au rhoyen d'un iota
souscrit non moins illégitime que la pré-
position elle-même, — je n'ai qu'à substituer
uîéa, synonyme de uîov.
Et j'obtiens de la sorte : « Kai xivâuveùee,
èÇ Sv £6p{axo[i.£v, xarp^ç Ttvoç uUa eîyat xb
KaX(5v, Tou 'AYaôou. » Traduction latine :
tt Et videtur, ex his quae detegimvis, patris
cujusdam filium esse Pulchrum, (nempe)
Boni. » Autrement, pour le français : « Et
de ce que nous découvrons, il ressort évi-
demment que le Beau est fils d'un père;
que le Beau a un père, le Bon. » I$ga, dans
l'exemplaire de Henri Estienne, n'a poi^t
d'iota souscrit, point d'esprit, point d'ac-
cent, trois signes extérieurs dont il est af-
fecté dans l'exemplaire de M. Firmin Pi-
dot (tdétff). Dès lors, si je voulais faire tout
d'abord constater du regard l'évidente, la
N» 102.]
L'INTERMEDIAIRE
i59
i6o -
visible certitude de ma découverte, je pla*
cerais celle-ci entre les deux variantes fau-
tives qui l'ont précédée, et Tœil saisirait de
front les trois diverses formes d'un seul
et même mot tracé de la manière suivante :
(èectf uiéa, IHc^.
Concluons : si le Bon est la source, la
pure et limpide source du Beau, est-ce
s'écarter de la doctrine platonicienne que
d'en déduire, à titre de corollaire, et de
proclamer cette vérité, aujourd'hui pro-
verbiale : « Le Beau est la splendeur du
Bon? » — Je ne le pense pas. Cette propo-
sition n'est-elle pas identiaue à : Le Beau
est le fils, le splendide fils au Bon, laquelle
se lit, et plus d'une fois, en toutes lettres
dans Platon? (Grenoble.) J. P.
Garde des rôles des offices de France
et marchand de vin privilégié de la cour
et suite du Roi(V, 56). — Voir sur ces Mar-
chands de vin, et généralement sur les :
Marchands et artisans privilégie!^ suivant
la cour et qui sont pour la fournir de
toutes sortes de marchandises, l'Etat de
LA France, édition de 1712, t. i, p. 657 et
suivantes. Leurs droits, bénéfices et de-
voirs y sont tout au long énumérés. Les
Marchands de vin étaient les premiers
privilégiés, suivant la cour, et leurs charges
se vendaient environ 2 5,ooo livres.
Quant aux gardes des rôles des offices
de France, leur principale fonction était
d'avoir les rôles et registres de tous les
offices de France, qui étaient scellés. Ils
exerçaient, près de la grande chancellerie.
L'Etat de la France, t. III, p. 65, renseigne
complètement sur ce qui les concerne.
(Douai.) A. P.
Cartes d'entrée à la Convention (V, 56).
— Outre celles qu'ont gravées Morret et
le conventionnel Sergent, une troisième a
été dessinée par Laneuville et gravée par
Augustin de Saint-Aubin; c'est un mé-
daillon représentant la Liberté et l'Egalité
debout, sur lequel on lit : Convention na-
tionale, Rép, franc. Représentant du Peu-
ple, membre du Comité d'inspection; une
autre du même graveur, d'après un dessin
de J.-B. Regnault, représente la Liberté
recevant dans ses bras la victoire qui la
couronne, suivie du Génie de l'abondance.
Saini-Aubin a gravé des compositions
analogues pour le Corps législatif et le Con-
seil des Cinq-Cents.
Sous le Directoire, la médaille du Corps
législatif fut gravée par Gatteaux : les au-
tres graveurs en médailles, dans l'œuvre
desquels se trouve peut-être le jeton d'en-
trée à la Convention, so^t : Andrieu, Droz,
Dumarest et Dupré.
(Auch.) H. Vienne.
Sujets galants gravés par Choffard (V,
57). — Ce n'est pas sans étonnement que
je me trouve en mesure de fournir quel-
que éclaircissement à M. Vienne, en pa-
reille matière : mon cabinet est si pauvre
en estampes! Je possède toutefois deux
pièces qui donnent la solution des deux
questions rappelées ci-dessus : ces deux
estampes, que j'ai achetées chez un bro-
canteur de bas étage, font un pendant
parfait; elles sont intitulées : VEcueilàt
ta Sagesse, la Tendre Amitié; la seconde
répond exactement à la description de
M. Vienne.
Ces deux pièces sont, d'après les signa-
tures, l'œuvre, pour le dessin, de M. Hoin,
des académies de Toulouze {sic) et de Di-
jon, et, pour la gravure, de De Monchy.
L'estampe intitulée la Tendre Amitié
ne saurait donc être considérée comme
un des quatre sujets du même genre ap-
partenant à l'œuvre de Choffard.
(Nîmes.) Ch. L.
Mariage morganatiqae (V, 58). — Eo
réalité, le mariage morganatiaue n'est
pas du tout une simple union de plaisir.
A l'école de Droit (en i832 ou 33), notre
professeur, après nous avoir expliqué que
le concubinatus du droit romam était un
véritable mariage, en rapprocha le ma-
riasse morganatique. On pourrait très-bien
définir le mariage de conscience^ mariage
de la main gauche, mariage morgau-
tique, un mariage où l'un des époux re-
nonce aux effets civils, tels que le droit ou
le devoir pour la femme et les enfants de
porter le nom du mari, la communauté
des richesses et des honneurs, le droit des
enfants à l'héritage de leurs parents, etc.
Seulement, on comprend avec quelle faci-
lité, soit par raillerie, soit pour dissimuler
la position honteuse d'une maîtresse, ona
pu appliquer ces mots à une simple liai-
son, et mariage de la main gauche^ par
exemple, ne se prend plus guère au sé-
rieux. Quant au mot morganatique^ il
vient, dit-on, d'une dame du nom de
Morgan, qui fut ainsi épousée par un
prince. Je sens tout ce que ce rensei-
gnement a d'incomplet, et qu'il faudrait
pouvoir dire au moins quel était ce prince
et à quelle époque il s'est marié. Mais
aussi, je m'attends bien que ma réponse
ne passera sous les yeux de M. F. M. que
dans le cas où il n'y en aurait pas d'autre,
et alors, ce sera un borgne qui sera roi
parmi les aveugles, 0. D.
Les délassements du père Gérard, oa la
Poale de Henri IV mise an pot en 1792.
Jeu national (V, 59). — Je possède ce jeu
ui n'est qu'une variante du fameux Jeu
e l'oie. Quatre-vingt-quatre anneaux
1
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 mars 1869.
161
162
partent d'un trophée de chaînes et de ver-
ges, pour aboutir à la Nouvelle Constitua
tioriy figurée par une corne d'abondance
d'où s'échappent des fruits, des fleurs et
des écus, et remplaçant l'ancien Jardin
de Voie, On jouait avec des dés, redoublant
sur les numéros où se trouvent des poules
au lieu d'oies, et le premier arrivé au n® 84
gagnait la partie. Chaque anneau ren-
ferme l'indication d'une vertu ou d'un
vice civique, d'une institution, d'un événe-
ment politique. Comme au Jeu de l'oie,
on avançait parfois ou Ton rétrogradait,
selon le caractère de l'objet auquel cor-
respondait le chiffre obtenu. Ainsi, on
trouvait aun^ 18, Despotisme, La Noblesse
n° 26, retournait au n» i, Egalité, Les
Ministres^ n® 29, passaient à 62,* Res-
ponsabilité. Varennes, n<> 65, rétrogradait
à 14, La Loi; La Discorde, 71, à 7, UA-
narchie; etc. Parmi les Règles, je remar-
que celle-ci: « On peut donner aux mar-
« ques ou jetons, une valeur aussi modique
a que l'on veut. Mais si on leur donne
a la valeur d'un sou, et au delà, les ga-
« gnants sont obligés de donner aux pau-
« vres quinze pour cent de leur gain, parce
« que ce jeu national a pour but l'instruc-
a tion et le plaisir, et non le désir d'en-
a lever aux autres ce qu'ils ont ; » et cette
autre : « Si un joueurparvient à un anneau
« déjà occupé par la marque d'un autre
a joueur, il retourne à la place d'où il était
« parti : car il ne faut chasser personne de
« la place qu'il occupe. » Une longue lé-
gende, intitulée Sens moral, complète ces
explications. Cette pièce avait environ
40 centimètres sur 5o. Elle se trouvait à
Strasbourg chez Treuttel, à Paris chez
Onfroy^ et dans tous les Bureaux de Poste
de la France.
(Alençon.) L. de la Sigotière.
a Benicourt, de Ronville, etc. » (V, 60).
— Je puis donner quelques renseignements
sur Marie de Béihune, comtesse de Rou-
ville; ils sont très-courts, mais précis et
authentiques.
Dans V Histoire généalogique et chrono-
logique de la maison royale de France, etc.
du P. Anselme, tome iW, page 224, de l'é-
dition de 1728, on voit que Marie de Bé-
thune était le onzième enfant d'Hippolyte
de Béthune, comte de Selles, marquis de
Chabris, etc.. dit le comte de Béthune,
marié, le 29 novembre 162^, à Anne de
Beauvillier, comtesse de Samt-Aignan.
Au tome VIII du même ouvrage, dans
la généalogie de la maison de Rouville,
(article : « Grands veneurs de France »)
page 71 3, on lit que Marie de Béthune
épousa, au mois d'octobre 1667, François
de Rouville, dit le comte de Rouville, (de
la branche des seigneurs de Meux) sous-
lieutenant de la compagnie des Gendarmes
de la reine.
Il est question du comte de Rouville
dans les Lettres de Madame de Sévigné
(édition Walckenaèr , MDCCCXVIII,)
tome I, 57, note; tome II, 246; tome VII,
56 et note; et de Marie de Béthune, dans
\ Histoire amoureuse des Gaules, Biblio-
thèque Gauloise, tome I, pages 1 1 1 et 3i6.
H. M.
Le Catéchisme de 1806 (V, 64). — Tous
ceux qu'intéresse cette curieuse Question
et qui désireraient l'approfondir plus
complètement , doivent se reporter à
l'étude historique, publiée l'an dernier
dans la Revue des Deux-Mondes et récem-
ment réimprimée en volume de bibliothè-
que: « L Eglise Romaine et le Premier Em-
pire, 1800-18 14, par le comte ^'Hausson-
viLLE, Paris, M. Lévy,2 vol. in-8", 1868. »
Le chapitre 26 du tome 11% intitulé : Le
Catéchisme impérial (pages 255 à 295)
est surtout à lire entièrement, ainsi que
toutes les pièces justificatives à Tappui
(pages 436 à 443 ) contenant le relevé
détaillé des correspondances officielles
entre Rome et Paris, auxquelles a donné
lieu la publication de ce fameux petit
livre.
Je ne sais pas résister à la tentation qui
me vient de citer ici même les deux passa-
ges ci-dessous : ils compléteront les diver-
ses communications, déjà si nombreuses,
des érudits rédacteurs de l'Intermé-
diaire :
€ Le Catéchisme de Bossuet, dont celui
qui s'élaborait en ce moment était censé
n'être que la reproduction, s'était contenté
de consacrer deux courtes lignes à la défi-
nition des devoirs des sujets envers leurs
princes. Le prince lui-même, qui n'était
autre alors que Louis XIV, était assez
irrévérencieusement confondu avec la
foule des supérieurs. « Que nous prescrit
encore le Quatrième commandement?
disait le catécnisme de Meaux. - Réponse :
De respecter tous supérieurs, pasteurs,
rois, magistrats et autres. » — : Voilà qui
avait suffi, parlant du grand roi, à celui
que de son vivant La Bruyère appelait
Î)ar anticipation un Père de l'Eglise, et
'histoire ne nous apprend pas que
LouisXIV se soit trouvé offensé d'avoir été
mis en seconde ligne, après les pasteurs,
et seulement avant les magistrats. Sous le
règne de Napoléon I", le chapitre relatif
au quatrième commandement s'étend
prodigieusement et prend les plus singu-
liers développements. En 1686, une seule
et unique leçon avait suffi, dans laquelle
était en même temps compris ce qui regar-
dait les cinquième, sixième et neuvième
commandements. En 1806, comme l'obéis-
sance aux autorités établies est devenue
chose autrement importante, et la pierre
angulaire du nouvel édifice, les préceptes
concernant ce fameux quatrième com-
N» 102.]
L'INTERMÉDIAIRE
i63
164 -
mandement, n'occupent pas moins de trois
leçons. Le chef de 1 Etat se croirait abaissé
s'il acceptait, comme Louis XIV, une
sorte de pêlç-mêle avec les autres supé-
rieurs, il lui faut quelque chose de plus. »
Etc. (page ;i66).
Et, plus iQin*'. <<•*• Ce que le public dp
nos jours sera, je crois, étrangement sur-
pris d'apprendre, c'est que, loin d'être en
rien autorisé par sa cour à favoriser la
création d'un nouveau catéchisme, le repré-
sentant du Saint-Siège à Paris avait reçu
de Pie VII les ordres les plus formels pour
agir dans un sens diamétralement opposé.
La correspondance du cardinal Consalvl
avec le cardinal Caprara ne permet à ce
sujet aucun doute. Elle établit de la façon
la plus authentique que... le légat, animé
peut-être des meilleures ii^tentions, non-
seulement ne se conforma point à ses in-
structions, mais qu'il prit résolument, lui
d'ordinaire si timide, le contre-pied de la
ligne de conduite qui lui avait été soigneu-
sement tracée. Il y a plus: afin de n'être
pas gêné par de nouvelles et plus impérar
tives injonctions qui pouvaient lui arriver
de Rome, il laissa le Saint-Père dans la
plus complète ignorance de ce qui se pas-
sait à Paris ; il ne se fit aucun scrupule de
garder un absolu silence sur cette longue
élaboration du catéchisme impérial, qui se
faisait sous ses yeux, de son consentement
et avec sa pleine connivence. » Vid. loc*
citât, (page 274).
— Les lecteurs de V Intermédiaire qui
désireraient être édifiés plus complètement
encore, sur la publication du Catéchisme
de 1806, devront, outre l'étude déjà citée
de M. d'Haussonville, consulter aussi Tou-
vrage suivant : Mémoires historiques sur
les, affaires ecclésiastiques de France,
pendant les premières années du XlX^siè'
de (par M.Joseph Jauffret), in-8», tome II,
pages i53 et suiy, ; — et peut-être encore
feront-ils bien de parcourir un troisième
ouvrage: U Eglise et la Révolution fr an"
çaise^ histoire des relations de V Eglise et
de rÈtatfpsiv M. Ed. de Pressensé. Paris,
un vol. in-S**. Ulric.
— Pour bien connaître l'effet de la pu-
blication du Catéchisme impérial dans les
divers diocèse^ de France, on devra se
reporter aux biographies individuelles
des prélats, cardinaux, archevêques, évê-
ques, etc., qui vivaient à cette époque. On
pourra consulter notaçpment: la Vie du
cardinal d'Astros, archevêque de Toulouse
par le R, P. Caussette, — et V Histoire de
Mgr, d'Aviau du Bois de San^ay {arche-
vêque de Bordeaux), par M. l'abbé Lyon-
net. Paris, 1847.
yeut-or> savoir en quels termes M» d'A-
viau, parlant de Sa Majesté l'Empereur
et Roi, écrivait à l'un de ses amis? Citons
ce petit passage : a Est-ce 4 lui de se
mêW de ce$ questions-là? Qui lui en 4
donné la mission? A lui les choses de la
terre, à nous les choses du ciel. Bientôt,
si nous le laissons faire, il mettra la main
à l'encensoir et peut-être voudra-t-il plus
tard monter à l'autel. En vérité cela ne se
peut pas. Principiis ohsta, sera medicina
paratur.,, »(Loc- citât, page 549).
Trutu.
Les tailleurs ponr femmes sont -ils anté-
riems au XYII» siècle? (V, 65.) — Sur
cette question on ne pense pas assez à la
richesse du vêtement des princes et des
courtisans, qui du XIV« au XVIII® siè-
cle était aussi cher, aussi coquet, aussi
luxueux que celui des femmes, ce qui fait
qu'encore aujourd'hui au théâtre, et dans
un bal masqué, contrairement k l'effet
du costume masculin et heureusement
égalitaire de notre temps, les hommes
se tiennent tout à fait à côté des femmes.
Par suite, avec cette folie du costume
ancien où les pierres précieuses, les vraies
perles, les étoffes et les broderies d'or et
d'argent, plus tard les guipures, 1^^ cane-
tilles, les rubans et les dentelles étaient
employés pour un sexe comme pour l'au-
tre, les ouvriers étaient les mêmes, et les
femmes avaient des tailleurs beaucoup
plus naturellement qu'aujourd'hui. Char-
les VIII ramène d'Italie, maître Silvestro
Abbate « ouvrier et faiseur d'habillement
de Dames à ritalienne » et Giovanni Arme-
naris ^ decouppeur de velour à litalienae
servant aux habillements des Dames, »
(Archives de V art français, première série,
I, 120-1) et dans le joli roman de Jean de
Pam (édition de 1867, p. îi8), on trouve
ceci, au lendemain matin du mariage du
roi de France: «Les femmes vindrent veoir
la nouvelle Royne, et, ainsi comnie elles
la cuydoient habiller, vint un Maistre
Taillandier du Roy, que leur dit à genoulx:
« JVles Dames, ne ypu§ déplaise, car elle
doit ^ujourd'huy estre abiljée à la mode
Françoise, n II serait trop long d'éprjre ce
qu'il y a de couturiers dan^ les Comptes
et l'auteur de la question peut plutôt s'ef-
frayer qiie se rassurer; pn ne remarque les
tailleurs pour femmes que di;^ montent où
ils sont moins nombreux, où ils sortent de
l'ordinaire pour devenir l'exception, et, s'il
voulait faire leur liistpire au moyen âge,
il aurait tout simplement à faire celle de
tout le costume féminin et masculin.
A. DE MONTAIGLON.
La dernier mot de Gœtbe et I9 dernier
mot de Jodelle (V, 70). — • ^ ces deux der-
niers mots, on peut en ajouter nn troi-
sième, les dernières paroles 4^ J.tJ, Rous-
seau, qui y ressemblent heaucpvip. Elles
sont inscrites au bas 4e la grf^vure de
H. Guttemherg, d'après J.'M. Mi^reau le
Jeune, a Ma chère lemme, ren4e?Tmpi le
DES CHERCHEURS Kï CURIEUX.
[25 mars 1869,
i6b
166
o service d^ouvrir I9 fenêtre, afin que j'aie
« le bonheur de voir encore une fois la
a verdure. Comme elle est belle! Que ce
a jour est pur et serein! O que la nature
tt est granael Voyez ce soleil dont il sem-
u ble que Taspect riant m'appelle. Voyez
tt vous-même cette lumière immense :
a voilà Dieul oui, Dieu lui-même qui
a m'ouvre son sein et qui m'invite enfin à
tt aller goûter cette paix éternelle et inal-
a térable que j'avais tant désirée. 9
R A. L.
I,96iuiE( 8ÛSC119, f 1)9 ^ntiquitatibua Br»-
corom »(V^ 72). •—Je remercie M. J. Dirks
de l'attention qu'il la bien voulu prêter à
une demande adressée par moi à Vlnter-
médiaire, et de la réponse qu'jr a faite mon
honorable coabonné^ Toutefois, Lambert
Bos, né en 1676, mort en 1717, ne peut
être le Lucius Boscus dont parle Antonio
de Guevara, né, lui, cous le règne d'Isa-
belle, et port m P44. La légende attri-
buée p^r Guevara ^ Lucjus Boscus sp
trouve aussi 4?P5 le Victarial de Gamer.
Ca vojci en peu de ipqts. d'après ce dor*^
nier livre, qui date du XV^ siècle. Alexan-
dre, allant par le Rionde, apprit que, der-
rière i}P bai^îes montagnes , vivait un
peuple très-sage et n'établissant de rap-
ports 4v^c aucune autre nation. Alexan-
dre franchit les monts et pénétra dans uqe
riche contrée. Il fit appeler les habitants;
ils vinrent en grand nombre, et il les inter-
rogea suf divers sujets. Il leur demanda
s'ils avaient un roi : ils répondirent qu'ils
n'en avaient pas besoin, puisque, parmi
eux, personne ne cherchait ^ faire du tort
à gvitrui. Le conquérant leur den^anda en-
suite de se sQumiettr^ à lui cqmme à leur
seigneur, de lui payer tribut et de sollici-
ter de lui de bonnes lois sous lesquelles ils
pussent vivre heureux. Ils dirent à Alexan-
dre que pour roi ils avaient Dieu; que, ne
possédant d'autre trésor que la sagesse, ils
ne pouvaient payer de tributs; mais ils
ajoutèrent que, puisque le conquérant les
engageait à lui demander (juelque bonne
loi ou coutume, ils le priaient de les dé-
barrasser d'un usage très-mauvais qu'il y
avait dans leur pays. Alexandre s'étant in-
formé de ce qu'était cet usage, ils répli-
guèrent : Seigneur, dans ce pays, nous
finissons tous par mourir : fais que nous
ne mourions plus, — Comment, reprit
Alexandre, celui qui ne peut ajouter un
jour à son existence pourrait-il vous don-
ner une vie éternelle? Et eux répartirent :
Puisqu'il en est ainsi, pourquoi travailles-
tu à asservir le monde? Alexandre tourna
bride et s'en fut son chemin. (Viçtorial,
p. 476 et suiv.) Il serait intéressant de sa-
voir si cette légende se trouve ailleurs que
dans le livre de Gamer et dans celui de
Quevara.
(Met*.) Th. pç Puymaigrb:.
— Il paraît certain que M. J. Dirks a
comniis quelque confusion dans ce qu'il
dit à cet égard. Comment Antonio de
Guevara (l'auteur du Livre d'or de Marc-
Aurèle), né en 1490, mort en i545, aurait-
il pu connaître l'puvrage de Lambert Bos,
né en 1676, mort en 1717? 6. Qt
Erudition de Mathnrin Régnier (V, 78).
— J'ajouterai à l'explication donnée par
M. H. PreyQ$t du mot Synderèsej q\x%
dérive du verbe 2uvBiaipé(i), 5i>wu/iîViio,
sitnul distinguo f employé par Grégoire de
Nazianze.
11 est opposé au mot SynerèseÇZ^i'^a.ipeaiq
contractiOy complexio) qui, en grammaire
désigne la réunion de deux syllabes en tme
seule dans le même mot.
Synderèse est pris surtout dans le sens
de remords, Crispin dit :
Il s'élèye surtout, dans le fond de mon cœur,
Certain remords cuisant, certaine syndérôse,
Qui furieusement sur l'estomac me pèse.
(Regnard, Légataire universel f
acte IV, scène vu.)
Ad. D.
Erudition de Jean-Jacqnes Ronssean
(V, 8a). — S'il faut en croire le bon Plu-
tarque (Vie de Nicias), c'est en récitant,
non point les poëmes d'Homère, comme
le raconte Jean -Jacques, au septième
'livre de ses Confessions^ mais bien des
fragments des Tragédies d'Euripide^ que
les prisonniers athéniens gagnaient leur
vie après la défaite de Nicias à Syracuse,
(Valenciennes.) Ch. C,
Dequoi, Bicêtre (V, 83). ^PouvDequoi,
il me semble aisé à comprendre et à expli-
quer. Il est clair que, dans les vers cités, il
veut dire — fortune, facultés — et qu'alors
il représente la phrase — Avoir de quoi —
elliptique plie-même, pour a avoir de quoi
faire telle dépense. » Pour Bicêtre, voici
un article du glossaire que M. Jannet a
composé pourson ancien Théâtre français.
« Vicestre — Bicêtre, nom d'un château
proche de Paris qu'au XIII« siècle on ap-
pelait la Grange aux Gueux (v. Dict. ae
Trévqux). On se sert de ce mot dans le
sens de misère, infortune, embarras, » Il
fallait que ce lieu fût en effet bien prédes-
tiné à la misère pour qu'un évêque et un
prince (le duc de Berri, frère de Charles V),
l'aient inutilement chargé l'un après l'autre
de leur château sans pouvoir Vempêcher
de redevenir la Grange <?w.r G\ieux.
^ O. D.
— Malgré le soin minutieux et intelli-
gent avec lequel M. Tenant de Latour a
corrigé les épreuves de son édition de
N* I02,J
L'INTERMEDIAIRE
167
168
Bachaumont, je crois bien qu'il y a là
faute d'impression. Le de quoi doit être
imprimé en deux mots, et c est ainsi qu'il
est dans une réimpression de l'édition
de Saint-Marc que j ai sous les yeux, celle
de Paris, 1826, in-o*. Le sens est alors:
a Mon trop peu de revenus, mon trop peu
d'argent. » L'expression avoir de quoi est
encore courante. Quoi est exactement la
même chose que le quibus ; c'est simple-
ment une ellipse, avoir quoiy 'pecuniœ
quibus^ Vargent avec lequel^ et aux pas-
sages cités précédemment sur le quibus^ on
peut joindre celui-ci du Début de Vhomme
et de Vareent {Anciennes Poésies fran^
çaiseSy VI II, 309):
Il est tenu pour ung varlet
Qui n'a argent à grand foison
Sans de quibus le tiendra Ton
Comme meschant, malheureux, fol.
L'autre mot est aussi très-compréhen-
sible si on l'imprime avec un grand B.
Souviens-toi de ta boue et de ton Bicêtre^
veut dire: a Souviens-toi que tu es au
nombre des mendiants et que Bicêtre,
qui est leur demeure, mérite d'être la
tienne ; » autrement dit : « Aie toujours
devant les yeux ta condition infime et ta
pauvreté. »' A. M.
Les a Nenais » de Gavarni (V, 84). —
Dans un roman de Paul de Kock [Un Bon
Enfant) il est question d'un homme qui
reçoit une balle dans le nénet gauche, et
je me souviens que dans une parodie de
Lucrèce Borgia le nom de la princesse
Négroni avait été changé en celui de la
princesse Grosnetnets, cju'un journal-pro-
gramme imprimait ainsi, mais je ne sau-
rais plus dire ni le nom de la pièce, ni le
théâtre où elle se jouait. Voilà donc trois
orthographes de ce mot, sans qu'aucune
puisse faire autorité vis-à-vis des autres.
Mais il me semble que nénet, c'est-à-dire
un mot composé au redoublement de la
même syllabe, rentrerait bien, avec papa^
man-man, nan-nan (ainsi qu'ils prononcent)
bobOy coco, dada, toutou, et tant d'autres,
dans ce vocabulaire enfantin qui pourrait
bien n'avoir d'autre origine que le bégaye-
ment primitif. A moins qu'on accepte
comme étymologie du mot en question,
celui que je trouve dans un Dictionnaire
de la langue romane, de 1768 : « Nenet,
Cupidon, petit dieu, » O. D.
Le soufOBt, injure grave (V, 85). —
Tallemant des Réaux, plus hardi queM.J.,
raconte que : « Le portier de Bautru donna
une fois des coups de pied au cul au la-
quais de Bois- Robert. Voilà l'abbé dans
une fureur épouvantable. Il a raison, di-
saient les gens, cela est bien plus offen-
sant pour lui que pour un autre. Aux la-
quais de Bois-Robert, le cul tient lieu de
visage: c'est la partie noble de ces Mes-
sieurs-là. » Je crois que ceci répond à la
question ; c'est qu'excepté aux laquais de
Bois- Robert, c'est le visage qui est la par-
tie noble. Aussi aurait-on bien plutôt lieu
de demander pourquoi un coup de poing
dans la figure n'est pas assimilé au soufflet.
Et sur cette distinction qui paraît peut-être
un peu subtile, il V a mieux que l'opi-
nion ; il paraît qu il y a eu des lois po-
sitives. Benvenuto Cellini dit, dans ses Mé-
moires, que, de son temps, cela était ainsi
à Florence; et qu'ayant été appelé devant
le tribunal pour répondre d'un coup donné
dans une querelle, il ne pouvait pas com-
prendre y ignorant la loi , que c'était
pour le favoriser que les juges voulaient
traiter ce coup de coup de poing, tandis
que lui s'obstinait à soutenir que ce n'était
qu'un soutflet. Cette distinction s'explique
Î)Ourtant. Un coup de poing est un- acte de
utte; il atteint à la figure comme il aurait pu
faire ailleurs, selon les péripéties du combat.
Le soufflet est spécialement un acte d'in-
sulte, il ne s'adresse qu'au visage, à la partie
noble, et l'on semble en ouvrant la main aa
lieu delà fermer, n'affaiblir le coup que pour
mieux déclarer que Ton veut vous faire
du déshonneur et non du mal. Aussi l'a-
t-on quelquefois donné avec un gant, ce
qui le rena inoffensif physiquement sans
rien diminuer de sa gravité morale.
O. D.
— Montesquieu, au chapitre XX du
XXVIII» livre de ï Esprit des Lois ^ s'ex-
prime ainsi :
« Dans les combats j^udiciaires , il n'y
avait que les vilains qui combattissent ù
visage découvert; ainsi il n'y avait qu'eux
qui pussent recevoir des coups sur la face.
Un soufflet devint une injure qui devait
être lavée par le sang, parce qu'un homme
qui l'avait reçu avait été traité comme un
vilain. »
Malgré cette citation, je crois que M. X.
s'exagère singulièrement l'importance du
soufflet, au point de vue de l'outrage.
Les coups de bâton, les coups de pied
quelque part, voire même le simple dé-
menti avaient certainement une gravité
égale.
Citons encore V Esprit des Lois :
« Les gentilhommes se battaient entre
eux à cheval et avec leurs armes; les vi-
lains se battaient à pied et avec le bâton.
De là, il suivit que le bâton était l'instru-
ment des outrages, parce qu'un homme
qui en avait été battu avait été traité
comme un vilain. »
L'accusateur (celui qui poursuivait la
réparation d'un crime ou d'un délit) com-
mençait par déclarer, devant le juge, qu'un
tel avait commis une telle action; et celui-
ci répondait qu'il en avait menti : sur cela,
le juge brdonnait le duel. La maxime s'éta-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 mars 18C9.
bJit aue quand on avait reçu un démenti,
il fallait se battre. Montesquieu ne men-
tionne pas les coups de pied quelque part.
Cepenclant, si la discussion entre le comte
de Germas et le vieux don Diègue se fût
terminée par un pareil acte de violence,
le vieux gentilhomme n'en eût pas moins
fait, au courage de Rodrigue, l'éloquent ap-
pel que chacun sait. En tout cas, les vers
suivants de l'acte III, scène vi, auraient
dû être singulièrement modifiés :
Appui de ma vieillesse et comble de mon heur,
Touche ces cheveux blancs, à qui tu rends Thon-
[neur,
Viens baiser cette joue et reconnais la place
Où fut empreint l'affront que ton courage efface.
Quelle est, à nçtre époque, en ces déli-
cates matières, la jurisprudence en vigueur
parmi les gens du monde? Etablit-elle
quelques différences, au point de vue de
la gravité de l'offense, entre les diverses
voies de fait? Je ne le pense pas^. Voici, en
effet, ce que je lis dans un ouvrage qui
jouit d'une grande autorité : le Code du
Duel, par le comte de Chateauvillard, cha-
pitre 1% de rOffense :
Ch. 8. Il y a différents degrés dans les of-
fenses, que nous classerons ainsi : l'of-
fense, Tolïense avec insulte, l'offense avec
coups ou blessures.
§ le*". Quiconque touche, frappe. Ainsi,
n'établissons pas ici de différences.
§11. L'offensé, avec coups ou blessu-
res, choisit son duel, ses armes, ses dis-
tances, et peut exiger que son adversaire
ne se serve pas d'armes à lui appartenant ;
mais il doit, dans ce cas, ne pas se servir
des siennes. Henri Prévost.
Saint-Evremont , gonverneur des ca-
nards du parc (V, 86). -- Le parc de
Saint-James, pendant le dix-septième siè-
cle, renfermait une très-grande pièce d'eau
couverte d'oiseaux açiuatiques, à qui Char-
les II, après avoir visité ses volières (Bird
cage walk), aimait à jeter du grain. Au
milieu de la pièce d'eau, était un îlot de
gazon appelé Duck island, qui paraît dans
le tableau si curieux de Canaletto. Le roi
donna en plaisantant, à Saint-Evremont,
le titre de gouverneur de Duck island. 11
ne pouvait être question de serment à prê-
ter, pour une plaisanterie bientôt oubliée;
et quant aux libérahtés parfois considé-
rables que Saint-Evremont tint de la main
royale, comme elles venaient de la privjr
purscy elles ne pouvaient être soumises à
à un contrôle oniciel.
A. DE CiRCOURT.
Une bataiUe Uvrée à ieun (V, 86). --
J'en demande pardon à M. G., mais le fait
170
dont il parle s'est passé un peu autrement
qu'il ne le raconte.
C'était à Malplaquet, le 11 novem-
bre 1709. Nos troupes, qui manquaient
de vivres depuis vingt-quatre heures, ve-
naient de recevoir une distribution de
pain; tout à coup, elles entendirent son-
ner la charge. Sans attendre les ordres de
leurs chefs, avec une spontanéité vrai-
ment admirable, les soldats jetèrent non-
seulement le pain qu'ils avaient à la main,
mais encore une partie de leur provision,
« pour courir plus légèrement au com-
bat. » Henri Prévost.
— Cette bataille n'est autre que celle de
Malplaquet, ainsi que le constate Voltaire
dans le chapitre XXI de son Histoire du
Siècle de Louis XIV : « Tout ce que je
sais, écrit-il, c'est que le maréchal de Vil-
lars dit lui-même que les soldats qui,
ayant manqué de pain un jour entier, ve-
naient de le recevoir, en jetèrent une par-
tie pour courir plus légèrement au com-
bat. » Gustave Picard.
Edit. — Ordonnance royale. -— Décr^};
(V, 86). — La signification de chacun de
ces mots peut, ce me semble, être facile-
ment précisée.
Sous l'ancienne monarchie les ordon-
nances ROYAUX étaient ce qu'on appel-
lerait aujourd'hui des lois: elles éma-
naient du seul pouvoir législatif d'alors,
du roi. Les ordonnances formaient sou-
vent une espèce de Code relatif à des ma-
tières de droit commun et exécutoire
dans tout le royaume : Les ordonnances de
saint Louis; l ordonnance de Villers Cot-
terets sous François I^*", établissant un
état civil; les ordonnances de Louis XIV y
qui sont de véritables Codes pour le com-
merce, la procédure, les eaux et forêts, etc.
Les Edits étaient de véritables ordon-
nances; mais ils étaient ordinairement re-
latifs à un objet plus spécial : Ledit des
secondes noces (i56o) sous François IL
ÏEdit de Nantes (1598), par lequel
Henri IV accordait certaines franchises
aux protestants.
Le mot Décret ne se rencontre sous l'an-
cienne monarchie qu'appliqué à des or-
donnances de juges : décret de prise dé
corps.
Depuis 1789, le mot Edit n'a plus re-
paru à ma connaissance.
Le mot Ordonnance a été employé, sous
la restauration et le gouvernement de juil-
let, dans le sens d'acte du pouvoir exécutif
pns dans les limites de sa compétence pour
prescrire les mesures nécessaires à 1 (éxé -
cution des lois.
C'est le sens du mot Décret sous le pre-
mier empire et sous le régime actuel.
Notons néanmoins que précédemment
on a qualifié de décrets tous les actes de
N» I02.1
L'INTERMÉDIAIRE
- 171
172
Id Constituante, de la Législative et de la
Convention. H. T.
ta ptisdn du Tasse (V, 99). — Voici
l'opinion de M. G. Voigt, exprimée dans
un discours récent : « Le 21 lévrier iSyo,
le Tasse était revenu à Ferrare. Toute la
ville était en émoi, par suite du prochain
mariage d'Alphonse d'Esté avec Margue-
rite de Gonzague. Le Tasse ne tfôuva
donc pas l'accueil qu'il dvait espéré j 11 îie
put voir le duc, personne ne s occupa de
lui. Alors sa misanthropie se réveilla, il se
répandit en invectives, maudit le duc., et
la cour et lui-même. II répudia Téloge
qu'il avait fait de la maison d'Esté et pro-
clama la cour un repaire de monstres et
de brigands. A la nouvelle de ces dia-
tribes, Alphonse donna l'ordre d'amener
le Tasse à l'hôpital Sainte-Anne, où, à
côté des malades de condition inférieure,
on traitait aussi les fous. Tel est le fait où
la légende a mêlé la passion romanesque
du poëte pour Léonora. Déjà la plus an-
cienne biographie du Tasse, parue à Na-
§les en 1619, donne cet amour comme la
ause de son emprisonnement. Mais c'est
Muratori qui, au siècle dernier, a consi-
gné la tradition telle qu'elle se répète en-
core à Ferrare. D'après son récit, l'inclina-
tion, longtemps cachée, du Tasse pour la
princesse éclata de la manière suivante,
en présence de la foule des courtisans : il
s'approcha de Léonora, comme pour ré-
pondre à une question, la pressa sur son
cœur avec enthousiasme et l'embrassa. Le
duc se tourna tranquillement vers les cour-
tisans et dit : « N'est-ce pas dommage
« qu'un si grand homme soit totalement
« fou? II faut l'enfermer. » D'après une
autre tradition, les habitués du château
auraient placé des miroirs obliques qui
auraient permis au duc de voir le poëte
embrassant Léonora. Enfin, d'après un
dernier récit, le Tasse n'aurait fait que se
vanter de ce baiser dans une pièce de vers.
Il aurait faîlu cependant se souvenir que
Léonora, à l'époque où sa personne est
censée avoir poussé le poëte à des incon-
séquences, avait quarante-deux ans. et
quant au Tasse, dans ses lettres, il ne
donne comme cause de sa captivité que
a des paroles folles et téméraires, » et non
des actes. Le témoijgnage du poëte contre-
dit donc les invectives dont il a été ques-
tion plus haut. RiSTELHUBER.
« Mattlfk Ltiihor, * dbraniô de M. L. fia-
lévy (V, 108). — Si M. P. L. A., par
des motifs dont il est seul juge, ne croit pas
devoir déférer à l'invitation de M. L. Ha-
lévy, je demande la permission de re-
prendre, pour mon propre compte, la ques-
tion qu'il a posée. J'ai eu l'honneur d'être
le colfèfttede M. L. Hàlévy et j'aime à me
compter encore parmi ses amis. Je ne
prends cependant pas la parole pour lui
donner la réplique. La promesse par lui
faite d'une page intéressante et instructive
d'histoire littéraire suffirait à expliquer
l'insistance d'un habitué de Vlntertné'
diaire; mais ;e viens, en outre, apporter
un supplément d'inforiiiation à la question
posée.
Je possède aussi un exemplaire du drame
de Luther, tout à fait identic{ue à celui
qu'a désigné M. P. L. A. J'ai, de plus :
« Luther, poëme dramatique en cinq par-
ties, par Léon Halévy, auteur du C^ar
DéméticuSf Paris, dépôt central de la li-
brairie, rue des Filles- Saint-Thomas, n® 5,
place de la Bourse, 1834. » Trente-deux
années séparent donc les deux Luther de
M. Halévy.
Le a poëme » contient plus de person-
nages que le « drame, » mais les person-
nages du second figurent tous parmi ceux
du premier. 11 y a, dailleurs, entre le texte
de fun et de l'autre des identités si com-
plètes et si nombreuses qu'il n'est pas dou-
teux que le drame est tiré du poterne. Il
est donc vraisemblable que l'histoire de
celui-là n'est pas tout à fait étrangère à
l'histoire de celui-ci. C'est ce qui sera ex-
pliqué par la communication que M. L. Ha-
lévy voudra.bien, je Tespère, adresser à Vin-
termédiaire. Fréd. Lock.
Hugnefflôt, Parpaillot (V, ïSg). *- Je /ne
permettrai de ne pas partager l'opieion de
M.Ath.Coquerelsurcesujet. L'étynaologie
qui fait dériver Huguenot de Eidû-enossen,
n'est pas plus « fantaisiste, » qu elle n'est
tt impossiole. »
En premier lieu, il est bon que je fasse
observer que je ne range pas la lettre /:
au nombre des consonnes. Cette lettre
n'est qu'un signé d'aspiration dànS iâ plu-
part des mots; dans beaucoup d'autres,
elle est parfaitement superflue, on ne la
prononce pas, et là, elle n'existe que parce
que Tétymologie rordonne(i). Comme on
n*a pas, chez les modernes, l'esprit rude
des Grecs, le spîrîtus aspér a du être re-
présenté, d'une manière ou d'autre, par un
signe de la même valeur.
On voit donc parfaitement pourquoi
tant de mots, possédant le signe d'aspira-
tion en anglo-saxon, en allemand, etc., en
sont dépourvus dans les langues néo-
latines. D'un autre côté, on comprendra
facilement pourquoi beaucoup de mots en
français, en italien, en espagnol, etc., ont
un fi, qui, vu l'étymologie, né leur ap-
(i ) Le thêta des Grecs n'est autre chose qti'une
liaison du / avec Tesprit rude. Ce signe d'as-
piration a perdu sa valeur dans les mots tirés
du grec. On ne garde le h dans théologie, ab-
sinthe, athénée, etc., que par inconséquence;
on l'a supprirrîé dahs beaucoup de mdtS', par
exemple dans trône, trésor, etc.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
173
[25 mars 1869.
174
parti ent aucunement* Quelques exemples
éclairciront ce que je veux dire :
ObuSf sorte de petite bombe, devrait
être écrit Hobus^ puisque c'est Tallemand
Haubit:{e,
On, vient de /romo, le h manque.
OrgCy vient de hordetifn, le h manque.
Ouragan^ vient de huracân, le h man-
que, etc.
D'un autre côté oii écrit en français :
Hermine, le mot étant dérivé du latin
armeniuSé
Htèble, au lieu de Jèbie (du latin ebu-
lum).
Huis, au lieu de Vis (du latin ostium).
Hurler, au lieu de uller, du latin ululare
(grec èXoXuÇo)).
M. G. dit que Hu ne peut venir de.Uî'i.
Pourquoi ? La transformation ne s'est pas
opérée en un jour, en un mois, en un an.
Il a fallu un siècle peut-être, pour Teffec-
tuer. D'abord, il ne faut pas examiner le
mot Eid seul, il faut prendre connaissance
des formes paronjrmiques. Le mot Eid
est Eida, Aith, Ait, en haut-allemand;
atthSy en goth. ; ath, ead, en anglo-saxon ;
oath, en anglais, etc.
On n'aura pas fabriqué huguenot d'après
la forme allemande Eidgenossen, en peu
de temps. A Genève d'abord oti ett a fait
Eignots,ipms Aignos en France. (V.Condé,
Mémoires, p. 638.) Ensuite on aura meta*
morphosé aignos en Haignots, Haignots
en Hugnots, et Hugnots en Huguenots.
C'est la même transformation qu'on peut
trouver dans d'autre mots.
Huile, en allem. oel, en angl. oil, en
holL olie^ en espagn. et en itah olio, vient
du latin oleum, dérivé du grec eXaiov.
Voici donc un mot, qui de IXatov est de-
venu huile par une série de transformations
toutes naturelles.
Autre exemple. Il y a un mot espagnol,
huevo. Dirait-on jamais que c'est l alle-
mand ei, l'anglais egg, uri œuf?
■ Je n'ai pas le .temps de faire les recher-
ches nécessaires, mais je ne doute point
qu'on ne puisse trouver d'autres exemples
analogues. Peut-être des chercheurs, plus
versés que moi dans la philologie com-
parée, pourront-ils étendre et compléter
cette esquisse bien imparfaite. En tout cas,
je crois avoir démontré que la dérivation
condamnée par M . Coquerel n'est pas entiè-
rement à dédaigner*
(Amsterdam*) H. Tïedeman.
EExas
sssssas
'V i iM f \. ae
tr0tttJcitUe0 tt €ixx\mik.
Les imitatetirs du Père Loriquet (V,
140). — M. H. M. (Laflèche) nous dit,
dans son intéressante note, q^ue le Père
Loriquet, dans son Cours d'histoire, édi-
tiotl de 18 16, « ne conteste nulle partie
« titre impérial de Napoléon. « Qu'il le
nomme Bonaparte ou Buonapdrte, peu
importe; mais, en somme, il le nomme.
Voici qui est plus fort. J'ai, sur mes
rayons, une Instruction sur Vhistoire de
France, par Le Ragots, continuée jus-
qu'en iS 16 par M. moustalon, où le nom
de Napoléon n'est même pas énoncé.
L'ouvrage est par demandes et par ré-
ponses.
Voici, à l'article Louis XVIII, cin-
quante-neuvième roi de France, un article
curieux qui résume le Consulat et l'Em-
pire.
a D. Là France ne se lassa- t-elle pas
rt des troubles (jui la déchiraient?
a R. Domirtee tour à tdur par des goû-
te vernements arbitraires, elle devint, en
« 1799, ^^ pfoie d'un chef militaire qui,
« afcusant de la gloire que quelques suc-
« ces lui avaient acquise, s'empara du
« pouvoir, mit l'Europe en feu pour sâtis-
« faire sa dévorante ambition, et pendant
« cjuinze ans, fit gémir la France sous un
« joug de fer. Cette nation coupable et
« malheureuse ouvrit enfin les yeux, con-
« damna ses erreurs et se souvint qu'elle
« avait un roi. Elle invoqua son nom lors-
« que les armées de l'Europe entière
a avaient envahi une grande partie de son
« territoire, et à ce nom révéré, qui offrait
« aux étrangers la garantie la plus certaine
« d'une paix durable, la guerre cessa sur
« tous les points. »
Et plus bas, à propos des Cent-Jours :
« D. De nouveaux troubles ne s'élevè-
« rent-ils pas dans le commencement de
a son règne?
« R. Quelques esprits séditieux cherchè-
f( rent à renverser un pouvoir que l'amour
a des Français pour leur roi rendait trop
« solide pour que leur projet eût long-
« temps l'effet qu'ils eïî avaient espéré.
« Les rebelles furent forcés de rentrer
« dans l'ordre, et Louis XVIII vit bientôt
« le calme renaître dans son royaume, â
tt l'aide des secours que lui prodiguèrent
a son peuple et ses alliés. »
Riert du retour de VWq d'Elbe, du
champ de Mai, de Waterloo. — Et voilà
comme on écrivait Thistoirê en 1816!
(BéziersO Louis H*
Une lettre du peintre Léôpold Robert.
A Monsieur Gaillard de Beauvoir, rue de
Chabannes, «® 8, à Paris,
Chaux-de-Fonds, ce 1 1 septembre 1828(1).
Cher Beauvoir,
Vous serez bien surpris en apprenant
par cette lettre que je viens de perdre ma
I ■■ ■■ Il 11 I II I .1 i,^,,,,^— ^^,„^^^,^
( I ) Une autre main a ajouté : « écrit le z 5 sep-
tembre 1828. »
N» I02.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [25 mars 1869.
175
176
bonne mère; une inspiration m'a fait par-
tir de Rome, et je suis arrivé dans ma pa-
trie pour rendre les derniers devoirs à
cette excellente mère qui m'y rattachait
plus que tout^ autre : les premiers jours de
mon arrivée, je Tai vue en bonne santé, et
en huit jours elle nous a quittés pour tou-
jours. Ma douleur ne peut être plus grande
et ma destinée me paraît bien particu-
lière; après dix ans d'absence, je reviens
dans ma famille pour jouir des joies les
plus pures, au lieu de cela je suis abreuvé
de tristesse et de chagrin, bi j'aimais bien
le monde je serais plus malheureux que je
ne le suis, mais je me rendurcis sur ces
événements, il me faut envier le sort de
ceux qui le quittent, et l'attends mon
heure avec assez (de calme r).
Cependant, puisque nous y sommes, il
faut s occuper un peu d'affaires, pour oppo-
ser quelque diversion au chagrin ou à la mo-
notonie. J'ai reçu une lettre d'Aurèle il y
a peu de jours; il avait ordre d'ouvrir à
Rome toutes les lettres à mon adresse; il
a reçu la vôtre et me transmet ce qu'elle
me dit d'affaires. Vous êtes toujours le
même : c'est vous dire tout ce que je
pense et ce que j'ai dans l'âme. Je vous
.suis infiniment obligé de la commission
que vous avez bien voulu faire. Mon frère
a reçu la lettre de change de 55i fr. 5o c.
Je vous en remercie beaucoup; aussitôt
que j'écrirai à Narz, je le prierai de re-
mercier M. Mary, et je le chargerai de lui
dire que je suis parfaitement content de
ce qu il a envoyé. Si vous avez occasion
d'écrire à Narz de suite, je vous prie de
lui dire de faire ma commission. Aurèle
aurait dû m'envoyer votre lettre,' mais ne
l'ayant pas, je ne puis y répondre bien
exactement. Je vous dirai cependant à
l'égard de Schnetz que j'ai l'intention de
lui écrire depuis ici : les circonstances
malheureuses dont je vous ai parlé m'ont
occupé phisiquement ( sic ) et morale-
ment, et je suis sur mon départ : avant
dix jours je quitterai ce triste pays et ses
bons et estimables habitants pour retour-
ner à Rome, que j'aime plus que jamais
parce que je suis artiste. D'après votre
lettre, Aurèle a conclu que Schnetz dési-
rait avoir mon adresse pour m 'écrire ; je
le préviendrai, je pense', mais dans tous
les cas, je vous prie de lui dire d'adres-
ser ses lettres à Rome. Je vous remercie
aussi beaucoup de ce que vous me dites de
cet excellent M. Marcotte; je suis on ne
peut plus sensible aux marques de l'inté-
rêt qu'il prend à moi : figurez-vous com-
bien je SUIS chagrin, je pensais faire une
excursion jusqu'à Paris. Mon frère Aurèle
est seul à Rome, je ne puis le laisser bien
longtemps sans consolations; pour moi-
même c'en sera une de le revoir. Je vais
partir bientôt, mais c'est une chose déci-
dée, autant que je peux le faire, que pour
la première exposition j'irai à Paris, et
ensuite il en sera ce qui voudra. Cette
lettre vous trouvera probablement à la
campagne; je vous souhaite, mon cher
Beauvoir, de ne pas éprouver des chagrins
qui vous affectent comme celui qui m'est
arrivé. J'oubliais de vous dire que je suis
tout à vous pour ce que vous pouvez avoir
à faire à Rome ; je vous ai déjà dit la vexa-
tion que j'ai eue à l'égard de vos pierres.
Je vous assure qu'il n'y a rien de ma
faute, et que ce n'est pas manque de soins
que ça a si mal réussi. Il paraît que vous
n'en parlez aucunement dans votre lettre,
et ^ue vous avez abandonné l'idée d'eo
avoir. Aurèle ne m'a pas donné connais-
sance de toute votre lettre ; il se peut en-
core que vous en disiez quelque chose, en-
fin j'attends à mon arrivée de le voir.
Pardonnez-moi cette feuille (i), et re-
cevez l'assurance de ma constante amitié;
je vous embrasse de tout mon cœur, vo-
tre dévoué LÉopoLD Robert.
Chant héroïque de Rouget de Lisle. -
La bibliographie des œuvres de Rouget de
Lisle publiée jusqu'à présent est loin
d'être complète. Le Moniteur universel
du 20 août 18 18, page ^91, contient une
pièce de vers sous le litre : Henri /F,
chant héroïque, Elie se compose de 7 stro-
phes, chacune de 8 vers, plus un refrain
de 4 vers, oui doivent se répéter après
chaque strophe :
Honneur au brave Béarnais,
L'orgueil des lys, Tidole de la France;
Son règne auguste recommence;
Recommençons a chanter ses bienfaits.
Voici la sixième strophe :
Proscrit par des tyrans farouches,
Son nom, pour combler nos malheurs,
Son nom fut banni de nos bouches,
Mais il resta dans tous les cœurs.
Au sein même de nos alarmes,
Son souvenir délicieux
Faisait briller dans tous les yeux
Les doux souris, les douces larmes.
Ce chant est signé, dans le Moniteur,
tt Rouget de Lille (51c), ancien officier
au corps royal du génie, »
Les biographes et les bibliographes de
l'auteur de la Marseillaise connaissent-ils
ce chant sur Henri IV?
Dans le National de iSSg, il y a un ar-
ticle sur la Marseillaise chantée à l'Opérd
par Lays, Cet article a été reproduit dans
vEre nouvelle, journal des intérêts démO'
cratiqueSy publié à Aix, numéro 63 du
i5 août iS^q, page 4, et num. suiv.
S. P.
(1) La lettre est sur une feuille simple de
gros papier.
Parie. - Tjp. de Cfa. Mo^ruei», rue Gujas, 13. — 1M9
Mméfùlffi.
Ch$nk$Mêt
90Ui tnu9*reM,
QVilQllg
Il t§ faut
tntt'aider»
10 avril 1869.
€ 3nUtméttïattt
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.)
177
178
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archi^ologie — Numismatiq^ue
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
Denzyers de Victor Hugo. — Vous rap-
pelez-vous la seizième pièce des Voix in-
térieures de Victor Hugo, intitulée Passé,
et dont la troisième strophe nous trans-
porte dans le parc d'un vieux château,
auprès d*un grand bassin, où moisit dans
l'eau dormante un Neptune verdâtre?
Les roseaux cachaient Tonde et Teau rongeait
[la terre,
Et les arbres mêlaient leur vieux branchage aus-
[tère,
D'où tombaient autrefois des rimes pour Boi-
[leau.
A quoi ce dernier vers fait-il donc allu-
sion? Quel en est le sens? Sommes-nous
à Auteuil,
Où Boileau, pour rimer, plantait du chèvrefeuil?
Non, rien ne l'indique, et, en vérité.
Ce vieux branchage austère
A bien besoin de commentaire,
S. D.
La lettre X. — Pourquoi cette lettre re-
présente-t-elle l'inconnu? Certains auteurs
prétendent que les Latins empruntèrent
cette lettre aux Grecs. Quel pouvait donc
être l'équivalent de ce signe avant cet em-
prunt, que deviennent les mots dux, duxiî,
dixit, et tant d'autres qui renferment la
lettre X?
D'autre part, cette lettre numérale, dans
les chiffres romains, représentait 10, 20,
3o, 40; mais quel moyen employait- on
pour exprimer io,ooo, 5o,ooo, 100,000,
c'est-à-dire les nombres très-élevés?
DUSEIN.
Deux vers de Diderot. — M. Ed. Four-
nier [l'Esprit dans V Histoire, 4» édition,
\o6i, p. i83) cite ainsi deux vers de Di-
derot :
Et des boyaux du dernier prêtre
Serrons le cou du dernier roi.
M. Picot (article Diderot de la Biogra-
phie universelle) donne cette autre ver-
sion :
Et ses mains ourdiraient les entrailles du prêtre,
A défaut d'un cordon, pour étrangler les rois.
M. Picot affirme que ces deux vers sont
tirés d'un dithyrambe publié sous le titre
de : les EleutnéromaneSy ou les Furieux
de la liberté, d'abord, en 1796, dans la
Décade philosophique, puis dans le Jour-
nal d'Economie publique du 20 brumaire
an V. Quelle est la bonne version?
M. Ed. Fournier rapproche les deux
vers de Diderot d'un passage du Testa-
ment du curé Meslier : Je voudrais que le
dernier des rois fût étranglé avec les
boyaux du dernier prêtre). Il y avait un
autre rapprochement à faire encore, c'est
celui-ci : a Je ne mourrai content que si,
pour amener quelque conciliation , on
étranglait le dernier des jésuites avec les
boyaux du dernier janséniste. » Cette
petite phrase est de Voltaire. (Voir p. 5y
de la livraison de janvier 1867 de la Revue
des Questions historiques,) T. de L.
Donné. — Saint-Simon se sert de ce mot
en pariant d'un trappiste (Mémoires, éd.
Hachette, in- 12, t. I,p. 400):» Un donné
de la Trappe, d'un esprit fort supérieur à
son état, qu'on appelait frère Chauvier,
conduisit ce valet de chambre. »
Quelle était cette espèce de religieux ?
Quellesfonctions remplissait-il à la Trappe?
J. R.
Cadres ciselés par Froment -Menrice
pour les peintures de Meissonier. — Je
lis dans un rapport de M. Hericart de
Thury, sur les envois de l'orfèvre Fro-^
ment-Meurice à l'Exposition de l'indus-
trie, en 1844 : « ... et dans le style
Louis XV, plusieurs pièces de haute bi-
jouterie, telles que flacons, vases, fibu-
iines, bonbonnières, et notamment des
tabatières en or et de charmants cadres
pour les tableaux de Meissonier.,, Ces
TOME V. — 7
Ne io3.J
L'INTERMÉDIAIRE
179
180 —
diverses pièces ont été exécutées les uneà 1
Î)our S. A. R. Madame la duchesse d'Or- !
éans, les autres pour plusieurs grands
personnages, protecteurs éclairés de Tart
et de la ciselure, etc. »
Quelqu'un poulrait-il me signaler quel-
que part un de ces cadres, ou tout au
moins, s'il en a vu, me dire quelle itrtpres-
sion le travail lui a produit ; enfin, s il se
rappelle le sujet de la peinture que ces ca-
dres luxueux circonscrivaient?
J'accepterai encore avec reconnaissance
tout autre renseignement biographique ou
critique que l'on voudra bien me commu-
niquer, par voie du journal ou directe-
ment, à propos de l'orfèvre du roman-
tisme, Froment-Meurice.
Ph. Burty.
Saint François à Mélinde. — A quel-
qu'un qui posséderait les catalogues des
collections de tableaux de la famille d'Or-
léans, je demanderai à qui était attribué
un tableau sans signature teprésentant le
sujet suivant :
Saint François Xavier, assis à côté d'un
Cacique, prêcne et discute avec les savants
du pays, en présence d'un grand nombre
d'habitants de Mélinde.
Ce tableau est sur toile de i™,45 de lar-
geur sur I"», 2 5 de hauteur, et il a dû être
gravé par Van Luyken.
Il rappelle l'école de Rubens, notam-
ment Quellyn, et porte sur son châssis les
lettres L. P. O., gravées au fer chaud, et
surmontées d'une couronne.
Il va sans dire que la communication
d'une gravure serait bien accueillie.
(Reims.) Eue. Disant.
Un couplet de romance supprimé par la
censure. — M. Gustave Leroy n'est-il pas
l'auteur de couplets dont le refrain est
celui-ci :
Gentils enfants, restez toujours petits ..
et un de ces couplets n'a-t-il pas été sup-
primé par la commission d'examen?
Quel est l'éditeur de cette romance, si
éditeur il y a? Landrol.
Veit(Wenzel-Henri). — Compositeur es-
timé en Allemagne, fixé à Aix-la-Chapelle
depuis 1841, d'après M. Fétis, et dont la
Société Lamoureux vient d'exécuter récem-
ment un Quatuor à Paris, vit-il encore?
T. Raglo.
Réponse dun courtisan à Louis XlV. —
Quelque abonné à ï Intermédiaire pour-
rait-il me faire connaître quel était le
courtisan du Roi-Soleil qui répondit au
maître, se plaignant de ne plus avoir de
dents : — A présent, qui est-ce qui a des
dents. Sire ? » Scrutator.
l^ôntquol le concile de Trente fnt-il
transféré é Bble^et -~ Dans un livre
des plus répandus, le Manuel annuaire de
ia Santé j par F.-V. Raspail (Paris, 1862,
sei:fième édition}, on lit, page 290 : « Sy-
«
a
tt
PHiLis, du grec sys, race porcine, et
a phileô, aimer. Ce mot est de la création
« de Fracastor, célèbre médecin de Vé-
« rone, qui le donna pour titre au poëme
« latin qu'il publia, en i53o, sur cette ter-
rible maladie. C'est lui qui vint à bout,
par ses conseils, de faire transférera
teologne le concile de Trente, afin de
soustraire les Pères du concile à cette
• contagion, qui atait déjà gagné toutes
« les filles publiques accourues dans cette
« dernière ville... »
Je suis tombé de mon haut, je l'avoue,
en lisant cette dernière phrase, et notam-
ment l'allégation que j'ai soulignée. Serait-
il vrai, bon Dieu, que la translation du
concile de Trente à Bologne a été due au
motif que donne ici le Manuel de la Sanié,
et qu'une crainte salutaire, ou bien le
Saint-Esprit, qui animait, comme chacun
sait, les bons Pères, n'eût pas suffi à les
soustraire à un pareil danger?
S. D.
Proposition de brûler la bibliothè^e de
la rue Richelieu. — Dans Les Anciennes
Bibliothèques de Paris^ ouvrage faisant
partie de ÏHistoire générale de Paris,
publiée par l'administration municipale,
M. Alfred Franklin, parlant de l'incendie
qui éclata, le 19 août 1794, à l'abbaye
Saint- Germain des Prés, et atteignit la
bibliothèque du monastère, écrit : « ... On
put cependant sauver quelques volumes
imprimés et une partie des manuscrits les
plus précieux. Quelques jours avant cet
événement, un membre de la Convention
était monté à la tribune et avait proposé
de brûler la bibliothèque de la rue Riche-
lieu, a parce qu'elle avait été souillée du
« nom de Bibliothèque du Roi; » cette
coïncidence fit attribuer l'incendie de
Saint-Germain des Prés à la malveillance-
Il semble établi aujourd'hui qu'il n'en tut
rien Bien des volumes avaient dis-
paru Grâce à cette circonstance, un se-
crétaire de l'ambassade russe, Pierre Du-
browski, collectionneur infatigable, put
renouveler ici ce qu'il avait fait lors do
pillage de la Bastille; il ach'eta par cen-
taines des liasses précieuses, des recueils
de lettres originales et des manuscrits qJi
sont aujourd'hui à la bibliothèque imp'î'
riale de Saint-Pétersbourg. »
Quand on connaît l'exactitude et la con-
iscience littéraires de M. Alfred Franklin-
on ne met pas en doute la réalité du tait
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo avril î86g.
i8i
182 "
l
u'il raconte à propos de la bibliothèque
e la rue Richelieu ; mais on peut regret-
ter que, dans un livre ayant presque un
caractère officiel, il n'ait pas complété la
citation en livrant à l'indignation publique
le nom de celui qui proposa cet acte de
barbarie : je ne dis pas de vandalisme, le
mot n'ayant été créé que quelques jours
plus tard, dans le rapport que Grégoire
fit à la Convention, le 3i août, précisé-
ment pour arrêter les dévastations.
Je demande donc que l'on veuille bien
me donner le nom de l'incendiaire et
m'indiquer en quelle séailce fut faite sort
étrange proposition.
D'après M. Franklin, Saint -Germain
des Prés possédait, au moment de l'incen-
die, 7,072 manuscrits. La bibliothèque de
la rue Richelieu en â reçu 6,5oo à 6,700.
II n'en aurait donc pas péri ou disparu un
grand nombre. Cependant la bibliothèque
de Saint-Pétersbourg en possède de très-
beaux et très-curieux, qui ont servi aux
bénédictins de Tabbaye pour le Traité de
diplomatique y où .ils sont cités. Peut-
être provenaient -lis de la bibliothèque
léguée à l'abbaye par M. de Harlay, car
on. sait que tous les manuscrits compris
dans ce legs ne sont pas parvenus à l'ab-
baye, mais on ignore par quelle circoil-
stance.
Frédéric Lock.
Les tanneriôs de pean humaine. — Dans
le courant de février 1864, M. France, li-
braire-expert, chargé de la vente de la
bibliothèque G*** de L***, vendit aux en-
chères publiques une Constitution, reliée
en peau humaine^ et dont la notice fut
ainsi qu'il suit rédigée dans le catalogue
imprimé de cette collection (in-8°, p. 5 1) :
« N® 409. Constitution de la Répu-
blique FRANÇAISE, Dijon, Causse^ an II
(1793), I vol. in-i8, pap. vél., reliée en
peau humaine, fil. tr. dor.
a Cet exemplaire de la Constitution de
1793, relié en peau humaine, faisait partie
du cabinet de M. Villcnave. Une note
jointe au volume, écrite de sa main, con-
state la nature de la reliure. Outre ce té-
moignage du célèbredéfenseur des 1 32 Nan-
tais, cet exemplaire porte une autre
garantie : on y a joint une affiche, placard
in-folio, impr. sur papier bleu , qui con-
state l'authenticité de cette reliure en peau
humaine, « imitant le veau fauve. » voici
à quelle occasion cette affiche a paru : Le
comité de Salut pubhc avait accusé le jour-
naliste Galetti d'avoir révélé l'existence
des tanneries de peau humaine. Un abonné
du journal de Galetti lui procura pour sa
défense le volume même dont il est ques-
tion ici, et Galetti, ainsi justifié, répondit
par cette affiche. »
Les bibliophiles et les curieux connais-
sent-ils d'autres volumes, de ce même
temps, qui soient également reliés en peau
humaine?
Que sait-on, aujourd'hui, — historique-
ment parlant, — et qu'a-t-on écrit déjà
sur l'établissement de ces « tanneries » ta-
meuses? Ulric.
François Butgat, chanoine de Bourges
en 1564. — M. Rifie a communiqué à la
Société des Antiquaires du Centre un do-
cument qu'il a trouvé dans un registre ca-
pitulaire de la Sainte-Chapelle de Bourges^
et qui révèle un fait curieux relatif à la
construction du palais des Tuileries sous
Charles IX : la délibération du chapitre
ainsi conçue :
« Auiourdhuy samedy, seizième jour de
may i564, en chapitre, noble homme
Hierosme Chambellan, sieur de la Ga-
renne, maire de la ville de Bourges, en
Î)ersonne, a présenté à Messeigneurs unes
ettres (52c) du t^oy, données à Châlons
le xxiii« avril dernier, par lesquelles ledit
seigneur Roy leur mande excuser et dis-
penser Mf M® François Burgat, chanoine
et chantre de ladite Sainte-Chapelle, de sa
résidence pendant sept à huit mois, pen-
dant lequel temps il s'employe au service
dudit seigneur à la composition de quel-
ques modèles sur le dessin et devise des
bastimens, maisons et jardins entreprins
au Thuilleries dudit seigneur en la ville de
Paris. Auquel sieur Chambellan, maire,
mesdits seiigneurs ont remonstré qu'ils n'é-
toient en nombre et qu'ils en communi-
queroient à la compagnie pour y faire ré-
ponse. »
il n'est fait aucune mention de la ré-
ponse des chanoines dans les délibérations
ultérieures, et il est à remarquer que celle
que nous venons de citer est eile-mêrae
bâtonnée par deux traits de plume obli-
ques dans toute la longueur. Comment
expliquer ce silence et cette annulation?
Comment surtout faut-il entendre ce qui
e3t dit du chanoine François Burgat, em-
ployé à composer pour le roi (ou pour la
reine mère?) certains « modèles sur le
dessin et le devis des bâtimens, maisons
et jardins entrepris aux Thuilleries? »
S'agit-il ici de modèles en petit de ce qui
allait être exécuté en grand? Etait-ce une
spécialité dudit Burgat?
M. Rififéa trouvé, dans un autre endroit,
que ce chanoine était originaire du dio-
cèse de Mâcon, et qu'il avait possédé son
canonicat à la Sainte- Chapelle de Bourges,
du 7 octobre i556 au i5 avril i566, épo-
que de sa démission. Voilà tout ce q^ue
l'on apprend sur lui. Espérons que les
chercheurs de l Intermédiaire nous dé-
couvriront quelque chose de plus sur l'em-
ploi qu'il a lait de son talent au service du
roi en 1 564. C. R.
N« io3.]
L'INTERMEDIAIRE
i83
Le général Menon. — On sait que, par
une incroyable condescendance pour Bo-
naparte, général en chef de l'armée d'E-
gypte, le général Menou embrassa Tis-
lamisme et se fit appeler Abdallah. Un
curieux (cette engeance est sans retenue)
voudrait savoir si les formalités usitées en
pareil cas ont toutes été remplies; si Ab-
dallah-Menou, mauvais chrétien devenu
bon turc, a pu montrer « le signe fort pré-
cis » de son apostasie. Pour rendre plus
intelligible cette indiscrète question, il
faut hre le joyeux conte du Salamalec
Lyonnais y par Lamonnoye, de plaisante
mémoire.
Deuxième question liée à la précédente :
Abdallah a-t-il persévéré dans la religion
musulmane ? (Lyon.) V. de V.
La Préface de t Vantrin ■ (II, 669). —
La Préface de Vautrin existe, bel et
bien imprimée, sous ce nom, en tête des di-
verses réimpressions modernes de ce drame
célèbre. (Voye:( notamment : tome XIX®,
page 4, des Œuvres complètes^ édit. Hous-
siaux, in-80, i855; — et tome I, pp. 3 à 5,
du Théâtre complet de Bal^fac. (Collection
Michel Lévy^ gr. in- 12, 1869.) Mais mal-
gré ce titre ambitieux, les quelques lignes
dont elle est composée sont plutôt, à pro-
prement parler, un simple Avis au Lec-
teur^ qu'une Préface,
En effet, dès les premiers mots, l'auteur
se récusant, expliaue comment « à cin-
quante jours dé distance » (cette Pré-
face est datée de PariSy le 1^^ mai 1840
— La première représentation de Vautrin ,
sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin,
remontait au 14 mars, même année), et
devant l'interdiction prononcée contre la
pièce « il lui est maintenant d'autant plus
difficile d'écrire la préface de Vautrin, que
tout le monde a fait la sienne, » et que
« celle de l'auteur serait infailliblement in-
férieure à tant de pensées divergentes :
un coup de canon ne valant jamais un feu
d'artifice. » — Le poëte ne cherche pas à
expliquer son œuvre : « Elle ne pouvait
avoir que M. Frederick Lemaître pour
commentateur, » mais — genus irritabile
vatum, — Balzac dit vertement son fait au
gouvernement qui venait de défendre la
représentation de son drame : « L'arbitraire
est le péché mignon des gouvernements
constitutionnels; c'est leur infidélité à
eux... Il n'y a rien de plus cruel que les
faibles : ù ce gouvernement-ci, comme aux
enfants, il est permis de tout faire, excepté
le bien et une majorité. »
« Cependant, ajoute-t-il un peu plus loin,
au milieu de ces désastres que l'énergie du
gouvernement a causés, mais que, ait-on,
184
le fer d'un coiffeur aurait pu réparer,
l'auteur a trouvé Quelques compensations
dans les preuves d intérêt qui lui ont été
données... etc. »
« Enfin, dit Balzac en terminant, Vau-
trin a presque deux mois, et dans la serre
parisienne, une nouveauté de deux mois
Î)rend deux siècles. La véritable et meil-
eure préface de Vautrin sera donc le drame
de Richard Cœur d'épongé (i), que l'ad-
ministration permet de représenter, afin
de ne pas laisser les rats occuper exclu-
sivement les planches si fécondes du théâ-
tre de la Porte- Saint-Martin, n
Ulric.
L'Emilie des < Lettres snr la mytho-
logie • de Démonstier (III, 447). — Sous
le prétexte de corriger une erreur d'im-
pression ou de copie faite dans renoncé
du nom de l'Emilie de Démoustier, qu'il
appelle Duboist au lieu de Benoist, nous
nous permettons de reproduire, dans l'in-
térêt des lecteurs de l'Intermédiaire, un
joli passage des Souvenirs de M*»* Elisa-
beth-Louise Vigéel^Brun^ancien membre
de l'Académie royale de peinture de Paris,
et peintre de la reine Marie-Antoinette
(t. I, p. 5i) :
« Parmi mes élèves se trouvait Made-
moiselle Emilie Roux de La Ville, qui,
depuis, a épousé M. Benoist, directeur des
Droits-Réunis, et pour laquelle Démous-
tier a écrit les Lettres sur la mythologie.
Elle peignait au pastel des têtes où s an-
nonçait déjà le talent qui lui a donné une
juste célébrité. M"* Emilie était la plus
jeune de mes élèves, pour la plupart plus
âgées que moi, ce qui nuisait prodigieuse-
ment au respect cjue doit imprimer un
chef d'école. J'avais établi l'atelier de ces
demoiselles dans un ancien çrenier à four-
rage, dont le plafond laissait à découvert
de fort grosses poutres. Un matin, je monte
et je trouve mes élèves qui venaient d'at-
tacher une corde à l'une de ces poutres
et qui se balançaient à qui mieux mieux.
Je prends mon air sérieux, je fais un dis-
cours superbe sur la perte du temps ; puis
voilà que je veux essayer la balançoire et
que je m'en amuse plus que toutes les
autres. Vous jugez qu'avec de telles ma-
nières il m'était difficile de leur imposer
beaucoup, et cet inconvénient, joint à
Tennui de revenir à l'A B C de mon art,
en corrigeant des études, me fit renoncer
bien vite à tenir atelier. »
(Paris.) J. T. L.
— La réponse de V. L. me laisse un
doute. Si 1 Emilie de Démoustier est celle
qui a peint la Régresse qui est au Louvre,
elle se nommait, non pas Duboist mais
bien Benoist, Le livret du Louvre de 1 855,
( I ) Cette pièce n'a été ni représentée ni im-
primée.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[10 avril z86g.
i85
i86
nomme cette dame: Marie^Guilhelmine
née Laville-Leroulx, femme Benoisty et
donne aussi la signature apposée au ta-
bleau : Laville-LeroulXy F, Benoist, ce
qui lève tous les doutes.
Au livret de 1791, je trouve la mention
suivante à la table.
Rue Françoise.
Leroux de Laville,
la cadette, P. n"Q4.
M"«» } Leroux de Laville,
'l'aînée, P. n°* 164,
194, 275.
Il y avait donc deux sœurS) toutes deux
peintres.
Le n^ 94 était une A rtémise, — Le n° 1 64:
Les Adieux de Psyché à safamiUe, — Le
n" 194: Scène tirée de Clarisse Harlowe,
— Le n® 173 : L Innocence entre le Vice et
la Vertu,
En 1794, La citoyenne Laville^ femme
Benoist, au Louvre, expose une Sapho et
deux portraits. Je ne rapporterai pas tou-
tes les expositions, cela me mènerait trop
loin. Mais ce que j'ai rapporté suffit pour
établir qu'elle ne se nommait pas Z)^/^o^5^
Je citerai seulement le portrait de la Né"
gresse exposé en 1806 par M™« M. G.
Laville- Leroux, F. Benoît. Maintenant,
si la lettre citée par F. Z., signée Emilie
Duboisty née Delaville-Leroux.esl de l'E-
milie de Démoustier, ce que je ne conteste
pas, du moins elle n'est pas l'auteur de
la Négresse du Louvre ; fa gravure de ce
tableau aurait été jointe à la lettre, à cause
de la parenté avec l'auteur de ce tableau.
Quant à la sœur de M"*® Benoist, pro-
bablement elle n'a pas continué de pein-
dre ou n'a peint qu'en amateur, car je
ne la trouve plus dans aucun livret, ni au
nom Duboisty ni au nom Laville^ ni au nom
Leroux, E. G. P.
Connaît-on anjourd'hni les plats de Ga-
lère et les poteries de miel, « alias • miellé ?
(III, 65o). — La première de ces questions
a été posée par le très-regrettable baron
de La Fons-Mélicocq, et on y a répondu
quelque peu; la seconde, Poteries de mieU
alias miellé, 2L été posée (II, 53 1), par M. le
docteur Lejeal, qui demandait pardon de
la liberté grande. — Trois années de ré-
flexions et de recherches intermittentes ne
m'ont gratifié d'aucun supplément d'infor-
mations, et je reviens à {Intermédiaire
avec nion butin de mars 1866.
Louis- Philippe de Meiel, écuyer, sei-
gneur de Meilbourg et Flabau, produisit
ses titres de noblesse, dans la Recherche
de Champagne (V. la'célèbre et rarissime
édition de Châlons, 1673), et, entre autres
pièces, deux arrêts de la Chambre Impé-
riale de Spire, confirmant une attestation
du 29 avrii 1664, donnée pour les Bourg-
mestre et Conseillers de la ville impé-
riale de Worms. Elle portait: que ledit
Louis-Philippe, et Tiburce-Gaspard, son
père, « sont issus et descendus en légi-
time mariage de l'ancienne, noble et illus-
tre famille des Meiel, dont quatre ont été
anoblis, le i«' octobre 1 5 18, par l'empe-
reur Maximilien.» Charles- René d'Hozier
visa les lettres patentes originales, em-
preintes, en leur milieu, des armes concé-
dées aux de Meiel, telles, a-t-il ajouté,
qu'elles sont réduites, pour Vécussonseuh'
ment, au-dessus de la présente Généalogie.
Le Juge d'armes les blasonne: d'or à
trois gobelets de verre meyellez; et le
décor au pinceau de ces meubles néraldi-
ques, dans l'exemplaire delà Bibliothèque
Mazarine, présente un dispositif de tacnes
irrégulières bleues et blanches juxtaposées
et fondues par les contours, analogue, en
un mot, à celui des friches et bruyères
du classique Tableau des teintes conven-
tionnelles topographiques.
Le qualificatif meyelle^ étant possible
au milieu du XVI I^ siècle, j'admets que
C.-R. d'Hozier, grand amateur d'à peu
près, s'en est servi sous prétexte d'armoi-
ries parlantes. Mais j'observe en même
temps, qu'on nomme miellés, en Norman-
die et sur le littoral de la Manche, les an-
ciennes plages à sec en partie herbues.
Avec le nom de nos gentilshommes, mey el-
les; rappelle le décor naturel des miellés
normandes, sans que je veuille soutenir
que son imitation plus ou moins fidèle
sur certaines poteries, leur ait exclusive-
ment valu cette désignation caractéristi-
que de Poteries de miel ou miellé. C'est
plutôt à la matière, ou mieux aux endroits
où se prenait la matière mise en œuvre,
que ces poteries l'ont empruntée. Les
miellés fournissent des argiles figulines
souvent colorées et veinées, très-propres à
la fabrication de faïences qui n'ont pas
besoin, pour leur cuisson, de hautes tem-
pératures donnant à la pâte une dureté
qui l'empêche de prendre facilement les
glaçuresplombifères. Ces derniers enduits,
composés à l'ordinaire d'oxydes de plomb,
litharge ou minium, ne sont point indis-
pensables; car nos argiles figulines du lit-
toral de la Manche contenant aussi du fer
et des carbonates ou silicates de chaux à
la dose maxima de 5 à 6 p. 100, jouissent
de la propriété de se ramollir sans se fon-
dre, et de se couvrir d'une sorte de vernis
aux températures élevées. Ne convient-il
pas de voir dans ces faïences fabriquées
sur les rivages de France et d'Angleterre,
la poterie de miellé? — et les plats glacés
à l'aide des oxydes métalliques, ne se-
raient-ils pas eux-mêmes ces plats de ga-
lène, devenus plats de galère selon la ré-
ponse Samled (III, 65o)?
DE S.
Origine du Dindon (V, 10). -— Audubon
N» io3.]
L'INTERMEDIAIRE
- 187
188
et après lui Toussenel, nous apprennent
que le Dindon est originaire des grandes
forêts de TOhioetde l'illinois dans l'Amé-
rique du Nord.
Inconnu dans Tantiquité, il fut introduit
en Europe par les Espagnols, mais c'est
à tort qu'on en attribue l'importation aux
Jésuites, car les Anglais possédaient déjà
le dindon en 1 524, et on sait que la bien-
heureuse Compagnie ne fut fondée que
dix ans plus tard.
Les premiers parrains de la bête, dit
Toussenel, lui trouvant certains rapports
avec le coq domestique, lui donnèrent le
nom de Coq d'Inde, pour le distinguer du
premier qui a pour patrie l'Amérique;
mais comme l'Amérique passait alors pour
la continuation del'Inde asiatique, le choix
vicieux de cette qualification de coq d'Inde
doit être imputé à l'ignorance générale.
Puis on supprima le coq, et l'oiseau s'ap-
pela peu à peu Dindon, Dinde.
Th. Pas^uier.
Avoir du « quibus. » (V, 83). — Dans
cette même édition elzévirienne deï Ancien
• Théâtre français y on trouve aussi conqui-
bus. Un valet dit à son maître qu'il doit
réussir dans son projet puisqu'il ne manque
pas de conquit us. — Qu'est-ce que con-
quibus, répond le maître? — Des écus.
(Tome V, Le Laquais , comédie de Lari-
vey). Quoique Larivey soit fort postérieur
à la farce citée par M. Ulric, ne peut-on pas
admettre que quibus serait une abrévia-
tion de conquibus} Mais alors d'où vien-
drait conquibus} C'est peut-être une forme
macaronique de conquête, conquête Noël
donne — conquirere opes — s'enrichir.
Opes serait sous-entendu, comme l'est pays
quand on dit simplement conquérir, con-
quérant. On peut aussi faire venir con-
Quibus de conques, coquillages. Non que
je pense qu'il puisse faire allusion à ces
peuplades de l'Afrique et des Indes qui se
servent de certains coquillages conime de
monnaie. Mais y aurait-il trop d'invrai-
semblance à supposer que les enfants
d'autrefois ramassaient des coquillages,
dont ils se faisaient des jouets, tenant à
en avoir le plus possible ? Sous Charles X,
nous nous taisions des trésors de billes et
de noyaux d'abricots, et je croirais volon-
tiers que c'est de là que bille et no^au
signifient argent, aussi bien qae quibus.
Il est vrai que bille en ce sens est aussi
ancien que quibus et se trouve également
dans Larivey. Mais le jeu de billes ne peut-
il remonter aussi jusque-là? Au reste,
n'était ce mot conquibus trouvé dans
Larivey, j'aurais proposé quibus comme
abréviation de equibus, et equibus comme
forme macaronique à'écus. On eût dit par
exemple : — On peut réussir à tout cum
equibus. O. D.
Daml Damel (V, 84.) — Je crois que
les deux orthographes sont bonnes et que
le sens des deux interjections n'est pas le
même.
Daml signifie : tant pis! et vient du
vieux mot da^n, qui veut dire : dommage.
A votre dam! tant pis pour vous.
Dame! est une exclamation abréviative
de Notre-Dame! pour invoquer le secou-^s
de la Sainte Vierge ou la prendre à té-
moin.
Quant à l'abréviation, elle s'explique lie
deux manières qui me semblent plausibles.
La première explication se tire de ce qu'on
abrège lorsqu'on est ému. Une exclama-
tion soudaine ne permet pas de longs dis-
cours. La deuxième est historique. Saint
Louis avait édicté des peines très-sévères
contre les jurons. C'est pour éluder cette
dure loi, que les jurons : Par Dieu! ParU
corps de Dieu! Par le sang de Dieu! etc.,
ont été changés en Parbleu ! Par la cor-
bleu! Par la sambleu! De même, ceux
qui juraient Par Notre-Dame! ont été
amenés à dire simplement : Dame! Ce
qui pouvait s'appliquer à toute autre damt
qu'à la Sainte Vierge.
Depuis, le sens de Texclamation a changé.
Elle. exprime soit Tétonnement, soit une
affirmation sous-entendue. Dame! veut
dire quelquefois : de quoi vous étonnez-
vous? etc., etc. E. G. P.
— L'Académie écrit Dame» — Le bas-
breton Ddtm/ signifie: presque, à peu, un
peu, environ, à peu près. Un avocat di-
sait à un imprimeur qui se permettait de le
contredire sur l'orthographe d'un mot ou
sur la ponctuation : « Je suis donc un sot^
— Dame 1 » lui répond l'autre. » Cela ne
voulait-il pas dire : presque, à peu près,
un peu, c'est ça, ça y est 1 — S'il était per-
mis de citer de l'hébreu ou du chalJéen
je dirais que le dam bas-breton a la même
origine que l'hébreu dama, dam, ressem-
bler, ressemblance.
Est-ce une bêtise? Dame, ça y ressemble.
(Alençon.) C. F. D.
— Dame! abréviation de Notre-Dame!
ou Tredame! Termes admira tifs qui ser-
vent d'interjection au petit peuple. {Dic-
tionnaire de Trévoux.)
Pierre Clauer.
Le système décimal et les horloges
(V, 83). -- Par son décret du 4 frimaire
an II, la Convention imposait à la France
une nouvelle ère, une nouvelle organisa-
tion de Tannée, et une nouvelle division
du temps.
L'article XI de ce décret est ainsi conçU;
« Le jour, de minoit à minuit, est divise
«en 10 parties, ou heures : chaque partie
a en 10 autres; et ainsi de suite, jusqu'à la
DES GHERCHEUHS ÇT QURIEUX.
189
[lOSiVTÇ'll 1369.
190
« plus petite portion commensurable de
ft la durée. La ioo« partie de l'heure est
« appelée minute décimale; la loo*' partie
« de la minute est appelée seconde déci-
a maie.
« Cet article ne sera de rigueur pour les
« actes publics qu'à compter du i^r ven-
« démiaire an 11 1 de la République, »
Le décret est suivi d'une instruction dont
le § V est consacré aux nouvelles montres
et horloges. « Le problème, y est-il dit,
« consiste à diviser le jour, de minuit à
a minuit, en 1 0,1 00, i,ooo, 10,000 ou
a 100,000 parties, suivant les besoins; c'est
tt au génie des artistes à s'exercer pour
tt obtenir ce résultat... »
L'intervalle de 24 heures ne devant
plus se diviser qu'en 10 parties, il fallait
attendre 2 heures 24 minutes ancienne^
pour avoir une heure nouvelle, dont les
100 minutes en valaient 144 anciennes.
6 heures du matin devenaient 2 heures et
demie; midi devenait 5 heures; 6 heures
du soir, 7 heures et demie; et minuit,
10 heures.
L'instruction propose l'adoption d'un
cadran divisé en deux parties, deux cercles
concentriques, dont l'un porterait la divi-
sion en 12 heures, et l'autre, la division
en 5 heures : le projet de ce cadran, des-
siné par Hanin, balancier mécanicien, au
niarché neuf, en la Cité, n9 5o, se trouve
à la suite de l'instruction, et il est expliqué
par deux tables présentant une concor-
dance des nouvelles divisions du jour avec
les anciennes.
Mais cette tentative de conciliation des
deux systèmes devait engendrer une grande
confusion. Puisqu'il fallait faire deux fois
le tour du cadran, divisé en 5 parties, le
chiffre V répondant à l'ancien XII, il fal-
lait, au second tour, ajouter par la pensée
3 au chiffre indiqué par l'aiguille, de ma-
nière que I se traduisît par VI, H par VII,
et ainsi de suite jusqu'à 5 + 5 = 10.
On comprend facilement quel désordre
cet essai de réforme dans la mesure du
temps devait jeter dans la vie d'un peuple
habitué depuis des siècles à un système
dont il n'avait pas à se plaindre. Les ré-
formateurs avaient eux-mêmes pressenti
la difficulté, lorsqu'ils avaient ajourné à
un an l'adoption obhgatoire des nouvelles
horloges. Mais, si le nouveau calendrier
a pu durer, légalement seulement, jusqu'au
1 1 septembre i8o5, il paraît que les nou-
velles horloges n'ont pas même été es-
sayées : du moins il n'en est aucunement
question dans le rapport très-intéressant
de Regnaud de Saint-Jean d'Angely et de
Mounier, du i5 fructidor an XIII, expo-
sant les motifs du rétablissement du ca-
lendrier grégorien.
Il ne faut pas croire qu'on puisse décré-
ter un changement radical dans des habi-
tudes consacrées par les siècles. Jamais la
décide n'a pu %ç substituer complé;^inepit
à la semaine, ailleurs qvi.e dans les actes pu-
blics; et, même aujourd'hui, malgré l'utilité
incontestable du système métrique, et mal-
gré la facilité qu'il donne pour les calculs,
le cultivateur s'en rapporte à son notaire
pour constater la mesure légale du champ
qu'il achète ou qi^'il vencl : pour les deux
parties contractantes, il n'y a que des ver-
gées, des journauj^, etc., suivant les loca-
Htés : quant aux hectares et aux ares, elles
n'y comprennent rien, et ejle^ n'y veulent
rien comprendre. ' - Ad, D.
Cartes et Médailles des Conventionnels
(V, 8ô). — Ce n'est pas une médaille ou
une carte de Représentant que j'ai squs
les yeux, mais un simple Laissez-pcfsser
pour le Conseil des Cinq-Cents. Il est im-
primé en rouge et avec cette dispositjpn :
RÉPUqLIQ.UE FRANÇAISE.
LIBERTÉ.
LAISSEZ PASSER
LeC»
Membre de la Commission d'inspcclion.
a
H
CONSEÎL DES CINQ. CENTS.
(Alençon.)
L. D. L. S.
Les fauteuils de l'AGadémie française
(V, 86). — Les divergences que l'on re-
marque entre les nomenclatures que diffé-
rents écrivains ont données des person-
nages ayant successivement occupé les
quarante fauteuils de l'Académie française,
viennent de ce qu'on a voulu faire con-
corder deux choses absolument inconcilia-
bles : l'ancienne Académie française sup-
primée en 1793, et la classe de l'Institut
établie en 1795, modifiée en i8o3, et à la-
quelle une fantaisie royale iraposa,en 1816,
le nom d'Académie française.
Les quarante premiers membres de l'an-
cienne Académie n'avaient pas entre eux
de numéro d'ordre. Pour en donner un
aux fauteuils, il faut les numéroter dans
Tordre où ils deviennent vacants pour la
première fois. Ainsi, I sera celui de P. Ba^
dèsi, II celui de P. Hay du Châtelet, et
ainsi de suite. La série une fois établie,
par ce procédé, de 1 à 40, peut se conti-
nuer réguhèrement, par les élections suc-
cessives, jusqu'en 1793.
En 1793, il n'y a plus d'Académie fran-
çaise.
L'Institut fondé en 1795 par la Conven-
tion nationale comprenait trois classes
dont la troisième, composée de 48 mem-
bres, s'appelait Classe de Littérature et
Beaux- Aifts. L'Institut tout entier se
N- io3.]
L'INTERMÉDIAIRE
191
192
composait de 144 membres. Le Directoire
exécutif, qui succéda à la Convention,
nomma 48 membres, et ceux-ci élirent les
96 autres.
Entre ces premiers membres de l'Institut,
il n'y eut pas de numéro d'ordre.
En i8o3, la seconde classe, Sciences mo-
rales et politiques, fut supprimée et Tlnsti*
tut divisé en quatre classes, entre Içs-
quelles furent répartis les membres de la se-
conde. La nouvelle seconde classe s'appela
Classe de Langue et Littérature françaises
et n'eut plus que 40 membres. Il n'y eut
pas entre ces quarante membres d'autre
classement que celui qu'on peut établir
d'après leur ordre d'inscription sur les re-
gistres de l'Institut. Cet ordre admis, on
le continue aisément d'après les élections
qui ont suivi.
On aura donc ainsi deux séries : celle
de l'ancienne Académie, celle de la nou-
velle. Entre les deux aucun lien possible,
car un seul membre de l'ancienne, Mo-
rellet, fut compris dans l'organisation pri-
mitive de l'Institut. Par une bizarre coïn-
cidence, il occupait, avant 1793, le 29» fau-
teuil, et il se trouve inscrit le 29* sur les
registres de l'Institut. C'est donc le seul
fauteuil auquel on pourrait donner une
succession non interrompue.
C'est d'après ces données, recueillies à
l'Institut même, que j'ai établi une double
série pour chacun des 40 fauteuils dans
l'article Institut du Complément de F En-
cjrclopédie moderne, publié chez Didot.
Quant à M. Empis, V Annuaire de V In-
stitut fixe son élection à 1847.
Frédéric Lock.
— Les curieux trouveront imprimé, en
tête du Dictionnaire de la Langue fran-
çaise, de M. P. Poitevin, 3™« édit. Paris,
Chamerot, i858, un vol. grand in-80 (pa-
ges VIII à x) un Tableau synoptique de
V Académie française — et une Liste des
académiciens , indiquant les numéros des
fauteuils.— D'après M. Poitevin, M. Sil-
vestre de Sacy occupe le XXXI I« fauteuil
depuis 1854 — et M. Empis occupait le
XXXVI le depuis 1847. Ulr.
AmbroiseParéétaitrilhngnenot? (V, 87.)
— M. T. de L., dit que • de très-savants
hommes » lui ont déclaré, après avoir lu les
a pressantes objections » de M. H. Bordier,
que a la cause soutenue par l'auteur du
Dictionnaire critique de biographie et
d'histoire (Paré catholique) pouvait être
considérée comme bien décidément per-
due. » Je crois, pour moi, cette cause ga-
gnée sans appel. M. Bordier veut que
les actes relevés par M. Jal, dans les regis-
tres de Saint-André-des-Arcs et qui intéres-
sent Ambroise Paré et sa famille soient
des actes protestants. Assurément c'est la
première fois qu'une semblable prétention
s'est produite. Car on sait que les registres
de l'état civil tenus par les curés étaient
nécessairement fermes aux protestants. La
séparation des deux Eglises était pro-
fonde, la haine était égale des deux pans,
et il ne serait venu à la pensée d'aucun
protestant, d'aller demander au clergé ro-
main l'eau du baptême pour ses enfants,
pour lui la bénédiction nuptiale, pour les
siens, les prières des morts. Les édits des
rois eussent-ils commandé aux prêtres ca-
tholiques de recevoir dans leurs églises les
huguenots, ils eussent été désobéis. Les évo-
ques n'obéissaient qu'à Rome, et Rome
excommuniait Genève. Les Rois n'y pou-
vaient rien, c'était affaire de conscience et
de discipline. Mais, dit M. Bordier, il fallait
bien que les protestants persécutés fissent
incrire quelque parties naissances, les ma-
riages et les décès des leurs pour avoir une
a inscription légale? n Dans les temps
de calme, ils avaient certainement leurs
registres, que le temps et la persécution
ont détruits, car on ne les retrouve point;
dans les temps de guerre, ils se faisaient
bénir par leurs ministres, et ils inscrivaient
sur leurs Bibles les mentions de leurs ma-
riages, des baptêmes de leurs enfants et
des enterrementsde leurs proches. M. Bor-
dier rappelle, avec raison, que les protes-
tants durent, aux termes des Edits de mars
1 563 et mars i568, être enterrés iani /w
cimetières des paroisses dont « étaient »
les maisons où ils mouraient. Que signi-
fie ceci? La ville n'avait point de cimetières
autres que ceux qui étaient annexés en
général aux églises paroissiales ; quand les
protestants n^vaient point de terre parti-
culière pour y reposer, ils étaient obligés
de se faire enterrer dans les cimetières aes
paroisses, mais non u avec les catholi-
Sues, » comme le dit M. Bordier. Il y avait
ans les cimetières une police à part pour
les non-catholiques, comme aujouro hui
pour les israélites. Le clergé catholique
ne se mêlait point des enterrements des
protestants, faits par l'autorité civile. S'ils
avaient eu le devoir de présider aux inhu*
mations des réformés, ils en auraient tenu
registres, et nous aurions aujourd'hui ces
témoignages écrits de leur office accompli ;
car nous avons tous les registres anciens
des 66 paroisses de Paris. Mais de ce que
les protestants étaient inhumés dans les
cimetières des paroisses, M . Bordier con-
clut qu'ils pouvaient l'être dans les églises
elles-mêmes et y avoir des tombes parti-
culières. Non, c est là une étrange erreur.
Cherchez les épitaphes protestantes dans
le recueil qui appartient à la Bibliothèque
impériale ; citez les actes de décès de pro-
testants notoirement protestants au mo-
ment de leur mort, aue vous aurez trouvé
dans les registres de l'Eglise de Paris. Les
édits qui donnaient pour sépulture aux
huguenots les cimetières catholiques, les
excluaient de l'église, car ils ne disent
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[10 avril 1869.
193
194
pas: a Dans les cimetières et les églises
des paroisses. »
S'il y a deux édits relatifs aux inhuma-
tions, y en a-t-il un qui ordonne aux réfor-
més de se présenter aux curés pour se
faire baptiser et marier? Nous n en con-
naissons pas, et M. Bordier n'en allègue
point; il conclut de la nécessité d'être
inscrit quelque part, au fait de l'inscription
dans les registres des paroisses; mais, en-
core une fois, à part les notes qui concer-
nent Paré et dont on veut infirmer la
valeur catholique, que l'on cite des actes
de mariage, de baptêmeou de décès appar-
tenant à des protestants ! Ne serait-il pas
bien étonnant que Paré fût le seul hugue-
not dont on trouve le nom dans les regis-
tres catholiques? Il n'y a, dans nos mémo-
riaux, de noms protestants que ceux des
réformés qui, abjurant le calvinisme, ve-
naient se faire baptiser par les prêtres ca-
tholiques, et ces noms sont toujours suivis
de celte mention « de la R. P. R. »
Paré était catholique, cela est certain ;
nulle part dans ses écrits il ne se dit pro-
testant. Faut-il considérer, ainsi que le veut
M. Bordiér, comme un aveu certain de
son protestantisme, une phrase qu'a rele-
,,A^ \/i \/i^i^^: : - A
postérieures
1 575 ? Voici cette phrase : « Après la prise
de Rouen (i562) mi trouvoy à disner en
quelque compagnie où en avoit quelques-
uns qui me hayoient à mort pour la Reli-
gion. » Ces « quelques-uns » voulurent
l'empoisonner avec de Tarsenic mis dans
un plat de choux. M. Bordier prétend que
les empoisonneurs étaient catholiques;
mais oui empêche qu'ils fussent protes-
tants, naissant un catholique, ou même
catholiques détestant un catholique qui,
sur le chapitre de la religion, avait des
idées de tolérance coupables à leurs yeux?
Paré était un catholique sincère, mais à
qui faisait horreur la guerre civile et reli-
gieuse; qui, avec un esprit conciliant, cher-
cha à calmer les esprits emportés par la
violence; un modéré (comme on dit), un
de ces hommes sages que les deux partis
extrêmes au milieu desquels ils veulent se
placer pour amener la paix, haïssent égale-
nient. C'est ainsi qu'il m 'apparaît dans ses
écrits et ses actions, où M. Bordier est bien
libre de trouver la révélation de « 1 âme
élevée du huguenot, » et où se révèle égale-
ment pour moi l'âme élevée d'un catho-
lique, ardent aux choses honnêtes, au bien
public, à la charité. Pierre de l'Etoile le
jugeait de cette façon, lorsqujà propos de
sa mort, il le dit; a homme* docte et le
premier de son art, qui nonobstant le
temps avoit beaucoup parlé et parloit libre-
ment pour le bien du peuple, ce qui le fai-
soit autant aimer des bons comme mal
vouloir et haïr des méchants. » L'Etoile
qui écrivait pour lui et non pour la posté- j
rite, n'aurait pas manqué de dire qu'Am-
broise Paré, son voisin, et dont il sa\^.it
bien la vie, était huguenot, ce qui dans
son esprit à lui, bon catholique, aurait
ajouté beaucoup à l'éloge qu'il en faisait.
Le chroniqueur n'oublia pas de dire que
Bernard Palissy mourut à la Bastille, a em-
prisonné pour la religion. »
Le cardinal de Lyon tenait Pare pour un
a politique » et non pour un protestant.
La reine Marguerite dit que, a dans la nuit
de la Saint- Barthélémy, le roi auroit voulu
sauver Téligny, La Noue et M. de La Ro-
chefoucault ; » elle ne nomme point Amb.
Paré, que sa qualité de catholique préser-
vait, mais que le roi put retenir dans « sa
garde-robe, p pour ne pas l'exposer aux
coups des meurtriers, aveuglés par la rage
et qui n'épargnaient personne , témoin le
pauvre Henri d'Albret, blessé par eux et
sauvé par la reine Marguerite. {Mémoires^
édii. 1842, p. 31-37.)
Revenons, par un mot, aux actespréten-
dus protestants des registres de Saint- An-
dré. Le 16 juillet i565, la femme et le fils
du duc de Nemours tinrent sur les fonts
une fille d'Ambroise Paré. A qui fera-t-on
croire que M. de Nemours eût fait un tel
honneur à un protestant, « lui qui, dit
Brantôme, se retira de la cour avec M. de
Guise, après le colloque de Poissy, pour
voir (voyant) la nouvelle religion entrer
en fleur? n — M. Bordier dit de Paré :
a S'il ne faisait pas profession ouverte et
formelle de la Réforme, et qu'il eût gardé
son nom de catholique, mais que dans
toutes ses paroles, dans ses actions, dans
ses écrits... s'il l'avait laissé voir à ses
contemporains... nous n'en voulons pas
davantage. » Ainsi Paré aurait été, aurait
pu être un protestant timide, honteux, qui,
de 1545 au moins jusqu'en 1590, inscrit à
Saint- André-des-Arcs , porta le masque
trompeur du catholique! Je rejette une
telle opinion avec M. Jal, ne pouvant
croire à cette longue hypocrisie, d'ailleurs
impossible, en présence de voisins curieux,
de valets bavards qui, au moindre doute
sur la foi du catholique allant à la messe,
à confesse, aux vêpres et communiant à
Pâques, l'auraient, dans ces temps où la
tiédeur était comme un crime, dénoncé à
la sacristie de maître Christophe Aubry.
Sébaste Ali de Nyol.
Le marquis de Lagrange, intendant
d'Alsace (V, 88). — Saint-Simon, dans ses
Mémoires, sous la date du 18 avril 1693,
dit qu'il remplaça M. de la Fond comme
intendant à l'armée d'Allemagne, et, sous
la date du 17 janvier 1698, qu'il fut rem-
placé à l'intendance d'Alsace par ce même
de la Fond, auparavant intendant de
Franche-Comté. Pierre Clauer.
N- io3.]
L'INTERMÉDIAIRE
igS
196
Le t Rabelais • de GnstaTS Doré (V, 89).
— *La première édition du Rabelais illus-
tré par Gustave Doré est de 1854 (Paris,
J. Bry aîné). J'ignore si c*est la meilleure
et la plus complète, mais je sais qu'elle est
devenue fort rare, qu'elle est plus recher-
chée et d*un prix plus élevé que Tédiiion
de 1867. — Le volume, de format petit
in-4®, a 340 pages; le nombre des grandes
et des petites gravures est le même que
dans l'édition de iSSy. Le papier est mau-
vais, l'impression plus mauvaise encore,
mais les gravures sont généralement d'une
assez bonne venue ; celle du Frontispice,
surtout, est très-belle. GmoiN.
Adrien Van der Cabel, peintre hollan-
dais (V, 90). — M. C. pourra trouver, dans
le Catalogue de la collection d'Estampes
de feu le chevalier Camberlyn, rédigé par
F, Guichardot, (Paris y Vignères, l'« par-
tie, gr. in-80 de iv-2 54 p. — 2« partie, 2 3o pa-
ges, même format. i865.), la désignation
détaillée de douze pièces rares, choisies
avec soin dans TŒuvre de cet artiste. {Vid,
lac, cit, : no» 5 10 à 52 1, pages Sy et 58).
Adrien Van der Cabel, peintre et gra-
veur à l'eau-forte, né à Ryswick, près de
La Haye, en i63i, mort à Lyon, en i6(^5,
— d'autres disent en 1698, — n*est point
aussi inconnu que M. C. semblerait le
croire. On trouve des notices sur sa vie et
ses œuvres, i® dans le Dictionn, des gra-
veurs anciens et modernes de F. Basan,
Bruxelles, 1791. 3 vol. in- 12; — 2^ dans
La Vie des peintres flamands, allemands
et hollandais, par Descamps, Paris,
1755-69. 5 voL in-80, fig.; — 3<>dans VHis-
toire des peintres de toutes les écoles^ de
M. Charles Blanc {Ecole hollandaise,
t. II), Paris, V' Renouard, 1861. Notice
de M. Charles Blanc, avec portrait de l'ar-
tiste, /jc-52m//^ de son monogramme, et
reproduction par la gravure sur bois de
deux tableaux du maître; enfin, 4° dans
le tome IV du Peintre ^ Graveur , une
description très-exacte, rédigée par Adam
Bartsch, de cinquante-cinq pièces gravées
à Teau-forte par Adrien Van der Cabel.
Ulric.
— Le Catalogue des tableaux de la Pi-
nacothèque royale à Munich, par Georges
de Diilis (Munich, 1839), p. 248, indique
sous le nom de ce peintre : Contrée unie
avec une maison de pierre sur le devant.
Sur bois, haut, i' 5;', large, 1' 8", 7'". —
(Les dimensions, dit-on dans la préface,
sont marquées d'après le pied de France.) —
FUssli, dans son Allgemeines Kûnstler-
lexikon, t. II, p. 611, cite comme une de
ses œuvres : a Plan du campement de [sic)
chevaliers de Neufville dans le parc de
l'archevêque de Lyon pour le prix royal
de l'arquebuse. 1680. » Huber, dans ses
Notices générales des graveurs et des
peintres (Dresde, 1787), à la page 532,
cite de ce peintre : « Petit paysage orné
de fabriques, le Veau. — Petite marine,
eau-forte du peintre. — Petit paysage
orné de fabriques, D. Calandon fecit. -
Deux petits paysages ornés de fabriques,
Van der Cabel /ecif. — Deux paysages
plus grands, id, — Saint Bruno en prière,
grand paysage en hauteur, pièce capitale
de Van der Cabel. » P. Clauer.
— M. C. a-t-il consulté Descamps [Vk
des Peintres), dont la notice est aussi ex-
plicite que possible? On n'y trouve pas le
Catalogue des œuvres de Cabel, ce oui ne
s'est guère fait pour les peintres de cet
ordre, surtout s'il est vrai que beaucoup
de ses tableaux sont loin de mériter l'éloge
qu'on fait de quelques-uns, et ne peuvent
être considérés que comme imitations,
pastiches ou copier des maîtres qu'il affec-
tionnait : Salvator, Castiglione* Carra-
che, etc., etc.
Quant à sa vie intime, n'est-il pas plus
sage de n'en pas parler, dans son intérêt
même? D.
— La Biographie du royaume desPays-
Bas, par Delvenne père, est très-laconique
sur son compte, et ne fait que reproduire le
peu qu'en dit un Dictionnaire anglais àî
peintres, sculpteurs, graveurs, etc., d'après
Houbraken. u Cabel (Adrien Van der", pein-
tre célèbre, né à Ryswick, province de Hol-
lande méridionale , en i63i; il peignaif
admirablement bien les paysages et les
animaux. Il mourut en 1695. » Ce peu
n'apprendra sans doute rien à M. C.
P. A. L.
Ouvrages relatifs aux Gascons (V, 91
— En général, ce n'est guère par des ou-
vrages entiers, comme M. de Crac, ou ses
Héritiers (de Scribe), que s'est exercée la
raillerie des gens du nord contre ceux du
midi. C'est bien plutôt par des traits tié-
tachés, un conte ou une anecdote, dans
un recueil de contes ou d'anecdotes; un
seul rôle dans toute une pièce, comme ce-
lui du Marquis dans les Ménechmes, ou
dans le Mariage fait et rompu, de Du-
fresny, ce Glacignac que Laharpe signale
comme ne ressemblant à aucun autre Gas-
con mis au théâtre; ou bien une lettre dans
un recueil de lettres, comme la treizième
de la Valise trouvée, de Lesage. Cepen-
dant j'indiquerais à M. Euqorral k Fcs-
neste d'Agrippa d'Aubigné s'il n'était pas
certain qu'il le connaît déjà. Celui -l!^
pourrait bien être le père des autres. On
peut, en effet, présumer que ce déborde-
ment de quolibets contre les Gascons doit
surtout dater du temps où la faveur de
D'Epernon, et bientôt après l'avènement
du Béarnais, amenèrent à Paris bon nom-
bre de leqrs compatriotes pgur y chercher
DES CHERCHEURS JST CURIEUX.
[10 avrjj 1869,
197
198
fortune. Ainsi, le Capitan, ce rôle si cher
à notre ancien théâtre, semblait tout taillé
pour être exclusivement attribué à des
Gascons. Il n'en est rien cependant, et
Corneille me paraît le premier qui ait fait
de son Matamore un Gascon, et encore
est-ce parce que la scène est à Bordeaux,
et il ne lui donne aucune prononciation
particulière.
Cette imitation de l'accent était cependant
employée déjà, non-seulement dans Fœ-
neste^ mais au théâtre. Voici ce que ra-
conte Tallemant des Réaux dans l'histo-
riette du maréchal de Roquelaure, la
troisième de son livre : « Une autre fois,
le roi (Henri IV) le tenoit entre ses jambes,
tandis qu'il faisoit jouer à Gros-Guillaume
la farce du Gentilhomme gascon, A tout
bout de champ, pour divertir son maître,
Je maréchal faisoit semblant de vouloir se
lever pour aller battre Gros-Guillaume, et
Gros-Guillaume disoit : « Cousis, ne bous
te fâchez ! » Il arriva qu'après la mort du
roi, les comédiens, n'osant jouer à Paris,
tant tout le monde y étoit dans la conster-
nation, s'en allèrent dans les provinces, et
enfin à Bordeaux. Le maréchal y étoit
lieutenant du roi : il fallut demander sa
permission. « Je vous la donne, leur dit-il,
a à condition que vous jouerez la farce du
a Gentilhomme gascon, » Ils crurent qu'on
les roueroit de coups de bâton au sortir
de là; ils voulurent faire leurs excuses.
« Jouez, jouez seulement, » leur dit-il. Le
maréchal y alla ; mais le souvenir d'un si
bon maître lui causa une telle douleur
qu'il fut contraint de sortir tout en larmes
dès le commencement de la farce. »
En fait de contes dont je parlais tout à
l'heure, il serait bien superflu de rappeler
à M. Euqorral le Gascon puni; mais peut-
être oublierait-il le Gascon^ imprimé ordi-
nairement à la suite des Contes de La
Fontaine, et qu'on attribue, je crois, à Au-
tTcavi\lQ Revenant, de Vergier; le Gentil-
homme gascon et le Gascon^ de Grécourt,
et le Maître Italien^ de M.-J. Chénier.
O. D.
Usage des étriers (V, 100). — Les mots
hollandais pour eVr/erj? sont mal écrits, ce
ne sont pas Steglls et Stijbengels mais
bien : Stegels et Stijgbeugels,
(Amsterdam). J, G. de G. J. Jr.
La petite oie des précieuses (V, 106).
— Rabelais se sert de ces mots et les ex-
plique lui-même : au livre III, ch. IX,
Panurge parlant de sa future femme ; u Je
a lui battrois, dit-il, tant et trestant sa
a petite oye, ce sont bras, jambes, teste,
tt poulmon, foye et râtelle. » C'est par ex-
tension du sens dans lequel les emploie
Rabelais, qu'on a donné à ces mots la si-
gnification galante indiquée par Richelet.
On l'a trouvée dans La Fontaine. Je la
trouve aussi dans un roman de Balzac,
Maître Cornélius: « Suivant la jurispru-
« dence amoureuse de cette époque (fin du
a XV® siècle), Marie de Saint- Vallier oc-
« troyaità son amant les droits superficiels
a de la petite oie. Elle se laissait volontiers
« baiser les pieds, la robe, les mains, le
« cou, etc. » Mais tout cela ne nous rap-
proche pas beaucoup des rubans de Mas-
carille. H. T.
Doit-on prononcer Montagne on Mon-
taigne? (V, 106.) — La route est longue,
paraît-il, des Champs-Elysées au pays
Blaisois, car ce n'est qu'hier que j'ai reçu
la lettre suivante, que je transmets aujour-
d'hui, 12 février, à V Intermédiaire :
a Oncques ne se meuvent autour d'aul-
cun nom tant de contre-poinctes et piaffes
qu'il ne s'en meut depuis peu autour du
mien; et bien que j'aye demonstré (pen-
soys-je) quelle estoit la vraye et naifve
prononciation d'icelui, encore me voys-je
contraint revenir à la rescousse; si feray-je
doncques, me fondant asture sur ce que en
langage et diction françoyse tous mots
sonnent ainsy que ils sont escrits. Qui
osast nier que le mien nom se soit pro-
noncé et se prononce aultrement que
Montagne en idiome et parler gascon?
Ores est-il ainsy, et la rayson en est-
elle non difficile et laborieuse à déduire,
le son aigne n'existant pas en nostre ra-
mage, non plus qu'en grec et en latin,
et chastaigne y sonnant castagne, comme
montaigne montagne. Par quoy ces deux
vers de Jehan de Meung, les quels ne ri-
ment et assonnent plus en vostre fran-
coys d'au jour d'huy riment encores en
nostre Gascongne :
Par plains, par vaus et par montaignes,
Pommes, poires, noiz et chastaignes.
a Et Pierre de Brach , le quel estoit
franc et naturel Gascon, escrivoit Monta-
gne; et Pasquier, le quel estoit par contre
vray et pur Parysien et courtizan, escri^
,voit Montaigne. De quoy ne m'estonné-je
point; au contraire. Et mesme il me sou-
vient que Pasquier me racontoyt n'a
guère se pourmenant quant et moy es bos-
quets des Champs Elysiens que Garasse,
un sien ennemy en son vivant, n'escrivoit
non plus que 'Montagne et Raynier pour
Régnier, estant ainsy conséquent par son
escripture avecque sa prononciation. D'où
je concluds que toutes et quantes fois que
es noms de Montaigne , Régnier , Re^
gnard la vraye et naturelle orthographie
sera conservée et non muée, ainsy que
dJEspaignol en Espagnol, par ainsy de-
vront-ils estre prononcés tout de mesme
que ils sont escrits, nonobstant par ad-
venture opposition des Grecs et Latins,
N« io3.J
L'INTERMÉDIAIRE
199 ^.
200
les quels n'ont rien à voir icy, sauf le res-
pect et considération dus à iceux. »
Je termine ici ma citation ; la lettre est
très-longue, et Montaigne me semble aux
enfers tout aussi parleur, sinon plus, que
de son vivant. Entre autres questions qu'il
me pose, il me demande si M. S. R. D.
prononce à l'anglaise Ailvénô et Bail-
ronne au lieu d*Ivanhoé et de Byron, ce
que ledit devrait faire s'il était conséquent
avec son système de prononcer Montai-
gne à la gasconne, au lieu de le prononcer
à la française. Il ajoute qu'il serait curieux
de savoir comment M. S. R. D. prononce
le nom de a la femme a luy Montaigne, la
quelle s'appeloyt Francoyse de la Chas-'
saigne y » etc. Je transmets ces questions
à M. S. R. D., me réservant de mettre en
batterie les autres arguments de Montai-
gne, si ceux-là ne suffisaient pour con-
vaincre son honorable contradicteur.
F.-T. Blaisois.
Anciennes images sur vélin découpées
au canivet (V, 109). — Les curieux de-
vront consulter encore sur ce sujet les ou-
vrages suivants :
I® Les Psaumes de la Pénitence du Roi
François I^', — Description d'un in~i2 sur
vélin y contenant le texte latin des Psau^
mes de la Pénitence, « cum figuris et ca^
racteribus ex nulla mater ia compositiSy »
par Ernest Aumerle. A Issoudun, H. Co-
tard, imprimeur-libraire, 1857. In-S® de
2 3 pages;
2® La Dermotypotemnie, — Etude sur
quelques livres « cum figuris et characte-
ribus ex nulla mater ia compositis , » par
Ernest Aumerle. — Issoudun , Imbert et
Gaignault, imprimeurs-libraires, succes-
seurs de M. P. Cotard, 1867. In-8° de
38 pages. Papier vergé teinté (tirage à
3oo exemplaires, non mis dans le com-
merce);
3° Journal général de l'Imprimerie et
de la Librairie: Un manuscrit du XVI^ siè-
cle» Lettre de M. E. Aumerle. N*** des 5 et
12 décembre 1857;
40 Léon Michel : La Dermotypotemnie
(le Moniteur Universel, n© dû 28 sep-
tembre i858);
50 Le Découpage au Canivet {Magasin
Pittoresque, n® de novembre 1862), gra-
vure sur Dois de J. Gagniet;
6® Ludovic Lalanne : Curiosités biblio-
graphiques. Paris, Paulin, 1845. In-8<*,
page 40;
70 Paul Dupont : Histoire de r Impri-
merie, t. Il, pages 162 et suiv. Paris,
1854;
8» Prosper Marchand: Histoire de l'Im-
primer ie, t. ï, p. 9;
9® Lambinet : Origines de l'Imprime-
rie, t. II, pages 242 et suiv.;
io« Le Catalogue général de VExposi'
tion Universelle de 1867. — Livraison
spéciale des Collections archéologiques de
l'art ancien, (Musée rétrospectif.)
Truth.
Tenir le portique (V, 1 1 3). — Le Dic-
tionnaire de l'Académie (4^^ édit.) donne
en ces termes la signification de cette ex-
pression : « On appelle aussi portique une
« espèce de jeu où l'on fait tourner une
a boule autour d'un portique dans lequel
a elle entre par une des ouvertures et
a s'arrête ensuite sur un chiffre dont la
o valeur décide du gain ou de la perte. »
Le grand roi, en « tenant le portique »
présidait à un jeu de hasard qui a quelque
rapport avec le billard des foires.
(Lyon.) V. de V.
< Contes de ma mère TOye t (V, 114;.
— On lit dans le Dictionnaire national
de Beschereîle, au mot Conte : a L'ex-
« pression conte de ma mère Voye est prise
tt d'un ancien fabliau dans lequel une mère
o oie est représentée instruisant de petits
tt oisons et leur faisant des contes dignes
« d'elle et d'eux. » Cette origine vraisem-
blable devrait être appuyée par une indi-
cation précise de l'ouvrage où se trouve
le fabliau qui aurait donné lieu à ce dicton
très-ancien. Remarquons, en passant, que
les fabliaux sont pour la plupart plus cy-
niques que simples ou naïis. Enfin, par
contes de ma mère Voye, on appelle pro-
verbialement les fables ridicules dont on
amuse ou dont on berce les enfants.
On dit encore dans le même sens :
conte de vieille femme, conte de nourrice^
conte de la cigogne, conte de Peau-d'âne^
conte à dormir debout, conte jaune, conte
bleu, conte borgne, etc. Autant d'expres-
sions dont il faudrait rechercher l'origine
dans nos vieux auteurs.
(Lyon.) V. de V.
Le Mess (V, 114). — Le mot mess est
anglais. Comme nom , il signifie : plat,
mets, morceau, gâchis, gamelle, ordinaire,
table des officiers, table des soldats.
Comme verbe, mess signifie, en anglais,
manger, manger ensemble, faire du gâchis.
Le mot messmatCy formé des mots mesi
et matCy signifie camarade de table, de
pension, de gamelle, camarade d'ordinaire.
Le mot mess paraît avoir pour origine les
mots celtes ma, mad, nourriture, et des
mots ma et mad s'est formée la nombreuse
famille des mots en mas, en meSy en meîh,
et en mis qui signifient toutes les choses
dont on se nourrit.
On dérive ordinairement le mot messe,
en latin missa, qui exprime l'office divin
dans lequel le prêtre offre en sacrifice le
corps et le sang de Jésus-Christ, de mitto,
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[ 10 avril iS6g»
201
202 -
je renvoie, parce que, dit-on, lorsque le
prêtre voulait, à la fin de la messe, faire
communier les fidèles, il disait au reste de
rassemblée qui ne devait pas, ce jour-là,
prendre part à la communion : //<?, missa
est (sous-entendant le mot concio ou mul-
titudo)^ « Allez, l'assemblée, la plus grande
partie d'entre vous est renvoyée. » Nous
croyons, nous, qu'on doit, au contraire,
entendre ces mots : /fe, missa est^ par
« Avancez-vous, la table par excellence, le
repas divin vous sont servis. »
Quoi qu'il en soit de son origine, le mot
anglais mess est entré, depuis quelques
années, dans la langue fi*ançaise. Est-ce
à l'empereur Napoléon III, qui a long-
temps vécu en Angleterre, et qui a connu
l'usage, l'utilité et les convenances àtsmess
des officiers anglais, que nous devons l'in-
troduction de ce mode de repas en commun
dans les régiments français, où bien est-ce
à la guerre de Crimée, où les armées an-
glaise et française ont si bien combattu et
si bien fraternisé, que nous devons l'em-
ploi de ce mot en irançais, et la création
de la table des officiers qui existe mainte-
nant dans tous les régiments de la garde
impériale ? Nous l'ignorons. Mais nous
croyons savoir que c est le régiment des
guides qui a, le premier, formé un mess
en France, et que l'empereur a donné
douze mille francs aux officiers de ce ré-
giment pour l'achat de leur argenterie de
table. J. T. L.
— MesSy mot anglais, gamelle, s'applique
par extension à une table d'officiers, comme
chez nous où, dans la marine, l'officier, qui
à son tour est chargé de la table, s'appelle :
chef de gamelle. — Le mot et la chose ont
donc été empruntés à l'Angleterre, lorsqu'à
l'imitation de ce qui se passe dans les
régiments anglais, on a adopté pour les
régiments de la garde, une table unique
réunissant dans la caserne même les offi-
ciers de tous les grades. R. S.
Boucs et porcs d'écurie (V, 117). —
L'auteur de la question dit que « nous avons
à chercher pourquoi nos pères d'il y a
deux siècles mettaient des boucs dans les
écuries. » Pour les écuries, je ne sais. Mais
j'ai vu, au mois d'août de l'année dernière
(1868), un bouc libre de toute attache
dans une étable oui renfermait dix à douze
bêtes bovines. C était dans cette partie du
département de Maine-et-Loire que Ton
désigne sous le nom de Vendée, à cause
du rôle politique qu'elle a joué depuis
1789 jusqu'à i832. Sur ma demande, le
fermier me répondit gue « c'était sain
pour le bétail. » Toute idée superstitieuse
serait donc écartée de la question. Main-
tenant, que peut faire la présence de cette
bête puante pour assainir les étables?
Compose-t-elle ses acres senteurs avec
[ des miasmes impurs qui infecteraient les
bœufs et les vaches? Ou bien l'odeur du
bouc, se combinant avec l'infection du fu-
mier qui séjourne sous les animaux, en
neutralise- t-elle les fâcheux effets? Je ren-
voie la solution de la difiiculté à de plus
savants que moi.
EUG. BONNEMÊRE.
Pendules et montres décimales (V, 117,
— Les décrets relatifs au calendrier répu-
blicain donnent quelques dates à M. A.
B. D. Celui du 5 octobre 1793 an II de
la République, porte:
a Article XI. Le jour, de minuit à minuit,
« est divisé en dix parties, chaque partie
« en dix autres, ainsi de suite jusqu'à la
« plus petite portion commensurable delà
« durée. Cet article ne sera de rigueur, pour
a les actes publics, qu'à compter du i®'
« du i«^ mois de la troisième année de la
« République, » c'est-à-dire du i«^ vendé-
miaire an III (22 septembre 1794).
Le décret du 4 frimaire an 1 1 (24 novem-
bre 1793), répète entièrement cet article, y
compris la clause de rigueur, en y ajou-
tant ces mots entre les deux phrases précé-
dentes : a La centième partie de Theure
« est appelée minute décimale; la ceniïème
« partie de la minute est appelée seconde
« décimale. »
Le sénatus-consulte qui rétablit l'an-
cien calendrier à partir du i®' janvier 1806
est du 22 fructidor an Xlïl (9 septembre
i8o5). Il n'y a rien sur les divisions horai-
res dans l'exposé des motifs présenté par
les orateurs du gouvernement, MM. Ré-
gnaud de Saint-Jean-d'Angely et Mounier,
ni dans le rapport de la Commission du
Sénat fait par Laplace, qui sont tous deux
reproduits par Rondonneau, à la suite de
sa Concordance des calendriers républi^
cain et grégorien^ Paris, i8o5, in-S® de
III pages; mais sur toute cette question
on trouverait autre chose dans le A/b«i7eMr
et surtout dans la collection officielle des
Procès-verbaux,
J'ajouterai que je connais, chez un de
mes amis, une belle et excellente pendule
révolutionnaire qui a quatre cadrans ; un
qui marque les douze heures de l'ancien
style , et c'est le plus grand ; un au-
dessous , tout petit, figure les mouve-
ments astronomiques; enfin au-dessous,
deux autres pareils entre eux et de dimen-
sion moyenne, marquent l'un les mois et
les quantièmes, l'autre, la division nouvelle
du jour en dix heures. Il est bien en-
tendu qu'elle n'est pas à vendre, mais elle
suffit à prouver qu il en a été fait ; il doit
certainement en exister un certain nombre.
A cause de la matière de leur boîte, qui les a
vouées à la destruction, les montres doi-
vent être beaucoup plus rares.
Anat. de Montaiglon,
N* io3.]
L'INTERMEDIAIRE
2o3
204
• Le plus ancien lirre avec privilège
royal (V, 120). — Ne serait-ce pas unin-4"
conservé à la Bibliothèque impériale, sec-
tion des estampes, et intitulé: « Heures a
la louange delà Vierge MARIE, selon lu-
sage de Rome. » Ce précieux volume porte
au revers du titre un Privilège « octroyé »
par François I'^*" au « cher et bien ame
maistre Geufroy Tory, libraire, » et « donne
à Avignon le xxiii. iour de septembre,
lan de grâce mil cinq cens vingtquatre. »
On lit de plus à la dernière page la sous-
cription suivante: « Ces présentes heures
à lusage de Rome furent achevées de im-
primer le mardy dixseptiesme iour de
Janvier Mil cinq cens vingtcinq : fpar
Simon de Coîines) pour maistre Geofroy
Tory de Bourges, libraire demorant a
Paris sus Petit Pont, joignant l'hostel Dieu
a lenseignc du Pot casse. » On trouve de
curieux détails sur ce livre et ses différen-
tes éditions dans l'étude savante d'Aug.
Bernard, intitulée : Geofroy Tory, peintre
et graVéur, premier imprimeur royal,
réformateur de l'orthographe et de la
typographie sous François /"' ( Paris,
Aubry). On sait que les pnVi/^^^^, octroyés
d'abord ù titre gracieux,- devinrent, à dater
de l'ordonnance de Moulins en i566, des
permissions ou plutôt des défenses (arti-
cle 78\ Les contrevenants étaient sévère-
ment châtiés. C'est ce qui résulte d'un
arrêt du Conseil du 17 octobre 1704, con-
tre la veuve Baujolin, imprimeur-libraire
à Lyon, son gendre et deux compagnons
imprimeurs : Elle, déchue de la maîtrise, et
eux déclarés incapables de travailler à
rimprimerie à Lyon et ailleurs — Ce
doux régime prit heureusement fin en
1789. Alph. L.
Une vieille enseigne de Paris (V, 12 3).
— M. Ad. P. me paraît avoir touché par-
faitement juste, et ma correction vient
tout entière de sa communication; mais le
rébus, qui doit bien se rapporter, comme
il le suppose, à un chapelier, ne pourrait-
il pas être traduit plus simplement, et
s'exprimer par la phase plus naturelle à
une enseigne: Aux deux Caudebecs? Un
chapelier d'il y a trente ans l'aurait traduit
par: Aux deux chapeaux, et un marchand
de nos jours en ferait intervenir cent mille.
A. M.
Leà affaires , c'est rari^eht deâ antres
(V, i33). — Cette définition n'appartieilt
ni à Alexandre Dumas fils, ni même à
]Vitnc Emile de Girardin. Elle est précisé-
ment du comté de Montrond, dont parle
cette dame dans son roman de Margue^
rite, ou Deux amours. Ce personnage, dit
le Dernier roué, ami particulier de Louis-
Philippe, n'est point imaginaire. Il mou-
rut en 1843, et la Presse publia, presque
immédiatement, sur lui deux curieux feuil-
letons dont nous, ignorons l'auteur (voir
n** des 5 et 6 novembre). On y trouve la
susdite définition, rapportée comme étant
de lui, sous cette forme encore plus pi-
quante : a Ils sont toujours à dire les af-
a faires, faire des affaires; qu'est-ce donc
« que les affaires? C'est le bien d'autrui? »
Ainsi, c'est au comte de Montrond lui-
même que M™« de Girardin Tavait em-
pruntée, et c'est dans le journal de son
mari qu'elle l'a prise.
Ch. Dugast-Matifeux.
— Ouvrez le numéro de novembre 1842
des Guêpes d'Alphonse Karr, page 48,
dans le Dictionnaire français-français,
vous trouverez :
a Affaires. — Un homme d'affaires est
un monsieur qui a pour état de faire ses
affaires dans les vôtres. »
N'est-ce pas là que le mot a été pris?
E.
La RéYolution française écrite par les
auteurs latins (V, i36). — Votre corres
pondant trouvera ce qu'il demande dans
une brochure attribuée à Héron de Ville-
fosse, intitulée :
Essais sur l'Histoire de la Révolution
française par une société d'auteurs latins.
Romœ, prope Cœsaris hortos. Et à Paris,
près du jardin des Tuileries. JII kalendas
septembris, V. C. MMDLIV. XII fructi-
dor an VIII. /«-S» de 85 p.
En i8o3, il a paru une nouvelle édition,
précédée de quelques réflexions sur les
principes de la philosophie moderne, ex-
traites du discours préliminaire des Troiî
siècles de la littérature française, impri-
mée en 1779, et au'gmentée de citations
extraites des ouvrages de plusieurs écri-
vains français et autres. In-S® de 1 1 1 p.
Un Bibliophile Dijonnais.
La Société a Aide-toi le ciel t'aidera ^
(V, 154).— Cette société n'était aucunement
secrète. Formée en 1827 pour combattre,
dans les élections d'alors, l'influence mi-
nistérielle appuyée sur la censure des
journaux, elle avait pour président de son
comité primitif M. Guizot, et comptait
parmi ses membres MM. l)uchâtel, Du-
vergier de Hauranne, de Rémusat, Vitet,
Sautelet, André Marchais, etc. Elle agis-
sait au grand jour, publiant des brochures
et des ouvrages plus considérables, dont
on peut retrouver encore des exemplaires
portant, sur la feuille de titre, la devise:
Aide-toi, le ciel t'aidera.
La société se recruta ensuite dans toutes
les nuances de l'opposition, depuis les
royalistes constitutionnels (Chaieaubrianti
en fit partie) jusqu'aux bonapartistes et
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo avril 1869*
io5
— 206
aux républicains. En i83o, elle dirigea les
élections qui ramenèrent à la Chambre
les votants de l'adresse des 221 ; aux jour-
nées de juillet, elle existait encore, tou-
jours présidée par M. Guizot, et comptant
alors dans son comité Jules Bastide, Go-
defroy Cavaignac, Charles Thomas, Che-
vallon, Lanjuinais, Salverte, etc.
(Voir Histoire des deux Restaurations^
par Achille de Vaulabeile, t. VII , p. 228
et suiv.) Frédéric Lock.
Le soufflet, iûjure grave (V, 167). —
Jésus a été souffleté ou buffié^ comme on
disait au moyen âge. Et c est après avoir
reçu lin soufflet qu'il a dit, avec une ad-
miVable douceur : « Si j'ai mal parié, faites
voirie mal que j'ai dit, mais si j'ai bien
parlé pourquoi mefrappez-vous?»(S. Jean,
ch. XVlïï,v. 2 3).
Or, comme on a tout rapporté, plus
tard, à l'Evangile, le soufflet a été regardé
comme l'outrage par excellence. D'ail-
leurs, le soufflet, en général, n'est pas une
violence grave, comme un coup de poing
ou comme un coup de bâton, c est une in-
solence raffinée ; ce n'est pas un abus de
la force corporelle, c'est une marque de
mépris»
On peut accepter d'être violenté; un
fort de la halle aurait pu assommer d'un
coup de poing Louis XIV ou Napoléon
sans prouver aucune supériorité 'morale;
tandis que le fait d'infliger une légère cor-
rection, qui n'est rien par elle-même, a
semblé être une marque de dédain. Et
comme cette insulte avait été faite au Juste,
à Dieu, on l'a regardée comme l'a plus
grave qui pût être faite.
Historiquement, je ne sache aucun texte
qui tixe la date où le soufflet a passé pour
l'outrage le plus sanglant, mais j'ai tou-
jours cru que l'opinion sur laquelle je de-
mande une explication provenait de la
cause que j'ai exposée. Quant au soufflet
avec le gant, il se rapporte à l'action de
jeter le gant, ce qui était un défi à mort.
E. G. P.
— C'est sur la figure de l'homme que
se manifestent ses sentiments les plus no-
bles et les plus bas, les émotions les plus
douces et les plus violentes. La physiono-
mie, on l'a dit depuis longtemps, est le
jidcle miroir de l'âme; c'est la frappante
image de notre personnalité. Frapper, in-
sulter, outrager cette plus belle partie de
notre être extérieur, plutôt que toute au-
tre, a donc été regardé comme la plus san-
glante injure.
J'ai cherché l'origine de ce mot; on ne
peut guère raisonnablement le faire venir
de souffle, souffler, soufflet, instrument du
foyer. Je n'ai trouvé que l'arabe, le chal-
déen, rhébreu, saphal, sephl, rabaisser,
rabattre, humilier, mépriser; sipJielot,
abaissement, humiliation, comme racine
satisfaisante et rationnelle.
(Alençon.) G. E. D.
^ri)iuia{Ue6 et Cuiriasîtfe, etc.
La Révolution française jugée par un
grand esprit. — Il existe une lettre de Mi-
rabeau au comte de La Marck, dans la-
quelle on lit ces lignes :
a Vous vous exagérez infiniment les in-
convénients de la Révolution pour la géné-
ration présente. Il n'y a pas eu d'exemple,
dans les fastes du monde, d'un pareil bou-
leversement ni même d'une grande se-
cousse politique à moins de frais; et si
l'on voulait s'entendre et surtout gouver-
ner, la révolution n'aurait de véritables
martyrs qu'un très petit nombre de sa-
trapes trop scandaleusement gorgés de
jouissances exactrices et oppressives, et
l'inévitable contrariété qu'éprouvent plu-
sieurs milliers d'hommes, lorsqu'ils sont
forcés de changer d'opinions et d'habi-
tudes, de dissimuler leurs préjugés... De
ces gens-là, ce n'est que dans les classes
supérieures et par conséquent peu nom-
breuses de la société, et depuis quarante
ans jusqu'à la fin de la carrière humaine,
qu'il faut les chercher. Les classes po-
pulaires, les classes industrieuses sont en
fermentation; la fermentation est si peu
un malheur pour l'homme, que son pre-
mier besoin est d'être remué... Tous les
liens de l'industrie et du commerce se re-
lâcheront jusqu'à ce qu'ils puissent tomber
entièrement, et les intarissables ressources
de l'industrie humaine, abandonnées au
seul régime de la liberté, ouvriront un
ordre de choses dont nos yeux myopes
n'aperçoivent pas même l'atmosphère, loin
de la percer et de voir au travers.
« Naccuse!{ donc pas la Révolution, mon
cher comte, n'accuse:^ que les hommes qui
jouent, pour le compte du gouvernement,
cette grande partie,., .»
Connaît-on beaucoup de pages aussi
éloquentes, disons mieux, aussi élevées,
aussi belles de vérité? — Indocti discant,
et amant meminisseperiti! S. D.
La Romance du « Lion amoureux. » —
Pourquoi les éditeurs du Lion amoureux
de Ponsard continuent-ils à ne point im-
primer dans les nouvelles éditions posthu-
mes de cette comédie désormais classique,
la jolie romance qui se trouvait dans le
manuscrit original de l'auteur, romance
dont M. Jules Janindans un feuilleton des
Débats, consacré au Lion amoureux, avait
raconté la suppression si regrettable?
« ... Malheureusement, disait le célèbre
critique, M"» Angélo, à qui le rôle de la
Bretonne est confié, n'a jamais pu retenir
N» io3.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [lo avril 1869.
207 — 208
morceau de ce qu'il appelle le livre-événe-
ment de*M. Emile Ollivier, Le 19 janvier.
J'y trouve cette citation : « Charles Quint
disait du cardinal d'Ossat : Pour déjouer la
sagacité de d'Ossat^ se taire ne suffit pas^
il faut encore ne pas penser devant lui.
On pouvait dire ainsi cle M. de Morny : la
pénétration était sa qualité dominante, et
il en avait conscience. Lorsque vous cause\
avec quelqu'un y dit-il un jour, écoute^ ce
qu'il pense, non ce qu'il dit, Le cardinal
d'Ossat étant né le 20 juillet iSSy (date
fourme par un certificat de baptême, pu-
blié pour la première fois par M. Taobé
Canito, dans la Revue des Sociétés sa-
vantes), et Charles-Quint étant mort le
21 septembre i558, sans avoir eu l'occa-
sion ae voir une seule fois le jeune d'Ossat,
il eût été difficile, on en conviendra, que
l'empereur vantât si spirituellement la
merveilleuse sagacité du futur ambassa-
deur à Rome. Si à Charles-Quint on sub-
stitue le pape Sixte-Quint, à la bonne
heure! T. de L.
Tair que lui chantait Ponsard avec la voix
la plus fausse de l'Empire. C'est pourquoi
le poëte, en pleurant, a supprimé la douce
élégie. »
Mais M. Janin l'avait recueillie, et nela
voyant plus dans la pièce imprimée, en
avait fait part à ses lecteurs. C'est donc à
lui que nous allons aujourd'hui l'emprun-
ter pour la communiquer à nos amis de
Y Intermédiaire et les taire juger, en con-
naissance de cause, de l'opportunité de la
Question ci-dessus posée :
Air de : La Pemette se lève.
Quand s'éveille et chante l'oiseau,
Sur l'herbe s'agenouille
En tournant son fuseau.
Pendant que vont les chèvres
Broutant le genêt vert,
Les sureaux et le genêt vert,
Un soupir sort des lèvres
D'Anna de Gorré-Ker.
Le village est en joie.
Chaque sentier est plein,
De Gorré-Ker jusqu'à Ké-Blin,
De tabliers de soie
Et de coiffes de lin.
>
Les filles vont par bande,
Par bande les garçons,
Le long des prés et des buissons ;
On n'entend fur la lande
Que rires et chansons.
Seule, en ce jour de fête,
Que fais-tu donc là-bas,
Anna, que fais-tu donc là-bas ?
Au Pardon qui s'apprête
Pourquoi ne viens-tu pas?
Nous sommes persuadé que ccrte douce
cantilène, si charmante à la lecture, eût
remporté un grand succès à la scène,
Truth.
L*ironie de M. Troplong. — M. le pre-
mier vice-président du Sénat a dit sur la
tombe de M. Troplong: «J'entends ces
conversations solides et pleines de charme,
auxquelles se mêle une tronie fine et légè-
rement railleuse. » Je demande des expli-
cations': quelqu'un connaît-il une ironie
qui ne soit pas railleuse? Pour moi, qui
crois avec le Dictionnaire de V Académie,
qu'ironie est synonyme de raillerie, et
même de raillerie fine, je ne puis que mettre
sur le compte du trouble et de la douleur
de M. Boudet {a confuso scriptum et do-
lenti datum), celte définition à la La Pa-
lisse de l'ironie de M. Troplong.
Yezimat.
Est-ce une distraction de M. Emile Olli-
vier ou... de son imprimeur?— Le Petit
Figaro du 3 mars a servi à ses lecteurs un
« L'Intermédiaire > hollandais. — Lh-
termédiaire hollandais, ce confrère dont
vous vous êtes occupé plusieurs fois déjà
dans les colonnes de votre recueil, a inau-
guré, le i®' janvier 1868, une nouvelle
existence. He Navorscher (l'Investigateur]
a paru dans un costume nouveau. Il a
quitté cet habit oblong maladroit et in-
commode qui nous était à nous tous si fa-
milier. Il a adopté un vêtement à la mode,
vêtement qui lui sied à merveille, et qui
se rapproche de celui de Notes and Que-
ries, et encore plus de celui du véritable
Intermédiaire.
L'arrangement du texte a encore subi
des changements. Les sept grandes divi-
sions qui existaient depuis 1861, c'est-à-
dire : I , Histoire ; 2 , Arcnéologie et Numis-
matique; 3, Histoire littéraire ; 4, Histoire
de l'art; 5, Philologie; 6, Généalogie et
Science héraldique; 7, Mélanges, ont été
maintenues. Cependant, les questions et
les notes d'une moindre importance seront
dorénavant séparées des divisions propre-
ment dites. Elles suivront ces divisions à
la place que leur sujet indique et porte-
ront un numéro pour faciliter les re-
cherches.
De plus, chaque livraison (il y en aura
douze par an) contiendra un article d'une
plus grande étendue, sur un sujet histo-
rique ou autre, et signé par un de nos
meilleurs littérateurs. Plusieurs lettrés
connus se sont déjà engagés à fournir
quelques-uns de ces articles, qui occupe-
ront toujours la place d'honneur, la pre-
mière colonne. Le prix, trouvé trop mo-
dique, a été élevé d'environ 2 francs.
H. TiEDEMAN.
Pari*. ^ Tfp. de Gh. Meyraeia, rue Cojas, 1S. — 1W9
NufflérolOi.
Cherche» et
voui tnutert*.
Jt S9 faut
nUr'aidtr,
il avril 1869.
— •—
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.)
209 =
210
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
Encore une phrase des « Commentaires »
de César. — Je l'extrais du texte latin
donné par M. Artaud: « Opère instituto,
fit équestre praelium in ea planitie, quam
intermissam coUibus Illmillia'passuum in
longitudinem patere supra demonstravi-
mus. » (L. VII, ch. 70). — M. Stoftel
(Etude sur remplacement d'Alesia) s'ex-
prime ainsi au sujet de cette phrase: « Les
traducteurs rendent à tort le mot inter-
missa par entrecoupée, au lieu de entou-
rée. » — M. de Saulcy [Nouvelle objection
à M, Quicherat, à la suite de la I^« partie
des Campagnes de Jules César dans les
Gaules) émet la même opinion que le sa-
vant officier d'artillerie : « Je me garderai
bien, dit-il p. 438, d*appuyer ici sur le sin-
gulier contre-sens fait par un des défen-
seurs d'Alaise, je ne me rappelle plus le-
quel, qui traduisait intermissam collibus
par entrecoupée de collines, n L'interpré-
tation de ces deux érudits est, du reste,
conforme à la traduction de M. Sommer:
tt Les travaux commencés, il se livre un
combat de cavalerie dans cette plaine de
trois milles, qui, comme nous l'avons dit
ci-dessus, s'étenaait ewfre les collines. » —
M. J. Quicherat {Conclusion pour Alaise)
traduit intermissa par encaissée, ce qui
me semble être à peu près d'accord avec
la version ci-dessus. — Mais M. Artaud
traduit différemment : « Pendant les tra-
vaux, il y eut un combat de cavalerie dans
cette plaine de trois mille pas d'étendue,
et entrecoupée de collines, comme nous
venons de le dire. » — Enfin, M. L. Qui-
cherat (Dict. franç.-lat., éd. de i858 et de
i865) explique les mots entrecoupée de
collines par ceux de intermissa collibus.
— En présence d'une autorité de cette
importance, j'invoque encore une fois
l'oblieeante érudition des collaborateurs
de V Intermédiaire, en faisant remarquer
toutefois que si la version de MM. Artaud
et L. Quicherat est la bonne, il y a con-
tradiction dans le texte des Commentaires;
car au ch. 6q, César dit, en faisant la des-
cription d' Alesia : « En avant de la place,
s'étendait une plaine d'environ trois mille
pas de longueur : sur tous les autres
POINTS, la ville était entourée par des col-
lines peu distantes entre elles et d'une
égale hauteur » (trad. de M. Artaud). Or,
la plaine ne peut pjas être entrecoupée de
collines au en. 70 si, dans celui-ci, la cein-
ture de collines est interrompue par cette
plaine. J. Mt.
Inscription rétrograde. — Quel est le
sens exact de cette inscription qu'on peut
lire ind'ifFéremment par les deux bouts :
SIT ARA TU TA RATIS.
(Saintes.)
L. A.
ttSic transit gloria mundi.»-^Est-ceune
pensée ûvé^àeV Imitation de Jésus-Christ,
comme le pense M. Larousse {Flore la-
tine) ? Est-ce l'introduction d'un chant
d'église latin, comme le veut M. Biich-
mann, le citateur allemand ?
(Amsterdam.) H. Tiedeman.
Le mot dégommer. — D'où vient ce mot
dans les locutions suivantes : A. paraît
malade ; il se dégomme tous les jours. —
B. a perdu sa place; il vient de se faire dé-
gommer, — il me semble que la gomme
n'a que bien peu de chose à voir là dedans,
et qu'expliquer dégommer par gomme,
c'est à peu près comme si on voulait ex-
pliquer par colle décoller, dans le sens de
trancher la tête, L.
Calendriers nouveaux. — - Vers la fin du
siècle dernier et avant l'adoption du ca-
lendrier républicain, quelques écrivains fan-
taisistes avaient imaginé de substituer aux
noms des saints ceux des personnages les
plus célèbres des temps anciens et mo-
dernes. Sylvain Maréchal fit paraître,
en 1788 {l An premier de la Raison), \Al-
manach des honnêtes gens, qui produisit
TOME v. — 8
N« 104.]
LTNTERMEDIAIRE
21 1
212
un grand scandale et qui fut condamné au
feu. Il avait été devancé par Tauteur de
VAlmanach nouveau de Van passée ou Al-
manach puce, où Von annonce les choses
déjà arrivées; à Genève, [et dans tous les
pays où Ton imprime, ($ap^ date), iq-i8.
Ce petit volume, publié vers 1783, ren-
ferme des contes, des bons mots, et il dé-
bute par un calendrier où des rois, des sa-
vants, des écrivains illustres prennent la
place des noms révérés par T Église chré-
tienne. Voici ce qui concerne les neuf
Crémiers jours de janvier : Charlemagne,
'imoléon, Virgile, Théodose le Grand,
Montagne, Xénophane, Christien Wolff,
Yao, Albert Walstein. Les noms se sui-
vent d'ailleurs sans aucune méthode;
saint Louis est à côté du général athénien
Brasidas; Bossuet coudoie le comédien
Baron, Alcibiade vient immédiatement
après William Penn. Les femmes sont en
fort petit nombre dans cette nomencla-
ture Digarrée; nous y rencontrons : Diane
de Poitiers, la courtisane Léontium, Ma-
dame Deshoulières, Aspasie, Madame de
Sévigné, Elisabeth, impératrice de Russie,
Clémence Isaure.
Existe-t-il d'autres calendriers du même
genre? Récemment nous avons eu celui
de l'école positiviste, mais je voudrais di-
riger les recherches des investigateurs vers
une période plus éloignée. T. G.
Le Testament de Gujas. — En lisant
l'intéressante Histoire des Imprimeurs et
Libraires de Bourges, suivie d'une notice
sur ses Bibliothèques, par M. Hippolyte
BoYER, archiviste. Bourges. Jollet-Sou-
chois, in-80 de 76 p., 1854, — je remarque
le passage qui suit :
o Pans son testament du 4 octobre i Sgo,
Cujas, laissant une fille mineure, avait,
parmi d'autres clauses, inséré les deux
suivantes : « Que mes livres ne soient
« vendus tous ensemble à un ou plusieurs,
« mais un livre après l'autre, et prix fait,
« selon ce gui est porté par l'inventaire
a que j'en ai fait.
« Que l'on ne vende nul de mes livres
« à Jésuites, et que l'on prenne garde à
tt ceux à qui Ton en vendra, qu'ils ne s'in-
« terposent pour lesdits Jésuites. »
a Cette dernière recommandation, ajoute
M. Boyer. était dictée par l'animosité que
nourrissait contre la célèbre corporation
ce professeur, qu'on a toujours soupçonné
de pencher en secret vers les idées de
Calvin. » (Page 65.)
Pourrait-on, aujourd'hui, nous faire sa-
voir dans V Intermédiaire :
1® Si le testament olographe original de
l'illustre jurisconsulte existe encore actuel-
lement dans quelque bibliothèque publique
ou collection particulière, à Paris ou en
province. 2® Où, — quand, — comment,
— et par qui ce précieux document fut pu-
blié pour la première fois et intéeralement?
Ulric.
pame Etiqaelte, d'o^ vient-elle? -Je
lis dans un charmant passage doïMistoire
du second Empire, de Taxile Delord,
p. 636: a L'Etiquette, cette déesse poin-
ts tilleuse et gênante, ne pouvait manquer
a de saisir 1 occasion d'un congrès (celui
a de Paris en i856) pour donner des preu-
« ves de son mauvais caractère. Un poëie
a épique aurait pu l'apercevoir traversant
« les airs, son . flambeau ou plutôt sa
tt torche à la main, et descendant chez le
a grave et silencieux lord Cowley... L'Eti-
a quette se rend ensuite chez le plénipo-
tt tentiaire turc, elle souffle à Mehemmed-
a Diémil les mêmes scrupules... »
D où nous vient dame Etiquette ? D'où
a-t-elle tiré son nom? S. D.
Catéchisme français à l'usage des
écoles primaires, par La Chabeaussière.
— • Ce catéchisme, sur lecjuel Lakanala
fait un rapport au conseil cfes Cinq-Cents,
et Barbé-Marbois au conseil des Anciens.
a-t-il été réellement enseigné dans les
écoles primaires ? Et si oui, pendant corn
bien de temps ? P. d'A.
Monnaies de Henri Y. — En i83i,les
partisans du duc de Bordeaux firent frap-
per quelques monnaies à son effigie, k
possède, au millésimçde i83i, la pièce de
5 fr. et la pièce de i fr., buste avec uniforme;
au millésime de i833, la pièce de 1/2 fr.
bus^e nu. Le revers de ces trois pièces est
écussonné comme celles de Charles X. Je
désirerais savoir s'il a été frappé d'autres
pièces. Dans un roman dont je ne puis me
rappeler ni le titre, ni le nom de l'auteur,
un jeune gentilhomme qui perd au jeu,
paye en or, à l'effigie de Henri V. Est-ce
une simple fantaisie du romancier, ou
a-t-il été réellement émis quelques pièces
en or? 2. A.
Famille des £ssars-ts, ou ds 7 — Certain
Pierre des Essars (ts^ ou ds ?) natif, ou
bien ayant été domicilié à Vannes, s'est
rendu à la Haye en Hollande entre
l'an 1640 et 1660.. Il s'est établi à la Haye,
y a contracté un mariage, et est mort
en 1690, laissant un fils, qui fut baptisé
dans l'église protestante, dite Kloostef'
kerk, 21 mai 1648, et reçut le nom de Jean
VanneSs dont il y a preuve certaine. On
désirerait constater l'identité du susdit
Pierre, savoir son vrai nom, et l'origine
de sa famille.
(Amsterdam.) J. G. de G. J. Jr.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 avril 1869*
2l3
214
Marie Donral. — Il y a quatre ans, un
de nos coabonnés faisait appel aux lecteurs
de l'Intermédiaire, pour obtenir des dé-
tails sur les créations de cette grande ar-
tiste {Interm., t. II, p. 10). L'article était
signé E.-C. (La Flèche). Or, Tannée der-
nière a paru à la librairie Verbœckoven,
un volume in-12 d'environ 5oo pages, in-
titulé Marie Dorval, où la connaissance la
plus exacte des moindres faits biogra-
phiques s'unit à l'admiration la plus pas-
sionnée et la plus communicative. Nous
voudrions savoir s'il n'y aurait pas identité
entre l'auteur anonyme de ce livre, dont
toute la presse s'est occupée, et le signa-
taire de la note que nous venons de rap-
peler. E. R.
Ârago (François) a-t-il en des collabo-
rateursl — Cette question m'a été adres-
sée plusieurs fois sous une forme plus
raide : « Quel est l'auteur des ouvrages de
M. Arago? V
On sait que M. Barrai a publié, c'est-à-
dire mis en ordre et en lumière : U Astro-
nomie populaire et les Œuvres complètes
du grancl astronome. Mais ces savants
ouvrages auraient-ils été rédigés^ par des
collaborateurs anonymes, sur les notes et
projets laissés par Arago, dont la puissante
imagination et les vastes connaissances
restentindéniables, comme son patriotisme
républicain et son désintéressement?
Un admirateur d'Arago, V. de V.
Un chevalier... de la Légion d'honneur.
— Que de questions j'aurais à faire sur
certains points de ÏÉfistoire du second
Empire de M. Taxile Delord, ouvrage qui
renferme d'ailleurs tant de réponses et
lève tant de doutes! Je lis, p. 5o3, à pro-
pos de la çroiï d'honneur et de ce qu'elle
est devenue : a Aujourd'hui, les hommes
ce de lettres se rassemblent pour juger la
conduite d'un de leurs confrères accusé
tt
<c
«
C(
de certaines vilenies littéraires ; cet
homme sort plus que sali de l'enouête :
un mois après, il est chevalier de la Lé-
gion d'honneur, et il étale son ruban
effronté dans tous les lieux publics... n
Est-ce là un exemple en l'air ? Est-ce une
allusion à quelque fait connu ? Peut-on me
le dire, au moins dans le tuyau de l'oreille?
S. D.
€ Histoire dn Bourbonnais > et le nom de
son auteur. — Dans V Histoire du Bour-
bonnais et des Bourbons, par M. deCoif-
iier de Moret (Paris, 181 6, 2 vol. in-8°),
on lit à la page 11 de la préface, une note
ainsi conçue : « Un chanoine de la coUé-
tt giale de Moulins a voulu faire cette his-
M toire (du Bourbonnais). Son manuscrit
« qui existe encore, m'a été communiqué ;
a il commence par ces mots : Après le dé-
a luge^ etc. viennent ensuite des ré-
« flexions sur les enfants de Noé qui ont
a pu peupler le Bourbonnais; puis la tra-
ce ûuction du 7°** livre des Commentaires
a de César... » Où se trouve ce précieux
manuscrit ? Quel est le nom du doctissime
chanoine ? Le chapitre après le déluge et
celui des enfants de Noé méritent incon-
testablement une reproduction. L'Inter-
médiaire, en signalant ce document uni-
que, stimulera le zèle d'un chercheur
intelligent et dévoue qui ne voudra pas les
laisser inédits.
(Lyon.) V. de V.
Les manuscrits originaux de Sauvai.
— Quel fut le sort des manuscrits dont les
éditeurs des trois*volumes qui p^ortent le
nom de Sauvai se sont servis? En Tannée
1785, ces manuscrits furent livrés aux en-
chères publiques, à Paris, lors de la vente
d'Aguesseau. Voici le titre exact du Cata-
logue dans lequel ces manuscrits étaient
signalés : Catalogue des Livres imprimés
et manuscrits de la Bibliothèque de feu
M, d'Aguesseau, doyen du Conseil, com-
mandeur des ordres du Roi, etc. Disposé
par ordre des matières', avec une table des
auteurs. Paris, 178 5, in-8° ; page 307.
No 4716 : L'histoire de Paris, par le
SIEUR Sauval, en 9 portefeuilles. Cest le
manuscrit qui a servi à V impression de
cet ouvrage. Il provient de la Bibliothèque
de CL Bern. Rousseau, auditeurdes Comp-
teSy qui en fut l'Editeur, Les neuf porte-
feuilles furent adjugés au prix très -mo-
deste de 72 1. 5 s.
Née de La Rochelle, savant libraire, l'un
des rédacteurs de ce Catalogue, n'a pas
indiqué le format de ces neuf portefeuilles,
qui devaient être assez épais, puisqu'ils
renfermaient la majeure partie des ma-
tières comprises dans les trois volumes que
nous connaissons. Les additions faites par
les éditeurs, sont à vrai dire, considé-
rables, et peuvent bien remplir près d'un
Quart de volume; la plus longue est celle
du tome I*"", qui commence à la page
617 et finit à la page 728. Ces cent om^e
pages de texte sont marquées d'un astéris-
que à côté du chiffre de numérotage ; et
les éditeurs, qnai en ont averti dans leur
préface, déclarent avoir ajouté tout ce
texte d après leurs propres recherches. Il
faut dire que ce n'est pas la seule addi-
tion qu'ils aient faite au manuscrit, dont
ils ont complètement changé la rédac-
tion originale.
Il est bon de savoir que l'ouvrage étendu
cjue Sauvai avait entrepris et qu'il a laissé
inachevé, se composait d'une série de
Discours, au nombre de cent vingt-sept.
Chacun de ces discours était consacré à un
sujet spécial; l'auteur, tout en épuisant la
matière y introduisait presque toujours de
N» X04O
L'INTERMÉDIAIRE
2l5
216 -
longues digressions. Après avoir composé
chacun de ses discours, il en faisait faire
plusieurs copies, qu'il confiait, soit à des
amis, soit à aes savants connus, soit à des
personnages illustres qui pouvaient le bien
renseigner. On trouve, au tome III de
rimpnmé (pages 58 à 87), un long discours
sur les Tontines, Loteries et Banque royale^
dédié à M. de Racan, morceau très-
achevé, très-amusant, qu'on n'irait certes
pas chercher à l'endroit où Tont placé les
éditeurs, et qui fait bien connaître la so-
ciété au milieu de laquelle vivait l'auteur.
De même un long discours sur l'histoire
de Saint-Jacques de la Boucherie, encore
inédit, est adressé à M. Pierre Petit, très-
savant ingénieur qui a coopéré avec Gom-
boust à la publication du célèbre plan de
Paris, portant le nom de ce dernier, et a
rédigé la curieuse notice dont il est accom-
pagné. P. Petit a renvoyé à Sauvai son
discours sur Saint-Jacques de la Boucherie,
en y joignant une lettre qui contient de
nombreuses observations critiques.
Les manuscrits de Sauvai que je con-
nais jusqu'à présent, sont au nombre
de cinq, tous reliés et de différents for-
mats. Entre ces manuscrits, un des plus
curieux contient le texte de l'histoire des
Palais, Hôtels et Maisons remarquables
de Paris, texte bien différent du traité sur
le même sujet qui forme le livre XIV et la
majeure partie du deuxième volume du
Sauvai imprimé. On m'a signalé d'autres
fragments sur le même sujet, qui se trou-
vent dans un manuscrit de la Bibliothèque
impériale. Tous ces détails me font dési-
rer vivement de recevoir une réponse à
cette question.
Le Roux DE LiNCY.
Un ouvrage intitulé : a Caserne. » — N 'a-
t-il pas paru, il y a une trentaine d'années,
un ouvrage ayant pour titre : Caserne}
Quel en était l'auteur? Serait-il possible
d'en trouver encore quelque exemplaire?
Et à quel prix? Vallée.
« Les Epinards » d'Henri Monnier. —
En quel format, à quelle date précise, dans
quel recueil, et chez quel éditeur a été pu-
bliée, pour la première fois, la célèbre ca-
ricature aquarellée de M. Henri Mon-
nier : « Je n'aime pas les Epinards et fen
suis fort aise,., etc. » planche célébris-
sime, dont je ne connais à mon grand
regret que la légende? Ulric.
P. Lasne fut-il imprimeur ou libraire?
— Le catalogue de la bibliothèque de
l'ancienne abbaye de Saint-Vincent du
Mans porte la mention suivante : Cou-
tiimes du pa'is et comté du Maine, Le
Mans, P. Lasne, i52g, in- 16. Quelque
possesseur de cette rarissime édition, cjue
je n'ai encore pu rencontrer, pourrait-il
me donner le nom de l'imprimeur, car je
ne saurais, avec quelques auteurs man-
ceaux, prendre Lasne pour un imprimeur;
je le regarde seulement comme un li-
braire, mais je n'en ai pas la preuve, et
je remercie d avance celui qui pourra me
la fournir? André Pierre.
Répomcfà.
Autographes de Marie-Antoinette oa de
l'abbé de Vermont (IV, 245.) — Quelques
collections publiques ou particulières se
croyant en possession d'autographes delà
reine, ne se feraient-elles point illusion,
pour une partie d'entre eux au moins, qui
pourraient bien être de la main de l'abbé
de Vermont? J'en fais juges les amateurs,
auxquels je signale le passase suivant de
la Correspondance secrète, datée de Ver-
sailles, 29 juin 1779 :
a Lorsque l'empereur est venu ici, l'abbé
de Vermont lui a été présenté comme un
homme d'esprit et plein de zèle pour sa
sœur. Ce prmce a fort goûté le lecteur, et
depuis ce moment l'abbé est devenu l'a-
gent ou le correspondant entre Vienne et
Versailles. Les lettres de l'impératrice;
mère et de l'empereur pour la reine lui
ont été adressées, e/ les réponses de k
reine ont été écrites ou ont passé par luu
Suit l'histoire d'un commencement de dis-
grâce encourue par Tabbé à propos de
deux lettres écrites à Marie-Thérèse et in-
terceptées par l'entourage du duc d'Ai-
guillon.
(Auch.) H. Vienne.
Mon cousin, couvrez-vous (V, 3ij. -
La parenté des Lévis avec la sainte Vierge
est-elle bien réelle ? Je ne le déciderai pas;
mais voici à l'appui un couplet d'une chan-
son composée au Canada après la célèbre
victoire de Carillon, remportée par Mont*
calm sur Abercromby, le 8 juillet 1758. U
chevalier de Lévis commandait la droite
des Français. Je crois cette chanson com-
plètement inédite :
N'oublions pas Monsieur d' Lévis.
C'était, morgue! comme un' furie,
Aisément, cela se peut croire.
Dame! on n' manquit jamais d' valeur
Dans la famille de not' Seigneur.
Saquergué ! comm' sans sa cousine j'étions flani'
[bés.
Ces -doubles chiens, à coups d* pieds, à coups
[d; poings
Nous auraient cassé ia gueule et la mâchoire.
L'air de cette chanson était : Sur Iport
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 avril 1869.
217
218
avec Manon un jour.,.; mais le sixième
vers ne se chantait pas. P. Clauer.
Origine du mot < sans-culotte > (V, 3i).
— Je lis dans un petit recueil qtii a pour
titre : Années révolutionnaires... à Paris :
An Xjle passage suivant :
« Les premiers membres de l'Assemblée
a législative n'annonçaient pas l'opulence,
a Quelques-uns de leurs prédécesseurs se
« permirent de dire : A peine si les nou-
tt veaux législateurs ont une culotte au
« c... Le propos fut entendu, et plusieurs
a de ces nouveaux députés répliquèrent :
« Nous nous faisons honneur d'être sans-
u culottes ; Thabit que nous portons est à
a nous, et ce n'est pas aux dépens de la
sueur du peuple que nous sommes vêtus,
(c'est de là que vient le nom de sans-
culotte).
a Bientôt après cette époque, la misère
propagea tellement ces principes de sans-
culottisme, que les malheureux ouvriers
de Paris, se trouvant dans le plus affreux
« dénûment, adressèrent à l'Assemblée lé-
« gislative la pétition suivante :
Ah! que nous serions satisfaits .
Si, toujours patriotes.
Au lieu de faire des décrets.
Vous faisiez des culottes.
a
<i
<f
a Suivent les signatures. »
(Béziers.)
Louis H.
Œuvres littéraires du maréchal Brune
(V, 52). — Sur une feuille portant au dos
la date d'oct. 1792, j'ai une page auto-
graphe de l'infortuné Brune; fragment d'un
air martial dont le refrain rappelle singu-
lièrement celui des Girondins^ qu'on a en-
tendu à satiété en 1848 :
Où courent ces peuples épars l
Quel bruit a fait trembler la terre
Et retentit de toutes parts.'
Amis, c'est le cri du dieu Mars,
Le cri précurseur de la guerre,
De la gloire, de ses hazards.
Mourons pour la patrie, {bis)
C'est le sort le plus beau, le plus digne d*envie.
Je suis vainqueur, je suis vainqueur!
En voyant ma large blessure,
Amis, pourquoi cette douleur?
Le sanç qui coule au champ d'honneur
Du vrai guerrier c'est la parure,
C'est le gage de sa valeur.
Je meurs pour ma patrie, {bis)
C'est le sort le plus doux, le plus digne d'envie.
P. A. L.
Ci Almanach des Gùmulards » (V. 52). —
Je possède aussi un exemplaire de VAU
manach des Cumulards, rigoureusement
conforme à la description du volume si-
gnalé par M. Ulric, sauf une erreur (proba-
blement typographique) que je relève : le
nom du libraire est Pichard et non Picard.'
J'ai tout lieu de croire que ce volume n'a
pas eu de suite, et voilà bien sept ou huit
ans que j'en guette un second, dans tous
les catalogues de vente. Vous me direz que
ce n'est pas une raison.
(Nîmes). Ch. L.
De la prétendue couronne de fleurs du
poète de Platon (V, 54). — Platon écrivait
au sixième livre des t Lois : « Le poëte est
chose légère, ailée et sacrée. » Ailleurs, au
troisième livre de la République^ il s'é-
crie : « Nous adorerions le poëte parce
qu'il est ipviolable, admirable et doux. » Il
ajoute ensuite : « Mais nous lui dirions :
Notre Etat ne possède pas un homme qui
vous ressemble, et il n'est pas juste que
vous viviez au milieu de nous. Et nous
l'escorterions jusque dans un autre Etat,
après avoir versé sur sa tête l'huile em-
baumée (|i.6pov) et l'avoir couronné de la
bandelette de laine (ipiiù). t>
Qui ne reconnaît ici l'antique cérémonial
du sacre ou de l'onction des rois ? Ce ban-
deau qui étreint un front humide d'huile
parfumée peut passer en quelque sorte pour
un diadème; et de diadème à couronne, il
n'y a pas la largeur d'un doigt. Au fait, et
souverains et nourrissons des Muses, tant
ceux qui reçoivent la couronne que ceux
la donnent, marchèrent longtemps égaux.
Mais ce n'est pas Homère personnelle-
ment que Platon désigne dans ses écrits;
c'est l'aCide en général, et quel qu'il soit;
ou plutôt c'est la séduction, la magie même
de la langue des dieux.
Me sera-t-il permis de relever, en finis-
sant, deux graves inexactitudes qui enta-
chent la traduction de feu Victor Cousin?
1° a Nous congédierions » le poëte, écrit
le traducteur. Outre qu'il n'est pas natu-
rel de congédier les gens devant qui on
vient de s'agenouiller en signe d'adora-
tion, le verbe grec à'îuc7ué[/.TC0i|jL£v signifie en
cet endroit : a Nous (lui) ferons un cortège
d'honneur. »
2*> Sans demander comment on s'y prend
pour a répandre sur une tête des parfums »
— [jLupov xaxà TTJ; y.£<paXYJ<; xaTajreavTSç —
des pastilles du sérail, par exemple, de l'en-
cens ou du benjoin, je me contente de rap-
peler que le mot Ipiw désigne un tissu en
laine, SçacjJLa ixdXXtvov. Le poëte n'est donc
pas « couronné de bandelettes, » à l'égal
apparemment de tel ou tel conscrit dont
la tête est, le jour du tirage, ornée d'une
douzaine de banderoles ou rubans bigarrés.
En définitive, c'est parce qu'ils ont vu
dans le poëte une victime au lieu d'y voir
un roi, que les divers interprètes des dia-
logues grecs l'ont ainsi paré de bandelettes
comme pour Je sacrifice, tandis que le di-
vin Platon l'a réellement oint ou sacré pour
N» 104.]
L'INTERMÉDIAIRE
219
220 —
le triomphe, la gloire et l'immortalité.
(Grenoble.) J. P.
Un mot de Dioclétien (V, 54). — Cha-
teaubriand, dans ses Etudes historiques,
cite le mot de Dioclétien en ces termes :
a Je voudrais que vous pussiez voir les
a beaux choux que j'ai plantés. »
En note, au bas ae la page, il cite : Vic-
tor^ Eutrope, Lactance.
Eutrope ne rapporte pas le mot de Dio-
clétien. Il se borne à dire que Maximien
Hercule Tayant engagé à ressaisir le pou-
voir qu'il avait abdiqué, Dioclétien ne céda
pas à ses exhortations. Voici le texte :
a Diocletianum per litteras adhortatus
« est, ut depositam resumeret potestatem.
« Quas ille irritas habuit. «
A propos de l'abdication, l'abbé Paul,
traducteur d' Eutrope, rapporte en note le
mot de Dioclétien : « Oh ! si vous voyiez
« ces légumes que je cultive de mes mains,
« vous ne me parleriez jamais de l'empire. »
Mais il ne cite pas le texte original. Il est
d'Aurelius Victor au mot : Dioclétien,
tt Utinam Salonae possetis visereolera nos-
« tris manibus instituta ! Profecto nun-
« quani istud (imperium) tentandum judi-
« caretis. »
tt Plût au ciel que vous pussiez voir à
« Salone les légumes que j'ai plantés de
« mes mains! Assurément vous ne pen-
« seriez jamais que je dois désirer (ou es-
a sayer) de reprendre l'empire. »
Le mot olus dont oîera est le pluriel si-
gnifie légumes, en général, ou chou. Mais
il ne signifie pas melon. Montaigne a donc
fait une citation un peu fantaisiste, ce qui
n'est pas rare dans son charmant ouvrage.
E. G. P.
— Dans la traduction de Gibbon, par
M. Guizot, t. II, p. 392, le mot employé
est : c( les beaux choux, a C'est, nous ait
Gibbon, Aurelius Victor qui nous a con-
servé cette réponse.
Pierre Clauer.
— Dans la phrase adressée par Dioclé-
tien à Herculius et Galerius, et non à
Maximien, il est question de légumes en
général. Voici le texte d'Aurelius Victor :
« Qui dum ab Herculio atque Galerio ad
« recipiendum imperium rogaretur, tan-
« quam pestem aliquam detestans.in hune
a modum respondit : Utinam ' Salonse
« possetis visere, etc. »
Ad. D.
Portrait ancien de Salomon de Gaus
(V, 58). — Le portrait de Salomon de Caùs
que Balzac avait vu à Heidelberg, n'est
autre que celui dont je m'étais procuré
une copie et dont j'ai parlé dans le T. I
denntermédiaire,p,îSu MM. H. L. B. H.
et O. M. sont revenus sur ce portrait dans
le T. II, p. 16Ô et 297. J'en avais parlé
longuement dans une notice lue à une
séance publique de la Société des Anti-
quaires de Normandie en 1847. Le célèbre
romancier s'est trompé en voulant recti-
fier l'orthographe du nom de Salomon,
qui, dans tous ses livres, siçne de Caus,
et dont le portrait de Heidelberg porte
le nom écrit de la même manière.
(Alençon.) L. de la Sicotière.
Faire la Belle CV, 59). -— Cette expres-
sion ne viendrait-elle point d'un jeu de
hasard, La Belle, fort en vogue au com-
mencement du règne de Louis XVI, et que
le lieutenant de police Le Noir interdit en
1 777. Voici ce que dit la Correspondance
secrète à propos de cette mesure qui fit
plus d'un ennemi au lieutenant de police:
a Depuis quelque temps, nos plus grands
seigneurs se disputent à qui jouera à
La Belle des sommes indécentes, passez-
moi le terme, par l'énormité. Les bons
citoyens gémissent de voir une jeune Cour
se livrer à une frénésie qui peut avoir des
suites funestes, et tandis que le Parlement
s'occupe de réprimer ces excès, nous
voyons des gens de qualité ne pas rougir
d'ouvrir leur hôtel à des banquiers pour
tailler publiquement. » Ce jeu fut égale-
ment interdit par arrêt du Parlement,
quelque temps après.
(Auch.) H. Vienne.
Abraham Fatras (V, 60}. — J'enverrai la
question de A. C. au Navorscher {L In-
vestigateur), le Notes and Queries hollan-
dais ; mais il faudra beaucoup de patience,
et même a l'excès » dans ce cas ne sera pas
a un défaut. »
(Amsterdam.) H. Tiedeman.
Généalogies Marcel, Corbie, etc. (V, 60 .
—Je ne puis répondre que partiellement à
la question de M. £., sur la famille de
Corbie.
Je trouve dans \e2^ volume (pag. 48, 49!
des Mémoires concernant l histoire civih
et ecclésiastique d'Auxerre et de son an-
cien diocèse, par l'abbé Lebeuf , réédités
et complétés par MM. Challe et Quantin.
une notice sur Jean de Corbie, 86« évêquc
d'Auxerre.
a Le roi d'Angleterre, qui se portait
pour Roi de France , averti de la vacance
de réglise d'Auxerre, défendit aux cha-
noines de la cathédrale de procéder à une
nouvelle élection sans lui avoir demandé 1
son consentement.
« Cette défense qui étoit du 3 1 octobre
1426^ fut suivie d'une députation que le
Chapitre fit pour obtenir cette permissiofl
qui mt, en effet, accordée â Paris, le se-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 avril 1869.
221
222
cond décembre. Il est difficile de connoître
les brigues faites alors pour Télectiort ; on
sait seulement qu'il y eut deux évêques
nommes pour Auxerre, Jean de Coraie,
qui succéda véritablement à Philippe des
Essarts, et Jean Vivien, élu par les cha-
noines ses confrères.
« Jean de Corbie, dont la nomination
eut lieu, étoit fils de Thomas de Corbie,
anobli eh iSSg, et de Marguerite de Cre-
sequas. Il avoit été maître des requêtes
depuis Tan 1406 jusqu'en 141 3 qu'il hé-
rita, avec Arnault, son frère, des grands
bieiîs que le chancelier ArnaUlt de Corbie
avoit laissés à sa mort dans le Beauvoi-
sis.... Quelque temps après, il fut évêque
de Mende; et sur la foi d'un titre, on
assure qu'il l'étoit dès l'an 1416. Mais il
n'est point vrai qu'il ait quitté cet évêché
en 1424 pour venir à Auxerre, comme le
marque la Gallia christiana , puisque le
siège étoit alors rempli. Ce fut certaine-
ment au plus tôt,^en décembre 1426, qu'il
put être élu ou nommé pour Auxerre ou
qu'il y fut transféré, encore est-il plus
probable qu'il ne fut élu que le 8 no-
vembre Ï427. » »
Je crois mutile de rien ajouter à ces
lignes, pour le but que se propose M , M . E,
d'autant que l'abbé Lebeuf ajoute : « Ce
qu'on sait de son épiscopât se réduit pres-
que à rien. » D'ailleurs M. M. E. pourra
se reporter à l'ouvrage que j'ai cité. Je
me bornerai à dire qu'il était mort en
1433, « si le sede episcopali vacante est
une preuve suffisante de mort ; mais comme
le P. Anselme assure qu'il vivait encore
en 1435, il peut se faire qu'il eût abdiqué
l'évêché d' Auxerre, pour se retirer dans
quelque cloître. » Dans Une note, l'abbé
Lebeuf dit : « On cite un article de son
testament de Tan 1^35, » et il ajoute
même : « d'autres écrivains (M oréri iet Çu-
pin) le font même vivre jusqu'en 1438. »
Je n'aurais pas donné ce long détail sur
Jean de Corbie, s'il n'était accompagné,
dans l'ouvrage dé l'abbé Lebeuf, de ses
armes (trois corbeaux sur fond d'argent).
Ces armes étant également celles de la
ville et de l'abbaye de Corbie, je n'oserais
affirmer qu'elles fussent particulièrement
celles de la famille de Corbie. Je n'ai pas les
livres hécessaires pour élucider la Question.
J'espère cependant que les indications
qui précèdent ne seront pas inutiles à
M. E.
Je l'engage à consulter surtout l'ouvr-age
du P. Anselme, cité par Lebeuf et qui
fait autorité en ces matières.
Quant à Arnaud de Corbie^ Moréri dit
qu'il était fils de Robert de Corbie et natif
de Beauvais, qu'il fut premier président
au parlement de Paris en 1 374 et chance-
lier de France en 1 388, qu'il fut deux fois
destitué et rétabli, et quitta les sceaux en
141 3 à cause de son grand âge; qu'il mou-
rut peu après, le 24 mars de la même année.
L'évêque Jean de Corbie était son père.
Moréri ne homme pas la femme, dont
il eut un fils nommé Philippe, qui fut
Conseiller du Roi et maître des requêtes.
Philippe épousa Jeanne de Chanteprime,
et en eut un fils nommé Guillaume, qui
fut conseiller aii Parlement.
Moréri rehvoie à Godèfroy {des officiers
de la couronne)^ à Sainte-Marthe et Blan-
chard {Histoire des présidents et maîtres
des requêtes)^ et au P. Anselme {Histoire
des grands officiers de la couronne).
Au musée de Beauvais, on conserve une
pierre tumulaire provenant de l'abbaye
de St-Symphorien de Beauvais, portant
sur le^ Catalogue le n® 249.
ce Ci gist vénérable et discrette pet-sohrié
M* Pierre de Corbie, en son vivant prestre
aUmosnier de M. le Prince de Conde, cha-
noine et président de l'église de céans,
lequel pour le salust de son âme, a fondé
ung obit solennel qui se doibt dire tous
les ans le jour saint Martin d'hiver comme
est porté par contract passé en chapitre,
signé Mallet et de Éucamps , notaires
royaulx. Il décéda lé 24® jour d'aoust î 596,
âgé de 78 ans. »
Ce monument prouve que la famille de
Corbie a continué à vivre à Beauvaiàj
d'oîi elle était originaire. Peut-être les ar-
chives de la ville contiennent-elles bu une
généalogie ou les éléments d'une généa-
logie. E. G. P.
Ragtienet, peintre français (V, i î8). — -
Gilles Allou, habile peintre de portraits^
de l'Académie Royale de peinturé et de
sculpture, a expose, len 1737, leportraitde
sa fè'mme dessinant une fi gute d*optiquè.
Elle se nommait Marie Kaguenet; d'a-
Erès son acte de mariage, fen date dti
juillet 1702. Dans cet actfe^ elle est dite
fille d'Antoine Ragtienet, tiiarchând
bourgeois de Paris. Sur la gravure de
son portraitj faite par Mifchel Dossier,
elle est nommée Anne: Peut être avait-
elle les deux noms, bien que le premlier
seul fût inscrit dans son acte de mariage.
Peut-être aussi, comme il arrive souvent,
portait-elle dans l'usage un autre nom que
son nom de baptême. Quoi qu'il en soit,
il est très-probable qu'elle était la nièce
ou la cousine de Jean-Baptiste Raguenet
père; car, en 1738, G. Allou a exposé le
portrait de Raguenet^ peintre d'un genre
de fantaisie pittoresque; et cette qualifica-
tion me paraît ne pas devoir convenir à
Raguenet filSy qui peignait l'architecture.
— En 1742, Allou a exposé un second
portrait de madame son épouse qui tient
une orange, — Quant à Raguenet fils,
outre les tableaux exposés en 1752 et 1753,
et que je ne donne pas ici (M. A de C. ks
connaissant), je puis citer :
10 Une vue de la place de Grèvq.
H. ù^ 45c , 1. 0» 32« . Raguenet pinxît,
N*.i04.]
L'INTERMEDIAIRE
223
224
L, Legrand sculpsit. — 2*» Incendie de la
foire Saint-Germain. 1762. H. o" 53*,1.
o» 75 «. — S'» Inpendie de l'hôtel-Dieu,
1772. — 40 Vue du quai de Conti. —
50 Vue prise du quai de Billy. — 6° Vue
du pont Notre-Dame. — 7" Vue prise du
Pont-au- Double (Hôtel-Dieu). — 8« Vue
prise du quai de la Tournelle. — 9" Vue
du Pont-Neuf, en enfilade, après 1771. —
IQO Vue prise des Grands Augustins.
E. G. P.
La naissance et la mort de Henri Sanval
(V, 126). — M. Le Roux de Lincy demande
des éclaircissements sur la naissance et la
mort de Sauvai. Après s'être adressé vai-
nement aux « travailleurs assidus qui
exploitent les anciennes archives de Tétat
civil, » notamment à M. Jal, il interroge
les lecteurs de Y Intermédiaire. Voici la
réponse de Tun d'eux.
L'auteur des Histoire et recherches
des antiquités de la ville de Paris est né
dans cette ville, non pas en 1620 comme
le prétend la biographie Michaud, mais en
1623. L'acte de baptême de Henri Sauvai
se trouve dans les registres de la paroisse
Saint-Jacc^ues de la Boucherie, conservés
aux Archives de la ville de Paris. Il est
ainsi conçu :
Du 5 mars 1623, Henry ^ fils deJoa-
chim Soval (sic) M^ passementier et de
Marie Quillety sa femme^ demeurant rue
des escrivains. Parrain M, Henry Leblond
M** linger. Marraine Catherine du Rubhe^
femme de Pierre Soval, Af sellier.
En ce qui concerne la date de la mort
de Henri Sauvai, la Biographie Michaud
n'est pas plus exacte lorsqu'elle la fixe à
Tannée 1 669. On lit dans les registres de
la même. paroisse, pour l'année 1676, la
mention suivante :
Le dimanche vin gt-deuxiesme jour de
mars y a été inhumé au cimetière Henry
Sauvalle, avocat en parlement, aagé ae
cinquante trois ans, décédé garson le jour
précédent, rue des trois morts,
M. Le Roux de Lincy, dans sa Question,
indique cjue Henri avait un frère aîné, mort
avant lui, lequel exerça les fonctions de
contrôleur des gabelles. Ce frère, baptisé
à Saint-Jacques la Boucherie le 3i mars
1609, reçut le même prénom que son père
Joachim, quoique son parrain s'appelât
Richard (Poignan, m** ). Je trouve la men-
tion de son décès, à la fois dans les registres
de Saint-Merry, paroisse qu'il habitait, et
dans ceux de Saint-Jacques la Boucherie,
où : le vendredi 2S du jour de décembre
1640, a été fait le service et convoy de
deffunt noble homme M. Joachim Sauvalle,
vivant advocat en Parlement, conseiller
du Roi et controlleur général des rentes
sur les gabelles de France, Indépendam-
ment de ce Joachim, Henri Sauvai eut
d'autres frères et sœurs que font connaître
les mêmes registres de Saint-Jacques :
MARIE (!•"), née le 25 août i6i3;
MARIE (Ile), i5 décembre i6i5; ANNE,
5 février 1618; ANTHOINE, lydécembre
161 9; FRANÇOIS, 27 janvier 162 5. Ces
divers actes apprennent que le père
de Henri Sauvai qualifié tantôt marchand
passementier , tantôt M' mercier , ou
M^ bourgeois de Paris, habita successi-
vement rue de la vieille - m,onnoye
(i6og'î6ig),tilapierreaulaictÇi6ig-i623),
rue des escrivains (i623), et rue de la sa-
vonnerie (162 5), Un registre contenant les
noms des maîtres merciers de Paris,
conservé aux Archives de la ville de Paris,
fait connaître k date de la réception de
Joachim Sauvai dans cette importante
communauté : 6 février i6o5. Il est indi-
qué dans ce document comme natif de
Paris : ce qui m'a donné le désir, pour
satisfaire en même temps ma curiosité et
celle de M. Le Roux de Lincy, de recher-
cher la preuve de son origine.
Pour trouver les aïeux de Henri Sauvai,
il m'a fallu sortir de la paroisse Saint-Jac-
ques la Boucherie, où lesSauval me faisaient
complètement défaut à partir de 1609. Où
les prendre ? La note de M. Le Roux de
Lincy, en m'indiquant comme ayant
appartenu à cette famille une maison sise
rue de Bussy, me conduisit, à tout hasard,
du côté de Saint-Sulpice, et c'est en effet
dans cette paroisse, aue j'ai pu découvrir
le berceau des Sauvai. Voici le résultat de
mes recherches :
— i568, 14 janvier, mariage de Grespin
Sauvalle et de Avoye Lafitte.
— 1 576, 1 5 juillet, naissance de Joachim,
fils des susdits.
— 1579, 22 avril, naissance de Pierre,
id,
— 1601, mariage dudit Pierre Sauvai et
de Catherine du Rubbe.
Les actes de Saint-Sulpice, pour cette
période, sont d'un laconisme tel qu'il
m'eût été impossible de rattacher ces Sau-
vai primitifs à ceux de Saint-Jacques la
Boucherie, si l'acte de baptême de Henri
Sauvai ne m'avait fourni un point de
repère. En voyant qu'il eut pour marraine
cette même Catherine du Rubbe^ femme
de Pierre Sauvai, M^ sellier, toute obs-
curité disparaît, et l'on doit en conclure
que Crespin Sauvalle eut deux fils au
moins : l'un, Joachim, qui sortit de la pa-
roisse de Saint-Sulpice, l'autre j Pierre,
oncle par conséquent de Henri Sauvai, qui
continua à l'habiter. — Quant à la profes-
sion de l'auteur commun Crespin Sauvai,
les registres ne l'indiçiuent point.
Tels sont les renseignements certains
que je suis heureux de pouvoir donner à
M. Le Roux de Lincy.... et aussi à M. Jal
qui, lui, écrivait avec tant d'amertume le
i5 juin 1861 : fi Je n'ai rien sur Henri
Sauvai; je Vai cherché beaucoup, et par-
tout, sans l'apercevoir, »
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
225
[25 avril 1 86g.
226
C'est qu'il en est un peu du Paris mort
comme du Paris vivant! N'arrive-t-il pas
chaque jour, à ceux-là même qui sont
doués de la meilleure vue, d'être coudoyés
sans cessedansla foule par des gens qu'ils
n'aperçoivent point? Ou plutôt, après avoir
fait, dans cet immense champ des an-
ciennes paroisses de Paris, l'ample mois-
son que chacun connaît, M. Jal, bon
prince, n'aurait-il pas voulu simplement
laisser à d'autres le droit et le plaisir de
glaner après lui quelques bons épis?
G. Saint-Joanny.
Uoe métaphore de Victor Hugo (V, 1 34).
—Bien avant Saint- Amand, Guillaume de
Saluste, sieur du Bartas, avait dit (le
ûuatriesmejour delà Sepmainey p. 161 de
l'édition de ses Œuvres complètes y 1 6 1 1 ,
in-f^) :
Je sçay bien que les doux qui brillent dans les
[cieux...
T DE L.
Huguenot, Parpaillot (V, 172). — Voici
ce que nous lisons dans Llorente, His-
toire de V inquisition (traduction, t. II,
p. 389) : € Le 17 juin 1 565 (qui était le di-
manche de la Trinité) on célébra à Tolède
un nouvel auto-da-fé de quarante-cinq
personnes; il y en eut onze qui furent
brûlées et on en condamna trente-quatre à
des pénitences. Parnii les premières, on
comptait des luthériens, mais un plus
grand nombre de judaïsants. On y vit des
réconciliés de toutes les classes, des luthé-
riens, des judaïsants, des mahoméians,
des défenseurs de la fornication, des bi-
games, des blasphémateurs, et des nécro-
manciens. Parmi ceux qu'on désignait
comme protestants, les uns étaient connus
sous le nom de luthériens ^ d'autres sous
celui àQ fidèles \ il y en avait une troisième
espèce qu'on appelait Huguenaos, depuis
Huguenots, Je crois que ce dernier nom a
été d'abord donné dans le Béarn aux cal-
vinistes qui y étaient venus dé Haguenau
en Alsace, et que du nom de cette ville
sont dérivés ceux de Huguenot et Hugue-
not ». Voilà une étymoîogie qui vaut au
moins celle de M. Palma (V, iSg), qui
prétend que hu est la contraction de l'alle-
mand uhu, hibou ; car si cela était vrai,
on aurait Houguenot.
P. RiSTELHUBER.
— Me permettra-t-on de renvoyer sans
façon les lecteurs de V Intermédiaire ^ pour
le premier de ces mots, à mon Essai sur
la vie et les ouvrages de Florimond de
Raymond (1867, pages 79 et 80); pour le
second, à mon édition des Mémoires de
Bertrand de Vignolles (1869, page 59)?
Je sais bien qu'il ne faut jamais se citer,
maise« famille! T. de L.
— Voici ce que dit Pierre de la Place
sur l'origine du mot huguenot ; et comme
ce magistrat-historien, né vers i520 et
mort en i572, a pris part aux événements
politiques au XV I^ siècle, avant d'en être
la malheureuse victime, il nous paraît mé-
riter plus de confiance sur l'origine du
mot huguenoty que tout autre historien ou
commentateur qui h'a pas vécu, comme
lui, dans ce siècle et au milieu de ses
effroyables événements. « Entre ceux de
ceste entreprise y en avoit, dit-il, plusieurs
retenans la doctrine appelée nouvelle,
lesquels on appelait huguenauds. Ce nom
ayant premièrement commencé, peu de
jours auparavant (mars i56o), dans la ville
de Tours, à cause de la porte du roy Hu-
guon, qui est Tune des portes de la dicte
ville, auprès de laquelle ceux de la dicte
religion avoientaccoustumé se retirer pour
faire leurs prières ; à l'occasion de quoy le
peuple les appela huguenauds^ qui fut
incontinent receu par ceux qui suivoient
la cour, et depuis publié partout. » {Com-
mentaires de V estât de la Religion y li-
vre II, etc.) * J. T.-L.
— a On donne de ce mot plusieurs éty-
mologies. Les uns le font dériver d'un
certain Besançon Hugues, chef d'un parti
religieux et politique à Genève; les autres
de 1 allemand... » etc. Diction, univ, d'hist,
et de géographie, de feu N. Bouillet.
— Pasquier prétend que ce nom est de-
meuré « à ceux de la religion réformée »
parce que « au siège de Clérac (aujour-
d'hui Clairac), ils firent une sortie, cou-
verts de chemises blanches, en un temps
où l'on voyait beaucoup de papillons,
que les Gascons appellent parpailtols. »
BoREL dit, d'autre part, avec beau-
coup plus de raison, je crois, que c'est
« à cause qu'ils couroient au danger sans
crainte, et alloient chercher leur mort,
comme font les papillons qui se vont brû-
ler à la chandelle. » Ce fait est admis,
je pense, sans conteste. Quant à l'éty-
mologie du mot en lui-même, il est pro-
bable que Parpaillot, doit venir directe-
ment de l'italien parpaglione, papillon,
conservé dans le français du XV 1® siècle :
Parpaillon (même sens) : « Gargantua
couroit voluntiers après les parpaillons,
desquels son père tefloit l'empire. » (Rabe-
lais, Gargantua, liv. I»xhap, xi.)
Cette vieille forme française de Papil-
lon se retrouve aujourd'hui reproduite,
dans presque tous les termes congénères
usités dans les divers patois du territoire.
Parpillon, se dit en Berry : a Jeannie
qui est preste comme un parpillon, »
(George Sand, François le Champi). Et
aussi dans le canton de Genève (Glossaire
Genevois de Humbert), où cette locution
a été importée par l'immense émigration
delà France protestante, au XVII® siècle.
N» 104.1
L'INTERMÉblAIRE
- 227
228
En Franche-Comté, en Auvergne, on
dit Parpillo ; en Languedoc et en Gas-
cogne Parvailhol ; en Provence, Parpai-
houn ; en Dauphiné, Parpaiîlou. Ces dif-
férentes orthographes d'un même mot'sont
toutes, il me semble, aussi proches pa-
rentes que possible de celle du français
Parpaillot,
Ce vieux sobriquet s'est aussi conservé
en Berry, jusqu'à nos jours. On l'emploie
encore aujourd'hui, dans son sens his-
torique, dans les diverses localités où il
subsiste toujours, parmi les habitants, un
reste d'antagonisme entre les deux com-
munions chrétiennes : à Sancerre , à
Bourges, à Asnières. Dans ce dernier vil-
lage, les protestants répondent aux catho-
liques, qui les apostrophent du nom de
Parpaillots y en les appelant des Rou-
mains, Ulric.
Quelques vers à contrôler (V, 146). —
Je ne connais pas le Siège de Paris, de
M. d'Arlincourt, mais voici ce cju'en dit
M. G. Héquet, dans la Biographie Didot :
a ... une tragédie en cinq actes, le Siège
de Paris, qui fut jouée en 1827 au Théâ-
tre-Français, et qui fit plus de bruit peut-
être que tous ses romans. Il s'y trouvait
des vers inouïs, et qui sont restes dans la
mémoire de tout le monde. — On m'ap-
pelle à régner. — Mon père, en ma prison
seul à manger m'apporte. — J'habite la
montagne, et j'aime à la vallée. — La joie
du parterre fut telle qu'on n'osa pas ris-
quer une seconde représentation. » On
voit que les citations ide M. Héquet ne
sont pas tout à fait conformes à celle de
M. Louis Duluat. Quant au a vieillard en
sort n attribué à M. Ad. Dumas, on ajou-
tait que c'était un lapsus calami prompte-
ment signalé et corrigé. O. D.
— Les vers attribués au vicomte d'Ar-
lincourt, le célèbre auteur du Solitaire,
paraissent avoir effectivement existé ; ils
sont du moins restés dans la tradition, et
formaient le plus bel ornement de sa tra-
gédie, le Siège de Paris, qui eut un succès
de fou rire. Cette pièce, je crois, n'a ja-
mais été imprimée, et je me rappelle par-
faitement que, quelques jours après la
représentation, un journal avait fait le re-
levé de tous les vers àcalembourgs qu'elle
contenait, au nombre de 12 ou i5. Parmi
ces vers, ma mémoire a retenu ceux-ci :
Mon père, en ma prison, seul à manger m'ap-
[porte.
J'habite à la montagne et j*aime à la vallée.
Pour prouver son amour, il m'appelle à régner.
Voilà ces chevaliers que l'on homme les preux,
[mands,
Pour chasser de ces murs les farouches Nor-
Le roi Charles s'avance avec vingt mille Francs.
Au surplus, les vers à coq à Tâne ne
sont pas ra^f^ dans la muse tragique :
ainsi, dans,ji^e tragédie de Romuliis, le
confident ae Rémus s'écriait :
O Rémus j domine:^ sur ces remparts naissants.
Z. A.
Téritable orthographe du nom de Ben-
serade. Prend-il un seul s on deux ss ?
(V, 148). -— Je possède un autographe de
cet écrivain, dans lequel sa signature n'a
qu'un seul s; ce qui ne prouve pas qu'il
n'en ait jamais mis deux, car, de son
temps, et surtout au commencement de son
siècle, l'orthographe des noms n'était pas
absolument fixée. Tout le monde sait que
Malherbe avait successivement signé Ma-
leherbe, Malherble, Malerbe, Malherbe^
de Malherbe, Il écrivait Peresq^ Peyresq,
Pere^f Peirets[, Peyres^ le nom de son
ami particulier Peiresc, Madame de Main-
tenon a signé son nom à^Aubigny et à.'Au'
bignè. M. de Coulanges avait signé Co
lange et Collanges, avant de signer Cou-
langes, Isar signait indifféreitnnent liar
ou Issar. Je n'ai point vu de signature
Sèvigny, mais on a bien souvent appelé
ainsi Nladarae de Sévigné.
Dans le titre du Théâtre de Benserade,
publié par lui-même en 1636-42, le nom
de l'auteur est écrit par un seul s ; mais
l'édition de ses Œuvres, publiée sept ans
après sa mort, par de Sercy, met un s de
plus.
Ménage dit, en effet, que Benserade
avait une asse^ jolie maison à Gentilly, et
qu'au dessus ae la porte il avoit fait
mettre des armes qu'il s^ètoit données^
avec une couronne de comte. C'est de
cette résidence qu'il a dit :
Possesseur d'un terrain de petite étendue,
Je partage un ruisseau qui laisse aller ma vue
En des lieux où pour moi Von a quelques égards.
Et si tout n'est à moi, tout est à mes regards !
Dans ma jeunesse, j'ai cherché à Gen-
tilly la maison de Benserade, et n'en ai
pas trouvé trace. La seule des inscriptions
en vers dont il l'avait remplie, qui ait été
conservée, est celle qui figurait à l'entrée :
Adieu, fortune, honneurs; adieu, vous et les
Je viens ici vous oublier. [vôtres.
Adieu toi-même, Amour, bien plus que tous les
Difficile à congédier. [autres,
Le ruisseau dont il a parlé dans la pre-
mière pjièce que je viens de rappeler est la
petite rivière de Bièvre, qui répandait une
fraîcheur toute charmante dans la végéta-
tion environnante. Les prairies de Gen-
tilly, par delà la barrière d'Italie qui ferme
le faubourg Saint-Marceau, étaient d'une
richesse botanique et entomologique in-
compatable, il y a quarante à cinquante
ans, et fort hantées par les curieux d'his-
DES CHERCHEURS Et CURIEUX.
[25 avril i86g.
■^ 229
2 3o
toire naturelle. Aujourd'hui, elles ont été
défrichées.
Jadis, elles étaient un lieu de promenade
et de repos pour les gens de lettres.
M. Prosper Blanchemain sait mieux que
peï^onne que son ami Ronsard y allait
méditer Tépisode du navire de sa Fran-
ciade, avec Nicolas Ellain, Belleau, Ut-
tenhove et Jacques Grevin. On lit dans les
Sonnets de Nicolas Ellain Parisien, pu-
bliés en i56i, à Paris, et réimprimés en
1861, par Sernnas et Genty, chez Poullet-
Malassis, libraire instruit et artiste, qui
a malheureusement quitté Paris, une pièce
qui le prouve :
Or, viens, Grevin, viens à mon Saint-Marceau
Avec Ronsard, Uttenhove et Belleau,
Pour nous venger d'une saison si dure.
Là, les matins, nous aurons le murmure
Du doux zéphir qui, durant le séjoiir.
Nous vengera de la chaleur du jour
(lui nous seroit à supporter trop dure.
Puis, nous irons, Grevin, par adventure,
A Gentilly, pour disner à 1 entour
De la fontaine, et estant de retour
Nous soupperons dessous quelque verdure.
Tu pourras là, si tu veux^ aisément,
Arboriser, et là commodément
Ronsard pourra charpenter son navire.
Feuillet de Conches.
€ornes(V, 148). — Je né crois pas qu'en
effet les Grecs et les Romains aient jamais
employé l'emblème des cornes pour dési-
gner 1 accident d^Amphitryon et d'Aga-
memnon, de César et de Pompée, de
Crassus et de Cassius ; comme non plus,
ils n'ont imaginé de donner, à ces illustres
époux, le nom de Toiseau Usurpateur qui
pond au nid d'autrui: ils le gardaient, les
Romains du moins, pour le séducteur.
Caesar-Cuculus, d'accord ; mais c'est qu'a-
lors on ne le considérait plus comme le
mari de la bonne-amie de Glodius ; mais à
son tour comme le bon ami de Mutia
(Mad. Pompéel, de Licinia Tertulla (Mad.
Crassus), de Tertia Junia(Mad. Cassius et
Mlle Brutus; il est peu probable pourtant
que ce soit ce grief qui ait armé la main
des deux chefs de la conspiration.)
Comment ce nom d'oiseau est-il passé
des galants aux maris? Ne serait-ce pas par
le même chemin que les cornes, jadis attri-
but de Priape et des satyres, se seraient
trouvées tout à coup sur "le front de leurs
victimes? En tout cas, si cette plaisanterie
cornue ne remonte pas aux Grecs et aux
Romains, elle est toujours fort ancienne,
puisqu'on la rencontre en pleine floraison
dans les romans de la Table-Ronde, à
propos de la Cornouaille et de son infor-
tuné monarque, le roi Marc, mari de la
Délie Yseult. S'il est vrai que l'on trouve,
dans ce cycle de la Table-Ronde, des sou-
venirs importants de la religion druidique,
il n'est pas impossible qu'il s'y mêle d'au-
tres idées et traditions purement celtiques,
et que cette singulière attribution de cor-
nes aux maris trompés ne remonte aux
temps des Brennus et même de Hu-Ga-
daru. O.-D.
Mot attribué au peintre David (V, 148).
— Mercier, dans son Nouveau Paris,
chap. XLV, cite le mot de David : « On
« pourrait tirer à mitraille sur les artistes,
w sans craindre de tuer un seul patriote, »
non pas comme l'ayant entendu lui-même,
mais comme ayant été prononcé publi-
quement, à l'assemblée de la section du
Louvre. Louis Blanc, Histoire de la Ré-
volutiorty t. XI, p. 129, rapporte ce mot
comme authentique.
Ce mot, si monstrueux qu'il paraisse,
ti'a rien que de conforme à ce que nous
savons des sentiments et du langage or-
dinaires de David; et si jamais je publie les
précieux documents que j'ai réunis sur sa
vie révolutionnaire, tout le monde sera de
cet avis.
Des artistes ceux c|u'il détestait le plus
étaient les académiciens. « Je connus dans
« toute sa turpitude l'esprit de l'animal
« qu'on nomme académicien, » dit-il dans
son Discours à la Convention sur la néces-
sité de supprimer les académies; Séance
du 8 août 1793. On connaît aussi sa cu-
rieuse lettre à l'Académie qui le priait
(4 mai 1793) de venir professer à sort tour:
a Je fus autrefois de l'Académie,
« DAvm
« député à la Convention nationale. »
Elle est. rapportée dans les Archives de
VArt français, publiées sous la direction
de M. de Chennevières, T. 1, p. 192.
(Alençon.) L. de La Sicotière,
Origine de l'hôtel Carnavalet (V, 148).
— Le Breton François de Kernovenoy,
que les Parisiens nommèrent Carnavalet,
avait été premier écuyer de Henri II et
gouverneur de Henri II L Ce prince; n'é-
tant (jue duc d'Anjou, le fit chef de son
conseil, surintendant de sa maison, et
lieutenant de sa compagnie de gendarmes.
Plus tard, il lui conféra les gouvernements
de l'Anjou, du Bourbonnais et du Forez.
M. P. Levot, dont l'article dans la Biog.
Didot me fournit ces détails, ne dit rien
de ses talents comme écuyer; mais Bran-
tôme en parle si avantageusement sous ce
rapport que j'ai parfois pensé que Carna-
valet pouvait bien être l'original du Gym-
naste de Rabelais. Quant à l'hôtel Carna-
valet, voilà ce qu'en dit M. Levot « On
a attribué à Carnavalet la construction de
l'hôtel qui porte son nom Ce n'est
N« 104.J
L'INTERMÉDIAIRE
23l
282
point lui qui le fit bâtir; mais le président
de Ligneris, vers i55o; et ce fut le fils
de ce dernier qui le vendit, après la mort
de Carnavalet, à sa veuve Françoise de
la Baume... Androuet du Cerceau en
donna les plans, et Jean Goujon Torna de
statues La construction, interrompue
pendant plus d'un demi-siècle, fut terminée
en 1634 par Mansart, qui respecta Tœuvre
de ses aevanciers, et sut accorder avec
beaucoup d*art les constructions nouvelles
avec les anciennes..... Carnavalet étant
mort en 1571, l'acquisition indiquée par
M. Levot a bien pu avoir lieu en iStS;
mais il est certain que le Petit-Bourbon
n'avait aucun rapport avec l'hôtel Carna-
valet. O. D.
Le t Dictionnaire » de Bonillet et la conr
de Rome (V, 149). — La brochure en
question est efFeciivement très-curieuse;
elle se compose de 35 colonnes. Ce n'est
pas un tirage à part, mais bien une édi-
tion spéciale, tirée à très-petit nombre et
faite aux dépens de Bouillet lui même.
Elle est intitulée : Corrections du Diction-
naire universel d'histoire et de géographie
de M. Bouillet, Imprimerie de Panckoucke.
Voici quelle a été sa raison d'être. Au
commencement de l'Empire, Bouillet, qui
exploitait lui même son Dictionnaire, s a-
perçut que son livre était mis à l'index
dans les grands établissements d'instruc-
tion dirigés par des membres du clergé.
On lui reprochait de penser encore, sur
beaucoup de points, comme avant la révo-
lution de Février. Bouillet s'enquit de ce
qu'il y avait à faire pour obtenir de n'être
plus inquiété dans son exploitation. On lui
conseilla de soumettre son Dictionnaire à
une personne pieuse et éclairée qui indi-
querait les retouches à faire. Ainsi fîit-il
fait, car c'était à prendre ou à laisser. Dire :
Sit ut est aut non sit aurait coûté trop
cher; l'on se soumit. Il fallut alors admi-
nistrer la preuve que l'on ne disait plus ce
aue l'on avait dit jadis. C'est là l'origine
du très-rare fascicule en question.
Un écrivain qui depuis a acquis de la
' célébrité, M. Rogeard, l'auteur des Pro-
pos de LabienuSy avait été frappé des dis-
semblances des nouvelles éditions du Dic-
tionnaire de Bouillet avec les anciennes.
Il a donné le résultat des comparaisons
auxquelles il s'est livré, dans un travail in-
titulé : Les deux Bouillets, qu'il a fait
paraître dans le journal La Jeunesse,
Paris, 1861, in-40, numéros des i3, 16 et
20 juillet. Il est probablement aussi diffi-
cile de se procurer le Relevé-Bouillet offi-
ciel que les trois articles de M. Rogeard.
Nous pensons être agréable aux lecteurs
de r Intermédiaire, en relevant les articles
qui ont appelé l'attention de M. Rogeard,
et dont il aonne les deux textes : Alexan-
dre VI y Cyrille, Meslier^Rabelais^ Julien,
Trajan, saint Janvier y Robinet, Montes-
quieu, J,-J. Rousseau, Marosie, Helvétius,
Condor cet, Jansénius, Ant, Arnauld, Ques-
nel, etc., M. Rogeard indique de plus,
sommairement, une cinquantaine d'ar-
ticles. Les corrections n'existent pas en-
core dans le 9» tirage, celui de i852.^La
première de ces corrections est pour l'ar-
ticle Abaupt, c]ui finit ainsi : Rousseau
compare Abauzit à Socrate, Ce qui a été
remplacé par : Ses réflexions sur les Evan-
giles sont à Vindex, Alethès.
Catéchisme de 1806 (V, 162). —J'ai sous
les yeux un volume intitulé : « Explication
a sans les demandes et les réponses, l'ex-
a plication de chaque leçon et des traits
o historiques après chacune de ces leçons.
<« Nouvelle édition. Paris, de l'imprimerie
a stéréotype de Mame, 181 1. » C'est un
in-S" de 5 16 pages, sans approbation ecclé-
siastique. La leçon VII (suite du quatrième
commandement) est ainsi conçue: « Les
a chrétiens doivent aux princes qui les
« gouvernent, et nous devons en particu-
a lier à N..., notre Empereur, l'anaour, le
« respect, l'obéissance, la fidélité, le ser-
« vice militaire, les tributs ordonnés pour
a la conservation et la défense de l'Empire
a et de son trône ; nous devons encore
a faire des prières ferventes pour son sa/ut,
a et pour la prospérité spirituelle et tem-
« porelle del Etat. Nous sommes tenus de
« tous ces devoirs envers notre Empereur
a parce que Dieu qui.crée les Empires et
a les distribue selon sa volonté, l'a établi
« notre souverain, l'a rendu le ministre de
a sa puissance et son image sur la terre.
« En l'honorant, en le servant, nous hono-
« rons et servons Dieu... Des motifs parti-
a culiers doivent nous attacher fortement
a à notre Empereur. Dieu l'a suscité dans
a les circonstances difficiles pour rétablir
a le culte public de la religion sainte de
« nos pères, et pour en être le protecteur...
a il est l'oint du Seigneur. Les devoirs
a dont nous sommes tenus envers le chef
a de l'Empire , nous lieront également
a envers ses successeurs légitimes dans
a l'ordre établi par les constitutions de
a l'Empire, puisque nous lisons dans la
« sainte Ecriture que Dieu, Seigneur du
tf ciel et de la terre, par une disposition
tt de sa volonté suprême et par sa provi-
tt dence, donne les Empires non-seulement
a à une personne en particulier mais aussi
« à sa famille... il nous est défendu d'être
« désobéissants envers nos supérieurs, de
a leur nuire et d'en dire du mal. »
Ce texte est, moins les demandes et les
premiers mots de réponses, identique îl
celui des pages 38 et 89 du Catéchisme à
l'usage de toutes les églises de l'Empire
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
233
234
[25 avril 1869.
français^ imprimé à Paris, chez Mame,
en 1812, dont j'ai un exemplaire entre les
mains. Ce volume, conservé par celui qui
s'en est servi sous le premier Empire (je
n'étais point né), est un petit in-S® de XL-
12 1 pages, orné de 17 gravures (gravures
dignes ae l'Almanach liégeois), et précédé
de l'approbation du cardinal-légat Gaprara,
donnée à Paris le 3o mars 1806, et du dé-
cret impérial en date du 4 avril suivant.
C'est bien le catéchisme ofificiel.
(Lyon). V. DE V.
Bicêtre (V, 166). — Dans la citation
donnée ci-dessus, bicêtre a le sens de
malheur, calamité.
On trouve ce mot, employé dans la
même acception, quoique orthographié
différemment, dans les œuvres de Mo-
lière :
Mascarille.
ICh bien! ne voilà pas mon enragé de maître!
Il nous va faire encor quelque nouveau bissêtre!
(V Etourdi, acte V, se. vu.)
Dans FuRETiÈRE (Dict, univers, in-fol.
1727). a Si vous laissez entrer cet étourdi,
il fera quelque bissêtre. •
Dans le Dict. de Trévoux (1771); dans
M Ancien Théâtre françois de la Bibl.
E-LZEviR. de Janet; dans la Noce de vil-
lagCy comédie de Brécourt, etc.
Cette locution, suivant tous les an-
ciens lexicographes, est une corruption
du français Bissexte (venu lui-même du
Jatin Bissextus (Çelse) jour intercalaire,
ou de Bissextum (Censorin). Une très-
ancienne superstition, remontant aux Ro-
mains {Voy, Macrobe, Satur,, liv. I,
ch. 1 3), mais qui subsiste encore dans nos
campagnes, attribuait un présage défavo-
rable à la venue des années bissextiles.
Cette croyance populaire se retrouve du
reste, dans nos vieux auteurs :
Pour ce que bissextre eschiet
L'an en sera tout debauchiet.
(MoLiNET, Le Calendrier,)
« A Dijon, en ces sortes d'années , le
vulgaire dit que bissêtre cor^ et qu'ainsi
on ne doit rien entreprendre d'important. »
CLa Monnoye, Noëls Bourguignons y Glos-
saire^ p. 28.)
De là, aussi, ces deux anciens prover-
bes : « Vo me senongé bissêtre. » Vous
nie présagez malheur. ( Le Roux de
LiNCY. Le livre des Prov, franc, ^ 2^ édit.
tonae I«% p. 93).
€ Il me porte bissestre, » (il me porte
malheur). (Oudin, Curiosités françaises ^
p. 43.)
Encore aujourd'hui les paysans du
Berry (environs de La Châtre, Indre),
croient qu'une sorte de génie malfaisant
se montre dans les années bissextiles.
C'est le soir, dans les marais et les étangs,
surtout pendant les inondations que le
grand Bissête fait ses apparaissances (ap-
paritions) et porte malheur à qui le voit.
Cette superstition locale a même inspiré
au peintre berruyer M. Maurice Sand,
l'un de ses meilleurs tableaux de Légendes
rustiques. Cette peinture exposée au Salon
de i857 {Le grand Bissexte,) appartient
aujourd'hui aux collections du Musée de
Bourges. Elle a été lithographiée par
M. Emile Vernier, (format in-folio, impr.
Lemercier, iS5y). Ulric.
Les tanneries de peau humaine. (V, 1 8 1).
— U Intermédiaire a déjà répondu à cette
question, en partie du moins, dans le
tome III, p. 19. M. Alf. Frank a cité
plusieurs volumes écrits sur peau humaine,
et, entre autres, une bible latine du
XII le siècle écrite sur peau de femme.
A. Phtheir.
Cartes et médailles des conventionnels
(V, 190). — Je ne lesconnais pas, mais j'ai
deux des médailles du Conseildes anciens,
l'une de l'an V, octogone, en argent, l'autre
de Tan VI, ronde, plus grande, en bronze
doré. Elles ont été gravées par M. Gat-
teaux, père du membre de l'Institut, gra-
veur et statuaire. P. A. L.
Ambroise Paré était-il huguenot ? (V,
191.) — Un correspondant qu'on croirait
un peu Turc, si l'on en jugeait par le nom
qu'il se donne, Ali de Nyol, mais dont
je veux respecter la pseudonymie transpa-
rente, me fait l'honneur, dans le dernier
cahier de l'Intermédiaire, d'employer
trois colonnes à démontrer que je me suis
trompé de tout point en voulant, contre
l'avis de M. Jal ae Lyon, maintenir Am-
broise Paré dans les rangs du protestan-
tisme.
11 y a toujours un moyen facile de triom-
pher dans la discussion : c'est de faire
dire à son adversaire ce qu'il n'a pas dit et
de le battre, non sur les paroles qu'il a*
tenues, mais sur celles qu'on lui prête.
Je n'ai pas dit que les curés du XV 1° siè-
cle inscrivissent sur les registres parois-
siaux des gens qui se déclaraient protes-
tants ; encore moins ai-je dit que cela
était ainsi parce qu'il fallait bien que les
huguenots se fissent inscrire quelque part ;
je n'ai pas dit non plus que le récit fait
par Ambroise Paré du péril qu'il courut
d'être empoisonné « pour la Religion »
prouvât, à lui tout seul, le protestantisme
du grand chirurgien. M. Ali n'avait pro-
bablement gardé qu'un vague souvenir de
l'argumentation à laquelle il s'est pro-
posé de répondre.
Ce que j'ai dit, en somme, ou voulu dire,
N» 104.]
L'INTERMEDIAIRE
235
236
c'est qu'au XVI* siècle, la situation des
huguenots n'était pas uniforme, réglée,
comme nous comprenons aujourd'hui cjue
les choses le soient; que notre discipline
régimentaire était inconnue des temps an-
ciens; que beaucoup de personnes des
deux partis souhaitaient et espéraient l'u-
nion des deux cultes ; qu'une foule
de réformés auraient voulu la Réforme
sans sortir de l'Eçliçe ; qu'on vit, par
exemple, une assemblée catholique réunie
à l'office sous les yeux de son curé se met-
tre à chanter les psaumes à la huguenote,
pour imposer directement le changement
qu'elle désirait ; que Paris fut atroce pour
les religionnaires et qu'ils y furent hors
la loi jusqu'à l'Edit de Nantes (iSgS); que
des protestants y vivaient cependant, et
que suivant la position, les influences,
1 austérité ou la faiblesse de chacun, il a
bien pu y avoir des accommodements. De
tout cela et d'autres considérations encore
que j'ai fait valoir {dans le BuUet.de Vhist,
du Protest. ^ t. XVII), j'ai conclu que
M. Jal s'était laissé séduire par une appa-
rence trompeuse, lorsqu'il avait regardé
la place considérable tenue par le nom
et la famille de Paré dans l'église Saint-
André-des-Arcs comme une preuve irré-
fragable de la fidéiité apostolique et ro-
maine de Paré lui - même. Autant je
m'élevais contre l'aveuglement mis par
cet écrivain, dans tout le cours de son
Dictionnaire critique^ à méconnaître la
Réforme, autant je me suis tenu dans la
juste mesure au sujet du chirurgien de
Charles IX. Je me suis contenté d'affir-
mer, d'après Brantôme, et après les frères
Haag, les savants auteurs du dictionnaire
biographique intitulé La France protes-
tantey qu'Ambroise Paré fut certainement
huguenot durant une partie de sa vie. Et
Brantôme n'est pas, comme on se Test
trop figuré, un historien à traiter légère-
ment : j'engage mon ou mes contradic-
teurs à étudier sur ce point l'édition de
ses Œuvres que publie en ce moment,
d'une main fort respectueuse, un des
meilleurs éditeurs de notre temps, M. Lu-
dovic Lalanne. Enfin je terminais, con-
«cernant Paré, en ces termes pleins de
réserve : « S'il ne faisait pas profession
a ouverte et formelle de la Réforme et
« qu'il eût gardé son nom de catholique,
« mais que tout dans ses paroles, dans ses
« actions, dans ses écrits empreints à
« chaque page du sentiment biblique, ré-
a vêle l'âme élevée du huguenot... nous
« n'en voulons pas davantage ; c'est une
a suffisante profession de foi. »
Ce n'est pas en déployant une indigna-
tion, si facile aujourd'hui, contre ce qu'il
appelle « un masque trompeur, une lon-
fue hypocrisie, » que M. Jal de Lyon, ni
_ 1. Ali de Nyol, réfutera ce jugement.
Les mots « d'âme élevée du huguenot»
•paraissent avoir choqué ; l'on affecte d'y
opposer « l'âme élevée d'un catholique. »
Je demande pardon et retirerai volontiers
l'expression ; mais, quoi 1 ma déférence ne
changera rien aux faits. Ni ces messieurs
ni moi ne pouvons faire que l'homme ha-
bitué à l'amour de Dieu sans autre inter-
médiaire que sa conscience, n'ait plus de
force et de valeur morales, que l'homme
humble serviteur d'une immense hiérar-
chie de maîtres humains, vivants ou morts,
et d'une légion de divinités secondaires.
H.-L. BORDIER.
Boucs et porcs d'écurie fV, 201). — Les
paysans d'une partie de la Normandie ont
encore l'usage absurde de tenir un bouc
attaché dans les étables insuffisamment
aérées, pour absorber le mauvais air.
(Versailles). R. de S.
Pendules et montres décimales (V, 2 o2\
— Que M. A. B. D. ne mette point en
doute l'existence de pendules, auxquelles,
en 1793, fut appliqué le système décimal.
J'en connais une fort belle. Elle est en la
possession d'un mien ami, M. le baron
Duval de «Fraville, ancien député, et fait
le curieux ornement d'un des salons de
son château de Condes, situé à 4 kilo-
mètres de Chaumont, chef-lieu de la
Haute-Marne. Clovis Mx.
— M. le D' Duhem, amateur douais/en
qui collectionne avec ardeur tout ce qui a
rapport à la Révolution française, possède
une montre décimale dont la réparation a
mis aux champs plus d'un horloger.
(Douai). A. P. .
— - M. A. B. D. pourra voir une montre
décimale chez M. Sandoz, le savant hor-
loger du Palais-Royal, qui en a fait hom-
mage au musée Parisien où elle tiendra
dignement sa place. Nossiop.
— M. Emile Deschamps nous écrit de
Versailles que l'horloge des Tuileries a
marqué les heures d'après les deux sys-
tèmes pendant longtemps, et il croit qu'il
n'y a pas plus de trente ans que le système
décimal a disparu de cette horloge, où il
était indiqué sur le cadran au-dessous de
l'ancien calendrier.
Les affaires, c'est l'argent des autres
(V, 2o3). — Le mot était connu bien avant
que M™® de Girardin ne l'introduisît dans
Marguerite. M. Désiré Nisard l'avait cité
déjà avec cette variante : les affaires^ c'est
le bien d' autrui^ dans tme lettre à M. A.-
Firmin Didot mise en tête du premier nu-
méro de la Nouvelle Revue encyclopédique
(mai 1846, p. 3). Là, M. Nisard attribue ce
mot, qu'il trouve profond, à Royer-Collard.
DES CHERCHEURS ET CUi^ïEUX.
237 —
238
[25 avril 1869.
Je dois
piquante
à Talleyrand.
ajouter que, suivant d'autres, la | peuple et ses alliés, » Et voilà comme on
ï définition appartient bel' et bien apprenait l'histoire aux collégiens de 1822 !
T. DE L.
— N'est-ce pas un des propos du Vire-
loque de Gavarni ? G. R.
Les imitateurs du Père Loriquet (Y,
173). — M. J. Mt. nous a donné (V, ^o) de
très-curieux extraits d'un ouvrage intitulé :
Instruction sur Vhistoire de France^ par
Le RagoiSy continuée par M. de Foris.
La palme pourrait fort bien être disputée
à M. de Foris. Je possède une Instruction
sur ïhistoire de France et Romaine^ par
Le Ragois; nouvelle édition^ totalement
revue et corrigée, continuée jusqu'en 1 8 1 6,
augmentée d\in précis des mœurs, etc.,
far M. Moustalon, auteur du Lycée de la
jeunesse et de la Morale des poètes, A
Paris, chez Genêts jeune, libraire, rue
Dauphine, n» 14 ; i8i6, 2 vol. in- 12. Ces
deux volumes ont été donnés comme se-
cond prix de version latine, en sixième, au
collège de Valenciennes, en 1822. En voici
quelques lignes :
« La France ne se lassa-t-elle pas des
troubles qui la déchiraient (après la mort
àe Louis XVI J) ? — Dominée tour-à-tour
par des gouvernements arbitraires, elle
devint en 1799 la proie d'un chef mili-
taire (i) qui, abusant de la gloire que quel-
ques succès lui avaient acquise, s empara
du pouvoir, mit l'Europe en feu pour sa-
tisfaire sa dévorante ambition, et pendant
quinze a^is fit gémir la France sous un
joug de fer. Cette nation coupable et mal-
heureuse ouvrit enfin les yeux, condamna
ses erreurs et se souvint qu'elle avait un
roi. Elle invoqua son nom lorsque les ar-
mées de l'Europe entière avaient envahi
une grande partie de son territoire, et à ce
nom révéré, qui offrait aux étrangers la
garantie la plus certaine d'une paix du*
rable, la guerre cessa sur tous les points. »
Puis, après le récit de Taccueil fait à
Louis XVIII, une discrète allusion aux
Cent-Jours : « De nouveaux troubles ne
s' élever ent^ils pas dans le commencement
de son règne ?-^Que\ques esprits séditieux
cherchèrent à renverser un pouvoir que
l'amour des Français pour leur roi ren-
dait trop solide pour que Içur projet eût
longtemps l'efiFet qu'ils en avaient espéré.
Les rebelles furent forcés de rentrer dans
l'ordre, et Louis XVIII vit bientôt le
calme renaître dans son royaume, à laide
des secours que lui prodiguèrent son
(i) Le nom de Bonaparte ne se trouve pas
même une fois dans l'ouvrage.
J. L.
Les battus payent l'amende.
C'est un proverbe et commun ris,
Qu'à la coutume de Lorris,
Quoiqu'on ayt juste demande,
Le battu paye l'amende.
On explique ce proverbe parle duel judi-
ciaire, et Abel Hugo, qui cite ces vers dans
la France pittoresque, ajoute avec raison
qu'outre la perte de son procès , le vaincu
avait encore à payer une amende pour en
avoir appelé au jugement de Dieu, appa-
remment à tort, puisc^ue Dieu le condam-
nait. Mais le duel judiciaire étant le droit
commun de la féodalité, on ne voit pas
encore pourquoi l'on alléguait là la cou-
tume de Lorris. C. de Méry, qui donna en
1822 une édition avec commentaires des
Proverbes de Carmontelle, résout cette
difficulté; car il remarque, d'après le Mé-
morial de la Chambre des comptes , aux
années 1448 et 1468, que ce n'était que
dans la coutume de Lorry (sic — et aussi
à Metz) que cette amende était exigée. La
solution de C. de Méry, qu'il ne faut pas
confondre avec son homonyme plus ré-
cent, ne laisse place à aucune objection, et
j'avoue qu'elle contrarie un peu ma trou-
vaille, qui pourtant a aussi un quatrain à
son service. L'orientaliste Marcel, direc-
teur de rifnprimerie du Caire pendant
l'occupation française, et depuis de l'Im-
primerie impériale, propose en effet une
explication toute nouvelle de notre pro-
verbe, dans les notes de ses Contes du
cheyk El-Modhy. Après avoir remarqué
que c'est la coutume des cadis, môme dans
les contestations purement civiles, d'im-
poser une bastonnade et une amende à
ceux contre qui ils prononcent, il ajoute :
« C'est peut-être ce formulaire du code de
procédure civile orientale qui est l'origine
de notre vieux proverbe : A la coutume de
Lori (l'Orient), les battus payent Va-
mende. » J'ai là dans un vieux fabliau ma-
nuscrit ces quatre vers :
Destroy fiert todys à chetis :
Chevance chiet aulz assouvis ;
Corne es costume de l'Oryande,
Si duyt li féris souldre amandei »
O. D.
Une lettre inédite d'Eugène Scribe.
(III, 160.) — Parmi plusieurs lettres auto-
graphes (inédites) d'Eugène Scribe, inté-
ressantes à divers titres, et qui font depuis
longtemps partie de ma collection d'auto-
! graphes des contemporains célèbres, je
j choisis, pour r Intermédiaire, la jolie lettre
suivante, qui méritait bien, à tous égards,
N» 104.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [25 avril 1869.
239
240
les honneurs de la publicité. — Je. copie
textuellement :
a Monsieur,
a Monsieur Véron,
rue Godot'Maurqy^ n^ 34,
Paris. »
[Le timbre postal de la suscription est daté
du « 10 septembre 1829.» ]
« Ce 10 septembre [182 9.J
a Quand je vous vois, mon cher ami,
vous êtes si bon et si aimable pour moi
que je suis prêt à tout vous promettre et
à tout faire. — C'est quand je suis seul et
entouré de tous les travaux qui me me-
nacent, que je vois alors que cela m'est
impossible. — Il est aisé de se je//er (51c) à
l*eau pour un ami, et pour lui rendre ser-
vice ; pour cela il ne faut au'un instant et
qu'un Don mouvement. — Mais quand on
est accablé d'ouvrage, et en outre d'af-
faires de famille et d intérêts comme j'en
ai dans ce moment, comment voulez-vous
que l'on trouve dix ou douze jours de
suite d'application? — On les trouverait
ces douze )Ours, on se ferait mettre à Vin-
cennes ou à la Bastille, dût-on la rebâtir
exprès pour cet usage, que la tête et les
idées n'y seraient pas. — Un ouvrier à qui
on dit : bêche la terre, n'a que sa pioche
à pousser. — Mais fût-on devant son bu-
reau, la plume à la main, on aura beau se
dire: travaille.; rien ne viendra si l'on n'y
est disposé, et pour cela, il faut du calme,
du repos de corps et d'esprit, et je n'ai ni
l'un ni l'autre •— Voilà, mon cher ami,
pourquoi je ne veux pas que vous comp-
tiez sur moi ; voilà pourquoi je ne veux
pas vous voir, parce que consultant plus
le désir de vous être agréable que mon
temps et mes forces, je vous promettrais
et ne pourrais pas tenir.
f Ensuite, puisq^ue vous avez eu la bonté
d'attacher cette importance à mes Pro-
verbes, croyez-vous qu'un par hasard ne
fasse pas plus de tort que de bien? — Cet
hiver, je fespère, je pourrai m'y livrer de
suite, et ce sera bien différent, mais main-
tenant cela vous servira à bien peu de
chose de compter sur moi, et je vous ré-
pète, en honneur et du fond du cœur, que
dans ce moment il n'y a pas moyen.
Croyez donc, mon cher ami, à tous naes
regrets, ainsi qu'à l'expression de ma bien
sincère et bien vive amitié. E. Scribe. »
Pour copie conforme :
Ulric.
Bpaminondas volé... par un de nos pins
spirituels chroniqueurs. — M. Auguste
Villemot termine ainsi son feuilleton du
29 novembre 1868 dans le Temps {La Co-
médie contemporaine) : « Rossini ne laisse
pas de postérité; mais il peut dire, comme
ce roi de Sparte : Je laisse deux enfants
immortels : le Barbier de Séville et Guil-
laume Tell, » M. Villemot ne s'est pas
seulement trompé en confondant un géné-
ral thébain avec un roi de Sparte, il s'est
aussi trompé (avec beaucoup d'autres, il
est vrai) en ajoutant le mot immortels.
Epaminondas mourant dit, d'après Dio-
dore de Sicile : « Je laisse deux filles, la
victoire de Leuctres et celle de Mantinée. »
Le modeste guerrier se serait bien gardé
d'emplover une aussi ponipeuse épîthète
que celle d'immortelle. Pourauoi donc
s obstiner toujours à mettre de l'emphase
dans les paroles ordinairement si simples
des granas hommes de l'antiquité ?
T. DE L.
D'une variété de sable bien peu connue.
— Qui pourrait me dire où l'on trouve
la singulière variété de sable dont il est
question dans ce passage d'un feuilleton
de M. Paul Féval : Le quai de la Fer-
raille {Journal officiel du soir^ 2 3 février):
a Le pas d'un cheval sonna sur le sable
de l'allée. » Ordinairement, le sable amor-
tit le bruit des pas des hommes et des
bêtes. Le sable de M. Paul Féval étant un
sable retentissant, je serais bien curieux
d'en connaître la provenance. Il me semble
que c'est un sable bon surtout pour les al-
lées de ce fameux jardin des romanciers
où, d'après Alphonse Karr, en une de
ses plus piquantes pages, s'épanouissent
tant de fleurs imaginaires fournies à pleines
mains par Alexandre Dumas, Eugène Sue,
George Sand, etc. Yezimat.
Les Gueux, Patrie, et l'Assedio di Âr-
lem. — Quand un même sujet est traité
simultanément au théâtre par plusieurs
auteurs, on se dispute l'antériorité de l'i-
dée, on s'entr'accuse même de plagiat,
comme il vient d'arriver pour les Gueux
et pour Patrie, Puis voilà le Figaro
(25 mars), qui soupçonne à son tour véhé-
mentement l'heureux Victorien Sardou
d'avoir tout bonnement tiré son drame
d'un libretto italien mis en musique par
Verdi : UAssedio di Arlem,
Cela nous remet en mémoire l'épi-
gramme suivante :
Un iour Regnard et de Rivière,
En cherchant un sujet que Ton n'eût point traité,
Trouvèrent qu'un joueur serait un caractère
Qui plairait par sa nouveauté.
Regnard le fit en vers et de Rivière en prose :
Ainsi, pour dire au vrai la chose,
Chacun vola son compagnon.
Mais quiconque aujourd'hui voit l'un et l'autre
Dit que Recnard a l'avantage [ouvrage,
D'avoir été le bon larron.
Sait-on de qui est ce dizain?
D. C.
Paria. > T|p. de Ch. Me|rueis, me Cujas, 1S. — 1869
QViBQOI
NomérolOS.
ChêreheMtt
«OtM trOUMTfS.
n M faut
0ntr*aii»r,
10 mai 1869
CJntetméMatte
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, ZNiOTES and QU E RIE S françaH.)
241
242
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique
— Kpigraphie — Biographie — Bibliographie
-=- Divers.
Le verbe t sachoir. > ~ Ce nouveau
verbe (d'un usage fréquent chez plusieurs
écrivains modernes et notamment chez
Mgr Dupanloup) offre cette particularité
qu'il n*est employé qu'à la première per-
sonne, singulier et pluriel, du présent de
l'indicatif. Ainsi les auteurs qui disent vo-
lontiers ^e ne sache paSy nous ne sachions
paSy croiraient commettre une faute gros-
sière en disant :
Tu ne saches pas.
Elle ou II ne sache pas.
Vous ne sachiez pas.
Elles ou Ils ne sachent pas...
Ce verbe si défectif vient d'obtenir les
honneurs du Corps législatif (passe encore
pour l'Académie !). S. Ëxc. le maréchal Niel
a pu dire (séance du 14 avril) : « Je ne
sache pas de moyens plus prompts pour
arriver au gouvernement civil. »
MM. les lecteurs -rédacteurs de Vin-
termédiaire pourraient-ils me donner des
renseignements sur l'origine de ce verbe
qui n'a jamais été employé {que je sache)
Î)ar les bons écrivains ae nos grands siècles
ittcraires? A. de La Taille.
Qui vive? être sur le qui-vive. — A
ancien exemple de l'emploi de la locution:
être sur le qui-vive?
(Valenciennes.) J. L.
Inscription énigmatiqne. — N^ 218 du
Musée de Beauvais. Cartouche en marbre
blanc, de forme ovale, provenant du châ-
teau de Chantilly, sur lequel on lit cette
inscription très-énigmatique; on la trouve
aussi à Bologne, en Italie. H. o™ 65^ 1.
o«> 60 .
JELÏAy LŒLIA, CRISPIS,
NEC VIR, NEC MVLIER, NEC ANDROGYNA,
NEC PVELLA, NEC JWENIS, NEC ANVS,
NEC CASTA, NEC MERETRIX, NEC PVDICA,
SED OMNIA
SVBLATA NEC FAME, NEC FERRO, NEC VENENO.
SED OMNIBVS,
NEC CŒLO, NEC AQVIS, NEC TERRIS, SED VBIQVE lACET.
LVCIVS AGATHO CRISPVS,
NEC VIR, NEC AMATOR, NEC NECESSARIVS,
SED OMNIA
NEQVE MŒRENS, NEQVE GAVDENS,
SED OMNIA
H ANC NEC MOLEM, NEC PYRAMIDEM, NEC SEPVLCHRVM,
SED OMNIA
SCIT ET NESCIT CVI POSVERTT.
HOC EST SEPVLCHRVM INTVS CADAVER NON HABENS;
HOC EST CADAVER EXTRA SEPVLCHRVM NON HABENS ;
SED CADAVER IDEM EST ET SEPVLCHRVM SIBI.
Quelque correspondant de VJntermé»
diaire pourrait-il donner la clé de cette
énigmer E. G. P.
La chanson parisienne de « Fi>fi. » (i 565).
-— On sait que, le 8 janvier i565, le car-
dinal de Lorraine ayant voulu entrer dans
Paris avec une escorte, ce qui était défen-
du par une ordonnance du roi, le maréchal
de Montmorency, gouverneur de la ville,
qui cherchait une occasion de se venger de
la hauteur dudit cardinal, envoya à sa
rencontre des troupes qui dispersèrent ses
soldats, et l'obligèrent de se réfugier avec
son neveu dans la boutique d'un épicier.
On sait aussi que cette humiliation fut si
sensible à l'arrogant prélat qu'il sortit sur-
le-champ de Paris et se retira à Reims, où
il demeura près de deux années. C'est en
cette occasion, nous dit un pamphlet du
temps {Le Réveil -Matin), que « la chanson
de fy-fy a prins son origine. »
Connaît-on cette chanson populaire de
Fi'Jin qui devait peindre la courte honte
du cardinal de Lorraine? S'est-elle con-
servée quelque part? Je serais bien curieux
de la connaître. C. R.
I Un tableau de Michel Ange envoyé par le
TOME y. — 9
No loS.J
L'INTERMÉDIAIRE
243
244
Pap6 au cardinal de Lorraine, et an autre
moins angélique. — Après les exécutions
qui suivirent l'avortement de la conspira-
tion d'Amboise, le pape, voulant comme
de juste remercier le cardinal de Lorraine,
« luy rescrivit par un courrier exprès des
lettres gratulatoires, leprimtde continuer
de bien en mieux en sa bonne affection :
en recognoissance de laquelle, il lui en-
voyoit en don par le porteur un tableau,
consacré par Sa Saine teté, d'une Nostre
Dame de Grâce tenant son fils entre ses
bras, que Michel Angel de sa plus docte
main avoit pourtraict comme un chef-
d'œuvre. Advint que le courrier qui por-
tait les lettres du pape avec le présent du
tableau, estant tombé malade par les che-
mins, rencontra un jeune marchant Luc-
quois, catholique, qui s'en alloit en cour,
et se disoit estre au cardinal de Lorraine,
(combien qu'à vray dire il fust son ennemi
mortel et désespéré, parce qu'il ne pouvoit
avoir seure assignation du cardinal, qui
manioit les finances de France, d'une
grande somme de deniers qu'il avoit four-
nye au roi Henry lors des guerres de
Monsieur de Guise en Toscane), lequel il
crut facilement, bien ayse de cette occa-
sion, puisque sa malaaie l'empeschoit de
passer outre. Ayant donc appris le nom
du Lucquois et doutant que le retardement
des lettres de Sa Saincteté ne luy fust dom-
mageable, il le pria de se charger des
lettres et du tableau, qu'il luy remit entre
mains pour les livrer, comme il promit, au
cardinal. Ce Lucquois ne fust pas si tost à
Paris, que ayant rencontré un peintre à sa
porte et l'occasion de faire un scorne à
Monsieur le cardinal, fit faire uïi tableau
de mesme grandeur, où le cardinal de
Lorraine, la royne sa nièce, la royne-
mère, et la duchesse de Guise, estoient
peints au vif nuds, ayans les bras au col
et les jambes entrelacées l'un avec l'autre;
puis, le fit soigneusement empaqueter dans
letafetasettoile cirée de l'autre tableau, et
trouva moyen de le faire consigner, avec les
lettres de Sa Saincteté, en la chambre du
cardinal, lorsqu'il estoit en conseil, entre
les mains d'un de ses secrétaires. Quand
Monsieur le cardinal, revenu du Conseil,
eut lu les lettres de Sa Saincteté, il réserva
de voir le tableau au lendemain disner,
auquel tout exprès il convia Messieurs les
cardinaux de Bourbon, de Tournon et de
Guyse, les ducs de Montpensier et de
Guyse, et quelques autres grands sei-
gneurs. Ils ne furent pas au second service
que Monsieur le cardinal, ayant fait lire
tout haut les lettres de Sa Saincteté,
esmelit tellement le désir de la compagnie
à voir Nostre Dame de Grâce, que quit-
tant le repas du corps pour repaistre leurs
esprits, ils firent apporter le tableau, le-
quel bien dextrement desveloppé, estant
regardé par eux, et trouvé tel que je vous
viens de dire, je vous laisse à penser si ces
I seigneurs «n furent estonnés et Monsieur le
cardinal fasché Lequel, cuidant que ce
fussent les huguenots qui luy eussent joué
ce tour, leur a causé beaucoup de maux
qui leur sont depuis survenus »
Est-il question de cette anecdote ailleurs
que dans cet écrit du temps? Existe-t-il,
je ne dis pas l'original, mais quelque copie
ou gravure reproduisant la douteuse mo-
ralité substituée parce fripon de Lucquois
au présent de Sa Sainteté? Enfin sait-on
de quel tableau de Michel-Ange il s'agis-
sait et ce qu'il est devenu dans la bagarre?
Le créancier de monseigneur de Lorraine
l'a-t-il gardé pour se payer d'autant?
S. D.
Les ensorcelés de Morsine. — Il existe
dans la haute Savoie, arrondissement de
Thonon, canton du Biot, un bourg du
nom de Morzine contenant de i,gooà
2,000 âmes. Au dire des naturels des villa-
ges environnants, presque tous les habitants
de Morzine sont depuis déjà nombre d'an-
nées possédés du démon : ils entrent subi-
tement en fureur, jurent, blasphèment,
frappent à tort et à travers, se portent de
préférence à l'église où ils commettent des
excès de toutes sortes ; d'autres parcourent
la campagne, surprennent les enfants et les
ensorcellent à leur tour. Une légende de la
localité fait remonter l'origine de cet en-
sorcellement à un méchant homme, berger
ou curé, on ne sait lequel, qui aurait jeré
sur le pays un sortilège, sans qu'on puisse
indiquer le motif de cet acte de vengeance.
On désirerait savoir quelle est la maladie
plus ou moins naturelle qui est venue affli-
ger et afflige peut-être encore les pauvres
Morzinois, au point de les faire passer
pour possédés auprès de leurs naïfs com-
patriotes. Z. A.
De quelques termes , en matière de
toilette, aujourd'hui hors d'emploi. -
Lors du voyage de M. le duc de Mantoue
à la cour de France» l'année i655. Son Al-
tesse fit une furieuse dépense en fourni-
tures de lingerie, de tapisserie, de ganterie,
de chapellerie, de sellerie, de petite oye-
de dentelles et d'habits, dont j'ai la note
en mes cartons. Gilles, le tailleur, lui pré-
senta, pour son compte seul, une carte à
payer de 16,777 livres i3 sols qui fut ré-
duite à 14,473 livres 14 sols; encore
reçut-il 5oo livres pour ses fatigues, et
200 livres furent pour ses garçons. Parmi
les diverses fournitures, je rencontre cer-
tains termes et des désignations d'emploi
sur lesquels je ne me tiens pas pour éclairé.
De là ces quelques questions.
Parmi les chapeaux, je vois force « eau-
debecs bordez a'or » pour les valets de
pied ; ce terme est connu : mais qu'étaient-
ce que • huit vigongnes fins avec huit
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
245
246
[10 mai 1869.
cordons pour les pages, à ii livres la
pièce ? Qu'était-ce qu'un coffre de nuit,
pour la parure duquel il ne fallut pas
moins de 24 onces de grande dentelle or
et argent à ©livres l'once, et du satin de
Lyon pour doubler ledit coffre ? Qu'était-
ce qu'une impérialle avec houppes de soie
noire, pour les chevaux de main ? Quelle
était la forme d'un habit dit à la Cordel-
lière^ en rais de Chalons, avec loo aulnes
de ruban bleu pour garniture? Pasquier,
le marchand gantier, dans sa fourniture
imposante, indique des « vray gands de
chien gris doublé et garny de dentelle
soye noire et de rubans de taffetas noir à
la confusion, » Ce dernier mot se rapporte-
t-ii à la quantité des rubans (alors ce gan-
tier s'exprimait divinement), ou bien n est-
ce qu'un terme à la mode, comme lorsque,
quinze ans plus tard, on disait d'une
coiffure qu'elle était à Vhurluberlu, et
plus tard encore, à V effrontée? M. le duc
de Mantque reçut aussi des paires de
« gands jonquille pour mettre sous les
gands noirs. » Etait-ce donc de qualité de
porter deux paires de gants tout ensemble,
ou bien le noir ici n'avait-il d'autre fin
que de protéger la jonquille, jusqu'au mo-
ment où l'on faisait son entrée?
Son altesse commanda la petite oye
d'un habit escarlatte. Etait-il de bon ton
que la petite oye fût assortie aux couleurs
de l'habit ou devait-elle être différente ?
Qu'était-ce cjue de la toile boucqua-
rinée? Qu'était-ce enfin que de Vunicque
royal? « Habit garny de dentelles toutes
argent pour i3 aulnes d'unicque royal
pour habit et manteau, » dit la facture
présentée à M. le duc de Mantoue.
ARMAND BâSCHET.
Le chauvinisme. — « Le chauvinisme,
dit M. Petermann, est malheureusement
^ tous les pays..... Le Français, consi-
déré isolément, passe, ajoute-t-il, pour
wire vain, et, en masse, il est chauvin,
-e qui rime comme un augmentatif. C'est
^u'en effet l'homme, en particulier, est
trop souvent vaniteux, avantageux, se van-
•ant à tout propos et hors de propos;
'} les nations qui ne sont que des collec-
tions d'individus, ont absolument le même
léfaut... en grand. » Et M. Petermann,
equel écrit de Berlin à la Revue britan-
tique, déclare que les Prussiens, pour n'a-
voir pas inventé le mot de chauvinisme,
l'en sont pas moins abondamment pour-
•^us de la chose.
Or, d'où vient le nom de chauvinisme?
^ui fut le premier chauvin ? V. V.
Un cardinal espagnol a-t-iljamais sonf-
fleté un cardinal lançais? — Voici une
question posée par Guez de Balzac, il y a
225 ans, à un de ses doctes correspon-
dants, dans une lettre inédite : a Enque-
« rez-vous, je vous prie. Monsieur, s'il
a est vray ce qu'a escrit d'Aubigné dans
a son Histoire, qu'un cardinal espagnol
a donna un soufflet, à Rome, au cardinal
a de Joyeuse. La foy de l'historien m'est
a un peu suspecte. » Et à moi aussi.
T. de L.
Impression en caractères gothiques. —
Il serait peut-être difficile de désigner le
dernier livre imprimé en caractères gothi-
ques, mais Tun des savants bibliophiles,
coabonnés de Y Intermédiaire , me dira
certainement à quelle époque on a cessé
l'emploi des caractères gothiques. J'attends
avec confiance et impatience une solu-
tion exacte de ce petit problème de biblio-
graphie passionnelle.
(Lyon.) V. de V.
a L'Angnstin de France. i> — Je propose
aux chercheurs un problème bibliogra-
phique et historique. J'ai rencontré un
ouvrage anonyme intitulé : Le triomphe
de la miséricorde de Dieu sur un cœur
endurcjr; ou les concessions de l' Augus-
tin de France, écrites par luy-mesme* '
Troisième édition. Revue, corrigée et
augmentée de quelques-unes de ses Lettres
spirituelles,.^ A Rouen, chez la veuve de
Jean Oursel, 1708, in- 12, pp. 32 3 et 60.
— Le Privilège du Roi et l'Approbation
du Censeur Tilladet, datés de 1704, l'at-
tribuent à un Jésuite, le P. Jean Maillard.
Cet ouvrage a été réimprimé sous ce titre :
L Augustin de France ou confessions de
de M. D***y gentilhomme François, ci-de-
vant officier dans les troupes, easuite con-
seiller au Parlement et Gouverneur de
ville pour le Roi,.. Publié par L. R, P. B,
D. S. M. et P. J. H, A Mayence et à
Francfort, aux dépens de la Compagnie,
1766, in- 12, pp. 400. — Ce second édi-
teur, d'après la lettre qu'il écrit lui-même
à son imprimeur de Francfort, est le R. P.
Burcard de Saint-Mansuet. Il n'a pas eu
connaissance des premières éditions; car
il annonce qu'il publie un manuscrit trouvé
dans la Bibliothèque du prince de Dahl-
berg à Mayence. Mais ces deux ouvrages
sont textuellement les mêmes. Je de-
mande :
jo Si l'auteur est réellement le P. Mail-
lard. Barbier n'en dit rien, non plus que
les PP. de Backer, dans leur Bibliothèque
de la Compagnie de Jésus.
2° Quel est cet Augustin ? J'ajoute
comme document biographique, qu'après
avoir été officier, puis conseiller, puis gou-
verneur, il se fit religieux et probablement
Jésuite. Aucune date dans l'ouvrage qui
fixe l'époque de son existence. D'ailleurs
l'auteur dit qu'il a fait disparaître tous les
indices qui pourraient mettre sur la voie.
N« io5.1
L'INTERMÉDIAIRE
247
248
30 Pourrait-on me donner le titre exact
et complet des deux premières éditions de
Touvrage, et le nombre des pages ? Ces
éditions doivent être de la fin du XVII*
siècle.
J 'appelle aussi l'attention sur la superche-
rie littéraire, innocente , sans doute, du
P. de Saint-Mansuet, et je la signale au
continuateur de Quérard. P. Clauer.
La Société de ITscalade. —Je possède
un manuscrit grand in-S*» portant pour ti-
tre : Recueil de pièces tant en vers qu'en
prose par M. Le Camus de Rochebois.
Ce recueil, dans sa première partie, con-
tient quelques épîtres et trois ou quatre
pièces de comédie, le tout parfaitement
digne de rester inconnu. La seconde par-
tie est ainsi intitulée : Différentes pièces
sur V Escalade. Elle contient des épîtres,
des chansons, des rondes et deux pièces
assez curieuses; la première est une co-
médie en vers intitulée : La mort de Pin^
cette j tragédie pour rire, en un acte, par
M..., représentée pour la première et la
dernière fois par les comédiens ordinaires
de Montmartre, sur le théâtre de V Esca-
lade, le dimanche 29 novembre 1761.
La seconde est un Catalogue qui con-
tient les noms et demeures des membres
d'une joyeuse société. Chacun de ces noms
est accompagné de réflexions plus ou
moins grivoises. On y trouve M. de Cour-
teil, M. Lefebvre de Saint-Fard, M. Le-
febvre de Beauvray, M. de la Lozière,
Madame Miroli, M. et Madame de Ro-
chebois, M. et Madame Turben, etc.
Quelqu'un des lecteurs de l'Intermé-
diaire pourrait-il me donner des détails sur
cette joyeuse société, et m'indiquer quel-
que autre pièce la concernant, ou qui ap-
partienne à son répertoire?
(Périgueux.) Alb. Tornezy.
Une définition da silence. — M. David
du Clozet^ retraçant dernièrement dans le
Constitutionnel le portrait d'un auguste
personnage, s'écriait : « Le silence, un grand
nomme 1^ dit : c'est une des formes de
r infini, » Quel est ce grand homme? J'es-
père que, sur ce point, V Intermédiaire ne
se présentera pas à moi sous une des for-
mes de V infini! Yezimat.
Flaques de Magellan (V, 57). — Dans le
Complément du Dictionnaire de l'Acadé-
mie {iS35), on lit:
Magellane, s. f. (bot.) Genre de plantes
d'Amérique.
Voilà qui est un peu vague, mais je soup-
çonne que ces plantes, croissant au détroit
de Magellan, ont été nomméesainsi à cause
du lieu où elles se plaisent et qu'elles
fjeuvent se débiter en plaques propres à
'ébénisterie.
Cette explication conjecturale peut s'ap-
pliquer à Varchipel de Magellan ou Terre
de Feu ou aux îles appelées également
Archipel de Magellan ou de Bonin-Sima^
situées dans le Grand Océan Boréal, à
260 lieues S. -E. des îles du Japon.
Je n'ai pas sous la main de livre de bota-
nique; M. S. R. y trouverait des détails
suffisants pour répondre à sa question.
M. Tahan ou quelque autre célèbre ébé-
niste lui en donnerait probablement la
solution exacte. E. G. P.
Une nonvelle édition du Dictionnaire
de Barbier (V, 61). — M. A. J. verra son
vœu exaucé, et la satisfaction qu'il éprou-
vera sera sans doute partagée par tous les
bibliophiles. Le Dictionnaire des anony-
mes, très-considérablement augmenté, pa-
raîtra à la suite de la seconde édition des
Supercheries littéraires de Quérard, édi-
tion complétée à laide des immenses maté-
riaux laissés par l'infatigable bibliographe
et qui ont passé par les mains de M. Gus-
tave Brunet. Le concours de divers éru-
dits est d'ailleurs acquis à cette publica-
tion revue parM.P. Jannet, si bien connu
par de très-bons travaux littéraires ef
bibliographiques, ainsi que par la direc-
tion de la Bibliothèaue elsfévirienne. La
première livraison- ae cette édition nou-
velle vient de paraître à la librairie de
M. P. Daffis, rue des Beaux- Arts, n® 9.
Quant au Dictionnaire des anonymes,
M. Olivier Barbier, fils de l'auteur et un
des conservateurs de la Bibliothèque im-
périale, s'en occupe avec un zèle pieux et
avec une attention persévérante depuis
bien des années. Le nouveau Diction-
naire sera, on peut l'affirmer, indispensa-
ble aux bibliographes et à quiconque
s'occupe de livres. T. C.
Lonis XVI à Rouen (V, 74). — II existe
au sujet du prétendu voyage de Louis XVI
à Rouen, un curieux pamphlet qui a pro-
bablement donné naissance au bruit de ce
projet. Il est intitulé: Extrait d'une lettre
écrite de Rouen, adressée à M. Bailly,
maire de Paris. « Effroyable conspira-
tion pour emmener le roi à Rouen, enfer-
mer dans une cage de fer MM. Bailly et
La Fayette, pendre M. Thouret à une
haute potence, égorger l'assemblée natio-
nale, monder la France de sang, décou-
verte par un des conspirateurs. » Cette
brochure de 8 pages est imprimée à l'im-
primerie de Henri IV, entrée de la place
Dauphine n® i , et ne porte pas de date.
L'auteur attribue ce projet à la reine et
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo mai 1869.
249
- 25o
au duc de Villequier qui a persuadé au roi
que la duchesse de Villeroi a gagné les
Rouennais. Il indique comme agents prin-
cipaux M. Bertier, directeur des fermes,
qui aurait recueilli 600 signatures de Rouen-
nais dévoués. 3,000 gentilshommes doi-
vent s'équipera leurs frais pour la défense
du roi. Les conspirateurs disposent de dix
millions. On indique la manière dont les
conspirateurs correspondent entre eux,
et jusqu'au jour où le complot doit écla-
ter. (Le Havre.) V. T.
Le P. Loriquet (V, 75). — Au sujet de
l'antidate du règne réel de Louis aVIII
et de la fameuse phrase attribuée fort
légèrement au P. Loriquet, il est bon de
rappeler que Napoléon l^"^ se plaisait à
antidater son titre d'empereur. Bourrienne
rapporte dans ses Mémoires (tome X,
page i63) que Napoléon donna au maré-
chal Macdonald un sabre sur lequel était
gravée cette inscription : Sabre que portait
l'Empereur le jour de la bataille du Mont-
Thabor. Cette bataille eut lieu le 1 6 avril
1799. Si Napoléon faisait remonter son
règne à l'époque où il commandait l'armée
d'Egypte, et s'il aimait à placer ses initia-
les couronnées sur les vieux monuments
de Paris , l'antidate tant reprochée à
Louis XVI II paraît beaucoup moins sin-
gulière et peut-être plus rationnelle.
C'est sans doute l'inscription /y^r^m/^j/e
gravée sur le sabre du général républicain
qui inspira au régicide Thibaudeau, séna-
teur sous les deux empires, le titre curieux
placé au frontispice de son histoire de la
campagne d'Egypte. Voir la question :
«Napoléon, empereur en 1798?» {Inter-
médiaire, II, 487).
Relativement à la question Loriquet,
il ne s'agit point d'un procès de tendance
qui serait en vérité très-commode, mais il
^ut montrer la phrase incriminée et jus-
ques à cette preuve concluante laisser tom-
ber cette vieille sottise. Quant à l'anachro-
nisme royal et impérial, comme il se trouve
à droite et à gauche, si l'on se moque de
celui-là, on doit en bonne justice se mo-
quer de celui-ci.
(Lyon.) V. DE V.
1.6 véritable auteur du t Grand erra-
tum » (V, 77). — La Biographie Hœ/er,
en indiquant, au nom de Pérès, une pre-
mière édition de 181 7 (Agen), se trompe,
ce qui lui arrive bien souvent. La première
édition a paru chez Prosper Noubel, Agen,
i835, in- 32 de 45 pages. Je promets un
beau merle blanc à qui me montrera une
édition antérieure. T. de L.
Expositions de l'ancienne Académie de
peinture et de sculpture (V, 84). —
M. Gault de Saint-Germainy'^dans son ou-
vrage intitulé : Les trois siècles de la Pein-
ture en France, ou galerie des peintres
français, depuis François l^^ jusqu'au
règne de Napoléon, empereur et roi, etc,
Paris, Belinjîls, in-?>^, 1808, reproduit, de
la page 68 à la page 77, après avoir parlé
de la Fondation de V Académie royale de
peinture et de sculpture, et donné la no-
menclature de quelques brochures criti-
ques sur les Salons, la liste des tableaux
et pièces de sculpture expose:^ dans la cour
du Palais Royal par Messieurs les pein-
tres et sculpteurs de l'Académie royale,
(en 1673).
Cette liste est accompagnée de qua-
torze notes explicatives ou rectificatives
de Gault de Saint-Germain.
Nous possédons cet ouvrage, qui est
aujourd'hui, croyons-nous, assez difficile
à trouver chez les libraires ou dans les
ventes. Si M. J.-J. G. désire le consulter
et ne peut se le procurer, qu'il nous donne
son nom et son adresse, et nous nous fe-
rons un véritable plaisir de le lui commu-
niquer.
Nous avons bien aussi : i» presque toute
la collection des anciens livrets des expo-
sitions de l'Académie royale de peinture
et de sculpture ; 2® un certain nombre de
ces livrets en double et en triple exem-
plaire; et 3® une trentaine ou une quaran-
taine de critiques des anciens Salons de
peinture; mais nous n'avons pas, en ce
moment, le temps de faire la confrontation
et la révision que demande M. J.-J. G.
Si plus tard, c'est-à-dire dans environ
deux mois, il a encore besoin de notre
bien modeste concours, nous nous mettrons
très-volontiers à son service.
J. T.-L.
Numérotage des maisons (V, 88). -
Cette question a été traitée ex-professo
par M. Ch. Merruau, membre du conseil
municipal de Paris, dans un rapport fait
au Préfet de la Seine, au nom d'une com-
mission chargée d'étudier les améliorations
qu'il serait possible d'apporter à la nomen-
clature des rues et au système en usage
pour le numérotage des maisons. Comme
ce document ne se trouve pas dans le com-
merce et que M. R. de C. aurait peut-être
quelque peine à se le procurer, je transcris
ci-dessous, malgré son étendue, un pas-
sage contenant le renseignement de-
mandé :
a C'était une amélioration bien simple en
apparence et bien utile, à coup sûr, que
d'inscrire un numéro d'ordre au-dessus de
la porte de chaque maison, et d'épargner
ainsi à chacun la peine de retenir de mé-
moire des adresses descriptives, compli-
quées et changeantes. Cependant on ne
parut guère y songer sérieusement que
dans le cours du XVIII« siècle, et la Ré-
«• io5.]
L'INTERMEDIAIRE
25x
2 52
volutîôn seule eut la puissance d'en com-
mencer efficacement la réalisation. — La
première trace de Tintervention adminis-
trative en cette matière se trouve dans
l'art. 3 de la déclaration du 29 janvier
1726, qui prescrit le numérotage des
portes cochères et charretières; mais pour
faciliter le recensement des maisons des
faubourgs et pour empêcher que de nou-
velles constructions puissent s'élever sans
autorisation. L'opération devait être faite
sous la direction du Trésorier de France»
qui exerçait les fonctions de Grand- Voyer,
et par les officiers du Bureau des Finances
de la Généralité de Paris, concurremment
avec le Bureau de la Ville. Cette mesure,
qui gênait les constructeurs de maisons,
éveillait en outre les craintes des contri-
buables, toujours prêts à prévoir l'établis-
sement de quelque nouvel impôt à la suite
d'un recensement ; elle paraît n'avoir reçu
tout d'abord qu'une exécution très-incom-
plète. Des actes de 1740 et de 1765 en re-
nouvelèrent les dispositions avec un peu
plus de succès, — En feuilletant la collec-
tion de VAlmanach royal, on trouve en
effet, de 1757 à 1775,1 indication de quel-
ques maisons situées dans les faubourgs
et portant des numéros. Ce sont les adresses
de quatre ou cinq conseillers à la Chambre
des Comptes, observateurs plus scrupu-
leux peut-être que d'autres personnages
des prescriptions émanées du Trésorier de
France. Une lettre de Voltaire du 12 mars
17^5, porte pour suscription: a A M. Mo-
« rin, censeur royal, rue du Faubourg-du-
a Temple, n» 14, à Paris. » Vers la même
époque, diverses tentatives furent faites,
fjrobablement par des particuliers, avec
'encouragement de l'administration pari-
sienne, pour étendre le numérotage aux
maisons de la ville proprement dite. Dans
un Almanach des Six Corps, Arts et Mé-
tiers, publié en 1769, une colonne est ré-
servée en blanc pour inscrire, sans doute à
la main, les numéros des maisons; un seul
numéro y est imprimé, celui de la maison
du sieur Advernier, dessinateur, demeurant
rue de Grenelle-Saint-Honoré, n® 64. VAl-
manach royal de 177 1 mentionne l'adresse,
rue du Four-Saint-Honoré, n® 90, d'un
inspecteur de police pour le quartier des
Halles. — Ce ne sont pas les seuls exem-
ples d'adresses avec numéros que l'on
pourrait citer comme datant du milieu du
siècle dernier. Il en fut apposé certaine-
ment un assez grand nombre; mais la me-
sure ne fut pas générale, et le commerce
ne l'accueillit guère mieux que la noblesse.
D'où venait une résistance si universelle
et si prolongée? Mercier s'en explique,
en 1781, sous cette forme satirique : « On
a avait commencé, dit-il, à numéroter les
a maisons des rues; on a interrompu, je
a ne sais pourquoi, cette utile opération,
tt Quel en serait l'inconvénient? Il serait
a plus commode et plus facile d'aller tout
« de suite chez M»' un tel, n» 87, que de
o trouver M. un tel. Au Cordon bleu ou
ik A la Barbe d*Arkent, la quinzième porte
a cochère à droite -ou à gauche après telle
a rue. Mais les portes cochères, dit-on,
« n'ont pas voulu permettre que les in-
a scripteurs les numérotassent. En effet,
a comment soumettre l'hôtel de M. le
o Conseiller, de M. le Fermier-général,
o de Monseigneur l'Evêque à un vil nu-
o méro, et à ouoi servirait son marbre or-
« gueilleux? Tous ressemblent à César,
a aucun ne veut être le second dans Rome,
a Puis, une noble porte cochère se trou-
tt verait inscrite après une boutique rotu-
« rière. Cela imprimerait un air d'égalité
« qu'il faut bien se garder d'établir. »
a L'explication pouvait être fondée, mais
ce n'était pas la seule vraie. Peftt-être les
Parisiens, prompts à s'inquiéter, crurent-
ils à tort que la mesure cachait quelque
pensée fiscale... Vinrent 1789 et la prise
de la Bastille; bientôt après, le numéro-
tage des maisons fut déclaré obligatoire:
il s'agissait clairement, cette fois, de faci-
liter le recensement des citoyens, la répar-
tition exacte de l'impôt, l'établissement
des rôles de la garde nationale. Toute op-
position tombait devant l'irrésistible auto-
rité des pouvoirs d'alors... »
La suite de cette partie du rapport a
plus particulièrement trait aux moyens
d'exécution et ne répond plus à la question
posée par M. R. de C.
Joc'h d'Indret.
Le marquis de Lagrange, intendant
d'Alsace (V, 88). — Oii trouver des détails
sur ce personnage, demande-t-on? Aux
archives du Dépôt de la guerre. A chaque
volume il y a une table où se trouvent
indiqués les noms des personnages. Il
existe là de nombreuses lettres de M. de
la Grange et d'autres adressées à cet in-
tendant. On trouve également des rensei-
gnements sur les ancêtres de cette famille,
dans les Vieilles familles de Paris, p. bzg,
aux archives de l'Arsenal, ainsi que dans
les Epitaphiers, Le plus ancien document
que nous ayons trouvé par hasard sur les
Lagrange mentionne une Dame Pier-
relie, dame de la Grange, jadis la fenoime
de Messire Geoffroy Paquaire^ chevalier,
mort en i323.
Le deuxième document avant l'inten-
dant signale un sieur Jean de la Grange^
seigneur de Coudray, contrôleur général
des adjudicataires des cinq grosses fermes
de France, mort en août 1627, marié à
Marie Oudart et enterré à St-Médéric.
Ce Lagrange était père de l'intendant
d'Alsace. Capitaine Iung.
Loavois (V, 88). — On demande où Ton
peut vérifier le portrait de ce ministre de
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo mai 1869.
253
254
la guerre. Mais tout simplement au musée
de Versailles au 3" étage, à la galerie de
portraits. 3« salle. I.
— M. E. pourrait utilement, pour les
recherches entreprises par lui, consulter,
à la Bibliothèque nationale (Département
des Estampes), les cartons de portraits
classés dans Tordre alphabétique du nom
des personnages représentés.
Parmi les divers portraits connus, re-
produits par la gravure, de F.-M. Letellier,
marquis de Louvois, j'ai plusieurs fois eu
entre lès mains, dans mes recherches chez
les marchands d'estampes, le beau por-
trait in-folio {rare) gravé au burin par Vav
Schuppen — (que M. E. D., pourrait bien
certainement voir à la Bibliothèque, en
demandant communication de 1 œuvre
gravé de ce maître), — et trois ou quatre
autres pièces moins remarquables, mais
non pas sans mérite, gravées par Landry
(in-folio), par Desrochers ^ Gaillard^ etc.
(in- 8°).
On devrait aussi, j'imagine, trouver quel-
que ancien portrait de Louvois, à l'Hôtel
des Invalides, — dont ce ministre, comme
chacun sait, fut le donateur. Son nom,
pour qui sait lire, s'y lit encore, je crois,
figuré dans les ornements de la façade (Pe-
tites têtes de loup, la gueule ouverte et
servant de lucarnes : Loup voit).
Ulric.
M. Thiers ennemi des chemins de fer
(V, io5). — M. Thiers raisonnait alors
comme tout le monde, a mécaniciens,
hommes d'Etat et public, » a écrit et ra-
conté souvent feu M. Perdonnet, Tancien
président populaire de l'Association poly-
technique. Le ministre des travaux pu-
blics de 1834 (M. Thiers) fit un voyage en
Angleterre pour visiter le chemin de Li-
verpool; à son retour, montant à la tri-
bune, il dit : a II n'y a pas aujourd'hui
huit ou dix lieues de chemin de fer en
construction en France, et, pour mon
compte, si on venait m'assurer qu'on
en fera cinq par année, je me tiendrais
pour fort heureux. Il faut voir la réalité :
car, même en supposant beaucoup de suc-
cès aux chemins de fer, le développement
ne serait pas ce que l'on avait supposé. »
Un ministre des finances prétendait que
le prix élevé du fer, en France, serait un
obstacle invincible à la construction des
voies métalliques, comme si la plus grande
dépense des chemins de fer était celle des
rails. Un illustre savant, Arago, s'eifrayait
des souterrains inévitables dans le tracé
des chemins de fer. « On rencontrera, disait-
il, dans les tunnels, une température de
8 degrés Réaumur, en venant d'en subir
une de 40 ou 45. J'affirme, sans hésiter,
que, dans ce passage subit du chaud au
froid, les personnes sujettes à la transpira-
tion seront incommodées, qu'elles gagne-
ront des fluxions de poitrine, des pleuré-
sies, des catarrhes. » Vous croyez que je
Î>laisante, ajoutait ici M. Perdonnet, lisez
e Moniteur^ le Moniteur qui ne ment ja-
mais, ou presque jamais Un député
repoussait les chemins de fer pour la
France, parce que, suivant lui, le terrain
y est plus montagneux qu'en Angleterre.
« Les remblais, disait-il, glisseront sur le
flanc des montagnes. » Ce brave homme
était député des Hautes- Alpes, et il ne
voyait dans toute la France que son dépar-
tement. » {Les chemins de fer ^ in- 16, 1866 ;
Notions générales sur les chemins de fer ^
in- 12, 185^.)
Quand il racontait tout cela de son air
bonhomme, feu Perdonnet ajoutait dans
l'intimité : a Je suis vengé ; mes opposants
sont les plus forts actionnaires de nos
compagnies de chemins de fer. »
A. DUREAU.
< L'Enrhumé » de Béranger (V, 1 14). —
Mais le papa, qui tient la dot.
Traita sa lille comme Loth.
Ces vers (que je connaissais déjà par ouï-
dire) se trouvent dans le volume Tarlier,
Après la seconde condamnation de Béran-
ger, on publia par souscription une nou-
velle édition illustrée de ses œuvres, en
trois volumes in-12. Un quatrième volume
avec la rubrique « Bruxelles, chez Tarlier »
fut remis aux souscripteurs, je suppose
avec quelque précaution, car il contenait
les chansons ou couplets condamnés, la
clef des initiales et des points, et des chan-
sons trop erotiques pour avoir jamais
essayé de paraître publiquement. (Je vo-
lume présente donc une tout autre garan-
tie d'authenticité que les nombreuses bro-
chures de l'époque, intitulées: «Chansons
inédites de Béranger, » et qui toutes en
contenaient bon nombre qui n'étaient pas
de lui. Il est évident que Marchangy con-
naissait ces deux vers, lorsqu'il incrimina
si vivement les points qui les remplaçaient,
et probablement n'ëtaient-ils non plus
ignorés ni des magistrats, ni des jurés, ni
de l'avocat. Cependant M. Dupin essaya
un peu de faire croire à ceux-ci :
Que dis-je, moi, j'en suis certain :
Mais les ultras n'en croiront rien.
Venait-il de les improviser, comme il le
dit ; où Béranger les avait-il faits lui-même
après coup, pour le besoin de son procès?
O. D.
« Catalogne des tableaux de mon ca-
binet » (V, 114). — Le propriétaire de
ce cabinet était le conseiller François
Tronchi», de Genève (1704- 1798), dont il
N» io5.]
L'INTERMÉDIAIRE
255
2 56
a été question ici-même (II, 654). Voici
les détails que donne à ce sujet M . J .-J . Ri-
gaud, dans son excellent ouvrage, pro-
bablement peu connu en France, intitulé
Recueil de renseignements relatifs à la
culture des beaux-arts à Genève : « M. le
« conseiller François Tronchin, des Délices,
« avait réuni, dans ses voyages en France,
a en Hollande et en Angleterre, une fort
« belle collection de tableaux de maîtres ;
« elle contenait près de 200 ouvrages. L'im-
a pératrice de Russie, Catherine, désira en
a faire l'acquisition, et M. Tronchin con-
« sentit à la lui vendre. Les principaux
a tableaux de ce cabinet figurèrent dès lors
a au palais de TErmitage à Saint-Péters-
a bourg. — M. Tronchm réunit plus tard
« une seconde collection, à la composition
a de laquelle il consacra le reste d'une
a longue vie, vouée à la culture des
« beaux-arts. La nature l'avait doué de
« ce tact fin des connaisseurs qui le ren-
« dit un juste appréciateur des œuvres
a,de l'art. Son second cabinet fîit princi-
« paiement composé de tableaux achetés
« en Hollande et en Westphalie. Il conte-
a nait près de 240 ouvrages de maîtres
« tant anciens que modernes. M. Tronchin
« le mettait à la disposition des artistes,
a toujours accueiUis de la manière la plus
a aimable aux Délices. Il le lé^a à son
« neveu M. Jean-Louis-Robert Tronchin.
« — Cette collection fut vendue à Paris
« en mars i8oi. Quelques-uns des tableaux
a de maîtres anciens ûirent achetés pour
« la Malmaison. Le catalo^e en a été im-
« primé et se trouve à la Bibliothè<|ue pu-
« blique, avec l'indication (manuscnte) djes
a prix d'adjudication. Il contient la li^te
« de 226 tableaux, parmi lesquels il y
« avait des Berghem, Breughel, Gérard
« Dow, Denner, Karle du Jardin, Van der
a Helst, Albert Kuip, Murillo, Fr. Mieris,
a Rubens, Schalken, Ph. Wouwermans,
« Téniers, etc. Les circonstances dans les-
« quelles se faisait cette vente étaient très-
a peu favorables ; aussi M. Tronchin se
a décida-t-il à retirer des enchères 2 5 ta-
« bleaux capitaux, qui ont formé la base
o d'un nouveau cabinet. » (Mémoires et
documents publiés par la Société d* histoire
et d^ archéologie de Genève^ t. VI, p. i5.)
— Ainsi le catalogue, daté de 1780, sur
lequel on demande des détails, aoit être
celui de la première collection formée par
M. Tronchin. Th. D.
Pourquoi le dixième quatuor de Beetho-
ven était-il connu à Vienne sous le nom
de < Quatuor des harpes? > (V, 1 14.) -— Ce
quatuor est mentionné ainsi qu'il suit dans
le catalogue très-détaillé qui termine l'ou-
vrage de M. de Lenz: « Beethoven et ses
trois styles, » t. II, p. 107:
a Op. 74, quatuor (io«) pour 2 violons,
« alto et violoncelle, mi bémol, dédié au
a prince Lobkowitz , duc de Raudnitz,
a appelé communément en Allemagne qua-
t tuor pour harpe à cause des pizzicatos
« du i«f allegro. Œuvre capitale. »
Dans le commentaire sur la sonate Quasi
fantasia^ op. 27, (t. I,p. 161), M. de Lenz
avait déjà dit :
« On raconte à Vienne que Beethoven,
o amoureux de W^ Guicciardi, aurait im-
« provisé l'adagio (de la sonate, op. 27),
tt sous la tonnelle d'un jardin. De là le
«I nom de Lauben-sonatCy comme l'appel-
« lent quelques exclusifs. Nous goûtons
a peu cette version de l'imagination vien-
a noise qui est ce qu'il y a de moins
a poétique au monde. Tout est conven-
a tion à Vienne, et les artistes s'y croient
a très-avancés quand ils mettent partout
a les points sur les i. On passe pour con-
o naisseur à Vienne, quand on appelle le
a trio de Beethoven en ré majeur, (op. yo]
« le Geister-triOy parce que la Woffs-
a schlucht de Weber a de la connexitc
« avec le largo. L'Allemagne est ainsi faite.
« Le quatuor de Beethoven, (op. 74), y
a porte le nom de har/en-quartetty à cause
a des pi!j[!ficati du premier allegro, et gare
a à qui ne rappelle pas ainsi! »
G. R.
La licorne, le phénix (V, 118). — Les
cornes de licorne conservées dans les col-
lections d'objets curieux ou magiques du
moyen âge ne sont que des dents du cétacé
appelé narval. — Les plumes de phénix
sont les plumes du faisan doré de la Chine,
alors inconnu en Europe.
(Versailles). R. de S.
— Simon Goulart, le docte commenta-
teur de la Sepmaine de Du Bartas, dit
(p. 238 de l'édition de^ Œuvres complètes
de ce dernier, 161 1): a Plusieurs estiment
qu'il en prend de cet oiseau comme de
ce que l'on récite de la licorne, assavoir
qu'il n'y a point de tels animaux en nature :
ains que d'un ouy-dire les hommes sça-
vans ont pris occasion de s'ébattre en des
discours bien tissus. » Goulart, dans cette
même page, cite sur le phénix Ovide,
Pline, Tacite, Aristote, Euripide, Lucrèce,
Solin, Elien, TertuUien, Cyrille, saint
Ambroise, Lactance, Pierius Valerianus
{Hiéroglj^phiques, livre 20), et Belon qui,
a au dernier chapitre du 6« livre de la Na-
ture des oiseaux discourt amplement du
phénix. » On trouvera d'innombrables cita-
tions sur ce fabuleux oiseau, dans un mé-
moire spécial de Larcher (Recueil de F Aca-
demie des inscriptions, nouvelle série, 1. 1,
181 5). Sur le phénix et la licorne, voir
passzm le petit livre de M. Ferdinand
Denis : Le monde enchanté, cosmogra-
phie et histoire naturelle fantastiaues du
moyen-âge (1843). Voir sur la licorne,
dans le Journal des Savants de 1845, des
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
257
258
[10 mai 1869
pages bien intéressantes (273 à 280) du
grand orientaliste Et. Quatremère, qui
résume là à peu près tout ce que Ton a
écrit sur cet animal, mais qui ne se pro-
nonce ni pour, ni contre son existence.
T. DE L.
~ Que la licorne et le phénix soient des
animaux fabuleux, la chose est bien cer-
taine; mais je crois que Ton pourrait ad-
mettre, comme règle à peu près générale.
baleines; ni le dragon, s*il n'avait pas
existé des boas, des vipères, des vautours,
des crocodiles et des putois : car le dragon
tient de toutes ces bêtes à la fois. Lorsque en-
suite les relations s'étendent, que les con-
naissances augmentent et que Ton vient à
connaître mieux Tanimal que des relations
mensongères avaient rendu fabuleux, la
fable n*en persiste pas moins. On en est
quitte pour reculer, vers des lieux plus
déserts et encore inconnus, la patrie du
monstre, et il n'est pas sans exemple qu'on
Vy trouve en effet, réduit à des propor-
tions plus modestes. On peut présumer
que c'est le paon, cet oiseau qui, malgré
tant de nouvellesdécouvertes, reste encore
le plus beau et le plus riche de tous, qui
a donné lieu à la fable du phénix. Puis
quand le paon a été répandu partout, et
qu'il a fallu renoncer à son histoire fabu-
ieuse, on aura relégué sa patrie derrière
les sables de l'Arabie ; et, en même temps,
on auraacceptécomme plumage de phénix,
celui de quelque oiseau encore inconnu,
que des voyageurs rapportaient des extré-
mités de l'Asie et de l'Afrique. Le « pana-
che de plumes du phœnix » du Grand-
Seigneur pouvait fort bien être un oiseau
de paradis. Quant à la licorne ou unicorne,
si probable qu'il soit que c'était le rhino-
céros, ce ne sont pas les cornes de cet ani-
mal qui étaient acceptées au seizième
siècle pour cornes de licorne, et payées, à
ce titre des prix extravagants (Benvenuto
Cellini en cite une qui avait coûté au pape
vingt-sept mille ducats), c'étaient des dé-
fenses du narwal, espèce de baleine. « Sa
tête est armée extérieurement d'une dé-
fense qui est cannelée en spirale, comme
tordue dans toute sa longueur, et finissant
en pointe ; cette défense est longue de
sept pieds et davantage... Cette déiense...
imite l'ivoire; mais on peut l'en distinguer,
tant parce que ses fibres sont plus déliées,
que parce qu'elle est plus solide, plus pe-
sante que 1 ivoire et n est pas si sujette à
jaunir.... C'est cette défense osseuse que
l'on voit depuis longtemps dans les cabi-
nets des curieux, sous le nom de corne de
licorne..., La licorne Quadrupède est un
animal fabuleux. » ( Valmonl de Bomare).
Ce naturaliste dit ailleurs: « M. le prési-
dent Ogier, ci-devant ambassadeur de
France à la cour de Danemarck, a fait
faire des cannes à main de cette sorte d'i-
voire. Nous avons observé qu'elles sont
aussi blanches, luisantes, dures, et aussi
pesantes que si elles eussent été d'ivoire
ordinaire ou d'éléphant. » Il est à croire
qu'alors elles ne valaient plus vingt-sept
mille ducats. J'ai vu à notre Muséum
d'histoire naturelle plusieurs de ces défen-
ses de narwal et aussi une canne, peut-
être de celles que M. Ogier avait rappor-
tées de Copenhague. O. D.
Noms de villes devenus ridicules (V,
i35). — Les articles de M. Monselet sur
ce sujet se trouvent réimprimés dans son
volume De Montmartre à Séville (in-12,
Ach. Faure, i865). Il y établit que la
phrase : « Il y aura du bruit dans Lander-
neau » est tirée de la pièce Les Héritiers ,
d'Alexandre Duval, où elle se produit plu-
sieurs fois avec un effet comique dans la
bouche du domestique Alain. On a mis
des variantes à cette locution, telles que :
a On en parlera dans Landerneau. — 11
en sera question dans Landerneau, etc. »
11 faut en reporter le sens, ainsi que la sail-
lie d'Alexandre Duval, à l'importance
réelle de Landerneau dans les temps an-
ciens, et à la réputation d'expérience et de
sagesse dont jouissaient ses habitants.
Et plus loin : « Qui le croirait? C'est du
bon, de l'inoflFensif La Fontaine que Quim-
per-Corentin a reçu son premier sarcasme.
La fable du Charretier embourbé com-
mence ainsi :
Le phaéton d'une voiture à foin [loin
Vit son char embourbé. Le pauvre homme était
De tout humain secours : c'était à la campagne^
Près d'un certain canton de la Basse-Bretagne
Appelé Quimper-Corentin.
On sait assez que le Destin
Adresse là les gens auand il veut qu'on enrage.
Dieu nous préserve du voyage ! »
Pour extrait :
J. R.
Huguenot (V, 1 39). — Il est bon de con-
naître toutes les opinions, quand on"veut
parvenir à trouver la vérité sur un point
en litige ; c'est pourquoi nous communi-
quons ci-dessous à nos amis de Vlntermé-
aiaire l'extrait suivant d'un petit volume,
aujourd'hui bien oublié, du poëte H. De
Latouche :
a Quelqu'un nous saura peut-être gré
de donner ici l'étymologie, tant de fois
contestée, de ce nom de Huguenot. Nous
ne croyons point qu'il la faille chercher
dans ces deux mots d'un idiome suisse,
hens quenaux^<\Vi\ signifient gens séditieux
et révoltés, ni dans cette dénomination de
eidgenossen, par laquelle les cantons dési-
gnent leur alliance, et qui veut dire confé-
dérés, ligués ensemble ; mais elle appar-
N* io5.]
L'INTERMEDIAIRE
259
260
tient à une superstition de la ville de
Tours.
u Le roi Muguet y passe pour un de ces
lutins qui se promènent la nuit avec de
grands bruits. Il remplace, pour les Tou-
rangeaux, le Moine bourru^ qui effraye
les Parisiens; le Mulet Odet, qui rôde
dans Orléans; le CroquetadOy qui court
les rues de Toulouse, et le Goblin^ qui
erre autour des murailles de Caen.
tt Les nouveaux religionnaires n*osant,
au commencement de la Réformation, s'as-
sembler que dans les ténèbres et les lieux
reculés et obscurs, le peuple les appela
huguenots y c'est-à-dire suivants du roi
Huguet.
* Les opprimés adoptèrent ce nom et
s'en firent un titre de gloire, etc. » (H. Db
Latouche. Olivier Brusson, Roman. Pa-
ris y 1823. — Nouvelle édition ^ collection
Michel Lévyy Paris y 1868. In- 12, pages
258-259.) Ulric.
A quelle date Louis XIV signa-t-il la
révocatiou de l'Edit de Nantes 7 (V, 148.)
— L'inscription mortuaire de Le Tellier,
à Saint-Gervais, porte ceci :
A l'âge de 83 ans^ le 3o octobre i665,
8 jours après qu'il eut scellé la révocation
de VEdit de Nantes.,,
C'est donc le 22 octobre que fut scellé
cet Edit. Voici d'autres lettres à l'appui.
Le i5 octobre, Louvois écrivait à Le
Tellier malade (vol. 750, Archives de la
guerre) : J*ai lu au Roi la déclaration dont
vous tn'ave:[ remis le projet et que Sa
Majesté a trouvé très-bien. Vous verre:^
par la copie qui sera ci-jointe que Sa Ma-
jesté y a fait ajouter quelques articles.
Le i^ octobre, Louvois écrivait au
chancelier son père que les ordres étaient
partis pour l'enregistrement de l'Edit. —
Ce doit être pour lundiy ajoute Louvois,
(Vol. 75o, Archives de la guerre.)
• Le lundi 22, la déclaration était enre-
gistrée.
Le 3o octobre, Le Tellier était mort.
Donc c'est le 19 octobre que l'Edit a été
signé, — un vendredi, — et le lundi 22 qu'il
a été enregistré au Parlement.
Capitaine Iung.
— M. Henri Martin répond (page 38 du
tome XIV de la dernière édition de son
Histoire de France) : « Le roi signa l'Edit
qui révoquait l'Edit de Nantes le 17 octo-
bre i685, et non le 18, comme le disent
les historiens. (Voit Mémoires à^ Foucault,
page 294.) » MM. Bordier et Charton {His-
toire de France y tome II, page 281) indi-
quent aussi le 17 octobre, de même que le
Dictionnaire Desfobry. Si M. Dreyss (C/rro-
nologie universelle) a mis la révocation au
22 octobre, c'est qu'il a adopté la date de
l'enregistrement de TEdît rendu à Fontai-
nebleau cinq jours auparavant.
EuQiORRAL.
Le beau est la splendeur da vrai
(V, i56). — La correction de M. J. P. est
fort ingénieuse, et il n'y a rien d'extraor-
dinaire à ce que, grâce à cette malencon-
treuse prononciation romaïque qu'il n'est
heureusement plus question de rétablir.
on ait confondu entre eux fô{a, iBéa, stSuTa,
i3ea et même utea.
Y a-t-il un seul texte, manuscrit ou im-
primé, qui autorise uiéa? Je ne le crois pas,
et M. J. P. réclame avec raison la pater-
nité de cette découverte. Il est toujours
téméraire de changer un texte, quand au-
cun manuscrit ne vous v engage, quand
tous au contraire sont a'accord, si je ne
m'abuse, pour repousser la correction
proposée, éette témérité s'accroît encore,
quand il s'agit d'une leçon adoptée par
les plus illustres hellénistes du XV I« siè-
cle, la seule époque en France où Ton
ait réellement su le grec.
Mais enfin le succès récompense parfois
la témérité, et nous pourrons classer la
leçon de M. J. P. parmi celles qui méri-
tent l'attention des commentateurs, si elle
ne contrarie en rien, non pas les opinions
que Platon a émises en d'autres ouvrages,
mais l'ordre logique des idées exprimées
dans ce dialogue-ci. Examinons briève-
ment :
tt Si le beau, dit Socrate dans la phrase
qui précède immédiatement la citation de
M. J. P., si le beau est la cause du bon, k
bon serait donc produit par le beau. Et
vraisemblablement, si nous volons à la
poursuite de la sagesse et de toutes les
autres belles choses, c'est que leur œu\Te
et leur progéniture (tb ixyovov, en toutes
lettres) le bon est l'objet de notre pour-
suite, et il me semble, d'après ce que nous
découvrons, que le beau joue à l'égard du
bon le rôle d'un père. » — Qui ne voit au
premier coup d'œil que si je traduis comme
M. J. P. : a Le beau est le fils du bon, «
je mets Platon, ou plutôt Socrate en con-
tradiction aveclui-même? En effet,si le beau
est la cause du bon, si le bon est produit par
le beau, si le bon est la progéniture du beau,
comment voulez-vous qu'il en soit le père?
Car, comme le dit fort bien Socrate une
ligne plus bas, et ici j'emprunte le fran-
çais de M. J. P. : « Ne parlé-je pas d'or
aussi en disant que le père n'est pas le
fils, ni le fils le père? » Et comment
M. J. P. qui nous recommande de ne pas
confondre le fils avec le père, et récipro-
quement, a puisque, a-t-il le soin d'ajou-
ter, ils sont distincts l'un de l'autre, » est-
il justement tombé dans l'erreur contre
laquelle il nous met en garde?
Conclusion: Impossibilité complète d'ad-
mettre la correction proposée, et par suite
de tirer de ce passage de VHippias a cette
vérité, aujourd'hui proverbiale : « Le beau
tt est la splendeur cfu bon. »
Nota Bene, i® M. J. P. n*a-t-il pas
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo mai 1869^
261
262
commis une erreur en avançant que dans
H. Estienne {Séa n'est pas accentué? J'ai
sous les yeux le Platon de Bâle (ap. Hen-
richum Pétri, i533) et l'édition d^H. Es-
tienne (1578, tom. III, p. 297, lettre B), et
dans ces deux textes Qéa est accentué,
tel que je Técris.
2<> La traduction « ad bonum, » repro-
duite par Tédition Didot est de Marsile
Ficin.
3® Yiéa est un accusatif excessivement
rare, tellement rare, que M. Sommer n'a
pas osé l'admettre. (Cours complet de
grammaire grecque , Hachette , 1862 ,
page 41.) Il n en existe à ma connaissance
qu'un seul exemple dans Homère. Peut-
on croire que Platon se fut servi d'un mot
presque inusité en poésie, complètement
inusité en prose? F.-T. Blaisois.
Deiizyers de Victor Hugo (V, 177). —
Le dernier vers fait allusion à celui-ci, de
Boiieau (Epitre VI, à M. de Lamoignon) :
Je trouve au coin d'un bois le mot qui m'avait
[fui.
Nous ne sommes pas à Auteuil, mais
plutôt à Hautile, près la Roche-Guyon.
Les vers de Voltaire auxquels fait allu-
sion M. S.-D. se lisent ainsi (Epître à
Despréaux) :
Je vis le jardinier de ta maison d'Âuteuil
Qui chez toi pour rimer planta le chèvrefeuil.
P. RiSTELHUBER.
— Le grand poëte a sans doute voulu se
nioquer agréablement du poëte du bon
sens, disant de lui-même :
Tantôt, un livre en main, errant dans les prai-
J'occupc ma raison d'utiles rêveries; [ries,
Tantôt, cherchant la fin d'un vers que je gon-
[strui,
Je trouve au coin d'un bois le mot qui m'avait
[fui.
Il est de fait que l'allusion à ce coin de
bois n'est pas rendue fort claire par le
a vieux branchage austère. » Mais quoi 1
tous les poètes ne se donnent pas, comme
le pauvre Despréaux, la peine de chercher
la fin des vers qu'ils construisent. Va pour
«( branchage... austère\ » et faisons-en
tomber des rimes pour le pauvre monde.
I^a rime est une esclave, elle doit... commander!
V. O.
— Même réponse de MM. U. et C. C.
La lettre « X • (V, 1 77). — Selon Priscien,
les Latins empruntèrent la lettre X aux
Orecs; auparavant, ils la remplaçaient
■par csy comme ceux-ci avant Simonide,
par xa et y^»
Plusieurs auteurs attribuent l'invention
de ce signe à l'empereur Claude.
Comme lettre numérale, dans les chiffres
romains, on exprime le nombre 10,000 par
la simple lettre X surmonté d'un trait hori-
zontal. Couché ainsi X, il se prenait pour
1,000. On trouve encore, X. MILL, dé-^
cent milliay dix mille.
Quant au signe X employé pour dési-
gner l'inconnu, il est certain jque cette
acceptation est de pure convention et ne
se rapporte à aucune étymologie.
TiGULLE.
Donné (V, 1 78). — Dans les monastères,
on appelait donnés ou oblatSy en basse lati-
nité dati^ donatiy oblati : i*» des gens qui
par dévotion se donnaient aux abbayes
avec leurs biens et obéissaient aux supé-^
rieurs, mais sans faire profession ; lorsqu'ils
prenaient cet engagement ils se mettaient
autour du cou la corde de la cloche, po-
saient leur tête sur l'autel ou plaçaient des
deniers sur leur front; 2® des stropiats
ou soldats. (Voir le Dictionnaire de Du-
cange, le Dictionnaire de Trévoux etc.)
Pendant les XIII«, XI V« et XV« siècles, on
désignait les bâtards, les enfants de l'a-
mour illégitime par ces mots charmants
donnée donnée^ en basse latinité donatuSy
donata. Cette dernière acception n'est pas
mentionnée par les lexicographes ; serait-
elle particulière au Lyonnais?
(Lyon). V. de V.
— On appelle donné, à la Trappe, un sé-
culier qui travaille avec les frères et, en
échange de ses services, reçoit le logement,
la nourriture et le vêtement. Les donnés
ne sont astreints qu'aux jeûnes d'Eglise et
non aux jeûnes d ordre. Vivant dans l'in-
térieur du monastère, ils font maigre toute
l'année, mais ils peuvent manger du pois-
son, des œufs et des légumes accommodés
au beurre, toutes choses interdites aux re-
ligieux. Ils portent le costume sécuUer et
peuvent se retirer quand ils le veulent. Ils
ont part aux mérites spirituels de la com-
munauté. On les appelle frères, mais ils
portent leur nom de famille et leurs noms
de baptême, tandis que les religieux ont un
nom de religion. R. de S.
— Voici la note de M. Chéruel, dans
l'édit. in 8®, t. II, p. 207 : a On appelait
donnés des séculiers qui se consacraient au
service d'un monastère. Ils portaient quel-
quefois le nom d'oblats, » En effet, le mot
latin oblatus, offert, peut aussi se traduire
par donnée dès que l'effet a suivi l'offre.
Cette édition in-S® de Saint-Simon (égale-
ment de Hachette), écrit Chanvier et non
Chauvier. O. D.
Réponse d'un courtisan à Louis XIV
N« io5.J
L'INTERMÉDIAIRE
263
— 264
(V, 1 79). — On lit dans les Mémoires de j
Saint-Simon, au chapitre des Bons mots
du cardinal d'Estrées (page 1 64 du tome
VII deréditionin-i2 donnée par M.Ché-
ruel chez Hachette)-: « Un mot de lui au
roi dure encore. Il étoit à son dîner, tou*
jours fort distingué du roi dès qu'il parois-
soit devant lui; le roi, lui adressant la
parole, se plaignit de l'incommodité de
n'avoir plus de dents. « Des dents! Sire, re-
prit le cardinal, eh ! qui est-ce qui en a? «>
Le rare de cette réponse est, qu'à son âge,
il les avoit encore blanches et fort belles, et
(}ue sa bouche, fort grande mais agréable,
etoit faite de façon qu'il les montroit beau-
coup en parlant; aussi le roi se prit-il à
rire de la réponse, et toute l'assistance et
lui-même qui ne s'en embarrassa point du
tout. »
De la plaisanterie du cardinal d'Estrées
on peut rapprocher cette plaisanterie d'un
autre cardmal, le cardinal de Polignac,
laquelle est aussi rapportée par Saint-
Simon (t. III, p. 227): « La pluie de Marly
ne mouille point. » T. de L.
Le général Menon (V, 193). — Est-i
bien certain que ce soit par condescen-
dance pour Bonaparte que Menou ait
embrassé l'islamisme? M. L. L-t, auteur
de l'art. Mewow, de la Biographie Didot,ne
le pense sans doute pas, car, remarquant
avec surprise que cet homme incapable,
indolent, qu'il appelle a un extravagant,
un fou, quelquefois assez amusant, mais
un fléau pour tout ce qui dépendait de
lui, » a toujours été employé quoiqu'il ne
réussît à rien, il n'en donne pas d'autre
raison que celle ci ; « L'affection de Bona-
parte pour lui et son obstination à l'em-
ployer vinrent de ce qu'à son départ
d'Egypte, il lui était resté fidèle, et s'était
Êlace constamment à la tête de ses amis.
Bonaparte n'oubliait jamais les preuves
d'attachement qu'il avait reçues, et voilà
tout le secret de son incroyable condes-
cendance pour lui. » Si Napoléon avait
cru utile à sa domination sur l'Egypte que
ses soldats embrassassent le mahométisme,
on en aurait vu bien plus d'un exemple ;
et je croirais plus volontiers qu'il était
disposé à s'y opposer, car l'idée d'avoir
un harem et de vivre en pachas aurait dû
tenter sans cela un plus grand nombre de
ceux qui le suivaient. La conversion de
Menou ne paraît pas du reste avoir fait
beaucoup d'effet sur ses nouveaux coreli-
gionnaires. Le musulman Abdurrahman
Gabarti dont on a un journal de l'occupa-
tion française en Egypte, traduit par
Alexandre Cardin, en dit seulement avec
dédain: « Le général Menou, à l'arrivée
des Français, avait feint de se faire musul-
man et avait pris le nom d'Abdallah. Il
s'était marié avec une femme musulmane.» ^
Cardin a aussi traduit une relation de
notre expédition par un chrétien syrien,
Mou-Allem-Nicolas-el-Turki. Celui-ci ne
se montre pas plus indigné que l'autre n'est
édifié. « Ce général avait épousé à Rosette
une musulmane descendant du pro{)hète, ,
et avait embrassé l'islamisme. 11 signait
ainsi : Celui dont le cœur est sincère, Ab-
dallah- Menou, »
PuisQue j'ai parlé de cette relation de
Mou-Allem, peut-être et quoiqu'il ne s'a-
gisse plus de Menou, ne sera-t-il pas hors
de propos d'en citer un passage qui offre
un exemple curieux de la manière dont on
écrit Vhtstoire, a Le général Bonaparte...
rapportait d'Egypte des richesses immen-
ses en diamants, marchandises et en ar-
mes de toute espèce. Il avait aussi un dro-
madaire enharnaché, qui avait appartenu
aux Mamelouks. A la nouvelle de son re-
tour, les cinq chefs du gouvernement
français décrétèrent que Bonaparte était
un séditieux, q^u'il avait suscité des guer-
res à la république ; qu'il serait dégradé,
et monterait la garde comme simple sol-
dat à la porte des assemblées. Mais à son
arrivée à Paris, il se présenta aux cinq
chefs du gouvernement, leur fit le rap-
port de ce qui s'était passé en Egypte et
les pria d'envoyer des renforts pour l'ar-
mée française. On lui répondit que cela
n'était plus son affaire, et on lui présenta
le décret qui le concernait. Il s'y soumit,
monta la garde à la porte du divan, jus-
qu'à ce qu'il eut pris ses mesures pour le
renverser. Le général Berthier, qui avait
été son lieutenant en Egypte, et le général
Murât attaquèrent les membres du divan
et en tuèrent trois. Les deux autres furent
épargnés: on prétend qu'ils étaient d'in-
telligence avec Bonaparte. » Voici com-
ment le 18 brumaire se racontait à Da-
miette; et si tout n'en est pas faux, il faut
convenir que la vérité y est drôlement
habillée.
M. V. de V., ne pose-t-il pas sa ques-
tion en termes un peu trop timides? La
page 426 du livre des Curiosités littérai-
res aurait dû l'encourager, car on y lit:
a Dans un de ses sermons, Barletta se de-
mande comment la Samaritaine a pu re-
connaître que Jésus-Christ était juif. Je
réponds qu'elle a pu le reconnaître de trois
manières ; i® A l'habit qu'il portait; 2® parce
qu'il était Nazaréen; 3« parce qu'il était
circoncis. » Serait-ce ce sermon de Bar-
letta qui aurait inspiré Tanecdote du juif
et du chrétien se disputant sur l'excellence
de leurs religions? « Ton baptême, dit
le juif, est depuis longtemps effacé. Mais
moi, la marque de mon alliance avec Dieu
est indélébile, et je pourrai la lui montrer
quand je paraîtrai devant son trône. -
Comment, impudent, riposte le chrétien
scandalisé, et la Vierge qui sera là ! » Et u
tombe à bras raccourcis sur son adversaire
qu'il rosse d'importance , attendu que
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo mai 18G9.
265 -
266
l'anecdote a été faite par un chrétien et
non par un juif.
Un inconvénient possible de la manière
dont la question est posée sera de mettre
la puce à l'oreille de tous ceux de nos cor-
respondants qui ne savent pas ce que c'est
que le Salamalec Lyonnais, Aussi est-ce
par charité pour eux que je vais essayer
de le dire. Les notables de Lyon, appre-
nant qu'un ambassadeur turc, débarqué à
Marseille, doit passer par leur ville, aéci-
dent qu'ils iront lui faire compliment,
seulement ils sont embarrassés sur les
formalités à suivre vis-à-vis d'un seigneur
turc. Probablement qu'alors Molière n'a-
vait pas encore fait son Bourgeois gen-
tilhomme^ dont la cérémonie aurait sans
doute paru aux notables en question, ré-
soudre toute difficulté. A défaut de cette
ressource, ils s'avisent qu'il y a à Lyon
un ancien Turc converti au christianisme.
Voilà leur affaire, et ils courent lui deman-
der avis. Le néo-chrétien, qui ne perd
pas une si belle occasion de se faire valoir,
se charge de les conduire, en leur recom-
mandant bien de faire tout ce qu'ils lui
verront faire. En effet, il s'en tire tort bien,
trop bien mênie, car l'ambassadeur étonné
de l'entendre parler si bien turc, lui de-
mande où il l'a appris, et l'autre lui avoue
la vérité. L'ambassadeur avait vu à Con-
stantinople assez de renégats, pour ne pas
douter qu'un chrétien pût se faire turc ;
mais il lui paraît si invraisemblable qu'un
musulman ait abjuré qu'il n'en croira rien
si l'apostat ne lui en montre la preuve in-
délébile, signalée par Barletta, et l'apos-
tat, oubliant ce qu'il a recommandé aux
notables, la lui administre sur-le-champ.
Grande confusion des notables qui ne
comprennent pas un mot du dialogue
échangé entre les deux Turcs; mais croyant
cette étrange cérémonie indispensable pour
bien recevoir un ambassadeur ottoman,
ils se résolvent, bien que fort à contre-
cœur, à faire une exhibition générale. Ce
qui cause une telle frayeur à l'ambassa-
aeur, qu'il s'enfuit sans attendre la fin du
comphment.
Je sens parfaitement que M . V. de V . a le
droit de me faire observer que voilà bien du
bavardage pour ne pas répondre à une seule
de ses questions. C'est vrai, mais la faute
n'en est-elle pas à M. L. L-t., qui n'y ré-
pond pas non plus dans tout un article
biographique. Je me hasarderai pourtant
à présumer que Menou a laissé son maho-
métisme en Egypte et que s'il en eût fait
profession à Paris, à Turin et à Venise,
c'était un fait assez singulier pour que le
biographe ne le passât pas sous silence.
Quant au premier point, c'est plus diffi-
cile à conjecturer, d'autant mieux que Ton
assure que des renégats ont été parfois dis-
pensés d'une opération douloureuse et qui
peut n'être pas sans inconvénient chez
les adultes. Et cependant je me pronon-
cerais plutôt pour l'affirmation, par la rai-
son que le mariage de Menou me parait
avoir été le véritable motif de son aposta -
sie, et qu'alors il est probable que la strie te
exécution de la loi aura été réclamée par
la petite-fille de Mahomet, que la chose
intéressait au premier chef. O, D.
Doit-on prononcer Montagne, ou Mon-
taigne? (V, 198.) — Si je comprends bien
l'article de M. F. -T. Blaisois, le principe
fondamental que veut soutenir cet ingé-
nieux correspondant est celui-ci : en fran-
çais, tous les mots sonnent ainsi qu'ils sont
écrits. Je crois le principe contestable.
Pour ne citer qu'un exemple analogue^ à
celui qui nous occupe, et où la lettre 2 ne
sert qu'à mouiller gn^ je rappellerai le
mot oignon^ lequel doit se prononcer
ognon. Quelques personnes même retran-
chent l'f et écrivent maintenant ognon,
comme depuis longtemps on a retranché
l'i de montaigne pour écrire montagne. Le
cas est identiquement le même.
Les vers de Jean de Meung cités par
M. F.-T. B. me paraissent aller directe-
ment contre sa thèse. Voici quelques
exemples qui prouvent jusc^u'à l'évidence
qu'en général l'f ne sonnait pas devant
^w, à la fin du XV !« siècle, et que son ad-
jonction orthographique n'était plus jugée
indispensable par les typographes. Puis-
que M. F.-T. B. dédaigne le témoignage
des Gascons, même lorsqu'il s'agit d'un
écrivain gascon, prenons nos citations dans
des poètes d'outre- Loire.
Je lis dans Du Bellay (édition de Harsy,
Lyon, iSyS), (i) f« 297, r", ces quatre
rimes : montaigne^ campaigne, accom-
paigne, baigne^ lesquelles présentent l'i
adoucissant. Le mot accompaigne nous in-
diquerait déjà la prononciation, mais M. F.-
T. B. estimera peut-être que baigne est
favorable à son opinion; alors je lui cite-
rai ces quatre autres rimes d'un même
sonnet {Ï9 65, r») : campagnes, compagnes,
bagnes', du verbe baigner), montagnes.
Que si le mot bagnes le surprend, je lui
citerai Desportes qui n'est pas non plus
un Gascon, et qui fait rimer {Diane, I, 5)
campagne avec se bagne-, je lui citerai
encore de Du Bellay, f» 474, r°, et de Baïf
PassetemSy 87, r®, desdaigne rimant avec
accompagne, et de Régnier {Sat, V, 1 3o)
ce même desdagne rimant avec campagne.
Je lui citerai enfin Remy.Belleau faisant
rimer (t. II, f*» 24, r«, édit. de 1592) cam^
pagne avec montaigne.
(i) Pour ne pas m'exposer à voir traiter de
gasconne Tédition de Lyon, j'ai voulu vérifier
mes citations dans celle de Rouen, 1597. ^°
ouvrant celle-ci, j'y ai rencontré ces rimes :
fo 122, r" : stf baigne, campagne-, f* 391, r*:
1 campaigne, baigne y Espagne, Allemaigne;
! f» 402, r» : compagne^ campaigne, faccom-
' pagne.
N» loS.î
L'INTERMÉDIAIRE
267
268
II est inutile, le pense, de pousser plus
loin ce relevé qu on pourrait étendre à l'in-
fini. Je termine en répondant à la dernière
Question de M. F.- 1. B. La famille de
,a Chassaigne s'est perpétuée jusqu'à nos
jours ; l'un de ses membres est mon plus
proche voisin de campagne, et son nom se
prononce si bien La Chassagne que tous
ceux qui ne connaissent point l'orthogra-
phe ancienne du nom l'écrivent aujour-
d'hui sans i. Il en est de même du nom de
l'ancienne fsLmïWe De Lamontaig'ney lequel
se prononce De Lamonîagne.
De tout cela et de ce quej'ai déjà avancé
(IV, 391) il résulte pour moi que le nom
de l'auteur des Essais se prononçait, de
son temps, Montagne. Que l'on trouve au-
jourd'hui plus élégante et plus française la
prononciation Montègne^ c'est affaire de
fantaisie et d'habitude : je n'y vois pas
grand mal, mais il ne faudrait pas préten-
dre appuyer cette prononciation sur une
argumentation grammaticale sérieuse, et
encore moins sur une tradition remontant
au XVI» siècle.
(Bordeaux). S. R. D.
Le plus ancien livra avec privilège
royal (V, 2o3). — Suivant Chevillier {Orig,
de r imprimerie), le plus ancien privilège
serait celui que Louis XII accorda en 1 307
à Vérard pour l'impression des Epîtres de
Saint Paul glosées ^n françoys. Le plus
ancien privilège pour l'impression d'un livre
publié à Lyon, est celui qui fut accordé
par Louis XII à Jean de La Place, le
3 juin 1 5 12, et qu'on lit :à .la fin des Leges
JLongobardorum, Lugd., i5i2, in-4«. V.
Mot attribué an peintre DaTid(V,23o).
— David, jugeant les autres artistes d'a-
près lui-même, a dû prononcer les paroles
citées par Mercier et Louis Blanc. En
voici d autres relevées dans V Histoire des
Girondins, de Lamartine , L. XXII, v :
a Le roi Louis XVI l'ayant reconnu dans
le nombre de ceux qui se pressaient à la
porte de la loge du logographe, lui de-
manda s'il aurait bientôt fini son portrait :
ce Je ne ferai désormais le portrait d'un
o tyran, dit David, que quand sa tête po-
a sera devant moi sur un échafaud. n Le
roi baissa les yeux et dévora l'insulte. » -^
Est -il vrai que ces paroles aient été
dites à un roi vaincu ? Pour en revenir au
patriotisme, on sait que l'ami de V Ami du
peuple, celui qui décora aux Tuileries k
salle de la Convention^ peignit plus tard
le premier consul, calme sur un cheval
fougueux, et une certaine quantité de
portraits de l'empereur. Il exécuta aussi,
entre autres commandes pour la salle du
Trône (toujours aux Tuileries) , la Distri-
bution des aigles et le Couronnement, On
lit dans le Dictionnaire de la France
(Univers pittoresque) un fait emprunté au
biographe de David, M. Miel, oui va nous
montrer quel changement s'était opéré
dans son esprit à l'égard de ses confrères ;
« Le tableau du Couronnement, pemi pour
la salle du Trône, excita une admiration
très-vive et justifiée par les grandes beau-
tés qu'il renferme. Lorsque l'empereur vit
ce tableau il le considéra quelque temps
sans rien dire, puis, après avoir félicité
l'artiste : « David, dit-il en se découvrant,
« je vous salue. — Sire, répondit David,
« je reçois votre salut au nom de tous les
« artistes, heureux d*être celui à qui vous
a r adresse^, » — Que conclure ae toutes
ces paroles plus ou moins historiques?
C'est que la bassesse du caractère peut
s'allier au génie artistique, c'est que l'on
peut être à la fois un grand peintre et un
fort petit esprit. Alph. L.
Origine de l'hôtel GamaTalet (V, 23o).-
Le texte de l'épitaphe de François de
Carnavalet , tel o qu'on le voyait en-
core, il y a peu d'années, gravé en let-
tres d'or sur une table de marbre noir, au
côté droit du chœur de l'église de Saint-
Germain-l'Auxerrois, j> répondra péremp-
toirement à cette question :
FRANCISCO CARNEVENOEO,
AftUOHIÇO.
NOBIU AC SromWiO V,}|lO,
CUl OB EXIMIAM VIRTUTEM JET MORVM
INTEGRITATEM,
HENRICUS II GALLURUM REX
ET CATHARINA CONJUX,
CARISSIMI FILII HENRICI PUERILEM
ABTATEM INFORUANDAM
COMMISERUNT.
QUI BELLI PACISQ.UE ARTIBUS EGREGIE
INSTRVCTUS;
PORTITUDINIS ET PRVDENTIAE FAMA
SUPRA OMNEM INVIDIAM CLARVIT... EtC.
A François de Carnavalet, — gentil-
homme breton, — plein de noblesse et de
courage, — que son rare mérite et la pu-
reté de ses mœurs — ont fait choisir à
Henri II, roi de France, — et à Catherine,
son épouse, — pour lui confier la jeunesse
— de leur ti'ès-cher fils Henri — à gouver-
ner. — Doué, pour la paix et pour la
guerre, de talents — remarquables, —il
brilla d'une réputation de courage et de
prudence — au-dessus de toute envie....
etc. » Ulric.
®r0ttUtttlU6 ^t €uri03!té0, rtc.
La décoration dn Lis. — Les contem-
porains de la première Restauration se
souviennent sans doute de ce nouvel ordre
de cheralerie, créé en 18 14 par le comte
d'Artois, lieutenant général du royaume,
I «t qui consistait en ime iieur de lis d'ar-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[10 mai iS6q.
269
— 270
gent suspendue à un ruban blanc. « Cha-
cun, dit Vaula belle {Hist, des deux Rest»y
II, 36), le sollicitait comme une sauve-
garde pour sa position, ou comme un titre
au traitement qu'il comptait demander. »
Aussi M. Thiers nous apprend- il {Hist. du
Consulat et de l'Empire^ XVI II, 2 3 1 ) que,
dès les premiers mois, cette décoration
a ridicule » avait été conférée a à près de
cinq cent mille individus. » J'ai en ma
possession deux documents originaux qui
s'y rapportent et qui sont assez curieux.
C'est, d'abord, un modèle de demande
collective^ envoyé au directeur d'une im-
portante administration du Bas- Rhin par
un de ses amis, chef de bureau au minis-
tère de l'Intérieur, et qui est ainsi conçu :
« MM , qui ont toujours été de fidèles
serviteurs de la maison de Bourbon, solli-
citent l'honneur de porter la décoration du
Lys. » Le second document n'est autre
que le brevet de Tordre, ou plutôt une
lettre imprimée qui en tient lieu, et dont
voici la copie textuelle, moins le nom et la
qualité du personnage décoré. « — Déco-
« ration du Lis. — Paris, le 24 août 1814.
t~ Monsieur de , j'ai l'honneur de
« vous informer que Sa Majesté, pleine de
« confiance dans votre fidélité et dans votre
« dévouement à sa personne, vous autorise
« à porter la décoration du Lis. » Signé :
« Le baron de Vitrolles, » Près de cette si-
gnature se trouve l'empreinte d'un cachet
neurdelisé noir et portant en exergue, au-
tant qu'on peut le déchifirer, les mots :
^ Secrétairerie générale des Conseils. »
Inutile d'ajouter que directeur et chef de
bureau étaient déjà en place sous « l'usur-
pateur, » comme on disait alors; et que,
dans les Cent-Jours, ni Fun ni lautre ne
donna sa démission.
(Strasbourg.) T. R.
Feu H. Troplong, inventeur d'un pro-
cédé pour être tout à la fois debout
et assis. — Le Papinien du second Em-
pire français n'eut pas, lui seul, r ironie
railleuse, signalée par son digne rempla-
çant M. Boudet (V, 207) ; il la provoqua
maintes fois aussi chez tant d'autres, dont
il agaça si souvent les nerfs par ce style
plein d'ampoules et de cocasseries, qui
appartint en propre à Son Excellence.
Témoin ces élucubrations constitution-
nelles et sénaïuS'Consultantes, témoin ces
projets d* adresses (autant de maladresses),
lesquelles réjouissaient si bien, à chaque
session, son ami Prévost-Paradol, Taris-
Iarquedes£)^^ûf5/Ne disons rien du fond,
mais la fo-orme ! Quel style, bon Dieu I
MVt-il assez donné de nausées 1 Aussi
bien aujourd'hui, il faut que je me venge!
11 faut que je cite, que j'affiche ici, en
guise d'oraison funèbre du président du
Sénat , la phrase mémorable qui sert
d'exorde àun de ses écrits : De la propriété
d'après le Code civil, un des traités rédi-
gés en 1 848 par divers membres de l'Aca-
démie des Sciences morales, à la demande
du général Cavaignac, chef du Pouvoir
exécutif. La voici donc, oyez tous :
« Au milieu de tant d'institutions qui
« tombent en vieillissant, la propriété
« reste debout ^ assise sur la justice et
« forte par le droit. C'est même la pro-
« priété qui, d'accord avec la famille, tient
« aujourd'hui la société 'puissamment
« amarrée sur la surface mobDe de la dé-
« mocratie.... »
Ouf! Que dites-vous de cette pauvre
propriété, tout à la fois debout — assise
— et puis amarrée! Pauvre langue 1 Pauvre
France! E. A.
Funérailles anticipées. — S'il est un
trait d'histoire fameux, c'est certainement
celui de Charles-Quint .faisant lui-même
célébrer ses obsèques, et s'emboîtant tout
vivant dans sa bière. Cependant personne
n'ignore que, vivement et habilement com-
battue par M. Mignet, cette anecdote ne
paraisse aujourd'hui devoir être reléguée
au rang des fables ; mais ce que l'on ne
sait peut-être pas aussi généralement,
c'est que cette table espagnole serait une
fable arabe. On la trouve, en effet, dans
les Contes turcs, de Petis de la Croix, tra-
duction incomplète des Quarante VisirSy
roman turc, lui-même traduit de l'arabe.
Là, Akshid, sultan d'Egypte, fait en effet
célébrer ses funérailles ae son vivant;
mais il y assiste du haut de son trône, et
n'entre pas dans le cercueil placé à ses
pieds. Du reste, il meurt réellement le len-
demain, et il est remarquable qu'un rap-
prochement entre Akshid et Charles-
Quint n'ait été fait ni par Petis de la Croix
lui-même , ni par Loiseleur - Deslong-
champs, qui adonné des Contes turcs une
édition annotée.
Au surplus, il n'y a rien que d'ordi-
naire à trouver en Espagne un souvenir
des contes arabes; mais il me semble
réellement curieux de voir la même idée
germer dans une tête qui certainement
ne connaissait ni Akshid ni Charles- Quint,
dans celle d'un nègre de la Virginie.
Le fait est constaté dans un passage
des Lettres sur l'Esclavage, de Paulding,
cité par M"»« Beecher-Stowe, dans la Clef
de r One le Tom, « Autrefois, la cérémonie
des funérailles était pour eux une véri-
table fête, et l'usage s'était établi de four-
nir aux parents du défunt une quantité de
lard, d'eau-de-vie, de farine, de sucre et
de beurre, qui servait à organiser un grand
festin tel qu'ils le conçoivent. Certain jour,
un grand gaillard, admirablement bien
portant, me divertit fort en venant, de-
j vaut moi, demander à sa maîtresse de
j permettre qu'on fît ses funérailles pendant
' qu'il était encore en vie, et que cela pou-
272
N- io5.] L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [10 mai 1869.
i 271
vaitlui faire quelque plaisir. Cette requête
bouffonne lui fut octroyée, et je me per-
mets de penser que jamais cérémonie fu-
nèbre ne fut aussi agréable à la personne
qu'elle concernait le plus directement. »
Cette requête bouffonne, mais très-com-
préhensible dans les circonstances expli-
quées, nous ramène encore à un conte
probablement oriental. Dans le Dormeur
éveillé, de Gglland, Âbou-Hassan et sa
femme se font passer pour morts, afin de
recevoir, chacun de son côté, les présents
destinés à leurs funérailles, quoiqu'ils
n'aillent pas jusqu'à procéder à la céré-
monie. Mais ce aue l'on ne peut pas trai-
ter de conte arabe, c'est ce que rapporte
M. Mignet, dans une note, que a le 22 avril
i327, l'un des consuls de Toulouse fit
célébrer avec pompe ses funérailles de son
vivant. Etendu dans un cercueil, au mi-
lieu de l'église des Frères- Prêcheurs j il y
entendit une grande messe des morts,
fut porté jusqu'au pied du maître-autel,
comme s'il allait y être enseveli; puis, sor-
tant du cercueil, il fut accompagné par
les capitouls, ses collègues, jusqu'à sa
maison, où était préparé et où ils man-
gèrent le repas funèore. » Ceci est tiré
des actes du Concile de Toulouse, de
i327, qui condamna ces funérailles anti-
cipées, et les défendit à l'avenir à tout
prêtre ou religieux, sous peine* d'excom-
munication. O. D.
Krylof, fabuliste russe. — Jean Krylôf,
célèbre fabuliste russe, né à Moscou le
i3/2 février 1768, est mort à Pétersbourg,
le 29/9 novembre 1844, âgé de 77 ans
moins trois mois.
L'histoire littéraire doit enregistrer cette
particularité remarquable que, dans l'es-
pace de quarante ans (182 1- 186 1) une des
fables de cet auteur : les Oies, a eu dou^e
traductions françaises en vers.
Les trois premières traductions, publiées
en 1821 et 1822, doivent être classées
parmi les publications anonymes, puis-
que le nom de Krylôf n'y est pas indiqué.
La première et la troisième appartien-
nent même, à la rigueur , à la caté-
gorie des publications pseudonymes, car
le nom de Krylôf y a été remplacé (à
cause de deux erreurs typographiques,
dont Tune est fort singulière) par les noms
Du Tasse et de Kniîof,
La deuxième traduction, celle de Riffé,
1822, est anonyme, sicnée : F. J. R.
Une autre particularité remarquable,
c'est que la sixième traduction, publiée
en 1825, est due à l'auteur de la fameuse
Marseillaise.
La première traduction est due à Edme
ifereaw(i7Qi-i836). Elle est insérée,sousle
titre: Les Uies^ dans V Abeille (journal lit-
téraire hebdomadaire de Paris, in-8°) du
4 aoûti82i, tome III p. .•> 78- 5 79, où l'on a
imprimé par erreur : « Fable imitée du
Tasse » au lieu de : imitée du russe, et où
le nom de Krylôf n'est pas indiqué.
La faute typographique fut, il est vrai,
corrigée dans les Errata de la livraison
suivante de ï Abeille, mais est-ce que la
majeure partie des lecteurs se soucie de
recourir aux Errata ? Il est donc probable
cjue la postérité littéraire ou lisante, si le
journal V Abeille lui parvient, — ce qui
n'est pas impossible, — considérera cette
fable de l'auteur russe comme étant une
composition du poète italien Le Tasse.
S. P., de Moscou.
Indicateur du Mercure de France. -
M. Joannis Guigard vient de publier
un volume de 1Ï7 pages intitulé Indi-
cateur du Mercure de France. Tout
travailleur, tout chercheur pousse un sou-
pir de satisfaction : a Voici le fil d'A-
riane qui va nous aider à nous retrouver
dans ce dédale! » Point du tout, cet in-
dicateur commence à 1672 seulement.
L'auteur a donc pensé que le Mercure
françois qui commence k i6o5 est dépour-
vu d intérêt. Cependant, Jean Richer, qui
le dirigea jusqu'en i635, Théophraste Re-
naudot, qui le continua de i636 à 1644 ont
fourni, tous deux, une série de 2 5 volumes
formant une collection excessivement cu-
rieuse sur tous les faits de la fin du règne
de Henri IV et sur tout le règne de
Louis XIII. C'est alorà que le Mercure
françois fut interrompu jusqu'en 1672,
époque à laquelle il reparut sous le titre
de Mercure-Galant et fut continué sous
ce nom par Visé. Il passa alors en diffé-
rentes mains sous les titres de Nouveau
Mercure et enfin de Mercure de France
(il ne prit ce dernier titre qu'en 1714). ^
collection complète jusqu'en 1789 forme
1,100 volumes.
L'ouvrage de M . Guigard n'est-il pas in-
complet? À mon avis, oui! et tout en le
félicitant de la tâche qu'il a entreprise de
compulser tous les volumes depuis 1672,
ne doit-on pas regretter vivement qu'il
n'ait pas commencé son travail à partir de
i6o5? Quelle mine féconde! Le siège de
la Rochelle, les PartisanSjjla Fronde et les
pamphlets de toutes sortes y compris les
Mazarinades! on trouve dans ces 2 5 pre-
miers volumes des richesses inouies.
Espérons que l'auteur et l'éditeur sen-
tiront la faute qu'ils ont commise, qu'ils
la répareront promptement en faisant pa-
raître un répertoire du Mercure françois^
de i6o5 à 1644 (car c'est là le vrai com-
mencement de l'ouvrage), ou s'ils reculent
devant la tâche, qu'un autre l'entrepren-
dra. C'est ce que je souhaite pour tous
mes confrères les chercheurs.
A. Nalis.
Paris. — Tjp. d« Ch. MeynieiSf nie Cajas, 1S. - 1M9
ftf^QVI
VumérolOe.
ChtrtkeMtt
«OM trewMTê*.
n M fwi
tnir'aidtr.
iS mai \m.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, ZNiOTES and QUERIES français.)
IN HEMORIÂM...
Multis ille bonis flebilis occîdit!
V Intermédiaire vient de perdre un de ses plus excellents amis, — un ami
de la première heure. Sa lettre d'adhésion, brève et chaleureuse entre toutes
(25 nov. i863), fut inscrite en tête de notre premier numéro. C'est pour nous
un devoir pieux de lui rendre ici témoignage, de lui dire un dernier adieu,
en exprimant les profonds regrets qu'il nous laisse. — Nous ne le connais-
sions pas avant i863 : il nous semble aujourd'hui qu'un vieil ami des jeunes
années nous a quitté !
C'est que W. Biirger fut un homme rare, par cela seul qu'il fut un homme.
He was a m an, comme le dira, après Shakespeare, sa laconique et véridique
épitaphe. — Lisez les paroles prononcées sur sa tombe, le 2 mai, par Henri
Martm, par Ern. Hamel, par Félix Delhasse (i)... Que pourrions - nous y
ajouter ? — Lisez ce spirituel et charmant avant-propos qu'il mettait, l'an
dernier, en tête de son volume : Salons de T. TTrore ( 1 844-48), avec une pré-
face de W, BUrger, et dont l'épigraphe est rv(»)6t csauTOV, qu'il traduit : Cri-
tique-toi toi-même , et qu'il a si bien appliquée. Il se préparait à publier les
Salons de W. Biirger (ib6i-6S), avec une préface par T, Thoré,
Disons seulement ici que Biii%er connaissait bien Thoré, et réciproque-
ment. Disons que, nommé après i83o substitut à La Flèche, il eut bien vite
reconnu que la justice d'ici-bas, même en France, laisse à désirer, et ne
tarda pas à redevenir simple citoyen. Disons que nul plus que lui, sans rien
oublier, n'alla sans cesse apprenant ; nul ne fut plus doux et plus ferme,
sympathique tout à la fois par sa" douceur et par sa fermeté. Nul enfin ne
sortit plus victorieux des dures épreuves de la politique : il a personnifié à
l'étranger l'honnêteté française, l'honneur français. On a vu en lui cette chose
peu commune : exilium cum dignitate.
Puisque nous ayons, en cette conjoncture douloureuse , rompu le silence
que nous avions jusqu'à présent gardé, donnons une mention tardive et un
souvenir affectueux à d'autres amis que la mort a, trop tôt hélas ! et en trop
grand nombre déjà, rayés de nos listes. Nommer MM. Alexandre Bixio, Adol-
phe Berty, Ad. Chasles, Fréd. Dubner, le baron De La Fons Mélicocq,
E. Prouhet, A. Delvau, Léon Lagrange, Ed. Fould, Alfred de Courtois, le
marquis L. de Laborde, c'est rappeler quels vides prématurés se sont faits
dans les rangs de nos correspondants les mieux notés , à titre de savants ou
spirituels curieux, d'aimables ou heureux chercheurs. Plusieurs d'entre eux
ne nous étaient point individuellement connus, mais telle est la nature du lien
que crée notre petite feuille entre nous et ses amis, tel est le charme du com-
merce littéraire, que la perte de ces amis, même lorsque nous ne les avions
jamais vus, a été vivement ressentie par nous. Que dire de ceux qui étaient
pour nous des amis personnels!
Et voilà qu'au moment même où nous achevons ces lignes, nous appre-
nons que la mort vient de frapper un nouveau coup, et de nous enlever un
de ces amis-là, et en même temps un vétéran ae recherches érudites ou
(i) Presse libre, 4 et 5 mai ; Siècle, 6 mai, et les articlesjpubliés par Paul de Saint-
Victor (Liberté, 8 mai), Marius Chaumelin {Presse, 4 irfai et Indépendance belge,
10 mai), Emile Galichon {Chronique des Arts, 9 mai).
TOME y.— 10
N» io6.]
L'INTERMEDIAIRE
— 275
276
piquantes, — celui qui tout récemment encore , par sa question sur Henri Sanvsl
(V, 126) a amené la découverte, tant souhaitée par lui, de l'acte mortuaire de Thisio-
rien de Paris, que révélait notrfc avant-dernier numéro (V, 22 3}! M. Le Roux de Lincy,
l'éditeur de tant de beaux et utiles ouvrages, $i souvent cités, l'historien de l'Hôtel-
de-Ville de Paris, le bibliophile et bibliographe estimé, le biographe de Grolier, est
mort le 1 3 mai , à l'âge cie 63 ans. Son nom restera gravé sur le livre d'or de la bi-
bliophilie pour laquelle il travailla beaucoup ; ad usum ipsius et amicorum.
C. R.
BbLLES-LETTRES — PHILOLOGIE — BeaUX-ArTS
— Histoire — Archéologie — Numismatic^ue
— Epigraphib — Biographie — Bibliographie
— Divers.
Acheter et Tedâre chat eii poche. --
bn trouve dans les adâgfes français dû
XVI® siècle : « Folie est d'accepter chat
feti sac. »
, Et dans le Théâtre italien {Les SoU'
kaits) : « Mais, Monsieur le charlatan, afin
a que je n'achète point chat en poche... »
Molière fait dire à son hërds limotlsîn :
k Vous êtés-vdus mis en tête que Léonard
b de Pourceaugndc soit un homme à achè-
te ter chat en poche! » Ces citations prou-
vent l'ancienneté de ce ptoverbe qui signi-
fie : Conclure un marché sans voir l'objet
dont on traite, terminer une affaire sans
examen, et qui se formule aussi d'une au-
tre manière : Acheter le chat pour le liè-
vre. D'où vient cette expression? Connaît-
on un fait historique, un conte, un
apologue qui ait donné naissance à ce
proverbe encore très-usité, surtout en ma-
tière matrimoniale où les plus fins achè-
tent souvent chat en poche?
(Lyon.) V. de V.
Analogies dé plnsiears noms de flènres.
— Plusieurs noms de fleuves en Europe
bnt une racine commune : Donau (nom
allemand du Dariube), Duna, Dwina,Don,
Dniester (autrefois Danaster), Dniepr
[autrefois Dana{)ris). Idem de plusieurs
lintres cours d'eau : Tanaro (Italie), Tana
(Norwége). Et rien de cela ne paraît slave,
ni germanique, ni finois.
Il y a là autre chose qu'une coïncidence.
A quelle langue, à quel peuple appar-
tient cette racine Dn ou TVî, dans le sens
de : eau, cours d'eau, bassin, etc? G. T.
Le chapitré d'Hippocrate. — Je découpe
dans le curieux et récent volume de
M. Nestor Roqueplan (Parisine, Paris,
Het!^eL sans date, mai 1869), le petit pas-
sage stiivant, — uniquement pour ques-
tionner nos amis de Vlntermédiaire :
tt Sganarelle. Hippocrate dit que nous
«i nous couvrions tous deux.
« Géronte. Hippocratb dit cela?
vous
a Sganarelle. Oui.
a Géronte. Dans quel chapitre, s'il
a plaît?
« Sganarelle. Dans son chapitre : dit
tt Chapeaux.
« Géronte. Puisque Hippocrate le dit, il
« le faut faire.
tt Ce bout de dialogue tenu par deui
personnages du Médecin malgré lui a
toujours semblé , comme toute chose,
même insignifiante en apparence , mais
venant de Molière, digne d attention et d'in-
térêt; j'ai cherché dans les œuvres du di-
vin vieillard ce fameux chapitre. Il existe
dans une édition de Belgrade, 1763. Bel-
grade est suspect depuis la prétendue
découverte du maituscrit de Pétrone. Mais
les Chapeaux d'Hippocrate semblent hors
dfc l'atteinte de tout soupçon. »
— Est-ce aussi Ta vis de Messieurs à
V Intermédiaire? M. Roqueplan ajoute
encore ceci ( Fi J. /oc. citât. Le chapitn
d'Hippocrate, pp. 70 et suivantes), poi/f
mieux nous convaincre. « Il paraît q-c
l'illustre père de la médecine, après avoir
refusé les présents d'Artaxerxès, mit la
dernière main à ses Chapeaux et fît une
mention spéciale de la coiffure des Per-
sans, avec la manière de s'en servir. »-;
Ce fameux chapitre se ifouve-t-il imprime
dans quelque autre édition, d'une date
antérieure a celle que cite M. N. Roque-
plan (1763)? — C'est assez probable, car,
à l'époque précitée, Molière étant mort
depuis 90 ans (1763: i y février 1673), il
lui eût été difficile de prendre connais-
sance de ce volume? Truth.
Yentrière. — Dans la première partie
de ia Chronique (scandaleuse) de Jean de
Troyes, se trouve l'historiette d'une vo-
leuse nommée Perrette, laquelle, condain-
née à être enfouie vive, déclara qu'elle
était grosse^ a et fut faict visiter par v^«'
€ trières et matrones, qui rapportèrent à
« justice qu'elle n'estoit point grosse. "
Cette expression réaliste, synonyme de
sage- femme, est- elle employée par d'autres
auteurs dans la même acception?
(Lyon.) V. de V.
Un mot du régent. — Je trouve dans le
premier volume du recueil de La Pl^c^
{Pièces inïéi^essànies et peu connues pour
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
277 -
278
[25 mai 1869.
servir à Vhîstoîre et. à la littérature),
parmi des anecdotes sur le règne de
Louis XIV et sur la Régence, cette anec-
dote qui ne fait Téloge ni du cardinal Du-
bois ni du duc d'Orléans (page 176) : « Le
régent fut charmé de la mort de Dubois.
Le jour qu'on lui fit l'opération, l'air, ex-
trêmement chaud, tourna à l'orage, et ce
prince ne put s'empêcher de dire : J'es-
père que ce temps-là Jera partir mon
drôle. » Le mot est-il authentique?
T. DE L.
Un poète italien rival de rHermine. —
Quel est le poète italien dont on a dit :
Ne se pollueret maluît ille mori,
Yezimat.
Les cormes du taurean éont-elles veni-
œeuseSÎ — Je lis dans un charmant petit
romande M. Théophile Gautier (Militona,
3'= édition, 1Ç60, p. 48), cette page qui
m'étonne : « Les cornes du taureau sont
venimeuses et font des blessures lentes à
guérir. » Les naturalistes ne disent rien de
celte particularité, mais les naturalistes ne
savent pas tout et l'auteur de Tra los
montes connaît si bien los toros, que je ne
doute qu'à demi de son assertion, et que
je n'en douterai plus du tout si quelque
lecteur de V Intermédiaire m'affirme sé-
rieusement que les cornes de l'animal, dont
le sang (corrompu) empoisonnait les an-
ciens,ont la vilaine propriété dont il est ici
question, Euqorral.
Un peintre et curieux à Lyon, en 1551?
Peut-être Claude Corneille ? — Le 16 sep-
tembre de l'année 1 55 i,rillustrîssime Gio-
vanni Capello, récemment nommé ambas-
sadeur pour la République de Venise au-
près du roi de France, se mit en voyage
pour se rendre de Venise à Paris. L'un de
ses neveux qui l'accompagnait a écrit l'i-
tinéraire suivi par sa seigneurie, sous
forme de journal, demeure jusque à pré-
sent inédit. A la date du 17 septembre,
l'ambassadeur et sa suite entrèrent à Lyon
où ils restèrent trois jours. « Là, dit 1 au-
teur du diario (journal), nous demeurâmes
le dimanche, le lundi et le mardi, logés
dans la maison de Messer Iseppo Conati,
marchand de Vicence notre compatriote,
et nous allâmes, pendant ce séjour, faire
visite à un peintre excellent qui, outre ses
helles peintures qu'il nous montra, nous
fit voir toute la cour de France, tant les
gentilshommes que les demoiselles, repré-
sentée en beaucoup de petits tableaux avec
tout le naturel imaginable. »
Quel était cet eccellentissimo pittore
mets particulièrement à la curiosité des
lecteurs lyonnais de l'Intermédiaire, Si,
comme il y a lieu de le penser, ce person-
nage, peintre et curieux, n'était autre que
Claude Corneille fort agréablement cité
par Èrantôme, à l'occasion d'une visite
que lui fit la reine mère, en l'un de ses
voyages dans les provinces , quelqu'un
pourrait-il produire des détails nouveaux
sur ledit Corneille? D'où venait-il? Quelle
était sa famille ? Quand avait-il commencé
cette attrayante galerie que les princes
et voyageurs illustres passant par Lyon,
allaient tout aussitôt voir? Le comte de
la Borde, d'après une pièce datée de i554,
dont il n'a pu se procurer une exacte
transcription, appelle ce peintre Corneille
de La Haye, de Lyon,, {Renaissance des
arts, tome I*% page 3 1 2 et passim). Mais
que signifie ce de La Haye , puis après ce
de Lyon} Est-ce à dire u originaire de La
Haye, demeurante Lyon? » Ou bien est-
ce a le sieur de La Haye né à Lyon ?» La
rencontre d'un catalogue authentique de
la galerie des portraits possédés par ce
Corneille, serait aussi très -heureuse.
Voici les propres termes dont se sert mon
Vénitien pour consacrer l'agréable souve-
nir de sa visite: .... Et andassemo a veder
in detto tempo un pittor eccellentissimo
quai oltrà le sue belle pitture che ne mos^
tro, vedessemo tutta la corte de Franza si
de gentilhuomini corne di damiselte in
molti quàdretti naturalissimamente es-
pressa.
(Blois). Armand Baschet.
Wilbaut, peintre de portraits. — Je pos-
sède un portrait à l'huile, grandeur natu-
relle, et qui est très-apprécié par des con-
naisseurs.^ Il est signé: Wilbaut, à Châ-
teau-Porcien, 1777.
Ce peintre est-il cor\nu et classé dans
l'histoire et l'art? P. d'A
Gabriel JDumoulin, curé de Maneval. —
Quelque collectionneur normand pourrait-
il me dire s'il existe un portrait, un dessin,
un tableau ou une médaille représentant
Gabriel Dumoulin, curé de Maneval (an-
cien diocèse de Lisieux), né à Bernay,
vers le commencement du dix-septième
siècle, et mort en 1660 ? Ce savant ecclé-
siastique est Tauteur de l'Histoire gé- '
nérale de Normandie , etc. Rouen, Jean
Osmont, i63i, in-fol. et des Conquê-
tes et trophées des Normands-français
au royaume de Naples et de Sicile, etc.
Rouen, David Du Petit-Val, i658, in-fol,
E. P.
Jeton de présence de la tronpe Molière.
demèuranrà LVon7Te croîs cette recher"- 1 — Quelcjue lecteur de V Intermédiaire
che très-intéressante à foire et je la sou- | pourrait-il nous dire s il connaît yin jeton
N* 106O
L'INTERMÉDIAIRE
279
280
de présence qui se donnait aux comédiens
dans la troupe de Molière? Ce jeton était
d'argent ; il est aujourd'hui rarissime. A
défaut de l'original, pourrait-on indiquer
une empreinte y ou une gravure dudit
Jeton, mais d'une fidélité bien authenti-
que? C. D.
Un pendu de rinqnisition. — Voltaire
dit, dans Candide^ch, VI : «... Et Pangloss
fut pendu , quoique ce ne soit pas la
coutume. »
Pourrait-on m'indic|uer un exemple, ou
plusieurs, d'un hérétique pendu par suite
d'un jugement de la Très-Sainte Inqui-
sition ? Une prompte réponse obligerait.
P. Ch.
Le financier Beanjon frisant la potence.
— Ce Turcaret, ce Plutus à la mode, en
train de protéger chaudement en décem-
bre 1772 les débuts de Mademoiselle Rau-
court, aurait failli être pendu en 1 748.
Quels sont les faits venant à l'appui de
cette assertion oui se trouve dans Bachau-
mont? (Aucn.) H. Viemne.
>
Nom d'nn historiographe. — L'histoire
du chancelier Poyet (Londres, 1776,
in-8« de 3ôo p.) ^ été recueillie par un
anonyme qui se dit: historiographe sans
gages et sans prétentions. Quel est le
nom de cet historiographe, unique en
son^enre! Les auteurs des dictionnaires
spéciaux ont oublié de le signaler à la pos-
térité. (Lyon.) V. de N.
Famille de Convenant — Je désirerais
avoir la description exacte des armoiries
de cette famille (noble?), originaire de la
principauté d'Orange, et si c est possible,
des renseignements généalogiques.
(Amsterdam.) J. G. de G. J. Jr.
Les négociations dn comte de Gom-
minges. — A propos de Saint-Evremond,
on cite dans l^ncien volume de la collec-
tion Gaignières coté 763 étrange aujour-
d'hui dans le fonds français, à la Biblio-
thèque impériale, sous le n^ 22, 222, à la
page 274., le tome IV des Négociations du
comte de Comminges à Londres (page
207). Ces négociations auraient-elles donc
été imprimées? je n*en ai trouvé la moin-
dre trace ni dans la Bibliothèque histo^
rique du P. Lelong, ni dans le Catalogue
de l histoire de France de la Bibliothèque
impériale. Quelqu'un connaît-il un exem-
plaire des Négociations citées par Gai-
gnières? T. DE L.
Une édition des lettres de M»» de Sé-
▼igné de 1728. -— On sait que la 1^ édi-
tion des lettres de M"»« de Sévîgné parut
en 1726, à Rouen et à la Haye, mais d'a-
près deux manuscrits différents ; que cette
publication souleva de nombreuses récla-
mations, et que sur la demande de M™' de
Simiane, le chevalier de Perrin publia, en
1734, une nouvelle édition de ces lettres
a où les égards dus à 3f"»« de Sévigné et
au public étaient mieujc observés. » Sui-
vant les bibliographes, l'édition de 1734
serait donc la seconde. Cependant, je
viens d'en trouver une de 1728, sans in-
dication de lieu, mais qui paraît avoir été
imprimée en Hollande. KÛe est en deux
volumes in- 12, et contient 184 lettres. La
préface qui précède la lettre de M^ de
Simiane à Bussv, et qu'on a généralement
attribuée à ce dernier, mais qui avait été
imprimée sans nom d'auteur dans les deux
éditions de 1726, est intitulée, dans la
mienne : Pré/ace de M. de Bussy. Est-ce,
comme cela est probable, la contrefaçon
d'une des éditions de 1726? Et, en ce cas,
de laquelle? (Dieppe.) £. R.
c L'origine de la noblesse» • poème sa-
tirique. — 11 existe dans la langue danoise
un petit poème anonyme intitulé : « Lon-
gine de la noblesse. » Dans ce poème est
traitée l'idée, si souvent examinée autre-
fois, que la noblesse acquise par vertu e:
par de beaux faits, est seule digne de res-
pect, tandis que le gentilhomme, qui doit
ses lettres de noblesse à sa naissance, ne
mérite pas l'estime, s'il n'a pas travaillé
lui-même à s'en rendre digne. Ce poëme,
publié environ l'an 171 5, lit grand bruit,
eut plusieurs éditions, et provoqua d'au-
tres poèmes assez piquants sur le même
sujet. On l'a attribué généralement au cé-
lèbre savant danois, Frédéric Rostgaard.
qui avait été anobli par la grâce du roi
Frédéric IV. Mais on s'est trompé, car il
a laissé après lui quelques lignes , qui
prouvent qu'un autre auteur du même
temps, nommé W. Helt, avait fait la tra-
duction de ce poëme en danois. L'originsl
est sans doute français; mais qui en ti}
l'auteur? Où fut-il imprimé? Je serais
très-obligé, si quelqu'un des lecteurs de
V Intermédiaire pouvait m'aider à le trou-
ver. Voici, en français, le commencement
et la fin du petit poëme en question :
« Adam était un paysan et devait con-
duire la charrue, c'est ce que firent les en-
fants d'Adam et nos pères. Entre nous il
n'y a que cette seule différence que les
uns mènent encore la charrue, tandis que
les autres ont déjà dételé. Entre ceux qui
ont dételé, quelques-uns avaient déjà foi
leurs travaux au premier rouge du matin
sans peine, tandis que d'autres devaient
travailler jusqu'au soir. De là provient la
distinction des rangs, de là provient la dif-
férence entre homme et homme... »
tt Adam était un paysan et devait con-
duire la charrue, c'est ce que firent aussi
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
281 •-
282
[25 mai 1869.
les enfants d*Adam et nos pères. Les uns
ont déjà dételé, les autres mènent encore
la charrue. Mais ils peuvent dételer un
jour à leur tour, aussi bien que vous. »
Degener^ Aule, tuis Majoribus omnia debes ;
Debebit, credo, nil tibi posteritas.
(OvEN, hb. I, Epigr.)
(Copenhague.) G. Bruun.
}Srac la marquise de Verdelin, antenr
d'un roman inconnu. — M°^« de Verdelin,
célèbre par Tamitié et le diévouement
qu'elle porta à J.-J. Rousseau, avait com-
posé un roman dont le titre est inconnu,
mais dont l'existence est prouvée par ce
passage d'une lettre de Grimm à M™« d'E-
pinay.
a M. de Margency s'est brouillé avec le
«baron (d'Holbacn), parce que celui-ci
« s'est avisé de trouver très-médiocre un
« roman^ ni bon, ni mauvais, que vient de
v^ faire M^^ de Verdelin, J'espérois que
«cela se raccommoderoit. Margency
« s'obstine à ne plus revenir, et le baron
« à ne pas le chercher. J'en suis fâché...
« etc., etc. » {Mémoires et corresp. de
M^^d'Epinay.édit. i8i8,t. III. p.2o3.)
Cette lettre est adressée à M™« d'Épinay,
alors à Genève, peu de jours après la
brouillerie de Rousseau avec Diderot : ce
qui nous donne la date approximative de
la publication de ce roman de M"»® de
Verdelin, sans doute jugé trop sévèrement
par la coterie hol bachique dont elle ne
partageait pas les opinions.
Nous faisons appel à l'érudition des bi-
bliophiles pour découvrir le titre de ce
roman composé par W^ de Verdelin et
qui a dû être publié vers le mois de no-
vembre 1755. On peut d'ailleurs consul-
ter, pour cette date, Y Histoire de la vie et
des œuvres de J.-J, Rousseau de Musset-
Pathay. A. de B.
Renseignements sur les œuvres d'H. de
Balzac. — Désireux de préciser la date
réelle de publication des œuvres de Bal-
zac, je voudrais savoir où et quand, dans
quels journaux ou revues parurent pour
la première fois ses ouvrages suivants.
(Je les accom pagne ici de leurs dates dans
La Comédie humaine) :
Un drame au bord de la mer y 1834.
La Bourse^ i832.
Autre étude de femme j 1839-42.
La Grande Bretèche^ i832-3b.
L Illustre Gaudissart, i832.
Le curé de Tours, i832.
Un grand homme de province à Paris,
1838-09.
La Torpille, 1^32.
Jésus-Christ en Flandre, i833.
L'Eglise, iS3i.
Massimilla Boni, 1839.
Louis Lambert, 18^2.
Qu*est devenue La Frélore, nouvelle
donnée à M. de Sartorius pour paraître
vers 1839 dans le Livre d'or, recueil pu-
blié en concurrence de V Artiste et dont il
est question, entre autres dans la Vie de
Murger par trois Buveurs d'eau ? Balzac
en parle lui-même dans la préface de la
première édition à' Une fille d'Eve, 2 vol.
m-8®, 1839, préface supprimée dans toute
autre édition.
Qu'est devenue aussi V Ecole des mé-
nages, comédie en 5 actes, de Balzac, im-
primée sur placards à douze exemplaires
et lue par lui chez M"« d'Appony? Nous
trouvons ce renseignement clans un feuil-
leton de Gérard de Nerval, publié dans
la Presse du 7 octobre i85o, où il donne
aussi une analyse de la pièce. A ce propos,
nous ferons remarquer à M. Ulric (V, 184)
que le manuscrit de Richard Cœur d*E-
ponge passe pour se trouver entre les
mains de M. Emmanuel Gonzalès;il y a,
paraît-il, deux actes d'écrits et le plan
seul des autres; ce serait là néanmoins
une curieuse publication à faire paraître,
ainsi que XOrgon, écrit en collaooration
avec Laurent Jan, qui en a, dit-on, les
fragments entre les mains.
Paul Avril.
Les reliures de Madame de Ghamillart.
— A la vente des livres de M. le baron
Pichon, cinq ouvrages merveilleusement
reliés aux armes de Mme de Ghamillart ont
atteint le prix fabuleux de 10, 365 francs
(je dis bien dix mille trois cent soixante^
cinq francs). L'amour des beaux livres,
bien "habillés, annonce (en général) une
personne de goût, intelligente et instruite;
comment admettre ces tendances au dan-
dysme bibliomane chez la femme dont
Saint-Simon fait ce portrait? <t Elle était
« vertueuse et fort polie ; mais elle ne sa-
« vait que jouer sans aimer le jeu, faute
w de savoir faire autre chose ni que dire
a après avoir demandé à chacun comment
« il se portait. La cour ne put la former,
tt et, à dire vrai, c'était la meilleure et la
« plus sotte femme du monde et la plus
« inutile à son mari.... L'abbé de la
€ Broustière, son cousin-germain, sup-
a pléait pour le ménage, les affaires et
a l'arrangement domestique, à l'incapacité
tt de Mme de Ghamillart.» Je sais bien
qu'il ne faut pas toujours se fier à Saint-
Simon, quana il fait le portrait de ses en-
nemis; mais ici il parle d'une amie, qu'il
connaît à fond et depuis longtemps.
Madame de Ghamillart obéissait-elle à
une mode en se formant une bibliothè-.
que splendide? Mais alors quel est celui
qui savait si bien choisir les belles édi-
tions et imaginer ces reliures élégamment
doublées qui portent à Tintérieur le lé-
vrier et les étoiles des Ghamillart et les
fusées des Le Rebours ; on est obligé d'é-
No 106.J
L'INTERMjÉDJLAJRE
283
284
liminer Tabbé de la Broustière quand on
connaît le portrait qu'en fait Saint-Simon :
« C'était le meilleur homme et le plus en
« sa place, et le plus respectueux du
a monde, mais grand bavard, et savait
« fort rarement ce qu'il disait ni même ce
« qu'il voulait dire. »
A quelle époque les Chamillart, qui
possèdent encore la terre achetée par le
contrôleur général, ont-ils vendu cette
bibliothèque qui, par le goût et la recher-
che, égale presque celle de la comtesse de
Verrue? A. L.
Dictioniiaire de TAcadémie des Beaux-
Arts. — Dans un article inséré au Journal
des Débats du 23 janvier 1869, M. Viollet-
Leduc dit que l'idée de ce livre, conçue
depuis plus d'un demi-siècle, n'a pris
naissance que de nos jours.
Je crois que M. VioUet- Leduc se trompe.
On m'a prêté et j'ai sous les yeux un petit
in-i2 dont le titre a été arraché, mais heu-
reusement après s'être en partie reproduit
à l'envers, au moment de la reliure, sur
suivant: aDictionnaire portatif des Beaux-
Arts, ou abrégé de ce qui concerne l'ar-
chitecture, la sculpture, la peinture, la
gravure, la poésie et la musique, avec
(un mot illisible) de ces arts et l'explication
du terme et des mots qui leur appartien-
nent... Nouvelle édition, par M. La-
combe. M Le nom de l'éditeur ni celui de
l'imprimeur ne peuvent être déchiffrés,
mais le millésime de l'édition paraît être
1759.
Le Dictionnaire est précédé d'une épi-
tre aux Beaux-Arts, en vers, et d'un aver-
tissement dans lequel l'auteur dit que
l'accueil fait à la première édition de son
ouvrage l'a engagé à de nouveaux soins et
à de nouvelles recherches. En tête est ré-
gété le titre: Dictionnaire portatif des
ieaux-Arts, au-dessous d'une vignette as-
sez jolie, de De Sève, gravée parJ. P.
Lebas, 1732, représentant Apollon et huit
enfants occupés à dessiner, peindre, gra-
ver, faire de la musique, etc.
Le livre, bien imprimé à deux colonnes,
compte yill et 686 pages. Il se termine
par une iconologie abrégée. De même que
le Dictionnaire de l'Académie des Beaux-
Arts, il commence par le mot, Abaque;
avec les mêmes définitions et acceptions.
Il me semble évident qu'il a dû servir
aux auteurs du Dictionnaire moderne.
Peut-;être, dans ce cas, avait-il droit à une
mention qu'on paraît avoir voulu lui re-
fuser. Je l'ai vainement aussi cherché
dans Brunet.
Malgré ses deux éditions, ce Diction-
naire est-il donc devenu une rareté pres-
que introuvable? Gidoin.
Il est trop tard I (ï V, 389). - Voici la ré-
})onse que je trouve dans les Biographies
contemporaines par M. A. Bouliée ;t. l,
p. 1 12) : « M. de Sussy ayant témoigné le
désir d'être présenté à la Commissionmuni-
cipale, Lafayette lui-même le mit en rap-
port avec MM.de Lobau, Mauguin et Au-
dry de Puyraveau, seuls membres pré-
sents, mais, à peine eut-il commencé la
communication dont il s'était chargé, qu'il
fut interrompu par des exclamations ré-
pétées : // est trop tard, il est trop tard!
Charles X a cesse de régner le jour où il
a signé les ordonnances; le peuple a ac-
quis par son sang le droit de se choisir un
autre souverain ! ^ D'après cette version,
le cri n'aurait donc point été, comme on
l'a cru, un cri isolé; il aurait été un cri col-
lectif, un cri poussé par trois personnes,
et répété bientôt par cent mille autres.
EUQORRAL.
Méinoires secrets de Brillat-Savarin
(V, 7). — Ni M. Quérard {France litté-
raire), ni la Littérature française contem-
poraine (suite de l'ouvrage de M. Qué-
rard) , ni M. Otto Lorenz {Catalogue
général) n'enregistrent un volunoe de mé-
moires de Brillat-Savarin. Je puis donc
dire à J. £. G., en âme et conscience,
cju'aucun ouvrage de ce genre n'a va le
jour jusqu'à présent.
(Amsterdam.) H. Tiedeman.
a Recueil d'arrêts du Conseil des Dix >
(V, 7). — La raccolta en question n'est as-
surément pas une œuvre officielle, car il n'y
a point eu, depuis les incendies du Palais
ducal, en 1574 et en 1576, de documents
authentiques, dans les archives de Venise
qui permissent de faire remonter, à l'an-
née 726 , aucunes sentences judiciaires. Il
y a, à Venise, des chroniques en abon-
dance, mais les chroniques, tout en étant
le plus souvent d'un usage excellent, ne
peuvent être tenues pour des actes authen-
tiques. Les grands recueils manuscrits les
plus anciens, conservés aux archives de
Venise, ne portent pas de date antérieure
à l'année 1223 : ainsi le Liber pie giorum,
122 3 ; ainsi les Decreti del Ma^gior Con-
sigliOy 12 32 ; les Commemoriali, 1295;
encore peut-on dire qu'on chercherait vai-
nement sur leurs pages l'énoncé de con-
damnations judiciaires. Quant aux regis-
tres officiels du Conseil des Dix {Misti
Consilii Decem, actes mêlés), ils com-
mencent avec? la formation pleinement
établie et constituée dudit Conseil, en
l'an i3io, et le premier acte est daté du
10 décembre. La justice en matière cri-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 mai 1869.
285
286
rainelle ordinaire, rendue par différents
tribunaux, tels que le Proprio, la Qua-
ratifia Vecchifly et nuova, et criminale, ete,
a laissé aussi des archives, mais il n'est
pas un de ses papiers qui permette de con-
naître ses sentences avant le XIII® siè-
cle. Pour répondre à la seconde question
du possesseur du manuscrit k< Raccolta di
sentence, etc, » je dirai que parmi les noms
des secrétaires du Conseil des Dix qui me
sont connus , dans la seconde partie du
XVI Ile siècle, je n'en vois aucun dont les
initiales seraient P. G. Il y a bien un Gra-
denigo qui, précisément, s'est beaucoup
occupé à mettre en ordre les procès juges
par le Conseil des Dix, mais son prénom
était Giuseppe; il y a aussi unGhislan^oni,
mais de par son baptême il s'appelait Ber-
nardo. Ainsi, à notre connaissance, ^our
le moment, point de secrétaire avec les
initiales P. G., mais du fait de notre igno-
rance , il serait puéril de conclure qu'il n'y
eut pas de secrétaire aux Dix, dont le nom
et le prénom fussent aux initiales P, G,
L'honorable chercheur fera donc bien d'é-
crire à Venise, à ce sujet, et s'il s'adresse
à la parfaite obligeance du jeune et actif
employé aux archives, M. Luigi Pasini,
je le puis assurer qu'il n'aura qu'à se
louer et de la démarche et de la réponse.
Je suis plus heureux avec la troisième
question, à laquelle je réponds en disant
que,depuispiusieursannées(i867), M.Giu-
seppe Tassmi, auteur d'un livre intéres-
sant; (( Origini délie denomina^fioni stra-
dali di Vene^iay » publie en livraisons un
recueil dont le titre me semble fait pour
mériter l'attention du possesseur du ma-
nuscrit ; « Raccolta di sentensfe^ etc. » Ce
livre est le recueil des condamnations qui
ont eu le plus de retentissement à l'épo-
que où la République des Vénitiens faisait
figure parmi les Etats de ce monde: a Al^
cune délie piU clamorose Condanne capt-
tali eseguite in Vene^ia sotto la Repu-
blica.n (A Venise, Cecchini, éditeur.)
Armand Baschet.
Sieyès et la division de la France (V,
36). — « La bibliothèque de Versailles pos-
« sède une caisse en maroquin rouge ayant
^ appartenu à Madame Adélaïde, sur le
« couvercle de laquelle on lit :
La France
en des carrés de dix grandeurs uniformes
régulièrement gradués par le nombre neuf,
dont la mesure et le nivellement,
établis à perpétuité sur le terrain,
ofEriront enfin des bases certaines
aux propriétaires et à l'administration.
A Madame Adélaïde.
« Cette boîte renferme plusieurs cartes
« de France, à diverses échelles et de di- I
« verses dates, 1780, 1784 et 1786- Le tbut
a est un projet de cadastre dans lequel
« (carte de 1786) la France est divisée en
« neuf grands carrés ou régions^ subdivi-
« ses chacun en neuf carrés secondaires ou
« contrées, qui se subdivisaient en districts,
« territoires, bans, cantons, ténements,
« carreaux, pièces, mesures. C'est tout le
« projet de Sieyès : divisions en carrés, di-
« visions par neuf; noms des subdivisions
V. {districts , cantons), et, pour dernière
« preuve, la carte des quatre-vingt-trois dé-
a parlements, publiée par ordre de l'Assem-
« se m bis e, partage la France en neuf ré-
« gions, dénommées d'après les points
« cardinaux. — L'auteur de ce projet de divi-
« sion cadastrale est Robert de Hesseln,
o géographe de la ville de Paris, et auteur
« d'un Dictionnaire (géographique) univer-
a sel de la France encore estimé. Les bio-
tt graphies ne font aucune mention de ce
a savant. » {Géographie historique de la
France^ par L, Dussieux. Pans, Didot,
1 843 , in-S ; feuillet supplémentaire placé
après la préface).
Selon Ersch, Quérard et Bégin {Biogra-
phie, de la Moselle), qui ne donnent point
d'autres détails, Mathias Robert de Hes-
seln, d'abord professeur de langue alle-
mande et inspecteur des élèves de l'Ecole
royale militaire, devenu ensuite censeur
royal, né à Falkenburg ou Foulquemont
(Moselle) le 20 mars 1733, serait encore
auteur de Nouvelle topographie ou des-
cription détaillée de la France, 71 cartes,
avec les Discours. Paris, lySS, in-folio. —
Il serait intéressant de s'assurer ici si ce
dernier ouvrage ne contiendrait pas, en
substance ou en totalité, la publication des
Manuscrits (?) de Versailles découverts par
M. Dussieux. Les plus récentes biogra-
phies ont continué à passer sous silence
Kobert de Hesseln.
(Ep.ernay.) Suîjm cuïqi;^.
Fil d'arclial (V, 59). rr- Du latin auri-
chalcum lactice, fil de ipétal, dit Napoléon
Landais. — L'Académie et Wailly se bor-
nent à dire : Fild'archal, ftl de fer. — Dans
le Dictionnaire latin-français de L. Qui-
cherat et A. Daveluy (Paris, 1847), je
trouve : « Aurichalcum (aupov, 5^aXy,6ç),
Plaut. Isid., métal composé de cuivre et
d'étain (ou de zinc?), laitop ou similor.
Voy. Orichalcum.
« Orichalcum (ôpstxaXîWv), Hor. Diom.,
laiton, cuivre blanc.
K Orichalca, pi. V- Flaccus, armes ou
bouclier? » — Dans la farce de Colin qui
loue et despite Dieu en ung moment à
cause de sa femme (t. I*' de V Ancien Théâ"
tre françois, de l'édit. elzév., p. 286, je
ils :
Mais que le froit resriençne en chault,
Votre dur cueur s'amollira.
N» io6.]
L'INTERMÉDIAIRE
287
288
S'il ne tient plus que fil d'archault,
J*espère qu'il m'accueillira.
O. G. P.
— a Archal est une forme altérée, pour
orchaly et orchal est le latin aurichalcunty
cuivre d'or, c'est-à-dire jauni par un mé-
lange. » Génin, Récréations philologiques,
t. !•', p. 333. C. D.
Sainte Geneviève ( V^ 1 2 7). — Aux ouvra-
ges cités comme relatifs à la vie de sainte
Geneviève, il faut joindre le suii^ant dont
j*ai sous les yeux un bel exemplaire: HiS'
toire de ce qui est arrivé au tombeau de
Sainte Geneviève^ depuis sa mort jusqu'à
présent ; et de toutes les processions ae sa
châsse. Sa vie traduite sur V original latin
écrit dix-huit ans après sa mort. Avec le
même original revu sur plusieurs anciens
manuscrits. Paris , Urbain Coustelier ,
.MDCXCyiI, in-S».
Il contient 20 pages préliminaires, non
numérotées; 41 pages, pour la vi>; 3 non
numérotées, pour le Privilège; 98, pour
Ihistoire chronologique de ce qui est
arrivé au tombeau de Sainte Geneviève^
depuis sa mort jusqu'à présent; 2 p. non
numérotés, pour la liste des porteurs de
la châsse y presque tous marchands consi-
dérables; XXXVI, pour la vie latine, col-
lationnée sur neuf anciens manuscrits.
L'auteur est le P. Charpentier, cha-
noine, qui n*a cependant pas signé la dé-
dicace, du moins dans tous les exemplai-
res. La Biographie Michaud (article Gene-
viève)^ donne à son livre, par erreur, la
date de 1687 ^^ lieu de de 1697.
L. DE La Sicotière.
— L'article bibliographique qui forme
la seconde partie du livre de M. Bougy est
de M. Pinçon de la Bibliothèque Sainte-
Geneviève (en matière de bibliographie, il
est bon de rendre à chacun, etc.) Depuis
1847 il a été publié un certain nombre de
biographies ae sainte Geneviève, voir le
Journal de la librairie. Voir aussi l'article
de M. Camille Lebrun dans la Biographie
générale Hœfer-Dldot, T. IX.
A. DUREAU.
Gourgandine (V, 1 34). — Le vêtement a
pris le nom de la femme, et non la femme
celui du vêtement. D'ailleurs, origine cer-
taine inconnue. Le Héricher le tire de
forcj prostituée, et gaudir^ réjouir. Voir
ittré, dont il faut toujours en semblable
occurrence consulter l'inestimable diction-
naire. A. DuREAU.
-^ 11 n'était autrefois bruit que de gourgandines
Qui s'amusaient pour tout de bon,
Et mouraient, après, sur la paille.
Mais les mœurs ont changé, ne laissant rien qui
Et Plutus maintenant a rasé Cupidon. [vaille, J
L'Amour n'existe plus — par sa fautes Hélas
[non:
Nos gandins d'aujourd'hui sont des... courent-
\gandinîil
U.
Prénoms défendus (IV , 134). — Sans
remonter aux Calendes..., ne se souvient-
on pas bien qu'il y a deux ou trois ans à
peine M. Alexancire Dumas fils dut recu-
ler devant des difficultés insurmontables
autant qu'inattendues, quand il voulut
faire inscrire à l'état civil de Paris, avec le
prénom choisi par lui : Jeannine, sa petite
fille qui venait de naître?
o Jeannine ? maiscà n'est pas çàun nom
de saint du calenarier ? » arsuait l'em-
ployé grincheux, pour toute réponse.
Comme si Jeannine n'était pas simple-
ment un diminutif de Jeanne,
Tous les journaux du temps ont ra-
conté cette curieuse anecdote devenue par
eux de l'histoire. Ulr.
« C!rede9[niaab8nrdnnii>(V,i45).— Leib-
niz pensait comme M. Tiedeman : après
avoir cité le mot sous le nom de Tertu!-
tien {Nouveaux Essais sur Ventendemeri
humain, livre IV, chap. 17), il ajou-
(Qu'une personne de la plus jurande éléva-
tion (il veut parler de la reme Christine
disait qu'en matière de foi il fallait se cre-
ver les yeux pour voir clair. Notons que
Joubert [Pensées et Correspondant]}
presque répété le mot de la reine Chris-
tine. M. Renan, lui aussi, attribue à Tertul-
lien {Etudes d'histoire religieuse) le mot
que Voltaire {Dictionnaire philosophique]
a prêté à saint Augustin. C'est là que M. La-
rousse est allé le prendre. Yezimat.
(cLe Miroir delà jeunesse» (V, i49).-7/^,
ne connaissais ni ce titre de la Civilité
puérile, ni le nom de l'auteur. Mais si le
Miroir de la jeunesse n'est autre que la
Civilité, et si la Civilité en est la reproduc-
tion, je puis renseigner M. J. B. sur l'une
des reimpressions.
Je possède un livre sans date, mais dont
l'approbation, datée du deuxième jour de
juin, sans indication d'année, est signée
de Danchet. Or, l'abbé Danchet étant
mort en itSS ou 1748, suivant Sabatier,
dans les Trois Siècles de la littérature.
l'exemplaire que j'ai est de la première
moitié du XVIII» siècle. Peut-être serait-
il aisé de préciser davantage, si l'on savait
en quelles années Danchet a été censeur.
. En voici le titre :
« La Civilité honneste pour l'instruction
a des enfans, en laquelle est mise aucom-
« mencement la manière d'apprendre à
a bien lire, prononcer et écrire; de nouveau
a corrigée, et augmentée à la fin d'un très-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
« 289
[23 mai 1869.
290
a beau traité pour bien apprendre Tortho-
« graphe: — dressée par un missionnaire.
a EnsemSle les beaux préceptes et ensei-
a gnemens pour instruire la jeunesse à se
a bien conduire dans toutes sortes de
compagnies. » A Trqyes, ches[ Baudot,
imprimeur-libraire, rue du Temple, avec
permission, in- 12,
Dans l'intérieur du livre, au haut de
chaque page, le titre est un peu différent :
La civilité puérile et honnête,
La première partie du livre, en 56 pages,
contient tout ce oui est annoncé sur le
titre, sauf le traite d'orthographe. A la
suite, de la page 57 à la page 78, sont les
126 quatrains du seigneur de Pibrac (Guy
du Faur), suivis de 1 explication, en deux
pages, de quelques mots anciens qui se
trouvent dans les quatrains précédents,
et enfin, jusqu'à la page 88 et dernière,
d'un nouveau traité d^ orthographe, promis
par le titre.
Ce livre est presque entièrement im-
primé en caractères cursifs, c'est-à-dire
imitant l'écriture, connus en typographie
sous le nom de caractères de civilité, La
préface, les titres intérieurs, l'explica-
tion des mots anciens et le traité d'ortho-
graphe sont imprimés en caractères ordi-
naires.
Il suit de cet exposé que mon livre doit
offrir quelques différences avec le livre
primitif, quoique probablement le fond,
c'est-à-dire les règles de civilité soient les
mêmes. Il serait curieux de vérifier, et je
regrette d'autant plus de ne pouvoir le
faire que les premières éditions sont de-
venues très-rares, comme celles de tous
les livres mis dans les mains des enfants
et par là même voués à la destruction.
« Cet âge est sans pitié. »
Dans le Manuel du libraire (3« édition,
1820, 3« vol., p. 75, i" colonne, je trouve :
« Pibrac (Gui au Faur de). Les quatrains.
« De la manière civile de se comporter
« pour entrer en mariage avec une demoi-
« selle (par le même). Amst. Van der Ha-
« ghen, in-80, 6 à 9 francs. »
Cela explique pourquoi, en général, la
Civilité puérile et honnête est suivie des
Quatrains, lesquels présentent d'ailleurs
d'excellentes maximes, quelquefois expri-
mées en très-beaux vers, à mettre dans les
mains des enfants.
Je trouve aussi dahs la 3« partie du Ca-
talogue de la bibliothèque de M. Dinaux,
page 18, au n» 98 : « La civilité françoise
« pour l'instruction de la jeunesse, ensei-
« gnant leur devoir tant à l'égard de Dieu,
« du prochain, que d'eux-mêmes, et pour
« se bien conduire dans toutes sortes de
«compagnies. y^Mons, 17 14, in- 12.
Est-ce le même livre sous un autre titre
ou une imitation? C'est ce que je ne sau-
rais dire. E. G. P.
Prussiens et Russes (V, i56).— Le pas-
sage suivant, détaché d'un article de po-
lémique historique, de M. Henri Martin,
contre la Revue de l'instruction publique,
(Journal Le Siècle, n® du samedi 27 mars
1869, édition des Départements) n'est- il
pas bien à sa véritable place, dans les co-
lonnes de Y Intermédiaire:
a Non, il n'y a pas un peuple russe qui
soit le même peuple à Pétersbourg et à
Moscou, à Kiew et à Lemberg. On appli-
que ce nom de Russes à des peuples tout
à fait difïérents d'origine, de mœurs et de
génie, et qui n'ont de commun que d'avoir
été sujets de diverses branches des princes
varègues-russes. Le nom de Russien s n*çst
pas aifférent de celui de Russes; mais le
peuple russe, que nous appelons russien
ou ruthène pour éviter l'équivoque, est un
peuple purement slave, tandis que l'autre
peuple russe, que nous appelons mosco-
vite parce que c'est son vrai nom, n'est,
au fond, ni slave ni européen... » Ulr.
— Avant la constitution des Etats mo-
dernes, on appelait indistinctement Scy-
thes ou sarmates tout^ les diverses peu-
plades de l'Europe septentrionale. Les
deux monarchies russe et prussienne sont
d'une date relativement récente : la pre-
mière a été fondée en 1689 par Pierre le
Grand et la seconde en 1688 par Frédé-
ric I«^ Pierre ne tarda pas à substituer au
nom que la postérité des Sarmates avait
reçu de sespères,jeveuxdireàRUSSACII
(voir Clavier, p. 246), celui de Moscovites,
comme Moscovie à Sarmatie et à Scythie.
Cependant les sujets de Frédéric rece-
vaient, de la place même qu'ils occupent
sur le globe par rapport aux Russes, une
appellation qui nous les montre situés en
avant et comme sur le seuil ou les mar-
ches de la Russie. Ils sont dits encore au-
jourd'hui et à jamais, BORVSSI, ce qui
équivaut à PRO-RUSSI, comme BORVS-
SIA est l'abrégé ou la syncope de PRO-
RVSSIA.
Au total donc, PRUSSIA, le même que
BORVSSIA, revient à PRO-RVSSIA,
Russie avancée; et PRVSSI, qui n'est pas
autre que BORVSSI, laisse assez entre-
voir PRO-RVSSI, Russes aux avant-pos-
tes. Au fait, les Prussiens, que sont -ils,
que les Sarmates d'autrefois, que les Mos-
covites sentinelles d'hier? Quant à la dé-
sinence en ES, au lieu de lENS, elle ne
doit pas plus étonner dans les Russes que
dans les Belges, les Druses, les Bohèmes,
les Avares, etc.. J. P.
La lettre X (V, 177, 262). — M. Dusein
paraît s'étonner qu une langue possédant,
comme la langue latine, les sons CS et
GSy ait pu se passer pendant longtemps
de la lettre double X qui représente ces
N» io6.]
L'INTERMÉDIAIRE
291
292
deux combinaisons. Il est bien plus éton-
nant qu'on ait jamais eu l'idée de rem-
placer par un signe synthétique les deux
lettres qui exprimaient logiquement et
analytiqucment deux articulations dis-
tinctes. Ducs^ /^^5, valaient cent fois
mieux que dux, lex, puisque les cas obli-
ques, ducis, ieffïs, etc., s'y référaient tout
naturellement.
Nous avons reçu des Romains cette ma-
lencontreuse lettre avec tout le reste : et
elle n*a pas peu contribué à augmenter
les bizarreries de notre prononciation.
Dans beaucoup de cas, de lettre double,
gutturale-sifflante , elle est tombée au
rôle de sifflante pure, et remplace peu
avantageusement la lettre 5, qui suffisait
parfaitement à cet emploi. Maudit soit
donc le scribe du moyen 3ge qui, sans
doute pour se poser en savant et raffiner
sur ses confrères, a écrit le premier che-
V ait jc au lieu de chevaus {caballos) , et
deux au lieu de deus{duos)! Dicastès.
Pourquoi le Concile de Trente fut-il
transféré à Bologne? (V, 180.) — Peut-
être trouverait-on la source de cette anec-
dote, d'ailleurs fort contestable, dans
V Histoire du Concile de Trente de Fra
Paolo Sarpi, que je n'ai pas sous la main.
Sforza Pallavicini, historien orthodoxe
de ce même Concile, dit u qu'il s'était dé-
tt claré à Trente des fièvres pestilentielles,
a accompagnées de pourpre, c'est-à-dire
a comme l expliquait Fracastor, selon la
« définition de Galien, des fièvres tout à
a la fois contagieuses et le plus souvent
a mortelles. »
11 s'ajgit du typhus épidémique , qui
avait fait apparition en Italie en i5o5 et
i528. Voir, à ce sujets H. Fracastor ii de
contagione et contagiosis morbis. Lib. II,
cap. G; — l'étude sur Fracastor, du
D^ Prosper Yvaren; — l'histoire des
Maladies e'pidémiques, d'Ozanam.
(Chauny.) D*" A. Warmont..
— La réponse à cette question se trouve
dans V Histoire du Concile de Trente par
le père Sforza Pallavicini, de la Compa-
gnie de Jésus, cardinal de la sainte Eglise,
mort en 1667. — Le concile était réuni
depuis le i3 décembre 1545, la VII® ses-
sion avait eu lieu le 3 mars 1 547. « Il sur-
« vint, à Trente (Livre IX, ch. XII, n® 4)
« une maladie , le pourpre, accompagnée
« d'une mortalité extraordinaire et d'in-
« dices de contagion sur les corps; ce
« qui effraya d'autant plus les pères du
a concile, que la mort s'approcha de plus
a près : car ils virent périr de ce mal, trois
« jours après la session, Févêque de Ca-
« paccio et peu auparavant le général des
a mineurs, avec quelques membres à la
« suite des légats. »
a N** 5. Les légats demandèrent d'abord
[
i
< Tavis^des hommes del'art sur la maladie
« régnante ; il y avait là deux médecins
tt étrangers très-célèbres, le premier Bal-
ci duino Balduini, de Barga, attaché à la
a maison du premier légat ; Vautre, Jé-
« rôme Fracastor, de Vérone, qui avait
« été envoyé comme médecin du concile,
tt et qui avait la réputation du plus grand
« médecin de son temps...
a Ces deux médecins convinrent que la
« maladie présentait des signes de conta-
« gion et des symptômes de peste qui se
« développeraient ensuite, lorsque la tem-
« pérature serait plus chaude, et que les
« personnes délicates y seraient plus expo-
tt sées que les autres. C'est pourquoi Fra-
« castor protesta qu'étant venu là pour
a remédier aux fièvres et aux autres ma-
« ladies ordinaires, mais non à la peste,
« son service cessait.
€ Ch. XV, n*» I. Les légats ordonnèrenî
tt que Severolo, promoteur du concile, fit
a une enquête sur l'existence de la mala-
« die contagieuse dont on était menacé.
« Les pères se réunirent le matin da
« 1 1 mars dans l'église cathédrale ; ils
« étaient revêtus de leurs habits poo-
u tificaux... A la demande du cardinal
a Pacheco, on lut les attestations des ώ-
a decins, les questions faites aux témoins
« et leurs réponses. Ces témoins étaien:
« en grand nombre et de diverses classes.
a Leurs témoignages contenaient que, de-
u puis longtemps, il s'était déclaré dans
« cette ville des maladies de fièvres pesti-
« lentielîes , accompagnées de pourpre,
M c'est-à dire, comme l'expliquait Fracas-
tt tor selon la définition de Gallien, de
« fièvres tout à la fois contagieuses et le
« plus souvent mortelles, qu'il mourait
« beaucoup de monde de cette maladie...
tt Fracastor, en reconnaissant devant no-
« taire l'attestation qu'il avait écrite en
« particulier, y avait ajouté : Je jure sur
« ce papier, lors même qu'on me donne-
« rait cent écus par jour, je ne resterais
« plus un mois a Trente, et celui qui y
« restera s'en repentira. »
« N°2. Cela fait, le cardinal Del Monte,
« l'un des légats du Saint-Siège , proposa
« le décret de translation du concile à
« Bologne » qui fut accepté par la majo-
rité des pères du concile.
(Metz.) D'H.
Les affaires, c'est l'argent des antres
(V, 2o3). — On lit dans les Bruits de lu
Semaine du journal le Figaro (num. du
jeudi 18 février 1864) V entrefilet suivant,
sous la signature de M. Jules Claretie:
« Il est dangereux, auteurs dramatiques
mes amis, d'avoir affaire à M. Edouard
Fournier.
« Lisez la Patrie d'avant-hier, et vous
verrez que cet érudit,qui sait tout, n'ignore
pas où vous prenez vos mots.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
•ji'^ -— ^
293
[25 mai 1869*
294
«Ah! M. Dumas fils, vous faites dire
ceci dans la Question d'argent :
« — Qu est-ce que c'est donc que les af-
faires^ Monsieur Giraud}
« — Les affaires^ c'est bien simple, c'est
ïargent des autres.
a Vite, M. Edouard Fournier pique une
note à votre dialogue, et il se trouve que
i^otre mot a été commis, il y a plus de trois
:ents ans, par Béroalde de Verville. »
Ulr,
— Comme il y a fin à tout, voici sur
;e mot le dernier mot. M. de Montrond,
issez libertin pour savoir par cœur les
:ontes du Moyen de parvenir, l'y avait
trouvé tout fait. Jugez-en:
Il PÉTRARQUE .* Mais de quoi sont com-
posées les affaires du monde ?
« Quelqu'un : Du bien d'autruî. » {Le
Moyen de parvenir, par Béroalde de Ver-
ville, i856, in-iS, XXXIV, p. 184.)
11 y a déjà longtemps que j'ai noté cette
petite curiosité dans V Esprit des autres
[4^ édition, 1861, in-i8, p. 86.).
E. Fournier.
La Société « Aide-toi, le ciel t'aidera. »
V, 204). — Nous découpons, pour nos
imis de V Intermédiaire, le petit fragment
suivant, dans u n intéressant article consa-
cré par M. A. Nefftzer {Le Temps ,
21 avril 1869) ^ ^^ publication récente de
^Histoire du /Gouvernement parlemen-
taire, de M. Duvergier de Hauranne :
« L'homme impopulaire d'alors, M. de
/illèle, trouvait naturel et. légitime qu'à
a centralisation politique et admînistra-
ive, dont il disposait, le libéralisme oppo-
sât une action combinée et comme une
iutre centralisation, celle de la société :
Ude-toi, le ciel t'aidera, qui, de Paris,
ayonna sur la France entière. Cette so-
iété elle-même réunissait toutes les nuan-
es de l'opposition, depuis les plus modè-
les jusqu'aux plus avancées, depuis M. Gui-
ot qui la présidait jusqu'à MM. Bastide
t Thomas, du futur National. C'est par
union de tous les efforts que la victoire
il obtenue, etc. » Truth.
Encore nne phrase des c Commentaires »
3 César (V, 209). — MM. Artaud, Stof-
1, de Saulcy, Sommer etQuicherat, tout
1 essaim de savants de l'Université, de
\rmée et de l'Ecole des Chartes, se sont
icrimés à qui mieux mieux autour d'une
mvre petite phrase des « Commentaires »
' César. Le passage, j'en conviens, en
iut la peine et il est de la dernière impor-
nce , puisqu'il précise strictement le
'éâtre d'une action décisive. Mais en re-
inche, une telle divergence d'opinions,
e la part des interprètes, dans un endroit
lucide, témoigne assez que les latinistes
s'en vont. Quoi qu'il en soit de mes re-
grets, je me contenterai de rappeler briève-
ment que César, au chap. 69 du livre Vit,
entre autres détails où il entre au sujet de
la description d'Aîesia, nous fournit les
suivants: « En avant de la place d'Alesia,
s'étendait une plains d'environ trois mille
pas de longueur. — Sur tous les autres
points, la ville était entourée de collines
peu séparées entre elles et d'une égale hau-
teur, a C'est donc après nous avoir mis
sous les yeux d'une manière aussi saisis-
sante la topographie et comme le plan
d'Alesia, que l'historien, dans le chapitre
suivant ou LXX« du même livre VII, nous'
fait assister en pensée à une mémorable
bataille et alors îl s'exprime en ces termes :
« Une fois l'ouvrage commencé, il s'engage
un combat de cavalerie dans une plaine
qui à la faveur de l'interruption ou « in-
termittence » des collines (environnant la
ville de toutes parts, excepté de ce côté-
là), s'étendait, comme je l'ai montré plus
haut, sur une longueur de trois mille pas.
— Opère instituto, fit équestre prœlium
in ea planitie quam, intermissam colli-
bus III millia passuum in longitudinem
patere supra demonstravimus. » A coup
sûr, ce texte est des plus clairs : il n'y a
pas, il ne saurait y avoir de contradiction
sous la plume de César, et le chapitre 70
n'est pas un démenti donné au chapitre 69
du Vil® livré des « Commentaires. »
Mais, qu'il me soit permis d'en faire la
remarque en passant, « entrecoupée » est
un faux sens dans la version de M. Artaud,
comme «entourée» danscellede MM. Stof-
fel et de Saulcy. Semblablement, MM. Som-
mer et Quicherat ont trouvé le secret de
se tromper d'une façon toute neuve et qui
n'appartient qu'à eux: le premier traduit
« intermissam » par « entre » et le second
par « encaissée. » Pourtant, quoi de plus
simple et de plus intelligible que le récit
du grand capitaine? Tout à l'heure il nous
a peignait » comment Alesia est en quel-
que sorte cerclée d'une ceinture de colli-
nes à tous les points de sa circonférence,
moins un; et voilà que, à présent, parce
quil a affaire à un lecteur doué de mé-
moire autant que d'attention, il désigne
pour ainsi dire du doigt l'emplacement
d'un célèbre combat de cavalerie. Si la
plaine où se livra la bataille est aussi longue,
c'est, dit-il, parce que à cet endroit, en
avant d'Alesia,estinter ompue, suspendue,
la chaîne des buttes, aes éminences qui
partout ' ailleurs investissent et envelop-
pent la cité.
Toute la difficulté du passage contro-
versé, et elle n'est pas grande, tient, com-
me on le voit, à la signification du mot
« INTERMISSAM, ENTRE-LAlSSEEo ^
ce qui est un peu bien différent de « EN-
TRELACÉE. » Le même écrivain, dans un
autre endroit de son immortelle relation,
veut-il, en traitant d'une ville, qu'un fleuve
K« 106.J
L'INTERMÉDIAIRE
295
296
entoure de tous les côtés moins un, nous
faire voir ce point unique par où elle est
accessible de pied sec à rennemi, il ne
manque pas de se servir de l'expression
tout à fait identique : « Qua fluvius IN-
TERMITTIT, » à l'endroit où le fleuve
« CESSE D'ENTOURER » la ville.
Depuis tantôt un ouart de siècle la Gaule
est pour la France l'objet d'une myriade
d'investigations et de mémoires. Il me
semble, sauf meilleur avis, que la première
assise du monument à ériger en 1 honneur
du passé le plus reculé de notre patrie
par l'élite des érudits et des philologues du
aIX* siècle, devrait être le livre même de
César, édité, commenté et traduit d'une
manière vraiment digne de César. .
J. P.
— Je crois que l'on peut joindre H. Mar-
tin aux écrivains qui ont compris que la
plaine était entre les collines; car bien
qu'en lisant ce passage de son livre il pa-
raisse évident qu'il décrit de visu le mont
Auxois et ses environs, il n'est pas proba-
ble qu'il eût voulu reconnaître une plaine
entrecoupée de collines dans celle dont il
dit : « Du quatrième côté, une plaine d'une
lieue de long s'étend entre les racines du
mont et la rivière de Brenne. » Par contre,
M. Ch. Louandretraduit : a La plaine entre-
coupée de collines, » et le Dictionnaire de
Noël, qui explique intermissus par inter-
rompuy discontinué, mène à la même in-
terprétation du passage des Commentai-
res. Mais si tel est le sens habituel du mot
intermissuSf ce n'est pas son sens naturel,
celui qui résultait de sa composition. Cela
deviendra évident si on le décompose, si
on sépare les deux mots dont il se forme;
et « planities missa inter colles n'aurait
jamais donné l'idée d'une plaine entrecou-
pée de collines. C'eût été : « colles missi
mter planitiem, » et en coiîtractant les
deux mots en un : « planitiei colles inter-
missi; « car il faut remarquer que si l'on
traduit la phrase de César par a plaine en-
trecoupée de collines, » coÙibus se trouve
à l'ablatif; mais il est au datif pour ceux
qui y voient a une plaine entourée de col-
lines ; une plaine envoyée (par la main qui
a construit la terre) entre les collines pour
les séparer. » Je crois donc probable que
ce dernier sens est le véritable, et que in-
termissus peut très-bien avoir conservé là
sa signification primitive et étymologique.
Ne pourrait-on pas même aller plus loin, et
demander ce qu'est une plaine entrecou-
pée de collines ; car si les collines ne sont
qu'à une faible distance les unes des au-
tres, l'intervalle qui les sépare ne se nomme
plus plaine^ mais vallée. Si cette distance
est considérable, ce n'est plus une plaine,
mais deux ou plusieurs plaines séparées
par des chaînes de collines. Cette observa-
tion a un peu l'air d'une chicane ; mais je
crois pourtant qu'une topographie exacte
ne la repousserait pas; une topographie
exacte, comme doit être celle d'un général
qui lève le plan de son champ de bataille.
O. D.
— Procédons par ordre. Voici, d'après
le texte d'une édition des Commentaires^
Barbou, Paris, i8o3, la description que
donne César de la plaine qui fait l'objet de
la question de J. Mt. : a An te oppidum
« planities circiter millia passuum trmm in
a longitudinem patebat : reliquis ex om-
tt nibus partibus colles, mediocri interjecto
« spatio, pari altitudinis fastigio oppidum
« cingebant. Sub muro,'quae pars collis ad
« orientem solem spectabat, hune omnem
n locum copias Gallorum compleverant;
« fossamque, et maceriam sex in altîtudi-
a nem pedum praeduxerant. » Voici d'a-
bord la traduction de Wailly : « Il y avoir,
a devant la ville, une plaine d'environ une
a lieue (3, 000 pas) de long; de tous côtés,
c des collines peu éloignées et de la même
« hauteur entouroient la place. L'ennemi,
tt campé au pied des murs du côté qui re-
tt garcfe l'orient, occupoit tout le coteau de
a ce côté-là , et avait devant lui un fossé ei
« une muraille sèche haute de six pieds. >
De Wailly traduit hune omnem locum par
tout le coteau,' je ne sais pourquoi il sup-
pose que tout cet endroit était un coteau.
Voici maintenant la traduction de J.-B.
Varney. Paris, MDCCCX: a La place df
« mine une plaine d'environ trois mille pas
u de long. Des coteaux de la même hau-
c teur, et séparés les uns des autres par de
a petits intervalles, Fenvironnent de toutes
a parts. Les Gaulois, campés près des murs,
a couvraient la pente orientale de la col-
a Une. Ils défendoient leur front par uQ
« fossé et par un mur sec d'environ six
« pieds d'élévation. » Ce traducteur sup-
pose aussi oue les Gaulois étaient postés
sur une colline. De Wailly et Varney ne
sont -ils pas préoccupés de la nécessité
de concilier ce texte avec celui qui doit
suivre?
Pour moi, je ne vois pas qu'il s'agisse
d'une colline ; il me semble que c'est la
plaine qu'ils occupaient. D'autre part^^ je
ne vois pas que cette plaine ne puisse être
entrecoupée de coteaux, distincts de ceui
qui entouraient la place de tous les autres
côtés. César ne le dit pas ici ; mais il se
peut qu'il l'ait dit plus loin pour expliquer
l'action oui doit s y passer. Voyons donc
le second texte. Il est inutile de le répéter,
puisque mon édition le donne absolument
pareil à celui de M. Artaud. Examinons
les deux traductions :
i® Traduction de Wailly : « Pendant
o qu'on travailloit à ces ouvrages, il se
« donna un combat de cavalerie dans la
« plaine entrecoupée de collines, qui, com-
a me nous l'avons dit plus haut, avoit une
• lieue d'étendue. »
2® Traduction de Varney : « A peine
« avait-on mis la main aux preniiers ou-
« vrages, que la cavalerie gauloise et la
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
- 297
298
[25 mai 1869.
: cavalerie romaine engagèrent une action
1 dans la plaine entourée de coteaux et
: dont nous avons déjà décrit l'étendue. »
Le Dictionnaire latin-français de L.
Juicherat et A. Daveluy dx)nne au mot in-
ermissus divers sens : Cces. placé entre
au propre et au figuré;. Cas» laissé libre,
noccupé. Cces, séparé, espacé.
Il ne cite pas la phrase en question, qu'il
)araît que cite le Dictionnaire français-
atin de L. Quicherat.
Mais on voit que, d'après les citations
:i-dessus, on peut entendre le texte de
!^ésar des deux manières, et que deux tra-
ducteurs estimés l'ont, en effet, entendu
différemment.
En résumé, je ne vois pas de contradic-
tion absolue entre les deux textes de César.
Les collines qui entouraient la place de
tous les côtés autres que celui où était la
plaine, sont indépendantes de celles doi^t
la plaine pouvait être entrecoupée, et n'en-
touraient évidemment pas cette même
plaine. Au contraire, cette partie du texte
semble indiquer plutôt que la plaine en
était tout à fait dégagée.
Je suis donc fort disposé à comprendre
le mol internaissam collibus par entre-
coupée de collnneSy d'autant mieux aue si
cette plaine avait été entourée de collines,
et par conséquent naturellement défendue,
il n'y aurait plus eu nécessité, pour les
Gaulois qui 1 occupaient , de l'entourer
d'un fossé et d'un mur de six pieds de
haut. S'ils avaient cru cette précaution
utile ou nécessaire pour une plaine proté-
gée par des collines, ils en auraient fait au-
tant des autres côtés de la ville entourés
de collines, et Le texte ne dit pas qu'ils eus-
sent jugé ces fortifications naturelles in-
mffisantes. L'immense étendue donnée par
César à ses circonvallations prouve qu'il se
tenait loin de ces dernières collines, faciles
\ défendre sans l'adjonction d'un fossé et
l'un miu*. E. G. P.
Inscription rétrograde (V, 210). — Sit
jra tuta ratis. Mot à mot : Que le vais-
eau, ratis, soit, sit, ara, un asile, un re-
uge, tuta, sûr. On trouve dans tous les
lictionnaires latins ara avec le sens d'asile,
le refuge, de lieu de sûreté.
Chez les anciens, ceux qui étaient per-
écutés, poursuivis, souvent pour être mis
i mort, se réfugiaient dans les temples
omme dans un asile inviolable et embras-
aient l'autel. En commandant un vaisseau
olide, celui qui le fait construire semble
lire que ce soit un lieu de sûreté pour les
lommes et les choses. '
(Alençon.) G. E. D.
^ — Dans ses Amusements philologiques,
j. Peignot constate que les phrases retro-
jrades sont des jeux de mots qui souvent
l'ont aucun sens.
Cependant, si M. L. A. eût comme moi
consulté son dictionnaire, je pense qu'il
eût traduit l'inscription : Sit ara tuta ratis
par : L'autel est le refuge des vrais croyants,
ou, en d'autres termes : L'Eglise est l'asile
des fidèles. Il est vrai que, dans la chanson
des Capucins, Béranger traduit ratis par
cuistres; mais il ne savait pas le latin.
(Vendôme.) A. D.
Calendriers nouveaux (V, 210). — Sui-
vant Boccace {IlDecamerone. Giornatall,
novella X) un vieux juge de' Pise, Messer
Ricciardo di Ghinzica, avait, pour son
malheur, réglé ses rapports intimes avec
sa femme sur un calendrier de son inven-
tion. Notre bon fabuliste et joyeux con-
teur, La Fontaine, a rimé gaillardement
cet essai de réforme sous le titre du Ca-
lendrier des Vieillards.
(Lyon.) V. de V.
— Dans le dernier numéro (22. 1«' mars)
de VEcho des bibliophiles publié par Bail-
lieu, libraire à Paris, quai des Grands-Au-
gustins^ 43, je rencontre, au n® 7796:
tt Heures nouvelles à l'usage des magis-
(c trats et des bons citoyens. S. L. (sans
a lieu) 1776. I vol. in-i2. — Volume rare,
a Les samts du calendrier sont remplacés
a par des noms d'hommes; la grand'-
a messe est chantée par un conseiller
a clerc ; les Commandements de Louis XVI
a à M. de Miromesnil sont à la place
tt de ceux de l'Eglise, etc. »
E. G. P.
Le mot dégommer (V, 210) — vient
bien de gomme.
N'est-ce pas la gomme qu'on emploie
pour donner à une étoffe la roideur, le
poli, l'éclat? Quand cette étoffe est dé-
gommée, elle a perdu son lustre, elle est
devenue chiffon. Un homme maladif,
souffrant, est, dit-on, dégommé. C'est une
expression très- juste et qui fait image.
Voyez ce préfet, à la démarche roide et
fière, au regard olympien. Il fait trembler
son département. — Vienne un simple
télégramme, trois mots.... Il est démis-
sionné — non, il est dégommé. Son œil
se voile, sa roideur s'affaisse. (J'en ai
connu un qui avait perdu en une nuit dix
centimètres de sa taille). Le frac vulgaire,
ou le démocratique paletot-sac, a rem-
placé l'habit brodé. Dégommé I oh oui, dé-
gommé !
Bon PioT.
— La gomme étant une 'matière qui sert
non-seulement à enduire, mais encore à
attacher, et coller, il n'est pas étonnant
que ce terme populaire ait été composé
de de , qui signifie primitivement sépara -
tion, l'action d'écarter et même de détruire
et de gommer, attacher; </^^ammer, déta-
cher, arracher, rejeter.
N« io6.]
L'iriTERMÉDIAIRE
- 299
— 3bo
Quant à décoller^ ce mot ne vient pas
de colle, coller, mais àtcollum^ col, cou,
et de de, séparer, séparer le cou de la
tête.
(Alençon.) C. E. D.
Hotmaics de Henri V (V, 212;. —
M. Z. A. pourra, dans l'ouvrage suivant:
« Souvenirs numismatiques de la révolu^
tion de 1848. — Recueil complet des Mé-
dailles, Monnaies et Jetons qui ont paru
en France depuis le ^2 février jusqu'au
20 décembre 1848. — Parts^ chetç
J.. Rousseau, rue du 1^ février, 3i. Pa*
lais-National, — Imprimerie d'E. Du-
verger, » Un vol nit in-4' de IV-i 1 1 p.
p. et de LX piunches lithographiées.
(Sans date) — trouver les fac-similé —
reproduits par la lithographie — de cinq
Médailles historiques, frappées en 1848,
en bron^^e, — en cuivre doré, — en étain,
— et en cuivre argenté, jaune et rouge,
— à Teffigie du prince « Henri de France
COMTE DE ChAMËORD. »
(Vid. loc. citât: I» Planche XXXIII*
nos y^ — 16 et 11; 2» — Planche LV«,
n« 6; 3 — Planche LX. n» 5).
Ulric.
Histoire diiBourbonaaisCV, 21 3). — Je
ne puis donner aucune indication sur
l'histoire manuscrite du chanoine de la
collégiale de Moulins, mais cet auteur
n'est pas le seul qui ait commencé par le
déluge. Je me souviens avoir vu sur les
quais, il y aune quarantaine d'années, une
histoire du Portugal depuis les temps les
plus reculés (que je regrette bien de n'a-
voir pas achetée), laquelle débutait par ces
mots : Lorsqu 'après le déluge l'arche de
Noé s'arrêta sur le mont Ararat...
Z. A.
Quelques vers à contrôler (V, 227). -—
10 Avec ces vils rebuts de la terre et du feu,
On a pour se tuer le tonnerre de Dieu.
(Lamartine, Toussàint-Louverture,
acte V, se. 11.)
2® Les vers attribués à d'Arlincourt se
trouveraient, d'après la Nouvelle Biogra-
phie générale et la Revue anecdotique de
1868, n° 2, dans le Siège de Paris, tragé-
die jouée une fois au Théâtre-Français
en 1027; on y rencontre, dit-on, aussi \qs
suivants :
Au pays de mon père on m'appelle à régner.
— A genoux! à genoux!
— Arrête, tache, ar-
[rétef
Et celui-ci, le sublime du genre :
Sur le sein de l'épouse il écrase Vépoux,
Probablement, on lui en a prêté quel-
ques-uns. Il est vrai qu'on ne prête qu'aux
riches. F. -T. Blaisois.
— Les Gttêpes d'Alphonse Karr, dans
le passage suivant (octobre 1842), se char-
gent de répondre agréablement à Tune des
questions posées.
a — M. Adolphe Dumas — qui n'est nul-
lement parent a'Alexandre Dumas, -ren-
contra celui-ci dans un couloir, le jour de
la première représentation du Camp da
Croisés, — pièce dudit M. Adolphe Du-
mas, — dans laquelle — les ennemis de
l'auteur ont prétendu avoir entendu ce
vers :
Et sortir d'ici-bas comme un vieillard en son,
qu'ils écrivent et prononcent :
... comme un vieil hareng saur.
a— Monsieur.ditM. Adolphe àM. Aîexa:
dre, — pardonnez-moi de prendre un pe:
de votre place au soleil, mais il peut hier.
y avoir deux Dumas, comme il y a à:ii
Corneille.
a — Bonsoir, Thomas! dît Alexandre, en
s'éloignarit. » Truth.
« Les Gnenz, Patrie, etrâssedio diÂrlen
CV, 240). — L'épipramme citée est i-.
Gacon, ainsi que la suivante sur le même
sujet des deux comédies de Regnard et de
Dufresny.
Deux célèbres joueurs» Tun riche, et l'autre
[gueux.
Prétendaient en public donner leur caractère,
Et prétendaient si Fort à plaire,
Qu'ils tenaient en suspens les esprits curieui.
Mais, dès que sur la scène on vit les comédies
De ces deux écrivains rivaux,
Chacun trouva que les copies
Ressemblaient aux originaux.
Gacon était l'ami, ou plutôt le parasite.
de Regnard; mais, (après sa mort sans
doute) il prétendit avoir dans la question un
intérêt personnel comme ayant lui-mêniw
fait ou du moins versifié le Joueur de Re
gnard. a Ce fut à Grillon où Regnard avait
une maison de campagne qu'il aimait beau-
coup. Il enfermait Gacon dans une cham-
bre d'où ce dernier n'avait la liberté de
sortir, qu'après avoir averti par la fenêtre
combien il avait fait de vers sur la prose
dont Regnard lui donnait le canevas. Ces:
de Gacon lui-même que l'on tient cette
anecdote. » C'est justement là ce qui la
rendait suspecte Aussi, n'est-elle aujour-
d'hui répétée dans les éditions de Regnatu
que pour y être traitée de calomnie e;
d'absurdité. 0. D.
Benserade et sa maison de GentiUj
(V, 228). — Il est bien difficile de dire
quelle est la véritable orthographe du
, nom de Benserade, car tantèi ce poÊtc
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
3oi
302
[25 mai 1869.
signe Benserade (lettre adressée à Bayle,
le 18 mai i685, et citée par l'habile cri-
tique dans son Dictionnatre)^ tantôt Bens-
serade (lettre adressée au chancelier Sé-
çuier, vers 1659, et publiée par moi dans
eBulletindu BouquinistedvL i^août 1866.)
['aurai l'occasion de publier prochaine-
ment plusieurs autres lettres de Bense-
•ade, qui offrent toutes la même signature
5ue la lettre à Séguier. Les contemporains
le Benserade n'ont pas moins varié que
ui-même. T. de L.
Ambroise Paré était -il Iiagaenotf
(V, 234). — Je me suis quelque |)eu occupé
d'Ambroise Paré, sans m'attacher, je l'a-
voue, à élucider le point litigieux. Les
principales biographies médicales n'ont
lamais mis en doute qu'il fût huguenot, et
je sais un docte professeur de la Faculté
ie Paris dont la famille a possédé des pa-
piers provenant des ascendants dé Paré,
réfugiés en Suisse lors des regrettables
avanies faites aux protestants. Que ce cé-
lèbre chirurgien soit mort catholique, OU
qu'il se soit laissé faire catholique, cela
n'aurait rien de bien extraordinaire, si
l'on veut bien se reporter à cette époque
tourmentée; hiais un acte de décès n'est
pas un acte à^abjuration , et les parents
de Paré ou les témoins de sa mort, ont
fort bien pu le. déclarer catholique, sans
même l'avoir consulté à cet égard.
A. DUREAU.
Les candidatures ôfQcieliès aux Etats
jénéraux de 1614. — Lors d'une récente
liscussion au Corps législatif, on s'est de-
iiandé, à propos des candidatures offi-
'ielles, si elles existaient sous l'ancien ré-
gime, et, pressé que l'on était d'arriver au
:ôté actuel et pratique, on n'a pas autre-
nent insisté sur la question. Nous autres,
ipéculalifs, qui n'avons rien de mieux à
aire, nous la relèverons, et sans multiplier
les exemples qu'une étude spéciale du su-
et nous permettrait de citer ici, nous nous
ipntenterons. de reproduire une lettre iné-
lite dont nous possédons l'original. Elle
|î>t de Henry de Bourbon» père du grand
-onde, qui venait de se mettre à la tête
les mécontents, et d'imposer à la reine
\larie de Médicis la convocation des Etats
généraux. On sait qu'il paya plus tard de
quelques années de prison la pression qu'il
ivait exercée sur elle dans cette circon-
5 ta lice.
« Madame,
« Je renvoie Virey, mon secrétaire, par
«ievets Vostre Majesté pour les subjects
qu'il luy dira de ma part, luy faisant par-
ticulièrement plainte de ce que, contre la
liberté promise par le traitté aux Estats
généraux, il se fait des brigues dans les-
quelles on se sert du nom de Votre Majesté
et de son autorité allant jusques là de dire:
« La royne veut que tel soit esleu, » comme
il se voit par vne lettre escrite à Mons»" de
la Frette, mise au greffe de Belesme, où
Sa Majesté luy commende de le faire es-
lire, ou le bally du Perche, dont je n'ay
rien à dire, aiant eu la pluralité des vois;
rtiais de la Marche, on m'a auerty que Vie
Sa'nt-Maixant aiant eu de semblables com-
mendemens par surprise, prétend estre es-
leu au préjudice des s" de Chastelus et
Saint-Georges, ayant eu cinquante-sept
vois de plus que luy; le mesme a esté dans
l'élection du tiers estât au fait de gens que
je ne connois et n'ay jamais veu, sur quoy
on attend des lettres patentes. Mais je
ni'asseure que Vostre Majesté rejettera ces
violences, et laissera aux provinces, sans
brigue ny autorité, la liberté de se plain-
dre et chercher remède à leur foule et à
ces MM. de Chastelus et Georges Thon-
neur de leur eslection par la pluralité des
vois. Au surplus, Vostre Majesté congnois-
tra tousjours que quelque mespris qu'on
face de moy, je ne pers la volonté ny le
courage de la servir, et que je le feray
près du Roy et d'elle fort utilement et à
son contentement particulier, s'il luy plaît,
par celluy de son conseil que je l'ay su-
plîé de m'envoier me donner ses commen-
demens, et Vostre Majesté aura la gloire
d'estre royne de parolle, exécutant le sur-
plus du traitté par le desarmement, et
laissant toute liberté aus Estats, les tenant
au temps promis. Quant à moy, je suis
tout prest de contribuer tout ce' qui des-
pendra de mon seruice et de moy à vous
faire conghoistt-e que je suis et veus estre à
jamais,
a Madame,
« Vostre très humble et très
obéissant serviteur et sub-
ject,
« Henry de Bourbon. »
De Nevers, ce xxiii* aoust 1614.
Pour copie : E. J. B. R.
Olivier élu empereur à Paris. ■— Que va
dire Son Exe. M. Rouher, lui, vice-em-
pereur de par M. Emile Ollivier, en lisant
ce fait- Paris?
Il y avait une fois, — ceci n'est pas un
conte, — un bourgeois de Paris nommé
Olivier qui excellait dans l'art de viser
juste, et dont les traits lancés d'une main
sûre ne manquaient jamais le but. Pen-
dant plusieurs années, le bruit de ses suc-
cès étonna non-seulement la ville, mais
encore ceux de sa Compagnie. Si bien que
ceux-ci, jaloux d'honorer son rare mérite par
N- io6.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [25 mai 1869.
3o3 — 304
compagnie à se dresser et rendre studieux
de ce noble jeu de Iharquebuse;
vA cette considération, nous maistres
susdits avons convoqué et assemblé gêné-
rallement tous nos confrères chevalliers en
nostre commun hostel et jeu, qui, tout
unis de mesme voix et volonté, avons en-
semblement accordé et consenti, et voul-
ions qu*il soit ainsi pour ladvenir, Assavoir
que dorsenavant icelluy Olfvier, en nos
assemblées générales et particulières des
chevaliers confrères en nostre d. hostel,
luy sera déféré lieu honnorable, respecté et
appelle Empereur, le tenant tousjours
franc en tous prix et joyaulx gui seront ei-
Ï)osés et mys pour lobjet dudit jeu comme
'ayant de bon droit mérité, et faict libéra-
lement les droits, debvoirs et solemnités re-
quises à sa grade, auxquels honneur, grade
et franchise pourront pareillement parve-
nir tous aultres de nostre corps, après avoir
gaigné les mesnpes grades qua raicts led.
Olivier, et où il se présentera cy après
aucun différent concernant le corps ne
pourra estre vuydé ne terminé sans y ap-
peller iceluy Olivier, si non en cas d'ao-
sence ou légitime empeschement, le tout
sans préjudicier aux cfroicts du Roy et pri-
vilèges acoustumés : etauctorisant tout ce
que dessus, avons arresté qu'il en sera faict
ung article qui sera inséré dans nos ordoo
nances. En tesmoing de ce, nous avons si
gné et tous les chevaliers le présent statut
et introduction du nom d' Empereur. Faict
en nostre dict hostel et jeu, le jeudy vfug-
tiesme jour d^aoust mil cinq cens quatre
vingts et douze. »
Suivent quatorze signatures, auxquelles
nous nous permettons de substituer la nô-
tre, pour certifier la rigoureuse exactitude
de la susdite copie du document qui se
trouve en original aux archives de la préfec-
ture de la Semé : Registre des Chevaliers
du Noble Jeu de V Arquebuse de Paris.
Ynnaoj Tnias.
une distinction exceptionnelle, relevèrent
pour lui le titre d'EMPEREUR, qui lui fut
conféré par plusieurs... dizaines de voix.
Olivier^ qui n'était jusqu'alors qu'un
très-adroit confrère, devint l'homme à la
mode, l'homme de la situation, comme on
dit aujourd'hui. Sa place fut marquée aux
assemblées^ où l'appela le suffrage univer-
sel de ses compagnons d^armes^et pas une
affaire ne se traita sans lui.
Olivier était-il ambitieux? Je serais tenté
de le croire; car je vois qu'il prenait, dès
1 589, ce titre d'Empereur qui ne lui fut
conféré officiellement qu'en 1692. Il le
garda jusqu'en i595, l'espace de sept an~
néeSy après quoi l'on n'entendit plus parler
de lui.
Je ne connais de son gouvernement
qu'un acte; mais il aurait dû suffire pour
recommander son nom à la postérité. Il
paraît au'avant son règne, les confrères
qui amoitionnaient l'un des trois grands
pouvoirs de la compagnie ne se faisaient
point faute d'employer des voies tortueu-
ses pour arriver à leurs fins. Olivier, qui
voulait élever la franchise à la hauteur
d'un principe, édicta le décret suivant :
a A esté arresté quavant que jouer njr
thirer aulcuns des dits trois grades^ ung
chacun, chevallier fera le serment devant
VEmpereur de bien jouer et thirer sans
aucune fincte ny tromperie. »
Et cependant le nom même de cet O/i-
vier resterait inconnu, si le hasard, — ce
dieu toujours malin qui semble avoir fait
un pacte avec Y Intermédiaire^ — ne nous
avait permis de retrouver, dans la pous-
sière d'un greffe, le document essentielle-
ment historique et parfaitement authenti-
que dont la teneur suit :
o NOUS Adrian de Joudoigne et Jac-
ques Guerrineau, maistres gouverneurs et
chevaliers de la confi-érie instituée en l'hon-
neur de Dieu soubz le nom de Madame
saincte Barbe, bourgeois et manyans, par
exercice et jeu, les armes de Iharquebuse
en ceste ville de Paris, cappilale du
royaulme de France, en nostre hostel et
jeu des bourgeois et chevalliers de lad.
confi-érie : Déclarons à tous de nostre
corps et compagnie qui sont de présent et
à tous aultres qui viendront à l'advenir.
Après avoir veu dans nos registres annuels
et Journaulx, que notre confrère et che-
vallier Ajlexandre Olivier, bourgeois de
ceste d. ville de Paris, conducteur et garde
des engins de la monnoye du Roy, esta-
blie en l'isle de son pallais , a par sa dex-
térité aud. armes laict par trois années
suyvantes les quatre meilleurs coups d'ar-
quebuse en nostre j eu , par lesquels a gaigné
et emporté les trois coronnes d'or, chose
vrayment digne destre par nous solennel-
lement recogneue, tant pour gratiffier et
décorer la vertu d'icelluy Olivier, que
pour accourager tous aultres de notre
Mena propos sur un tableau du SaloD
de 1869.—
Le tableau de Monsieur Lazerges
Nous arrive avec les asperges :
Mais j'aime bien mieux les asperges !
Baron Brisse.
On sait aue le tableau de M. Lazerges
représente le Foyer de VOdéon^ un jourdff
première représentation. Toute la littéra-
ture dramatique du jour et toute la criti-
que du soir s*y groupent autour de M. Ca-
mille Doucet. Le public n'est pas de l'avis
du célèbre gastronome ; il plante là les as-
perges pour se grouper devant la toile de
M. Lazerges et admirer les gants violets
de M. Doucet.
Pnif . .- Tvp, d«.Gh. Meirve», ruo Cnjftt 1>. — ^^
^nméroiO?.
Chtnhettt
«Otw tratnere*.
QVJIQOI
«ntr'a<d<r.
(Ojninl869.
£2ntettnéhiaïtt
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, Vs^OTES and QUERIES français.)
3o5 c
3o6
La dernière joie d'un érndit.
•
Nous avons reçu la lettre suivante, que
aous avons demandé la permission de por-
ter à la connaissance de nos lecteurs :
i A M, le Directeur de l'Intermédiaire.
«Paris, 28 mai 1869.
a Monsieur,
« Nous avons été bien touchés de Taffec-
ueuse mention <iue vous avez donnée dans
'Intermédiaire à la mémoire de mon oncle
-e Roux de Lincy. Ma tante m'a chargé
le vous exprimer tous ses remercîments,
uxquels je me permets de joindre les
QÏens.
« Peut-être apprendrez-vous avec intérêt
jue mon pauvre oncle a trouvé sa der-
rière joie d'érudit dans cette réponse de
Intermédiaire à laquelle vous faites allu-
ion.Nepouvan-t plus lire lui-même, il nous
vait demandé souvent, dans le cours de ce
)Dç et douloureux hiver, si r Intermédiaire
vait répondu à sa question sur Sauvai.
lUssi, quand parut le numéro du 2 5 avril,
û M. G. Saint-Joanny publiait pour la
remière fois les actes de naissance et de
écès de l'historien de Paris, je m'empres-
li de l'annoncer au pauvre malade, tout
1 doutant qu'il pût me comprendre, tant
était, à ce moment, absorbé par le mal!
î me trompais : le réveil fut momentané,
ais complet. Mon oncle me fit lire l'ar-
:1e, l'écouta avec pleine connaissance, et
moigna sa satisfaction en quelques pa-
ies dites avec effort, mais avec l'esprit
^\\is présent. Ce fut, je crois, la dernière
arque d'intérêt qu'il ait donnée à ses
ers travaux. Nous étions déjà bien près
i triste dénoûment, et les rares signes de
nnaissance qu'il donna depuis appartin-
it, comme il était juste, à sa roi reli-
ïuse et à ses affections de famille,
a J'ai pensé. Monsieur, que, tout tristes
'ils fussent, ces détails auraient quelque
'uceur pour votre amitié.
« Veuillez, je vous prie, agréer, etc.
« Gaston de Bourge. »
Lorsque nous tracions rapidement, au
çu de la triste nouvelle, les dernières lignes
acées en tête de notre dernier numéro,
nous n'osions espérer que M. Le Roux de
Lincy eût pu prendre sa part de la décou-
verte qu'il avait si heureusement provoquée
et qu'il souhaitait si ardemment, depuis
la publication de ses articles sur Sauvai
dans le Bulletin du Bibliophile, Nous re-
mercions M. de Bourge de nous avoir fait
connaître ce fait intéressant et vraiment
touchant, qui méritait d'être publié ici et
ne trouvera insensible aucun membre de
la famille des chercheurs et curieux.
Or ça, serrons les rangs, en prenant le
deuil de nos anciens, et, autant qu'il peut
dépendre de chacun de nous, tâchons de
stimuler chez les jeunes le goût de Vinves-
tigation historique et littéraire, le zèle de
la mutualité intellectuelle; d'allumer enfin
ce feu sacré qui, après l'avoir animée et
ennoblie, ne s'éteint, on le voit, qu'avec
la vie. Vital lampada tradant! G. R.
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique
— Epigraphie — Biographie — Bibuographib
— Divers.
Une lettre autographe de Rabelais à re-
trouver. — Les journaux anglais ont an-
noncé, il y a peu de temps, que, dans une
vente publique d'autographes qui a eu Heu
à Londres, on avait adjugé à 5o livres ster-
ling une lettre de Rabelais à Budé, en grec
et en latin.
Nous connaissons deux lettres de Budé
à Rabelais; l'une débute par une phrase la-
tine ; elle est ensuite en grec : elle est da-
tée du 6 des calendes de février. L'autre
est en latin mêlé d'une foule de mots
grecs; elle porte la date de la veille des
ides d'avril (i52i). La première est dans
l'édition des lettres grecques de Budé, Pa-
ris^ 1^74, in-4, p. 140. (M. Delécluze en
a traduit un fragment, p. 14 de sa Notice
sur Rabelais,)
La seconde figure dans les Budœi Epis-
tolce {ex officina Badii, i52i, in-8). Je ne
crois pas que les éditeurs français de ï Ho-
mère bougon (ainsi le nommait Charles
Nodier) aient reproduit ces deux épîtres.
TOME V. — 1 1
Ne IO7.J
L'INTERMÉDIAIRE
307
3o8
On ne les rencontre ni dans Tédition de
de TAulnaye, ni dans le tome VIII de l'é-
dition dite Variorum, mais on les retrouve
p. i36o-i369 du second volume [Leip-
^igy i83q) du Rabelais traduit en allemand
et complément commenté par M. C. Ré-
gis. Quoi qu'il en soit, il serait à désirer
que l'heureux possesseur de la lettre de
Rabelais voulût bien la livrer à Timpres-
sion. Quelqu'un des correspondants que
r Intermédiaire possède dans la Grande-
Bretagne ne voudrait-il pas se charger des
démarches nécessaires pour atteindre ce
but? Auguste Turben.
Ces Gaulois sont fiers 1 — A. Granier de
Cassagnac, dans le journal le Pays, vient
d'adresser une Lettre à M, Duruy sur
V Ecole pratique des hautes études^ lettre
où il rappelle (c'est le mot de la fin) que
les Gaulois, par cette déclaration ou ils ne
craignaient rien, si ce n'est la cnute du
ciel, « motivèrent cette réflexîon du grand
Macédonien : Ces Gaulois sont fiers! »
Alexandre a-t-il jamais ainsi parlé de nos
pères? Je ne le pense pas. Le savant aca-
démicien Sainte-Croix ne le pensait pas
non plus, lui qui, dans son Examen criti-
que des anciens historiens d'Alexandre le
Urand, a dit si judicieusement : a Ce ré-
cit qu'Arrien a tiré des Mémoires de Pto-
lémee, comme le texte de Strabon le
prouve, pourrait bien être quelque épisode
inventé pour orner l'histoire d Alexandre.
Les Celtes seraient-ils venus, sans aucun
motif, prostituer leur hommage à un
Î)rince avec qui ils n'avaient rien à démê-
er? » T. DE.L.
Un poème de Pibrac. — C'est d'un tout
petit poëme qu'il s'agit ici, d'un poëme
composé seulement de six quatrams, et
intitulé : De la manière civile de se com-
porter pour entrer en mariage avec une
demoiselle. Ces six quatrains, qui intéres-
sent tant de jeunes gens, n'ont été impri-
més qu'une seule fois, à la suite des cent
vingt-six Quatrains si connus (Amsterdam,
VanderHaghen, in-8). Le Catalogue de La
Vallière (n*» 3 169) assure qu'il n'existe
qu'un seul exemplaire de l'édition de Van-
der Haghen. Mais si les quatrains sur le
mariage sont, en tant qu'imprimés, d'une
aussi effrayante rareté, peut-être existent-
ils en assez grand nombre à l'état de co-
pies. Je viens donc prier ceux des lecteurs
de l'Intermédiaire qui seraient assez heu-
reux pour posséder une de ces copies, de
vouloir bien la confier aux presses de no-
tre petit journal. Des renseignements dé-
taillés sur l'édition d'Amsterdam seraient
bien accueillis aussi. Qu'on se le dise!
T. DE L.
I
Deux questions à propos du cardinal
d'Estrées. — Pourquoi a-t-on attribué au
cardinal d'Estrées (Voir Nouvelle Biogra-
phie générale, t. XVI, col. 629) les vers
sur la Violette, qui sont peut-être les plus
gracieux de tous ceux qui forment la Guir-
lande de Julie, etaue tout le mondeatou
jours cru devoir donner à Desmarets de
Saint-Sorlin ?
D'Alembert (Histoire des membres de
V Académie, t. III) raconte que le car-
dinal d'Estrées fit des vers galants pour
Madame de Maintenon. Je n'en crois rien,
et vous ? EUQ.ORRAL.
Gomme pour l'amonr de Dieu. — Faire
une chose a comme pour l'amour de Dieu:
se dit généralement d'une chose que l'on
fait avec peu d'empressement. Quelle est
l'origine de cette locution, et commeoi
l'explique-t-on ? P. d'à.
L'Orbilianisme.— Je lis le titre de l'ou-
vrage suivant, dans un catalogue de livres
anciens, à prix marqués, de la librairie
Hénaux : Mémoires historiques sur lOr-
bilianisme et les correcteurs des Jésuite,
avec la relation d'un meurtre..., etc.{Sm
lieu), IJ64. Petit in-12, avec figure rt
présentant la flagellation d'un élève.
Quel était le sens exact de ce mot:
Orbilianisme ?Wïent-ïl du latin orbile.ck-
conférence (d'une roue)? Je ne le tncwve
mentionné nulle part dans les dictionnai-
res que je possède, ni dans Furetiêre Jin-
folio, 1727), ni dans Trévoux (grande édii.,
177 1), ni dans Douillet (uictionnain
des Lettres, Sciences et Arts), ni dans
Chéruel (Dictionnaire des Institutions,
Mœurs et Coutumes de la France), ni dans
PoiTEvm (Dictionnaire de la Langue Jraur
çaise) , ni même dans le Dictionnaire dt
l'Académie.
Ulric.
La chanson a Le Pipy. > — Dans un chas
sonnier du XVI® siècle, dont je possède.
je crois, le seul exemplaire connu{Recud
de plusieurs chansons spirituelles, i555,
in- 16), il manque malheureusement deui
pages (5i, 52), ce qui fait que je n'ai pas la
tête d'une chanson dont voici la fin, telle
que me la fournit la page 53 :
Pour les ruffiens qui vont de nuict,
Le pipy.
Pour le joueur qui se destruict
Et pour ryvrogne mal instruict.
Le pipy.
Pour vivre en ce monde icy,
Aisément sans avoir soucy,
Le pipy.
On voit que cette bribe appartient à une
, de ces moralités rimées et chantées que la
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo juin 1869*
309
3io
Réforme fit naître et répandit en France
parmi le peuple. Que signifie au juste son
bizarre refrain le pipy? Quelqu'un con-
naîtrait-il la chanson en son entier ?
B.
Marie Mir aille, sorcière. — Au dos d'un
vieux portrait de femme, je lis sur la toile :
Mafie Miraiîle^ peinte par Nicolo en Van
1574. Et sur un petit carré depapier jauni
par le temps, (jue Ton a recollé au-dessous
de cette inscription, lors du rentoilage, se
trouve écrit : a Marie -Dominique Miraille,
accusée de magie, fust pendue et estran-
glée, puis bruslée à Paris le 27 fesvrier
i587. Peinte par Nicolo, peintre du duc
de Guise. » Cette mention est-elle exacte ?
Le fait est-il constaté à la date indiquée ?
Connaît-on un peintre du duc de Guise du
nom de Nicolo? S. D.
La duchesse d'Aiguillon et un verset des
Actesdes apôtres. — J'ai brocanté un grand
portrait de femme endommagé par les vi-
cissitudes du temps, mais dans lequel je
soupçonnais le pinceau de Nattier. C'est
bien, en effet, une toile de ce peintre, et la
tête est demeurée intacte. Au bas, on lit :
Anne - Charlotte de Crussql, épouse
d'Aimé (?) Louis de Vignerod du Ples-
SIS-RlCHELIEU, DUC d'AiGUILLON.
Le plaisant, c'est que sur un livre ou al-
hum, que la duchesse tient de la main
gauche, on voyait cette inscription : Dé-
claration DES Droits de l'homme et du
CITOYEN. — Art. i«'. Le but de la société
est le bonheur. — Or, j'ai retrouvé sous
cette inscription de circonstance., et qui
porte bien sa date, l'inscription primitive
ainsi conçue : Durum est enim contra
STIMULUM RE... (?) TRARE. ActeS dcS ApÔ'
très y chap. IX y verset... (?)
Ce texte est évidemment ici un prétexte
't une allusion à ï aiguillon (stimulus).
Maisjenele trouve pas à l'endroit indi-
îué. Y a-t-il erreur dans l'indication de la
iource? Quel est le verset au complet, et
îuel en est ici le sens occasionnel?
Har.
Fava, graveur de médailles.— Pourrait-
m me fournir quelques indications biogra-
)hiques sur l'artiste Fava, qui grava des
nédailles françaises ou belges vers 1670?
)on nom semble indiquer qu'il était ori-
[inaire soit de l'Artois, soit de la Flandre
rançaise, car on l'y rencontre encore. Je
erais aussi fort reconnaissant aux numis-
uates qui voudraient bien me signaler
[uelques œuvres sorties de son burin, et
ne citer les collections publiques ou par
iculières où elles se trouvent. Le Catalo-
gue de lA. poulhariès (Lyon, 1767), dé-
:nt, page 49, une œuvre de cet artiste;
c'est tout ce que j'en sais jusqu'ici, et je
serais heureux d'en savoir un peu davan-
tage.
(Douai.) A. P.
Un' buste de la Dnthé. — Quel est l'au-
teur du buste de la Duthé, pour lequel la
Correspondance secrète (i" juin 1776)
proposait les vers suivants :
Je voulais, beauté sans égale,
Faire de vous une Vénus en pié.
Mais il vous plaît d'être en vestale :
De votre corps je n'ai pris que moitié.
(Auch). H. Vienne.
L'Hirondelle de Carie Vernet. — Sait-on
ce qu'est devenue — depuis la fermeture
du Café de For, au Palais-Royal, — la
célèbre hirondelle peinte par Carie Vernet
au plafond de cet établissement ?
Ulr.
Les incas du Mexique. — Dans plusieurs
de ses romans, M. Gustave Aymard parle
des incas du Mexique : dans les Ganwuci-
nos entre autres, il qualifie Mocteku^omay
vulgairement M(t}«fef«mtf, de « dernier em-
pereur incas du Mexique. » N'ayant pu,
malgré toutes mes recnerches, parvenir à
découvrir le moindre incas dans l'histoire
de ce pays, je serais heureux si quelque
abonné de V Intermédiaire pouvait m'indi-
quer à quelle source M. Aymard a puisé
ses incas mexicains. Z. A.
Le cercueil de Mahomet. — On raconte
qu'au moment où la bière contenant le
corps de Mahomet fut introduite dans la
mosquée, elle fut enlevée à la voûte. Elle
y serait encore, dit-on, suspendue par une
force magnétique. Que doit-on penser de
cette histoire légendaire? Moth.
A>t-il été présenté au parlement an-
glais, il y a juste 150 ans, un projet de loi
décrétant l'origénisation des prêtres ca-
tholiques? — Les bibliophiles connaissent
un petit livret devenu fort rare, qui a été
payé très-cher dans diverses ventes, et qui
a les honneurs 4'une mention dans le Ma-
nuel du libraire) il est intitulé : Le prêtre
châtré ou le Papisme au dernier soupir^
La Haye, 1747, in-12.
Une réimpression de ce pamphlet a eu
lieu récemment à Genève ; elle sera peu ré-
pandue en France, car il n'en a été tiré
que cent exemplaires ; en tête, on lit un
court avant-propos où il est dit ceci :
a En 171 9 on présenta au parlement
« d'Angleterre un bill ayant pour titre :
a Acte pour prévenir V accroissement du
N» 107.]
L'INTERMÉDIAIRE
3ii
3l2
tt papisme en Irlande; entre autres dispo-
a sitions il contenait celle-ci : « A Tavenir,
a si aucun évêque ou prêtre papiste passe
« en Irlande, les shérifs seront tenus de
a les faire mettre en prison et de faire in-
a struire leur procès. S'ils sont convaincus
a d'être prêtres, ils seront condamnés à être
tt faits eunuques. » Ce bill rencontra une
tf vive opposition et il fut repoussé, mais
a le souvenir s'en conserva longtemps !!!
N'est-ce pas là une invention pure et
simple? Serait-il admissible qu'en 1 719 on
ait sérieusement proposé une peine aussi
étrange et devant maintes fois entraîner
la mort du condamné? Y eut- il un bill
présenté en 1719, et quelles étaient réelle-
ment les clauses qu'il renfermait?
C. P.
Gettons d'argent. — Je trouve, à la date
du 1 5 février 1 644, dans les archives du
ministère de la guerre, un titat des gettons
d* argent qui doivent être distribués au roi
et aux grands de la cour, pendant l'année
1644, P^r les trésoriers généraux de l'or-
dinaire des guerres. L'état donne bien la
récapitulation des sommes données et les
noms de ceux qui les ont reçues, mais il
est silencieux sur la nature de ces gettons
d'argent. Pourrait-on nous indiquer leur
signification réelle? T. J.
Ministre rational. —Je vois, en i656,
dans la correspondance de Catalogne, du
ministère de la guerre, le titre de ministre
rational donné à don Jean de Margareth,
Je ne trouve nulle part la signification du
titre de ministre rational : je serais très-
obligé à la personne qui voudrait me dire
quefies en étaient les fonctions. T. J.
Verdor, visiteur général. — Je trouve
également dans cette correspondance de
la Catalogne, les mots de verdor ou de vi5j-
teur général^ comme titre et fonctions
concernant de grands personnages civils ou
militaires, et ce pour les années 1644, ^645,
1646 Ces deux titres ont-ils la même
signification ? Les fonctions sont-elles les
mêmes r
T. J.
A propos de Burchard. — Je lis dans une
note d'un article sur V Histoire de Char-
les VIII pBT M . de CherrïeT (Revue critique,
i3 février 1869, p. io5): a Puisque nous
en sommes à ce maître des cérémonies
de la cour pontificale, j'observerai que
M. de C. (t. H, P« 70), le fait mourir, en
1 5o6, évêque d'Orta, alors que la plupart
des biographes (voir surtout la Nouvelle
Biographie générale) le font mourir le
6 mai 1 5o5 et le disent évêque de Citta-di-
Castello. » Je voudrais avoir des ren-
seignements exacts et détaillés sur ces
divers points de la biographie de Burchard;
je voudrais aussi, par la même occasion,
avoir des renseignements non moins exacts
et non moins détaillés sur le Diariun
Burchardiy sur ses éditions successives,
sur tous les manuscrits que l'on en pos-
sède, et principalement sur cette question
qui n'a jamais été sérieusement traitée:
Le Journal de Burchard est-il d'une in-
contestable authenticité? N'a-t-il pas du
moins subi de graves interpolations? Une
bonne et solide réponse, S. V. P.
EuqORRAL.
De Rongeyille (Gonsse) et le chevalier
d'Ed..V'..e. — Dans les Mémoires secrets et
universels des malheurs et de la morîk
la reine de France (Paris, 1824), l'auteu:,
M. Lafont d'Aussonne, dit (page 261
Le marquis de Rougeville. Cet auteur qL
prétend avoir connu M. de Rougeville, a
oublié de dire d'où lui venait ce titre de
marquis? Avait-il été donné par LouisXVI,
ou venait-il, par la filiation, des Gonsse
d'Espagne ? Répondre.
Dans r Histoire des Tuileries, du Tem-
ple et des événements qui y ont eu lieu
pendant la révolution, contenant en outrf
des détails secrets sur le tribunal révolu-
tionnaire et la Conciergerie, on lit (pa^
180): « Ce particulier, qu'on a qualifié Jf
chevalier d'Ed.,.v...e. » (^uel est ce note
qui est répété plusieurs fois ? On le rfonne
comme cnevalier de Saint-Louis; figjre-
t-il dans l'ordre ? On le donne dans ce même
ouvrage comme garde du corps de Mon-
sieur; figure-l;-il dans ce corps? G.
Quel est l'auteur des • Comptes damonile
aventurenz? » — Ce recueil de 54 histoires
pour a réjouir la compagnie » aétéimprip^
pour la première fois à Paris en i553;ilî
eu depuis cinq et six éditions. Un exem-
plaire de celle de Lyon, 1579, qui ava::
été payé 9 fr. 5o en 181 7 à la vente Mac-
Carthy, s est élevé l'an dernier à i35fr,
à la dispersion des livres de M. J.-Cb. Bni;
net, preuve du prix de plus en plus éle«
que les amateurs attachent à ces « livTfi^
vieilz. » L'auteur ne se désigne que parler
initiales A. D. S. D. Ni Barbier, m Que-
rard, ni ses nouveaux éditeurs n'ont de-
couvert le nom caché sous ces quatre let-
tres. M'occupant de recherches sur les con-
teurs français du XV!» siècle, je voudrais
bien provoquer sur ce point l'attention de
Quelques-uns. des doctes correspondants
ae V intermédiaire, bien au fait de notre
vieille littérature; l'aigreur avec laquelle Je
conteur (qui a d'ailleurs presque toujours
pris pour guides les novellieri de l'ItaHe,
parle des moines, peut faire supposer qu "
était calviniste. J. H. C.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
3i3
[lo juin 1869.
3i4
Qui était le sieur Danrat? — Dans Tun
les registres intitulés « Rapports de po-
lice » et conservés au département des ma-
nuscrits de la Bibliothèque impériale, je
lis, à la page 864 du n9 8124, ce fait di-
vers : € 2 mai 1708. Le sieur Daurat, si
:onnu autrefois par son jeu et ensuitte par
jon goust excellent non seulement pour les
tableaux, mais aussy pour toultes sortes de
:uriositez, mourut nier au soir sur les neuf
heures. Il tomba en apoplexie au retour
le l'Opéra et n'a point parlé depuis. » Au-
rai-je le bonheur de rencontrer parmi les
familiers de V Intermédiaire quelque cu-
rieux pour qui ce Daurat ne sera pas un
inconnu ? J'attacherais du prix à avoir quel-
ues notions sur les tableaux qu'il possé-
ait et sur les « curiosités » qu'il avait ac-
quises. Armand Bâschet.
3:
Les « Hémoires • de Zamore, nègre de
M"« Du Barry. — M. Jules Claretie, en
rendant compte de la Reine Cotillon,
drame soi-disant historique de MM. Paul
Féval et Anicet Bourgeois, représenté sur
le théâtre de la Porte-Saint- Martin, écri-
vait dans le journal V Illustration, i5 dé-
cembre 1866 : a Zamore survécut au drame
révolutionnaire. On Ta vu, dans les pre-
mières années du règne de Louis- Philippe,
promener au Palais-Royal sa tête ridée et
sa tignasse devenue toute blanche. Quel-
qu'un qui l'a connu me disait que le nègre
a laissé des Mémoires, Mais où sont-ils? »
Eh parbleu! demandons-le à V Intermé-
diaire, Ulr.
Supplément aux éditions de Hnsset. —
Le n» du 6 octobre 1866 de la Petite Re-
vue contient une étude critique sur la
grande et coûteuse édition de Musset, pu-
bliée par l'éditeur Charpentier, étude où
>ont relevées d'assez nombreuses omissions
H erreurs.
On lit en note : a Nous nous proposons
» de réimprimer ce travail, ainsi que les
» articles précédents, avec quelques rema-
« niements, en une brochure qui devien-
» dra forcément le complément indispen-
t sable de cette édition de Musset. Le
i format, le papier et les caractères seront
» exactement semblables au livre. •
Cette publication a-t-elle eu lieu? — Où
)ien aura-t-elle lieu? G. R.
Eau Naf. — On trouve dans les Mémoi-
es manuscrits de Gâches, à la date de
i 565 : a Le Roi au déspart de Carcas-
>onne fut prié par le sieur de Ferrais de
^enir prendre le disner chez liiy en pas-
sant, où il le traita fort magnifiquement,
•t après les services levés pour donner
'eau Naf, voicy paroistre, au hault du
plancher de la salle du festin, une nuée
suivie d'un esclair et d*un coup de ton-
nerre, qui fit sortir de ceste nue une pluie
d'eau Naf, meslée de dragées en telle
abondance que, pour se garder de mouil-
ler, il fallut porter les manteaux au Roy
et à ceux du festin ; ce qui luy donna un
grand plaisir et à toute sa cour. ^>
Qu'est-ce que cette eau Naf?
C, P. V.
Jonathas Miser. — J'ai acheté, en bou-
quinant, un recueil de vers, petit in-S®
carré, dont voici le texte :
Poésies de feu Jonathas Miser, recueil-
lies par un de ses amis, Paris, Delaunay,
1834, imprimé à Rouen chez Nicétas-
Periaux.
Je voudrais savoir le nom du poëte qui
s'est caché derrière ce pseudonyme. Qué-
rard n'en parle pas. A. L.
Dictionnaire des Antiquités de BoreL—
Quel est cet ouvrage que je vois cité {In-
termédiaire, 1 5 1 , art. Taconnage)? Serait-
ce le Trésor des recherches et Antiquité:^
Gauloises et Françoises?,,, Mais je n'ai
su découvrir le mot Tacon, dans ce livre.
C. P. V.
Un mot de Diodétien (V, 54). — C'est
Aurélius Victor qui a transmis à la posté-
rité la réponse philosophique de Diodé-
tien. Voici le passage textuel : a Diocletia-
nus vero, apua Nicomediam, sponte impé-
riales fasces relinquens, in propriis agris
consenuit. Qui, dum ab Herculio atque
Galerio ad recipiendum imperium rogare-
tur, tanquam pestem aliquam detestans,
in hune modum respondit: Utinam Salo-
nœ possetis viser e OLERA nostris mani-
bus instituta ; profecto nunquam illud ten-
tandum judicaretis, »
Joc'h d'Indret.
Verdet, Vert-de-gris, Loutton, Laiton
(V, 82). — L'étymologie présentée par
M. Cz... pour le mot vert-de- gris paraît
tout à fait invraisemblable. Quantk laiton,
voici ce qu'en dit Nap. Landais :
a Du flamand lateon ou de l'anglais lat-
ten, qui ont la même signification. Suivant
Huet, de lœtum, qui, en gallois, signifie
également la même chose. » Noël le fait
également venir de l'anglais latton ; mais
c'est sans doute une faute d'impression pour
latten aue donnent seuls trois dictionnai-
res anglais que je viens de consulter. Re-
N» 107.]
LINTERMEDIAIRE
3i5
3i6
marquons, à propos de laiton, que Bomare,
au mot cuivre, présente comme tout à fait
synonymes les trois expressions airain,
laiton, cuivre jaune, mais non pas bron:[e,
qui, selon lui, désigne un autre alliage.
O. D.
— Laiton, autrefois laton, M. Huet dé-
rive ce mot de lœtum, qui, en langue de
Galles, signifie la même chose. (Dict. de
Trévoux). Pierre Clauer.
Erndition de J.-J. Roassean (V, 82). —
Rousseau se trompe effectivement. « Plu-
sieurs des captifs, raconte RoUin, durent
leur salut à Euripide, des pièces duquel ils
avaient récité les plus beaux endroits aux
Siciliens qui en étaient fort curieux; et à
leur retour dans leur patrie, ils allèrent le
saluer comme leur libérateur... »
Pierre Clauer.
Portraits de LotiTois (V, 88). — Le Ca-
talogue d'une vente d'estampes (hôtel
Drouot, du 14 au 17 avril 1869, Clément,
expert, in-8, p. 38, n« 278), annonçait la
mise en adjudication du portrait suivant :
Robert Nanteuil^^: Louvois (François-
Michel Le Tellier, marquis de), ministre
et secrétaire d'Etat. (App. ô). Belle épreuve
du cinquième état avant la lettre É.
Ulr.
Le Rabelais de Gustave Doré (V, 89). —
M. Ulric a eu la mauvaise chance d'ache-
ter un tirage fatigué de cette édition de
Rabelais, illustrée d'une manière remar-
quable par Gustave Doré. On ne peut que
l'engager à se procurer la première édition
de cette publication, Paris, Bry aine, 1854.
Il trouvera, sinon une publication de luxe,
au moins un tirage satisfaisant des belles
gravures de Gustave Doré.
(Le Havre). V. T.
Tenir le portique (V, 11 3). — « Por-
tique Jeu où l'on fait tourner une
boule autour d'un portique, etc. » (Wailly,
d'après Richelet). voilà un etc., qui arrive
bien mal à propos, et un jeu très-insuffi-
samment décrit. Cependant on peut en-
trevoir que ce portique était un jouet ou
tout au plus un meuble, que la Doule en
s'arrêtant sur tel ou tel point, désignait
des chances bonnes ou mauvaises, et que
tenir le portique signifierait: tenir la ban-
que à cette espèce de roulette. O. D.
Le système décimal et les horloges (V,
117). — Un membre de l'association scien-
tifique, attaché à l'administration des télé-
graphes, M. Cacheleux s'est beaucoup
occupé de la division décimale du jour;
lui-même a, je crois, construit une montre
d'après ce système. Peut-être pourrait-il
donner les renseignements demandés.
A. DUREAU.
La licorue, le phénix (V, 118). —Z4
licorne et le phénix sont-ils fabuleux on
non ? Corne de licorne ! qui peut en dou-
ter? — Consulter l'excellent Glossaire de
M. le marquis de Laborde, conservateur
des Bibelots du Louvre, et les vieux in-
ventaires de nos amis es XI V» et XV« siè-
cles. Le Grand Turc la baillait belle au
baron de la Garde, avec ses plumes d'oi-
seaux de paradis , — Manuco de Wata^ qui
dormaient, s'accouplaient, pondaient et
couvaient en volant.... au Paradis du Pro-
phète.
Voir encore l'article Paradisier dans ie
Dictionnaire universel d'histoire natu-
relle, de Ch. d'Orbigny, t. IX, p. 467 ; ei
se dire:
Phénix t qui potuit rerum cognoscere causas!
H. DE S.
— La licorne et le phénix sont fabuleui
l'un et l'autre. Il est reconnu maintenani
que l'objet qui figurait dans les bibliothè-
ques, les musées et les collections des XV'
et XVI« siècles comme la corne du premier
de ces deux animaux, la licorne, n'est autre
chose que la dent du narwal qui atteiiii
parfois 2 mètres 1/2 de longueur, et qoi,
grosse à sa base , comme la cuisse, va en
s'effilant jusqu'à l'extrémité. L'ivoire en est
très -beau et très-blanc et contourné en
spirale. La base est creuse.
Le mâle seul possède celte arme redou-
table ; la femelle n'a que deux dents, de
très-petite dimension et incapables de lui
servir à combattre les autres animaux.
Il semblerait, à voir le narwal si bien
armé, que ce doit être un animal terrible
tuant et dévorant tout ce qu'il rencontre.
Il n'en est rien pourtant;. sa bouche est pe-
tite et fort mal disposée pour la mastica-
tion. Il se nourrit de mollusques et de
petits poissons.
Voir dans la Bibliothèque des merveilles
le volume de M. A. Lanarin sur les Mons-
tres marins, tout un chapitre qu'il serait
trop long de transcrire ici. A. Nalis.
(Voir infra, col. 829).
< Apologie des femmes » (V, 120).— Cèpe-
tit poëme est de Paulin Crassous. Il est
assez bien versifié; j'en ai vu des exeni-
Î)laires qui étaient accompagnés d'un feuil-
et destiné à remplacer quelques mots dont
on pensait que le public pourrait s'effa-
roucher. Il est à croire que les exemplaires
antérieurs au canon sont peu communs.
A.J.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo juin 1869.
317 -
3i8
a Voyage de Saint-Gloud par mer et re-
onr par terre» (V, 128). — Indépendam-
aent des éditions déjà citées (V, 128), ce
letit ouvrage a été publié : i« dans le 5^ vo-
ume du Recueil amusant de Voyages en
ers et en prose faits par différents au-
eurs, auquel on a joint un choix des épî-
res, contes et fables morales qui ont rap-
)ort aux voyages. Paris, Nyon Taîné,
783 (6 vol. pet. in-12). — 2® Dans le
•0» volume de la grande collection intitu-
ée : Voyages imaginaires, songes, visions
it romans cabalistiques ornés de figures.
Amsterdam et Pans (rue et hôtel Ser-
;)ente), 1788, 89 vol. in-8.
Dans ces deux publications, il porte
exactement le même titre, savoir : Voyage
de Paris à Saint-Cloud par mer et Retour
de Saint-Cloud à Paris par terre, — mais
l'éditeur du Recueil amusant, dans la ta-
ile générale qui termine le 6* volume, en
iitribue, je ne sais sur quel fondement, la
Jaternité à labbé Coyer. Question à éclair-
jir. Joc'h d'Indret.
— M. D. L. P. ne serait-il pas M. De
La Place ? Il ne peut être question de son
Recueil de pièces intéressantes publié de
1785 à 1790; mais il a été un moment
:nargé de la rédaction du Mercure, et il
1 collaboré à bien des recueils de son
temps.
***
. — L'édition suivante mérite pourtant
Wen quelaue attention : Voyage de Paris
à Saint-Cloud par mer, et Retour de Saint-
Cloud à Paris par terre. Nouvelle édition.
\ Paris, chez les Marchands de Nouveau-
és. An VII de la République, i vol. petit
D-12, de xxiv-i53 p., contenant: i" Une
îharmante vignette finement gravée (ano-
nyme) : « Mon régent voulut me venir
induire avec ma mère et mes deux tan-
es; » — 2« Une Epître à la charmante
ienriette; ^ 3° Une Préface; — 4» Un
^vant-Propos pour cette nouvelle édition,
- toutes pièces qu'on ne trouve pas tou-
3urs imprimées dans les diverses autres
dirions. Ulr.
I>e • Beau Danois > est-il bien le fils de
i reine Hortense? (V, 147.) — M. Jal
dictionnaire critique) répond avec détail
cette question , au mot D'Alvimare
Martin-Pierre). Après avoir conté comme
uoi, à la demande de Joséphine de Beau-
arnais, il avait été nommé premier har-
|iste solo de la musique du premier consul,
^ ajoute que Timpératrice le prit pour pro-
esseur de harpe et le donna pour mai-
re à sa fille Hortense. « On a dit
uen des choses là-dessus ; on a prétendu
pe d'Alvimare fut toujours pour une part
lans les compositions de la reine Hor-
ense et qu'il est Tauteur de quelques airs
i donnés au public sous le nom de cette
princesse. L air « Partant pour la Syrie »
fut attribué à d'Alvimare. On ne croit
jamais au talent des souverains, comme
on ne croit point à leur mort naturelle...
D'Alvimare se défendit toujours, avant
comme après la chute du premier empire,
de toute collaboration avec la reine Hor-
tense, en ce qui était des mélodies trou-
vées par la reine. Voici , à ce sujet, ce
que m'écrivait, le 10 juillet i863,M. Char-
les d'Alvimare, (fils du musicien): a Au-
trefois et maintenant encore, dans le peu-
ple (Dreux), tout le monde a dit, tout le
monde dit que mon père est l'auteur de :
Partant pour la Syrie; j'ai entendu main-
tes fois mon père répondre aux personnes
qui lui en faisaient l'honneur, que la ro-
mance était bien positivement cle la reine.
Peut-être avait-il donné des conseils quant
à l'accompagnement; mais enfin, non-
seulement la pensée musicale, mais encore
le tour donné à cette pensée et la romance
tout entière étaient d'elle. Les romances
de cette princesse ont bien un certain air
de famille avec celles de mon père, mais
comment s'en étonner quand on se rap-
pelle que les compositions de mon père
étaient fort goûtées alors, chantées sou-
vent devant la reine Hortense, et par elle-
même, et qu'après tout il était son maître
de harpe, sinon son professeur de compo-
sition? Méhul aura dû être le directeur des
études musicales de la princesse. »
M. Jal conclut ainsi : a Voilà qui est
bien précis, croyons-en ce témoignage dé-
sintéressé. »
Quant aux vers de Lebrun, ce n'est pas
à la reine Hortense qu'ils faisaient allu-
sion; ils s'appliquaient à la comtesse
Fanny de Beauharnais, qui a mis quel-
quefois des \er s dans VA Imanach des Mu-
ses, Lebrun dînait souvent chez elle.
Lassée des épigrammes malséantes du
poète, elle dit un jour, après avoir lu ces
deux vers : « M. Lebrun, qui m'arrange si
bien, dîne aujourd'hui chez moi. » Lebrun
prit son chapeau et s'éclipsa sans mot
dire. E. G. P.
— La célèbre épigramme de Lebrun,
citée ci-dessus, et qui doit être rétablie
ainsi :
Eglé, belle et poète, a deux petits travers, etc.
est de beaucoup antérieure à l'époque du
règne de la reine Hortense. Ce malicieux
distiaue fut composé à l'adresse de sa
grand'tante par alliance : Fanny Mou-
chard, comtesse de Beauharnais, (1738-
181 3), poëte, bel esprit, dont les Œuvres
poétiques eurent en leur temps de nom-
Dreuses éditions : 1772, 2 vol. in-8®; —
Amsterdam^ 1776; — 1787, 3 vol. in-12;
— Paris^ Masson, an IX, in-8», etc.
Voici un petit huitain à l'eau de roses,
composé tout à la louange de « la Belle
N« 107.]
L'INTERMÉDIAIRE
319
320
Comtesse, » et que nous retrouvons im-
primé en tête d'un petit recueil aujour-
d'hui devenu rare : o La Guirlande de
Fanny pour le jour de sa fête, 4 octobre
1808, par M. de Palmezeaux, de TAcadé-
mie des Arcades de Rome. A u Parnasse^
1808. »
Vers pour le portrait de M*»» Fanny de Beau-
harnais.
Comme La Fayette elle écrit,
Et comme Ninon elle est belle ;
Elle a leurs grâces, leur esprit;
Toutes deux revivent en elle.
Ah! ses talents ingénieux
Méritent bien tous nos sufh'ages ;
Car ce n'est qu'en voyant ses yeux,
Qu'on peut oublier ses ouvrages.
La chronique attribue généralement aux
poëtes Dorât et Cubières-Palmezaux les
vers de M"»» de Beauharnais. Mais n'est-
ce pas un peu là le sort commun des
femmes-auteurs, de voir supposer tou-
jours qu'un homme a dicté leurs ouvrages?
Quant au a Beau Dunois, » j'ai souvent
entendu dire, à des gens compétents, que
la musique seule devait être attribuée à
la reine Hortense. On citait même l'au-
teur réel des paroles^ mais le nom de ce
poëte ne m'est pas en ce moment présent
dans l'esprit.
— A ce propos, une chose véritablement
curieuse serait de connaître le titre exact,
et le nom des auteurs ou compositeurs
tels qu'ils sont imprimés' en tête de la
première édition originale de cet illustre
chant, passé, depuis le nouvel Empire, à
l'état de Scie patriotique.
Mais connaît -on cette première édi-
tion?... Ulric.
— Je ne me permets pas de douter de la
bbnne foi des personnes dont parle M. S.
D., mais je ne les crois pas bien au cou-
rant des choses, en appliquant à la reine
Hortense l'épigramme de Lebrun. Per-
sonne n'ignore, en effet, qu'elle fut diri-
fée contre la comtesse Fanny de Beau-
arnais, femme de Claude de Beauharnais,
comte des Roches-Baretaud, chef d'es-
cadre.
Je ne prétends point affirmer que la reine
Hortense soit l'auteur du Beau Dunois;
cependant, je viens de feuilleter plusieurs
pamphlets légitimistes de 181 5 et 181 7 où
la reine est fort mal traitée comme per-
sonnage politique et comme femme, et je
n'v trouve pas d'attaques contre l'état ci-
vil du Beau Dunois. A. L.
— Collectionnons, collectionnons, il en
restera toujours quelque chose! M. S. D.
a cité dans V Intermédiaire la fameuse
épigramme de Lebrun contre Madame
Fanny de Beauharnais. A notre tour, ci-
tons à M. S. D. une autre épigramme de
la même époque, un quatrain anonyme
qui fut adressé à la même muse :
Vos vers vous coûtent bien du temps!
Mais, est-ce à les faire, Thémire?
Vous rougissez, je vous entends;
Vous êtes longue à les transcrire.
— Les curieux pourront lire le petit pas-
sage suivant dans la notice sur le Départ
pour la Syrie, p. 80 des Chansons natio-
nales et populaires de France, accompa-
gnées de notes, etc., par Du Mersan. Pa-
ris, Gabriel de Gonet, in- 32, 1846:
« Cette romance, qui eut un grand succès
sous l'Empire, est, dit-on, de M. De La
BORDE, Elle n'a rien d'extraordinaire; mais
ce qui contribua beaucoup à sa vogue, c'est
que la musique avait été composée par la
reine Hortense, fille de l'impératrice Jo-
séphine, etc. » Truth.
— Selon un bruit assez accrédité, et qui
a trouvé place, je crois, dans quelques li
vres imprimés, les paroles assez médiocrei
de ce cnant devenu célèbre sont du comtt
Alexandre de La Borde. C'est à tort qu'à
ce propos on rappelle une épigramme bien
connue de Lebrun ; ce distique mordant
circulait avant 1789, et il paraît certain
qu'il était adressé à Madame Fanny de
Beauharnais. B. G.
— D'une lettre récemment publiée dans
divers journaux, et portant la signature du
flûtiste Louis Drouet; il résulterait que
ledit flûtiste fut un peu le père du « Beau
Dunois. » Yezimat.
Cornes (V, 148). — Jacques-François-
Marie Vieilh de Boisiolin, poète et admi-
nistrateur français, ne à Alençon en 1761,
mort à Auteuil le 27 mars 1841, a publié
à Paris, en 1786, un ouvrage intitulé:
a Dissertation sur les cornes antiques et
modernes, ouvrage philosophique dédié à
MM. les savants antiquaires , gens de
lettres, etc. Paris, 1786, in- 12. » Que de
choses doit contenir cet et cœtera de la
dédicace! On y trouverait probablement
une réponse à la question. E. G. P.
Ouvrages relatifs aux Gascons (V, 196)
— On peut ajouter à la liste précédemment
donnée par M. O. D. : Le Gascon, conte
en vers, par le chevalier de Boufflers
{Œuvres complètes, t. II-I, p. i3, in-18,
1 82 3 ; vignette de Marillier), — Le Gas-
con, type des Français peints par eux-
mêmes, de Curmer. Province, t. II, texte
par Ed. Ourliac; vignette par Dauzats. -
Gasconade, conte en vers. {Le Furet de
la Littérature, par le citoyen Duc....ly.
Paris, chez Debray, an X, 1802, p. 212.)
— La Gasconne, chanson galante, par de
Baussay, musique de Dalayrac , notée
sous le n® 689 dans la Clé du Caveau. -
i La Noblesse d'un Gascon, conte en vers
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo juin 1869.
321
322
(anonyme), p. 1 86. — Le Gascon justifié,
par Davesne, p. i38. — Le Gascon pru-
dent, conte en vers, par Goulard, p. iSq
— Le Gascon sérieux, ibid, par Leman-
cel, p. iSg. — Réplique gasconne, conte
en vers, par Stassart, p. 222. {Drôle-
ries poétiques , Contes joyeux et Facé-
ties. Paris, Garnier frères, i85o. i vol.
in-32 de 523 p.) — Le Gascon généreux,
conte en vers, p. 66. {Historiettes ou
Nouvelles en vers, par M. Imbert. Am-
sterdam , in-8 , 1 774). — Le Duel gas-
con, conte, p. 14. {Mes Loisirs ou Foé-
sies diverses, par M. L. Pons, de Verdun.
A Londres, 1780. i vol. in- 12 de 119 p.)
Ulric.
La petite oie (V, 197). — Voici une nou-
velle acception de ce terme équivoque.
Dans le Journal des Inspecteurs de M, de
5arf mes (Bruxelles -Pans, 186 3), on lit,
p. 8 : « Il (Pelletier, fermier général) lui
(à Mademoiselle de Nesle, fille galante) a
donné aussi du linge, des robes et toute la
]petite oie en argenterie ; lui a placé 3, 000 li-
vres la semaine dernière sur l'emprunt des
Cordons bleus, et lui a donné i5 louis par
mois pour se soutenir. » L'annotateur du
journal paraît embarrassé de rencontrer là
cent petite oie; il pense que c'est peut-
être un service de table. Je crois qu'il faut
y voir les détails, les accessoires de la
garde-robe et du trousseau, quelque toi-
iette, quelque nécessaire , peut-être tous
les deux.
L'origine ne serait -elle pas invoquée par
le bon Panurge lui-même : « Leurs jam-
bes, tête, poulmon, foye et râtelle...? »Ce
sont là ce qu'on appelle en terme de cui-
sine les abatis que les pauvres gens achè-
tent, et qui sont pour eux la petite oie,
tandis que les bourses mieux garnies achè-
tent la grande^ la véritable oie. Or, les fa-
veursde la. petite ozeétaient pour les amou-
reux une viande aussi creuse que les abatis
comparés à la chair grasse et succulente
de la grande oie...
(Saint-Malo.) A. G. J.
La Société « Aide-toi, le ciel t'aidera »
(V, 204). — Il est souvent question de
cette Société dans le tome IX, paru tout
récemment, de V Histoire du Gouverne-
ment parlementaire en France (1814-
1848), par M. Duvergier de Hauranne.
M. Duvergier DE Hauranne, — on s'en
souvient, — comptait parmi les membres
les plus actifs et les plus influents de cette
Société célèbre. — Les curieux ont donc
toutes raisons de se reporter à l'ouvrage
signalé ci-dessus, et d'y rechercher no-
tamment les chapitres dans lesquels l'au-
teur a retracé l'histoire des fameuses Elec-
tions de 1827. Ulric.
Dame Etiquette, d'où vient-elle? (V'
212). — Voici une réponse que je retrouve
parmi mes notes; mais, ayant omis d'indi-
quer ma source, je ne sais absolument pas
où je l'ai copiée.
a Etym. Estiquete , signifiant propre-
ment chose fixée, est de même origine que
l'italien stecco, piquant, et d'un même ra-
dical que le hainaut stique, épce, le cham-
penois stiquer, piquer, dans le wallon sti-
chi, piquer, et provient du germanique ;
flamand, stikke, tige pointue, mot qui est
celtique aussi; gaélique, stic, un bâton.
La série des sens est marque, écriteau, et
par suite, ordre, arrangement^ d'où céré-
monial. L'étymologie, proposée par quel-
ques- uns {Est hic quœstio, C'est là la ques-
tion, mots inscrits sur les anciens sacs à
procès), ne tient pas devant Thistorique. »
Pour extrait, J. P.
Marie Dorval (V, 2x3). — Puisque le
nom de Madame Dorval a reparu dans les
colonnes de l'Intermédiaire, l'occasion
nous semble excellente pour demander à
nos savants coabonnés si, à leur connais-
sance, le charmant Portrait en pied de
cette grande Artiste, qu'a publié la Galette
des Beaux- Arts, de M. Charles Blanc,
dans l'un de ses premiers numéros, et sous
ce titre par trop modeste : Costume de
Mme Dorval dans « Chatterton » (dessin
de M. Edmond Hédouin^ gravure sur bois
de M. Pisan)^ est une composition origi-
nale, authentique, du peintre susnommé,
ou simplement une reproduction d'un an-
cien dessin du temps (1834)?
Truth.
Les tanneries de peau humaine (V, 234).
— Dans les Curiosités bibliographiques,
M. Lud. Lalanne, parlant des diverses
peaux employées pour les reliures, dit :
a Le bibliophile anglais Dibdin raconte
qu'un particulier avait fait relier en peau
de cerf un traité sur la chasse ; qu'un au-
tre fit couvrir d'une peau de renard (en an-
glais fox) VHistoire de Jacques II, par
Fox, et que le docteur Asken avait un livre
sur l'anatomie relié en peau humaine. »
(Curiosités bibliographiques, p. 288). —
M. Lalanne ne parle pas des tanneries de
Meudon.
Dans r Encyclopédie (t. XII, p. 220, édi-
tion de NeuÊhâtel, 1765), on indic^ue le
procédé pour tanner la peau humaine, et
l'on ajoute : « M. Sue, chirurgien de Pa-
ris, a donné au Cabinet du roi une paire de
pantoufles faites avec de la peau humaine
préparée par ce procédé. »
Le Manuel du T,anneur (Manuels Ko-
,ret), par M. Chicoineau, mentionne le
tannage de peau humaine, sans parler de
N» 107.]
L'INTERMÉDIAIRE
323
324 -
Meudon, et dit (p. 26) avoir vu à Versailles
un morceau de la peau d'un criminel.
On a donc, bien avant la Révolution,
tanné de la peau humaine. Maintenant, y
a-t-ileu, en 1793 ou 1794, une tannerie de
de ce genre à Meudon r J'en ai vainement
cherché la trace.
L'exemplaire de la Constitution de 1793,
mentionne par M. Ulric d'après un Catalo-
gue de 1864, ^st, je crois, Tunique pièce
attribuée à cette tannerie. Je le trouve, en
effet, signalé dans un Catalogue de vente
cité par le Courrier de la Sommes qui as-
sure que, pendant la Révolution, « il se
faisait un grand usage de ce genre de re-
liures : il y avait des fabriques où Ton tan-
nait la peau humaine absolument comme
le cuir de bœuf ou de cheval, et l'on en
faisait de beaux volumes qui se vendaient
un prix fou. »
Ainsi, ce n'était plus une tannerie, mais
des fabriques. Et le Courrier de la Somme
cite intrépidement à l'appui des reliures
de 1793 V Encyclopédie de 1765 !
L'article du Courrier de la Somme avait
été reproduit par le Journal des Débats,
Le National le releva vivement, en rappe-
lant que le duc d'Orléans, père de Louis-
Philippe, voulut encourager la tannerie
de Meudon en portant un soir, dans les
salons du Palais- Royal, et bien avant qu'il
se fût fait jacobin, une culotte de peau hu-
maine.
Cette note du National (\\xe j'ai coupée,
et que j'ai sous les veux, est du 26 janvier
d'une des années 1849, i85o ou i85i. (Je
trouve au revers les spectacles du 26 jan-
vier; on joue Gabrielle au théâtre de la
République et François le Champi à l'O-
déon.) C'est seulement dans cette note que
j'ai rencontré jusqu'ici la tannerie de Meu-
don. On sait q[ue le duc d'Orléans encou-
rageait volontiers, en y mettant des fonds,
certains essais industriels; il aida Nicolas
Leblanc dans la recherche de la soude ar-
tificielle.
Cette reliure en peau humaine de la Con-
stitution de 1793 est-elle bien authenti-
que? Frédéric Lock.
— On lit dans le Nain Jaune ^ de
M. Aurélien SchoU (samedi 27 février
1864, page 5) : « L'exemplaire de la Con-
stitution de 1793, relié en peau humaine^
a été adjugé moyennant 226 francs, à un
libraire de Paris.
« J'espère qu'il se trouvera un honnête
homme qui ne craindra pas de dépenser
quelques louis pour avoir le plaisir de
brûler cette dégoûtante relique. »
Les curieux pourront lire dans la Revue
des autographes^ publiée sous la direction
de Gabriel Charavay (petit in-40, n" 4),
un intéressant article intitulé : M. Gra-
nier de Cassagnac et les Tanneries de
peau humaine, Truth.
Le verbe sachoir (V, 241).— Cette (ques-
tion a déjà été traitée dans V Intermédiaire
(III, 227, 367; IV, 82, i5o). Les raisons
alléguées par M. P. G. D. en faveur de la
locution incriminée ont clos la discussion
et paraîtront sans doute concluantes à
M. A. de La Taille. Joc'h d'Indret.
Inscription énigmatiqne (V, 241). — Ce
n'est pas, à beaucoup près, la première fois
que le mot de cette énigme est cherché:
Marins- Michael Angélus croyait qu'il s'a-
gissait de Veau de la pluie,- Jean Turius,
de la matière première; R. With y voyait
Niobé ou Vdme; N. Barnaud, le Mercure
ou vif-argent; G. Gerarts, V amour; André
Scot, un eunuque; André de Nesmond, le
babil et les tours des avocats; Boxhornius,
V ombre; Malvasia, un fœtus; Ovide de
Mont-Albani, le chanvre; F. Licetus, la
génération et V amitié; L. Du Bois suppo-
sait que Crispis était une fille fiancée,
morte en couches d'unjils, avant les noces;
Spon, Misson et bien d'autres ont donné
des explications différentes; enfin, un Nor-
mand, A, Guilmeth, fit paraître à Lou-
viers, en i833, une brochure sur l'inscrip-
tion en question. Après avoir relaté toutes
les précédentes interprétations, à son tour
il cherche à démontrer que cette inscrip-
tion est une énigme dont le mot consiste
tout simplement dans l'inscription elle-
même. Il faudrait tous les développement?
qu'il donne à sa réponse pour faire presque
comprendre l'énoncé; je m'abstiens delà
reproduire, car il ne me semble point y
trouver la véritable solution.
J*ai plutôt, vous le voyez, rappelé l'his-
torique de laquestion, que fait une réponse;
mais qui la fera jamais précise, concluante,
certaine?... (Rouen.) G. Lormier.
— Misson a consacré à cette inscription
une dissertation en forme, dont cependant
le principal objet me semble être de dire
des injures à Spon, qui en avait parlé
avant lui. Misson ne connaissait pas le
cartouche de Chantilly, mais il nous ap-
prend que l'inscription se trouvait aussi à
Milan sur un vieux parchemin. A Bologne,
c'était un marbre présenté comme copie
exacte d'un marbre plus ancien. Les trois
monuments offrent entre eux plusieurs dif-
férences. Les principales sont : 1° que
l'inscription de Bologne est surmontée des
lettres D. M., et celle de Milan des lettres
A. M. P P D, qui sont également omises
sur le cartouche de Chantilly ; 2° que celui-
ci porte Agatho Crispus au lieu de Pris-
dus, qui se lit également à Bologne et à
Milan; 3® que les trois dernières lignes, à
partir de hoc est, ne se trouvent pas sur le
marbre de Bologne, et que c'est même un
des arguments des Bolonais pour traiter
d'apocryphe le parchemin de Milan, at-
DES CHÈkCriÈURS ET CURIEUX.
[10 juin 1869-
325
326
tendu que ces trois lignes appartiennent
aussi à une autre inscription relative à
Niobé.
Comme Spon décidait que la nôtre n'é-
tait qu'un badinage, qu'une énigme sans
mot, Misson ne manque pas de soutenir
qu'il y en a un, et il enregistre les solu-
tions de dix-sept interprètes, qui tantôt en
ont proposé plusieurs à la fois, et tantôt
se sont rencontrés pour adopter la même.
Les voici : l'eau de pluie tombant dans la
mer, — Niobé, — l'âme raisonnable, —
l'idée de Platon, — la matière première, —
un eunuque, — la pierre, — la chicane, —
l'amour, l'ombre, — la génération, — l'a-
mitié, — la privation, — le chanvre, — la
papesse Jeanne; — Agathon serait un
homme véritable, et iElia une fausse
femme ou un mauvais génie errant; — trois
cadavres enterrés dans le même tombeau
par trois personnes différentes, — un em-
bryon qui, s'il eût vécu et eût été fille, eût
épousé Lucius Agathon. J'espère que nous
avons du choix.
La dissertation de Misson a déjà été
citée dans V Intermédiaire (III, 304) par
M. L. delà Sicotière, répondant à la ques-
tion: Sens d'une épitaphe (III, igS). En
effet, Misson est amené incidemment à
rapporter le texte latin de cette épitaphe
(Ci gît la fille avec le père), qu'il donne
pour incontestablement antique et énig-
matique : ce qui renverrait bien loin toutes
^ÊS explications que nous en donnâmes
3ilors en admettant la réalité de l'histoire
racontée par la reine de Navarre. Mais ce
qui doit nous consoler si nous avons été
dupes en effet, c'est que nous en parta-
geons la courte (très- courte) honte avec la
belle et auguste novellièfe (puisque nou^
velliste en ce sens ne serait pas français).
O. D.
La chanson parisienne de c Fijfi • (V,
242). — Je ne la connais point et brûle de la
connaître ; mais je m^empresse de signaler
ce que j'ai rencontré dans un petit volume
de l'Académie des bibliophiles, publié en
1868 : Le Légat de la vache à Colas, de
Sedége, C'est dans la plantureuse glose
qu'y a ajoutée l'éditeur de la célèbre com-
plainte huguenote, M. Emmanuel Vasse
(de Crète), et à la page 76.
Sur ces vers du 17^ couplet :
Je ne veux oublier
Ce Claude le bonhomme...
le commentateur explique qu'il s'agit de
« dom Claude de Guise, sur qui on a une
légende dans le genre de celles de Cathe-
rine de Médicis et de Charles de Guise,
cardinal de Lorraine. » — « Son père, dit-
il, était palefrenier; son grand-père, vidan-
geur, n'était appelé que M. Fi! Fi!!!
Sa mère, • chassant de race, était fille de
Des Barres, président du parlement de
Dijon. »
Il doit y avoir là quelque analogie, peut-
être aussi quelque erreur. Si je laisse de
côté la question généalogique du pale-
frenier et du vidangeur, qui me surpren-
nent bien un peu, reste le sobriquet de
Fi Fij qui est sans doute l'origine de la
chanson décochée par le peuple de Paris
contre un Guise. Mais où M. Vasse a-t-il
pris ce sobriquet? Il ne cite pas sa source.
Subsidiairement, pourquoi donc appelle-
t-il la glose dont il a accompagné la Vache
à Colas une glose d'Orléans? Cela veut-il
dire glose sans fin ni trêve, ou sans rime
ni raison? ou o chienne de glose, » comme
on disait a chiens d'Orléans? » Fréd. N.
Un tablean de Michel-Ange, etc . (V, 242).
— Il est question de ce tableau dans la
Confession de Sancy (liv. II, chap. 7).
a Ces paillards (les protestants) firent im-
pudemment courir par toute la France les
nouvelles du tableau, où le cardinal, la
reine d'Escosse sa niepce, et autres per-
sonnes estoient embrassés d'un estrange
artifice... » Mais d'Aubigné ne dit rien de
plus, et surtout ne parle pas de l'échange
des tableaux. Catherine de Médicis a été
souvent accusée de liaison illicite avec le
cardinal de Lorraine, mais je crois cette
imputation beaucoup plus rare à l'égard de
Marie Stuart et de la duchesse de Guise.
Cependant, il y a dans Brantôme (Disc. i«'
des Dames galantes) un passage où, sans
nommer personne, il raconte qu'une prin-
cesse avait cédé à l'amour d'un roi pour
sauvegarder la fortunef de son mari, com-
promise par le mauvais succès d'une guerre
dont il avait été chargé; et une note de
l'édition Garnier (1841) désigne le duc de
Guise comme étant ce mari. Si la note dit
vrai et si Brantôme ne ment pas, l'un des
enfants d'Anne d'Esté n'eût pas appartenu
au duc de Guise, et la paternité en eût été
douteuse entre Henri II et le cardinal de
Lorraine. Une autre note de cette même
édition parle aussi de notre tableau, mais
n'en rend pas tout à fait le même compte
que M. S. D. : « Le cardinal de Lorraine,
du Perron et autres avoient été représen-
tés de même avec Catherine de Médicis,
Marie Stuart et la duchesse de Guise, dans
deux tableaux dont il est parlé dans la
Légende du cardinal de Lorraine^ folio 24,
et dans le Réveille-matin des François,
pages II et i23. » O. D.
Le chauvinisme (V, 246). -; Cest du
Nord aujourd'hui que nous vient la lu-
mière, et par conséquent c'est de Berlin
que doit nous venir l'interprétation de
notre dialecte parisien, car chauvinisme
est un terme presque argotique et qui ap-
N» 107.J
L'INTERMÉDIAIRE
327 —
328
{ manient à la conversation plutôt qu'à la
angue régulière. Ce n*est pas que je ré-
clame, mais j'avais cru jusau'ici que par
chauvinisme on entendait aes idées, des
sentiments surannés, fort bons sans doute
par eux-mêmes, mais devenus fastidieux à
force d'avoir été répétés dans une forme
trop peu variée. Le blâme, car le mot de
chauvinisme en est un, ne s'appliquerait
donc pas au fond des choses, mais seule-
ment à cette répétition continuelle et mo-
notone; de même que lorsqu'on traite un
air de rengaine, je crois que l'on ne veut
pas dire positivement qu'on le trouve mau-
vais, mais qu'on l'a entendu assez souvent
pour avoir le droit de ne plus l'entendre.
La rengaine serait donc le chauvinisme
de la musique, et le ch/iuvinisme Ja ren-
gaine de la littérature et du discours;
aussi, quoique le plus habituellement chau-
vinisme désigne 1 enthousiasme delà gloire
militaire, tel que nous l'arrangeaient les
vaudevilles et les mimodrames, j ai quelque-
fois entendu appliquer le. mot à d'autres
matières, par exemple à une déclama-
tion contre les abus de la puissance cléri-
cale, que celui qui la critiquait signalait
ainsi comme un trop fidèle écho des échos
de Voltaire. Or, chauvinisme^ ainsi com-
pris, s'explique aisément, car. chauvin y
dérivé de chauve, est une expression na-
turelle pour signifier ce qui est vieux.
O. D.
Impression en caractères gothiques
(V, 246). — A partir de la deuxième moi-
tié du XV I« siècle, je ne crois pas qu'on
puisse rencontrer de livres en caractères
gothiques, si l'on excepte pourtant quel-
ques livres d'Heures. Pour en citer peut-
être les derniers spécimens: en 1573, Julian
David, libraire, demeurant au bout du
pont aux Meusniers, à l'enseigne du Para-
dis, près l'horloge du Palais, imprimait en
gothique des Heures de Nostre-Dame, à
l'usage de Rouen, et, en i583, Georges
Loyselet imprimait à Rouen, aussi en
gothiaue, les Heures Nostre-Dame à l'u-
sage de Evreux.
(Rouen). C. Lormier.
• L' Augustin de France t (V, 246).— Je
ne viens pas répondre sur tous les points à
mes questions; mais depuis quelques jours
j'ai découvert le nom de l'auteur. La pre-
mière édition de l'ouvrage m'est tombée
sous la main: A Paris, chesf la Veuve
P. Bouillerot, i683, i«-i2,/?^. 365, avec
le titre: Le triomphe de la miséricorde.,,.
Le privilège, du 3o septembre 1682 est
accordé à Michel Chilliat , qui a « très-
humblement fait remontrer, qu'il a par
ses soins recouvré un livre intitulé Le
Triomphe,,, qu'il désirerait donner au pu-
blic. »La Biographie Nouvelle de Michaud,
à l'article Cnilliat, lui attribue effective-
ment cet ouvrage et cite une 2"" édition
de 1686, ayant en plus des Lettres,
Le débat est entre Chilliat et le P. Mail-
lard, auxquels les privilèges reconnaissent
les mêmes droits à la paternité de VAu^m-
tin. Qui des lecteurs de V Intermédiaire
les mettra d'accord? Et surtout qui me
donnera le nom véritable du héros, s'il
en aune. Pierre Clauer.
Une définition du silence (V, 247;. -
On me communique le numéro de CIn-
termédiaire contenant cette question.
a Le silence est une des formes de l'in-
fini i est de Balzac. On peut lire cette
phrase dans un de ses romans les plus
connus, qu'il vous sera facile de trouver.
DAvm DU Closel.
Le P. Loricpiet et le sabre de la batailla
du Mont-Thabor (V, 249). — Un instant,
M. V. de V. î II est bon de défendre ses
amis ; mais il ne faut pas pour cela frap-
per à tort et à travers sur ses ennemis.
Comment voulez-vous que M™« X., qui a
conservé pieusement son livre de première
communion, et qui en fait cadeau à une
amie, s'exprime autrement: « Livre que
portait M™e X. à sa première commu-
nion? » Vous écrierez-vous qu'apparem-
ment cette dame veut faire croire qu'elle
était déjà mariée lorsqu'elle fit sa pre-
mière communion? Eh bien! le sahrcque
Napoléon portait à la bataille du Mont-
Thabor était bien un sabre que rEmpe-
reur portait, etc. Et si Ton trouvait jamais,
pour le mettre au musée des souverains,
le débris d'un polichinelle qui eût aidé la
dentition du grand homme, et qu'on in-
scrivît au-dessous: « Polichinelle de l'em-
pereur Napoléon !«' » cela voudrait-il dire
que... Oh! non, n'est-ce pas?
(Saint- Malo.) A. G. J.
u L'Enrhumé » de Béranger(V, 234.)-
La grande édition des Œuvres complètes
de P.-J, de Béranger, revue par l'auteur
et illustrée de 52 gravures sur acier. Paris,
Perrotin, 2 volumes in-8* cavalier,^
ainsi, du reste, que toutes les autres édi-
tions illustrées^ publiées par le même li
braire : iSSy, 3 vol. in-8*, dessins de
Grand ville et Raff'et, — 1867, un vol.
grand in-8®, édition populaire, illustrée de
gravures sur bois, etc. — ne renferme pas
le texte complet du fameux couplet suppri-
mé dans la chanson de V Enrhumé. Dans
tous les exemplaires que j'ai sous la main,
les vers absents sont remplacés par deux
lignes de points. Maisles éditions précitées
donnent, en outre, aux lieu et place de la
phrase interdite, cette curieuse note expli-
cative, bien présumablement écrite par Bé-
ranger lui-même :
— 329
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
. 33o
[lo juin 1869.
« On ne croit pas devoir rétablir ici les
deux vers dont Timprimeur exigea la sup-
pression en 1821. L'auteur ne consentit à
cette suppression que parce qu'il pres-
sentit les interprétations malignes aux-
quelles elles donneraient lieu. Aussi Mar-
changy tonna-t-il contre ces deux lignes
de points. Des points poursuivis en justice !
Il faut les conserver d'autant plus, que les
deux vers supprimés ne seraient auprès
qu'une bien froide épigramme. »tULR.
— Un recueil de ses chansons politiques,
publié clandestinement, je crois, donne ce
renseignement :
tt Vers manquant dans la chanson inti-
tulée /'jE'wr/iMm^ (t. II, p. 2o5):
Mais le papa qui tient la dot,
Traita sa nlle comme Loth.
Puis, vient une clef des initiales pour ces
mêmes chansons.
J'ai sous les yeux un exemplaire de l'é-
dition de 1821, reliure de cette époque;
en regard de ce couplet il y a un feuillet,
relié en même temps, avec ces deux vers
écrits à la main :
Oui. mais papa soufflant la dot
Traita sa fille comme Loth.
Cette seconde version me semble plus
exacte que la première. E. T.
cienne, sur la nature et la portée de la-
quelle on sait partout à quoi s'en tenir de-
puis des siècles. Or, je crois être heureuse-
ment et définitivement parvenu à faire ac-
cepter, surtout de la part des juges les plus
compétents, ce que je ne crains pas de
nommer .une véritable découverte. D'ail-
leurs» je me hâte de déclarer que la pro-
nonciation du erec , pas plus celle de
Reuchlin que celie d'Erasme , n'est absolu-
ment pour rien dans la leçon que je viens
d'introduire où l'on sait. Aussi bien, l'er-
reur que j'ai redressée est du nombre de
celles qui, sans frapper l'oreille, s'insi-
nuent dans l'esprit par les yeux. En se-
cond lieu, on me demande s'il existe un
seul texte, manuscrit ou imprimé, qui au-
torise utéa. A cela, je réponds sans balan-
cer, que dis-je ? j e réponds victorieusement :
I II n'en existe aucun. Car, autrement, je
n'aurais rien dépisté, rien imaginé, en un
mot, rien découvert. Je n'aurais eu qu'à
lire, qu'à épeler couramment et correcte-
ment trois syllabes, dont une diphthongue.
Mais si désintéressé que je sois de nos
gloires littéraires, je ne saurais permettre
à mon honorable contradicteur d'affirmer
qu'en France on n'ait jamais su réellement
le grec ni. avant, ni depuis le XVI« siècle
de notre ère. A cette protestation toute pa-
triotique, j'ajoute que, loin d'être en op-
position, ou seulement en contradiction
avec la théorie platonicienne, ma leçon s'y
prête, s'y adapte et s'y ajuste étroitement.
En effet, Socrate ne dit nulle part, pas
missionnaire
imprimé^ , _ . -
et 0. D., et je viendrais à la rescousse de
M. T. de L., qui se garde bien de tran-
cher la question.
Si ma mémoire est fidèle, le P. Hue a
vu la dépouille entière de la licorne et a
conversé avec un voyageur français qui
avait chassé ou vu chasser la licorne.
D'après sa description très-minutieuse,
l'animal serait une gazelle assez rare et
fort difficile à atteindre, mais parfaitement
connue dans les contrées qui sont situées
entre l'Inde anglaise et la Tartarie. Par-
donnez-moi si ma mémoire est en défaut
et vérifiez le second volume du Voyage
en Tartarie,
(Saint-Malo). A. G. J.
Le beau est la splendeur du vrai (V,
260).— Que ma correction, qui consiste à
remplacer dans un texte de Platon iSsa par
uléa, soit ingénieuse ou non, c'est là le plus
jeune de mes soucis. Au fait, je n'ai eu
qu'un but en établissant sur une base so-
lide cette variante ; c'est à savoir, de met-
tre d'accord, d'une manière palpable, la
lettre et l'esprit de la doctrine platoni-
rait beau que ce qui est bon, et à ce
çompte-là, Socrate lui-même, Socrate tout
le premier courrait grand risque d'être un
très-méchant homme. Mais, Dieu merci!
c'est précisément le contraire que s'appli-
qua toujours à enseigner le maître par ex-
cellence, le plus sage et l'un des plus laids
d'entre les mortels. « Il n'y a de beau, pro-
clamaii-il sans cesse, que ce qui est bori,
autrement, que ce qui est bien, que ce qui
est vrai. » Bref, loin d'être la progéniture
du beau, le bon est le générateur, l'unique
père du beau. En vérité, je regrette que
mon antagoniste n'ait pas vécu, et cela avec
moi, au XYI^ siècle, pendant cette seule
centaine d'années où, suivant lui, la France
sût réellement le grec. Du moins, nous fus-
sions, en ce temps fortuné, tombés l'un et
l'autre d'accord sur le texte, le sens et
l'enseignement de Platon.
NOTA BENE. i» L'exemplaire que j'ai
feuilleté appartient à l'une de nos plus ri-
ches collections de livres; c'est à la publi-
que Bibliothèque Sainte-Geneviève que
chacun peut voir de ses yeux , ipsissimis
oculis, aÙTOTiTOtç è^ôaXtxoîç, si j'ai donné
ou pris le change au sujet de i§£a. J'at-
N* 107.]
L'INTERMEDIAIRE
33i
332 —
teste donc à nouveau que non -seule-
ment iBsa, dans Tédition précitée, n'est
pas accentué, mais qu'il va même jusqu'à
manquer d'esprit, ce qui ne laisse pas que
d'avoir une certaine gravité de plus.
20 Avec cela, un chanoine de Florence,
qui avait nom Marsile ou Marcille Ficin,
reste pleinement hors de cause. Chacun
sait que la version latine des écrivains
grecs est le plus souvent dix fois moins
claire que Toriginal, lors même que l'in-
terprète a compris. Qu'est-ce donc quand
le sens lui échappe?
3« Yiéa n'est point un accusatif excessi-
vement rare, et je le prouve. Mon ancien et
vénéré maître, J.-L. burnouf, à la page 177
de sa a Méthode pour étudier la langue
grecque, » enseigne, avec une irréfragable
autorité, ule6ç, « inusité au nominatif, v
génitif uféoç, etc. Mon regrettable ami,
Fréd. Dtibner, à la page i5 de sa « Gram-
maire grecque» (Remwald, i835), a rendu
cet arrêt : « Le mot uWç (fils) mérite une
mention particulière ; presque tous les cas
d'une autre forme « qui n'existe pas au no-
minatif » s'y trouvent : uléoç, uist, uîeîç,
uié(i)v, uiéai, uléaç, \)lie^ uiéoiv. »Ilestdema
loyauté de noter que si[Burnouf, en ne re-
fusant à la forme dont je traite que le no-
minatif singulier, lui accorde par là même
tous ses cas moins un, c'est-à-dire toutes
les autres désinences des trois nombres,
Dûbner, de son côté, alors au'il ne la se-
vré, lui non plus, que du seul et môme no-
minatif singulier, et qu'il fournit l'accu-
satif pluriel uîéaç, issu évidemment de
uléa, néglige pourtant d'ajouter cet uléa,
lui neuvième, aux diverses terminaisons
non relatées par lui à la page XLV. Que
conclure contre moi de cette omission ,
toute fortuite peut-être? — Rien, absolu-
ment rien, si ce n'est que l'excellent et très-
docte Dubner, sous les yeux et par l'es-
prit de qui tant de grec a passé, n'avait
néanmoins pas encore eu l'occasion de
faire connaissance avec mon uléa. Mais si
des deux grammaires le plus en renom,
j'arrive ensuite au meilleur des dictionnai-
res, à celui que dans Athènes même rédi-
gèrent des Athéniens a de nos jours, » des
Athéniens d'élite, sous le titre de AESlKON
EAAHNIKON, j'interroge la page 1 3o8 et
je lis : uTa pour uîdv, utûcat pour uîoïç, uît
pour uiû. Voilà donc trois formes de plus
que Dûbner semble avoir ou ignorées ou
perdues de vue, mais que la postérité d'Ho-
mère et de Platon devait, non pas au XVI®,
mais bien au XIX* siècle, pieusement re-
cueillir et enregistrer avec soin, au fur et
à mesure qu'elles apparaissaient à travers
la poussière et les ligatures de textes inex-
plorés jusque-là. De ce nombre n'est cer-
tes pas \ Iliade ou VOdyssée, deux poèmes
qui me sont encore, par ma foi ! restes aàsez ^
présents à la mémoire, mais dans lesquels,
je le confesse, je n'ai pas souvenance d avoir
jamais salué, même en passant, uiéa. En
revanche, il est un auteur et un chapitre
où je suis sûr de l'avoir lu, et qui me le
gardent en réserve pour le moment pro-
pice; car, avant de dresser l'état civil de ce
mot point bâtard, mais des plus légitimes,
j'ai besoin de rappeler succinctement deux
vérités. La première, c'est que la philoso-
Î)hie et l'Jiistoire s'accordent à nous révé-
er que, chez toutes les nations, c'est par
la parole cadencée que commencent et la
langue et la littérature ; la seconde, c'estque
chez les Grecs, singulièrement au siècle
de Socrate et de Platon, les limites n'ayant
pas encore été nettement ni profondément
marquées entre la poésie et la prose, ces
deux élégantes formes de la pensée hu-
maine faisaient encore l'une et l'autre
usage de termes communs à toutes les deux.
Et, chose digne d'être remarquée, cette
sorte de syncrétisme qui signale l'aurore
des lettres en marque aussi, tantôt le dé-
clin, d'autres fois la renaissance. Cela
étant, çiui donc, je vous prie, qui oserait
soutenir qu'il soit interdit, tantôt au philo-
sophe, tantôt à l'orateur, de se servir d'un
idiome inspiré, autrement de la langue des
dieux, puisque c'est de ce beau nom que.
depuis un temps immémorial, on aime à
saluer la poésie? En France, assurément,
nul ne se chargerait de trier, d'étendre,
comme on dit, sur la volette, d'un côlt
les mots de Chateaubriand, et de J'aurre
les mots de l'abbé Delille, dans le dessein
d'adjuger ceux-là à la prose et ceux-ci à
la poésie. Si donc il en est ainsi, il y a
peut-être, pour qui appartient à son
XIX® siècle, une certaine irréflexion à ren-
dre un oracle qui revient à ceci : a ui6v est
prosaïque, mais poétique est uiéa. Or, le
divin Platon écrivait pédéstrement, encore
qu'il ait, en sa prose, si poétiquement parlé
des aëdes. Donc, il a dû employer uWv et
rejeter uléa. »Mais, outre que ui6v se ren-
contre cent et cent fois sous la plume ailée
aussi bien que sous la plume qui va che-
minant terre à terre, il n'est décrété nulle
part que mon uiéa soit exclusivement ré-
servé au commerce de la muse avec le ciel,
et que l'incomparable conférencier du cap
Sunium ait du s'en interdire l'usage. Au
total, le condisciple de l'Abeille attique,
l'ami de Xénophon pouvait employer in-
distinctement, pour ses Dialogues en prose,
soit utéa, soit ui6v, au même titre qu'il fut
loisible au poëte N... d'en faire autant pour
les vers que voici :
TUk fiïv ^Yiotjç âAsaa y^tpaiv éfioiU»
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo juin 1869.
333
334
Ce distique ne doit pas être attribué à
l'immortel philosophe nls d'un statuaire et
d'une sage-femme.
(Grenoble.) J. P.
La décoration du Lis (V, 2 58). — Dans
Le retour d'un bon roi, une de ces chan-
sons que Ton attribuait invariablement à
Béranger, Ton faisait dire à Louis XVIII :
J'arrive avec mon innocence,
Mes vertus et mon cordon blanc.
Ce cordon blanc était sans doute le
grand cordon de cet ordre du Lis, et alors
on peut supposer que c'est encore du
ruban blanc qu'il est question dans le cou-
plet suivant :
Bonjour, ma vaillante noblesse.
Qui, jadis^ m'aviez planté là !
Aujourd'hui que le péril cesse,
Je vous reconnais... Vous voilà!
Venez, fermes soutiens du trône :
Recevez ce ruban de moi!
à quoi la noblesse répondait :
Nous savons tous ce qu'en vaut l'aune :
Vive Louis! Vive le roi!
Non-seulement ce qu'en vaut Faune
était une expression de mépris, rnais en-
core faisait allusion à ce qui était alors
bien connu, que Ton obtenait ces décora-
tions pour de l'argent. On racontait, par
e:remple, qu'un homme ayant payé pour
avoir la Légioh d'honneur, on lui avait
envoyé le Lis, et qu'à ses réclamations on
avait répondu que c'était une faveur qu'on
lui faisait parce que le ruban blanc coûtait
plus cher que le rouge, mais le trait le
plus violent décoché contre la nouvelle
chevalerie, fut (si réellement elle a existé,
car je ne l'ai point vue) une caricature
représentant un troupeau de cochons avec
ce titre: Compagnons d'Ulysse.
O.D.
tvomaxiUB et Curi00îté9, etc.
Vers presque inédits d'Auguste Barbier.
— Cette fois l'Académie française a eu de
l'esprit comme quatre! Elle vient enfin de
se foire l'honneur d'élire un vrai poëte,
Auguste Barbier, — en attendant un autre
vrai poëte, Théophile Gautier ! Il me sem-
ble entendre déjà l'auteur des ïambes dé-
biter à ses chers confrères, en guise de
discours de réception, la Curée, la Popu-
larité, Varsovie, ces véritables et immor-
telles Némésis de notre époque ; enfin,
pour ne pas faire de jaloux, Y Idole ^
ri DO LE, cette sublime malédiction de la
guerre , ce superbe dithyrambe de la sa-
gesse s'adressant à tous les fous du siècle,
vox clatnantis in deserto :
O Corse aux cheveux plats ! que ta France était
Au grand soleil de messidor!... [belle
Et dire gue Barbier chantait ces choses-
là en mai i83i, il y a déjà trente-huit
"années !
Deux ans auparavant, en 1829 (il arrivait
à Paris), le Mercure du XIX^ siècle pu-
bliait (p. 32 1), la pièce suivante, discrète-
ment signée d'un B., Rêverie au coin du
feu, qui n'a jamais été reproduite depuis.
s'il était feu!
Rêverie au coin du feu.
Voici rhiver ? Toiseau quitte la branche ;
La bise soufHe, et sur ma vitre blanche
Le froid commence à dessiner des fleurs.
L'hiver est triste et long pour une fille...
Pourtant, auprès de mon feu qui pétille.
Je dis tout bas en essuyant mes pleurs :
« Ah! si l'ami que rêve ma jeune âme.
De mon foyer était la douce flamme,
L'hiver vaudrait les plus belles saisons !
Et le printemps, et toutes ses merveilles,
Ses frais gazons et ses roses vermeilles
Me riraient moins que l'éclat des tisons!
« S'il était feu, que me ferait la bise,
Le ciel brumeux avec sa couleur bise,
La blanche neige et ses flocons épais?
Que me ferait de voir glaçonner l'onde ?
Q.ue me ferait de voir geler le monde?
S'il était feu, gèlerais-je jamais!...
« S'il était feu, pour sa moindre étincelle,
Je donnerais tous mes biens de pucelle,
Mon priez-Dieu, mon lévrier Médor ;
Je donnerais ma colombe au pied rose,
Le myrte blanc que chaque jour j'arrose,
Mon ïuth d'ébène et mon crucifix d'or!
« Je donnerais tout, jusqu'à ma parure,
Mon manteau vert et sa lourde fourrure,
La grande croix que tant j'aime à porter,
Mon chaperon et ma robe Isabelle ;
Je donnerais le bonheur d'être belle.
Et le bonheur de l'ouïr répéter !
« S'il était feu, le titre de baronne.
Tout un duché, tout l'or d'une couronne.
Me charmeraient et me tenteraient peu !
Qjaand même au ciel je pourrais être un ange,
Je ne sais pas si ie ferais l'échange
D'un coin du ciel pour le coin de mon feu !
« Oh ! quel plaisir j'aurais, seule et follette,
A lutiner la flamme violette,
A l'agacer, et toujours à la voir
Se denteler, se dérouler en bande,
Sauter, bondir, danser la sarabande,
Tout alentour de mon grand foyer noir !
« Que j'aimerais devant la rouge braise,
Sur mes chenets poser mes pieds à l'aise,
Rêver d'amour, sans trouble et sans pâleur !
S'il était feu, que je serais joyeuse.
Sous les longs plis de ma robe soyeuse.
D'envelopper son humide chaleur !
« S'il était feu, j'en prendrais soin extrême :
Pendant le jour il aurait ce qu'il aime.
Force rameaux de chêne et de sapin...
N^ 107.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [10 juin 1869.
— 335 336
Don Quichotte contre M. Thiers. -Voilà
Don Quichotte, non de la Manche, mai^
du Figaro (2 3 mai), qui reproche à
M. Thiers son style provençal, trop dénué
d'alliage parisien, et signale à ce propos
une description que cet écrivain aurait faite
de Napoléon l»', se drapant dans son en-
veloppe grise. Don Quichotte ajoute que,
de par rÀcadémie fr^inçaise, il est permis
de s'envelopper d'un drap, mais défendu
de se draper d'une enveloppe. Quoi qu'il en
soit, est-il donc vrai que lliistorien dit na-
tional du Consulat et de l'Empire ait
commis cette pittoresque métabase , ou
contre-petterie (pour appeler la chose par
son nom)? V. N.
Puis, quand mts yeux verraient la nuit des-
Je le mettrais sur un bon lit de cendre [cendre.
Pour sommeiller en paix jusqu'au matin !
« Enfin, je crois qu*au gré de mon envie,
Je le ferais brûler toute ma vie ;
Jusqu'à ma mort je voudrais le nourrir;
Et je n'aurais qu'un souci, qu'une crainte,
Ah ! ce serait de voir sa flamme éteinte.
Car s'il mourait, il me faudrait mourir!...»
B.
Vifs remercîments à celui qui nous a
signalé, pour nos curieux^ ces aimables
strophes du jeune temps, où B. était feu et
flamme, et qui nous a révélé le secret de
l'initiale. C. R.
Angnste et Tacite. Un renseignement
nouveau. — J'avais cru jusqu'à présent,
avec tout le monde, que l'empereur Au-
guste, étant mort l'an i4del ère chrétienne,
n'avait eu l'occasion de témoigner aucune
bienveillance à Tacite, né plusieurs années
après. M. Weiss m'a appris qu'il n'en
était rien, et comme c'est un ancien pro-
fesseur d'histoire, ne dois-je pas l'en
croire quand il assure (voir le compte
rendu de son procès devant le Tribunal
correctionnel de la Seine, 28 novembre
1868), a que Tacite avait pu, même après
«avoir écrit les Annales^ rester lami
a d'Auguste, qui l'appelait le dernier des
a Pompéiens ?» Ce qu'il y a de plus pi-
quant, c'est que Tacite lui-même m'avait
induit en erreur, lui qui met dans la bou-
che de Cremutius Cordus cette phrase
très-claire : « Tite-Live a comblé Pompée
« de tant de louanges, qu'Auguste l'appe-
« lait Pompéien, w (Pompéien, et non le.
dernier des Pompéiens). « Ut Pompeia-
num eum Augustus appellaret. »
T. DE L.
Un étonnement et nn vœu d'Alfred de
Musset. — Il y a trente-deux ans que le
charmant poëte imprimait ce qui suit :
<( Quoi ! parmi tant d'hommes assem-
blés, ayant cœur et tête, puissance et pa-
role, pas un qui se lève et dise simplement :
— Je ne suis pour ni contre personne,
mais pour le bien. Voilà ce que je blâme et
ce que j'approuve, ma pensée, mes motifs.
Examinez. r>( Lettre sur la littérature,
5 mars 1837.)
Que vous en semble, au point de vue
philosophique ? Pas si mal pour un poëte,
n'est-ce pas ? Diriez-vous point qu'Alfred
de Musset a défini d'avance tel politique
qui, pour vouloir être cet homme-là, —
ni pour ni contre personne, mais pour le
bien, — s'est trouvé isolé au milieu des
hommes assemblés, et décrié tout d'une
voix par les uns et par les autres? — Ma
foi, tant pis pour les hommes assemblés,
et vive Alfred de Musset! H. E.
c Le petit Faust. » — Nous avons donc en-
fin un petit Faust I Servez chaud. C'est le
plat du jour, le succès en vogue. — Cela
nous remet en mémoire cette épigraphe
que Georges Sand mettait, en 1837, en
tête de son Aldo le Rimeur : a II n'y a
« personne qui ne fasse son petit Faust,
« son petit Don Juan, son petit Manfred
a ou son petit Hamlet, le soir auprès de
a son feu, les pieds dans de très- bonnes
« pantoufles. » Il est vrai que George
Sand ne Tentendait pas précisément ainsi
que MM. H. Crémieux et Jaime fils, ei
son Aldo de Malmor n'est pas aussi gai
que le beau troupier Valentin, chantant
sa Marche des Soldats :
Vaillants guerriers, sur la terre étrangère,
Combattre est un plaisir!
Les ennemis y mordront la poussière,
Et c'a les f ra mourir!
La drôlerie musicale du petit maestro
Hervé est un hommage de plus à la beauté
de l'œuvre du grand maestro Gounod.
[Fausti!
Ite, ambo, majorque mmorque^ ad sidéra,
Plaudite jam, cives, necnon ridete vicissim!...
comme dit le poëte latin (i).
D. D.
Une rectification à insérer au « Manuel
du Libraire. » — Elle est de peu d'impor-
tance, sans doute; mais, puisque j'ai eu
l'occasion de la constater, je la consigne
ici. Le Manuel^ en citant l'édition petit
in-8 (Lyon, Pierre Rigaud, 1618) de l'His-
toire de Primaléon, de Grèce ^premier li-
vre, avance (5« édit., tom. Iv, col. 873)
que le texte se compose de 404 pages. En
réalité, c'est 4 o^ feuillets, J 'en ai la preuve,
puisque je possède un exemplaire de ce
volume. C. A.
(i) Nous ne vérifions pas cette citation de
notre correspondant ; nous laissons ce soin aux
lecteurs. {Red.)
Paris. - Typ. de OU. Meyraeis, rue Coju, 1S. - 1869.
QWAQOI
Ckêfthetet
n M /tel
mdr'aidtr.
iSjnml869.
£ 2ntetmélfïatve
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.)
337
338
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
Un moyen oratoire de M. Emile OUivier.
— L'histoire ne nous dit-elle pas que Dé-
mosthène, afin d'obtenir l'attention de son
léger auditoire d'Athéniens, se mit une
fois à leur raconter une fable? et cette
fable n'est-elle pas celle de rAne et
r Ombre?
J'ai lu dans le journal la Liberté (du
i5 mai] le compte rendu sténo^aphié de
la réunion électorale, à bon droit célèbre,
qui a eu lieu au théâtre du Châtelet le
mercredi 12 mai. Or, j'y ai vu gue l'ora-
teur, M. Emile OUivier, avait fait comme
Démosthène. Pour obtenir un peu de si-
lence de son turbulent auditoire de Pari-
siens, il leur a raconté une anecdote,
« Dans l'antiquité, a-t-il dit, on croyait
« que les dieux prenaient quelquefois la
« forme humaine, qu'ils descendaient au
« milieu de nous et se mêlaient à notre
« vie. Or, au récit d'un des plus spirituels
« écrivains de ce temps, voici ce qui
« advint un jour au roi des dieux. Il était
« descendu sur la terre pour se distraire,
« lorsqu'au bord d'un chemin il fit la ren-
« contre d'un paysan qui se rendait à son
« labeur. Il l'aborda et commença à s'en-
« tretenir avec lui. Le paysan qui ne soup-
« connaît pas l'illustre interlocuteur au-
« Quel il mesurait sa faiblesse, se permit
« de le contredire. La discussion s'animant
« et le paysan ne voulant pas se rendre,
« Jupiter, à bout déraison et de patience,
« démasqua sa divinité et menaça de la
« foudre. A quoi l'homme des champs
« répondit sans se troubler : « Tu te
« fâches, Jupiter, c'est que tu as tort 1 »
[Applaudissements très-vifs de la plus
grande partie de rassemblée,)
Cette fable, car c'en est une aussi, ou je
ne m'y connais pas, paraît avoir eu, tout
comme celle de Démosthène, un plein
succès, et le reste du compte -rendu
montre qu'elle a valu à l'orateur un silence
relatif qui lui a permis d'exposer ses idées
infiniment mieux que M. Jules Favre dans
d^autres réunions.
Mais, s'il vous plaît, quel est celui
d'entre les plus spirituels écrivains de
l'antiquité chez qui se trouve le récit dont
M. Emile OUivier a tiré si bon parti? Y
a-t-U quelque part une fable de Jupiter et
le Paysan? Est-ce de la part de 1 orateur
une heureuse réminiscence, ou est-ce un
expédient c^ue son imagination lui aurait
fait improviser, pour le besoin du moment,
comme on rapporte que le cardinal de
Retz a un jour improvisé un passage de
Cicéron, je ne sais lequel, afin de s'en faire
un argument 52126 ^ȉ non? S. D.
Quelques lignes de M. Sainte-Beuve. —
Où donc M. Sainte-Beuve, l'illustre séna-
teur-critique, a-t-il écrit ces lignes que j'ai
trouvées tn fac-similé d'autographe >
a Depuis quelques années déjà, il s'ac-
crédite des opinions bien fausses, selon
moi, sur la nature, la qualité et le droit
des grands hommes. L'idée morale n'entre
plus dans le j ugement qu'on porte sur eux,
ni dans le rôle qu'on leur assigne. On les
fait grands, très-grands, des instruments
de latalité, des foudres irrésistibles, des
voix commandées dans l'orage ; rien ne les
limite, ce semble, que leur pouvoir et leur
Succès même. On est revenu, sur ce point,
à une idolâtrie, du moins en paroles, qui
rappellerait celle des premiers âges ; ce ne
sont que des demi-dieux, tou jours... (?)
quoi qu'ils fassent. — Sainte-Beuve. »
On dirait que ce passage dont un mot,
l'antépénultième, n'est pas nettement
écrit, a été découpé dans un journal. Au
verso se voient 2 3 lignes d'impression,
qui semblent un fragment de compte rendu
tnéâtral. On y lit, par exemple : « Rocam^
bole va toujours, et j 'en suis bien aise pour
les auteurs. Les Sept Châteaux du Diable
ne désemplissent pas au Châtelet....
C'est le Champagne,
Vin de Cocagne^ etc. »
V. N.
Et le sceptre revient toujours à la
beauté. — A propos d'un banquet de la
TOME v. — I a
N» io8.]
L'INTERMÉDIAIRE
339
— 340
maçonnerie écossaise dans lequel feu
M. Viennet devait proposer M. Crémieux
comme son coadjuteur, un journal citait,
l'année dernière, avec infiniment d'à-pro-
pos, ce vers si plaisant en cet endroit :
Et le sceptre revient toujours à la beauté.
De qui donc est ce vers ?
Yezimat.
Une lettre de Luther sur les pierrots.
— Connaîtrait-on et pourrait-on m'indi-
quer une traduction française de la Lettre
de Luther, dont parle M. Nestor Roque-
plan dans le passage suivant de Parisine :
« C'est fête dans les arbres, les oiseaux
chantent, les pierrots crient à tue-tête; que
disent-ils ces polissons de moineaux, qui
égayaient si bien la sombre humeur de
Luther dans sa retraite de Wartbourg, et
lui inspirèrent une lettre si charmante. »
(Parisine, le Chapitre de la Nature,
page 169, unvoL gr. in-i8. Paris, Het^el
(sans date). Avril 1869.) Ul.
Un vers de Tartuffe. — L'admirable
drame que Tartuffe 1 II offre, en même
temps, un curieux tableau de l'intérieur
d'un riche bourgeois sous Louis XIV.
Un vers, pourtant, m'a toujours intrigué :
.: Et s*il vient à roter, il lui dit : Dieu vous aide !
(Acte I, scène 2.)
Etait-il toléré, à cette époque, de roter
à table, comme de tousser, cracher, se
moucher, etc.? Cela nous paraît au moins
étrange aujourd'hui : Molière en parle
comme d'une chose naturelle, et non
comme d'une incongruité. On dit encore
de nos jours à un homme qui éternue :
Dieu vous bénisse! On disait alors à celui
qui rotait : Dieu vous aide ! A quelle épo-
que remonte cet usage, et quand a-t-on
commencé à proscrire l'éructation et à la
ranger parmi les petites infirmités qu'il est
convenable de dissimuler ? Le Dict. de Tré-
voux (qui écrit roter) dit : Quand un homme
rote, on dit proverbialement : Deù gra-
tias, les moines sont saouls.
(Béziers.) Louis H.
Qu'est-ce jue : oxel? —Ce mot se ren-
contre assez fréquemment dans les plaintes
en diffamation adressées aux Treize de la
justice à Metz, au XV i« siècle : en voici
quelques exemples.
Jehan le moistrier se plaint que Collair
qu'on dit le proicheur l'a appelé lairon,
olxels{ et meschant homme aes plus mes-
chant que on sceut trouver.
Jehan Challon est traité par Nicolas le
boulanger de beUistrey mescha^nt laidre,
consouffrant oxels, et m,.,..
Sibiile femme de Denys le menuisier se
prend de querelle avec tsabellon, femme
de Hannes l'éperonnier, et lui crie : Nt
scait on poinct bien que tu es la ribaulie
de la crosse jambe, le frère le bourrien
de Chtèvremont; et comme le mari veut
prendre la défense de sa femme, elle ajoute
en s'adressant à celui-ci : Va va, oxelpel^
que tu es, fil^ç de tel^ oxel^ telj que tu es.
Le sens de ce terme injurieux paraît
être celui de « mari complaisant, » mais
quelle en estl'étymologie? C. L.
Chapier. — Je désirerais savoir le sens
de ce mot dans la phrase suivante du Ta-
bleau de Paris, par Mercier (édition Des-
noiresterres, i vol. in- 12, Pagnerre, i833,
page 1 5) : a Tous les chapiers de la ter-
rasse des Tuileries ou de l'allée du Luxeni-
bourg sont des antianglicans qui ne par-
lent que de faire une descente en Angle-
terre, etc.» Le Dictionnaire de l'Académie
expli(}ue ce mot par celui qui porte chape,
ce qui ne convient évidemment pas id
y R.
Prononciation des noms propres étran-
gers. — Si j'en crois M. F. -T. Blaisois,
dans son ingénieuse réponse sur la pro-
nonciation du nom de Montaigne (V, 198),
un Français qui ne veut pas afficher un
pédantisme déplacé, doit prononcer Ivan-
hoéeiByron à la française, et non pas i
l'anglaise, Batreune et Aïvanhô. uo^^
en généralisant, je tire cette règle quon
doit prononcer les noms étrangers comme
ils sont écrits, en donnant à chaque lettre
sa valeur française et non la valeur qu'elle
possède dans la langue à laquelle appar-
tient chaque nom. Je ne doute pas dèslors
que M. F. -T. Blaisois ne prononce litté-
ralement Goethe, Shakespeare, Pulci, Mi-
ckiewic^f, et non psis Gueuthe, Shêkspire,
Poultchi, Mitskiévitch. (Pardon pour ces
transcriptions bizarres, qui ne sont évi-
demment que des à peu près). Toutefois,
je conserve quelques scrupules, et je dési-
rerais savoir si la règle ci-dessus est géné-
ralement adoptée, et s'il n'y a pas lieu de
faire quelques distinctions. Dicastès.
•
Biographie de Jacques Sarraân. — Quel-
que lecteur de V Intermédiaire pourrait-
il me fournir sur ce sculpteur du XVII* si^
cle d'autres renseignements biographiques
que ceux donnés par M. Jal dans son Dic-
tionnaire critique de biographie et d'his-
toire? D. D.
Pmd'hon et Mlle Meyer. — (^elqu'un
pourrait-il donner des renseignements
nouveaux et inédits sur ces deux artistes?
Demande faite dans te but de compléter
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 juin 1869.
Hi
342
autant que possible leur biographie que
prépare en ce moment M. C.-C. B.
Burbanck, peintre de chats. — Un pein-
tre anglais, Burbanck, donnait à Londres
vers 1839 des leçons particulières de des-
sin et exposait à l'Académie royale des
études d'animaux, d'oiseaux, etc. On con-
naît de lui deux importantes études de
chats, publiées par Martin Lavigne chez
l'éditeur Gihaut? Avait-il fait sa spécialité
de ce genre de représentation? Traitait-il
habituellement les études de chats à l'a-
quarelle? Les musées ou les collections
particulières contiennent-elles quelques
pièces de ce maître? En un mot, nos lec-
teurs peuvent-ils nous fournir quelques
renseignements sur lui et sur son œuvre?
R. C.
Ximenez, candidat à rAcadémie. — Je
possède une lettre autographe écrite par
cet ancien aide de camp de l'illustre
maréchal de Saxe à Bernardin de Saint-
Pierre, pour solliciter son appui, comme
candidat à l'Académie. — Y parvint-il? —
Cette lettre se termine par quelques vers,
qui donnent à entendre que « le vieux
malade de Ferney » ne déaaignait pas de
grossir ses recueils de la muse de Ximenez.
Voici cette lettre.
« A Paris, rue de la Vrillière, n° 6.
3o sept. 1807.
« Monsieur,
« On a dit et vous prouvez que la haute
éloquence emprunte toujours quelque
:hose de la poésie.
« L'auteur de Paul et Virginie eût été
' Racine ou La Fontaine, s'il avait ignoré
! Que la prose peut avoir tout le charme
des vers. — Je ne sais à quels titres vous
demander votre suffrage dans les élec-
tions des deux successeurs de Portails et
Le Brun. Permettez que des vers ca-*
chent le nud de ma prose.
'avais vu de Fribourç s'écrouler les remparts ;
omber,dans Fontenoi, Torgueil des Léopards ;
'admirai d'assez près Lowetidal et Maurice.
'oltaire me tendit une main protectrice:
forma mon oreille à distinguer les sons,
•ans ma jeune mémoire il grava ses leçons;
t mes vers, qu'épura son amitié fidèle,
•nt grossi les recueils de sa muse immortelle.
<& Salut, respect et admiration.
« Ximenez »
Pour copie conforme : P. A. L.
La patrie d'Homère 7 — Sept villes, dit-on ,
e disputaient l'honneur de lui avoir donné
- jour, d'où ces vers :
[Argos, Athenae^
•myrna, Chics, Colophon, Salamis, Rhodos,
Orbis de patria certat, Homère, tua.
Quel est le véritable auteur de cette ci-
tation latine? Smyrne et Chios, dit«on, sont
celles dont les prétentions semblent le
mieux fondées; or, d'après les motifs
mêmes qui ont donné lieu à cette supposi-
tion, comment n'a-t-on pu savoir laquelle
de ces deux villes offrait le plus de ga-
rantie, et fixer, d'après l'assentiment des
savants, le lieu de la naissance de Tauteur
de r Iliade et de VOdyssée ?
Dans quels ouvrages pourrait-on trou-
ver quelques éclaircissements à ce sujet ?
Quels sont les auteurs qui ont disserté
sur cette intéressante matière, demeurée
encore à l'état d'énigme ?
A. LÉONARD.
Le Coq ganlois. — A quelle époque re-
monte cet emblème? Comment explique-
t-on qu'il ait été mis, en i83o, au-dessus
du chef des armes de France, en même
temps que les tables de la Charte y rem-
placèrent les fleurs de lis? Est-ce une loi,
ou une ordonnance royale, ou bien un
simple règlement ministériel, qui prescri-
vit et généralisa l'emploi de cet emblème
qu'on a vu figurer jusqu'en 1848 à la
hampe des drapeaux, sur la garde des
épées, sur les boutons des uniformes, etc.?
R. C.
Un discours bien payé. — A quel ora-
teur Henri III donna-t-il dix mille écus
pour un discours qui ne valait pas grand '-
chose? EUQORRAL
Le pont d'or. — J'ai lu dans le Temps
du 2 1 mars 1 869 cette phrase d'un savant
économiste, M. Maurice Block : a Un gé-
néral a dit : Il faut bâtir un pont d'or à
V ennemi qui se retire. » Quel est ce géné-
ral qui, dans tous les cas, doit être un bien
vieux général, car il v a longtemps que
son mot court le monde ? Euqorral.
L'Académie des Ricovrati. — Dans quel
ouvrage pourrait-on trouver des détails
historiques et anecdotiques sur l'origine de
l'Académie des Ricovrati, de Padoue, dont
firent partie au XV II" siècle, Mlle de Scu-
déry, M mes Dacier, Deshoulières, de Ville-
dieu, etc.? Ulr*
Le cuir des bêtes prend-il des rides
avec l'âge? — MM. Edmond et Jules de
Concourt nous montrent dans leur der-
nier roman intitulé : Mme Gervaisais
(p. 39) tt un chêne ayant sur son écorce la
a rugosité d'une peau de bête centenaire. »
D'abord, y a-t-il beaucoup de bêtes cen-
tenaires? Et, puis, quand bien même cette
I longévité serait aussi incontestable qu'elle
N- 108.1
L'INTERMÉDIAIRE
343
344
est douteuse, la peau de ces vieilles bêtes
se ride-t-elle donc comme la peau des
vieilles coquettes? Euqorral.
Joannes a borgia. — Pourrait-on me
dire quel est le personnage qui a fait gra-
ver ce nom, par le relieur, au dos a'un
in- 12, lequel a pour titre : Titi lAvii Pator
vint.,, decadis quintœ libri F. Apud Seb.
Gryphium, Lugduni^ 1548. Sur les plats
du volume est gravé un écusson où Ton
distingue un cerf couché. L'écusson est
lui-même entouré d'une couronne de
feuillage, et des trois lettres I. D. B. La
reliure est en veau brun, et la tranche
dorée et gaufrée semble indiquer la se-
conde moitié du XV I« siècle. C. L.
« Lettres de Jnnius » (II, io5). — J*em-
prunte à un article de M. Sainte-Beuve sur
les Œuvres choisies de Charles Loyson
publiées par M. Emile Grimaud, article
mséré au Moniteur universel du 21 no-
vembre 1868, cette note qui concorde avec
la plupart des réponses déjà faites ici à la
question rappelée plus haut : a II (Loyson)
était fort au courant de la l^ittérature an-
glaise, et je trouve dans le tome I du Spec-
tateur y page 1 53, un article de lui sur rau-
teur des Lettres de Junius : il y indique et
y appuie la solution qui les attribue à sir
Philip Francis, la même qui a été si ingé-
nieusement discutée et proposée dans la
Revue des Deux-Mondes du 1 5 septembre
1 868. » Proposée est de trop dans la note
de réminent critique, car M. Ch. de Ré-
rausat, auteur de l'article de la Revue des
DeuX'Mondes intitulé : Encore Junius^
avait déjà mis en avant la même solution
dans le même recueil (i«' et i5 décem-
bre i85i). T. DE L.
Dix Jésuites, enean-forte (III, 271). ^
Le petit dessin reproduit par Vlntermé-
diaire (II, 137), ne serait-il pas simple-
ment un souvenir malicieux des célèbres
querelles religieuses des XVI* XVI I«, et
XVI II« siècles, entre les Jansénistes et les
Molinistes? J'ai sous les yeux, en ce mo-
ment, une autre petite eau-forte de cette
même époque, où se trouvent gravés les
portraits de sept jésuites molinistes fa-
meux : Le portrait de Molina (vu de profil)
gravé sur cette estampe, offre beaucoup de
ressemblance avec le portrait (également
de profil) du premier personnage placé à
droite dans la gravure de V Intermédiaire.
L*eau-forte que ie possède mesure 22 c.
sur 14 c. 1/2. Elle ne porte d'autre mar-
que de publication que celle-ci : a A Ams-
terdam » (ce qui pouvait aisément dire : 1 à
PariSy » dans ce temps là I), sans aucune
mention de nom d'auteur, ni de date. En
voici, du reste, l'exacte description :
A gauche, au premier plan, se dresse,
au bord d'une rivière, un gros arbre, dont
les fruits, entremêlés dans le feuillage, sont
représentés par sept petits médaillons fine-
ment gravés (Hauteur de chacun, 17 mil-
limètres). Ces médaillons contiennent les
portraits des personnages suivants, dont
les noms sont écrits, en toutes lettres^ au
dessous de chaque figure : « Escohar^ -
L. Molinay — Vasque^Çy — Th. Sanchex, -
L. Lessius, — F. Suare!f, — L, Tambou-
rin. »
A droite, une troupe d'évêques, d'abbéset
de moines {Jansénistes) invoquent le ciel en
adressant à Dieu d'ardentes prières. Au-
dessus d'eux le Père Eternel, entouré dt
petits anges, et assis dans les nuages,
écoute leurs pieuses demandes et 1«
éclaire de son rayonnement le plus lumi-
neux. Près de lui, un ange vengeur, collé
d'un casque guerrier, et brandissant une
épée flamboyante, foudroie, du haut du
ciel a ïarbre maudit, » tandis que le Démoo
des Enfers, perché sur sa plus haute bran-
che, s*appréte à prendre possession des
« mauvais fruits, »
Au bas de cette gravure, se lit le titre :
« La prière charitable, » puis immédiate*
ment au-dessous, sont ^avés les deiti
quatrains que voici :
Pire que le fij^ier dont parle TKvangile,
Q.ue tu maudis, Seigneur, l'ayant trouvé stérile,
Celui-cy dès longtemps porte des fruits amers
Dont le poison fatal peut perdre l'univers.
S'il se peut cependant, arreste ta Colère;
De ton Ange vengeur (tic) suspens les justes
[coups;
Et faisant triompher ta grâce salutaire,
Permets que de tels fruits puissent devenir douL
Cette seconde planche n'est-elle pas da
même temps, et, au point de vue de l'in-
térêt historique, plus curieuse encore, q«
la première? Ulric.
Manuscrits de J .-F. Âdry ( 1 1 1 , 6 1 6). - L^
Bibliothèque impériale possède (foods
français) au moins trois mss. d'Adry : j^
ms. de sa Vie de Malebranche, le ms. de
son Histoire littéraire des écrivains jt
r Oratoire, et le ms. : Les sources où ^
Fontaine a puisé ses fables. Je ne sais si
je me trompe, mais j'ai un vague souvenir
d'avoir entendu dire que les Archives de
l'Empire gardent aussi quelaues-uns àts
mss. du savant bibliographe, lesquels pro-
viendraient de la bibliothèque de 1 Ontoirc
confisquée par la Révolution. T. de ^•
Savez •▼eus pourquoi les femmo^-"
(III, 745). —Vous vous servez, plus volon-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 juin 1869.
— 345
346
tiers de la main droite que de la main
rauche, vous, Monsieur; mais mettez-vous
levant un corsage boutonné à gauche, et
tirez... les conséquences. D. L.
La mère Gandichon (IV, 21). — On a
!)eaucoup de propension à expliquer par
^audere les mots qui présentent cette
)YlIabe^ât/i ou god. Mais je ne sais si Ton
1 a pas tort de ne pas faire la part du mot
^ode^ ou, si Ton n*admet pas Texistence de
:e primitif perdu, au moins de son dimi-
nutif ^oie/, que le Dictionnaire de Wailly,
d'après Richelet, explique par a sorte de
petite écuelle ; sorte ae petit vase, sorte de
gouttière. » De là à verre à boire, il n'y a
au'un pas ; et c'est le premier sens que lui
(tonne M. Landais: « godet... vase à boire,
qui n'a ni ni pied ni anse. » Aussi, me pa-
raît-il évident que godet est la véritable
racine de godailler que Tun et l'autre dic-
tionnaire expliquent par « boire avec excès
et à plusieurs reprises. » Mais cette étymo-
logie ne conviendrait-elle pas fort bien
aussi à la Mère Godichon? Puisque j'ai
cité N. Landais, je neveux pas dissimuler
qu'il n'est d'accord avec moi sur aucun
point. Il fait venir godet de guttetus, vase
petit à ne contenir qu'une goutte; godail-
ler de good aie, bonne bière ; et quant à
godichon, il l'indique seulement comme
synonyme de godiche, et donne les deux
ïïiois comme dérivés de Claude, ce nom,
2ui, je ne sais pourquoi, a pris le sens de
îte. La Mère Godicnon descendrait alors
en ligne directe de la mère Sotte, en
admettant toutefois que, dans ce dernier
vocable, le mot sotte ait bien le sens qu'il
a aujourd'hui. O. D.
Les foomeauz du père Dnchesne (IV,
1 39). — C'est hïtïi fourneaux, en effet, et,
^ovL journaux, comme on l'avait imprimé
II, S90. Voici ce que nous lisons dans le
:urieux volume de M. Ch. Brunet, Le Père
Ouchesne d'Hébert, 1859, in-12, p. 38 :
■ Le nom du père Duchesne était connu
ie longue date. On trouve dans une réim-
pression publiée par Caron, et qui est in-
titulée le Plat du carnaval, la relation d'une
iventure arrivée au père Duchesne, potier
Je terre, et marchand de fourneaux, rue
Mazarine, qui jure ou est près de jurer à
chaque phrase. En 1789, plusieurs pam-
phlets furent publiés sous le nom du père
Duchêne. C'était un type, comme, de
notre temps, celui de May eux. » Voici
maintenant le titre complet de la facétie
réimprimée par Caron : Le vlat de Car-
ffaval, ou les beignets apprêtés par GuiU
laume bonne pâte, pour remettre en appétit
ceux qui Vont perdu... Ed. F.
Goiflér sainte Catherine (IV, 354). —
a Et elle répondit : Si Mlle Bathilde vou-
« lait r«5/er pour coiffer sainte Catherine,
« elle en était parfaitement maîtresse* »
Je crois que cette phrase d'Alex. Dumas
(dans le chevalier d'Harmental) donne la
véritable forme delà locution et l'explique.
Sainte Catherine étant la patronne des de-
moiselles, elles lui doivent un culte parti-
culier : elles doivent, au moins le jour de
sa fête, parer ses images, lui mettre des
couronnes sur la tête. De là, on est parti
pour dire, en raillant celles qui ne trou-
vaient pas de maris, qu'elles en auraient
bien si elles voulaient; mais qu'elles ai-
maient mieux « rester pour coiffer sainte
Catherine, » de peur que, tout le monde se
mariant, il ne restât plu3 personne pour
ce pieux office. Sainte Catherine n'est donc
pas plus la patronne des vieilles filles que
des jeunes. Mais pourquoi, même des jeu-
nes r Je ne sais, à moins que ce ne soit
parce que son nom paraît vçnir du grec
Katharos, pur, immaculé, sans tache.
O. D.
« Le Songe dn Vergier » (V, 26). ^ Je
ne suis pas, hélas ! en mesure de répondre
aux difficiles questions posées par M. John
Eliot Hodgkm, mais je puis du moins
apporter un ténaoignage considérable et
jusqu'à ce jour inédit en faveur de l'opi-
nion, si bien soutenue par M. Léopold
Marcel, qui attribue le Songe du Vergier
à Charles de Louviers. Dans un volume
manuscrit conservé à la Bibliothèque im-
périale sous le n® 10.117 du fonds latin,
volume tout rempli d extraits pris par le
très-savant ministre protestant Alatthieu de
Larroque, j'ai relevé (page u) cette note
marginale : a M. Charles de Louviers, con-
a seiller au parlement de Paris, est auteur
a du livre intitulé : Le Songe du Vergier,
a dédié à Charles V environ l'an 1 364. »
T. DE L.
Le mot « mystifier » et ses dérivés (V, 45).
— Le mot ne paraît que dans la seconde
moitié du XVI il® siècle « La société, a dit
Arnault dans V Eloge de Picard, était alors
atteinte d'une manie assez sin^ière. Pour
satisfaire à je ne sais quel besoin qui s'était
emparé des esprits, d'autant plus avides
de plaisir qu'ils en avaient été absolument
sevrés pendant l'effroyable période à la-
quelle on venait d'échapper ; pour rega-
gner le temps perdu et en compensation
d'un si long deuil, on croyait ne pas pou-
voir trop se divertir : de là lusage assez
commun d'appeler, dans les fêtes que l'on
se prodiguait réciproquement et où l'on
accumulait tous les genres d'amusement,
certains personnages dont le métier était
de se )Ouer de la bonhomie du convive
M* io8.j
LINTERMÉDIAIRE
347
348
qu'on leur livrait et de le couvrir de ridi-
cule dans la maison où il avait été attiré
par des démonstrations d'estime et d'ami*
tié, et quelquefois même dans sa propre
maison qu'il avait cru n'ouvrir qu'à des
amis » Ces personnages se nommaient
des mystificateurs. P. Ristelhuber.
Les cornes dn diable (V, 59}. —
Si le plus laid démon du monde
Ne peut donner que* ce qu'il a :
Sous sa peau de Serpent immonde,
— (N'allez pas trop crier: « holà! »
Si je dépasse un peu les bornes ! ) —
Il fallut bien que le diable eût des cornes,
fMoi, j'en suis archi-con vaincu,)
Puisque, avec Eve, sa complice,
Il planta ce noble appendice.
Sur le front du premier... mari.
Un confrère.
Noël (V, ^9). — En wallon, noté; Haï-
naut, noé; Bourg, noeiy- Bresse, noyé; pi-
card, noué; Berry, naUy nô; provençal, na-
dalynadau; espagnol et portugais, wafj//
italien, natale^ du latin nataliSy naissance;
comme le provençal, le vieux espagnol
avait aussi nadal. Noël s'est dit, par eupho-
nie, pour Naely comme poêle pour paêle,
(Amsterdam.) H. Tiedemam.
— Dans toute la langue française, si
riche en termes de toute sorte, il est trois
adjectifs, sans plus, qui présentent la
même singularité; je veux dire un tréma
comme signe d'une lettre élidée : ce sont
nàîfy noël et soëf. Ce dernier a perdu la
voyelle U, et il dérive du latin suaviSy
prononcé so^avis; d'où, dans le dialecte
d'oïl, non pas souef, mais bien soè'f, c'est-
à-dire doux. Naïf, lui, est pour natif,
comme noël pour novel. Donc, au total,
suave, natif et noël sont les formes rajeu-
nies de soèf, naïf et noël. Dès lors, ce noël
n'a rien de commun avec natalis.
Si le jour de Noël est le jour de la nais-
sance du Sauveur, il est en même temps
le jour de l'année renouvelée, en un mot,
le jour du nouvel an. Et cela pour deux
raisons : D'abord, l'autorité civile, d'ac-
cord en cela avec l'autorité religieuse, fixa
plus d'une fois au 2 5 décembre le com-
mencement de l'année; puis, comme an-
ciennement, les pieuses cérémonies de la
nativité de l'Enfant-Dieu duraient bien cinq
ou six jours , elles ne faisaient qu'un, en
quelque sorte, avec la fête des Rois, autre-
ment avec le i" janvier.
Au surplus, le patois, celui de Tlsère,
par exemple, a un mot particulier pour
dire Noël, et ce mot, c'est Kalende, dont
le sens est exactement « premier jour du
mois de la renaissante année. »
(Grenoble.) J. P.
Paire la balle (V, 59). — La belle partie
est celle qui fait gagner. Or, lorsqu'on
joue en parties liées, et que les deux pre-
mières parties ont été gagnées, l'une par
un joueur, l'autre par le second, il faut en
jouer une troisième pour déterminer la
perte ou le gain. C'est pourquoi on dit
par contraction i faire la belle, pour fain
la belle partie. E. G. P.
Omelette (V, 60^. — Je ne reviendrai pas
sur ce qui a été dit touchant l'étymologic
de ce mot, mais je demande à ajouter un
nota à celui où M. F.-T. Blaisois renvoie
au Dictionnaire étymologique de Ménage.
J'engaee les lecteurs deilntermédiaireï
se mener excessivement de Ménaee, jus-
tement en matière d'étymologie. C est un:
science toute fantastique chez lui. Comice
je ne veux pas que l'on s'en rapporte àmoL
jugement , je prierai nos coa bonnes de
lire le chap. I»*, p. 12 et suiv., des Récréa-
tions philologiques dé Génin ; ils y trouye-
ront là, et en bien d'autres endroits du
même ouvrage, les preuves à l'appui de
l'opinion qu'il émet. Il range Charles No-
dier un peu au-dessous de Ménage, comme
étymologiste et philologue. C. D.
Le temple de TAréopage (V, 85), — Non,
aucun temple n'a été bâti sur la colline
de l'Aréopage d'Athènes. J'emprunte cette
réponse à un excellent travail de M. Er-
nest Dugit, ancien membre de l'Ecole
française d'Athènes: Etude sur r Aréo-
page athénienythè'se présentée à la Faculté
des lettres de Paris (1867). Voici comment
M. Dugit décrit les lieux (p. 14): » La
partie orientale de cette colline présente à
son sommet uijie petite plate-wrme, ni-
velée de main d'homme, où l'on distingue
des traces de sièges creusés dans le roc.
On y abordait par un escalier, dont quinze
ou seize marches subsistent encore. Le
reste de la colline était occupé par des
habitations dont Ton trouve de nombreui
vestiges, taillés dans la pierre vive. »
T. DE L.
Jacques Prévost (V, i3i). — Mille re-
mercîments à M. E. Bellier de la Chavi-
fnerie, mon infatigable co-chercheur.
'ermettra-t-il que je lui dise combien sa
consultation me semble {précieuse? Hélas!
les tableaux sont capricieux comme les
belles. Ce qui les prend le plus vite, c'est
l'ennui de ceux qui les aiment. Jacques
Prévost a préféré à mon humble demeure
le musée de Besançon. L'en blâmerai-jjei'
Je n'y suis guère autorisé. D'ailleurs, c'est
bien au Jacques Prévost (de Gray), l^
peintre de la première moitié duXVI«siècIe,
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
349
[25 juin 1869.
35o
au Jacques Prévost de Robert- Dumesnil,
de Duplessis et de Renouvier, que je de-
vrais oans ce cas adresser mes reproches
et mon blâme. L'autre (celui du musée
d'Orléans) mérite pleinement le prix de
quiétude. Il ne ma rien fait: Il n*est ni
venu ni parti. Jacques D.
Avoir du Quil^ns, du Gonqnibas (V, 187).
— Il ne faut pas chercher trop loin, et les
explications données jusqu'ici me parais-
sent plus ingénieuses que satisfaisantes.
Avoir des espèces sonnantes, posséder des
écus, c'est posséder les choses avec les-
quelles, cum quitus on accjuiert à peu près
toutes les autres. On doit d'ailleurs pro-
noncer Vu à la manière latine et italienne
et on fait facilement ainsi, de cum quibus^
coNQuiBus, lequel par abréviation et oubli
de l'étymologie est devenu du quibus.
Au reste, on ne trouve pas toujours les
raisons çum quibus on peut expliquer les
choses 7 et cela parce que souvent elles
n'existent pas ; c'est le cas des formes maca-
nmiques pass ées en usage. J'ai eu jadis un
professeur de latinité qui avait pour excla-
mation ordinaire, je n ose pas dire juron,
le mot pestibns! Ce terrible pestibus écla-
tait à la vue d'un barbarisme, ce qui était
naturel, et il retentissait non moins éner-
gl«\uement ea signe d'approbation à l'au-
dition d'un b on discours latin. Plus d'un
ancien disciple de ce digne homme a gardé
le souvenir et même un peu l'usage de son
mot bizarre, mais il ne paraît pas qu'il se
soit beaucoup répandu. Si par impossible
cela fût arrivé, son explication eût donné
du fil 5 retordre aux érudits qui n'auraient
pas suivi ses leçons.
Pour terminer I disons, qu'aux siècles
passés, bien des mots ont été passagère-
ment et ridiculement empruntés au latin
et mêlés au français à cause de leur res-
semblance avec des mots que l'on ne vou-
lait pas employer, mais seulement laisser
deviner. Exemple, le petit quoniam bonusy
dans la vieille chanson qui commence
ainsi : ^
L*autre jour, dans un pré,
Dessous un arbore.
Au tard j'ai rencontré,
Un dominm curé,
Lequel m'a demandé
Si vellem facere...
Le D' Nephelès.
— C'est une contraction du latin. Avoir
Tes quibus, etc., les choses avec lesquelles
on acquiert ce dont on a besoin, ce qu'on
désire. Or, comme l'argent donne tout ce
qui peut s'acheter, on a dit avoir du qui-
ous. C'est ainsi, par exemple, qu'on a dit
^n omnibus pour une voiture à la portée
de tous. — Dans une comédie ancienne
^ue je n'ai pas sous les yeux on lit : du
conquibus, c'est-à-dire du : cum quibus,
c'est-à-dire des choses avec lesquelles, etc.
11 est assez probable qu'on a commencé
par dire du : cum. quibus, etc. Comme,
dans le langage familier, l'usage tend tou-
jours à abréger, du : quibus. Ce second
exemple me semble confirmer la première
explication et indiquer, en outre, comment
le mot s'est formé. E. G. P.
— Il me semble que cette locution ré-
pond à cette autre : U a de quoi; il n'a
pas de quoi; Il a de quoi vivre. — Ce quoi
vient du latin qui, de qiioi:\Quîoffereturj
vix reliquity il laissa à peine de quoi se
faire enterrer. — Ce qui est l'ablatif de
quid, quoi. Quibus est l'ablatif pluriel de
Jt/â?, les choses qui.... Je n'ai pas de qui-
bus , ]e n'ai pas les choses avec lesquelles
je puisse acheter, payer, me procurer cela
(Alençon). C. E. D.
— J'ai bien peur que M. O.-D. n'ait, à
l'exemple dangereux de Ménage, mis beau-
coup trop d ingéniosité à expliquer le
con^uibus, du Laquais de Larivey. (Ancien
Théâtre Français, V, 19.) La chose est
beaucoup plus simple; conquibus n'est pas
un seul mot, mais deux soudés ensemble;
c'est le pendant de l'expression de quoi.
{Intermédiaire, V, 167), et la difficulté ap-
parente n'est qu'une aifférence de pronon-
ciation. En effet, les finales et, en général,
les consonnes, se prononçaient autrefois
beaucoup moins exactement qu*aujour-
d'hui. Nous faisons sonner Vn tinale d^a-
men, qui prend ainsi trois syllabes dans la
prononciation; on disait autrefois aman^
puisqu'on le faisait rimer avec les adverbes
en ment, La lettre m qui nous occupe n'avait
souvent que la valeur d'un n; pour plomb,
de plumbum , on écrivait aussi bien plun
que plum. Il en était de même deJhesum,
employé en français comme régime, etqui
s'écrivait auss> bien Jhesun, ce qui donne
la prononciation des deux. Est-il néces-
saire de rappeler la querelle du seizième
siècle sur la prononciation de quamquam,
et les railleries faites sur ceux qui s obsti-
naient à prononcer kankan ? Enfin, dans
les manuscrits français, dont la paléogra-
phie, quoique parallèle, n'est pas exacte-
ment la même que celle des manuscrits
latins, l'abréviation en forme de 9, qui
dans les manuscrits latins se doit traduire
par cum : on doit au contraire transcrire
con lorsqu'on a affaire à un texte français,
ainsi qu'on en est bien vite assuré en trou-
vant ainsi écrit à côté un mot non abrégé
de cette famille nombreuse de mots com-
posés où cette préposition est entrée; elle
y est restée sous cette forme, convaincre,
etc., etc., et le conquibus est exactement
les deux mots cum quibus prononcé à la
façon de tout le moyen âge, en sous-en-
tendant comme su]ei pecuniœ ou tout au-
tre mot analogue. Â. de M.
H* io8.]
L'INTERMÉDIAIRE
35i
352
Origine de lliôiel Carnavalet (V, 2 3o). —
Voici le texte que je possède de Tacte
dont il a été question :
tt Aujourd'huy VIII» jour de Tan mil
tt cinq cent soixante treze, le roy de Po-
« logne, fils et frère de roy, grand-duc de
« Lituanie, duc d'Anjou, de Bourbonnois et
« d'Auvergne, comte de Forest, La Mar-
« che, Quercy, Rouergue et Monîfort La-
« maury, estant à Monteraulx, metant en
a considération les bons, grands et signa*
a lez services qu'il a receu, en le temps de
a sa première jeunesse, du feu sieur de
o Carnavalet, et aussy le long temps qu'il
« y a qu'il est deu audit feu sieur Carna-
« vallet une certaine somme, de laquelle
« sa veuve et filsnauroient peu estre payés,
« pour les affaires survenues à Sa Majesté,
« vouUant recongnoistre les services du d.
tt feu sieur de Carnavallet, envers les
t siens, sa dite Majesté a donné, octroyé
a et accordé à dame Françoise de La
« Baulme, veuve du d. feu S' de Carna-
o vallet et à de Carnavallet, leur fils,
a la maison du Petit Bourbon, assize
o à Paris, près la rue Sainct Anthoine,
« ainsy que Sa Majesté l'avoit acquise du
tt dit feu sieur de Carnavallet, à la charge
a de payer par elle les droicts et devoirs
tt dont elle est chargée. En tesmoing de
€ quoy Sa Majesté a signé le présent brè-
tt vet, et commandé à moy son conseiller
« secrétaire destat et de ses finances, le
« contresigner et den expédier toutes les
o lettres et provisions pour ce requises,
€ Monsieur de Chiverny présent. »
HENRY.
Pour copie conforme : Jacques D.
Le verbe « sachoir » V, 241). --- Pas si
nouveau ce verbe! Je le trouve déjà dans
le Menagiana^ édition de 171 5, tome III,
p. 89 : « Je ne sache pas parmi les mo-
dernes d'autres poètes tués à la guerre que
Garcilasso. » Le Dictionnaire de Trévoux
(édition de 1771) donne, au sujet de ce
verbe si défectijfy comme l'appelle A. de la
Taille, les explications que voici : « Il n'y
a que ce verbe qui se mette au subjonctif,
sans qu'aucun mot le précède. Et ce qu'il
y a de particulier, c'est que cette façon de
parler n'a lieu que dans la première per-
sonne : Je nt sache rien de plus fâcheux. Je
ne sache personne, pour dire je ne con-
nais... Il est du style de la conversation. »
Yezimat.
Doit-on prononcer Montagne ou Mon-
taigne ? (V, 266.) —J'ai prouvé, par des ci-
tations grammaticales et littéraires, tirées
d'écrivams du XV 1» siècle : i» que mon
sonnait moun ; 2^ que ai sonnait devant
gn, ay (ail) à Lyon, eyi^éX) à Paris ; 3» que
le ^ ne sonnoit pas. M'a-t-on réfuté ? A-t-on
même essayé de le faire? Non. On a con-
trecarré, on a j'ose à peine dire com-
battu, on n a pas détruit mes arguments.
En effet, aux preuves c^ue j'ai données on
n'a opposé que les faits suivants, que je
n'ai jamais contestés : !<> En Gascogne, on
prononce Montagne. 2® On a généralement
écrit et prononcé Montagne au XVII« siè-
cle. 30 En grec. Montagne se dit Mwvravo;.
Il est facile de voir que ces trois arguments
ne prouvent pas qu au XVI« siècle on n'ait
prononcé que Montagne.
Seul, M. S.-R.-D. m'a cité des exemples
de terminaisons en agne au XVI« siècle.
Je les accepte, mais en faisant réserve de
la prononciation. Dans les exemples cités
le g sonnait-il? Ne servait-il pas, même, en
l'absence de î'i, à donner à la voyelle a ce
son mouillé que j'ai essayé d'indiquer par
la diphthongue grecque ai (V. Intermé-
diaire III, 454 et seq.) Ces questions va-
laient d'autant plus la peine d'être exami-
nées, qu'il est facile de riposter par des ci-
tations contraires ; Ex : daigne, enseigne,
preigne, appreigne. (Clément Marot, Pa-
ris, Rapilly et l5ondey-Dupré, 1824, t. Il
p. 365), des citations, mais!
Si tu m'en as comblé , je t'en puis accabler...
Et quand nous aurons vidé notre car-
quois, qu'est-ce que cela prouvera ? Qu'i/
existait alors une double prononciation (i).
Je n'ai jamais prétendu autre chose.
M. S.-R.-D. me fait un reproche auquel
je suis sensible : « Je dédaigne', dit-il, le
témoignage des Gascons. » Ce serait très
mal de ma part! Non, je ne dédaigne ni
les Gascons, ni leur témoignage ; mais enûa
il s'agit ici non de la prononciation gas-
conne, mais de la prononciation française
du nom de Montaigne; et franchement,
ce n'est point sur les bords de la Garonne
(du moins, c'est un préjugé de mon pays]
qu'il faut aller chercher des modèles de
prononciation française.
F.-T, Blaisois.
Analogies de plusienrs noms de flenves
(V, 275). — J'ai cru reconnaître c^ue les
créateurs de la langue arienne écrite, qui
s'est répandue dans le midi et l'ouest de
l'Asie, et presque toute l'Europe, pour dé-
signer les choses, les ont caractérisées par
leur qualité dominante, par les services
qu'elles rendent. Guidé par cette idée, en
cherchant l'origine du mot latin amnis,
fleuve, j'ai trouvé amn, (arabe, hébreu;,
(i) Tout comme entre la Gascogne et le
Blaisois. Les Gascons, c'est-à-dire les partisans
(Tagne, écrivent Chassaigne et prononcent
Chassagne. Demandez à un Blaisois le nom de
son candidat officiel, il vous répondra comme
il écrit : Dessaignes.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 juin I 869
353
nourrir, tfomw, c^ui nourrit, nourricier. J*ai
conclu que l'action de nourrir, d'entrete-
nir, était pour eux la propriété dominante,
caractéristique des fleuves, des grands
cours d'eau. Partant de là, j e viens de cher-
cher l'origine de Duna, duina. Don : le sy-
riaque, le chaldéen s[un^ que les Grecs pro-
nonçaient dzun, nourrir, doit donner le
sens primitif de Duna^ etc. Danubius:
arabe ;fû«, nourrir, nourriture, ibia^ appor-
ter, ^anibia, di^fanibia, qui apporte de la
nourriture; rien de plus commun que la
permutation du sf et du d. Dniester y Da^
naster: arabe ^an istar, tester Jastar, créer;
Donastery Dniester, qui crée la nourriture.
Dnieper, Danapris : zan , epr, produire,
féconder; Danapris, bniéper, qui féconde
et nourrit la terre. Le if permute aussi avec
le/; :çan, tana, qui nourrit; si l'on veut
rana, donner largement, hébreu rassa,
donner largement ; rau, nourrir, rew, pâ-
ture; TanareWy qui donne largement de
la pâture. Tana'is, ancien nom du Don:
tana, faire vivre, conserver la vie ; Tanaej\
qui donne la conservation de la vie.
Je pourrais attribuer des origines analo-
gues, à presque tous les noms de fleuves,
de rivières.
Le latin rivus , rivière , ruisseau , sans
doute peut venir du grec reô , couler, roê,
cours d'eau; héb. riva^ arroser largement;
mais il peut aussi, d'après l'iaée pré-
cédente, venir de Vhébreur ava^ rova, rowa,
nourrir; espagnol, rio, fleuve qui nourrit.
Rhodanus, le Rhône: rau, nourrir, anâ,
qui donne, rautana qui donne de la nour-
riture, ou qui nourrit de ses dons.
(Alençon.) G. E. D.
Un mot du Régent (V, 276). — Voici le
passage de Duclos : a Le Récent fut
charmé de la mort de son ministre. Le
)our de l'opération, l'air extrêmement
chaud tourna à l'orage. Aux premiers
coups de tonnerre, le prince ne put s'em-
pêcher de dire : J'espère que ce temps~là
fera partir mon drôle. Il n avait pas en ef-
fet plus d'égards pour son ancien maître
que pour tout autre : le Régent osait à
peine lui faire une recommandation. Ge
prince s'était réservé la feuille des bénéfi-
ces et des çrâces, pour son travail avec le
roi ; mais il s'était laissé assujettir à corn-
[nuniquer auparavant la liste au cardinal,
)ui rayait insolemment les noms de ceux
jui ne lui convenaient pas. Jamais servi-
tude ne fut plus honteuse que celle oti ce
3rince s'était mis, qu'il sentait douloureu-
îement, qu'il avait honte d'avouer, et dont
1 n'avait pas la force de s'affranchir. »
ajoutons que cet état de choses était,
iprès tout, conforme à la position officielle
ies deux personnages, puisque, le roi dé-
:laré majeur, le duc d'Orléans n'était plus
régent, et que Dubois était toujours pre-
mier ministre. En outre, Duclos a encore
354
raconté que le Récent s'était laissé amener
à no'mmer Dubois premier ministre, par
l'espoir que cette nomination ferait plan-
che pour lui-même, ce qui ep effet se réa-
lisa. Tout cela Tend le mot au moins fort
vraisemblable. O. D.
Les cornes du taureau sont-elles yeni-
meuses ? (V, 277.) -— Si les cornes de la
race bovine sont venimeuses, au moins ne
sont-elles pas empoisonnées, puisqu'elles
ont servi si longtemps et servent encore
de verres à boire et de trompettes. Mais
on comprend très-bien que ces cornes
épaisses et rugueuses n'entament pas les
chairs aussi nettement qu'une lame d'a-
cier, et que leur déchirement irrégulier
amène une suppuration plus abondante et
forme une plaie plus difficile à guérir
qu'une blessure ora inaire. G 'est aussi l'ef-
fet des balles mâchées qui ont également
été accusées d'être un poison. Je pense
qu'il y aurait à donner une explication
analogue de ce que dit Valmont de Bo-
mare, de la morsure du lion. « On pré-
tend que sa salive, introduite dans la
chair par sa morsure, produit presque les
mêmes symptômes que la morsure du
chien enragé ; elle cause des convulsions
et le plus souvent fait mourir. » Ges con-
vulsions ne seraient-elles pas celles du té-
tanos qui a dû suivre souvent l'affreux
broyement des muscles, des nerfs et des
os Qu'opère cette terrible mâchoire. Ge-
penaant on ne peut méconnaître que la
morsure des bêtes carnassières, et même
des oiseaux de proie, ne soit quelquefois
très -réellement empoisonnée. Gette in-
toxication est occasionnée par la présence
entre les dents ou dans les coins du bec, de
bribes de viande passée à l'état de putré-
faction. Je crois donc très-probable qu'il
en serait de même du sang corrompu que
l'on boirait, autant celui d^utres animaux
que celui du taureau. Mais peut-on ad-
mettre que Thémistocle, qui probable-
ment avait le choix de ses moyens de sui-
cide, ait opté pour la déglutition d'une
liqueur dont l'effroyable fétidité suffoque
à cent pas de distance ? O. D.
Un peintre et curieux à Lyon en 1551 ?
(V, 227). — Glaude Gomeille, peintre sous
les rois François I«% Henri II, François II
et Gharles IX, né à La Haye, mort à
Lyon après un long séjour dans cette ville,
est évidemment le même artiste que
M. de La Borde nomme « Gorneille de
La Haye de Lyon » c'est-à-dire Gorneille,
né à La Haye, habitant à Lyon. Jean
Second, l'aimable et gracieux chantre des
Baisers, né à La Haye, dans ses notes de
voyage publiées sous ce titre : Iter Galli'
cum, raconte aue passante Lyon, en i534,
il vit son ami le peintre Gorneille. Gelui-ci
N» 108.1
L'INTERMÉDIAIRE
355
356
avait fait une petite fortune dans cette
ville, où les beaux arts ont toujours été
florissants; on ne pouvait pas lui appliquer
le proverbe : # gueux comme un peintre. » Il
possédait plusieurs maisons (nommées
de i55i) et sa qualité de peintre du roi
lui obtint, en iSSg, Texemption des droits
d'entrée pour six bottes de vin par an
(Reg. consulaire). La note du Diario de
l'ambassadeur vénitien, citée par M. Ar-
mand Baschet, se rapporte évidemment à
ce peintre sur lequel on trouve peu de
détails. (L'inventaire des archives consu-
laires n'est pas terminé, il s'en fautl )Bran-
tôme confirme à sa manière le passage
du Diario j relatif aux portraits des grands
de la cour de France. Pendant le séjour
unique que Catherine de Médicis fit à
Lyon, en 1 548, elle visita sans doute l'ar-
tiste en renom ; mais, à cette époque, cette
reine avait 29 ans, elle se trouvait encore
jeune et belle et par conséquent n'a pu te-
nir, au duc de Nemours, les propos de
vieille femme que Brantôme lui attribue ;
son portrait ne pouvait être plus âgé
qu'elle. Brantôme a commis quelque con-
fusion dans le récit de cette anecdote,
Catherine de Médicis mit probablement à
profit son séjour à Lyon pour poser de-
vant Corneille qui fit également les por-
traits des principaux personnages de la
cour, s'empressant à imiter leur belle sou-
veraine. C est cette collection de portraits
peints en 1548 que l'ambassadeur de
Venise admira en ibSi. Où trouver le tout
ou partie de cette collection? Où rencon-
trer la liste de ces œuvres artistiques ?
(Lyon.) V. de V.
— J'ai vu, chez M. Arthur Dinaux, un
livre intitulé : Epitomes des Roy s de
France, en latin et en françois, avec leurs
vray es figures, Lugduni, Arnoullet, 1 546
(petit in-4, titre gravé, portraits). Outre ce
titre général, il portait, au commencement
du texte, le titre suivant : Epitome des
gestes des 58 Roy s de France, depuis Pha-
ramond jusqu'au présent très chrestien
Francoys de Valoys, M. Dinaux y avait
mis une note : « Ouvrage rare, orné des
« plus anciens portraits des Roys de
« France que l'on connaisse. Les médail-
« Ions, signés du monogramme du double
« C. (£), ont été faussement attribués à
a Vœriot; ils paraissent plus sûrement être
a de Claude Corneille, de Lyon. » Ce
livre a été vendu 48 francs à la vente de
M. Dinaux. L'attribution du savant anno-
tateur me paraît s'accorder à la fois au
texte de Brantôme et à la mention curieuse
citée par M. Armand Baschet. Je désire
que ce renseignement puisse contribuer,
avec d'autres rapprochements, à le mettre
sur la trace de ce qu'il cherche.
E. G. p.
Wilbant, peintre de portraits (V, 278).
^ M. P. d'A. trouvera des notices sur les
{>eintre Nicolas et Jacques Wilbaut dans
e 2« volume de la Biographie Ardennaise
de l'abbé Bouilliot, Paris, i83o, in-8, pa-
ges 443-447.
Nicolas Wilbaut, né à Château-Porcien
le 20 juillet 1686, fut élève du fameux
Jean Jouvenet et mourut au lieu de sa
naissance le 4 mai 1763. Comme ce n'est
pas lui qui a peint le portrait dont parle
M. P. d'A., je vais passer immédiatement à
son neveu. Jacques Wilbaut est né aussi
à Château-Porcien le 28 mars 1729. Elève
de son oncle, il vint à Paris en 1 730 pour
travailler chez Jean Restout, neveu de
Jouvenet et ami de Nicolas Wilbaut; il y
fut occupé à copier les meilleurs tableaoi
de Jouvenet, des Halle, etc, tandis qu'il
faisait ses études à l'Académie royale.
Appelé en 1752 dans sa patrie par dej
affaires de famille, il y resta jusqu'à sa
mort, arrivée le 18 juin 18 16. Il avait
exercé à Château-Porcien des fonctions
municipales avant et depuis la révolution.
Voici, d'après l'abbé Bouilliot, la note
de ses principaux ouvrages : Cathédrale de
Châlons-sur-Marne : martyre de Saint-
Etienne. — Les quatre docteurs de l'Eglise
latine. — Saint Léon foudroyant l'hérésie
d'Eutychès et de Dioscore. — Abbaye de
Chaumont'la-Piscine : La flagellation.— Le
crucifiement. — Abbaye de Thénaillti
(Prémontrés) : Assomption de 2 5 pieds de
haut , et deux martyres. — Hôtel-Dieu de
Reims : L'Assomption.
Plusieurs sujets des malheurs de la mai-
son de Priam (Iliade) — ^ Allégorie des
effets de la révolution française sur les
préjugés du despotisme et du sacerdoce
(c'était une concession aux nécessités du
temps). — Portraits de M. de Juigné, évêque
de Châlons, et des évêques de Ta Rochelle
et de Grenoble, — du maréchal de Vaux et
de sa famille, — de M. de Berg, chambel-
lan du prince palatin, duc de Bavière, -^
du baron d'Homeck, coadjuteur de l'évê-
ché de Bamberg, — de son oncle, peint en
costume polonais, quatre jours avant sa
mort, — son propre portrait , etc.
La plus grande partie des tableaux de
Nicolas et Jacques Wilbaut a été détruite
lors de la Révolution. Cependant, il y 3
encore à la paroisse de Rethel, une Sama-
ritaine et une descente de croix, et à la
succursale de la même ville, un Cou^onn^
ment d'épines, une Flagellation, et un ta-
bleau des Disciples d'Emmaûs, par Jacques
Wilbaut. , ,
Aux renseignements fournis parTabbe
Bouilliot, j'ajouterai : i® musée de Reims,
Portrait deJ.-B. Coquet. H. o» 8o«l. o"'
638. 2« Le sommeil de l'enfant Jésus. '
3*> Le portrait de Talleyrand-Périgord, ar-
chevêque de Rouen, gravé par Varin.
Si M. P. d'A. connaissait le personnage
représenté dans le tableau qu'il posaède, c
lui serais bien obligé de m en indiquer I«
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 juin 1869*
357 -
358
nom. En tout cas, j'en recevrais avec re«»
connaissance la description par la voie de
l'Intermédiaire. Si M. P*. d'A. pouvait
envoyer au journal un calque ou une co-
pie exacte de la signature, il me rendrait
service. E. G. P.
— Siret cite deux peintres de ce nom,
dont le dernier doit être Tauteur du por-
trait, que possède M. P. d*A. : i® Wilbaut
(Nicolas) Ecole française, i7i6-i763.Châ-
teau-Porcien. (Champagne.) Portrait, etc..
Travailla longtemps en Allemagne, surtout
à Dresde. 2° Wilbaut (P. -P. Jacques)
neveu de Nicolas, Ecole française, 1729-
1816. Château- Porcien. Portrait; peintre
estimable. ~ Siret ne serait-il pas plus
estimable, s'il était moins laconique?
(Vendôme.) A. D.
— Fiissli, dans son Kunstlerlexicoriy
p. 5090, parle de ce peintre comme tra-
vaillant à Reims en 1760. Il fit le portrait
de Talleyrand-Périgord, archevêque de
Traianople et coadjuteur de Reims, plus
tard archevêque de Paris. On le nomme
Wilhant ou Wilîbaut. P. Clauer.
— Wilbaut, né à Château-Porcien
en 1629, a été un de ces peintres à qui il
n'a manqué que de vivre dans un milieu
de personnes capables d'apprécier sa valeur
réelle, et de le taire classer comme artiste
d'un mérite incontestable.— Depuis quel-
que temps seulement, des amateurs de
Reims l'ont remarqué, exhumé pour ainsi
dire, et aujourd'hui on recherche ses bons
portraits aont quelques-uns ont beaucoup
d'analogie avec la manière de Chardin,
dont il a bien pu être l'élève. Je possède
deux tableaux de Wilbaut et surtout un
portrait de femme qui est d'une facture
superbe et d'une grande vérité. La même
notice pourrait s'appliquer à deux autres
peintres de Reims qui ont vécu dans le
même temps, mais de l'école de Boucher:
Perceval et Clermont, qu'on recherche
aussi. (Reims.) E. D.
— Jacques Wilbault, né à Château-
Porcien en 1729, mort en 181 6, était élève
de son oncle Nicolas Wilbaut, également
de Château-Porcien. Un grand nombre
d'églises de la Champagne possèdent des
tableaux de ces deux artistes, dont les
œuvres, estimées à leur époque, n'ont rien
perdu de notre temps. Jacques excellait
surtout dans le pprtrait. Le Musée de
Reims possède de lui un portrait d'un per-
sonnage de Reims. [Catalogue du Musée
de Reims, N"* 278.)
Le financier Beanjon (V, 279}. — Beau-
jon fut chargé, dans un moment de disette,
de procurer du blé à la ville de Bordeaux.
Cette opération, retardée par quelques
obstacles-, le- rendit suspect au parlement,
oui voulut sévir contre lui. Il fut obligé
ae s'enfuir et vint se réfugier à Paris, où
le gouvernement le prit sous sa protection.
(Biographie Universelle,)
Pierre Clauer.
Une édition des Lettres de M'aide Sévi-
gné de 1728 (V, 271)). — L'édition des
Lettres de M™« de Sévigné due au chevalier
de Perrin n'est pas la seconde, suivant les
bibliographes. Je renvoie M. E. R. à la
notice bibliographique publiée dans le
tome XI des Lettres de M™« de Sévigné
(Hachette. — Les Grands Ecrivains de la
France)^ où cette édition porte le n» 8.
Elle a été précédée, d'après cette notice
(la plus complète qui existe), d'une édi-
tion de 1725 en un volume, contenant
3i lettres; de 3 autres, de 1726, en 2 vol.,
comprenant 184 lettres et la préface de
M, de Bussy {sic) ; d'une autre, également
de 1726, en 2 vol. contenant 177 lettres;
d'une 6», de 1728, en 3 vol. comprenant
184 lettres, et aune 7% de 1733, en 3 vol.,
contenant le même nombre de lettres.
L'édition du chevalier de Perrin de 1734
(t. I-IV) et 1737 (t. V-VIj comprenant
614 lettres, serait donc la 8«. L'édition de
1728 trouvée par M. E. R. (qui n'est, en*
effet, mentionnée nulle part) serait donc
une contrefaçon de celle de même date
citée plus haut, ou n'en différerait qu'en
ce qu'elle aurait 2 vol. au lieu de 3. Mais,
comme nous l'avons dit, elle n'est là pas^
la première qui porte en tête : Préface de
M, de Bussy, H. T.
Un pendu de l'Inquisition (V, 273). —
Il serait audacieux sans doute d'affirmer
que jamais l'Inquisition d'Esj>agne n'a fait
pendre personne : mais pourtant je le crois,
et évidemment c'était l'opinion de Vol-
taire. En effet, il se réservait de ressusciter
Pangloss, comme il va ressusciter Cuné-
gonde, comme deux fois il ressuscitera le
Baron. Ressusciter un homme brûlé eût
été trop fort ; mais il paraît qu'il y en a
des exemples pour les pendus. Voilà pour-
quoi Pangloss n'est que pendu, mais l'au-
teur se hâte d'ajouter que ce n'est pas la
coutume, et au chap. XXVI II, il reviendra
encore sur cette circonstance et cherchera
à l'expliquer, tant il sait bien qu'elle est
fausse. « Il est vrai, dit Pangloss, que
vous m'avez vu pendre. Je devais natu-
rellement être brûlé; mais vous vous sou-
venez qu'il plut à verse lorsqu'on allait me
cuire. L*orage fut si violent qu'on déses-
péra d'allumer le feu. Je fus pendu, parce
qu'on ne put mieux faire. » Voltaire ou-
blie ou espère que le lecteur a oublié que
le jour où Pangloss n'a pu être brûlé, t le
Biscayen et les deux hommes qui n'avaient
pointVoulu manger de lard, furent brûlés.»
Mais plus il s'embrouille dans son récit.
N- 108.J
L'INTERMÉDIAIRE
359
36o
plus il est clair qu'il n'a pas brûlé Pan-
glosSy parce qu'il voulait le ressusciter, et
qu'il n avait à alléguer aucun exemple de
gens pendus par l'Inquisition en Espagne
ou en Portugal.
Ailleurs, il n'en fut pas toujours de
même, et Ton peut regarder comme des
pendus de l Inquisition uolel et Dubourg,
Suisque les inquisiteurs Orry et Mouchy
gurèrent au nombre de leurs juges, et que,
dans leur exécution, la potence précéda le
bûcher. Cette méthode a étrangler d'abord,
soit en les suspendant, soit autrement, la
plupart de ceux que l'on condamnait au
feu, à la roue ou à l'écartèlement, rendra
peut-être douteux les exemples que l'on
pourrait trouver de gens pendus par l'In-
quisition. Mais cela ne se pratiquait pas
en Espagne, où le condamné au feu était
seulement recouvert d'une chemise sou-
frée dont la vapeur l'étouffait assez vite.
O. D.
— En 1570, sous le pontificat de Pie V,
le savant Aonius Palearius, convamcu
d'hérésie par l'inquisition de Rome, fut
pendu, et son corps livré aux flammes. Il
était âgé de cinquante huit ans. Reste
suspensum, suspensi vero et mortui corpus
crematum, ex eodem tnonumento nostro H-
quity dit le jésuite Lazeri qui a consacré à
ce savant une notice fort curieuse. ^Vid.
Miscellaneorum ex mss libris bibliotnecœ
Colle gii Romani societatis Jesu, t. II.
p. i36.) C. L.
L'Origine de la noblesse, » poème sa-
lyrique (V, 280). — Aug. Thierrv raconte
que iors de l'insurrection de Wat-Tyler,
en i38i, les noms d'Adam et d'Eve et la
commune origine revenaient fréquemment
dans les discours et les chansons des
paysans anglais, et il cite deux vers de ces
chansons conservés jusqu'à nos jours:
When Adam delved and Eva span
Where was then the gentleman l
« Quand Adam bêchait, quand Eve fi-
lait, où était alors le gentilhomme ? » Mais
le passage cité du livre danois paraît bien
plus directement tiré d'une source tout
aristocratiaue, un couplet de Coulanges, le
cousin de M"« de Sévigné et de Louvois :
D'Adam nous sommes tous enfants,
La preuve en est connue.
Va que tous nos premiers parents
Ont mené la charrue ;
Mais las de cultiver enfin
La terre labourée,
L'un a dételé le matin.
L'autre Taprès-dînée.
O. D.
Dictionnaire de l'Académie des Beaux-
Arts (V, 283). — L'ouvrage que cite M. Gi-
doin comme ayant précède le Diction-
naire de l'Académie des Beaux-Arts n'est
pas rare, ainsi qu'il le pense. J'en ai ren-
contré fréqueitiment des exemplaires et
j'en ai un sous les yeux, à l'aide duquel je
puis rectifier certaines indications données
par M. Gidoin. Voici le titre complet:
Dictionnaire portatif des Beaux- Arts^ ou
abrégé de ce aui concerne V architecture^
la sculpture, la peinture, la gravure, la
poésie et la musique; avec ta définition
de ces artSy Vexvlicatîon des termes et
des choses qui leur appartiennent; en-
semble les noms, la date de la naissance et
de la mort, les circonstances les plus re-
marquables de la vie, et le genre parti-
culier de talent des personnes qui se sont
distinguées dans ces différents arts parmi
les anciens et les modernes, en France et
dans les poys étrangers. Par Lacombe.
Nouv. édit. Paris, J. Hérissant et les frères
Estienne, 1733. L'ouvrage est un petit
in-8 et non in- 12, imprimé à deux co-
lonnes. La vignette, gravée par Lebas,
est datée de. 1752 et non de 1732. Il ré-
sulte de l'Avertissement que cette édition
est la seconde. Je n'ai pu. trouver la date
de la première que dans le Nouveau ma-
nuel de Bibliographie universelle, par
MM. Ferdinand Denis et P. Pinçon, qui,
au mot Beaux^Arts^ indique des éditions
de 1752, 1753 et 1759.
Ce même ouvrage donne le titre de plu-
sieurs autres Dictionnaires des Beaux-
Arts tant français qu'étrangers. Je ne ci-
terai Que les français :
1* Dictionnaire des arts de peinture,
sculpture et gravure, par Watelet et L'E-
vêque. Paris, 1702, 5 vol. in-8.
2^ Nouveau Dictionnaire des Beaux-
Arts, par Millin. Paris, 1806, 3 vol. in-8.
30 Dictionnaire des arts du dessin, pein-
ture, sculpture, gravure et architecture^
par Boutard. Paris, 1826, in-8.
Ces indications se retrouvent dans le
Manuel du libraire de Brunet, Table mé-
thodique, au mot Arts, p. 542 de la nou-
velle édition.
Comme on le voit, TAca demie des Beaux-
Arts a eu de nombreux devanciers. Il se-
rait curieux de rechercher les emprunts
qu'elle a pu leur faire.
(Le Havre). V. T.
— Il parut d'abord à Paris, V« Etienne et
J, - Thomas Hérissant, 1 752, in- 1 2 , p. 707.
L'année suivante il eut chez les mêmes
une seconde édition. .Les Mémoires de
Trévoux rendent compte de ce diction-
naire, janvier 1753, p. 365-371, février
1754, p. 539. a Le débit a été si prompt,
dit-on en annonçant la 2« édition, que le
libraire s'est vu obligé de le réimprimer au
bout de six mois , et nous osons assurer
que ce ne sera ni la dernière, ni même la
pénultième ou l'antépénultième édition. «
M. Gidoin a-t-il entre les mains une 3« édi-
tion ou bien le millésime de la sienne est-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 juin 1869
36i
362
ii 1753 au lieu de 1759, qu'il croit lire ? Le
mot qui manque dans son titre est : la
définition. P. Clauer.
— Le mot qui manque dans le titre est
avec la définition des arts. » La date est
bien 1759 et les noms d'éditeurs sont Jean-
Th. Hérissant et les frères Estienne. Le
dernier feuillet après Tlconologie abrégée
contient l'approbation, le privilège et le
nom de l'imprimeur Augustin-Marie Lot-
tin. Quant à sa rareté, elle est nulle. Le
livre de Lacombe, encore utile à con-
sulter, est un de ceux qu'on rencontre
facilement sur les quais, et comme le pa-
pier est très- bon et que les exemplaires,
comme il était d'usage, ne sont guère
sortis de chez l'éditeur que reliés, il est à
peu près aussi fréquemment dans un excel-
lent état de conservation. A. de M.
Prénoms défendas (V, 288). — L'em-
ployé de l'état civil^ qui se refusait à in-
scrire sur ses registres le nom de Jeannine,
était peut-être grincheux, comme M. Ulr.
Taffirme; en tout cas, il avait pour lui la
légalité; car la liberté du prénom nous
fait complètement défaut en France. Voici
le texte de l'art. i«' de la loi du 1 1 germi-
nal an XI : « A compter de la publication
de la présente loi, les noms en usage dans
les différents calendriers, et ceux des per-
sonnages connus de l'histoire ancienne,
pourront seuls être reçus, comme prénoms,
sur les registres de rétat civil destinés à
constater la naissance des enfants; et il
est interdit aux officiers publics d'admettre
aucun autre dans leurs actes. » Le nom de
Jeannine se trouve-t-il dans un calendrier
quelconque? Voilà toute la question. Si
oui, la résistance de l'employé grincheux
était mal fondée ; si non, ce n'est pas sur
lui, mais sur la loi, un peu surannée, de
l'an XI qu'il faut faire retomber l'épithète.
— Mais, me dit M. Ulr., tout le monde
^hane Jeannine est simplement un dimi-
nutit de Jeanne, — Eh 1 sans doute, au
même titre que Jeannette et Jeanneton,
quoique ces deux derniers soient beaucoup
plus usités: mais ce n'est pas le diminutii,
c'est le nom simple que donnent les calen-
driers en usa^e. Et d'ailleurs, où irions-
nous, si les diminutifs, charmants, je le
veux bien, dans l'intimité, envahissaient
les actes officiels 1 Fanchon ou même Chon-
chon au lieu de Françoise, Finette au lieu
à^ Joséphine, etc., etc. Décidément la loi
de germinal a encore du bon. Dicastès.
Encore une phrase des « Commentaires »
de César (V, 293). — Les dieux et les rois
s'en allant, rien d'étonnant que les lati-
nistes s'en aillent aussi. Heureusement
que tous les dieux ne sont pas partis, et
tous les latinistes non plus. Si Artaud et
Sommer ont eu le tort de mourir, d'autres
et les deux Quicherat en tête, — Arcades
ambOy — vivent encore. Dieu merci ; et si
nous les traduisons à la barre de llnter^
médiaire, je fais des vœux pour qu'on leur
délivre un exemplaire de l'acte d'accusa-
tion, en les invitant à présenter eux-mêmes
leur défense.
Or, les deux Quicherat ne sont pas plus
d'accord entre eux qu'Hippocrate et Ga-
lien; l'un dit « encaissée, » l'autre « entre-
coupée. » Auquel croire? M. J. P. n'admet
ni l'un, ni l'autre, ce qui redouble mon
embarras. Cette divergence d'opinions,
chez des hommes auxquels on ne peut re-
fuser l'épithète de latinistes, me donne à
penser que le récit du grand capitaine n'est
pas aussi simple ni aussi intelligible qu'on
veut bien le dire.
i® Et d'abord le « mediocri interjecto
spatio » du chap. 69, sur lequel M. J. P.
s'appuie pour expliquer le a intermissam »,
est-il suffisamment expliqué lui-même?
S'agit-il d'un espace entre chaque colline,
ou d'un espace entre la chaîne de collines
et l'oppidum? Vigenère, Varney, M. J. P.,
etc., entendent d'une façon; j ose à peine
avouer tjue j'entends de l'autre. Il me
semble que s'il s'agissait, non d'un seul
intervalle entre la ville et les collines,
mais d'une série alternative de collines et
d'intervalles, César eût écrit : a mediocri-
bus interiectis spatiis, » comme il n'a pas
manqué ae le faire (VII, 73) à propqs de
la distance qui existait d'une chausse-
trape à l'autre, a mediocribus intermissis
spatiis ».
2® Je vote avec M. J. P. et M. O. D.
contre la traduction d' intermissam par
entrecoupée, malgré l'autorité de M. L.
Quicherat. Outre qu'il me paraît difficile
que l'on choisisse pour le théâtre d'un
combat de cavalerie un terrain entrecoupé
de collines, planities, si je ne me trompe,
ne s'est Jamais appliqué -en latin qu'à un
terrain égal, uni, de niveau, comme l'in-
dique d'ailleurs son étymologie planus, de
même que patere ne peut se dire que d'un
pays découvert, d'une rase campagne, où
rien ne gêne la vue. L'observation de M. O.
D. est parfaitement juste : une plaine en*
trecoupée de collines n'est pas une plaine.
3° Je ne serais pas non plus partisan
d'encaissée, qui indiquerait une plaine
trop profondément enfoncée entre des
hauteurs roides et abruptes; mais la tra-
duction a entourée de collines, >> ou a si-
tuée entre les collines » me semble parfai-
tement d'accord avec le sens de intermis-
sus, et ne contrarier en rien le texte de
César. Quant à l'explication de M. J. P.,
je ne cacherai pas que je suis un peu à son
endroit comme le dindon de la fable à
l'égard de la lanterne magique : « J'y vois
quelque chose, mais je*ne distingue pas très-
bien. » Ce savant explique-t-il ainsi le mot-
à-mot, comme la dernière phrase de son
N» io8.]
LINTERMÉÛIAIRE
363
deuxième paragraphe : a si la plaine où se
livra... » etc. m'autorise à le supposer:
« dégagée, débarrassée, laissée libre des
collines » en considérant collibus pour un
ablatif? Je crois que dans ce cas Cfésar eût
construit avec a, comme au chap. 1 7, même
livre : « intermissa a flumine et paludibus. »
Si au contraire il explique par- « entre-
laissée, laissée entre les collines, » je ne
vois pas en quoi son sens s'écarte de celui
de Sommer.
40 Au chap. 69, César s*est contenté de
dire que la plaine s'étendait devant Toppi-
dum ; au en. 70, pour compléter la des-
cription, il ajoute qu'elle était entourée de
coUines. La position est donc bien déter-
minée ; la plaine est bornée d'un côté par
Toppidum, des autres par les collines,
entre lesquelles elle est envoyée, mise
(missa), et pour parler plus français, com-
prise. D'où je conclus que le « suprà de-
monstravimus» ne retombe point, comme
Ta cru Sommer, sur « intermissam colli-
bus, » idée qui n'a pas encore été expri-
mée, mais uniquement sur patere tria^
etc. Je traduirais donc : « Dans la plaine,
ou dans cette plaine (non pas dans une,
comme fait M. J. P., puisque dans mon
sens cette plaine est la même que celle
dont il a été parlé plus haut : « Ante oppi-
dum » etc.,ch. 60), qui, comprise entre les
collines et la ville, s'étendait, comme je
l'ai indiqué plus haut, sur une longueur de
trois milles. » (Voir la carte d'Alise, par
Barbie du Bocage, dans le César de l'édit.
Lemaire.) F.-T. Blaisois.
Calendriers noaveaax(V, 298), La men-
tion du Calendrier des Vieillards faite par
M. V. de V. dans le numéro du 2 5 mai,
me permet de rappeler ici que ce titre con-
vient bien au conte de La Fontaine, mais
non à la nouvelle du Décaméron qui l'a-
vait inspiré. Boccace, quand il écrivit ce
livre immortel, n'était plus jeune lui-même
et était encore amoureux, ce qui n'est
assurément pas sans exemple; car, par
malheur pour les vieillards, le cœur n'a
pas de riaes. Boccace a donc eu peut-être
ses raisons pour ne pas joindre aux torts
du mari qu il met en scène, celui d'être
surchargé d'années. Son Messer Riccîardo
de Chinsico est un juge de tempérament
on ne peut plus calme : et, pour ce motif
de haute importance, il eût bien mieux
fait de demeurer toute sa vie célibataire.
De là, une fois marié, les expédients aux-
quels il a recours et qui cessent bientôt
d'être du goût de sa belle et tendre moitié.
Mais, je le répète, il n'est aucunement
question, dans la nouvelle consacrée au
récit de ses mésaventures, de dispropor-
tion d'âge entre les^deux époux. Et si je
ne craignais qu'on* ne m'accusât d'être
juge et partie, je dirais que pour l'agré-
ment du lecteur, le Messer Chinsico de
364
La Fontaine a perdu quelque chose aux
années ajoutées à ses autres mérites.
Paol. Sarpi.
Mosnaies de Henri V (V, 299). — M. Ul-
rie me paraît prendre la proie pour l'ombre;
on lui parle monnaie, il répond médaille,
ce qui n'est point synonyme. — Oui, il
existe des monnaies de Henri V. Je con-
nais, pour ma part, la pièce de i franc,
la pièce de 5 francs et la pièce de 20 francs
en or. — Toutes représentent une assez
laide figure d'enfant, en costume de géné-
ral, frac militaire, décorations, grand-
cordon et épaulettes. Le revers est l'écus-
son fleurdelisé bien connu des monnaies
de Louis XVIII et de Charles X. Ellesont
été frappées à Londres et répandues en
France lors de l'insurrection vendéenne
avortée de i832 . Elles sont assez rares; la
pièce de i franc vaut 5 francs; celle de
5 francs vaut 20 francs; la valeur du louis
de 20 francs est très^levée, cette pièce
étant la plus rare de la série. J'ai sous les
yeux, en vous écrivant, la pièce de 5 francs,
et je vous en envoie une empreinte, pour
M. Z. A.
(Saint-Malo;. A.-G. J.
tr0uiiatlle6 ti €vix\Mxik.
Une troa^aille faite à Montmartre. - U
16 janvier dernier (voir le Petit Journal
du 28), en bêchant la terre dans un jardin
dépendant du tir des chevaliers de l'Arc
de Clienancourt, sur le versant nord de la
butte Montmartre, rue Saint- Denis, n® 2 7,
on a trouvé, à la profondeur d'un mètre,
une pierre ou moellon d*à peu près 16 cent.
carrés, qui me sembla sonner creux. On
y remarqua comme une ouverture scellée
avec du plâtre. Ayant fendu le moellon à
coups de bêche, on constata que la cavité
renfermait une sorte de petite boîte, sans
couvercle, en terre cuite au soleil ou au
feu, mesurant 6 cent, de longueur sur 4 de
légèi
côtés, cette inscription :
DECIUS
CCL
DES GHERCHliURS ET CURIEUX.
- 365
?66
[25 juin 1869.
sur le côté apposé, cette autre inscription :
SACROE.
D. M. f
enfin, à l'un des bouts, une simple croix
latine semblable, et à l'autre bout, la lettre
p. .
A l'intérieur de cette sorte de coffret,
on a trouvé une petite plaque en métal
noirci, qu'on croit être de 1 étain, mesu-
rant A cent, sur 3 et 1/2, avec cette inscrip-
tion d'un côté:
M. MARCOtlI
DECiUS
CCL.
et celle -ci, de l'autre côté:
DioNisii
PIA +
Q
Qu'est-ce que tout cela? Est-ce une
Dierre de fondation? Qu'en pensent les ar-
:héologues et les épigraphistes de Vlnter-
nédiaire? Toujours est-il que la trouvaille
îst réelle, et que le trouveur et ses témoins
ont de bonne foi. J. N.
Les Manœuvres de la dernière heure ! —
/oilà, grâce au ciel, les périodes électo-
ales closes : Adieu papiers, les vendanges
ont faites 1 En avons-nous lu, du moins
n avons-nous vu de ces professions de
oi, circulaires, déclarations de principes,
le toutes les couleurs, — couleurs de pa-
piers s'entend 1
Moi, je n'y vois plus que du feu, et j'en
uis devenu parfaitement irr^conci-
iable!
Puisque tout est terminé et que l'on va
ommencer ^ cuver le vin nouveau, c'est
î moment — plus que jamais, — pour
Intermédiaire^ de ne point s'occuper de
olitique. Je veux seulement lui demander
[ui donc a dit « qu'on ne saura jamais com-
bien il faut de sots pour composer un pu-
•lic? » Et je veux aussi l'interroger sur ce
•oint : Saura-t-on Quelque jour combien
es périodes électorales font surgir de vases
d'élection, vùlgo cruches?... — Je parle
au point de vue du sens commun et de la
grammaire, cela va sans dire.
Un exemple entre tous, — j'en passe et des
[meilleurs!
J'arrive de Melun, pour vous servir. Là,
un candidat local a dépensé une quinzaine
de mille francs en frais de tournées, circu-
laires, affiches et bulletins, pour arriver à
réunir 164 suffrages, contre 12,000 don-
nées au député sortant, candidat officiel,
8,5oo obtenues par le principal opposant,
et 10,000 partagées entre trois autres con-
currents. Ces trois derniers se tiennent
f)our battus et contents ; ils se retirent de
a lice. Que pensez-vous que fait mon
homme aux 104 voix? — Il maintient de
plus belle sa candidature, et il la renforce
de la magnifique circulaire chamois-brique
que voici textuellement :
a Messieurs les électeurs, tout en me fai-
a sant un devoir et un bonheur de porter
a très- haut la dynastie de l'Empereur,
a Je maintiens ma candidature.
« Par cela seul ressort, dans son inté-
« grité, toute la force de mon libéralisme
« et de mon indépendance,
a Je viens soutenir invariablement un
« principe que, dans mon for intérieur, je
« crois être acceptable par un Gouverne-
« ment auquel je suis attaché de tout
tt cœur, et qui, dans des élections d'une
« moins grande portée, avait déjà éprouvé
a qu'en s abstenant d'y intervenir, les ré-
a sultats ne lui avaient point été défavo-
o râbles.
a Je fais donc ici connaître bien sincère-
a ment ma pensée et mes espérances, que
ft dans un temps plus ou moins rapproché,
a tous les esprits se trouvant portés vers
« le bien de la Patrie,
« Le Gouvernement n'exclura plus de sa
a confiance tous les bons citoyens jaloux
« de concourir au bien public sur le même
« pied d'égalité !
a Signé : A. Delacourtie. »■
On m'a affirmé que le signataire était un
ancien avoué près le tribunal civil de
la Seine, aujourd'hui honoraire, et retiré
en son Château de La Planche, près de
Melun.
Eh bien, qu'on me fasse le plaisir de
me dire en bon français... ce qu'il a voulu
dire. — Le quatrième alinéa ne rappelle-
t-il pas cette phrase, classique en son
genre : « La reconnaissance est un senti-
« ment duquel je ne suis pas susceptible
« d'être stupide. »
Comment les mêmes électeurs qui
avaient accordé 164 suffrages à sa pre-
mière profession de foi en accorderont- ils
à cette déclaration itérative^ c'est ce que
vous saurez bientôt. Mais 11 m'a paru que
Y Intermédiaire lui devait l'hospitalité de
N» io8.] L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [28 juin 1869.
367
ses colonnes, puisque la pauvre Petite
Revueanecdotiquey qui n*y aurait pas man-
qué, n'existe malheureusement plus.
Ahl comme je comprends maintenant
ces candidats criant tous à Tenvi aux élec-
teurs : a Soyez en garde 1 Gare le Spectre
a multicolore ! Et surtout, méfiez-vous des
« Manœuvres (sic) de la dernière heure 1 »
Oufl quels Manœuvres! quels gâte-
métier! L. A.
Madame on Mademoiselle? — Une jeune
femme de lettres, non encore enchaînée
par les liens de l'hymen, vient d'écrire au
Journal des Femmes (i«' avril, n» 6,
20 mai) une lettre qui a été fort remar-
quée, pour protester énergiquement contre
le titre de demoiselle, ou mademoiselle^
donné aujourd'hui aux femmes non ma-
riées de tout âge, et rappeler l'ancien
usage, qui attribuait le nom de dame et
madame aux filles majeures. Joignant
le fait au précepte, Madame Clémence
Royer, connue par sa traduction de Dar-
win et son roman Les Jumeaux d'Ellos^
écrit carrément ceci : « Je m'empresse de
« vous prévenir que rien de ce qui m'est
« adressé sous ce titre (de Mademoiselle)
« ne me parvient ou ne reçoit de réponse,
« étant retourné, quand faire se peut, aux
« expéditeurs. » Ce titre convient tout au
plus, dit-elle, aux jeunes filles en jupe
courte, aux mineures soumises à la tutelle
paternelle, ou aux femmes ayant accepté
avec le mariage civil la tutelle conjugale,
et devenues par là, comme sous la loi ro-
maine, filles légales de leurs maris. La
catégorie des demoiselles (dont il se fait
aujourd'hui tant d'abus) est d'ailleurs,
ajoute-t-elle , aussi parfaitement inutile
que celle des damoiseaux, depuis long-
temps tombée en désuétude. Elle invoque
l'exemple classique de Molière, de Racine,
de Corneille, donnant le titre de Madame
aux Hermione comme aux Andromaque,
aux Chimène comme aux Pauline, aux
Agnès comme aux Henriette, aux Céli-
mène et aux Philaminte, et elle conclut
qu'il faudrait reprendre cette tradition de
notre vieille urbanité, en attendant que le
public revienne aux titres si honorables
de citoyen et citoyenne, — Chemin fai-
sant, M™« Royer fait dériver demoiselle de
dominicella (sic), madame de domina, mon-
sieur de senior : est-ce bien cela ?
Quant au Journal des Femmes, il fait
observer qu'avant la Révolution on disait
Madame aux filles majeures de la noblesse,
et Mademoiselle à toutes les autres , de
sorte qu'au lieu d'élever celles-ci au rang
supérieur, les réformateurs populaires ont
abaissé les premières au niveau des se-
condes. C'est une faute à ses yeux, car le
titre de dame, appliqué aux demoiselles
qui ont passé la première jeunesse, eût
évité cet embarras assez ridicule qui force
368
une personne non mariée à rectifier le titre
qu'on lui donne et rend un peu confus ce-
lui qui l'applique mal à propos. — Mais,
objecte-t-on, le titre de demoiselle sert à
distinguer les femmes mariées de celles qui
ne le sont pas? Eh bien, c'est précisément
I cette distinction que le Journal voudrait
voir disparaître. Ceux qui connaissent la
personne savent à quoi s'en tenir : qu'im-
porte aux autres, a à moins que ce ne soit
a pour les engager à quelque entreprise
« galante, souvent très-désagréable à celle
tt qui en est l'objet? » — Enfin, pourquoi
cette inégalité entre les deux sexes? Dit-on
à un garçon de vingt-deux ans mon damoi-
seau? Logiquement on devrait le faire si
Ton conserve aux femmes du même âge h
qualification de demoiselle. Le Jouml
engage donc toutes les filles majeures 3
imiter la juste fierté de M™« Royer, es
exigeant qu'on leur donne le titre dt
dame.
Malheureusement les usages, les habi-
tudes de parler sont choses capricieuses et
fort difficiles à réformer. Il y a peut-être
quelque chose à faire, comme on dit:
mais qui prononcera? qui décidera? qui
dictera !^ En attendant,
Appelez-vous Madame, et soyez demoiselle,
V. B.
Bévues contemporaines : Jeanne d'An,
Figaro et don Quichotte. — Le Don Qui-
chotte du Figaro (16 mai 1869) ^^ ^^^^^^'
en ce temps d'élections, d'instruire les
masses sur les qualités, faits et gestes de
Jeanne d'Arc. Il équivoque avec décence
sur la Pucelle d'Orléans, met en cause une
béatification possible, et nous apprend,
« qu'après un siège, elle prit un congé
pour épouser Monsieur d'Armoise, » Lf
l'eu, poursuit don Quichotte, le feu puritie
tout !
Nous connaissons Robert des Armoises.
écuver, seigneur de Tichémont (Moselle),
enthousiaste et wj'i/" d'illustre maison, plo^
don Quichotte, en vérité, que le confrère
du Figaro, C'est au mariage qu'il fit en
1436, à Arlon, avec une aventurière
assez habile pour en imposer aux gens de
coeur du lieu et des pays voisins, et même
à Pierre et à Petit Jehan, les frères de la
vraie Pucelle, « lesquels cuydoient qu'elle
fut arse, » que don Quichotte- Figaro fait
allusion, sans trop connaître, j'imagine, le
fond et le vrai de l'affaire.
Est-il absolument utile aujourd'hui, en
un siècle comme le nôtre, qui a trouve
dans l'histoire sa vocation véritable, écrit
M. Renan, de remplacer la poétique P^'
celle de Voltaire par les Jeanne d'Arc de
contrebande, que M. J. Quicherat n'a pas
oubliées ? H. de S.
Paria. - Tjp. de Ch. Meyraeit, me Cqjas, 18. - 1N>.
QOmQUB
!\aiuérol09.
Clurehe* et
90mê iroÊMrtM.
Il M faut
«nlr'aCdM*.
10jiùU.(8«9.
— *—
C'3nUrméMtttte
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QVERIES français.)
====== 369 ■' 370 ======
€Xue0tt0n0.
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatiq^ue
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
Prudhommiana. — « Où donc était la
garde nationale? » s'est écrié M. Francisque
Sarcey, à propos des derniers troubles pa -
risiens. — D'autres ont dit : « Où donc est
M. Joseph Prudhomme, avec son noble
sabre,— le plus beau jour de sa vie, — tou-
jours prêt à défendre nos institutions, et,
au besoin, à les combattre? »
C'est de lui, s'il vous plaît, que je viens vous
[parler.
Pendant que M. Prudhomme est à Bi-
cêtre, ou aux casemates du fort d'Ivry(car
yous saurez que c'est là cju'il réside ^pour
le quart d'heure, ayant été pincé l'autre
soir à Belleville, où il défendit en preux
chevalier l'honneur de ces dames), — je'
fais appel aux lecteurs de V Intermédiaire
etles prie d'aider un de mes amis à recueil-
lir la fleur des propos caractéristiques
sortis, depuis plus de quarante ans, de
la bouche de cet honorable personnage.
H est temps de composer un spicilége de
îes mémorables apopnthegmes, surtout de
:eux qui sont demeurés inédits. Indépen-
iamment de l'évangile authentique dû à
fienri Monnier, il y a des évangiles apo-
:ryphes et traditionnels, qui n'en ont
>as moins une véritable valeur et qu'il im-
porte de coucher par écrit, pour Tédifica-
ion des peuples à venir. (Indiquer autant
[ue possible les sources et les prove-
lances.)
Nous disons d'avance à ceux qui répon-
Iront à cet appel et nous apporteront leur
>art de butin : Merci de ces bonnes pa-
oles! A. A.
» Quos Yult deperdere, Jupiter démen-
ât. » — Quelqu'un sait-il au juste l'origine
le cette sentence? J'ai un vague souvenir
l'une sentence grecque pareille : ouç i-rcoX-
^uvai 6éXet, Zsùç vouv diçafpei, mais d'où
nent-elle? C. Y.
[Cette même question a déjà été posée, 1, 1 14,
et a reçu des réponses, I, i56, 184; II, 420;
III, 260, 372. — Nous en ajoutons ci-ajDrès
une toute trouvée de M. Ed. Fournier. (Red,)]
«Ventum textilem.» — Quel est l'auteur
qui, le premier, a si ingénieusement appelé
une étoffe très-légère, de l'air tissé, ven-
tum textilem? Yezimat.
Vers de Baour-Lormian empruntés par
Alf. de Musset. — Le dernier numéro du
Bulletin du Bibliophile (mai 1869), signale
un livre intitulé : Les Adieux de Marie
Thérèse y par M. B. d'Albins, comme ren-
fermant des vers de Baour - Lormian ,
qu'Alf. de Musset se serait appropriés,
avec quelqjues modifications :
Pâle étoile du soir, messagère lointaine, etc.
Je n'ai sous les yeux ni les vers de l'un»
ni ceux de l'autre; mais il serait intéres-
sant de constater en quoi se ressemblent
et en quoi diffèrent les deux pièces.
P. Blanc HEMAiN.
De qui ces deux vers? ^ Et sont-ils
même exactement cités ?
Cette maxime est bonne et belle !
Mais — en prison — de quoi sert-elle^
De quelle maxime s'agit-il chez l'auteur
en question? R. C.
Une phrase à propos de Henri IV. —
M. Poirson a-t-il écrit ceci à propos de
Henri IV: « L'un des plus grands hommes
tt oui aient jamais eu lieu? » .M. Ed.
Schérer, dans un récent article du journal
le Temps (Vieillesse du roi i/ew ri, nu-
méro du 8 juin dernier), dit à ce sujet :
a J'ai entendu attribuer cette phrase à
a M. Poirson, et je l'ai en vain cherchée
a dans son livre; ce doit être une calom-
a nie, » —• Est-ce réellement une calom-
nie ? EUQ.ORRAL.
Quatre vers sur la Bourse. — J'ai trou-
vé le quatrain suivant écrit à la main en un
TOME V.— i3
No 109. J
L'INTERMÉDIAIRE
371
372
lieu qui readait la rencontre d/autant pkm
piquaate :
Si Ton remontait à la source
Des biens nouyelleuient acqujs^
On retrouverait à la Bourse
• Ceux qui nou% la coupaient jadis.
Ce quatrain est-il inédit et anonyme?
Est-il récent ou renouvelé des... Grecs?
N'aurait-il pas paru dans Quelque Journal,
mons Figc^Oi, p^^. çi^emple, car^ iQ msdui
raseur en est bien capable? En connaît-on
Fauteur? V. V.
Origine des rimes latines. — Quelqu'un
pourrait-il me dire quelle est Toriginebien
précise des rimes latines, et en quelle lan-
gue l'usage de faire rimer les vers a-t-il
commencé ? Th. Th.
Portrait de Jean Grolier.— J'ai ouï dire,
depui&ia mort de M. Leroux de Lincy, que
le regrettable auteur du savant ouvrage :
Recherches sur Jean Grolier, sa vie et sa
bijiiîothèque (Paris, Potier, 1866, in-8,
avec atlas), avait découvert enfin un por-
trait authentique de cet illustre bibliophile.
Nous savons que M- Lerqux de Lincy, avant
la publication 'de son beau livre, avait de-
mandé ce portrait à tous les échos de Tico-
nographie, non-seulement en France, mais
encore à l'étranger et surtout en Italie où
Jean Griolic^r a passé plusieurs années de
sa vie. Il s'était adressé à nous, comme à
tous les iconophiles, et nous n'avions pu
lui indiquer qu'un portrait d'un person-
nage de la famille Grolier, auXVIII» siè-
cle : Grolier de Servières. Nous serions
très-surpris qu'il existât un portrait gravé
de Jean Grolier ou Grollier. J. S.
La mitre s'est-elle jamais combinée
ayec nna cofiTonnQç seigneuriale? — Dans
la description de la vieille salle de la
chambre des lords et du cérémonial qui
y était, observé lors des séaqces royales,
Victor Hugo, dans son nouveau roman,
r Homme qui rit, dit ceci : « Les arche-
vêques, portaient la mitre à couronne du-
cale, et les évêques, qui ont rang après les
vicomtes, la mitre à tortil de baron. »
[L'HoMme qui fîty.t* IV, p. 194.)
Ces détails, qui semblent empruntés à
un, ouvrage de Chamberlayne {Etat pré-
sent de l* Angleterre^ 1 688;, sontrils exacts?
Jamais nous n'avions trouvé dans aucun
monument figuré l'alliance indiquée dans
le passage ci-dessus, même en Allemagne,
où il existait tant de princes ecclésias-
tiques, ni en Angleterre.
Victor Hugo s àppuie-t-il sur une auto-
rité ou suit-il sa fantaisie en ceci ?
A. D.
Une insortotiOB' an cimetière d*inet.-
II y a, dans le cimetière d'Anet, une co-
lonne sépulcrale,,^ du temps de Henri 11,
qu'entoure, au milieu d^un semis de lar-
mes, une banderole sculptée sur laquelle
est placée de haut en, bas cette inscrip-
tion: Hic qui te expectant vdantvr.
PS- 124,. Comment doit-elle être complé-
tée? Il semble ou'on ait enlevé une des
pierres, au nombre de trois, qui devaient
cpmposer le fût :
Au pied de ladite colonne, on lit :
BIEN VIVRE ET MOVRIR, c'EST ASSEZ
ET PARADIS AVX TRESPASSEZ
NE PLVS, NE MOINS. l555.
La transcription e;st exacte. Est-elle cor-
recte? S. D.
L'hôtel du « Grand-Monarque. » — J'étais
en tournée... dans la petite ville d'Arvers,
en Auvergne, et j'étais logé à l'hôtel du
Grand-Monarque. Quel grand monarque?
et pourquoi cette enseigne classique, si ré-
pandue encore dans les villes arriérées?
Est-ce une traditiondu règne de LouisXIV?
Je rignore absolument, et je lederoandeà
qui le sait. L'image qui caractérisait ce
personnage illustre et mystérieux a dis-
paru presque partout. Dans mon enfance,
je mç[ souviens d'en avoir vu une qui le re-
présentait habillé en Turc.
Georges Sand.
Pour intermédiaire : V. D.
Une OMertiOB d*Esco3iar. — Le uom de
cet illustre. CAsaiste est resté célèbre, mais
%es. ouvrages trouvent aujourd'hui peu de
lecteur^) et il n'est pas donné à tout le
inonde de les avoir à sa disposition. Je lis
Quelques part, que ce Jésuite, analysant le
acigrie de: culpabilité de certains assassi-
nats, a OMance qu'il y avait moins de mal à
tuer dixj laî<jues qii'un prêtre: vingt prê-
tres qu'un evêque ; trente éveques qu'un
cardinal;, cinquante cardinaux qu'un pape,
ce qui reyient, ce semble, à dire qu'un in-
dividu quiaurait occis cent cinauantemills
laïques serait moins coupable que s'il
avait tué. le spuyerain pontife. G'estune
opinion tout comme une autre ; il serait
superflu de la discuter, mais quelque lec-
teur intrépide pourraitril affirmer qu'Es-
cobar a formule cette proposition, et citer
les termes dont il s'est servi ?
(Lyon.) L. D.
Pourquoi ancnn Françaift n'a-t-il été
général de Tordre des Jésuites! — Depuis
saint Ignace de Loyola jusqu'à Pierre
Beoky, né en 1795 et élu en iâ55 général
des Jésuites, nul Français n'a été appelé à
cette dignité. Sur les vingt-cinq personna-
DES CH1£ltt:;ift£URS lâT CURIEUX.
373
374
[10 juilhiSôg.
ges qui Font occupée, on compte onze Ita-^
liens, quatre Espagnols, trois Allemands,
trois Belges, trois Polonais et un Hollan-
dais (Jean-Philippe Roothaan, né à» Am-
sterdam, le 23 novembre 1785, mort à
Rome, le 8 mai i853). L'exclusion de tout
Français est-elle due à de simples causes
accidentelles, ou bien est-elle le résultat
d'un système arrêté ? Y aurait-il là une
tradition secrète maintenue en vigueur de-
puis la naissance de la Société? A. J.
L'émente parisienne du 5 juin 1832. —
Cette émeute était un complot formida-
ble. Nous croyt>ns gue le temps est venu
d'en rechercheir If origine, la trame, le plan
et ks auteurs. Louis Blanc, dans son His-
toire de Dix ans y est bien loin d'avoir
tout dit ; il ne pouvait pas tout dire. Mais
aujourd'hui, la plupart des héros sont
morts, comme les victimes, et la vérité
peut sortir de son puits du cloître Saint-
Merry. Suivant les uns, l'émeute aurait été
accidentelle au convoi du général Lamar-
que; selon les autres, elle avait été admi-
rablement préparée, et elle fut non moins
admirablement exécutée, car il y a des di-
lettanti de l'émeute. Nous nous adressons
aux témoins qui survivent, et qui n'ont
pas perdu le souvenir et la langue. Mais,
pour Dieu ! autre chose que ce qui se
trouve dans le& livres : da^ eût? nouveaux
et des noms. PI S;
Mort de Lonift-Philippe. — Les jour-
naux du temps ont été très-sobres de dé-
tails sur la mort'du-roi Louis- Philippe. On
n'a pas même dit alors quelle fut la mala-
die à laquelle il succomba, le 26 août
i85o, au château de Claremont (comté de
Surrey), en Angleterre. Généralement, ce
ae sont pas les détails qui manquent sur la
iiortfdes rois de France et sur leurs der-
niers moments. Il y a des volumes entiers
5ur la mort de Louis XIV, sur celle de
Louis XV, etc. Nous voudrions en savoir
mtant sur la mort de Louis- Philippe, qui
)ccupera dans l'histoire une assez grande
)lace pour que sa mort remplisse au moins
me page dans la chronique de son temps,
^ous demandons cette page et plus, s'il se
)eut, aux personne» qui ont assisté à la
naladie et à la mort du dernier roi des
français. Math. L.
Hommes célèbres non mariés.— Il peut
' avoir quelque intérêt à dresser une liste
les hommes illustres qui ne se sont point
ngagës dans les liens< du mariage. En
Iressant une liste de ce genre (dont on ex»
•lut, comme de raison, tous les ecclésias-
iques catholiques), on trouve Addison,
Vrioste, Bayle, Boileau, Corneille, Des-
«artes, Fontenelle, Kant, La Bruyère,
Leibnitz, Newton, Pascal, Popfe, Réau-
mur. Le Tasse et Voltaire. Je ne parle ici
que des écrivains, laissant de côté, pour le
moment du moins, les honimes d'Etat, les
militaires et les souverains. Quels sont les
noms véritablement célèbres qu'on pour-
rait ajouter à ceux que je viens d'inscrire?
H. S.
Delà Ramée. — J'ai sous les yeux une
lettre de Orner Talon à un M. de la Ra-
mée, au dos de laquelle est écrit : « Reçeu
à Amsterdam^ le 17 juin 1637. » Est-ce
que le célèbre Pierre Ramus (de la Ra-
mée), massacré à la Saint-Barthélémy,
laissa des enfants ? Il y est dit : a Surtout,
a prenez garde que vostre curiosité des
a belles choses nempesche pas que vous
« ne soyiez tout entier aux affaires pour
a lesquelles vous estes envoyé, ausquelles
« vous devez donner tout vostre temps
a pour satisfaire au gré de ceux ausquels
« vous avez à respondre. »
Quel pouvait être ce M. de la Ramée
qui avait « la curiosité dés belles choses, »
et quelle mission avait 'il en Hollande?
P. A. L.
Anaoiries d'Etienne et Bernard Picart.
— Je voudrais connaître la description
exacte dès^ armoiries du graveur Etienne
î Picart, surnortimé le Romain, père de Ber-
nard Picart. Ne demeuraient-ils pas à Pa-
ris, avant de se rendre, vers 17x0, à Am-
sterdam, où ils se sont établis?"
(Amsterdam.) J. G. de G. J. Jr.
Famille Hontchevalier. -^ Cette famille
du Dauphiné portait d'argent, à la bande
d'azur chargée de trois fleurs de lis d'or,
accompagnée de six merlettes de sable.
Existe-t-il une généalogie imprimée de cette
famille, qui n'est mentionnée ni dans le
Père Anselme, ni dans La Chesnaye-De*-
bois? EuD. S.
Branche de la maison de Souza-Portu-
gai étahlie en France.— Vasco de Souza-
Portugal, de l'illustre maison portugaise
de ce nom, vint s'établir en France au
milieu du XV® siècle; il fut gouverneur
de Creil et est qualifié de seigneur de
la Versine en Beauvoisis. Son fils, Jean
de Souza- Portugal, fut également gouver-
neur de Creil, et chambellan et maître
d'hôtel des rois Charles VIII et Louis XII.
Il épousa Anne Aubin de M a licorne (sœur
de Jean Aubin de Malicorne, baron de
Surgères, marié à Jeanne d'Orléans). Be
cette union vint Catherine de Souza-
Portugal, mariée,, le 22 mai i5i6, par
commandement et ordonnance de Madame
mère du roi François !«', et par moyens
N« 109.1
L'INTERMÉDIAIRE
375
376
de parents^ tels que Philippe de Montmo-
rency, etc., à François de Beaumont, sei-
gneur de Rioux en Saintonge, Tun des
commandants de la compagnie des cent
gentilhommes de la maison du roi, et qui
fut tué à Pavie. Leur fille, Marguerite de
Beaumont, épousa, le lo avril 1540, Fran-
çois de Brémond d'Ars, seigneur d*Ars et
de Tesson en Saintonge. Vasco de Souza-
Portugal avait aussi une fille, Philippe de
Souza, qui prit alliance avec Geffroy Ta-
veau de Mortemer, seigneur du Bouchet,
d'une ancienne famille du Poitou.
A quelle branche de la maison de Souza-
Portugal peut- on rattacher ce Vasco de
Souza-Portugal? A quelle occasion vint-il
s'établir en France? Connaît- on. la suite
des anciens seigneurs de la Versine? Les
archives du département de FOise possè-
dent-elles quelques documents sur les an-
ciens gouverneurs de la ville de Creil?
A. B. A.
Vitry-le-François. — Comment faut-il
prononcer le nom de cette ville ? Tout le
monde sait aue, brûlé et rebâti sous Fran-
çois I«', le Vitry nouveau a ajouté à son
nom celui du roi. Mais comment pronon-
çait-on ce dernier au XVI® siècle? Etait-
ce comme on le fait aujourd'hui, ou comme
on faisait dès lors du mot français, que
Ton écrivait cependant/rawfowpar un 0?
Village de Talibert. — Pourrait-on me
dire s'il y a encore un village dans le Midi,
diocèse de Saint- Pons (Languedoc), du
nom de Talibert, et quels en furent les sei-
gneurs vers j5oo? Th. Th.
La continnation des PP. Anselme et
Simplicien. — On désirerait savoir dans
quèUe collection, publique ou particulière,
çst conservée la continuation des Grands
officiers de la couronne^ par le père Alexis,
continuateur des pères Anselme et Simpli-
cien. Le Manuel du libraire de 1860 (t. I,
p. 3o3) dit que les deux volumes que le
père Alexis avait préparés n'ont pas été
imprimés. A. F. D.
f Souvenirs historiques et pittoresques
du Nord de la France. » — Sous ce titre,
M. P. Hédouin, de Boulogne-sur- Mer, a
publié en i83o (Paris, Dondey-Dupré) un
recueil gr. in-4 dans lequel il a consacré
au château de Comblin-Chaletain, arron-
dissement de Béthune, un article rappe-
lant les infortunes du sire de Goson, qui
partit pour les croisades, et l'existence
d'une ballade commençant par ces mots :
De la dame de Comblin
Qui veut ouïr Taventure ?...
finissant par ceux-ci :
Que les Turcs les plus méchans
Ne sont pas les mecréans.
Connaît-on cette ballade?
(Béthune.)
A. H.
Une Vie de Pietro Sarpi. — Dans une
lettre du 27 décembre 1643, Guez de Bal-
zac parle d'une certaine Vie de Fra Paolo
dont un de ses amis avait lu le manuscrit,
et il demande si ce manuscrit est imprimé,
ajoutant qu'il a grande envie de connaître
a Paill, par I^ulgence. » Dans une autre
lettre (du 14 mars 1644), nous lisons en-
core : « La vie du Servite est ascétique,
mais elle ne laisse pas d'estre belle : les
digressions m'en plaisent, et le superflu ne
m'ennuye point. Je vous prie seulemeoî
que je sçacne si elle est escrite de bonnt
foy, et si le maestro Fulgentio n'a point
esté le Philostrate de son Apollonius. » Le
Moréri renvoie à la Vie de Sarvi , par
Fra Fulçentio, son compagnon, et la Nou-
velle Biographie générale, à la Vieie
Sarpi, par Micanzio, l'ami intime de l'his-
torien du Concile de Trente (Leyde, 1646,
in-12). Des explications et des détails, s il
vous plaît. T. DE L.
tt Les physionomies littéraires, » par Ar-
mand Baschet. — Ses antres œuvres. -
M. Baschet a débuté dans la littérature
par une étude sur Honoré de Balzac, cu-
rieuse au plus haut point. (Et à ce pro-
pos, verrons-nous, dans la grande édition
de Balzac, en publication chez Michel
Lévy, le résultat de ses recherches sur les
œuvres inédites de cet illustre écrivain?
Nous l'espérons d'autant plus qu'il a, pen-
sons-nous, promis de remettre à l'éditeur
tout ce qu'il a découvert et réuni.) Il an-
nonçait, dans ce volume, comme devant pa-
raître très-prochainement, une étude sur
Th. Gautier et son temps; rien n'a paru
pourtant, et depuis lors M. Baschet, ab-
sorbé dans des études sur l'Italie et Tart
italien, ne paraît plus donner suite à ce
projet. S41 est définitivement abandonné,
serait-il indiscret de lui demander com-
munication de ses notes, qui intéressent à
un haut degré un gautiériste acharné, et
pourrait-il être aussi assez aimable pour
lui indiquer le moyen d'obtenir un exem-
plaire de son Etude sur les Aide, i vo-
lume, Venise, 1867, tiré à 160 exemplai-
res. Paul Rovil.
Travail annoncé de H. Leronz de Lincy
snrM. Jacques-Charles Brunet.— M. Le-
roux de Lincy, à qui V Intermédiaire a
rendu un juste hommage, s'occupait de-
puis longtemps d'une notice détaillée sur
la vie et les écrits du célèbre auteur du
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lojuill. 1869.
377 ^
378
Manuel du Libraire, Sachant que j'avais
eu quelques relations avec ce doyen des bi-
bliographes français, et que je m'étais li-
vré à d'assez persévérantes recherches au
sujet de ses ouvrages, il m'avait fait part
de son projet; il avait réclamé les commu-
nications que j'aurais été à même de lui
adresser. Le travail entrepris est-il assez
avancé pour qu'on puisse espérer de le
voir paraître, sinon sous une forme défini-
tive, du moins à l'état d'ébauche ou de
fragments, dans quelque journal consacré
à la science des livres r II serait à coup sûr
accueilli avec un vif intérêt, et il n'est pas
de bibliophile qui ne soit heureux de sa-
voir ce qu'il peut espérer à ce sujet.
B. G.
Un exemplaire de l'édition in-4 de Ron-
sard^ annoté par nn contemporain. —
Comme éditeur de Ronsard, je me suis plu
à rassembler un certain nomore d'éditions
de ses œuvres. J'ai acquis un exemplaire
de l'édition in-4 ^^ ^^^7, annoté par J. de
Pyochet, sieur de Sallin ; mais les tomes III
et IV, contenant les poëmes et les hym-
nes, proviennent d'un autre exemplaire et
ne sont pas annotés. Quelque lecteur con-
naîtrait-il ces deux* volumes, qui me man-
quent? Je donnerais volontiers en échange
les deux volumes sans notes, qui sont fort
beaux.
hàt Pyochet, sieur de Sallin, était Sa-
yomvi ; sa devise française était : En Dieu
^^fin. Sa devise latine : In pace novi hos-
tes. Il était poëte et ami de Marc-Claude
de Buttet, aussi Savoisien. Je possède un
volume des poëmes de P. de Brach, 'qui
lui a appartenu. P. Blanchemain.
Les antographes de M»» Récamier. —
Est-ce un fait historique généralement
connu, — comme me 1 a souvent raconté
un vieux gentilhomme de mes amis, autre-
fois l'un des fidèles du salon de l'Abbaye-
aux-Bois, — queles autographes de M™« Ké-
camier soient aujourd hui d'autant plus
rares et plus recherchés, que cette belle
des belles avait pour habitude, — en femme
vraiment habile, — de ne point écrire elle-
même ce qu'elle désirait faire savoir à ses
amis, même les plus illustres?
Il me semble bien cependant avoir vu
passer plusieurs fois, dans les ventes publi-
ques spéciales, des lettres autographes si-
gnées de M"« Récamier, adjugées même à
des prix relativement abordables, notam-
ment en 1860 ou 1861, lors de la disper-
sion du précieux cabinet de M. de Lajar-
RiETTE (de Nantes). Ulr.
Clémence de Bourges et Louise Labé.
- A-t-il été publié^ dans les notices con-
sacrées à Louise Labé, (i 526-1 566)
quelques détails biographiques, concer-
nant particulièrement la vie de l'amie
intime de cette célèbre Lyonnaise, —
Clémence de Bourges, — à laquelle fut
dédié le Recueil des Poésies et autres
œuvreSy de la Belle Cordière (Lyon, Jean
de Tournes^ in-8% i555)? Ulr.
Un liTre de l'abbé de Gnascc— M. Em.<
M. ŒtûngeT (Bibliographie biographique^
i85o) indique une Histoire du pape Clé-
ment V, par Octavien de Guasco, qui au-
rait paru à Tournay, 1 756, en 2 vol. in-12.
J'ai vainement chercné et fait chercher
partout cette histoire, et je suis arrivé,
après toutes ces inutiles recherches, à
croire avec de savants bibliographes, que
le manuscrit dont il est question dans les
lettres de Montesquieu et de l'abbé de
Guasco n'a point paru, et que l'édition
citée par M. Œttinger mérite une belle
place dans la Bibliothèque des livres ima-
ginaires. Cependant, pour être encore plus
sûr du fait, je demande si l'on a jamais vu
le livre signalé par la Bibliographie bio"
graphique, T. de L.
«Tableaudes mœurs françaises. >— Quel
est l'auteur du livre intitulé : Tableau des
mœurs françaises aux temps de la cheva-
lerie, tiré du roman de sire Raoul et de la
belle Ermeline, mis en français moderne
avec des notes par L. C. P. D. V., imprimé
à Paris chez A. Egron, 1825, 4 vol. in-8®?*
Les estimables dictionnaires de MM. Bar-
bier et de Manne ne mentionnent pas cet
ouvrage dont je ne ferai pas la lecture,
non 1 non, jamais ! A la Rescousse ! s'il
vous plaît, Messiresl
(Lyon.) V. de V^
L'Imprimerie du Calvaire. — J'ai sous
les yeux la petite curiosité révolutionnaire
suivante : a Le Costume des Représentants y
conforme à la religion de nos pères, (Sans
lieu.) De l'Imprimerie du Calvaire,r> (Sans
date. Vers 1794.) Brochure in-S». — Sait-
on où se trouvait, et quelle était, cette
o Imprimerie du Calvaire, » et connaît-on
d'autres volumes, sortis des mêmes presses
et portant sur le titre cette même rubrique?
Ce nom ne devait-il pas présumablement
provenir de la proximité de l'établissement
typographique, avec quelque église ou cou-
vent du voisinage (comme il en est, par
exemple, encore aujourd'hui pour les noms
de la Rue et du Boulevard des Filles-du-
Calvaire)}
De toute façon, ce Calvaire-là devait
être éminemment plus parisien que ne
l'est le Gol gotha, voisin de Jérusalem ?
U.
JM* I09J]
L^INTERMEDCAUIE
379
38o
Les initiales JHJ. -<- Dans un Im^en»
taire des meubles du château de Nérac
en iSgS (in-8*>, Aubry et Dumoulin, 1867)
on lit (p. 23): « Autre bouquet fait en
forme de croix ouvré de fil d'or et soie, au
hault duquel est escript en lettre vieille
jHù ayant le pied couvert de taffetas
jaulne. » Que signifient ces initiales?
EUC^ORRAL.
sr
Orfèvres et aroentiers des XVII« et
XVm* siècles (V, 6). — L'on pourra
trouver (quelques indications dans les ou-
vrages suivants : P. Lacroix. Histoire de
r orfèvrerie, joaillerie y etc. — Paul Mantz.
Recherches sur V orfèvrerie française^ dans
les tomes X et XI de la Galette des Beaux-
Arts, — Alfreb Darcel. Notice des émaux
et deVorféin-eriedumuséedu Louvre. Intro-
duction à Torfévrerie, joaillerie et bijou-
terie. — Exposition universelle de 1867.
Catalogue général de l'histoire dutra-
vaiL « Règne de Louis XIH et de
Louis XIV. » a Règne de Louis XV. »
Orfèvrerie. A. D.
Fin à dorer eonune une dague de
plomb (V, 63J. — Ce proverbe ne serait-il
pas l'amalgame de deux autres ? La Comé-
die des Proverbes y plus moderne, il est
vrai, que Rabelais, dit seulement : « Le
gros nigaud : il est aussi fin qu'une dague
dc'plomb.j)(A«c. Th.fr., édit. el«év., t. IX,
p. ii). C'est presque un latinisme* nOpu-
gionem plumbeum / » O la pitoyable raison!
(Noël, qflfli allègue Cicéron). Au contraire,
fin à dorer, se sera dit d'abord, au sens pro-
pre, de l'or assez fin, assez pur, pour être
employé à dorer. Puis on l'aurapris au fi-
§uré, mais affirmativement. Et enfin, les
eux proverbes formés et reçus, on aura
voulu renforcer l'ironie du premier, en
disant : « Fin à dorer comme une dague
de plomb. » Et même, si l'on pense que
c'est Rabelais qui le premier s'est servi
de cette locution, on peut n'y voir qu'une
plaisanterie qui consisterait à démentir
brusquement ce qu'il semble dire d'abord;
et cela sans autre intention que de bouf-
S^nner. Car, qu'on l'ajoute ou non à do-
rer^ fin comme une dague de plomb, ne
peut se comprendre que comme synonyme
de nigaud, ainsi que l'explique la Comédie
des Proverbes; et ce n'est guère là le ca-
ractère de Panurge. 0. D.
^De l'Auln^ye, dans le Rabelaisiana
qui se trouve à la suite d^s œuvres de
Rabelais, éditées par Louis Janet en iSzS^
donne à cette phrase un double sens qui
me pnouveraît qu'il doutait de Texactitiide
de son propre commentaire : « habile à
« s'emparer du bien d'autrui, ou, dansuQ
a sens opposé, peu rusé. «
Or, Rabelais ne fait de Panurge, ni un
filou ni un imbécile.
En s'inspirant du texte même de ce dia-
pitre, que je remercie M. P. de m'avoir
fourni i occasion de relire, tant il est amu-
sant, Rabelais n'a-t-tl pas voulu dire : Peu
délicat, peu scrupuleux même? Panurge
était assez adroit pour rendre plaisantes
ks £arces grossières qu'il se plaît à racon-
ter, en les recouvrant d'un vernis relati-
vement spirituel et toujours divertissant.
N'est-ce pas ainsi qu'en or plus ou moins
pur le plomb vil s'est change i
(Vendôme.) A. D.
— I On dÂt qu'un boxDsme estfîft adorer;
pour dire qu'il est extrêmement fia et
adroit. » — « On dit proverbialement d'un
homme dont on aperçoit la ruse, qu'il est
fin comme une dague de plomb. » (Dict.
de Trévoux). P. Qauer,
— Comme Rabelais a, de sa grâce, allongé
le texte, mon premier soin doit être d'en
rétablir la forme authentique et primiûve
qui est : « Fin comme une dague de
plomb. » Ce proverbe me semble d'ori-
gine espagnole, à en juger par dague. La
dague est une épée courte, une sorte de
poignard à cadier tout entière, pour ainsi
dire, entre les doigts, le mot « daga » déri-
vant de < dado » doigt, le même qui entit
dans l'idiotisme castillan, « a una vuelu
de dado, » en un tour de main. Mais si la
dague est courte, elle est loin d'être fine;
puis, si elle est de plomb, elle est tout à la
fois courte, grosse et lourde. Panurge est
donc courtaud, épais et lourdaud; voilà pour
l'acception particulière. Au sens général,
a fin comme une dague de plomb» s'ap-
plique à qui affecte d'être poli et pourtant
est resté l)rut. à l'égal, par exemple, de
rémule maladroit oe ce petit chien des
Fables de La Fontaine. Un tel homme est
stupide et veut néanmoins passer pour
fûte ; il est fin comme une vieille crucneà
vinaigre. — Er will klug sein, und ist
doch ungeschickt; er ist dumm, und will
doch klug sein; erst fîstig wie ein altcr
Essigkrug.
En somme, « fin comme une dague de
plomb » revient assez à « grossier commedu
f)ain d'orge. » En interpolant après « fin »
es deux mots a à dorer (à être cioré), » Ra*
bêlais n'a eu qu'un but, celui de détourner
malicieusement « fin » de sa signification
figurée qui est « délié, souple, » pour le
restreindre au seul sens propre qui est
a mince, ténu. » Or une dague de plomb
n'est point mince ou ténue ; et pour cela
elle ne se prête guère à être dorée.
Semhlablement , on dit d'une fausse
nouvelle : a Cela n'est pas aussi « sûr» que
3&]
DES C}i&kaÈtÉîJ1r& Et CURIEUX. [ i o Juki, i ^69.
382
du bon ^înaffgre'; » et ici l'adjectif sûr n'a
pas seulement le sens du latin « securus^ »
mais encore et surtout, à cause de vinaigre,
le sens de Tallemand « sauer, » acide ou
acre.
Dans le Rabelais publié par le bibliophile
Jacob, ïe proverbe, dont je m'occupe à là
hâte et en deux mots, a reçu la plus
rctrange, j'entends par là la plus déplacée,
des interprétations qui aient été, qui soient '
et qui doivent être jamais : « Aussi dis^
pose à prendre le bien d'autrui, que le plomb
à recevoir la dorure. » Si Panurge dont le
nom(Hàv, JpYOv) signifie a propre à tout
faire, » hors le bien apparemment, avait, ou
n'avait pas les doigts crochus , il en faut ,
bon gré, mal gré, chercher la trace ailleurs
que dans l'adage précité.
Puisse, hélas ! 1 édition sous presse en Ce
moment, à rimprimerie de l'Institut
impérial de France, se préserver, et nous
tous avec elle, de semblables bévues!
(Grenoble.) J. P.
Le jeu de la Révolutioii fSrançaise (V,
71). —■ A propos d'estampes en forme de
jeux d'oie, j'en citerai une ^que je possède
depuis vingt-cinq ans et dont je n'ai jatnais
rencontré une seconde épreuve. Voici les
dimensions des traces de la planche : larg.,
53 centim. ; haut., 40. Elle ne porte point
de date mais on peut lui en attribuer une
voisioe de l'àntiée 16 5S. Vers le centre de
la planche est le titre en grosses majuscules:
LE lEV DU BLASON. Dédié A très-
haute,,. Princesse Marie Jeanne-Baptiste
de Sauoye fille aisnée de feu tres-hatCt,,.
Prince Monseig^. Charles Amédée de
Sauoye Duc de Nemours.,, Par son très--
humhle..^ Seruiteur Nie. Berey* Berey
était à la fois éditeur et graveur asséfc
médiocre; cette pièce est probablement
son œuvre. On compte quatante cases
portant des armoiries ou quelque;&>is àt
simples inscriptions et disposées en deux
carrés, l'un dans l'autre. Au bas, à gauche,
commence le n<> i représentant les émaux
du blason. Le dernier (n® 40), au dessous du
titre,' offre les armes du Roy, accompa-
gnées d'un riche entourage. Sur le côté
gauche de l'estampe^ une colonne de texte
gravé a pour titre : Introduction Pour
LE lEV DV BLASON Par P. D. V. G.
D. R. La colonne de droite est intitulée t
ORDRE et LOIX du Jeu du Blason, Au
bas du texte on lit : A Paris che^ Ni,
Bercy sur le (^ay des Augus. aux 2 Glo-
bes, Je dterai quelques lignes du règle-
ment de ce jeu qui avait lieu au moyen de
deux dés. « Qui arriuera chés le Grand
« Echanson cotte 20 payera, et y demeu-
« rera jusqu'à ce que quelqu'vn l'en vienne
a retirer, car il aimera mieux y gouster des
« vins délicieux, que de continuer son
« leu Qui arrivera au Pauillon Royal
« cotté 40 gagnera la partie , et sera
'« maistre de tous les payem. qui auront
« esté mis et au milieu, et âU profit du
» leu. » A. BôNÏ^ARDOT.
L^s nouais de Gàvàft^ (V, 84). — Un
simple renseignenïent : Dans le nord de
la France, (Flandre, Artois), la nouirice
est appelée en patois : la nénain,
(Béthune). A. H.
L6S armes de Voitaîro (V, i35). ^ Au
bas d un «beau portrait àt Voltaire repré-
senté dans son cabinet de travail ; « des'-
siné par P>. A-. Dauzel au château de
Ferneyen ï764etgravé par Jw B^ Michel,
d'après le dessein (sic) qui^stdans le cabinet
de M. le marquis d« Villeltefe, on voit l«s
armoiries du célèbre écrivain, que le gra-
veur a ainsi rendues : à d'azur à trois*..
tulipe^^ 1» -^ Les supports du blason qui
est surmonté d'une 'couronna de comtc>
sont des guirkndes.
Le château de Circy, aujourd'hui de la
coiïimune de ce nom ^ canton de Doule-
vaut, Haute-Marne, apparte'fttfil au fliar-
quis du Chatelet, l'heureux mari de la
célèbre Emilie. Celui de Cirey en Vôge,
aujourd'hui Cirey-sur-Vezouze, canton de
Lorquin (Meurthe) , était à une autre
branche de la famille. A. Bekoit.
CrumotiA et la Guillotine (V, 140). —
Lorsque le Lôuisony la Louisette, etenfih
la Guillotine , fut inventée ou perfec-
tionnée, selon les besoins du temps (et
l'on peut dire que jamais invention ne fut
appliquée sur une plus grande échelle), on
ne songea pas à savoir (^ui s'était servi le
premiet de cette fameuse mécaniqufe. Il faut
pourtant remarquer, en passant, que ses
débuts furent assez gauches et iqu'e !'es
connaisseurs purent un moment l'egrettet
la méthode expéditive de la pendaison.
Voyez là-dessus un très- curieux et très-
amusant chapitre (amusant jusqu'à l'hor-
rible le plus raffiné) dans le tome ÏI des
Mémoires de Sanson, rédigés, d'après les
récits de l'ancien exécuteur des hautes
œuvres sous la république une et indivi-
sible, par Honoré de Balzac et surtout jfï'ar
l'Héritier de l'Ain.
Mais qui songeait à chercher bien loin
l'origine de la guillotine, lorsqu'on était
si préoccupé de la chose présente et que ce
spectre rouge devait être l'objectif perma-
nent des plus honnêtes gens? On ne contesta
donc pas au chirurgien Louis sa prétendue
découverte, et au médecin Guillotin ses
aimables perfectionnements. On disait
vaguement que la guillotine avait existé,
sous un autre nom, bien entendu, en
Italie et en Orient. Ce n'est que t>lustard,
qu'on s'avisa de demander aux livres et
aux gravures ce que le redoutable instru-
N» 109.]
L'INTERMÉDIAIRE
383
384
ment avait pu être dans son âge d'or, deux
ou trois siècles avant Tâçe de fer et d'ai-
rain du tribunal révolutionnaire. On eut
bientôt trouvé et cité deux ou trois gra-*
vures allemandes du XVI* siècle, qui prou-
vaient ndh-seulement que ce genre de sup-
plice était connu à cette époque; mais en-
core qu'il pouvait avoir eu son application
en Allemagne comme en Italie. Quoi qu'il
en soit, voici, ce semble, la plus ancienne
description que nous fournissent les his-
toriens français, au sujet de la terrible ma-
chine, qui ne fonctionnait pas sans doute
pour la première fois; description qui re-
monte à l'année i boy et qvd se trouve dans
les Chroniques de Jean d'Auton. Voyez l'é-
dition que j'ai donnée de ces Chroniques
(Paris, Silvestre, i835, 4 volumes in-8),
tome IV, çag. 55. Il s'açt de l'exécution
du nommé Demetri Justiniani, a des plus
gros du peuple gras de la ville de Gênes, »
qui avait joué un rôle patriotique dans la
révolte de cette ville contre 1 occupation
française. Il fut condamné à être mis à
mort sur une place publique , près du
Môle de Gênes, le 12 mai i5o7. Ecoutons
Jean d'Auton :
« Sur le point de neuf heures du ma-
tin, fut par un prévôt des maréchaux
conduit jusqu'à ladite place et fait mon-
ter sur Téchafaud, et là voulut parler et dire
quelque chose au peuple de Gênes et com-
mencer quelque propos. Mais le prévôt ne
voulut lui donner temps de finir son dire.
Et voyant, celui Demetri, qu'il ne serait
ouï. )eta un grand soupir à merveilles,
en levant les yeux amont, la face toute
pâlie et blême, les bras entrecroisés, se tint
coi assez longtemps. Et ce fait, le bour-
reau lui banda les yeux; puis de lui-même
se mit à genoux et étendit le cou sur le cha-
put (billot). Le bourreau print une corde,
à laquelle étoit attaché un gros bloc, à tout
une doulouere tranchante, hantée dedans,
venant d'amont entre deux poteaux, et tire
ladite corde, en manière que le bloc tran-
chant à celui Genevois tomba entre la tête
et les épaules, si que la tête s'en alla d'un
côté et le corps tomba de l'autre. La tête
fut mise au tout du fer d'une lance et
portée sur le sommet de la tour de la Lan-
terne, qui est à couchant et au dedans
du Môle de Gênes, regardant cette tête
droitement sur la ville. Le corps demeura
mort sur ledit échafaud, tout le long du
jour ; puis, fut, le soir, avec le congé de la
justice, de là ôté et porté enterrer. »
De ce il appert que, jusqu'à plus ample
informé, dame Guillotine est née Génoisç.
P.-L. Jacob, bibliophile.
— Voir dans le Figaro (3i déc. 1854)
une intéressante étude de M. Frédéric
Thomas, intitulée : la Guillotine. Mais ,
comme la collection de ce malin journal
est devenue fort rare aujourd'hui, je prends
la liberté de faire copier, — pour vos lec-
teurs, — les deux extraits ci-joints de ce
savant article, et les leur adresse directe-
ment par la voie de l'Intermédiaire :
a Guillotin n'a été que le vulgarisa-
teur de cet instrument parmi nous. Avant
que la France connût la Guillotine, l'E-
cosse jouissait du maïden, et l'Italie de la
mannaia. Le docteur ne fut pas non plus
victime de sa machine, dans le sens que Ton
imagine d'ordinaire; car Guillotin est mort
dans son lit, à l'âge de soij^ante-seize ans,
dans son domicile à Paris, rue de la Sour-
dière, le 26 mars 18 14. C'est d'une toute
autre façon qu'il a çté le martyr de son
invention.
aGuillotinétaitun médecin philanthrope,
et rélection de Paris en fit un député du
tiers Etat à l'assemblée des Etats géné-
raux, devenue bientôt l'Assemblée natio-
nale. C'est là, dans la séance du 28 no-
vembre 1789, qu'il développa son idée.
L'Assemblée rejfusa de donner immédiate-
ment suite à ce projet, et en ajourna l'exa-
men à l'époque où elle s'occuperait du
Code criminel.
a Ce ne fut que deux ans après, le 3 avril
1792, que l'Assemblée législative décida
qu il lui serait fait un rapport sur l'inven-
tion du docteur Guillotin. Ce rapport, lu
par Carlier quelques lours après, une com-
mission nommée ad kocût^ie 17 avril, des
expériences de la nouvelle machine sur
des animaux d'abord, et puis sur des ca-
davres, « afin qu'elle apprit d'eux son œu-
« vre, » selon l'expression sinistrement
heureuse de Chateaubriand.
« Ces expériences donnèrent sans doute
les résultats les plus satisfaisants, puisque
quarante jours plus tard, le 27 mai 1792,
un assassin de grande route, nommé Pel-
letier, fut décapité par ce procédé nou-
veau. La première victime politique de
l'instrument fut CoUenot d'Anglemont,
employé de l'hôtel de ville, exécuté le
2 X août de la même année.
a On chantait des couplets sur ce bijou,
on en portait la figure ciselée en épingles,
en breloques, en boucles de souliers et
d'oreilles. (Voy. V Intermédiaire, IV, 86.)
Guillotin était dans l'enchantement, et,
dans la candeur de son enthousiasme, il
disait à ses collègues : c Le supplice que
« j'ai inventé est si doux, qu'on ne sau-
a rait que dire, si on ne s'attendait pas à
« mourir, et qu'on croirait n'avoir senti
« sur le cou qu'une légère fraîcheur. »
« Le docteur se félicitait donc d'avoir at-
teint un double but d'humanité et d'éga-
lité ; il avait presque supprimé la douleur
du supplice, et, en retranchant l'infamie
attachée à la pendaison, il avait démocra-
tisé la décollation, qui n'avait été jusque-
là que le privilège de la noblesse, et il
avait fait ainsi l'égalité devant la mort.
«Toutefois, on s'aperçut bientôt que,
malgré l'optimisme au docteur, l'instru-
ment laissait beaucoup à désirer. Il fonc-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo juin. 1869.
. 385
- 386
donnait avec mollesse, avec indécision, et
le plus souvent, il produisait Técrasement
du cou plutôt qu'une section nette et ra-
pide.
a C'est alors qu'un autre docteur s'oc-
cupa de perfectionner cet instrument. Ce
fut ]e docteur Louis, secrétaire perpétuel
de l'Académie de chirurgie, qui s'avisa de
modifier le couteau, et de substituer le
triangle à la forme horizontale ou en crois-
sant qu'il avait 'gardée jusque-là.
a Cette modification fut aussitôt adop-
tée, et, dans sa reconnaissance, le peuple
essaya de débaptiser l'instrument pour lui
donner le nom du chirurgien. Mais bien-
tôt la Louisette parut un nom trop gai
pour un instrument si lugubre, et la Guil-
lotine prévalut.
« Après la Terreur, les tribulations de
Guillotin commencèrent pour ne plus finir
qu'avec sa vie
« Le docteur ne se blasa jamais sur
une persécution innocente qui le poursui-
vait toujours et partout. Son nom, quand
il était obligé de le prononcer, causait un
effroi qu'on ne prenait guère la peine de
dissimuler, et Guillotin en était toujours
affecté péniblement.
« Nous sommes persuadé que le phi-
lanthrope qui a inventé le seul instrument
de supplice qui nous reste, demanderait
aujourd'hui l'abolition de la peine de mort,
et la destruction de sa machine. » {Vid,
(oc. citât.) Ulric.
P. S. — Voir aussi, dans ce même Ff-
f^fo (i3 nov. iSSy), le paragraphe V
'^Biographie de la Guillotine) d'un spiri-
tuel article de genre, intitulé : « Monsieur
àe Paris, études de mœurs inconnues^ »
par Léo Lespès.
La Société de r£scalade(V, 247). ~ Dans
un petit volume in- 12, publié en i852 par
les soins de M. Ph. Plan, sous le titre : la
Volière ouverte, Etrennes poétiques gene-
voises (Genève et Paris, Joël Cherbuliez),
»e trouve, à la page i36, un rondeau signé
iu Dr Ant. Le Camus, avec la date de
'757. Cette pièce est accompagnée de la
îote suivante de M. Plan: «Ce n*est point
' à son mérite littéraire que cette pièce
' doit son insertion dans ce livre, mais
' bien à l'occasion qu'elle nous procure
' de dire les circonstances auxquelles elle
! a dû sa naissance. En 17 56, il se forma
à Paris une Société de Genevois qui,
■ tous les ans, le 12 décembre, se réunis-
saient chez Tun d'entre eux, M. Chasta-
' nier, commis au greffe de lavillede Paris,
' pour fêter joyeusement ce jour anni-
' versaire de la célèbre délivrance accor-
' dée à nos pères, en 1602. Or, les mem-
' bres de cette société, hommes de lettres
pour Ja plupart , ne laissaient pas passer
un de ces anniversaires sans apporter,
a qui une chanson, qui un discours, qui
« une comédie ou une pièce de vers quel-
« conque, et c'est de la collection de ces
« pièces diverses, dont M. le professeur
a Gaullieur est l'heureux propriétaire, que
« nous avons extrait celle que l'on a sous
a les yeux. »
M. Gaullieur est mort en 18 5^, et sa bi-
bliothèque s'est dispersée. Aussi, le recueil
susmentionné est-il sans doute le manus-
crit même que possède M. Tornezy. Il est
à remarquer néanmoins qu'aucun des
noms cités par ce dernier ne semble être
d'origine genevoise. Th. D.
— On a fait paraître un ouvrage pos-
thume de M. Arthur Dinaux sur les So-
ciétés badines. Je ne me souviens pas du
titre exact. M. Tornezy pourrait le re-
trouver sur une couverture de Vlntermé-
diaire, qui l'a annoncé il y a deux ou trois
ans. Il y a beaucoup de chances pour que
ce livre lui fournisse les renseignements
qu'il demande sur la Société de VEsca-
lade. Ej, G. P.
A qnelle date Louis XIV siona-t-U la ré-
vocation de redit de Nantes? (V, 259.) —
M. le cap. I... pense que cet édit impor-
tant a été signe le 19 octobre 168 5. M. Eu-
qorral se prononce pour la date du 17,
adoptée par M. Henri Martin et MM. Bor-
dier et Charton. Un document rapporté
dans les Mémoires de Foucault, intendant
du Poitou, publié à la suite de ceux du
marquis de Sourches, par M. Bernier, Pa-
ris, Beauvais aîné, i836, tome II, p. 294,
tend à confirmer cette dernière date, et
peut-être à la reporter au i6. C'est une
lettre de Louvois adressée à Foucault,
commençant ainsi :
« Fontainebleau, le dix-septième octobre i685.
o Monsieur,
tt Vous serez pleinement informé , tant
a par la copie que je vous adresse de l'é-
(( dit que le roi a nouvellement fait expé-
tc dier, que par la lettre de Sa Majesté, qui
o l'accompagne, de ses intentions et de ce
« qu'elle désire de vos soins, pour l'exacte
« observation et exécution de cet édit. »
La lettre du roi porte :
« Monsieur Foucault, ayant fait expé-
« dier un édit par lequel, et pour les cau-
« ses et raisons importantes que vous y
a verrez déduites, j'ai ordonné la suppres-
tt sion et révocation de l'édit de Nantes... »
Elle se termine par ses mots : « Ecrit à
a Fontainebleau, le dix-septième octobre
a i685.
a Signé: LOUIS. Le Tellier. »
Ainsi, il résulte de l'intéressante com-
munication de M. le cap. I... que, le i5 oc-
tobre, l'édit était en préparation. Le roi
avait fait ajouter au projet préparé par
M* #09.']
L'INTERNM&MAmK
387
3«8 -
Le TeHier quelaues articles, sur lesquels,
d'après la lettreae Louvois du 1 5, citée par
M. Camille Rousset, Histoire de Louvois,
t. III, p. 477, à la note, il lui demandait son
avis le plus tôt que faire se pourra. Mais
Louvois ajoute : « Sa Majesté a donné or-
« dre que cette déclaration fût expédiée
tt incessamment et envoyée partout. » On
peut donc dire que le projet est soumis au
roi le 1 5 octobre et modiné par lui, signé
le 16, expédié le 17, et enregistré le 22
par le Parlemeiït -de Paris et par celui de
Rouen.
(Le Havre.) V. T.
— Je viens d'acquérir deux gravures du
XVII« siècle, signées toutes deux {Jan
Luiken^ inv. et fecit.) L'une représente
Henri IV, en costume royal, les épaules
recouvertes du manteau fleurdelisé, levant
la main droite, vers le ciel et étendant la
gauche sur la couronne reposant sur un
coussin. Voici la traduction du texte hol-
landais : Védit de Nantes est confirmé à
Paris par Henri le quatrième^ le 25 fé'
vrier iSgg.
L'autre, celle qui intéresse M. Alph.
L., de la même grandeur que la précé-
dente et venant du même ouvrage, repré-
sente le conseil du roi réuni et Louis XIV,
sur son trône surmonté d'un immense
dais, la tête ceinte de la couronne royale,
écoutant la lecture de Tacte de révocation.
Voici la traduction du texte :
Védit de NanteSy octroyé et juré par
Henri le 4«, /e 25 février iSog, est revo^
que, annulé, (anéanti, brisé, kerroepen en
vemietigd) par Louis le ^atonjfième, le
8 octobre io85.
Ces deux gravures sont de même di-
mension (35 cetit. de largeur sur 29 cent,
de hauteur) et sortent du même ouvrage ;
car il y a au bas de la gravure ce rensei-
gnement (en hollandais également), pour
la première :
Cet édit de Nantes se trouve dans les
pièces authentiques de la 1^^ partie, fo-
lio 35.
Et pour la seconde :
Cet édit se trouve dans la quatrième
partie des pièces authentiques, page 121.
De quel ouvrage viennent-elles? J'avoue
que je n'ai pas le temps de faire cette re-
cherche. Seulement, on voit qu'elles indi-
3uent encore une autre date que celles
éjà signalées par M. Alph. L. (i)
A. Nalis.
Wilbant, paintra de portraits (V, 278,
356). — Le portrait signé Wilbaut, et daté
de I777> est de Jacques Wilbaut, né àChâ-
teau-Porcien, le 28 mars 1729, décédé dans
(i) Ces gravures appartiennent à V Histoire
de l'Edit de Nantes, par Elie Benoît, traduite
en hollandais et publiée in-4«. (Réd.)
la même ville le 18 juin 1816; il était a&
veu et élève de Nicolas Wilbaut. Ce der-
nier, élève de Jean Jouvenet, naquit à
Château-Porcien, le 20 juillet 1686, et y
mourut le 4 mai 1763. — Jacques excella
dans le portrait; le musée de Reims pos-
sède, pemt par lui, le portrait de J.-B.Ca-
aué, décédé en 1787, chirurgien en chef de
1 Hôtel- Dieu de Reims. ^ Je ne tiens pas
à faire luxe d'une érudition facile, en sa-
crifiant le nom de celui auquel je la dois;
j'ai à cœur seulement de signaler à M. P.
d'A... la Biographie ardennaise, de l'abbé
BouillioL Paris, i83o» 1 vol. in- 8. Il trou-
vera là le détail de l'oeuvre de Wilbaut Ni-
colas et de Wilbaut Jacques.—*- Laissons à
cfaacuA le mérite de ses recherches ; c'est
la seule récompense du biographe sin-
cère. £m. (Bellier de La Chavignerie.
Um Mira autographe de Rabelais à
retnmver (V, 3o6). — La lettre en ques-
tion n'est pas à retrouver. L'original, ou
soi-disant tel, figurait sous le n<> 844 du
catalogue de ki vente qui s'est faite à
Londres, par les soins de M. Sotheby, le
26 avril dernier et jours suivants, 11 a été
adjugé pour la somme de i,25o fr. Quant
au contenu de la lettre, il a été publié de-
puis longtemps dans le Bulletin du BMo-
phiU belge, t. XVI (2* série, t. VII), 1860:
p. 173, avec une note de M. Auguste
Scbeler, qui laisse beaucoup à désirer.
Cette lettre est-elle de Rabelais? "EjsHlk
écrite de sa main ? — Nous qui l'avons
vue. tenue, étudiée, nous aurions beaucoup
à dire là-dessus, et nous avons eu occasion
de faire à cet égard des réserves dans les-
quelles nous persisterons jusqu'à plus am-
ple informé.
Un élément indispensable de cette en-
quête serait le fac-similé de la pièce en
question qui permettrait i*» d'établir le
texte, déjà passablement obscur par lui-
même, avec plus de correction que ne l'a
fait le Bibliophile belge; 2* de décidera
Question d'écriture, si difficile en raison
du peu d'objets de comparaison incon-
testes que l'on possède jusqu'ici.
Réclamons donc avec instance ce fac-s^-
mile, au nom des amateurs d'autographes,
au nom surtout des amateurs de Rabelais.
K.-J. B. R.
— La lettre de Budé à Pierre Laray sur
la persécution que ce dernier et Rabelais
avaient soufferte, pour s'occuper de grec,
se trouve déjà dans l'édition de ses Lettres
frecques, publiées de iSa^ à i53i par
. Tusan, c'est-à-dire du vivant même de
Rabelais. Elle a été traduite en entier
dans les Lettres écrites de la Vendée^ de
M. Benjamin Fillon, seconde lettre: V^
commis d'Henry Estienne au couvent àe^
Cordeliers de Fontenay^ p. 41. M. A.
0£S CHESCHIBrClItS £T CURIEUX.
[10 juilL 1869.
369
390
Ces <Saiiloi8 fontflers I (V, Sof.}*^ Dans
le I" livre des Recherches de la France
(p. 8 de rédition de Paris, MDCXI, Lan-
rent Sonnius), Estienne Pasquier unit al-
lusion à la réponse des Gaulois, en ces
termes : « Cestuy dont ie parle, est Crini^
u lequel à chaque propos penseroit ^uoir
« fait coruée , lorsqu'il met le nom des
a Gaulois en auant, si dVne mesme suitte
a il ne l'accompagnoit d'vn surnocm ou de
a lourdaut ou barbare, s'estant tellement
tt esgaré en tels titres, qu'en quelque lieu,
« entre autres, faisant mention de la braue
« response que les ambassadeurs de Gaule
« feirent iadis à Alexandre le Grand, quand
t il leur demanda quelle chose ils redou-
« toient le plus en ce monde, estimant que
« par leur response ils deussent rapporter
« ceste crainte 4i la seule grandeur de luy:
« Ces Gaulois (dit cet Italien) comme ceux
* qui de leur nature sont lourds , escornant
tt 1 outrecuidée présumption d'Alexandre,
«1 respondirent seulement, qu'iZs crai-^
« gnoient que ceste grande voulte du ciel
« tombast sur leurs testes. Voyez ie vous
a pry comme ce sot nous appelle sots en
« vne response si braue, et par laquelle
« nous ponuons descouurir ie ne sçay quoy
« die la prouesse et magnanimité ue noz
« ancestres. Tellement que luy, qui en cest
« endroict nous impute ceste parole à lour-
« dise, est tourtesfoôs cpntraiact <x>nfesser
« que par icelle se trouva ce ieune Roy de
« Macédoine tout confus. »
Mais, seloxa son habitude, Pasquier ne
cite aucune autorité.
Je n'ai trouvé nulle trace de ce mot dans
Plutarque, en la F/e d' Alexandre ^màasis
Roliin, en ï Histoire ancienne.
M. Thierry (Amédée) dans V Histoire des
Gaulois ie rapporte ; mais , n'ayant plus
sous les yeu^ son livre , qui m avait été
prêté , je suis réduit à y renvoyer T. de L.
Carie ne doute pas que M. Thierry ne
cite le livre où il ra trouvé. E. G. P.
— L'observation de Sainte-Croix ^rait
juste, si le mot, assez fanfaron <lu reste,
qu'il met en discussion, avait été attribué
par Arrieo aux Gaulois de la Seine ou du
Pô, de r£bre ou de la Tamise. Mais il
s'agit des « Celtes qui bordent le golfe Io-
nique » (Traduction Chaussard). £t comme
Arrien vient de dire que les Celtes occu-
paient presque toute la vallée du Danube,
et qu'^exandre était alors sur le bas Da-
nube où l'avaient conduit ses premières
victoires, on serait tenté de chercher ce
golfe Ionique dans le golfe actuel de Ve-
nise. Les Gaulois en auraient occupé le
pourtour supérieur (I strie, Dalmatie), ve-
nus là, soit de la vallée du Danube, soit de
la Cisalpine. Voyant un conquérant s'ap-
procher de leurs frontières, il était natu-
rel qu'Us lui envoyassent demander s'il
songeait à les attaquer, et il me semble
qu'ils ne se prostituaient pas pour cela.
(^ue si mon hypothèse géographique est
inadmissible, que ie golfe Ionique nepuisse
absolument s'entendre que de celui qui se*
pare le Péloponèse de l'Epire, ces Gaulois
étaient donc les Epirotes ou une partie des
Ëpirotes; et leurs intérêts les mettaient en
contact habituel avec les Macédoniens. La
manière dont Ârrien annonce l'arrivée des
députés celtes, dans une même phrase,
avec ceux desTriballiens contre oui Alexan-
dre venait de guerroyer, et a de peuples
libres, de l'Ister » milite «n fiaveur de ma
première interprétation. Par exemple, on
Î)eut bien mettre en doute que ces Gau-
ois-là fussent nos pères, O, D.
Le quatrain d6 la Violette. Deux ques-
tions à propos du cardinal d'Estrées (V,
3o8). — Le joli quatrain de Desmarets de
Saint-Sorlin est signé Anonyme dans l'é-
dition donnée par le Jésuite Nicolas Petit,
à la suite de ses Mémoires du duc de Mon*
tausier.,. Paris, 1736; il est signé D dans
le texte antérieur de Sercy et : De M, des
Marests dans le manuscrit écrit par Jarry.
Mais ce n'est pas seulement au cardinal
d'Estrées qu'on a voulu l'attribuer; ne le
trouve-t-on pas dans la Bibliothèque Lor-
raine de Dom Calmet (col. 787) sous le
nom de M. Reboucher T 1687- 1748)? La
paternité de ces petites pièces^ quand elles
ont du succès, est, on le voit, difficile à
conserver? A. M.
L'OrbiUanisme (V, 3o8). — C'est tout
simplement un mot forgé sur le nom d'Or-
bilius, précepteur d'Horace, immortalisé
par son élève à cause des mauvais traite-
ments qu'il lui avait fait subir (Liv. II,
Ep. I, V. 69) :
Non equidem insector, delendaque carmina Livi
Esse reor, memini que plagosum mihi parvo
Orbilium dictare.
Ch. Marty-Laveaux.
— Horace, dans la i^épître du second
livre des Epîtres, parlant de son maître
d'école, l'appelle plagosus Orbilius (Orbi-
lius le frappeur, le fouetteur). Suétone,
De illustribus grammaticis^ chapitre 2,
dit qu'Orbîlius était un vieux militaire,
assez instruit, d'un caractère violent, qui
s'était fait maître d'école et qui traitait ru-
dement ses petits écoliers.
Comme les Jésuites passaient pour fouet-
ter leurs élèves, et que l'un d'eux s'appelait
le Père fouetteur, l'auteur du petit livre
dont parle M. Ulric, a forgé son mot orbi-
lianisme de cet Orbilius.
(Alençon.) C. E. D.
Gomme ponr ramonr de Dieu (V, 3o8).
— Les mendiants demandent l'aumône
pour V amour de Dieu^ comme Arlequin,
N« 109.)
L'INTERMÉDIAIRE
391
39»
dans la chanson du clair de la lune, de-
mandait à Pierrot d'ouvrir sa porte. Cela
suffit pour expliquer le sens delà locution:
comme pour V amour de Dieu, Dans celui
qui fait une chose à contre-cœur, il y a un
effort pour vaincre sa répugnance ; comme
dans celui qui agit seulement pour l'amour
de Dieu et afin de remplir un devoir pé-
nible et d'en faire hommage à Dieu. Il n'y
a pas de vertu sans combat, et l'amour de
Dieu donne seul la force de combattre,
comme le dit si énergiquement saint Paul,
le bon combat. E. G. P.
— Les frères des ordres mendiants à^-
mandaient raumône,^OMrrjmowrieZ)iei/.
On leur rendait certams services, j70wr Va-
mour de Dieu, Un bon moine se faisait
raser la tête un jour^ P9^^ V amour de
Dieu, Le frater s'acquittait de son office,
comme pour V amour de Dieu y n'épargnant
Î>as au patient les écorchures et les estafi*-
ades. — Tout à coup, dans l'arrière-bou-
tique, un chat se met à pousser des cris
perçants. « Qu'est-ce qui se passe donc? »
s'écrie le barbier. Le moine, dit-on, lui
répond doucement : a C'est sans doute un
pauvre chat à qui l'on fait la barbe pour
r amour de Dieu. »
Vraie ou non, il me semble que l'histoire
est vraisemblable et motive parfaitement
le dicton. R. N.
La dachesse d'Aiguillon et un yerset
de9 Actes des Apôtres (V, 309). — C'est
bien au chap. IX, verset 5, que Jésus, ap-
Î)araissant à Paul sur le chemin de Damas,
ui dit : a II vous est dur de regimber con-
tre l'aiguillon. » Et Paul le répète encore
chap. aXVI, V. 14. — Le latin de la Vul-
gate est : DûrUm est tibi contra stimulum
calcitrare.
Le Martyre de saint Paul, poëme du
XV« siècle, le traduisait déjà ainsi :
Tu fais que fol et que félon
De regiber contre Aquillon.
C. Y.
— Même rép. de R. de S. et E. G. P.
Favre, graveur en médailles (V, 809).
— Je n'ai pas sous la main le volume pu-
blié par M. Pinchart à Bruxelles en i858,
sous le titre de Recherches sur la vie et
les travaux des graveurs de médailleSy de
sceaux et de monnaies des Pays-Bas. La
réponse y est peut-être; mais, dans tous
les cas, M. A. P. fera bien de s'adresser à
l'auteur lui-même, attaché aux archives
générales du royaume de Belgique; son
obligeance n'est pas au-dessous de son éru-
dition, et je m'étonnerais qu'il n'eût pas
sur ce point une réponse toute prête.
A. M.
Marie Miraille, sorcière (V, Sog). -
Le Nicolo sur lequel on demande des ren-
seignements était Modenais. Le nom de
la famille était Abbate. C'était une famille
de peintres, dont le plus célèbre membre,
Nicolo, né vers i5ii ou i5x2 et mort en
i36i, peignit les Fresques de l'Institut
de Bologne et le Mariage mystique de
Sainte Catherine d'Alexandrie. Etait-il de
la maison de M. de Guise, ou peignit-il
seulement ce portrait dans un voyage
qu'il aurait fait en France à l'époque où
Marie Miraille exerçait son art, sans être
inquiétée ? Je 1 ignore. Après cela, si ce
nest lui y c'est donc son frère !
A. Nalis.
— Ce Nicolo, peintre du duc de Guise,
est bien connu. C'est Nicolo de l' Abbate,
et l'on peut voir sur lui la Renaissance dei
Arts de M. de Laborde, une note de IM-
becedario de Mariette, tom, I, i853,
p. I -5, et la notice de M. Reiset, publiée
dans la Galette des Beaux- Arts, août et
septembre 1859 et tirée à part. Mais Nicolo
paraît être mort en 1571 et son fils s'ap-
pelait Camille. — Quant à l'exécution, il
suffit de recourir au Journal de l'Etoile, à
la date. Collection Michaud et Poujoulat,
2ine série, I, p. 216-7. ^' ^•
L'Hirondelle de Carie Vemet (V, 3 10).
— Il est présumable que feu M. Balthazar
Lenoir, ce fin connaisseur, aura conservé,
avec ses belles tabatières, l'hirondelle de
son ami Carie Vemet, dont il prisait (sans
calembourg) le talent. Madame veuve Le-
noir fait très-gracieusement les honneurs
de cette précieuse collection qui doit un
jour, dit-on, enrichir le musée du Louvre,
d'après les dernières volontés de M. Le-
noir. P. A. L.
— L'hirondelle en question est-elle
réellement de Carie Vernet ? — Non, s'il
faut en croire son histoire, racontée par
le chroniqueur du Grand Journal (3o cet.
1864): a Vers 18 14, Carie Vernet fréquen-
tait le café de Foy. 11 y venait souvent, ac-
compagné de son fils Horace. Ce dernier
était alors dans toute la pétulance de la
jeunesse: un jour, dans une discussion, il
lance au plafond je ne sais quel objet, un
pinceau, dit la chronicjue. Le plafond en
fut taché : on ne mettait pas encore de do-
rures aux plafonds des cafés, mais la blan-
cheur de celui du café de Foy était imma-
culée : le maître de l'établissement se
plaignit ; il menaçait de faire payer le dé-
gât. — Horace promit de tout réparer, et
il revint le lendemain armé de sa palette
et fit la coquette hirondelle qui, depuis
tant d'années, a fait l'admiration et le
bonheur des habitués du lieu. — H est
une autre version qui diffère de la précé-
dente en ce qu'Horace Vernet aurait payé
en peinture une consommation qu'il n'a-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
- 393
394
[10 juill. 1869.
vait pu payer en argent. — Quoi au'il en
soit de ces deux versions, cette fresque
improvisée a été, pendant un demi siècle,
respectée par le badigeon : hélas ! ce res-
pect n'a pu préserver l'établissement des
coups du sort. Le café de Foy n'est plus,
tout a été livré aux marchands brocan-
teurs. Seule, rhirondelle est restée fixée
à son plafond, planant sur des salles dé-
sertes, sur des murs dépouillés. — De
même que dans l'antiquité, les habitants
d'une ville prise d'assaut, fuyant devant
l'étranger, avaient à cœur, en quittant
leurs pénates, d'emporter leurs dieux
lareSy de même le dernier locataire du
malheureux café a voulu emporter avec
lui son oiseau fétiche, dont chaque plume,
disputée aux enchères, pourrait bien payer
plus d'un créancier. — Le propriétaire de
l'immeuble est intervenu: il a prétendu
que l'hirondelle faisait partie du plafond,
et le plafond, de la maison ; et il s'est dès
lors opposé à ce que l'hirondelle prît son
tribunal devant qui le juge du référé a ren-
voyé l'affaire. En attendant, l'oiseau gar-
dera la cage, n
Cette légende ne déplaira sans doute
pas aux lecteurs de V Intermédiaire, et si
elle ne satisfait pas complètement M. Ulr.,
du moins elle pourra le mettre sur les
traces de la fugitive. J. Mt.
Un buste de la Duthé (V, 3 10). Parmi
les objets d art provenant de la succession
du marquis Maison qui viennent d'être
vendus à l'hôtel Drouot, se trouvait un
beau buste en marbre blanc, grandeur na-
ture, de M**« Duthé, signé : Houdon F.,
1781.
Je suppose que ceci répond à la ques-
tion de M. H. Vienne. P. A. L.
Ministre rational (V, Su). On appelait
Ministro racionaly en Catalogne et en
Aragon, un directeur des contributions.
Le même emploi était désigné en Castille
sous le nom de Contador,
Baron Ch. Davillier.
A propos de Bnrchard (V, 3ii). — Le
I" volume des Archives curieuses de VhiS'
foire de France ^ recueil de MM. Cimber
et Danjou, contient le texte complet du
Diarium, avec une traduction. Dans la no-
tice biographique, il est dit que Jean Bur-
chard est né à Strasbourg, dans la seconde
moitié du XIV« siècle; qu'il était doyen de
Saint-Thomas de Strasbourg, en 1483,
lorsqu'il acheta la charge de maître des cé-
rémonies de la cour de Rome ; qu'il paya
ses bulles 400 ducats d'or, et qu'ayant
été fait évêque d'Horta, il mourut le
18 mai i5o6.
Je n'ai jamais vu nier l'authenticité du
Journal de Burchard. Alexandre Gordon,
anglais et protestant, a cité plusieurs
passages de cet auteur dans la Vie du Pape
Alexandre VI et de son fils César Borgta,
Il affirme la sincérité du maître des céré-
monies d'Alexandre VI, et, dans sa pré-
face (p. XXXI et XXVII, édition d'Ams-
terdam, MDCCXXXII) il invoque, à ce
sujet, les témoignages de Bayle et de
Leibnitz.
Gordon et Bayle sont un peu suspects ;
mais Leibnitz mérite plus de confiance.
La bonhomie avec laquelle Burchard ra-
conte les crimes d'Alexandre VI, tout en
le nommant: Sanctissimus Dominus nos-
ter, ne permettrait guère de douter. Quant
à cette question, si le texte a été interpolé
ou arrangé, je n'ai aucun moyen d'éclai-
rer Eugorral. Je crois que l'ouvrage de
MM. Cimber et Danjou a été fait avec soin
et avec savoir. C'est tout ce que je puis
dire. Il faudrait étudier les éditions et les
manuscrits, s'il eh existe. E. G. F.
San naf (V, 3 1 3). — Lisez eau de Naphe
(aqua Naphœ); c'est-à-dire, eau de flteur
d'orange. Dans les anciens formulaires la-
tins, les fleurs de l'oranger sont appelées
naphœ. P. Ch.
— Nap. Landais dit : NafFe. Subst. fém.
Il n'est d'usage que dans cette phrase:
Eau de naffei certaine eau de senteur. —
Le Dict. de l'Académie: NafFe, s. f. Il
n'est usité que dans cette expression, eau
de naffe, sorte d'eau de senteur, dont la
fleur d'orange est la base. — Le Vocabu-
laire de WaïUy : Nafle ou NafFe, s. f., eau
de fleur d'orange. F. G. P.
— C'était un parfum importé d'Italie où
son vrai nom était acqua nanfa. En fran-
çais, on l'a encore écrit eau de naffe, de
nafle, de naffre, de naphe et même de
naphte. Ce n'est pas que je croie toutes
ces orthographes également bonnes ; la
dernière surtout me paraît devoir être re-
jetée, quoiqu'elle soit une explication, et
justement parce qu'elle serait une explica-
tion fausse, étant peu probable que l'on ait
tiré un parfum de Thuile de pétrole, dont le
naphte n'est, selon Bomare, qu'une variété.
Quant au mot naffe, Bomare ne le donne
pas. D'autres dictionnaires disent seule-
ment: uwe cerf ai wecjMie5c«/e«r.Laharpe,
qui trouve dans le Baron d'Otrante, de Vol-
taire, piu d^un fiasco d acqua nanfa, traduit
commodément par plusieurs flacons d'es-
sence. Et un éditeur de Rabelais (M. P.
Lacroix, si ce n'est M. Labitte), trouvant
de Veaue de naphe dans l'abbaye de Thé-
lème, la laisse passer, sans lui accorder une
N» log.]
LINTERMÉIMAIRE
395
note. Les dictionnaires italien» résoiD-
draient peut-être mieux la question. Pour
moi, je n'entrevois d'étymologie à nanfck
que nympka et ce serait une eau pour les
nymphes, les dames, ce qui ne préciserait
rien; ou nymphcea; mais y a-t-il des né-
nufars assez parfumés pour en faire une
eau de senteur ?
Arrivons enfin au dict. de Wailly d'a-
près Richelet, qui donne: Eau de fleur
d^orange ou de quelque senteur; et à deux
dictionnaires anglais qui traduisent par
Oran^e^flower Water. Ce serait là une
solution complète, si je n'avais à lui oppo-
ser un passage du Décaméron, journ. VIII,
nouv. 10, où Boccace fait arroser des
draps d'acqua rosa^ d'acqua di fior d'à-
ranci^ d*acqua difior di gelsominOy e d^ac-
qua natif ay d'eau rose, d eau de fleurs d'o-
ranger ^ d'eau de fleurs de jasmin, et d'eau
naf. Ueau naf n'était donc pas Y eau de
fleurs d'oranger-; mais il est probable c^ue
ce parfum étant particulier à T Italie ainsi
que les fleurs qui servaient à le composer ;
on le falsifia en France et en Angleterre
avec la fleur de l'oranger, que l'on se pro-
curait plus facilement et à plus bas prix.
O. D.
c Apologie des femmes > (V, 3i6}. — Je
remercie A. J. de la réponse au sujet de
V Apologie des femmes. Le volume où se
trouve cette plaquette n'est pas dans mes
mains et je Tai prêté. M. A. J. serait-il
assez bon pour m enseigner la page où est
k carton aont il parle, afin que je puisse
vérifier si mon exemplaire est avant ou
après... le carton? E. G« P.
Ouvrages relatifs aux Gascons (V, 32o).
— Ajoutez les Nouvelles gasconnes, par
Eugène Ducoin, chez Helzel. E,
Les tanneries de peau humaine (V, 322).
— Le cabinet d'histoire naturelle formé
au palais de Versailles, l'an IV de la Ré-
publique, renfermait, dans la salle de l'his-
toire naturelle de l'homme, « une peau hu-
maine, blanche, et passée en mégie avec
le plus grand soin, où les cheveux et les
ongles ont été conservés. » (Le Cicérone
de Versailles, éd. de floréal an XII, p. 64,
et éd. de 1806, p. 66). Eud. S.
— Je ne vois pas mentionnée la peau
de Jean Ziska, qui, d'après le testament
de ce borgne fameux, aurait été employée
à faire un tambour. (Mj^j^îw pittor., t. XI
(1843), p. i32). P. B.
— Un texte des Décr étales, provenant
de Tancienne bibliothèque de la Sorbonne
et reposant actuellement à la Bibliothèque
impériale (fonds de Sorbonne n*> 162 5),
396
I SBuait, si l'on' en croit une note du der-
; nier bibliothécaire de la savante maison,
A- A. L. Gayet db Sansale, qui avait
exencé ces fonctions de 178... à 1792, écrïi
sur peau humaine. Même mention, mais
moins aflîrmative, au sujet d'une Bible la-
tine du XIII« siècle. (Bibl.-imp., fonds de
la Sorbonne,. n« i357).
Le renseignement c|ui suit est plus éloi-
^é de la question primitive, que celui que
je viens de donner; cependant il paraîtra
peut-être assez curieux.
Gayet de Sansale a signalé comme écrite
SUT peau- d'agneau d'Irlande mort-né mt
Bible charmante^ aussi remarquable par
Télégance des caractères que par la blan-
cheur et la- finesse du vélin (Bibl. imp.,
fonds de la Sorbonne, n9 1297), et que
Tabbé Rive croyait écrite sur peau à
femme.
E. G. P.
La chanson parisienne de c Fi, Fi^ > 'V,
325). — Puisque M. Fréd. N. brûle si fort
de connaître la chanson de Fy Fy^ je ne
puis le laisser incendier sans secours. Mais
je le préviens d'avance qu'elle n'a rien de
politique. Ent voici deux couplets :
Fy, £y, fy, de l'amour,
Fy de 1 amour cent fois le jour.
Le pauvre amour est découvert,
Je luy vais bien chanter sa vie ;
Il ne me prendra plus sans vert.
Fy de Tamour. je le deffie.
^y> fy. fy> etc.
C'est un trompeur, un afïix)nteur,
Dont les ruses font les conquestes,
Et son artifice enchanteur,
C'est de changer les dieux en bestes.
Fy, fy, fy, etc.
Si M. Fréd. N. n'est pas encore éteint
après cela, je garde encore cinq couplets
pour le refroidir complètement. — J'ai dé-
couvert ce chef-d'œuvre dans un recueil
intitulé : Sommaire de tous les recueils
des chansons, tant amoureuses, rustiques,
que musiciennes, comprinses enquatre li-
vres. Paris, N. Bonfons, i588, in-i6. -
Fy Fy est au feuillet 14 de la partie inti-
tulée : Le recueil dès chansons nouvelles
de divers poètes français, pour suite du
3« livre.
Pour l'éclaircissement de la question re-
lative au cardinal de Lorraine, je rappel-
lerai que Pasquier, dans ses Recherches sur
la France, VIII, ch. 26, dit : « Nous ap-
pelons maistre Fify, celuy qui se mesie du
mestier de curer nos latrines. »
Prosper Blanc hemain.
Le chanTinisme (V, 326). — Qui fut le
f)remier chauvin ? demande M. V. V. Se-
on M. Pierre Larousse, Nicolas Chauvin
était i^n brave soldat die, la république et
DES GHBRCjHKtîœ. ET CCJRIJiUX.
[10 juin. 1869..
397
398
de l'empire qui, malgré ses dix-sept blq^
sures et le ruban, rouge dont il avait été
décoré, sut se rendre ridicule, même aux
yeux de ses compagnons d'armes^ par la
naïveté et l'exagération de ses sentiments
patriotiques. Nous ne savons ce qui en
est; mais, historique ou non, ce type de
grognard glorieusement stupide fut sur-
tout popularisé par le crayon de Charlet
et. par la muse (?) de Scribe qui l'exhiba
pour la première fois au théâtre dans le
Soldat laboureur. Plus tard, MM. Co-
gniard frères mirent la dernière main à
son apothéose dans la Cocarde tricolone,
gai vaudeville qui inaugura, quelques mois
après la révolution de juillet, le petit théâ-
tre des Folies dramatiques, La vraie si*
goification du> mot chauvinisme est donc
déterminée par le caractère attribué au
grenadier Chauvin, et il faut entendre par-
là un patriotisme ardent, exclusif.... et ab-
surde, Joe 'h d*Indret.
— M. 0. D. (V, 327) fait dériver chau-
vin de chauve. Voici l'explication que
M. Littré donne de ce mot aans son Dic-
tionnaire : Chauvin, nom d'un personnage
de quelques dessins populaires qui, expri-
mant des sentiments d'un patriotisme
aveugle et étroit au sujet des succès et des
revers de Napoléon I®', est devenu le nom
de celui qui a des sentiments exagérés et
ridicules ae patriotisme et de guerre.
(Vaienciennes.) J. L.
Vers presque inédits d'Ângusta BarJbier
(V, 333). — Que les Quarante aient eu
cette fois de l'esprit comme quatre, oui,
certes, et il faut les en féliciter. Mais ce
n'est pas pour cela que je vous écris, c'est
pour vous dire que la très-graçieuse pièce
donnée par V Intermédiaire a été réimpri-
mée dans les SilveSy Paris, Dentu, 1864.
On l'y trouve, p. 9 sous ce titre : Le feu
ou la chanson d^ Aline. Elle fait partie du
petit poëme en 4 chants : Les quatre élé-
ments. Selon Barbier lui-même, elle fut
écrite et publiée en 1828.
Auguste Barbier d'ailleurs est Parisien;
bonneur à la grande ville.
Jacques D.
« Quosyalt deperdere, Jupiter demen-
tat. » (V, 369). — Nous n'avions jamais pu
iécouvrir d'où venait le fameux Quos vult
oerdere Jupiter^ dementat prius. On le
prêtait aux écrivains du siècle d'Auguste ;
liais dementat semblait d'une bien petite
atinité. Notre savant ami M. le D' Payen
pensait que ce devait être non une cita-
tion, mais un proverbe, repris deux fois,
sous une autre forme, par Velleius Pater-
culus(lib. II, ch. 57 et 118), et reproduit
en substance dans cette phrase de Philippe
de Commines : <^ Quand Dieu veut com-
a mexicer de chastier les princes, premièr^e-^
tt ment il leur diminue le. sens, et leur fait
« fuir les conseils et les compaignies des
« sages. »
Tout cela ne nous suffisait pas. Nous
tenions les traces ; mais la source man*
quait. Enfin elle nous fut indiquée par notre
ami Ch. Read^ qui, un jour, à la Biblio-
thèque impériale, nous ouvrant, à la page
497, le tome II de la traduction latine des
Tragédies d^JEuripide^ par J.'Barjtiès (Leip-
zig, 1770, inr^fol.), nous fit lire ua frag-
ment aEuripide^ cité par Âthénagpras,
oui sous la forme ladne- que lai avait,
donnée Barnès, était tout à ùiitla, phrase
que nous cherchions. Puisque vous la,
connaissez en latin, il suffira, de vous:
donner le texte grec ; le voici.:
Orav Sï Scû/iav o:vSpX itoffvùvvi xaxât
Toy voijv iêXccips itp&TOf,
Une seule chose reste à savoir, c'est la
disposition qu'il faut donner aux mots de
la phrase latine. M. Boissonnade y a-
pourvu, en parvenant à^ faire, avec ces,
mots, un vers ïambique :
Quos vult Jupiter perdere dementat prius.
{L'Esprit des Autres, recueilli et raconté
pârËD.FouimiER,4«édit., i864,p. i6a.
* ■ ■ I
Pindare et les vignerons prorençanz;
— « Feu mon père, homme très-savant, à
vérifié que les vignerons de Marseille,
chantent encore, en travaillant. Quelques
fragments des odes de Pindare surles ven-
danges. Il les reconnut après avoir mis par
écrit les mots, de tout ce qu'il entendit
chanter à vingt vignerons différents. Au-
cun d'eux n'entendoit ce qu'il chantoit : et
ces fragments dont les mots corrompus ne
pouvoient être reconnus, qu'avec peine^
s'étoient conservés de génération en géné-
ration par une tradition orale. »
Feu LE COMTE DE TrESSAN,
(dit, de son vivant, le Rajeu-
nisseur des Arr^adis,)
De l'importance des almanachs en ma-
tière criminelle* — M. Laboulaye, dans
une conférence qu'il a faite récemment à
Versailles, sur le seizième président des
Etats-Unis, Abraham Lincoln, a raconté
qu'étant avocat, il lui arriva de faire ac-
quitter, sans plaider; sans prononcer un
seul mot, un jeune, homme accusé d'assas-
sinat, et que des témoignages semblaient •
accabler. Les témoins étaient tous d'ac-
cord, ils avaient reconnu, à la faveur da
clair de lune, l'accusé accomplissant son
crime. Lincoln laissa dire, et (juand vint
le moment pour lui de plaider, il se borna
N" 109.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
399 -
[10 juin. 1869,
400
à faire passer sous les yeux des jurés un
petit almanach. On y voyait que la lune
s'était levée, ce.jour-là, trois heures après
l'assassinat commis. Son client était sauvé.
Un vieux manuscrit, qui eat en ma pos-
session et qui contient l'histoire de l'Ab-
baye royale de Nesle, relate un fait ana-
logue, à propos de l'achat d'une maison
où le monastère fut transféré en 1674. Je
cite le manuscrit :
a Cette maison était par voye d'héritage
tombée à Simon Legrand : elle avoit ap-
partenu à un de ses devanciers, nommé
Le Couëteux. M. de Saint-Sépulcre, sei-
gneur de Villenauxe , avant que le château
fut basti, la voulut acheter. Le Couëteux
lui dit que cette maison venant de ses pè-
res, il était bien aise d'y vivre et dV mou-
rir, et de la laisser à ses enfants. Ce refus
irrita ce monsieur qui, youlant per f as et
nef as poursuivre sa pointe, fit accuser Le
Couëteux d'avoir tué un homme.
a Deux faux témoins furent ouïs. Le
Couëteux fut condamné sur leur déposition
à être pendu à Villenauxe. Il en appela.
Le rapporteur esclairé se voïant obligé sur
la déposition des témoins subornés à con-
damner cet homme, se trouva dans une
étr£fnge perplexité. Son épouse apercevant
une humeur sombre dans son mary, lui
demanda quelle pouvait être la cause de
son chagrin. Il la lui dissimula. Sa tergi-
versation lui faisant appréhender qu'elle-
même ou quelque soupçon mal fondé n'eût
occasionné cette mélancolie extraordinaire,
elle se hasarda de demander à son mary si
elle seroit la cause de ce changement d'hu
meur. Celui-ci lui aïant dit que non, elle
redoubla ses instances pour le porter à lui
découvrir de quoy il s'agissoit. Le rappor-
teur lui dit qu'il étoit obligé de condani-
ner un homme innocent, et qu'il croïoit
tel, à être pendu, et ce, sur la déposition
de deux témoins, qui déposoient avoir vu
l'accusé tuer un homme, quelques années
auparavant, de nuit et au clair de la lune,
et en une telle heure. Son épouse s'avisa
de lui conseiller de consulter quelque an-
cien almanach. L ayant fait, il trouva qu'il
n'y avoit point de lune dans le temps spé-
cifié dans la déposition. On élargit l'ac-
cusé, et les faux témoins furent mis en pri-
son, et on ne sait ce qu'ils sont devenus.
Le Couëteux, en reconnoissance, fit faire
un beau calice, autour duquel il fit graver
le fait en peu de mots, et en fit présent à
la paroisse. »
(Auteuil- Paris.) Jacob.
Une belle phrase du « Grand 0£f. 0— On a
• pu lire dans le Grand Off {Journal officiel
de r Empire français) du 29 mai 1869 (His-
toire des câbles transatlantiques par M . Er-
nest Duplessis), cette phrase qui ferait
croire que ledit journal est rédigé en au-
vergnat : a II est permis d'espérer, non
seulement que le câble français sera posé,
— cela n'est pas douteux, — mais que
l'entreprise s'accomplira sans aucun de
ces accidents qui ont semé de tant de
péripéties l'immersion des câbles anglais »
i® Des accidents qui sèment! c'est bien
fort I — 2® Des accidents qui sèment des
péripéties ! c'est bien plus tort encore I —
3<> Mais que dire d'accidents qui sèment
des péripéties dans une immersion ???...
T. DE L.
Du prix des livres à la vente Pichon.
— Il n'est pas sans intérêt de constater
quel progrès énorme s'est accompli, en
moins d'un siècle, dans la valeur de certains
livres. La vente récente du baron J. Pi-
chon offre à cet égard des faits curieux. On
a vu passer dans ces brillantes enchères
un certain nombre de volumes qui avaient
fait partie de la bibliothèque de l'illusire
président Auguste de Thou, et qui ont
figuré, en 1784, à la dispersion de la col-
lection du orince de Soubise, dans laquelle
celle de de Thou était entrée tout entière. Je
possède un exemplaire du catalogue Sou-
bise avec les prix d'adjudication, et, sans
prétendre choisir, je vais établir une com-
paraison qui est assez digne de remarque.
De la démonomanie, par Bodin, i582,
.in-4®; 3 livres 12 sols. Soubise, n« 2733;
— 3oo fr. Pichon, n» 229.
LArt et Science de trouver les ^flujr,par
J. Besson, 1569, in-40; 4I. 2 s. Soubise,
n® 3225 ; — 190 fr. Pichon, n® 237.
Le Cavalerice français, par Salomon de
La Broue, 1602; 3 L Soubise, no392o;
— 3o5 fr. Pichon, n» 288.
Reliqua librorum Fred^rici II, i ^96, in-S;
2 1.4 s. Soubise; — 200 fr. Pichon, n° 374.
Libro di F. Giorgi, i568, in-S; 4I. 2s.
Soubise, n® 3325; — 320 fr. Pichon,
no 378.
Œuvres de Ronsard, 1609, in-fol.; 10 1
Soubise, n*> 4971 ; — 1 160 fr. Pichon,
no 533.
Premières Œuvres de Desportes, 1600,
in-8 ; 3 1. 1 2 s. de Thou, n» 5 5o ; — 820 fr.
Pichon, no 55o.
Médée, Philanire, Agamemnon, 3 tragé-
dies en un volume, 4 1. 5 s. Soubise,
no 52 35, joint à un autre volume; —
340 fr. Pichon, no 678.
Histoire dun voyage fait au Brésil^ par
J. de Lery, i585, in-8, 12 1. i s. Sou-
bise; — 420 fr. Pichon, no* 860.
Terminons avec éclat ces rapproche-
ments dont nous pourrions citer dix autres
exemples ; Les passages de oultremer du
noble GodefroY de Bouillon, Paris, s. à.
(vers 1 5 3o), n avaient pas dépassé 2 livres
à la vente Soubise, no 6532, en dépit d'une
belle reliure en maroquin; ils se sont élevés
chez M. Pichon, n0 7io, à 7,000 fr.
Paris. - Tfp. de Gh. H«|rueis, rue Cojas, IS. -
.VofflérotlO.
Chtrthes tt
tOW trOfMMTtf.
// M faut
mtr'aider.
iSjailL1869.
€3ninmchïatte
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, U^OTES and QUERIES français.)
401 c
402
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
- Divers.
Snr nn mot cité par le « Times. > — Le
Times du 1 2 juin s'exprimait ainsi dans
un article sur les troubles de Paris : a Quel-
« qu'un a dit q^ue tout homme éclairé
a avait deux patries, la sienne et la France,
« et si Ton en juge par Tintérêt instinctif
« que le monde accorde au moindre mou-
« vement de cette nation et de sa capitale,
« le mot n*a rien d*exagéré. »
Qui donc a si bien rendu hommage à
notre chère France? T. de L.
^Ifn soufflet d'Alcil>îede< -^ « Le maître
d'école qui n'avait pas un Homère dans
sa classe recevait un soufflet d'Alcibiade.»
(Littré, Hist, delà lang. franc, , tome II,
366.) Que de soufflets Son Exe. M. Duruy
aurait à donner, si... Mais je veux simple-
nient demander dans quel auteur ancien
M. Littré a puisé cette anecdote.
F.-T. Blaisois.
Quel est le nombre de lettres, de mots,
P'il y a dans la Bible? — Plusieurs sa-
vants, qui avaient sans doute beaucoup de
loisirs et non moins de patience, se sont
occupés, je crois, de recherches de ce
genre. Je lis dans une note du Diction-
naire des dates (vaste répertoire récem-
ment publié en Allemagne, par M. Œttin-
ger), que Jacques Christophe Iselin, mort
à Bâle en 17^1, s'était livré à des recher-
fois, et le nom deJéhovah 6,755. Maison
ne nous dit pas sur quel texte ce Suisse
laborieux s'était exercé ; est-ce sur le grec
ou sur une version allemande? Pourrait-
on signaler les résultats obtenus par d'au-
tres chercheurs qui ont dirigé leurs efforts
vers le même but? E. V.
« Hic Rhodus, hic salta. » — Me permet-
trez- vous d'employer l'intermédiaire de
votre intéressante feuille, pour demander
à quelqu'un de vos lecteurs, mieux rensei-
gne que moi, d'où vient cette phrase la-
tine que j'ai retrouvée dernièrement dans
une correspondance hongroise, et que j'a-
vais déjà entendue dans la bouche du poëte
magyar Paul Jambor, alors exilé en France :
a Htc Rhodus, hic salta. » Le sens n'est
point douteux, mais la phrase est-elle tirée
d'un auteur de l'antiquité ou appartient-
elle au latin scolastique?
Thalès Bernard. -
Galands d'or. — Je lis dans le Roman
bourgeois, ouvrage comique, par Antoine
Furetière, la phrase suivante : « A cette
« solennité se trouva un homme amphibie,
M qui estoit le matin advocat et le soir
« courtisan; il poftoir.le matin la robe au
« Palais pour plaider ou pour écouter, et
« le soir il portoit les grands canons et
a les galands d'or, pour aller cajoler les
« dames. »
Un des lecteurs de V Intermédiaire ^om-
rait-il me dire, au juste, ce que c'était q^ue
ces galands d'or qui servaient à cajoler les
dames I (Lucerne). Ë. J.
Une devise latine. — Sur des tapisseries
magnifiques, où les D, les A (deltas) et les
croissants ont marqué le chiffre irréfra-
gable et charmant de Diane de Poitiers,
on trouve cette inscription : Sic immota
MANET. — Non frustra Jupiter ambas.
Ainsi partagée sur deux banderoles aux
angles, elle semble former un hexamètre
latm, — tiré peut-être de quelque auteur.
Cette conjecture est-elle fondée? Quel est
le sens net de ce vers, si c'en est un, et
que signifie-t-il ici comme devise ? R. C.
Les « cochons à l'engrais » dn prince
Louis. — On a cité je ne sais où, il y a un
certain temps, cette expression de cochons
à V engrais y pour désigner ces pauvres
monarques constitutionnels. Je la trouve
dans une lettre, dont l'extrait ci-après fu t
TOME v.— 14
N« uo.]
LINTKRMÉDIAIRE
~ 4o3
404
imprimé dans le catalogue d'une vente d'au-
tographes qui eut lieu à Paris, le 14 mai
1 84 5 ,par le ministère de Com mendeur,com-
missaire-priseur, assisté de l'expert Cha-
ron. Les numéros 33 à 46 de ce catalogue,
que j'ai sous les yeux, présentent autant
de lots de pièces autographes relatifs à
quatorze membres de la lamjille Bonaparte,
depuis Napoléon !•% jusqu'à la princesse
Pauline Borghèse. Voici le texte du
n<»4i.
41. BONAPARTE (dit le prince Louis),
fils de Louis et d'Hortense, prisonnier
au château de Ham.
tt Trois lettres ou billets aut. signés de
a son paraphe, à M. Lombard ; ensem-
« ble, 5 pages in-8.
a Dans la lettre du 5 octobre iSSg, il
lui dit qu'autant qu'il aime à donner des
éloges à M. Ch. Durand quand il se livre
à son talent, autant il croît de son devoir
de lui exprimer sa désapprobation quand
il lit, dans un journal auquel il s'intéresse,
des articles aussi inconvenants que celui
qui y était inséré dans le nodu2 octobre...
« Comment le Capitole, qui se fait l'or-
a gane du napoléonisme et du système
a impérial, va-t-il prêcher le système des
a cochons à l'engrais !.. Comment souffre-
« t-il un article qui traîne le journal dans
a cette ornière des partisans de la consti-
o tution anglaise, dont le grand principe
o est cette guerre de synonymes : le roi
« RÈGNE ET NE GOUVERNE PAS. Enfin
a comment un journal qui se dit napoléo-
« niste va-t-il dire que rarmée sert plutôt
a à opprimer le peuple en temps de paix
a qu'à le défendre en temps de guerre !...
tt etc., etc. 9
Je demande, sans commentaire, si Ton
sait entre les mains de qui tomba cette cu-
rieuse lettre et ce qu'elfe*est devenue ; qui
est ce M. Lombard, à qui elle était adres-
sée, et qui, ce M. Ch. Durand, dont il est
question? Je désirerais aussi savoir où j'ai
pu rencontrer précédemment cette figure
des cochons à VengraiSy métaphore in-
spirée sans doute par les cochons de l'An-
gleterre, lesquels sont, comme chacun sait
et comme k dit la chanson, les plus gros
du monde. E. E.
Complot? Coup d'EtatP. •— M. Boullée,
ancien magistrat, auteur d'ouvrages dis-
tingués, écrit à M. Jules Richard, duFi-
ffaro (10 juillet), pour réclamer contre
Fexpression de complot appliqué aux fa-
meuses ordonnances royales de juillet
i83o. L'habile écrivain du Figaro main-
tient cette expression : à ses yeux, toute
tentative sourdement tramée contre la
liberté, qu'elle parte d'en haut ou d'en
bas, doit être qualifiée câmvlot, 11 cite la
définition de Littré : « Une résolution
concertée secrètement, et le plus souvent
dans un but coupable. » — Cette définition
tt Nostras qui despicit artes. . . » — Un joli
Eetit volume, dont les annonces de la li-
rairie Cherbuliez, sur la couverture de
V Intermédiaire (2 5 avril), m'ont appris la
publication, est entre mes mains et je me
félicite de l'avoir fait venir. C'est Rem-
brandt et l'individualisme dans l'art)
par A. Coquerel, in-12. 11 porte pour épi-
graphe :... Nostras qui despicit artes.
Barbarus est, — De qui cette citation,
empruntée évidemment à quelque poète
latin? — Je n'en saisis pas d'ailleurs l'ap-
plication à Rembrandt ; qui donc serait
assez barbare pour méconnaître le grand
maître du clair-obscur? F^/si/m quis dicere
solem Audeat?.,, Teniers lui-même ne
rencontre plus de Louis XIV pour le traiter
de magot I On le couvre de guinées, de
florins, ou de napoléons.
(Nîmes.) V. G.
Nicodème, scolpteur. — Plusieurs églises
d'Espagne renferment des sculptures, soit
en bois, soit en- ivoire, attribuées à Nico-
dème; je puis citer le SantoCristo de
et cette application sont-elles justes?
Avait-on déjà, dans l'histoire, qualifié de
complots les ordonnances de Charles X?
G. T.
• Une venve qui se remarie... — n'étaii
pas digne de l'être. » — Qui donc a for-
mulé cet aphorisme si souvent justifié?
C. 0.
Entre la poire et le fromage. — Ne
mange-t-on pas le fromage avant lapoire?
Pourquoi cette interversion? Quelle est
l'origine du dicton ? P. d'A.
tt Obit anus, abit onus. » — Un philosophe
allemand, Schopenhauer, logeait à Berlin
dans un hôtel garni. Occupé un jour \
débrouiller quelque problème métaphysi-
que, il se trouvait dérangé par des femmes
qui causaient Hbruyamment en prenant du
café dans l'antichambre. Il sort en colère,
saisit une de ces femmes, et la pousse
violemment; elle tombe et se casse le bras.
Un procès s'ensuivit, et Schopenhauer
fut condamné à payer une pension viagère
à la pauvre femme qu'il avait ainsi mal- |
traitée.
Il paya vingt ans cette rente ; enfin la
vieille femme mourut. En apprenant cette
bonne nouvelle : Obit anus, abit onus!
s'écria Schopenhauer avec soulagemenf.
— C'était sans doute une citation feite à
propos plutôt gu'un impromptu; mais où
avait-il pris ce jeu de mots !
(Genève.) E.R.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[2Î> juill. 1869.
— 4q5
406
Burgos, ceux de San Salvador à Valence
et desanta Maria de la Almudena à Ma-
drid, et encore le Christ d'ivoire conservé
dans le trésor de la cathédrale d'Oviédo.
Connaît-on l'origine de la tradition po-
pulaire qui, du' disciple de Jésus-Christ, a
fait un sculpteur ? Baron Ch. Daviluer.
Portraits d* André Chenier. — Outre le
portrait de Suvée, gravé en tête des œuvres
du poète par Henriquel Dupont, en con-
naît-on quelque autre de l'amant de Ca-
mille? Il serait intéressant de le savoir, et
je fais appel. sur ce point aux hommes de
bonne volonté. Jacques D.
Naissance de d'Âlembert. — M. Jal n'a
pu trouver la date de la naissance de
d'Alembert. Cependant cet auteur déclare
avoir dépouillé, pour la rédaction de son
Dictionnaire critique de Biographie et
d'Histoire, tous les registres baptistaires
des paroisses de Paris. Comment expli-
quer ce résultat? D'Alçmbert ne serait-il
cionc pas né à Paris, et l'histoire de Jean le
Rond, recueilli par la vitrière, serait-elle
un roman? C'est là un point qui semble
mériter d'être éclairci, et je ne serais pas
le seul à accueillir, avec satisfaction, la so-
lution de ce problème historique. J. B. L.
Une barbe d'or. — Choix de chroniques
et mémoiresï sur l'histoire de France. Bu-
chon, Panthéon littéraire : Chronique de
Louis XI, par Jean de Troyes, p. 33o.
Le corps de Charles le Téméraire est
porté à Nancy, et étendu sur une table,
habillé de toile, etc. :
« Et ainsi habillé qu'il estoit, le vint
« voir mondit seigneur de Lorraine, vestu
« de deuil, et avoit une grand'barbe d'or
« venant jusqu'à la ceinture, en significa-
« tion des anciens preux et de la victoire
« qu'il avoit s'ur lui eue. »
Trouve -t-on d'autres exemples de ce
cérémonial, et comment cette barbe d'or
signifiait-elle les anciens preux?
Ad. D.
Un cartel à interpréter. — Même vo-
lume que ci-dessus. Chronique de la Pu-
celle, p. 416.
Querelle du maréchal de Séverac et du
seigneur d'Arpajon :
« Et assez tost après, ledit seigneur de
« Séverac envoya un poursuivant vers le-
« dit d'Arpajon, avec lettres de defïiances
« parties par a, b, c, c'est à scavoir qu'elles
« estoient escriptes dessus et dessoubs
« d'une feuille de papier, et au milieu es-
« toient lesdites trois lettres parmi cou-
« pées, contenants deôiances. »
Comment faut-il entendre ce passage?
L'éditeur promet des notes explicatives,
mais on n'en trouve qu'un petit nombre,
s'appliquant en général à des choses con-
nues, à moins que, comme dans la note
de la p. 481 du Procès de la Pucelle, il ne
nous apprenne que YAvent est au mois de
mars. Ad. D.
Le R. P. des Robert (XVIII» siècle).— Je
voudrais savoir où l'on pourrait trouver la
compilation des voyages de l'abbé de la
Porte, dont parle, à l'article du P. des
Robert, la Biographie universelle de Mi-
chaud. Sur ce Père, je pourrai donner
quelques détails, si l'on en désirait, possé-
dant quelques-unes de ses lettres et une
notice manuscrite sur sa vie, par un de ses
confrères de Chine. D. R.
Familles Lacoste. — J'aimerais savoir
si à Montauban, ou dans le voisinage de
cette ville, demeurent des familles La-
coste, et quelles sont leurs armoiries. Je
demande aussi, si c'est possible, des ren-
seignements généalogiques.
(Amsterdam.) J. G. de G. J. Jr.
L'amendement de Riancey. — Quel
est cet amendement de Riancey dont
parle Gérard de Nerval dans les Filles
du feu, et qui paraît relatif à l'interdic-
tion du roman-feuilleton dans certains
journaux? A quelle époque a-t-il été pré-
senté ? L. G.
D'un livre qni était sur la table, dans le
cabinet de CMitberine de Médicis, en l'hô-
tel de la reine ? — Dans le cabinet qui ser-
vait à la reine- m ère pour ses études et ses
audiences, en Vhôtel dit alors de la reine,
à Paris, et qui plus tard fut l'hôtel de Sois-
sons, se trouvait encore sur sa table, le
2 1 juillet 1 589 (cinq mois et vingt-cinq jours
après sa mort), « un livre couvert de cuir
de Levant doré, où sont les pourtraicts[ de
divers plantsf de bastimens. » Il y en avait,
du reste, deux autres: l'un couvert de cuir
rouge, écrit à la main sur vélin, « les Abus
du Monde^ » et l'autre, couvert de même,
« les Prophéties des Sibilles, » Aurai^ie le
bonheur de rencontrer quelque vaillant
curieux qui me pourra renseigner sur le
sort du a livre couvert de cuir de Levant
doré, où sont les pourtraictsf de divers
plant^ de bastimens? » Existe-t-il encore,
l'a- t-on vu passer dans les catalogues?
Quel en était l'auteur? J'ai hâte d'ajouter
que ces volumes ne faisaient pas partie de
la bibliothèque proprement dite de la reine-
mère, laquelle, dès cette épocjue, était aux
mains du sieur de Bellebrancne, conseiller
et premier aumônier de la feue dame, et
N- no.]
L'INTERMEDIAIRE
407
408
avait été transportée en son logis de la rue
Plâtrière, quelques mois avant que la cour
quittât Paris pour se rendre aux Etats, à
Blois. Armand Baschet.
Bibliotbèqae uniTenella des Dames. —
Cette collection parut de 1783 à 1793, à
Paris, d'abord, rue d'Anjou-Dauphine, et
ensuite rue et hôtel Serpente^ chez le li-
braire Cuchet, en i56 vol. m- 18, selon
Brunet, lesquels se distribuent comme
suit dans l'exemplaire que j'ai sous les
yeux :
I" classe. — Voyages, 20 vol., plus 2 vol.
atlas, qui font partie nécessaire de la collec-
tion, quoi qu'en dise Brunet.
2« classe. — Histoire, 3o vol.
3« classe. — Mélanges, x 5 vol.
t« classe. — Théâtre, 1 3 vol.
« classe. — Romans, 24 vol.
6« classe. — Morale, 1 7 vol.
7« classe. — Mathématiques, 9 vol.
8*> classe, comprenant : i^ Astronomie,
I vol. — 20 Physique, 5 vol.
9« classe, comprenant : i» Chimie, 2 vol.
— 2» JPhysiaue de la femme, par M. Rous-
sel, 2 vol.— à® Botanique, 2 vol.— 4® Eco-
nomie rurale, 6 vol.
10* classe. — Médecine domestique,
3 vol.
Il* classe. — Musique, 2 vol.
J'ai lieu de supposer qu'il manque à mon
exemplaire : i® un 6« volume de physi-
3[ue, et 2^ dans la 9* classe, une Physique
e rhommey par M. Roussel, 2 vol.
La description insuffisante, et en partie
inexacte, donnée par Brunet, ne me per-
met pas de m'en assurer, et m'oblige de
recourir à l'Intermédiaire.
Un collectionneur de peTits formats.
Une fille des Bourbons. — J'ai depuis
quelque temps deux vol. in-12, intitulés:
a Mémoires historiques de Stéphanie -
« Louise de Bourbon-Conti, écrits par elle-
« même. A Paris, chez l'auteur, rue Cas-
a sette, n*» 914 (sic.) floréal an IV. » Dans
ces mémoires, Stéphanie, avec la phraséo-
logie et les prosopopées familières à cette
époque, raconte ses infortunes et réclame
du Directoire le traitement dû à une Bour-
bon, Il serait trop long de donner même
un résumé de ce récit. Voici seulement
quelques détails qui permettront de préci-
ser la question.
Née à la fin de 1762, Stéphanie- Louise se
dit fille naturelle de Louis-François de Bour-
bon-Conti et de la duchesse de Mazarin. A
sa naissance son père lui donne le titre de
comtesse de Mont-Cair-Zain, anagramme
qui réunit les noms du prince et de la
auchesse, et, avec l'autorisation expresse
de Louis XV, lui fait porter le cordon
bleu. Sa maison est montée sur un pied
digne de son origine, et son éducation est
confiée à J.-J. Roussea^.
Présentée au roi, elle va être légitimée.
Mais la duchesse de Mazarin, craignant un
éclat qui peut la compromettre, mit enle-
ver Stéphanie par une femme Delorme
qui remmène en Franche-Comté et donne
au prince de Conti la fausse nouvelle de
sa mort. Le récit des persécutions dont
elle est l'objet à partir de cette époque,
occupe presque un volume.
Stéphanie parvient à revenir à Paris où
commencent ses démêlés avec son frère le
prince de Conti (celui mort en 1814), le-
quel refuse de la reconnaître. Elle est pro-
tégée cependant par le duc d'Orléans (Ph.
Egalité), par la reine, par Louis XVI, et
surtout par Madame Elisabeth. Le roi lui
accorde une pension de 37,000 livres et lui
{)romet la surintendance de la maison de
a reine. Mais ce changement de situation
coïncide avec les événements autrement
importants de la Révolution. Ses protec-
teurs disparaissent, et Stéphanie tombe de
nouveau dans la misère.
A la suite de démarches incessantes,
elle fait reconnaître ses titres par la Con-
vention, par le Directoire, et obtient une
pension ae 2,400 livres qui lui est payée
' en assignats perdant 90 pour cent.
C'est alors (1798) qu'elle demande une
partie des biens rendus aux Bourbons et
qu'elle publie ces mémoires, appuyés d'uû
grand nombre de pièces justincatives si-
gnées de Louis XV, des princes de Conti,
d'Orléans, etc., de Carnot, Ramel, etc., etc.
D'autre part dans l'ouvrage allemand:
a Personnages énigmatiques « de Frédéric
Bulau, traduit par W. Duckett (Poulet-
Malassis, 1861, tome I, pages i à 145), il
est question d'un Français et d'une Fran-
çaise qui vinrent, en i8o3, à Ingelfîngen
(Wurtemberg) et, après différentes péri-
péties, s'établirent en 18 10 au château
d'Eishausen où ils restèrent jusqu'à leur
mort arrivée pour la dernière en 1837, et
pour l'autre en 1845. Pendant cette période,
ils menèrent tous deux l'existence la plus
mystérieuse. .
Bulau expose et commente les diverses
conjectures auxquelles donnent lieu ces
deux personnages dont le vrai nom est
encore inconnu et qui excitèrent à un haut
degré la curiosité publique.
Dans une des hypothèses produites^
cette Française serait une princesse de la
maison de Condé, opinion qui se justî*
fierait par le type bourbonien qu'offrait
l'inconnue, par la marque de son linge
représentant des fleurs de lis, par la pos-
session et l'usage d'un cachet aux armes
des Bourbons, etc. Il est à remarquer à
ce sujet que Stéphanie- Louise parle fré-
quemment de son cachet aux mêmes armes,
qu'elle employait pour sa correspondance.
En résumé, les mémoires de Stéphanie-
Louise doivent-ils être pris au sérieux ou ne
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 juill. 1869.
409
— 410
sont*iIs qu'un roman fait à plaisir? Enfin
peut- il y avoir quelque relation entre cette
fille des Condés et Tinconnue d'Eishausen ?
— en supposant, par exemple, que fatigué
des réclamations dont il était l'objet, et
dont le succès pouvait amener de désagréa-
bles revendications , le prince de Conti
ait trouvé, vers 1800 ou 1802, le moyen
de faire disparaître une fois de plus et
définitivemeni, une parente quelque peu
gênante? G. R.
Date de la mort de Jean Cousin.— Cette
date est encore à découvrir. Les biogra-
phes ne sont pas d'accord sur ce point,
car les uns font mourir ce célèbre -artiste
en i58o ou 1584; les autres, en 1589 ou
1590, quelques-uns même, après 1600.
D. M.
ïiépomeB.
Généalogie de Philippe de Gommynes
(111, 741). — Un roi d'Espagne, issu de
Philippe de Commynes, avant 1747, ne
peut être que Louis !«», fîls de Philippe V
et de U)uise-Gabrielle de Savoie, née elle-
même de Victor- Amédée II et d'Anne-
Marie d'Orlé ans, mariage n° 9 de la généa-
logie incluse dans la question. Quant au
Portugal, il est sans doute question des deux
fils de Jean HV, Alphonse VI et Pierre IJ,
qui, s'ils ne descendaient pas eux-mêmes
de Commyn es, du moins épousèrent, l'un
après l'autre , sa descendante Marie- Fran-
çoise-Elisabeth de Savoie-Nemours (née
du mariage n° 7). Du reste, mes restric-
tions ne sont applicables qu'à la généalo-
gie de 1747. Aujourd'hui, les maisons d' Es-
pagne, de Portugal et de Brésil sortent
pleinement de l'historien de Louis XI, par
la fille aînée de Louis XV, mère de Ma-
rie-Louise de Parme, qui épousa le roi
d'Espagne Charles IV, et dont la fille Char-
lotte- Joachime, reine de Portugal, a été la
mère de Don Pedro et de Don Miguel. Je
ne pense pas gue la descendance de Com-
mynes soit aujourd'hui sur le trône d'Italie;
mais, jusqu'en i83i, elle a occupé ce-
lui de Sardaigne, et n'eussent été les Bruns-
wick- Hanovre, elle se fût égalwnent as-
sise sur le trône d'Angleterre. En effet,
lorsque la mort du cardinal d'York (1807)
est venue éteindre la descendance mâle de
Charles I®', la couronne britannique, gue
les Stuarts tenaient de successions fémini-
nes, aurait également suivi la succession <
féminine, et serait échue aux rois de Sar-
daigne, représentants de Charles l" par
la célèbre duchesse Henriette d'Orléans et
sa fille Marie-Anne (mariage n® 9). Puis,
après le décès de Charles- Félix, elle serait
passée aux enfants de ses sœurs. La com-
tesse d'Artois en était une; mais j'ignore
si elle était l'aînée, au moins de celles qui
ont laissé postérhé. Il serait pourtant cu-
rieux qtie le droit divin d'Angleterre fût
venu rejoindre celui de France sur la tête
d'un exilé !
L'éditeur regrette que cette brillante
généalogie comprenne aussi le mari de la
duchesse d'Etamp^es. Mais est-il sûr que
cette alliance quasi royale eût fort effarou-
ché Commynes, lui qui a épousé la sœur
de cette belle Monsoreau, maîtresse du
duc de Guyenne, et empoisonnée avec lui ?
Plus tard, César de Vendôme (mariage
n* 6), fils de Gabrielle d'Estrées, mêlera à
notre généalogie le sang de ces fringantes
Babou de la Ëourdaisière, qui ont acquis
à leur maison la renommée d'être la plus
galante de toute la noblesse fi^ancaise, à
laquelle, il est vrai, je crois Qu'elle n'ap-
partenait que peu, et sous bénéfice de non-
inventaire. A son tour, Charles de Savoie
(mariage n® 7), descendant d'Alexandre VI
par la maison d'Esté, apportera pour son
contingent les noms des Lippa Ariosta,
des Rosa Vanoza, des Lucrezia Borgia.
Est-ce que celui d'Anne de Pisseleu, ou
même de son mari, est réellement démacé
en semblable compagnie? O.U.
Pins souYontl (V, 3i.) — Cette excla-
mation est toujours employée, par les amis
de la langue verte, dans un sens de déné-
gation, — de refus, — de défi. Elle est sy-
nonyme de : Ah bien oui! ■— Ah! que
non ! — Jamais î — Je n'en crois rien ! —
On la trouve dans Gavarni : « — Ma
sainte te ressemble, n'est-ce pas, Nini? —
Plus souvent , que j'ai un air chose comme
ça ! »
Dans la parodie : les Petites DancCides :
« J'ai entendu un... plus souvent ! »
Et dans les Fables de Théophile Du-
chapt, conseiller à la cour de Bourges :
Lui présenter ma main à baiser.^ Plus souvent!
Je crains trop son venin pour risquer l'impru-
De faire avec lui connaissance. [dence
{L'Homme et l'Anguille, L. III, f. 9.)
Ulr.
tt Les délassements dn père Gérard » (V,
59) et les « Contes de ma mère TOye » (V,
114). — Le jeu de l'oie, renouvelé des
Grecs, a servi de type à plusieurs jeux de
circonstance. J'ai trouve tout récemment
un bouquin dont voici le titre : Essay du
nouveau jeu de ma mère VOye ou les En-
luminures du jeu de la Constitution, (Il
s'agi t de la Cow5ri7M//on Unigenitus,) Nou-
velle édition, MDCCXXIII, in-12.
Ces enluminures paraissent être une
imitation d'un ouvrage de Louis- Isaac Le-
maistre de Sacy, janséniste fameux, inti-
tulé : les Enluminures du fameux aima-
nach des jésuites, intitulé : la Déroute et
la Confusion des jansénistes. Paris, 1654,
in-8.
N« iioj
L'INTERMÉDIAIRE
411
41»
D'après la description du jeu de la Con-
stitution qui précède les enluminures, ce
n'était qu'une reproduction du jeu ancien.
Seulement, au lieu du jardin de Toie, il y
a la case du schisme, celle de la tour de
Babel, celle de la mort de Clément XI et
celle du concile, où Ton gagnait tout en y
arrivant.
A la description en prose succèdent les
règles du jeu en quatorze strophes de huit
vers, qui se chantaient sur Tair : le Branle
de Metz, Vient ensuite une lettre de l'au-
teur (lequel garde l'anonyme) à Ma-
dame D***, qu^l feint lui avoir donné Ti-
dée de son livre. Cette lettre n'est pas
paginée. Enfin arrivent les enluminures,
au nombre de dix-huit, en vers de huit syl-
labes. Ce sont de violentes satires contre
les jésuites, la Constitution Unigenitus, le
pape Clément XI et lesévêquesqui avaient
fini par la souscrire de guerre lasse, ou,
suivant le satirique, par une insigne lâ-
cheté, pour plaire à Louis XÏV.
Le titre de ce nouveau conte de ma
mère l'Oie est expliqué par l'assertion, ou
plutôt la prédiction de l'auteur aue la
Constitution sera un jour un conte ae ma
mère l'Oie.
Et la bulle pour nos neveux
Ne sera, s'il faut qu'on l'en croie,
Qu'un Conte de ma mère l'Oye.
Ce jeu, par ses arrangemens,
Par ses loix, par ses mouvemens,
Fera voir aux races futures
Les romanesques aventures
Qu'eut chez nous le Décret Romain.
J'ignore, et je voudrais bien savoir Si,
en effet, le jeu de la Constitution a existé
ou n'a été qu'un prétexte aux enluminu-
res. Pourrait-on aussi me donner le nom
de l'auteur? E. G. P.
Quelques vers à contrôler (V, 146). —
Je croyais que la tragédie du vicomte d'Ar-
lincourt n'avait pas été imprimée ; c'était
une erreur: elle a été publiée en 1826 par
A. Leroux et Constant Chantpie. Je viens
d'en retrouver un exemplaire sur les quais.
Je croyais encore qu'elle avait eu une
seule et unique représentation (8 avril
1826); elle a été jouée plusieurs fois. J'ai
eu le courage de lire cette pièce, et je n'y
ai rencontré aucun des vers en question ;
ils peuvent très-bien avoir été supprimés
à l'impression. Toutefois, un avant-propos
soutient que l'ouvrage est livré au public
conforme à la première représentation,
sans le moindre changement , et il cite \ts
vers dont les journaux ont accusé le noble
vicomte, en affirmant qu'ils n'ont jamais
existé que dans Timagmation des criti-
ques. De quel côté est la vérité ? A l'occa- 1
sion de l'hémistiche : On l'appelle à ré^ j
gner, l'éditeur prétend que c'est un vieux 1
jeu de mots fisiit sur un vers du grand Cor-
neille :
Et c'est ne régner pas qu'être deux à régner.
Z.A.
Inscription énigmatique (V, 242). ~
L'Egypte, cette terre classique des sphinx,
na peut-être jamais défié la sagacité de
l'esprit humain par un cartouche d'une
plus haute moralité que celui qui, après
avoir longtemps appartenu au château de
Chantilly, est en ce moment inscrit, sous
le n® 218, au musée de Beauvais. L'in-
scription gravée sur le marbre blanc de no-
tre cartouche, de forme ovale, compte jus-
qu'à XIX lignes latines, chacune desquel-
les présente une importance proportionnée
à la difficulté qu'elle recèle plus ou moins
La première ligne comprend trois mots,
qui sont l'un le prénom, l'autre le nom de
famille, a gentile nomen, » et le troisième
le surnom d'un personnage qui n'est pas
de notre sexe. Cette femme, d'une des ra-
ces les plus nobles de Rome, puisqu'elle
descena de Lamia, chanté par Horace [àt
jEHo Lamia, Od., I, 16), est dans son pré-
nom iËlia, c'est-à-dire autochtone, indi-
gène, indigena, autrement inde-genita,
issue du sol lui-même, à l'égal de ces Athé-
niennes qui, aux solennités de la patrie,
ornaient leur chevelure d'une cigale d'or.
^lia a pour nom de famille son prénom
même, augmenté de la liquide L, et pris
dans le même sens exactement : « Ls-
lia. » Ce Laelia dérive du grec BABEAIOÎ,
poétique synonyme de HAI02, AAIOS,
AEAIOZ, soleil. Donc, iElia, dont le mas-
culin est iELIU S, rappelle C A lA ou GM A,
qui est le féminin de CAIUS ou GAIUS.
Or, Soleil est à iElia comme Terre, de FH
ou FAIAy est lui-même à GAI A. De la
sorte, iElia signifie a enfant du soleil » qui
nous éclaire, et GAIA, « enfant delà terre
qui nous porte. » Puis, comme iElia a les
cheveux msés ou crépus, j'ai failli dire
crispés, elle prend pour surnom « CRIS-
PIS, » dont la désinence (IS, IDOS) ac-
cuse un mot forgé à la grecque. Car en
latin pur nous aurions CRISPA , CRISPEE,
au lieu de CRISPIS, CRISPl DOS. Mais
c'est par erreur qu'une double baguette,
appelée par les Romains VI RGU LA, di-
minutif de VIRGA, coupe en trois tron-
çons le prénom, le nom et le surnom de la
seule et même iElia, L^Elia, Crispis.
Notre iElia n'est ni homme, m femme,
ni androgyne ou hermaphrodite, ni ba-
chelette ; d autres disent ni fillette, ni jeune,
ni vieille, ni chaste, ni courtisane, ni pu-
dique, mais tout cela ensemble. Elle n'a été
enlevée ni par la faim, ni par le fer, ni par
le poison, mais par tous les trois. Et eJie
ne gît ni au ciel, ni sur les eaux, ni sur
terre, mais partout.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 juin. 1869.
4i3
414
Avant que d'aborder la seconde partie
de ce long et savant logogriphe, dans la-
quelle un homme, cette fois, occupe la
place d'iElia, il n'est pas sans intérêt de
noter que MULIER, d'où Titalien « mo-
glie, » et MILES, ont tous deux pour ra-
cine, en grec, un mot qui signifie « moudre, »
jjLuXXo). C'est que pétrir, faire le pain était
jadis, aussi bien sous la tente qu'en mé-
nage, une étroite obligation pour l'un et
l'autre sexe, témoin, dans Virgile, l'anec-
dotique et intraduisible expression a AR-
MATO-MILITE. » On nous offre donc
jusqu'ici : Un homme bon ou brave, « Aga-
the; » sorti du sein de sa mère au point du
jour, « Lucius; » coifïé de cheveux bou-
clés, « Crispus : » au total, a Lucius Aga-
tho Crispus. »
11 n'est ni mari, ni amant, ni intime
ami ou familier, mais il est tout cela à la
fois. Sans être triste ni gai, sans rire ni
pleurer, il fait l'un et l'autre. Ce funèbre
monument, qui n'est ni colonne, ni pyra-
mide, ni sépulcre, il sait et il ne sait pas
à qui il l'a érigé. C'est ici un sépulcre sans
cadavre au dedans (de lui); c'est ici un ca-
davre sans sépulcre au dehors (de lui].
Mais sépulcre, mais cadavre est à soi-même
l'un et 1 autre ensemble.
Maintenant que le texte de cette prodi-
gieuse allégorie est suffisamment élucidé,
il est temps de montrer le sublime ensei-
gnement caché sous le plus fin et le plus
ingénieux des tissus. iElia et Aeathon sont
l'un et l'autre plus d'une fois des symbo-
les. En effet, dans la première s'incarne,
pour ainsi dire, toute la postérité d'Eve,
comme dans Agathon toute celle d'Adam,
de sorte qu'ils représentent, à eux seuls,
l'humanité tout entière. En second lieu,
-^lia et Agathon ne sont plus ni femme
ni homme: ils sont aujourd'hui une sub-
stance immortelle, immatérielle, n'ayant
pas plus de sexe que de molécules, sans
âge comme sans lieu déterminé; en un
mot, iElia est une âme, Agathon un es-
prit. C'est donc, de part et d'autre, la vie
humaine symbolisée. Mais symbolisée par
quoi et comment? L'être, d'un jour, ce
cosmos si frêle et si agité, ne pouvait être
mieux figuré que par un ver, un ver de
terre, à condition que ce ver fût un em-
blème de résurrection et dès lors d'immor-
talité. A l'égal de nous, qui nous nour-
rissons d'espoir et nous abreuvons de
pleurs, qui nojus rongeons le cœur, nous
repaissons de chimères et nous revêtons
d'orgueil, de fierté, de vanité, le ver tire
de sa propre substance, de ses entrailles
elles-mêmes, son aliment, son breuvage et
son vêtement. Puis, quand une fois il s'est
entièrement entouré petit à petit d'une co-
que, son cocon, autrement d'une fève
soyeuse, il se meurt; il meurt en dépouil-
lant cette épaisse tunique. Je me trompe,
il en sort comme d'un tombeau; il prend
des ailes, et alors notre ver se fait volatile
doré, j'entends parla brillant; bref, il de-
vient chrysalide. Ce vocable est composé
du grec XPTSOS, OT, et du latin A LA,
ailé, mais ALA terminé à la grecgue, en
IS, ipOS, comme plus haut Crispidos,
Crispis. Donc, la chrysalide est le symbole
de 1 âme, de l'âme qui, n'ayant pas de
sexe, est aussi bien Agathon que ^lia.
Ainsi, j'aime à le répéter, un papillon,
voilà l'image de notre âme. Mais c'est peu
que l'âme ne soit ni homme, ni femme,
ni l'un et l'autre ensemble : nec vir nec
mulier, nec androgyna. Elle n'a point
d'âge non plus : elle n'est nec puella, nec
juvenis, nec anus. J'ose même ajouter que,
nullement concrète et ne tombant sous au-
cun de nos sens, quoique agrégée étroite-
ment au corps, elle n'est tout à fait ni ex-
clusivement chaste, ni le contraire, mais
l'un et l'autre à la fois et jusqu'à un cer-
tain point. Placée dans une prison de
boue, elle ne « DÉCÈDE » précisément ni
par la faim, ni par le fer, ni par le poison ;
mais devant tous les trois ensemble, elle
fuit, elle* S'ENFUIT » loin des membres
qu'elle était chargée de vivifier. Si l'âme
se refuse à être localisée en nous, et qu'il
nous faille dire d'elle qu'elle est présente,
et non pas installée, enclavée, il n'est pas
étonnant que iElia, après son a décès » ou
sa sortie de l'enveloppe périssable (j'ap-
pelle ainsi le squelette , ce spectre com-
munément connu sous le nom ae LARVE),
ne languisse ni au ciel) ni- sur les eaux, ni
sur la terre. Pour le redire, iElia et Aga-
thon sont une double chenille, ou cate-
nille de CATENA, chaîne, en raison des
anneaux qui zèbrent la circulaire gaîne de
l'insecte rampant. De là, sans doute, CRIS-
PIS et CRISPUS, surnoms par lesquels il
est fait allusion aux nombreuses zones de
la robe d'un ver destiné à devenir bientôt
PAPILLON.
Agathon, c'est-à-dire toute la moitié
masculine du genre humain, n'est exclusi-
vement ni mari, ni amant, ni intime ami,
mais il est à la fois tout cela plus ou
moins. Il ne pleure ni ne rit exclusivement,
mais tour à tour il fait l'un et l'autre à un
certain degré. Son corps, j'allais dire son
COCON, son corps, qui n'est ni colonne,
ni pyramide, ni tombeau, mais plus ou
moins tout cela, il sait et il ne sait pas
pour qui, pour qui des deux, Dieu ou le
diable,, le paradis ou l'enfer, il l'a entre-
tenu et fait croître, autrement, ÉRIGÉ.
Quand, à l'heure de la mort, l'homme dé-
pouille son corps , celui-ci est un tom-
beau, et le défunt, le souffle inextinguible,
retourne au ciel : le tombeau reste donc
sans cadavre : Sepulcrum non habens ca-
daver intus, A son tour, le cadavre, notre
spectre ou fantôme, notre ombre, qui ne
doit pas mourir, notre AME est comme
son tombeau, son suaire ou cercueil à elle-
N* iio.]
L'INTERMÉDIAIRE
4i5
416
même, dès qu'elle s'est échappée de sa
geôle éphémère. A un certain moment,
c'est à savoir pendant cette existence ter-
restre, nous sommes tout ensemble, et vis-
à-vis de nous-mêmes, ce qu'un tombeau
est à regard d'un cadavre, un cadavre par
rapport à un tombeau. Oui, par le corps,
nous portons autour de nous notre sé-
pulcre, qui lui-même, dans la personne de
l'esprit, son hôte fugitif, emprisonne son
cadavre au dedans du sépulcre.
Ainsi fait la chenille avant que de se
transformer en chrysalide ou papillon. Le
ver tisse et porte à ses flancs sa propre
bière, et cette bière elle-même contient
un cadavre. Celui-ci se métamorphose
bientôt en cette fleur animée ailée qui prend
son essor, et va nageant dans les ondoyan-
tes plaines de l'air au moyen de deux peti-
tes rames éclatantes d'azur, de pourpre et
d'or.
Quand la langue de Rome revêt ainsi
des charmes de 1 imagination l'une des plus
consolantes vérités de la philosophie chré-
tienne, excellemment spiritualiste, il est
tout naturel que, à Chantilly, les Condé,
les Bossuet aient pris plaisir à mettre de
temps en temps sous leurs yeux, à déchif-
frer, à méditer surtout l'insigne épigramme
qu'il est aujourd'hui donné à tous et à cha-
cun d'étudier, avec plus d'à-propos que
jamais, au musée de Beauvais.
(Grenoble.) J. P.
Les affaires, c'est l'argent des antres
(V, 291). — Il est établi pour tous les lec-
teurs de V Intermédiaire au'à M. Alex.
Dumas flls, pas plus qu'à Madame de Gi-
rardin, ni au comte de Montrond, ni à
M. Alph. Karr, ne revient l'honneur de
cette définition. Selon M. Ed. Foumier,
elle appartiendrait en propre à Béroalde de
Vervilfe. N'en déplaise à ce consciencieux
érudit, il n'a pas oit sur ce mot le dernier
mot. Je lis en eflet dans Senèque (De ira,
lib. 11^ c. 8); a Nuîli nisi ex alterius
« damno .qucestus est. » Traduction libre
mais exacte : a Les affaires, c'est V argent
« des autres. »
Joc'h d'Indret.
-• Toutes ces définitions a argent des
autres, bien d'autrui, » n'auraient-elles pas
leur source dans le « œs alienum des La-
tins? » Combien y a-t-il de gens qui font
leurs affaires en gSLvdant l'argent d'autrui;
« ^s alienum habentes », comme dit Ci-
céron! F.-T. Blaisois.
Ponrqnoi le concile de Trente fïit-il
transféré à Bologne? TV, 291.) — Je crains
fort que la cause attribuée par F.-V. Ras-
pail à la translation du concile de Trente,
ne soit l'une de ces imputations satiriques
qui courent les livres sans qu'on puisse
remonter à la source. Fra Paolo Sarpi
(Histoire du concile de Trente^ traduite
par Amelot de la Houssaye. Amsterdam,
J. Blaeuy 1699, p. 240 et suiv.;, ne fait
aucune allusion précise à la maladie hon-
teuse dont il est question. Il raconte que
le pape, craignant que l'empereur, en de-
venant maître absolu de rAlIemagne* ne
se servît du concile pour opprimer le pon-
tificat, désirait s'assurer du concile à quel-
que prix que ce fût. Il envoya un agent à
Trente dans ce but. « Il y avait, dit Sarpi,
o beaucoup de domestiques des évêques
a que les débauches du carnaval ou l'in-
a tempérie de Fair, avoient rendu ma-
« lades. > L'agent du pape fit demander
aux médecins si ces maladies ne seraient
épidémie se répanc
mort, la panique se mit dans Trente er
les environs; les prélats tinrent bon et con-
tinuèrent leurs réunions. L'agent du pape
fit alors dresser un procès-verbal sur la
contagion par le procureur du concile, puis
consulter les médecins, et entre autres
Fracastor. Puis on apprit que les localités
voisines, effrayées, voulaient rompre tous
rapports avec Trente ; alors le désarroi se
mit parmi les prélats. Chacun craignait de
rester prisonnier dans la ville infectée,
avec la famine pour perspective. Malgré
quelques résistances, la translation à Bo-
logne fut décidée par 35 évêques et 3 gé-
néraux et re jetée par un cardinal et 17
prélats.
Amelot de la Houssaye^ dans les notes,
dit que la maladie dont il s'agit était le
pourpre. Fracastor, dans son poème de la
syphilis, ne fait aucune allusion à l'événe-
ment qui nous occupe. Il est probable que
sa présence à Trente, rapprochée de la
connaissance de son poëme, aura donné
occasion à Quelque mauvais plaisant d'en
conclure qu il assistait les pères du concile
en qualité de médecin spécialiste, comme
pourrait le faire telle célébrité médicale de
ta faculté de médecine de Paris. Mais, à
cette époque, les médecins n'avaient pas
encore eu l'idée de s'attacher à l*étude
spéciale d'une maladie ; leur science était
presque universelle. Fracastor, en parti-
culier, cultivait, outre la médecine, les
mathématiques, l'astronomie, l'astrologie
et la poésie. (Le Havre.) V. T.
Calendriers nouyeanx (V, 298). — La
curieuse observation de M. Paol Sarpi est
fort exacte. Tout au plus pourrait-on
objecter que si Boccace ne dit nulle part
que Ricciardo soit vieux, on peut le pré-
sumer à la manière dont il insiste sur la
jeunesse de Bartolomea. Antoine Le Maçon
le traducteur estimé du XV I« siècle (mais
naturellement M. Sarpi ne lit il Decame-
roue que dans l'original) a si bien tirécette
conclusion, qu'au titre donné par Tori-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 juill. i86g.
— 417 -
418
ginal, il ajoute cet argument: « Qui reprend
plaisamment quelques vieillards qui se
veulent marier en plus jeune lieu qu ils ne
deuroient, sans considérer ce qui leur peut
advenir. » On pourrait supposer que c'est
cet argument de Le Maçon qui a fourni à
La Fontaine le titre de Calendrier des
Vieillards, et, en allant plus loin, que
c'était dans cette traduction et non dans
l'original que notre fabuliste lisait Boc-
cace. O. D.
Verdor, yisitenr général (V, 3i i). ■— Ce
n'est pas verdor^ mais veedor qu'il faut
lire. Verdor, qui signifie en espagnol ver-
deur, couleur verte, n'aurait pas de sens
ici, tandis que veedor (du verbe ver), si-
gnifie littéralement celui qui Yoix, visiteur,
ou mieux inspecteur. Ce mot s'appliquait
indistinctement aux fonctionnaires civils
ou militaires. Le mot visiteur général
n'est que la traduction de visitaaor, au-
trefois employé comme synonyme de
veedor. Baron Ch. Davillier.
^ Sapplément aux éditions de Mnsset (V,
3i3). — Le supplément annoncé dans la
Petite Revue à-M 6 octobre 1866, a paru
en 1867 a Paris, chez Pincebourde, rue Ri-
chelieu, 78. Il est effectivement imprimé
sur le même papier, avec les mêmes ca-
ractères et le même format que l'édition
^ht de souscription. Comme il rectifie
quelques erreurs et rétablit plusieurs omis-
sions commises par M. Paul de Musset,
ce supplément est vraiment curieux à
joindre à Té diiion de Charpentier.
La librairie Pincebourde est aujourd'hui
transférée rue Richelieu, n» 65, en face de
la Bibliothèque impériale. C'est là que
M. G. R... devra s'adresser pour avoir le
Supplément qui fait l'objet de sa ques-
tion.
Peut-être est-il épuisé, car depuis déjà
longtemps, je ne le vois plus figurer sur
les catalogues de cette librairie.
(Périgueux). Albert Tornezy.
— Même rép. de J. L. G., P. Ch., P,
B., et... du célèbre marquis ou comte de
Fortsas.
Le beau est la splendeur du vrai, ou les
huit propositions (V, 3-2 j). — i^^ Propo-
sition : « Socrate ne dit nulle part : Le
beau est la cause du bon. »
Réponse. — Socrate : Le beau est donc
la cause du bien ?
HippiAS : Il l'est, en effet (Dial. de Pla-
ton, traduct. Schwalbé, édit. Charpentier,
t. II, p. 3o2).
Socrate : Si donc le beau est la cause du
bon, le bon est V effet du beau, et la raison
pour laquelle nous montrons tant d'em-
pressement pour la sagesse et toutes les
autres belles choses, est, selon toute appa-
rence, qu'elles produisent le bon, objet de
tous nos désirs... {Ibid., p. 3o2.)
• Puis vient immédiatement la phrase où
M. J. P. veut introduire l'utéa, dont il s'at-
tribue « sans balancer » la paternité , et il
résulte de cette découverte que le beau est
en quelque sorte a le père au bon. >» {Ib.,
p. 302.)
Et Socrate est logique et vrai en com-
parant la cause à un père et l'effet à un
fils, et M. J. P. n'est ni dans la logique,
ni dans le sens (non pas de la doctrine de
Platon, mais du passage qui nous occupe),
en faisant de la cause le fils et de l'effet le
père.
2« Proposition. — a Je ne saurais per-
mettre à mon honorable contradicteur
d'affirmer qu'en France on n'ait jamais su
le grec, ni avant ni depuis le XYl® siècle.
A cette protestation patriotique, etc. »
Réponse. — Le patriotisme n'a rien à
faire ici. Voulez-vous que je convienne que
nous sommes les premiers hellénistes,
comme les premiers soldats du monde ? Je
le veux bien, si cela peut vous faire plaisir.
Mais, voyons, la main sur la conscience,
ne m'est-il pas permis, quand vous affir-
mez si peu patriotiquement que les lati-
nistes s en vont (Interm., V, 293), de
trouver que les hellénistes sont partis?
3» Proposition. — a Ttéa n'est point un
accusatif excessivement rare et je le prou-
ve. » (Int., V, 33 1.)
Réponse. — Et comment le prouve-t-on?
En nous expliquant comme quoi par une
étrange coïncidence, par une conspiration
du silence qui n'est* qu'un pur effet du
hasard, Burnouf, Dubner, et le Lexique
grec des Athéniens d'élite se sont trouvés
d'accord pour ne pas toucher au traître
mot d'uléo. Cet argument est un des plus
beaux jours de ma vie.
4« Proposition. — « uTa pour uWv ,
utaat pour ub(ç, uît pour u((J, sont trois for-
mes que le XIX« siècle, et non pas le
XVI«, devait recueillir et enregistrer. »
(V. 33 1.)
Réponse. — a otç, uît, uîa, uFaç, uîlcrt. >♦
(Lex. Graeco-latinum Joh.Scapulœ. Aurel,
Allobrog., i5o9, col., 1691.)
1 5oQ, est-ce du XIX® ou du XVI« siè-
cle ?
a Ab 6 uTiç , filius, cujus genitivus tou
uTo;, et syncope (vel ut alii malunt con-
tractione poetica) 3oç, et sic in aliis casi-
bus, etc. In dativo plurali cum non pos-
simusefferreutat pro utbt, eo quod ui nun-
qunm scribatur ante consonantem, inserto
a, dicimus utaGt. » (Institut, ac Médit, in
Graecam linguam, N. Clenardo auctore,
i58i.>
Si Ton veut d'autres citations du XVI»
siècle, je suis en mesure de les fournir.
!ï« 110.]
L'INTERMÉDIAIRE
419
— 420
5« Proposition. — « Il est un auteur et
un chapitre où je suis sûr de l'avoir lu
(uiéa) et qui me le gardent en réserve pour
le moment propice. » (Int. y V, 332.)
Réponse. — Ça, c'est de la barbarie ! Quoi!
vous avez entre les mains un utéa démons-
tratif, un olia irrésistible, un utéa écrasant,
et vous gardez traîtreusement cet uiéa pour
le coup du lapin, comme dit le spirituel et
doctime Villemot! Et vous ne m'écrasez
pas immédiatement sous le poids de cet
uiéa ! Voilà ce qui s'appelle jouer avec sa
victime ? Les dieux me préservent d'un pa-
reil triomphe !
Di talem, precor, a nobis a vertite palmam.
6® Proposition. — « Il ne faut pas ren-
dre un oracle qui revient à ceci : uMv est
prosaïque, mais poétique est utéa. ]» (Int,,
V, 332.)
Réponse. — Qui donc a rendu cet oracle?
Moi. Où donc? J'ai dit qu'utéa est presque
inusité en poésie, complètement inusité en
prose (Int., V. 261), et j'attends la dé-
monstration du contraire. Quanta ui6v, je
n'ai pas pu dire qu'il était prosaïque ; je
n'en ai point parlé, et je puis affirmer à
M. J. P. que cette traduction de ma pen-
sée est un contre-sens.
7« Proposition. — « L'exemplaire que
j'ai feuilleté esta la bibliothèque Sainte-
Geneviève; ulioL n'y a ni accent, ni es-
prit. » (Int., V, 33o.)
Réponse. — Je commence par déclarer
que je ne mets pas un seul instant en doute
la bonne foi de mon adversaire. Si M. J.
P. pouvait supposer que je l'ai cru capable
de tt donner le change », cette supposition
m'offenserait, et si je l'en croyais capable,
je ne discuterais pas avec lui. Mais enfin
nous avons consulté chacun un exemplaire
différent de la même édition; c'est le
même volume, la même date, la même
page (297), la même lettre (B), et pourtant
dans l'un i5éa a un esprit et un accent, et
dans l'autre point. La question mérite
d'être éclaircie. Que V Intermédiaire ouvre
une enquête : il a des collaborateurs dans
toutes les bibliothèques de France; qu'ils
veuillent bien ouvrir le Platon d'Henri
Estienne, iSyS, t. III, p. 297, lettre B,
s'assurer de l'accent et de l'esprit d'fôéa et
faire consigner ici même le résultat de
leurs recherches. Si l'exemplaire de la bi-
bliothèque Sainte-Geneviève est le seulqui
produise tSéa sans accent, il y aura d'au-
tant moins à se préoccuper de cet oubli,
ou de cette erreur, que cinquante ans au-
paravant on le trouve accentué dans l'édi-
tion de Bâle (i533).
8« Proposition. — « Le poète N... a
employé uiéa dans les vers que voici, etc. »
(Int.y V, 332.)
Réponse. — Il a eu raison, uléa étantun
mot que l'on trouve dans Homère; cepen-
dant je trouve qu'il aurait mieux fait de
suivre l'exemple du poëte X... (IIonfiTwv
çavcaTTixwv àvaXsxxa, à Leyde, chez les
Elseviers, i652, p. 9) qui emploie ul6;,
absolument dans le même cas.
ïlùiç H xe vixÛYiv Tolov rix.oç oupaviûvuv,
"ïibi t'/ùi àttOÏii roG Atô$ vtBmv ;
F. -T. Blaisois.
La Licorne (V, 239). — Pour bien
étonné, je le suis ; mais non pas convainca
que nous ayons mal répondu, mes coopi-
nants et moi : d'abord, parce qu'il s'agissait
avant tout d'une question fondée sur l'exis-
tence de cornes de licornes, qui étaient de
dents de narwal : ensuite, parce que la li-
corne, telle que la constituent les anciens
récits, telle que nous la montrent les armes
d'Angleterre, où elle a pris indûment la
place du vieux cheval saxon d'Horsa, est
toujours un animal parfaitement fabuleux.
La nouvelle gazelle unicorne ne me paraît
même pas pouvoir être acceptée comme en
étant le type, et le rhinocéros explique bien
mieux un animal formidable au lion même-
La découverte de l'éminent missionnaire
n'en est pas moins une des plus curieuses
et des plus intéressantes pour l'histoire na-
turelle que l'on ait faite depuis longtemps;
et elle m'encourage à mettre sous les yeux
de nos correspondants un fait analogue,
recueilli par l'Estoile, dans son Journd^^
la date de septembre 1599. a On montre,
depuis quelques jours, dans une maison
près de Saint-Eustache, un homme nommé
François Trouillac, âgé de trente-cinq ans,
qui a une corne sur la tête, qui se re-
couvre en dedans et rentreroit dans le
crâne si de temps en temps on ne la cou-
poit. 11 dit qu'en naissant, il n'avoit point
cette corne, et qu'elle n'a commencé de pa-
roître qu*à l'âge de sept à huit ans ; et que
la honte de cette difformité l'avoit obligé
de quitter son village et de se cacher dans
les forêts du Maine, où il travailloit aux
charbonnières pour y gagner sa vie. Jean
de Beaumanoir, marquis de Lavardin,
gouverneur du Maine, chassant un jour
dans ses forêts, passa auprès de ces char-
bonnières. Les paysans qui travailloient
au charbon, prirent la fuite aux bruits des
chasseurs. Le marquis de Lavardin croyant
que c'étoit des voleurs, les fit poursuivre.
On les arrête et on les conduit devant le
marquis. Un de ses valets, ayant remarqué
qu'un de ces pauvres paysans n'avoit point
oté son bonnet de sa tête, s'approche de
lui, le jette par terre en le menaçant. Mais
ayant aperçu cette corne sur sa tête, le
marquis de* Laverdin le fit conduire dans
son château, et quelques jours après l'en-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 juill. 1869.
421
422
voya au roi, qui, après l'avoir fait voir à
toute sa cour, Ta donnç à un de ses valets
d'écurie, pour gagner de Targent en le
montrant au peuple.^ Cet homme a le de-
vant de la tête chauve, la barbe rousse et
par floccons, comme aussi les cheveux du
derrière de la tête ; ressemblant parfaite-
ment à un satyre. » O. D.
Un vers de Tartuffe (V, 330). •— Le titre
de la comédie est le Tartuffe; il faudrait
donc dire: un vers du Tartuffe; mais pas-
sons.— Louis H. demande sil était toléré
de roter à table. Voici une anecdote qui
répond en partie à la question et qui
3rouve que, en fait d'usages, il faut tou-
ours consulter les milieux dans lesquels
es faits se produisent. Un ambassadeur
espagnol était à la table du Grand Condé,
lequel était assez rude et, comme on disait
alors, haut à la main. L'ambassadeur ayant
roté plusieurs fois, le prince, bien qu'il dût
savoir qu'en Espagne cela fût accepté dans
les sociétés les plus élevées, sinon les mieux
élevées, en fut très-formalisé. Pour donner
une leçon indirecte à l'ambassadeur, il se
mita ... Tracerai-je ici le mot propre, qui
ne l'est guère ? Ma foi V Intermédiaire n'est
pas bégueule, et puisqu'il a écrit roter en
toutes lettres, il acceptera bien l'autre mot.
Coudé se mit donc k péter. L'ambassadeur,
encore plus rogue que le prince, témoi-
gna tout haut son mécontement. « Quoi
donc! Monsieur l'ambassadeur, répliqua
le prince, dans un pays où l'on rote, ne
peut-on péter? » L'ambassadeur s'étant ex-
cusé sur l'usage de son pays : « Eh bien !
dit le prince, ne rotez plus et je ne péterai
pas ! »
En fait, je crois qu'il était aussi indécent
de péter que de roter, du temps de Molière
et de Condé; mais que Molière a voulu
peindre la bassesse de l'hypocrite, lequel,
au lieu de se formaliser des libertés gran-
des que prenait Orgon, lui disait : Dieu
vous aide! Pourvu qu'Orgon fût sa dupe,
ce bon Monsieur Tartuffe était prêt à tout
supporter. Peut-être aussi son âme vindi-
::ative mettait-elle en ligne de compte les
incongruités qu'il lui fallait accepter, et
^out en faisant la bouche en cœur, il se
promettait bien de s'en venger. On sait ce
\m en résulta et comme il eût réussi à le
aire, si l'on n'eûtvécu sous un prince en-
lemi de la fraude. E. G. P.
— On demande « s'il était toléré à cette
'poque de roter à table. » D'abord il ne
agit pas dans le passage de Molière, de
roter à table, » mais seulement de roter.
insuite, le trait perdrait son comique et
a force s'il s'agissait d'une liberté passée
:n usage, comme dire : « Dieu vous bé-
lisse, » à quelqu'un qui éternue. Le fait
:ité prouve que roter en société était une
ncongruité, mais que le pauvre Orgon
était si entiché de son héros, qu'une gros-
sièreté qui devait choquer tout le monde,
devenait pour lui l'occasion d'une parole
bienveillante et affectueuse au cher homme.
G. D.
— La formule congratulatoire gui
échauffe si plaisamment la bile de Dorine
est, comme le noble jeu de l'oie, renouvelé
des Grecs. Bien avant Molière, Juvénal
(Satire III) avait cinglé l'effronté pique-as-
siette, récemment débarqué de Sicyone,
de Tralles ou de Samos, qui savait exploi-
ter au profit de sa gloutonnerie les travers
et les incongruités de son amphytrion :
.... Laudare paratus,
SI BENE HucTAViT, sî rectum minxit amicus.
Mais le coup de fouet de Juvénal, aussi
bien que le coup de dent de Dorine, prouve
de reste qu'à Rome, pas plus qu'à Paris,
un homme de bonne compagnie ne se se-
rait permis en public une énormité de ce
genre.
On assure pourtant que de l'autre côté
des Pyrénées un rot bien accentué n'a ja-
mais nui à la considération d'un honnête
caballero. Dans la curieuse notice qu'il a
consacrée au maréchal de Roquelaure,
Tallemant des Réaux raconte à ce sujet une
anecdote de haulte graisse : i Quand le
a connétable de Gastille vint à Paris,
a Henri IV le fit traiter, et le connétable
a de France était vis-à-vis de lui; chaque
a Espagnol avoit ainsi un François de
a l'autre côté de la table. Le nonce du
« pape, qui fut depuis le pape Urbain, étoit
a au haut bout. Un Espagnol, qui était
tt vis-à-vis du maréchal de Roquelaure,
tt faisoit de gros rots, en disant : Lasanita
a del cuerpoy séfior mareschal. Le maré-
tt chai s'ennuya de cela, et tout à coup,
a comme l'autre réitéroit, il tourne le c,
« et lui fait un gros pet en disant : La sa-
« nita del c..., senor EspahoL »
Roquelaure avait-il eu vent du facétieux
édit que le divin Claude, si l'on en croit
Suétone, avait songé à promulguer : —
a Dicitur etiam meditatus edictum, quo
« veniam daret flatum crepitumque ven-
a tris in convivio emittenai, cum pericli-
a tatum quemdam prae pudore ex conti-
ft nentia reperisset. » Joc'h d'Indret.
— On se fait à tout 1 En Espagne, dans
la classe moyenne, l'usage était de saluer
celui à qui il arrivait de roter en compa-
gnie, non d'un a Dieu, vous bénisse!»,
mais de ces mots : Bueno provecho (bon
profit) !
Je tiens d'un gentleman anglais, natif
des grandes Indes, que, chez les naturels
de ce pays, lorsqu'un convive venait à com-
mettre cet acte, si incongru aujourd'hui
parmi nous, c'était pour eux une marque
que leur hôte avait fait honneur à leur
chère et, par conséquent, un honneur qu'il
N« iio.J
L'INTERMÉDIAIRE
423
424
leur faisait à eux-mêmes en leur en admi-
nistrant la preuve. B. S.
Une lettre de Luther sur les pierrots
(X, 339). — Un soir le docteur Martin
voyait un petit oiseau perché sur un arbre
et s'y posant pour passer la nuit; il dit :
« Ce petit oiseau a choisi son abri et va
dormir bien paisiblement; il ne s'inquiète
pas, il ne son^e pas au gîte du lendemain,
il se tient bien tranquille sur sa petite
branche et laisse Dieu songer pour lui. »
Vers le soir vinrent deux oiseaux qui
faisaient un nid dans le jardin du docteur.
Ils étaient souvent effrayés dans leur vol
par ceux qui passaient. Il se mit à dire :
a Ah ! cher petit oiseau, ne fuis point, je te
souhaite du bien de tout mon cœur; si tu
pouvais seulement me croire ! C*est ainsi
que nous refusons de nous contier en Dieu,
qui, bien loin de vouloir notre perte a
donné pour nous son propre fils. » (Extrait
des Mémoires de Luther par Michelet,
II, 83.) P. RiSTELHUBER.
Ghapier (V, 3ao). — On appelait chapier
rhomme qui, allant de long en large, se
promène comme un chantre ; car le chantre
est un chapier puisqu'il porte une chape.
Le mot était, du temps de Mercier, déjà
consacré pour les promeneurs des jardins
publics et, avant lui, Gresset avait écrit :
Les politiques rêveries
Des vieux chapiers des Tuileries.
D. M.
— En Normandie, chaper^ se promener
dans un appartement, dans une galerie ; al-
ler d'un bout à l'autre d'un lieu quelconque
et revenir sur ses pas, puis recommencer
souvent le même exercice, ainsi que font
les chantres d'église, quand, couverts d'une
chape, ils chantent les psaumes en al-
lant et en revenant d'un bout à Tautre du
chœur. — Ainsi les chapiers dont parle
Mercier sont les promeneurs qui vont et
viennent plus ou moins longtemps, d'un
bout à l'autre de la terrasse des Tuileries
ou de l'allée du Luxembourg.
(Alençon). C. E. D.
— M. J. R. ayant rencontré dans un
chapitre du Tableau de Paris cette phrase
énigmatique : « Tous les chapiers de la
terrasse des Tuileries ou de l'allée du
Luxembourg sont des antianglicans qui
ne parlent que de faire une descente en
Angleterre..., » a eu recours au Diction-
naire de Trévoux qui nous enseigne,
(ce qu'il soupçonnait un peu), qu'un cha-
pier est celui qui porte la chape. Nous
avons négligé, dans notre édition, d'ex-
pliquer ce terme pris ici au figuré ; la ques-
tion de M. J. R. nous prouve que nous
avons eu tort. Si, dans les nouvelles églises
de Paris, la. disposition du chœur con-
damne le chapier à une complète immo-
bilité ; à Notre-Dame, à Saint-Sulpice, à
Sainte-Elisabeth, son rôle est autrement
actif. On le voit arpentant, avec une régu-
larité d'automate, le court espace qui sé-
pare le lutrin des degrés de l'autel, et, du-
rant les vêpres surtout, continuer cette
promenade monotone, qui n'a de terme
que la fin même de romce. Maintenant
on saisit ce qu'a voulu dire Mercier. Les
chapiers de la terrasse des Tuileries et de
l'allée du Luxembourg étaient les flâneurs
accoutumés de ces deux jardins, qui y dé-
bitaient péripatéticiennement la politique
du jour, en poussant un pied devant l'autre
comme les chapiers auxauels on les com-
pare. En Basse-Normandie, le verbe « cha-
per » est d'un usage constant. On l'em-
ploie à tout propos, et l'on s'étonnerait
tort qu'il fût l'objet d'une enquête étymo-
logique, a Vous êtes en retard; j'ai cha^
plus d'une heure, en vous attendant.»
Cette phrase et d'autres du même genre
se répètent vingt fois dans une journée.
G. Dbbnoiresterrks.
— L'Académie française définit le mot
chapier^ a celui qui porte chape. » Elle
ajoute : « Les deux chapiers se promènent
a dans le chœur en certains temps de
a l'office divin. » C'est en eôet, ce qui se
pratique dans les diocèses ou ne règne pas
le rite romain. Les chapiers vont et vien-
nent de la grille du chœur aux marches
de l'autel et réciproquement. De là sont
venues les expressions de chaper pour in-
diquer l'action de se promener de long eu
large et de chapier pour désigner la per-
sonne qui se livre à cette sorte de prome-
nade, expressions qui, sans avoir reçu la
haute sanction de l'Académie française,
sont en usage dans plusieurs provinces.
(Le Havre.) A. T.
Prononciation des noms propres étran-
gers (V, 340). — Je ne pense pas que la
question puisse être résolue d'une manière
absolue. C'est affaire d'usage. Pourquoi
dit-on Cicéron et Tubero, Manlius et Ho-
race, Diogène et (i7/i5.)...? Dans Corneille,
Brute paraît ridicule, et Ton accepte les
Cosses, les Métels, les Pauls, les Fabiens.
Admettrait-on Cinne au lieu de Cinna,
comme Maxime au lieu de Maximus?
Pourquoi le traducteur Amyot, qui dit
Alcibiadés, et non Alcibiade, dit-il Thésée
et non Theseus ? Pourquoi Montaigne en
fait-il de même? Quant aux modernes, il
me semble naturel que les noms des hom-
mes très-connus, et que nous entendons
prononcer souvent par leurs concitoyens»
soient prononcés par nous de la même ma-
nière. Il serait aussi ridicule de prononcer
Goethe, Shakespeare, Byron, à la fran-
çaise, alors que nous savons tous comment
disent les Allemands et les Anglais, que
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 juin. 1869.
423
426
d'affecter la prononciation allemande ou
anglaise à tout propos et pour les noms
Jes plus vulgaires. Dans le premier cas, à
peine serait-on compris ; dans le second
cas, on courrait grand risque de passer
pour être un puriste pédant. Il n'y a, il ne
saurait, à mon sens, y avoir aucune règle
précise. Il y a un usage dont il faut ac-
cepter de bonne grâce la tyrannie, et
même les disparates les plus singulières.
Que dirait-on d'un homme qui s^abille-
rait comme au temps de Brutus, en Italie,
ou comme au temps de François I«', en
France? Les hommes sensés hausseraient
les *épaules et les enfants crieraient à la
chienlit. Pour être moins saillante, Taffec-
tation relative aux noms propres ne serait
pas moins ridicule. Dans une traduction
de Théocrite et de V Iliade, M. Leconte de
Lisle a essayé de rétablir les noms grecs
des dieux et des héros. Je doute que cet
essai, qui déroute constamment le lecteur
et le fatigue, trouve des imitateurs. Jupi-
ter et Junon, déguisés en Zeus, et Hera
Boopis, ne sont plus reconnaissables. D'ail-
leurs, pour aller jusqu'au bout, il faudrait
rétablir l'alphabet grec, écrire A^^illeus et
et non Achilleus. Ce serait une nouvelle
édition de la confusion de Babel, sauf la
grandeur et la majesté de l'action. Tenons-
nous-en à Tusage. Prononçons, à la bonne
franquette, comme tout le monde, et ré-
pondons tout simplement aux novateurs :
Sic voluit us-us. La logique, ici, n'a rien à
faire. E. G. P.
Biographie de Jacques Sarrasin (V, 340).
— On demande sur le compte de cet ar-
tiste quelques renseignements, autres que
ceux tournis par M. Jal dans son Diction-
naire critique. Je ne viens pas répondre
précisément à la Question, puisque je na-
louterai aucun aétail biographique à
ceux que mon savant confrère a pu grou-
per dans son intéressante notice. Mais je
saisis l'occasion qui m'est offerte de signa-
ler à M. D. D., comme je la signalais ré-
:eniment à M. Jal lui-même, une erreur
ie lecture dans la copie que donne le Dic-
tionnaire de l'acte de décès de Jacques Sar-
*azin.
M. Jal, trouvant dans cet acte, après ces
nots : Convoi de 20 prêtres^ cette abré-
viation, S. C., l'interpréta aiusi : Sans
XERc ou SANS CONFESSEUR, et comme les
nêmes lettres accompagnent les actes mor-
uaircs d'autres personnages cités dans le
dictionnaire (Simon Vouet, Stella, etc.),
j1. Jal croit devoir envoyer de même dans
autre monde, sans confession, un certain
lombre d'honnêtes gens.
Préoccupé du sort de ces infortunés, j'ai
oulu vériner si cewe sentence était juste,
t j'ai reconnu que ces deux lettres S. C.
i avaient pas le moins du monde ce sens
l'une note infamante. Les registres mor-
tuaires de la paroisse Saint - Germain-
TAuxerrois sont ceux dans lesquels cette
abréviation existe. Partout où elle se pro-
duit, elle est accompagnée d'une étoile (*),
sorte de nota bene; c'est-à-dire que ces ac-
tes sont signalés comme sortant du com-
mun des convois. J'ai suivi consciencieu-
sement cette étoile, comme un mage, dans
tout le cours de ces registres, et j ai pu la
voir s'arrêter sur certains actes où les deux
lettres cabalistiques étaient expliquées tout
au long. C'est ainsi, notamment, que j'ai
trouvé à la date du 28 mai 1661 cette men-
tion : a Service * Complet pour feu Mgr
le cardinal Mazarin. »
En ce qui concerne Marie Gré-
goire, femme de Sarrazin, la laborieuse
mère de xvi enfants, dont parle M. Jal, je
comprends fort bien qu'après une telle
énumération, il ait pu se croire autorisé
à lui épargner la fatigue d'autres gestations.
Je dois cependant porter à l'actif de Marie
Grégoire un xvii® enfant, Louis-René, qui
décéda le xi juillet i63q.
Je termine en citant la date du décès de
Marie Grégoire, date qui a échappé à
M. Jal : on trouve la mention de son con-
voi aux registres de Saint-Germain-l' Auxer-
rois,le 6 janvier 1660.
G. Saint-Joanny.
Le pont d'or (V, 341).— C'est sans doute
à moi, en premier, qu'il convient de ré-
pondre à la question posée. Je puis le faire
en peu de mots. Le général qui a dit : //
faut bâtir un pont d'or à l'ennemi qui se
retire, c'est le feld-maréchal Daun (Léop.-
Jos.-Maria, comte de), né le 2 5 septembre
1705, à Vienne, et mort le 5 février 1766.
Il fut, lors de la guerre de Sept ans, le gé-
néralissime autrichien contre Frédéric II
(le Grand) de Prusse, qu'il eut la chance ou
1 honneur de battre deux fois, le 18 juin
1757, près de Kollin, et le 14 octobre 1758,
près de Hochkirsch, où Daun put surpren-
dre pendant la nuit l'armée prussienne en-
dormie. Le lendemain, l'armée prussienne
se trouvait reformée ou réorganisée en bon
ordre, de sorte que le général autrichien
n'osait pas la poursuivre. C'est à cette oc-
casion qu'il a dit le mot du pont d'or. Du
reste, je crois que Daun n'a fait que ce que
font beaucoup d'hommes ; il a utiUsé le
proverbe qui justifie son penchant. Les
proverbes sont une affaire de tempéra-
ment; sans cela, on en compterait autant
que l'on en compte par paires^ dont l'un
dit oui et l'autre non, M. B.
P. 5. Qu'on ne me demande pas de citer
des exemples; je suis trop occupé d'autres
travaux pour les chercher. Je me rappelle
seulement que, dans les Proverbes attri-
fribués à Salomon, il en est deux qui se
suivent et dont l'un dit : Réponds aux sots,
et l'autre : Ne réponds pas aux sots; et
N« no,l
L'INTERMÉDIAIRE
427
428
chacun de ces deux conseils contradictoires |
est appuyé sur une bonne raison.
Omelette (V, 348). — J'ai eu en effet le
tort, et je supplie les lecteurs de Vlnter-
médiaire de ne pas m'en vouloir, de les
renvoyer au Dictionnaire de Ménage, sans
les engager à s'en défier. Je remercie
M. C. D. d'avoir signalé cette inadver-
tance, que je veux tâcher de réparer.
M. C. D. n'est-il pas aussi un peu coupa-
ble de n'engager pas ses lecteurs à se dé-
fier de Génin? Je me hâte d'ajouter que sa
peccadille ne saurait excuser ma faute.
Qu'il me soit permis, comme antidote à la
lecture des Récréations philologiques y « ce
livre d'une érudition quelquefois para-
doxale, souvent heureuse, et toujours spi-
rituelle » (Littré), et pour que nos co-
abonnés aient la note vraie sur Ménage,
de leur signaler V Histoire de la Langue
française de notre illustre lexicographe
(p. 63,64, 66, 61 et vassim). Je regrette
cle ne pouvoir m'etendre sur ce sujet. Qu'il
y aurait à dire des étymologies et des éty-
mologistes, et que de fois Génin , moins
excusable que Ménage, n'a-t-il pas erré ?
Que de fois ne s'est-ii pas, lui aussi, lancé
dans le fantastique? En tout cas, on verra
aux pages indiquées que Littré et Diez,
deux grands noms d'étymologistes, s'il en
fut (et qui combattent avec vous pour na-
talis, Monsieur Tiedeman;V. Littré, iifi5f.
delà Laii^Me/r.,t.II,p. 337et4io), n'ont
point dédaigné de discuter les opinions de
ce pauvre Ménage, si malmené par Gé-
nin, — et même parfois de les adopter.
F. -T. Blaisois.
Analogies de plusieurs noms de fleuves
I (V, 352). — La racine Dn ou T>i, dans le
sens d'eaux, de rivières, appartient à la
langue ossèthe qui fait partie de la famille
indo-européenne. Le peuple ossèthe des-
cend des Alains, dont la langue était liée à
l'idiome sarmatique. Voyez Lehrberg cité
par d'Ohsson, Des peuples du Caucase y
p. 184. Dans Hérodote, nous trouvons les
principaux affluents de la mer Noire, du
Danube au Borysthène, désignés par des
noms auxquels font place plus tard d'au-
tres noms renfermant le radical ij[w. L'Ister
devient le Danubius, le Tyras devient le
Danastris, le Borysthène le Danapris. Un
seul de ces noms lormé du radical dan ou
tan apparaît dans Hérodote, et il est
donné au plus oriental des fleuves qui se
versent de ce côté. C'est le Tandis ou le
Don. Le Tanaïs arrose le pays des Sar-
mates qui apportèrent ces noms en se ré-
pandant à l'ouest, tandis que les npms de
Borysthène, de Tyras et d'Ister, devaient
appartenir à l'idiome des Gètes ou des
Thraces. P. Ristelhuber.
Un peintre et curieux à Lyon en i55i
(V, 354). — L'ouvrage de Robert-Dumes-
nil. Le peintre^ graveur français^ donne
tout au long le catalogue des gravures
originales attribuées à Claude Corneille.
Jacques D.
Prénoms défendus (V, 36 1). — En Bel-
gique, nombre de jeunes filles se nom-
ment Annette, Jeannette^ etc., et je sup-
f)ose que ces noms doivent être inscrits sur
es registres de l'état civil. La loi de ger-
minal n'a d'ailleurs pas repoussé l'invasion
de diminutifs anglais qui, je ne sais com-
ment, sont devenus fort gracieux en pas-
sant dans notre langue, tels que Fanny,
Jennjr, mais qui n'en correspondent pas
moins à nos Fanchons et à nos Jeamt
tons. Jacques D.
Monnaies de Henri V (V, 364).— Il yen
a eu aussi de frappées en i833, car j'ai
sous les yeux une pièce de cinquante cen-
times de cette date. Le droit offre le profil
d'une tête d'enfant à cheveux courts, avec
le col nu. Il n'y a plus de costume mo-
derne, et la différence est analogue à cell«
Îui existe entre les premières pièces de
.ouis XVIII en frac, et les belles pièces
de Michaux ; l'inscription est HENRI V,
ROI DE FRANCE. A l'envers, je trouve
l'écu de France surmonté de la couronne
fermée, et des deux côtés, entre l'écu et
une double branche de lauriers, l'indica-
tion 1/2 F.; au bas, la date i833.
A. M.
Le public composé de 8ot8(V, 365).-
a On demande combien il faut de sots pour
faire un public? » — Cette belle question
est un de ces mots si vifs et si acerbes dits
par Chamfort, chez qui ils coulaient de
source. Delatouche et Deschamps, dans
leur petite comédie, Le Tour de faveur
scène 9, ont presque gâté cette boutade eo
l'enfermant dans le vers suivant :
[blici
Combien faut-il de sots pour vous faire un pu-
C. D.
Mademoiselle ou Madame (V, 367}.-
Il est certain que la Révolution a dérangé
le décor social : de ma portière, souvent
majeure (fille ou femme Pipelet, en jus-
tice, comme autrefois sous l'ancien ré-
gime), 89 fit une madame. Quand elle
perçoit ses petits impôts sur le traducteur
de Darwin, elle trouve « bien honnête»
ce père des Jumeaux d'Ellos; naais vos
grâces, citoyenne, n'ont rien de commun
ici avec ïhonnesteté du XV« siècle. Si Z''
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 juill. 1869.
429
430
grande Mademoiselle, encore majeure et
très-majeure , écrit fièrement : « j épouse
un de mes domestiques..., » croyez-vous
que Lauzun, heureux drôle, ait fait des
jaloux dans l'armée des antichambres ? Je
compte, Dieu me pardonne, plus d'unvjs-
saletus, varlet, vaslet ou valet dans la lon-
gue série de ses ascendants..., mais il fau-
drait être malin, comme on a cessé de
l'être, et même fôt(i)nr]ç comme on l'est de-
venu, pour le taquiner à ce sujet. Le da-
moiseau Pierre de Bar, sire de Pierrefort,
un héros entre Meuse et Moselle, avait
quarante ans bien sonnés quand il mourut
les armes à la main, « environ fête Saint-
Rémi i38o »; et dès que je vous accorde
que ce titre est tombé en désuétude, vous
me permettrez, Madame, de ne pas de-
mander au casseur de pierres de ma com-
mune, ce que son damison pense du sieur
de Bismark I Laissons « ces demoiselles »
de nos pères, qu'on appelle aujourd'hui
« ces dames », — les abus sont de tous les
temps, — et parlons aux filles en robes
longues ou court- vêtues, qui consentent à
subir toutes les horreurs régulières que
Madame Clémence Royer signalait au
Journal des Femmes. Elles tomberont, je
le crains, en puissance de mari : la Vulgate
ne l'entend pas autrement, et notre mon-
sieur^ son dominus, procède du seigneur,
seignur, seignour, seignor, senior, maî-
tre, propriétaire de la pauvre domina,
Seignor, d'ailleurs, dérive loyalement de
senior, Valderman germain, et A. de Che-
vallet remarque que cette étymologie est
rapportée dans un passage des lois d'E-
douard le Confesseur.
Dame ou domina est un titre de haute
volée, qui sous-entend la grande et par-
faite seigneurie. On était fille et dame, en
bonne noblesse féodale, parce que et non
Quoique demoiselle..., jouissant de ses
uroits ; double qualité qui rappelle, avec
l'obligation de desservir le fief, le devoir
pour le suzerain de marier la fille qui s'en
trouvait héritière. Jadis, force demoiselles
[dominœ minores ou dominicellœ) très-
nobles, très-dames et très- mariées selon
la loi chrétienne, restèrent... demoiselles;
et Georges Dandin a pu dire: Ahî^quune
femme demoiselle est une étrange af-
faire! C'est qu'aussi, dans le monde du
privilège, la sonorité des titres n'arrive que
tard à voiler la misère d'institutions vieil-
iissantes : notre plus « vieille urbanité »
!i'a qu'un mot pour caractériser cette dis-
tinction qui pèse au Journal des Femmes,
Mais Corneille, Racine, Mojière, les
classiques du XYII^ siècle, dites-vous, tit-
raient Madame, Hermione, Andromaque,
Pauline, Chimène, Agnès,' Henriette, Cé-
iniène et Philaminte ? -.- D'accord : tra-
vaillant pour la cour et rarement pour la
'ille, ils sacrifiaient d'avance à la dignité
ie la compagnie. Madame convenait à ce
peuple de domina et de seniores ; et Ma-
demoiselle, déjà gênant pour la prosodie,
appartenait, grâce à « notre vieille urba-
nité », au premier rôle : Armande-Gré-
sinde-Claire- Elisabeth Béjard, Mademoi-
selle Molière.
Avant la Révolution, — * j'en suis fâché
pour le Journal des Femmes,— on n'a pas
dit madame à toutes les filles majeures de
la noblesse, et mademoiselle à toutes les
autres. Je le prouve par la grande ci-
toyenne Marie-Jéanne Phlipon, femme de
M. Jean-Marie Roland, sieur de laPlatière,
révoltée de voir qu'on ne donnât point de
la madame chez les Cahaigne de Boismo-
rel, à sa grand'mère Marie- Geneviève Ro-
tisset, veuve de Gatien Phlipon.
Ce témoignage ne peut déplaire à Ma-
dame Clémence Royer, et j'en profite pour
demander à mon tour ce qu'est devenue
« mon Eudora qui devait s'accompagner
agréablement sur la harpe, ou se jouer lé-
gèrement sur le forte-piano. » {Appel à
^impartiale postérité, — Edition Bosc,
floréal an III, p. 41.) H. de S.
Prnd'hommiana. (V, 369). — Comment
ne répondrait-on pas avec empressement à
l'appel de M. A. A. ? L'élève de Brard et
Saint-Omer ! Mais c'est la quintessence de
la littérature, de la philosophie de notre
épogue 1 Voici quelques traits épars de ce
génie si naïf et si profond à la fois, que
j'avais saisi au vol et que je suis heureux
de fournir au spicilége projeté, si l'ami de
M. A- A. ne les a déjà enregistrés.
« C'est l'ambition qui perd les hom-
mes, dit un jour M. Prud'homme ; et il
ajouta : « Si Napoléon était toujours resté
a simple capitaine d'artillerie, il serait en-
« core sur le trône. »
a Tous les hommes sont égaux, » dit-il
une autre fois : « il n'y a de différence
<( entre eux que la distance qui les sé-
« pare. » A. H.
•
— M. A. A. connaît-il cette réflexion géo-
graphique de Joseph Prud'homme :
a N'est-ce pas étrange et consolant à la
fois, de penser que la Providence a tou-
jours placé une rivière près des grandes
villes ? »
Oserai-je, à ce propos, hasarder une ob-
servation ? C'est que M. Prud'homme, en
son beau temps, a su jouer de l'instrument
appelé Provicience tout aussi bien que le
premier ministre venu , et absolument
comme s'il en avait fait son état. E. D.
U116 lettre du comte de Lanzan (1690).
— Elle est datée de Brest, le 6 mars 1690,
N" iio.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [25 juill. 1869.
43i 432 — .
de respritde la débauche de disperser tout
ce qu'elle possède.
Or, de poule à cocotte, il n'y a que... la
patte.
C'est donc de là que les courtisanes de
notre temps, aussi bien que celles du temps
de Plaute, sont nommés des cocottes et que
les a petits crevés » sont nommés des Co-
codés. E. G. P.
et écrite, je crois, à M. de Seîgnelay, au
moment de l'expédition d'Irlande, qu'il
commandait :
« Je me scais très bon gré, dit-il, de n'a-
« voir point voulu prendre d'allarme sur les
« peurs que l'on m'auoit voulu donner,
« auant partir delà cour, des embaras dans
« lesquels je me trouuerrais a Brest auec
« M» de la marine, car je ne scaurois vous
« exprimer l'affection et la diligence auec
« laquelle Ton v trauaille a toutes choses.
« M. l'intencfant et M" de la Touche (i)
a et Vobert s'appliquent de manière que le
« seruice n'y traisne en rien. M. l'inten-
tt dant, par vos bontés ordinaires pour
a moy, m'a logé chez luy, d'ont je vous
« prie le reconnoitre.
« Les vaisseaux de Donquerques sont
a arrivés aujourd'huy a deux heures après
a midy... Les dernières de nos troupes se-
« ront embarquées le dousse... Je n'ay de
a ma vie rien veu de sy beau que la flotte.
« Plust à Dieu, pour la gloire du roy et
a votre contentement particulier, que nous
« peussions rencontrer la flotte qui porte
« la reyne... »
Pour copie : P. A. L.
Origine dn mot « cocotte > appliqué aux
femmes... comme il en faut. — En cher-
chant dans les œuvres de Sidonius Apolli-
naris, évêquc des Arvernes, une chose
beaucoup plus sérieuse, j'ai trouvé une
note de J. Savaron, éditeur et commenta-
teur de Sidonius, qui m'a fourni à ce sujet
une explication inattendue. Dans la 6* lettre
du 9e livre, adressée Domino vapœ Am-
brosio (au seigneur évêque Ambroise), on
lit le mot : Sumptuositas domesticœ Cha-
rybdiSy la prodigalité d'une Charybde do-
mestique. Cette expression, Savaron l'ex-
plique ainsi : id est spurcissimœ meretricis,
c'est à dire de la courtisane la plus mépri-
sable. Puis il cite une scholie ae Donatus
SUT ï Eunuque de Térence, dans laquelle.
le commentateur rappelle que Plante, in
Pseudolo, appelle les courtisanes Gallinœ
(poules), quidy ajoute Savaron, ut gai"
linœ. spargunt et perdunt omnia , parce
que, comme les poules, elles dispersent et
détruisent toutes choses.
Il fait allusion à l'habitude que les
poules, en grattant le fumier pour y cher-
cher du grain, ont de rejeter ae tous côtés
avec leurs pattes ce qu'elles ne mangent
pas.
C'est ce qui ressort évidemment du texte
de Fulgence (In mytholog. lib, 2 de Sy-
renis)y au livre II, des Syrènes, égale-
ment cité par Savaron : Inde Gallinacœos
pedes quia libidinis affectus omnia quœ
nabet spargit. On dit qu'elles ont des
pattes de poules, parce que c'est le propre
(i) La Touche-Tréville.
Des vers de Balzac. — Le petit volume
des Annales romantiques, pour les années
1827-28, renferme des vers de Balzac qui
n'ont pas été reproduits, croyons-nous,
dans les œuvres complètes de l'illustre ro-
mancier. — Nous les recommandons aui
éditeurs de la nouvelle édition qui paraît
en ce moment. Voici l'une des deux pièces
contenues dans le recueil; si MM. le
abonnés de ï Intermédiaire veulent con-
naître l'autre, nous nous ferons un vni
plaisir de la leur communiquer :
Vers écrits sur un album.
Le magique pinceau, les Muses mensongères
N'orneront pas toujours de ces feuilles légères
Le fidèle vélin ;
Et le crayon furtif de ma jeune maîtresse
Me confiera souvent sa secrète allégresse
Et son muet chagrin.
Et quand ses doigts plus lourds à mes pages f»
que ae son beau voyage
Le fécond souvenir [nuigs-
Soit doux à contempler comme un del sans
Balzac
On peut, à la vérité, regretter l'abon-
dance des épithètes employées par Balzac,
mais on ne pourrait refuser à cette petite
pièce un parfum exquis de sensibDite.
L'autre poésie est une « Ode à une jeuQe
fille. » A. DE LA Taille.
Une tasse qui est... on lien! — Le Pe-
tit Off du soir du 18 juin oflfrait à ses lec-
teurs Une tasse de thé. article de M. Oc-
tave Lacroix. M. Lacroix y fait un grand
éloge de «ce passe-port dont on munit les
beefsteaks les plus substantiels ornés des
pommes de terre les plus abondantes, »ei
après avoir dit les bienfaits du thé au point
de vue de la digestion, il célèbre les tien-
faits du thé au point de vue de la sociabi-
lité. Voici comment est amenée la méta-
phore de la tasse-lienj si digne d'être rap-
prochée de la métaphore de l'autre jour, à
propos du câble transatlantique (V, 399);
« On se montre empressé et galant en of-
frant la brioche à sa voisine ; on a de l'es-
prit, de la verve, et il semble que la tasse
de thé soit un des liens les plus doux entre
gens aimables d'une même société. »
T. DE L.
Parii. - Tïp. de Ch. MeTroeU, rne Gajat, I J. - «•».
NoméroUI.
CA«reJbs«<
QOJIQOI
:19
•ntr'atVicr.
10 aoAt 1869
9
e
£2nUtmébïaitc
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, ZT^OTES and QUERIES français.)
433
434
Relles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatiq.ue
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
Les poésies deJeanRus.—Je vais publier
bientôt, d'après un exemplaire que je crois
unique, les Œuvres dictées par Jehan Rus,
Bourdelqys, e^ jeux floraux à Tholo^e,
Le livre de Rus, qui n a pas de date, mais
qui est de Tannée 1 540 environ, a été im-
primé pour la première fois à Toulouse,
par Guyon Boudeville (lequel demeurait
en la rue de Villeneufve, près la Maison
commune). Quelqu'un connaît-ilJean Rus?
J'ai vainement cherché son nom dans
toutes nos biographies anciennes et mo-
tiernes. Ce nom n'est cité ni par La Croix du
Maine, ni par Du Verdier, ni par Colletet,
ni par l'abbé Goujet, ni par Viollet-Le-Duc,
ni par Sainte-Beuve, ni par le Manuel du
Libraire, etc. Les bibliophiles bordelais et
toulousains n'en ont jamais entendu par-
ler. J'ajoute que ce poète si peu connu est
très-digne de l'être, et que ce contempo-
rain de Clément Marot est presque son ri-
val. Le moindre renseignement biogra-
phique ou bibliographique me serait infi-
niment précieux. T. de L.
Zot? (Ne pas imprimer ni lire Zutl) —
Ne pourrait-on me donner une explica-
tion de ce mot bizarre? A-t-il oui ou non
une éiymologie authentique? — Je le
trouve dans ces vers dont j'ignore absolu-
ment l'auteur :
Les souhaits de bonnes années,
Dont l'usage est si général,
Sont toutes façons condamnées,
Sans qu'on remédie à ce mal.
Visites, tant qu'il vous plaira!
Faites-les seuls ou bien ensemble :
Au diable Zot qui les croira.
en
Connaît-on l'auteur de cette petite pièce
ie vers ? Duhamel.
Les beaux esprits se rencontrent. —
Où donc rencontre- t-on le nom du bel es-
prit qui a fabricjué cette locution à peu
près triviale aujourd'hui? M. Leroux de
Lincy, malheureusement, ne l'explique
point dans son livre des Proverbes /ran^
çais, ni Littré non plus dans son Diction-
naire de la langue française, La phrase
se trouve au mot rencontrer dans le Dic-
tionnaire de la langue française de Riche'
let (éd. de Paris, 1728); par conséquent,
l'idée de vouloir chercher le mot chez
Laurent Sterne (né en 1713, mort en
1768), qui a dit : Great wits jump (Tris-
tram Shandy-y 3, 9), est simplement ab-
surde.
(Amsterdam.) H. Tiedeman,
Le nom des Francs. — Je lis , dans la
Revue critique y sous la signature Rod.
Reuss : « Vers l'an 240 après Jésus-Christ
un certain nombre de petites peuplades
germaniques, les Teuctères, les Sicam-
bres, les Usipètes, les Ampsivariens, etc.,
trop faibles pour se défendre contre les
attaques des Romains , se fondirent en
un seul peuple sous la pression du dehors
et prirent le nom de Francs. » En note :
a Le nom des Francs vient probablement
de framjay lance, comme celui des Saxons,
de sahSy couteau. » — Puisque les peu-
plades dont il est question avaient des
noms, était-il nécessaire pour elles d'en
prendre un autre, et puisque le nom de
rrancs ne vient que probablement de
framja^ est-il permis de demander plus
de certitude? R.
Faire ripaille. — Le duc de Savoie,
Amédée VIII, qui fut pape plus tard sous
le nom de Félix V, remit en 1434 le gou-
vernement à son fils Louis, et se retira au
couvent de Ripaille, près de Thonon, où
il mena, dit-on, une vie voluptueuse. —
Est-ce bien là l'origine de l'expression :
faire ripaille} l'a-t-on toujours employée
en mauvaise part? Le mot ripaille n'était-
il pas connu avant le XV« siècle, et quelle
en serait l'étymologie?
(Valenciennes.) J. L.
TOME V,— l5
N- III.]
L'INTERMÉDIAIRE
435 —
436
De la boue pétrie dans dn sang. — A qui
appartient cette parole, une des plus éner-
giques qui aient jamais été prononcées?
Suétone prétend qu'elle fut dite par Théo-
dore de Gadara au sujet de Tioère. Sui-
das rapporte qu'elle fut dite par Alexandre
d'Egée au sujet de Néron. Y a-t-il quelque
témoignage ancien en faveur 4e 1 une ou
de Tautre de ces opinions ?
EUQ.ORRAL.
La semaine des qnatre Jendis. — Voilà
une locution qu'on emploie bien souvent!
En connaît-on Torigine? Quant à moi, je
rignore complètement. Seulement, j'ai
trouvé la semaine des deux jeudis. Ce
n*est pas une plaisanterie. A la fin du
XVII« siècle, vers i68o ou i685, on lisait,
dans le couvent des Cordeliers, à Paris, une
épitaphe ainsi conçue :
Hic Nicolaus^ filius minor loannis de
Sancto Quirico civis civitatisSenarum,qui
obiit anno Domini 1 338, die dominica duo-
bus Jovis diebus mensis Augusti.
Voici comment il faut entendre cette
semaine à deux jeudis , suivant Lemaire
{Paris ancien et nouveau).
Elle fut ainsi appelée, parce qu'à l'en-
trée d'un pape à Paris (i) qui se devait
faire un jeudi, le temps fut si mauvais que
la cérémonie fut remise au lendemain
vendredi et, ce jour-là, on eut permission
de ce même pape de manger de la viande,
et on l'appela deuxième jeudi.
Ceci n est point un conte.
Eh bien, je viens demander si la semaine
des quatre jeudis a une origine historique
comme celle que je viens de découvrir.
Cherclions, firères, cherchons !
A. Nalis.
Badandisme. — Ce mot est-il français ?
Ne mérite-t-ii pas de l'être, bien qu'il ne
figure pas dans le Dictionnaire de la langue
française de Littré ? Il a été employé par
Jean- Baptiste Rousseau, dans le passage
suivant, extrait d'une lettre adressée à
M. Brossette le i8 mai ijijCt. V, p. 170,
éd. Lefèvre, 1820).
a Pour le czar qui n'était pas encore à
a Paris le 2 de ce mois^ je suis persuadé
« qu'il y attirera la curiosité de bien des
tt gens. Il en est plus digne que l'ambassa-
o deur de Perse, et vous savez jusqu'où on
« a porté le badaudisme pour ce fou, tout
a mal morigéné qu'il était. r>
Jean- Baptiste Rousseau n'est-il pas une
autorité suffisante pour faire admettre
cette expression ? Ed. Leroux.
(i) Benoît XII, probablement (J. Fournier)
né à Saverdun et qui succéda à Jean XXII.
Rue 6ît-le-Cœnr. — Par quel raoïif
s'est -on décidé à donner définitivement à
cette rue une d^omination aussi singu-
lière? Je sais qu'elle a sucQessivement porté
différents noms sur lesquels les antiquaires
sont loin d'être d'accord, rue Guy -le-
Cuens , Guy • le- Queux , Guy - le-Comte,
GuY'le-Preux y Gilles-Queux, Villequeux,
Gilles-Cœur y et même Git-le-Cceur, qui doit
être l'altération la plus complète de tous les
noms qui précèdent. Pourquoi est-ce pré-
cisément cette altération suprême qui a
triomphé de toutes les autres? Les pre-
mières s'expliquent, mais ce qui ne s'ex-
plique pas, c'est que la moins rationnelle
ait survécu à ses devancières.
Les érudits nomenclateurs de l'Hôtel de
ville qui ont naguère transformé le sire
de Baudricourt en écuyer de Jeanne Darc
ont dû avoir une raison pour adopter cette
appellation baroque: je voudrais bien la
connaître, mais en attendant je fais appel
aux abonnés de V Intermédiaire, pour tâ-
cher de savoir quel est le cœur, masculin
ou féminin, qui repose sous les pavés de
cette rue. 2. A.
Acceptions diTerses du mot : Femme du
monde. — Cette expression, Femme du
monde, a-t-elle toujours eu le sens, et no-
tamment le sens honnête, qu'on lui donne
de nos jours ? ' D. L.
Képi. — A quelle époque ce mot s'est-il
introduit dans la langue ? N'est-ce pas
après la conquête de l'Algérie ? Cependant
il n'a pas une physionomie arabe, et la
coiffure qu'il désigne ne ressemble en rien
à celle des Orientaux. M. Littré avoue que
l'origine de ce substantif lui est inconnue.
Quelqu'un des abonnés de V Intermédiaire
serait-il, sur ce point, plus savant que l'il-
lustre érudit ? DicASTÈs.
Salons de Diderot. — Depuis la publi-
cation complète des œuvres de Diderot par
Brière en 1 82 1 , qui contenait les Salons de
1761, 1765 et 1769, plusieurs Salons iné-
dits ont été découverts et publiés par
M. Walferdin, l'heureux possesseur de ces
pièces inédites. On demande :
jo Dans quels numéros de la Revue de
Paris, (vers i858?) a été faite la publica-
tion de ces Salons inédits?
2® A quelles années se rapportent-ils î
3° A-t-il été fait un tirage à part de cette
publication ? Ce tirage, s'il a été fait, exis-
te-t-il dans le commerce?
4« Quelle est l'étendue de ces Salons
nouvellement retrouvés ?
50 M. Walferdin possède- t-il les manus-
crits originaux ou seulement des copies?
Dans ce dernier cas, où se trouveraient les
originaux?
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[xo août 1869.
437
438
ô*» Quelqu'un saurait-il si M. Walferdin
s'occupe toujours de Tédition de Diderot
qu'il avait promise ?
7« Ne prépare-t-on point en ce moment
une nouvelle édition des œuvres de Diderot,
et qui la prépare ? S. Y.
Expositions de la Jeunesse. — Existe-
t-il des livrets des expositions de la Jeu-
nesse sur la j^ace Dauphine? S. Y.
L'Eschassier. — C*est ici une question
d'histoire littéraire et non d'histoire natu-
relle. Un provincial réclamait, en 1644, à
un de ses correspondants de Paris, « tout
« ce qui se trouve de TEschassier, advocat
« au parlement. » Un autre provincial ré-
clame aujourd'hui des renseignements sur
l'Eschassier et sur ses œuvres.
Yezimat.
Ferdinand !•', roi de Sicile. — Sur une
lettre autographe de ce prince, avec sceau,
le roi couronné, assis sur son trône, tenant
le sceptre et le globe ; en dessous, Técus-
son de Sicile, lettre adressée au duc de Mi-
lan (Sfbrze), cju'il appelle : o Mjo caro pâ-
tre, » il termine par ces mots :
a Scripta de mi a ppria ma no,
a Lo vro fillô lo Re de Sicilia. r
Comment pourrait-il être fils du duc de
Milan? P. A. L.
«Martin Luther, » drame de L. Halévy
(V, 108). — M. Fréd. Lock, mon ancien
collègue et ami, gue je remercie de son af-
fectueux souvenir, veut bien se substituer
à M. P. L. A., et accepter l'offre que j*ai
faite à ce dernier de renseignements plus
explicites sur mon drame de Martin Lu-
ther, reçu et non représenté au Théâtre-
Français; il veut bien aussi apporter un
supplément d'informations et poser une
question pour son propre compte : il trou-
vera, je 1 espère, satisfaction sous l'un et
l'autre rapport, dans la communication
nouvelle aue j'ai l'honneur d'adresser à
^'Intermédiaire, et qui n'a été retardée que
par une circonstance indépendante de ma
volonté.
Mon drame de Martin Luther a été reçu
d'abord à correction, le 17 oct. i83i, et
àéûnitivement , à la seconde lecture, le
ï j fév. i832. La lettre qui m'annonçait la
réception à correction, était conçue en
ces termes :
« Monsieur, je viens de voir M. Taylor
qui m'a chargé, devant le comité, de vous
faire part de la réception à correction de
l'ouvrage que vous avez lu hier, sous le
titre de Luther, aux conditions que vous
mettrez l'ouvrage en trois actes, supprime-
rez entièrement le cinquième acte, et que
vous renoncerez au rang de réception,
l'administration se réservant le droit de
monter l'ouvrage, quand elle le jugera
convenable, et sans inrais.
«J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec
une haute considération, votre très-hum-
ble et très-obéissant serviteur,
fii Le Secrétaire, Massôn.
« Le 18 octobre i83i. »
Cette réception à correction contenait,
on le voit, la réception en principe, à con-
dition que les effets en seraient ajournés
à la volonté du théâtre; elle m'imposait
littérairement les obligations suivantes :
supprimer le cinquième acte, et mettre
l'ouvrage en 3 actes. Ce travail accompli,
je me présentai de nouveau devant le co-
mité le i5 févr. i832. Dans l'intervalle de
la première et de la seconde lecture, par
suite de conférences avec plusieurs mem-
bres du comité et M. Taylor, commissaire
royal, il fut convenu que je ne supprime-
rais Qu'un acte, le cinquième, qui se pas-
sait dans l'église de Wittemberg, et que je
réunirais les deuxième et troisième actes
en un seul acte, composé de 2 tableaux.
L'ouvrage fut donc lu, à la seconde lecture,
sous ce titre : Luther ou la Réforme, tra-
gédie en 3 actes et en 4 tableaux. Au fond,
il restait en quatre actes. Il fut reçu défi-
nitivement; mais l'inscription a pour être
joué à la volonté du théâtre » fut mainte-
nue sur le registre des réceptions.
M. le baron Taylor, qui remplissait alors
les fonctions de commissaire royal, les
remplissait déjà sous le gouvernement pré-
cédent, en 1829. Ce fut sous- sa gestion, et
avec son bienveillant concours, qu'avait
été représentée, le 29 août 1829, ma tragé-
die du C^ar Démétrius. En i832, ses sen-
timents pour moi n'avaient pas changé ;
mais, catholiqiie fervent, et dévoué au
romantisme naissant, mon drame de Lu-
ther froissait trop ses convictions reli-
gieuses, et éveillait trop peu ses sympathies
littéraires, pour qu'il me prêtât, en cette
occurrence, un appui bien efficace. Une me
cacha pas que l'œuvre serait interdite par
la censure, et que là était la principale
cause de la grande latitude qu'avait voulu
se réserver le comité, relativement à l'épo-
que de la représentation. Chaque fois que
je demandais que la question fût vidée par
l'envoi de l'ouvrage à la commission de
censure, on m'obiectait victorieusement
âue la mise à l'étuae de Luther n'étant pas
écidée par l'administration, il n'y avait
pas lieu d'envoyer l'ouvrage au ministère,
mesure qui n'est jamais prise que pour les
ouvrages en répétition. Je compris que
l'ouvrage était tacitement interctit, sans
N« III.]
L'INTERMÉDIAIRE
439
440
qu'il me fût possible de le dire, puisqu-'on
me refusait de le soumettre à Texamen des
censeurs, en vertu de la clause de récep-
tion : npour être joué à la volonté au
Théâtre, »
Deux années se passèrent ainsi. Au com-
mencement de 1834, M. Jouslin de la Salle
était directeur du Théâtre-Français, et on
Tavait investi en même temps de la direc-
tion de rOdéon. Je lui demandai la mise
à Tétude de Luther^ et je reçus de lui cette
lettre :
« i3 février 1834.
a Monsieur, je voudrais pouvoir répon-
dre à votre lettre suivant vos désirs
Votre ouvrage a été reçu le i5 fév. i832,
et l'inscription porte cette annotation :
a Pour être joué à la volonté de la Comé-
die Beaucoup d'autres ouvrages sont
reçus avant le vôtre, et leurs auteurs ré-
clament aussi des droits acquis... J'aurais
désiré vous offrir un tour de faveur, si des
engagements pris avec divers auteurs n'y
mettaient obstacle. Je ne puis donc que
faire mes efforts pour hâter le tour d^an'
cienneté que vous me demandez, et c'est ce
que je ferai. Il est encore un moyen qui
peut-être vous conviendrait; ce serait de
laisser jouer votre pièce au théâtre de
rOdéon, d'où le succès la ramènerait au
Théâtre-Français. C'est la même exploi-
tation; ce sont les mêmes acteurs, et les
mêmes soins seront apportés par moi à la
mise en scène. Quant aux droits d'auteur,
ils sont aussi les mêmes, les ouvrages étant
joués alternativement à la Comédie- Fran-
çaise et à rOdéon, lorsque cela convient
à leurs auteurs Voyez, Monsieur, et
croyez que vous me trouverez toujours
disposé à aplanir toutes difficultés...
« Votre dévoué serviteur,
c Jouslin de la Salle. »
J'acceptai cette proposition j il ne resta
plus qu'à fixer l'époque de la mise à l'étude
de l'ouvrage. Peu de temps après, nouvelle
lettre :
€ Mon cher Monsieur, Beauvalet répète
dans une pièce en 3 actes, en répétition
depuis longtemps; c'est une des raisons
qui m'ont empêché, jusqu'à ce jour, de
mettre Luther en répétition... Sous peu
de jours je vous verrai, et nous arriverons,
je l'espère, facilement à vous satisfaire. Je
suis dans les embarras depuis deux jours,
et c'est ce qui me force à remettre à quel-
ques jours à vous voir(i}.
.« Votre dévoué serviteur,
a Jouslin de la Salle. »
(i) L'excellent M. Jouslin de la Salle, quoi-
que l'auteur pour tiers ou pour quart d'un as-
sez grand nombre de vaudevilles, n'était pas
un écrivain. On s'en aperçoit de reste dans
cette lettre peu claire, quoique le jour y abonde.
Il est mort^ il y a deux ans, après avoir publié
quelques Souvenirs de théâtre.
Le 2 1 juillet, nouveau billet : Les em-
barras n'avaient fait que croître pour le
pauvre directeur des deux théâtres réunis
sous la même administration. M. Jouslin
de la Salle m'écrit qu'il a été question de
remettre l'Odéon à un directeur privilégié.
« Je joue fort peu à l'Odéon depuis ce mo-
ment, et les chaleurs ne me permettent
aucun résultat possible aujourd'hui... Je
pense que l'Odéon restera tel qu'il est ce-
pendant, et dans ce cas, aussitôt que le
temps me le permettra, je înettrai votre
ouvrage en répétition. »
Peu de temps après, M. Jouslin de la
Salle n'était plus directeur ni du Théâtre
Français, ni de l'Odéon.
Telle était donc la situation de Luîh&
en 1834. Ici j'arrive à la question posée
par M. Frédéric Lock, dans Vlntermé'
diaire du 2 5 mars dernier, sur un ouvrage
qu'il possède sous ce titre : « Luther,
poème dramatique en cinq parties, par
Léon Halévy, auteur du C^ar Démétnus,
Paris, 1834.» Rapprochant cet ouvrage
de celui que j'ai publié en 1866, et qu'il a
également sous les yeux : a Martin Luther
ou la Diète de Worms, drame historique
enj 4 actes et en vers, reçu au Théâtre-
Français, et non représenté, » M. Lock
ajoute : a Le poëme contient plus de per-
sonnages que le drame, mais les person-
nages du second figurent tous parmi ceui
du premier. Il y a d'ailleurs entre le texte
de l'un et de l'autre des identités si com-
plètes et si nombreuses qu'il n'est pas
douteux que le drame est tiré du poème.
Il est donc vraisemblable que l'histoire
de celui-là n'est pas tout à tait étrangère
à l'histoire de celui-ci. » M . Frédéric Lock
est parfaitement dans le vrai, et je vais lui
donner l'explication qu'il veut bien me de-
mander.
Découragé (on le serait à moins) par l'a-
vortement de la proposition qui m'avait
été faite par M. Jouslin de la Salle, et par
la chute de ce directeur, je me trouvais à
cette époque candidat à l'Ecole polytech-
nique pour la chaire de littérature fran-
çaise, vacante par la mort de M. Arnault
j'avais eu l'honneur de lui être adjoint
comme répétiteur pendant trois années, et
de le suppléer dans cette chaire. Je crus
nécessaire d'appuyer ma candidature surun
titre nouveau, et je publiai, sous le titre de
Poëme dramatique en 5 parties, Luther.
le Luther de la première lecture, celui qui
avait été reçu à correction aux FraQ^ais,
le 17 oct. i83i. Le Martin Luther^ ou lu
Diète de Worms, publié en 1866, est le
Luther de la réception définitive (i5 févr.
i832), diminué d un acte et notablement
adouci dans quelques pages trop véhé-
mentes, qui avaient expité les craintes du
comité et motivé la clause dilatoire, main-
tenue sur le registre, malgré mes pru-
dentes concessions.
Ce point éclairci(et il a son importance,
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo août 1869*
- 441
442
comme on le verra plus loin), je reprends
la suite de mon récit : M. Jouslin de la
Salle avait eu pour successeur M. Védel,
dans la direction des deux scènes (Théâtre*
Français et Odéon) toujours réunies. Je
me bornai, sous cette direction, à expri-
mer le désir de substituer le tour de ré-
ception de Luther à ma tragédie de Mac-
bethy pour laquelle je demandai lecture, et
qui avait été reçue à TOdéon sous la di-
rection de M. Harel(i): a Occupés sans
relâche de la mise en scène de Caligula,
de la reprise iMHernani, du Camp des
Croz5^5 (m'écrit M. Védel le i"févr. 1837),
de deux ou trois autres nouveaux ouvrages
qui absorbent tout notre temps, et occu-
pent constamment les membres du comité
de lecture, il a fallu renoncer momentané-
ment à cette importante occupation. »
C'est-à-dire qu'on ne lisait plus au Théâtre-
Français ; cela était simple et net, et cela
ne valait-il pas mieux en définitive que de
réunir pendant quelques mois, comme
nous l'avons vu récemment, une commis-
sion d'hommes sérieux, sous prétexte de
réorganiser le comité de lecture, pour ar-
river à cette conclusion , que désormais
« au lieu d'être reçus à correction, les ou-
vrages seraient renvoyés à une seconde
lecture? n
L'administrateur qui succéda, en i838,
à M. Védel, au Théâtre -Français, fut
M. Buloz, directeur de la Revue des Deux-
Mondes. Mais les deux scènes du Théâtre-
Franjais et de TOdéon cessèrent d'être
réunies, et ce ne fut pas comme directeur,
mais comme commissaire royal que M. Bu-
loz fut nommé. Ce fut sous sa gestion,
en 1842, que je lus Macbeth au comité
avec l'intention nettement exprimée de
faire bénéficier cet ouvrage du tour d^ an-
cienneté de mon drame de Martin Luther.
Macbethy dont je ne parle ici que parce
qu'il se trouve rattaché par cette circon-
stance à l'histoire de Luther, venait de
nou^i^au d'être reçu à l'Odéon sous la di-
rection de M. d'Epagny, en 1841 ; mais Je
n'y voyais pas de distribution possible. Ce
n'est pas ici le lieu de dire les conventions
particulières qui furent prises entre M. Bu-
loz et moi, à la suite de cette lecture, et
je reviens à Luther.
Vers la même époque, je demande de
nouveau la représentation de cet ouvrage
reçu depuis dix années. Je suis invité par le
(i) M. Harel m'écrivait le 17 août i83o:
« L'état actuel des études s'oppose à ce que je
puisse monter Macbeth, avant Louis XI (le
Uyuis XI de Casimir Delavigne, c^ui fut joué
en i832, non pas à l'Odéon, mais aux Fran-
çais). Après la représentation de cet ouvrage, je
m'occuperai du vôtre. Vous y trouverez de
l'avantage, puisque nous serons en hiver... »
L'hiver venu, le spirituel directeur me dit ce
mot mémorable ; « Le rôle de Lady Macbeth
n'est pas assez beau pour M"« Georges ; il est
trop beau pour une autre, »
comité d'administration à venir en conférer
avec lui. Cette fois le plus complet silence
est gardé par le comité sur la fameuse
clause : pour être joué à la volonté du
Théâtre; cette clause semble n'avoir ja-
mais existé, mais une autre arme est tirée
de l'arsenal administratif, toujours riche-
ment pourvu , et le comité m'objecte :
« Qu'ayant fait imprimer Luther, je n'ai
plus le droit de réclamer les effets de ma
réception.» Je réponds : i® Que l'ouvrage
publié par moi et intitulé : Luther, poème
dramatique en cinq parties, n'est pas l'ou-
vrage reçu le i5 févr. i832, sous ce titre :
Luther ou la Ré/orme, drame historique
en 3 actes et en 4 tableaux ; 2® je cite sur-
abondamment, pour ne pas laisser subsis-
ter l'objection faite, plusieurs ouvrages de
l'ancien répertoire, et du répertoire con-
temporain, reçus au Théâtre-Français, et
représentés, après avoir été préalablement
publiés par leurs auteurs. Peu de jours
après cette conférence, je reçois de M. Lo-
raux, secrétaire de l'administration, une
lettre où non-seulement il maintient l'opi-
pinion du comité, mais il va jusqu'à pré-
tendre que a le Théâtre-Français serait en
droit de m'intenter une action, pour avoir
rompu un contrat^ déserté un engagement,
en taisant imprimer Luther, voici cette
curieuse épître, datée du 22 sept. 1842:
a Monsieur, le comité ne pense pas que
les précédents cités à l'appui du droit que
vous supposez à un auteur de réclamer les
effets de la réception de son ouvrage, après
l'avoir livré à la publicité résultant de
l'impression, puissent établir jurisprudence
en la matière (i). Il peut convenir à une
administration de ne point opposer cette
cause de nullité du contrat, sans en recon-
naître la validité. Ce qui forme le contrat,
c'est l'abandon, de la part de l'auteur, de
la propriété de son ouvrage, à certaines
conditions. En disposer autrement, c'est le
reprendre, c'est le retirer, c'est rompre le
contrat. Si quelque chose y survit, c'est
un titre, une action, au profit de la partie
lésée, contre celui qui a déserté son enga-
gement, action qui, pour n'avoir jamais
été exercée que par des auteurs contre les
administrations théâtrales, n'en demeure
pas moins fondée en raison comme en
justice. Ce ne serait donc pas en vertu de
la réception de votre drame de Luther,
qu'il pourrait être aujourd'hui reproduit
sur la scène, mais seulement en faveur de
circonstances qui n'existent pas en ce mo-
ment pour le Théâtre-Français.
a Veuillez agréer, Monsieur, les assu-
rances, etc.
a Le secrétaire du comité, Loraux. »
( I ) J'ai oublié de dire que M. Loraux, secré
taire du comité dn Théâtre-Français, mort de-
puis, était avocat. Le lecteur s'en apercevra fa-
cilement.
N« m.]
L'INTERMÉDIAIRE
443
III
Ce qui résulte d'abord de cette lettre,
c*est la pleine constatation, c'est la recon-
naissance, sans restriction, de mon droit
à la représentation de Luther; c'est l'a-
bandon, apparent du moins, dans un loua-
ble sentiment de justice, de cette clause
dérisoire : o Pour être joué à la volonté
de la Comédie. » Mais, en y regardant de
plus près, on voit que l'administration se
place tout simplement sur un terrain qu'elle
luge plus favorable à la violation du droit.
Envisagée à un autre point de vue, la
lettre de Tavocat-secrétaire prend les pro-
portions du plus haut comique. J'admets
un instant la chose qui n'est pas, c'est-
à-dire l'identité de l'ouvrage imprimé et de
l'ouvrage reçu (j'ai démontré le contraire,
et tout lecteur des deux ouvrages peut
s'en convaincre; le système de M. Loraux
croule donc par sa base). Mais ce système,
admettons-le pour un moment. Quoi 1 c'est
le Théâtre- Français qui est lésé, parce que
j'ai déserté un engagement, rompu un
contrat, dont je demande en vain l'exé-
cution depuis aix ans, contrat et engage-
ment qui consistent, de la part du Théâtre,
à me jouer ^uand il le voudrait! Et d'ail-
leurs, exammons l'argument en lui-même;
cette prétendue nullité de la réception par
suite de l'impression de l'œuvre reçue : si
l'honorable M. Loraux existait encore.
Que dirait-il aujourd'hui de la singulière
tnèse qu'il soutenait alors, lorsqu'd ver-
rait tout le répertoire d'Alfred de Musset
passé du volume au théâtre; lorsqu'on
peut en dire presque autant du théâtre de
M. Octave Feuillet; lorsque récemment
encore, une comédie de M. Ernest Le-
le Moniteur, a été représentée quelques
mois après, et est restée au répertoire qui
ne s'en plaint pas?
Mais ]C m'abstiens d'un plus long com-
mentaire; j'ai voulu simplement répondre
à l'obligeante invitation de M. Frédéric
Lock, lui donner les éclaircissements qu'il
désirait, et publier quelques curieux do-
cuments. Il me sera permis cependant
d'ajouter, pour compléter cette histoire
de mon drame de Luther, qu'il eût dé-
pendu de moi de le faire représenter en
18^8. Mais le clergé n'était plus alors tout-
puissant; il se disait persécuté ; je crus
convenable et plus généreux de ne pas
lutter corps à corps, et en plein théâtre,
avec un ennemi que Ton pouvait croire
sans défense. J'attendis une époque plus
favorable; je l'attends toujours. L éloigne-
ment de la scène de mes tragédies de Lw-
ther et de Macbeth m'a porté le plus con-
sidérable préjudice; l'auteur dramatique
en a cruellement souffert et en souffre en-
core; l'écrivain (on me rendra cette justice)
a comblé de son mieux cette lacune par
quarante années d'incessants travaux pour-
suivis, au théâtre et ailleurs, non sans dé-
couragement et sans amertume, mais avec
une ferme persévérance. Les lecteurs de
V Intermédiaire me pardonneront, je l'es-
père j cette courte échappée personnelle,
s'ils lugent, comme moi, que ce chapitre
de Tnisioire d'une vie littéraire peut mar-
quer le caractère du régime administratif
sous leauel notre première scène drama-
tique a longtemps vécu et vit encore.
Léon Haléyy.
20 juillet 1869.
Le soufflet, injure grare (V, 167).—
Voici une citation qui explique pourquoi
le soufflet, application de la main sur le
visage d'un autre, est considéré comme
une injure grave qui ne peut se laver que
dans le sang, a Autrefois, il n'y avait que
les vilains qui combattissent à visage dé-
couvert, et il n'y avait qu'eux qui pussent
recevoir des cours sur la face. On tint
donc, entre gentilshommes, qu'un soufflet
donné sur la joue était une insulte qui de-
vait être lavée dans le sang, parce que ce-
lui qui la recevait était traité comme un
vilain. » (Journal de littérature, 1779.)
Cette explication 'simple et plausible
peut, ce nous semble, paraître satisfai-
sante... à moins qu'on n'en ait une meil-
leure à produire. A. Tigulle.
Le testament politiqne de Charles IV de
Lorraine (V, io5). — Cette petite pièce de
irers se trouve dans les Œuvres d'Etienne
Pavillon, de V Académie françoise, con-
sidérablement augmentées dans cette nou-
velle édition. Seconde partie, contenant les
poésies. A Amsterdam, chez Zacharie
Châtelain, libraire. M. DCC.XLIII, pa-
ges 238-241. — Je fais observer que l'or-
thographe et la ponctuation diffèrent un
peu. Il y a, au bas des pages 2 38 et 239,
cinq notes sur Charles I V, sa veu^, son
fils, le prince de Vaudémont, sa fille de
rislebonne {sic), et sur son neveu, le duc
Charles V. Le testament politique de Char-
les IV est très-connu des bibliophiles lor-
rains.
Au lieu de Vie, il faut lire Moyen-Vie :
jamais la petite ville de Vie, chef-lieu du
temporel de l'évêché de Metz, n'a fait par-
tie de la Lorraine ducale. A. Benoît.
Faire la belle (V, 220). — Pourquoi
donc chercher si loin? Quand deux joueurs
ont gagné autant de parties l'un que Tau
décide de la victoire.
J. E. — G.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo août 1 86g.
— 445
446
Les ensorcelés de Monône (V, 244). —
M. Z. A. trouvera probablement une ré-
ponse satisfaisante à sa (question dans un
ouvrage de M. J. Tissot, intitulé : les Pos-
sédés de Morpney publié à la librairie
académique Didier. Le même auteur a
parlé des persécutés de Morzine dans une
conférence faite à Dijon, les 16 et 19 mars
186 3, sur la Sorcellerie et sa répression
en France, j. M t.
L'Orbilianisme (V, 3o8). — Nul doute
possible sur Tétymologie ou plutôt sur l'o •
rigine de ce mot. Orbilius, le pédagogue à
poigne (plagosus), a été immortalisé par
son malheureux disciple Horace (Epist,,
lib. II, I, 70). Suétone donne sur ce per-
sonnage des renseignements fort curieux
(De illustribus grammaticis, c. II); mais,
selon Macrobe (Saturn.y II, 6), ses éco-
liers n'auraient pas été seuls à souffrir
de râcreté de sa bile. Il avait parfois des
reparties assez burlesques. Un jour qu'il
s'apprêtait à déposer en justice contre
Galba, celui-ci, dans Tintention sans doute
de décréditer son témoignage (les rhéteurs
passant pour affirmer le pour ou le con-
tre, selon le besoin de leur cause), le
somma de décliner sa profession. « Je fric-
tionne les bossus au soleil, » répondit Or-
bilius (In sole gibbos soleo fric are), —
Gaiba était bossu; plus que tout autre, il
avait le droit de rire : l'histoire ne dit pas
s'il le fit.
11 convient d'ajouter, à la décharge d'Or-
bilius, qu'à Rome, le fouet et la férule
jouaient un grand rôle dans l'éducation de
la jeunesse ; aussi Plutarque remaraue-t-il,
comme un fait singulier, que Sarpédon, le
précepteur de Caton d'Utique, a em-
ployé, pour inculquer ses leçons dans l'es-
prit de son élève, le raisonnement, de pré-
férence aux gourmades : xai ^àp V^v ycL^i^K;
watSa^wY^Ç aûxou, xal X^yov l^wv xoîî
xovB6Xou xpox£tp^'f£pov. Joc'h d'Indret.
L'hirondelle de Carie Vemet (V, 3oq).
— A cette question, l'hirondelle du café
de Foy est-elle véritablement de Vernet?
je réponds : a Oui, à n'en pouvoir dou-
ter. » Et je prouverai bientôt mon asser-
tion, en prouvant que VERNET équivaut
à HIRONDELLE, et réciproquement;
en d'autres termes, je ferai voir que, selon
cet usage où furent de tout temps les ar-
tistes d'adopter un chiffre, une marque,
une signature, un rébus ou symbole, 1 hi-
rondelle forme ici, et ailleurs encore , les
armes parlantes de notre illustre peintre.
Mais il ne sera pas sans intérêt de toucher
auparavant deux mots sur l'oiseau à la tu-
nique mi-partie de blanc et de noir, dont
la vie pure et triste rappelle et consacre de
cruelles infortunes.
Un roi d'Athènes, Pandion , avait deux
filles, Progné et Philomèle. Celle-là, don-
née en mariage par son père à Térée, roi
de Thrace, finira par mourir du chagrin
que lui cause son époux ; celle-ci, long-
temps séparée de sa chère Progné, prie
son beau-frère de la venir quérir dans la
cité de Minerve, et de la conduire dans la
contrée qui doit son nom au fils de Mars.
Chemin faisant, Térée, qui était déjà éper-
dûment épris de Philomèle, l'enferme dans
un château où il l'outrage : cuis, après lui
avoir coupé la langue, il laisse sa belle-
sœur prisonnière dans la forteresse. Mais,
de retour sous le toit conjugal, il fait croire
à Progné que Philomèle est morte dans le
voyage. Un an plus tard, cette dernière,
qui, si elle ne pouvait plus parler, du moins
pouvait encore broder, autrement : écrire
avec une aiguille sur une tapisserie , traça
ainsi l'ignominieuse lâcheté de Térée, sans
oublier l'affreuse a mutilation » dont il
s'était rendu coupable sur sa personne. A
Eeine Progné eut-elle reçu cette toile, que
rûlée de jalousie, altérée de vengeance,
elle tua le seul fils qu'elle eût de son mari,
et fit cuire cet Itylus, dont elle servit les
membres à Térée dans un festin à lui
dressé par elle pour le jourde sa fête. C'est
donc alors que, dans un accès de rage, Té-
rée, les armes à la main, fondit sur les
deux sœurs. Mais, à l'instant, le ciel inter-
vint, et sur-le-champ furent chaneés Térée
en huppe, Philomèle en rossignol, Progné
en hirondelle, et son fils Itylus en char-
donneret. Voilà comment les ingénieuses
fictions des poëtes grecs ne sont pas sans
avoir pour tous oe salutaires enseigne-
ments. Au fait, si Philomèle gémit dans le
silence des nuits et sous l'épaisseur des
voûtes verdoyantes, aux heures des crimes
et dans les bosquets « myrteux; » si Pro-
gné se cache, en quelque sorte, solitaire,
muette et casanière, sous les poutres de
nospluspaisiblestoits, c'est que toutes deux
elles ont eu, hélas I à se plaindre du com-
merce des hommes; c'est que toutes deux
ont perdu et pleurent quelque chose : la
première son honneur, et la seconde son
fils. De plus, pourquoi Progné est-il de-
venu rossignol, Itylus chardonneret, si ce
n'est afin de pouvoir, à force de vitesse,
échapper à la criminelle poursuite de Té-
rée, transformé en oiseau des mœurs les
plus immondes comme duvol le plus lourd
et le plus lent? Donc, l'homme et ses pas-
sions avec leurs funestes effets, tel est tou-
jours, tel est partout, dans la nature comme
dans l'art, le fond commun, le thème iné-
puisable et immuable de toutes les con-
ceptions des poëtes. J'ai nommé les poë-
tes, et pour cela, je ne puis résister au désir
de rappeler ici ce que l'un des plus illus-
tres d'entre eux, Anacréon, nous a laissé
sur l'Hirondelle : deux adorables petites
, odes qui ont jusqu'ici traversé quelque
vingt-quatre siècles avec l'admiration et les
N» II 1.3
L'INTERMÉDIAIRE
- 447 —
448
vœux de tout ce qu'il est au monde d'es-
prits cultivés et délicats. Ces deux bijoux
de poésie grecque sont inscrits dans le li-
vre du lyrique de Téos, sous les nombres
XII et XXXIII. Je ne crains pas d'en of-
fiir à mes chers collaborateurs de Vlnter-
médiaire une assez fidèle version que je
viens de me permettre à leur intention :
I.
L'Hirondelle châtiée.
Hirondelle, dis-moi, dis, avec quel sévice
Justement infligé, veux-tu que ie punisse
D'un indiscret babil l'intarissable flot i
Veux-tu que pour briser ce satané complot.
Soudain j'arme mon bras, importune jaseuse.
Que je coupe ton aile, et te tasse boiteuse ?
Ou bien, autre Térée, en pénétrant ta chair
Dois-je faire tomber ta langue sous le fer ?
Pourquoi de mon beau rêve, ô messagère agile,
Par ton cri matinal as-tu chassé Bathylle i
II.
L'Hirondelle et le Poète avec sa nichée
d'Amours.
Tu reviens tous les ans. Hirondelle chérie ;
Tous les ans tu refais dans la douce patrie
Ton nid durant l'été ; mais, pendant le temps
[froid.
Pour regagner Memphis, tu passes le détroit.
Moi, toujours en mon cœur Eros tresse sa couche ;
Des Désirs celui-ci, pas plus gros qu'une mouche,
S'envole ; celui-là va rompant sa prison ;
Cet autre n'est qu'un œui captif sous la cloison.
Et les jeunes sans cesse appelant la pâture.
Sans cesse dans mon sein retentit un murmure.
Les grands sont des petits les pères nourriciers ;
Une fois drus, ceux-ci, par des essaims entiers,
Grossissent à leur tour l'aimante république;
Quel remède à mon mal se peut-il que j'applique?
Je ne saurais jamais de tant d'Amours, en moi,
Laisser crier ainsi l'intolérable émoi.
Comme dans Rome autrefois la Cigo-
gne, ainsi que dans Paris aujourd'hui, l'Hi-
rondelle porte bonheur aux maisons. Je
ne m'étonne donc pas que le maître de
celle qui fut le café de Foy, ainsi appelé du
nom d'un immortel capitaine dont on a
dit avec raison : « Bras, tète et cœur, tout
était peuple en lui, » s'obstine à vouloir
garder l'oiseau protecteur dont Carie s'a-
visa un jour de doter une demeure ouverte
à tous. Venu avec son fils Horace encore
éphèbe, lui avait-il fait servir ime pêche,
une prune? Je l'icnore. Toujours est-il que
je ne sais quoi d'humide et d'onctueux fut
lancé, soit par l'un, soit par l'autre, au
plafond et y imprima une malencontreuse
tache. Aimez-vous mieux que, après avoir
humé et savouré la liqueur, non moins
chère à la peinture qu'à la poésie, Carie
n'ait eu pour payer d'autre monnaie que
son talent naissant ? Choisissez donc ; qu'il
s'agisse pour lui, soit de réparer un dégât,
soit d'acquitter une dette, Vemet, dans
l'un et l'autre cas, inscrit déjà pour la
gloire, dans un lieu très-fréquenté, un nom
déjà dynastique, mais encore sous le ri-
deau. Spontanément donc, ou sur Tinvi-
tation du public amphitryon du« café de
Foy, Carie, en guise de numéraire, donne
son nom, laisse sa carte. Et pour cela, que
fait-il donc ? Comme VERNET dérive de
VERNELLUS, issu lui-même de VER,
d'où VERNUS, tous mots au fond des-
quels verdit le « printemps; » comme d'ail-
leurs le héraut emplumé, le rapide messa-
fer du RENOUVEAU, c'est cet oiseau
ont les Romains disaient que, si la pluie
menace, 'il « va-rasant-l'onde, » IT-RA-
DENS-UNDAM, (H)IRUNDO, notre
Carie, au lieu de figurer en toutes lettres
VERNET, représente son blason, ses ar-
mes parlantes , par le volatile avant-cou-
reur de la première saison de l'année,
VERNA primi temporis prcenuntia; en
un mot, il peint une hirondelle.
(Grenoble.) J. P.
Un vers de Tartuffe (V, 421). —Je ne
sais si tout le monde sera d'accord avec
M. Louis H. : que Dorine parle des éructa-
tions de Tartufife et de l'accueil que leur
fait Orgon comme d'une chose naturelle.
C'est, au contraire, le trait le plus fort et
qu'elle a gardé pour le dernier, du tableau
qu'elle trace de l'infatuation de son maî-
tre. Après cela, il ne lui restera plus qu'à
dire, comme elle le fait. — « Il en est fou. »
La citation du Dictionnaire de Trévoux
me paraîtrait donc beaucoup plus con-
cluante que celle de Molière, en faveur du
jdroit d'émission en question, si ce diction-
naire ne pouvait pas avoir consigné là uq
usage populaire et tenu pour fort grossier
dans la bonne compagnie. D'ailleurs, il n'a-
joute pas que cela se fit à table, circon-
stance très-aggravante. Une anecdote citée
par Tallemant des Réaux, et qui remonte
à une époque où le laisser-aller des ma-
nières pouvait se ressentir des guerres ci-
viles à peine éteintes, semblerait prouver
au contraire que ce genre de soupir n'était
pas admis en France. « Quand le conné-
table de Castille vint à Paris, Henri IV ie
fit traiter, et le connétable de France étoit
vis-à-vis de lui : chaque Espagnol avait
ainsi un Français de l'autre côté de la ta-
ble. Le nonce du pape, qui fut depuis le
pape Urbain, étoit au haut bout. Un Es-
pagnol, qui étoit vis-à-vis du maréchal de
Koquelaure, faisoitde gros rots, en disant:
La San i ta del cuerpo, senor marescal. Le
maréchal s'ennuya de cela, et tout d'un
coup, comme l'autre réitéroit, il tourne le
cul et lui fait un gros pet en disant : La sa-
nita del culoj senor EspanoL » M. de Ké-
ratry, dans une relation qui a paru en 1867,
dans la Revue des Deux-Mondes^ de la
part qu'il a prise à la campagne du Mexi-
que, représente la liberté d'éructation
comme pratiquée au Mexique par la meil-
leure société, et particulièrement par les
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[10 août 1869.
449
45o
dames, mais cela se passe dans un salon et
non pas à table. O. D.
— Dans l'Ile-et-Vilaine, il n'est pas rare
de trouver des paysans qui expriment leur
satisfaction, après un bon repas, en lais-
sant un libre cours à leurs éructations.
Loin de s*en offenser, Tamphytrion doit en
être très-flatté : c'est une preuve que Ton a
fait honneur à son hospitalité. Or, pour
qui sait que le langage, le costume, les
habitudes de nos paysans sont la plus
fidèle tradition des siècles passés, il ne
peut être douteux que l'on ait autrefois
roté aux tables bourgeoises , de même
qu'autrefois aussi on disait à la cour : J'ons
il f avons (Woïr les lettres du duc de Guise).
(Saint-Malo). A.-G. J.
Le pont d'or (V, 342). — On me com-
munique la réponse que voici qui, îe l'a-
voue, ne me paraît pas la réponse aéfini-
tive: a M. Alfred Assollant, ancien élève
« de l'Ecole normale et, par conséquent,
« homme bien informé, a dit dans ses pi-
« quantes Scènes de la vie des Etats-Unis
« (Hachette, iSSg, p. 246) : « Mais le vieux
« Butterhy ne fut pas • de cet avis ; il dé-
« clara qu'il pensait comme César^ qu'il
^ faut faire un pont d'or à V ennemi qui se
« retire. » Euqorral.
Les fourneaux du père Dnche8ne(V,345,
et IV, 139). — Dans le n» 355 de l'infâme
journal : « La grande colère du père Du-
chesne, » on a la preuve que c'est bien
fourneaux et non journaux, qu'il faut
lire. Hébert, l'ancien contrôleur des con-
tremarques au théâtre des Variétés, puis
membre de la Commune du 10 août, et
substitut du procureur de la municipalité
de Paris, dit : « Il t'en souvient, pauvre
« marchand de fourneaux, c'étoit par toi
« que devoit commencer la danse. » Et au
bas de cette ignoble feuille signée HÉ-
BERT, sont représentés deux tourneaux,
l'un debout, l'autre renversé. Elle sortait
de l'imprimerie de la rue Neuve de l' Ega-
lité, cour des Forges de Bonne- Nouvelle.
— Dans un billet écrit antérieurement à la
Révolution, le style du marchand de four-
neaux est bien différent. 11 commence ainsi:
« Hébert est venu pour avoir l'honneur de
« faire sa cour à son secrétaire général, »
ît termine par : « Je réclame les bontés
< de M, Quetan, que je me désespère de
' n'avoir point trouvé chez lui . »
Il demeurait alors rue Neuve-Saint-
-tienne- Villeneuve, maison de madame
■lerbault. P. A. L.
« Quo8 vult deperdere, Jupiter démen-
ât » (V, 369;. — En citant une sentence
recque, il est bon de ne la point tronquer. Il
me semble que sans parler d'une faute
d'accentuation (àçaipet, pour à^atpeî) je
relève un solécisme, 4'omission de l'anté-
cédent; dcTub TOUTWV. Ainsi, au lieu de, obç
airoXX6vat ôéXst, Zeùç vouv àçatpst, il est in-
dispensable que vous lisiez avec nous : OÎ>ç
i7coXX6vai ôéXei, à%o To6Ta)v vouv àçaipeï.
(Grenoble). J. P.
De qui ces deux vers? (V, 370.) — Si
j'osais, je conjecturerais que la véritable
leçon doit être en enfer au lieu d'en pri-
son, et que les vers appartiennent à quel-
Que Enéide travestie, à propos de ce vers
au Vie chant :
Discite justitiam inoniti et non temnere Divos!
La critioue et la plaisanterie seraient
d'autant plus justes que Virgile dit posté-
rieurement que Phle^as, qui le prononce,
avertit les ombres. Si ces deux vers ne se
trouvent pas dans V Enéide travestieimprï-
mée, ils pourraient appartenir à cette pa-
rodie du sixième chant, faite au collège par
Perrault, ses frères et ses amis, et que je
crois inédite. O. D.
— Ils sont de Scarron, et en voici le vrai
texte :
Cette sentence est bonne et belle ;
Mais en Enfer de quoi sert-elle?
C'est là une réflexion tout à fait person-
nelle que lui inspire le fameux : Discite
justitiam monitiy et non temnere Divos,
de Virgile, qu'il vient de traduire par :
a Soyez juste, craignez les Dieux 1 »
Ch. M.-L.
— Même réponse de Yezimat.
« Ventnm textilem » (V, 378).— D'après
Quicherat et Daveluy, ce mot signifie^é^^ir^
et il est de Pétrone {Satyricon). E. 6. P.
— Noël, à cette expression, qu'il traduit
par ga^Cy cite Pétrone. Dans son Diction-
naire français, il ne donne pas cette tra-
duction du mot gas^e; mais, au mot mous~
selinCj il traduit nebula linea, et allègue
encore Pétrone. A la vérité, cela signifie
seulement que Pétrone est l'auteur le plus
autorisé oii il ait trouvé ces tropes. Mais
cette circonstance, jointe à celle de l'ex-
pression modifiée, me paraît indiquer Pé-
trone comme en étant aussi l'inventeur.
O. D.
— Cette expression, bien ingénieuse en
effet, se trouve dans le Satyricon de Pé-
trone, ch. 55; mais, selon Pétrone lui-
même, elle appartiendrait à Publius Syrus,
que Trimalcnion, à la fin de son glorieux
Balthaj^ardy exalte avec emphase au détri-
ment de Cicéron qui n'avait rien à voir en
w» III.]
L'INTERMÉDIAIRE
43i
462
cette affaire. Entre autres vers plus ou
moins heureux de son pofite favori, le gro-
tesque amphytrion cite les deux suivants :
.£quum est induere nuptam ventum textilem,
Paiam prostare nudam in nebula linea ?
Joc*H d*Indret.
Vers de Baoar-Lormian empruntés par
Alf. de Musset (V, Syo). — Ce n'est point
le seul plagiat que Ton peut trouver dans
les œuvres de notre charmant poète. On
lit, en effet, dans Jacques le fataliste de Di-
derot : « Le premier serment que firent
deux êtres de chair, ce fut au pied d'un
rocher oui tomboit en poussière ; ils attes-
tèrent ûe leur constance un ciel qui n'est
point un instant le même : tout passoit en
eux et autour d'eux, et ils croyaient leurs
cœurs affranchis de vicissitudes. »
Musset a paraphrasé les mêmes idées dans
ces strophes magnifiques :
Oui, les premiers baisers, oui, les premiers ser-
[ments
Que deux êtres mortels échangèrent sur terre,
Ce fut au pied d'un arbre effeuillé par les vents,
Sur un roc en poussière.
Ils prirent à témoin de leur joie éphémère
Un ciel toujours voilé qui change à tout mo-
[ment,
Et des astres sans nom que leur propre lumière
Dévore incessamment.
Tout mourait autour d'eux, l'oiseau dans le
[feuillage,
La fleur entre leurs mains, l'insecte sous leurs
La source desséchée où vacillait l'image fpiés,
De leurs traits oubliés.
Et sur tous ces débris joignant leurs mains d'ar-
Etourdis des éclairs d'un mstant déplaisir, [gile.
Ils croyaient échapper à cet être immobile
Qui regarde mourir.
[Poésies nouvelles d'Aï/, de Musset,
Paris, Charpentier, i85o, p. 96).
A. DE G.
Hommes célèbres non mariés (V, 3y3),
— Sans doute il y aurait beaucoup de
noms à ajouter à la liste donnée par
M. H. S. ; mais il faudrait d'abord com-
mencer par en retrancher le nom de Cor-
neille qui y figure par une erreur étrange :
non-seulement Corneille fut marié; mais
sa descendance directe existe encore.
H. T.
— Où M. H. S. a-t-il lu que Pierre
Corneille n'était pas marié ? Voici un pas-
sage de son portrait par Fontenelle qui
est probant à cet égard. « Au fond, il était
très-aisé à vivre, bon père, bon mari^ bon
parent, tendre et plein d'amitié. » Ajou-
tons à ce témoignage celui d'un diction-
naire biographique à l'article Thomas
Corneille: a L'union entre son frère(Pierre)
et lui fut toujours intime. Ils avaient
épousé les deux sœurs ; ils eurent le même
nombre d'enfants... » R. de S.
— Il faudrait retrancher de cette liste:
i® Corneille; tout le monde sait qu'il
épousa Mademoiselle Marguerite de Lera-
périère, et Thomas Corneille la sœur de
cette même demoiselle de Lempérière, et
qu'ils vécurent tous quatre ensemble jus-
qu'à la mort de Pierre; — 2^ Addison,
qui, en 171 6, avait épousé la comtesse
douairière de Warwick, femme vaine qui
croyait descendre de son rang et dont il
n'avait obtenu la main qu'à force de temps
et de soins. Sam. Johnson disait qu'elle
l'avait épousé sur le même pied qu'une
princesse du sang ottoman épouse im
sujet turc : Fille, lui dit le sultan, je te donc?
cet homme pour esclave. — 3* Descans
suivant Baillet eut une fille, mais c'éttt
une enfant née hors mariage et qui mournt
à cinq ans en 1640. Vigneul- M arville sou-
tient que cette histoire d'enfant est un
conte fait à plaisir par les ennemis du
philosophe. A. Nalis.
— Corneille était marié. On prétend
même que ce fiit un mariage d'amour, et
que Richelieu dut intervenir pour lui fair.'
épouser celle qu'il aimait et que le ptt
gentilhomme, refusait de donner à ut
homme de robe. Si l'anecdote est exacte.
on peut citer le célèbre quatrain :
Qu'on parle bien ou mal du fameux cardina),
Ma prose ni mes vers n'en diront jamais rien ;
Il m'a fait trop de bien pour ea dire du mal;
Il m'a fait trop de mal pour en dire du bien!
Comme un exemple signalé du genui
irritabile vatum. Mettre en balance un pa
reil service avec des attaques contre e
Cidy qui, en définitive, lui avaient étéplu>
utiles que nuisibles!
Arioste aussi aurait été marié, selon une
notice biographique insérée dans le A/"-
gasin Pittoresque de septembre 1867, «'
qui paraît contenir plusieurs détails iné-
dits.
Je ne crois pas qu'on trouve cette asser
tion ailleurs ; mais, dans une notice placée
en tête d'une édition de la traduction de
Panckoucke, Paris, 1842, M. A. de Laiour
présente l'union d'Arioste avec une veuve
florentine comme étant à peu près un
mariage selon les idées de l'époque et du
pays. En sorte que je pense qu'il faudrait.
ou retrancher Arioste de cette liste, ou y
joindre encore J.-J. Rousseau, dont Ifi
mariage n'était pas beaucoup plus com-
plet. 0. D.
— Allongera qui pourra la liste dressée
par M . H. S. Je me contente, quant à moi,
a'en retrancher le nom de Corneille. U
douce et patiente Marie de Lempérière
n'occupait guère le monde d'elle et laissait,
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[ioaoûti>86^
453 -
454
sans mot dire, son mari adresser de char-
mants vers à la Duparc, mais ce n'est pas
une raison pour qu'on Toublie Au
contraire! Ch. M. L.
— Ajoutez, s. V. p., Joseph Scaliger et
Jean-Louis Guez de Balzac. Si M. H. S.
voulait étendre ses recherches jusqu'à nos
jours , il aurait à inscrire sur sa liste Ho-
noré de Balzac, Alfred de Musset, Béran-
ger, etc. Si, enfin, M. H. S. absorbait dans
sa curieuse statistique ceux de nos écrivains
illustres qui vivent encore, et <jui, selon
toute probabilité, resteront misogames,
je lui signalerais M. Sainte-Beuve.. Mais
chut!... M. de Guilloutet pourrait nous en-
tendre... Yezimat.
De la Ramée (V, 874). — J'ai eu pour
professeur d'allemand; en 1840, un des-
cendant de Pierre de la Ramée, M. Adol-
phe Ramus, bourgeois de Neufchâtel, né
d'un père neufchatelois et d'une mère al-
lemande à Hambourg. Il avait en sa pos-
session une Bible de famille, sur un des
feuillets blancs de laquelle chaque généra-
tion inscrivait son mariage, la naissance de
ses enfants et la mort de ses parents de
la génération précédente. 11 avait un fils,
mais je crois que tous deux sont morts et
je ne sais s*ii y avait une autre brancjie de
cette famille.
M. P. A. L. aurait une réponse plus
complète, en s'adressant au bibliothécaire
de la ville de Neufchâtel en Suisse.
(Versailles). R. de S.
Vitry-le-Françoi8 (V, 3j5). — On a
longtemps écrit Vitry-le^François^ et pro-
noncé Français^ jusque même sous la
Restauration, je crois. Maintenant on dit
2t on écrit le François, Toutes les pièces
ïdministratives portent Vitry-le-François.
Pour mon compte, je me conforme à
'usage actuel, mais je me rappelle cepen-
iant qu'étant enfant, je disais le Français
ît n'étais repris par personne. Je parle de
ongtemps. A. Nalis.
tt Les physionomies littéraires, etc. » (V,
I76). — L'auteur de cet ouvrage, en effet,
» a pas donné suite au projet qu'il avait
orme de publier la série des volumes qui
arent annoncés en i852 sous le titre de:
Les physionomies littéraires de ce
^tnps. » Un seul volume parut, il concer-
ait Honoré de Balzac et son œufre. Dif-
érents matériaux que ledit auteur avait
nsuite réunis de divers côtés, devaient lui
ervir pour la publication d'une édition
ouvelle de ce même volume, qui eût paru
ntièrement refondue et accompagnée d'un
hoix de lettres de feu M. de Balzac... si
lie eût jamais paru. Mais les tracas et les
ennuis que M. Dutacq, à l'instigation de
Madame Eve, veuve de Balzac (i), sus-
cita alors à celui qui préparait et annon-
çait cette édition nouvelle, le fatiguèrent
et l'indisposèrent tellement qu'il en aban-
donna tout le projet.
M. Michel Lévy, pour la belle et défi-
nitive édition des œuvres de Balzac qu'il
publie présentement, a réuni un fort grand
nombre de lettres de l'auteur de la Comé-
die humaine. Il a naturellement dû s'a-
dresser, pour y réussir, à la bienveillance
et à la complaisance des uns et des autres.
Il a interrogé le biographe de Balzac en
i863, leauel s'est bientôt aperçu que
M. Michel Lévy avait eu des informations
bien exagérées sur l'importance du porte-
feuille dudit biographe, relatif à M. de Bal-
zac. Ce qui lui est resté, est en vérité insi-
gnifiant, et ses idées s'étant absolument
portées ailleurs depuis quinze ans, c'est-
à-dire depuis un premier voyage qu'il eut à
faire à Venise, il n'a plus donné de soins
d'aucun genre aux menus papiers qu'il
avait réunis antérieurement à la date de
ce voyage.
Quant aux apprêts des autres notices et
particulièrement de celle qui fut ainsi an-
noncée : « Essai sur la jeunesse et les ten-
dances littéraires de Théophile Gautier
(Histoire d'un temps curieux), » voici la
vérité :
Le plan de cette notice et de différentes
autres dont les héros avaient tous été des
romantiques, s'était transformé dans l'es-
prit de celui qui l'avait conçu, en une œuvre
d'ensemble qu'il aurait voulu produire sous
le titre très-littéraire de : « Histoire du ro-
mantisme. » Il vit et interrogea beaucoup
ceux qu'il put rencontrer comme ayant fait
figure, petite ou grande, dans ce mouve-
ment, clans ce parti, dans cette école. Mais
le voyage à Venise, en portant sa curiosité
vers des horizons nouveaux, lui fit délaisser
les anciens. A vrai dire donc, il n'oserait
appeler notes les quelques lignes oui lui
sont restées d'un temps consacré à des re-
cherches d'une nature si différente de celles
qui l'ont depuis animé aux études de l'his-
toire d'après les pièces diplomatiques. Ce
qui lui reste de ses premières tentatives ne
sont que des bribes, des sommaires, des
memorabilia, immédiatement jetés sur le
premier brin de papier qui s'est rencontré.
Ceci est à la plume, cela au crayon; il est
malaisé de s'y reconnaître. Si M. Paul
Rovil, Ûont la question me semble dictée
Ear un grand sentiment d'obligeance, veut
ien entrer en relations directes avec moi,
je répondrai dans des lettres privées avec
plus de détails que je ne le puis faire dans
ce journal interméaiaire , charmant et in-
téressant, mais pour lequel il faut néces-
(i) Voir, pour les détails, la Presse, 22 nov.
i853, le Siècle, fin du même mois, et le Mous-
quetaire, 7 et 8 déc.
u* 1 1 1.J
L'INTERMÉDIAIRE
455
456
sairement se rappeler que le moi est haïs-
sable, quand il est excessif.
Il m est toutefois plus facile de répondre
en peu de mots à la dernière question de
M. Paul Rovil : Le titre cité par lui est
erroné ; je n'ai pas produit une Etude sur
les Alde^ mais seulement des Lettres
d'Aide /'ancien et des documents , tous
inédits, le concernant. J'en avais fait la
rencontre dans les précieux papiers de la
maison de Gonzague, à Mantoue. L'édi-
tion ne fut, en effet, tirée qu'à 160 exem-
plaires et imprimée à Venise {Venetiis,
ex œdibus antonellianis MDCCCLXVII).
Aucun exemplaire n'a pu et n'a dû passer
dans le commerce ; l'imprimeur s en ré-
serva cinquante-deux pour ses amis et je
pus disposer de cent huit qui furent
alors répartis entre des personnes qui
m'étaient amies personnellement, ou que
leur qualité de bibliophile, à moi connue,
m'assurait du bon accueil qu'elles feraient
à un livre composé ad memoriam Aldi
Romani. Ce m'est un regret d'avoir connu
si tardivement le désir de M. Paul Rovil.
Armand Baschet.
Clémence de Bourges et Louise Labé
(V, 377). — J.-B. Monfalcon dit, dans sa
notice sur Louise Labé, en tête de l'édi-
tion donnée par ses soins et ceux de L.
Cailhava (Pans, Râçon, i853,in-8), p. 12:
« Les réunions qui avaient lieu dans son
jardin (le jardin de L. Labé), ou dans son
beau cabinet de livres, étaient infiniment
agréables ; on y causait de poésie et des
petits événements du jour ; on y faisait des
lectures et de l'excellente musique. 11 est
probable qu'on y entendit plusieurs fois
cette intéressante Clémence de Bourges,
la perle des demoiselles lyonnaises, belle
comme Louise, comme elle encore poëte
d'un rare mérite, et dont le talent sur l'é-
pinette était si renommé, que Henri II et
Catherine de Médicis voulurent le connaî-
tre. Louise Labé a dédié son Débat de
J^o/ieef^'Amowr à Mademoiselle Clémence
de Bourges, par une lettre fort digne dont
l'objet principal est « de prier les vertueu-
« ses clames d'eslever un peu leur esprit
« pardessus leurs quenoilles et fuseaus, et
« s'employer à faire entendre au monde
« que si nous ne sommes faites pour com-
« mander, si ne devons estre dédaignées
« pour compaignes, tant es affaires domes-
« tiques que publiques , de ceux (fui gou-
« vernent et se font obéir. »
Cette opinion, Louise la défend fort
bien. On a raconté que Tintimité qui exis-
tait entre les deux amies avait fini par une
rupture éclatante. Clémence, dit-on, avait
un amant dont elle exaltait les Qualités
dans ses vers ; Louise Labé le lui en-
leva, etc Cette historiette, aventurée
pour la première fois par l'abbé Irail, en
1761, dans le i«' volume de ses Querelles
littéraires, n'a pas la moindre vérité; c'est
un conte fait à plaisir, bien qu'on le trouve
dans la Biographie universelle. Clémence
était fiancée à un jeune Lyonnais, Jean
du Peyrat (i), qui alla rejoindre l'armée
royale en Dauphiné, combattit les protes-
tants et périt à Beaurepaire. La douleur
tua la jeune fille, qui fut portée au cime-
tière le visage découvert et la tête couron-
née de fleurs. Cette pauvre enfant avait à
peine seize ans.
Dans son discours surjLouise Labé,luà
l'Académie des sciences et belles-lettres, en
avril 1746 (Lyon,'A. Delaroche, i75o,in-8,
de Ruolz, conseiller à la cour des Mon-
noies, ajoute que Clémence de Bourges
avait fait l'ornement des fêtes à nos rois à
leur passage, en jouant devant eux plu-
sieurs sortes d'instruments.
Elle était fille de noble Claude de Bour-
ges, seigneur de Myons, général des finait
ces de Piémont, et de demoiselle Fran
çoise de Mornay. Les armes de la maison
de Bourges paraissent à la voûte de lé-
glise de Saint-Nizier de Lyon, dans l'en-
droit où les nervures se croisent. Elle por-
tait de gueules au lion d'argent, et un
chevron d'azur brochant sur le tout.
P. B.
Les autographes de Madame Récamie
(V, 377). — La petite écriture de cette
femme célèbre est pourtant bien connue.
J'ai devant moi, entre autres, un h]lki
adressé à Madame la comtesse de Genlis;
quoique ne portant que ses initiales, J.R.
il est bien autographe, et date de son en-
trée à l'Abbaye-aux-Bois, en 181 9 :
« 14 novembre.
o On m'avait fait espérer que vous étiez
a de retour à Paris; j'ai été vous chercher
a à votre ancien logement. J'ai été chez
te M. Casimir (le fils de Madame de Gen-
lis), et c'est avec un vif regret que je re-
« nonce au bonheur de vous dire moi-même
« tout le plaisir que vous m'avez donné ec
« m 'envoyant Pétrarque et Laure. Vous
a savez par de meilleurs juges que moiliî-
a datant succès de cet ouvrage, dont la
« pureté et l'élégance de stile sont compa-
« rés à ce que vous avez écrit de plus p^r-
« fait. Je suis bien impatiente de pouvoir
a vous en parler. Soyez assez bonne pour
« me faire connaître vos projets. Je suis
a établie depuis mon retour de la campa
« gne à l'Abbaye-aux-Bois, et je ni y
« trouve aussi bien que puisse le permet-
« tre une situation dont vous connoissez
« toute la tristesse. Agréez l'hommage de
« toute ma reconnoissance et de tous mes
a sentiments. J- R» "
(i) Lacroix du Maine et Du Verdier citent un
J. du Peyrat, de Sarlat, qui traduisit le G^w-
tée, imprimé chez Kerver en i562. Est-ce t«
même?
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
457
458
[10 août 1869.
L'automne dé 181 S et tout l'été de 18 19
j'écoulèrent pour Madame Récamier dans
a gracieuse solitude du Val-aux-Loups,
quelle avait loué de moitié avec M. Ma-
:hieu de Montmorency. La charmante du-
:hesse de Broglie lui écrivait à ce sujet, le
19 juillet 181 9 :
« Je me représente votre petit ménage
I du Val-aux-Loups comme le plus gra-
K cieux du monde ; mais, quand on écrira
i la biographie de Mathieu dans la Vie des
ti Saints, convenez que ce tête-à-tête avec
tt la plus belle et la plus admirée femme
« de son temps sera un drôle de chapitre.
^'Tout est pur pour les purs, dit saint
« Paul, et il a raison. Le monde est tou-
« jours juste ; il devine le fond des cœurs.
tt II ajoute au mal, mais il ne Tinvente ja-
« mais; aussi, je crois que l'on perd tou-
« jours sa réputation par sa faute. »
Sur le billet de Madame Récamier, le
cachet porte en grec : a\k&kie. P. A. L.
Un liYre de Tabbé de Guasco (V, 378).—
La prétendue Histoire du pape Clément V
n'est qu'une Dissertation sur ce souverain
pontife. Elle est insérée dans le recueil
suivant, publié par l'abbé de Guasco : Dis-
sertations historiques y politiques et lit té-
r aires. Tourna y, lySô, 2 vol. petit in-8.
Lindication d'Œttinger n'est donc inexacte
que par une fausse énonciation du titre
que porte le travail en question.
G. Paulowsky.
Fin à dorer comme une dague de plomb
(V, 379). — C'est de même que Ton dit
d'un lourdaud : « Il est léger comme* l'oi-
seau de saint Luc » (le bœufj.
P. A. L.
— Il m'est impossible de ne pas protes-
ter contre Tétymologie un peu trop fan-
taisiste donnée par M. J. P. Suivant lui, le
mot dague viendrait de l'espagnol, et dé-
riverait de dado, doigt. Il n'y a au'un mal-
heur : c'est que doigt, en castillan, se dit
àedo^ dérivation toute naturelle de digi-
^^s, et non dado. La phrase que cite
M. J. P. : A una vuelta de dado, signifie
littéralement : En un tour ou en un coup
de dé. Quant à la véritable origine du mot
dague, elle est fort obscure. On peut con-
sulter sur ce point l'excellent Dictionnaire
^e M. Littré, qui indiaue comme étymo-
mologies possibles l'allemand degen, le
Dfeton dag, dager, ou une racine arabe
révélée par la forme portugaise adaga,
pour aUdaga.
En ce qui touche le passage de Rabe-
lais, je n'ai rien à ajouter à l'interprétation
ûe M. O. D., qui me paraît complètement
satisfaisante. Dicastès.
Les initiales J. H. J. (V, 579). — a Autre
bouquet fait en forme de croix, etc. » C'est
évidemment J. H. S. qu'on a voulu mettre :
Jésus Hominum Salvator. P. A. L.
— Ces initiales sont tout simplement
une faute d'impression ou une faute de lec-
ture. Les lettres qui accompagnent le bou-
quet « brodé en forme de croix, » sont
évidemment JHS, les lettres par lesquelles
on exprime si couramment le nom de
JHESVS. On y remarque comme dans
toutes les abréviations du moyen âge
l'emploi — toujours prédominant et sou-
vent exclusif — des consonnes et non des
voyelles, parce que celles-ci, moins nom-
breuses, sont plus faciles à restituer que
les consonnes dont le nombre supérieur
prêterait trop à l'erreur. Le même senti-
ment n'existe-t-il pas d'une façon encore
Î)lus frappante dans plusieurs langues de
'Orient, où les voyelles ont commencé par
ne pas s'écrire et n'ont été que plus tard
indiquées par l'addition de points et de
signes mis au-dessous et au-dessus des
consonnes, qui continuaient ainsi d'être
seules réellement figurées? A. de M.
Gnillotin et la Guillotine (V, 382). —
Je possède une brochure portant à la fin
les initiales R-P ,et intitulée ; «,étude bio-
graphique sur Guillotin (Joseph-Ignace) »
(Extrait du Moniteur universel des 2 5 fé-
vrier et 10 mars i85i.) L'auteur de l'ar-
ticle qui a paru dans le Figaro a dû con-
naître cette brochure, puisque les détails
qu'il donne, en sont plusieurs fois extraits
textuellement. On y trouve ce premier
couplet d'une chanson qui parut dans le
célèbre journal-pamphlet , les Actes des
apôtres :
Guillotin,
Médecin
Politique,
Invente un beau matin
Que pendre est inhumain
Et peu patriotique.
Aussitôt
Il lui faut
Un supplice,
Qui, sans corde et poteau,
Supprime du bourreau
L'office.
On lit ensuite les vers suivans qu'avait
faits un détenu :
La guillotine est un bijou
Aujourd'hui des plus à la mode ;
J'en veux une en bois d'acajou.
Que je mettrai sur ma commode.
Je l'essaierai chaque matin,
Pour ne pas paraître novice,
Si, par malheur, le lendemain,
A mon tour je suis de service.
L'auteur ajoute: « Et peu de jours après,
N* III.]
L'INTERMÉDIAIRE
459
460
tt assure-t-on, le matheureux fut de ser-
tt vice. » Ed. Leroux.
Eau Naf (V, 394). — Merci pour les
réponses au*on a bien voulu faire à cette
question d eau ; cependant ma soif de cu-
riosité n*est pas entièrement satisfaite. Je
tiendrais à connaître Tusage que l'on fai-
sait de ïeau naf^ à la fin des repas, dans
le XV« siècle. Voyez le texte du manuscrit
précité (V, 3x3). C. P. V.
Onvrages relatifs aux Gascons (V, 395).
— M. Euqorralne ferait-il pas bien dépla-
cer en tête de sa liste les diverses histoires
et biographies du plus gascon de tous les
rois : de Henri IV r Par la même occasion,
je lui conseille d'y joindre la Henriade ;
autre gasconnade moins excusable encore
de la part de Voltaire que laPucelle. Je si-
gnalerai ensuite à M. Euqorral le Cadet de
Gascogne dans les Nouvelles Œuvres de
J. de la Fontaine y publiées par M. Paul
Lacroix, sans oublier certain renard Gas-
con, de la fable le Renard et les Raisins ;
puis, la lâcheté, la forfanterie et la fourbe-
rie, personnifiées sous le nom de Chaudo-
reille, dans le Barbier de Paris, par Paul
de Kock ; un modèle de courage, de loyauté
et de générosité dans le personnage de
Croustignac du Morne au Diable , par
Eugène Sue ; et enfin Cocardas et son ami
Passe- Poil dans le roman et la pièce du
Bossu, de Paul Féval. J. Mt.
Le chatmnisme (V, 397). — Je ne con-
teste pas du tout que Chauvin soit un per-
sonnage de théâtre et de caricatures. Seu-
lement, je crois que son nom a été fait
exprès et tiré du mot chauve. S'il se trouve,
en effet, que c'est un personnage réel, j'ai
tort sans doute ; mais c'est un hasard à re-
marquer. Le Soldat Laboureur est un ro-
man de {?) inspiré, comme l'auteur lui-
même en convient, par le tableau d'Horace
Vernet. Le soldat laboureur s'y nomme
Francœur et non Chauvin, Qu'il ait été
mis au théâtre, je n'en doute pas, et même,
sans le savoir, i affirmerais volontiers que
ce fut un rôle cie Lepeintre aîné. Ce vau-
deville n'a pas été recueilli dans le 77?^^-
tre complet de M, Eugène Scribe, 1834,
vingt volumes in-octavo; mais cela ne
prouve pas qu'il ne fût pas de lui, ou du
moins qu'il ne portât pas son nom. Je ne
suis pas non plus le seul de nos correspon-
dants qui ait cru le mot chauvinisme ap-
plicable à autre chose qu'à la guerre , car
voici dans quels termes la question qui
nous occupe avait déjà été formulée, par
M. T. M. (IV, 389) : a Qu'est-ce que le
chauvinisme ? On ne parle en ce moment
que de chauvinisme appliqué à la guerre,
ae chauvinisme appliqué à la politique, de
chauvinisme appliqué à la rell^on-
Qu'est-ce donc au juste que le chauvinisme
en lui-même, et dans ses applications ? «
A la question ainsi posée, on pourrait ré-
pondre que c'est un combiné d exagération
et de... surannisme, quand ce dernier mot
sera français. O. D.
Naissance de d^Alembert (V, 4o5). —En
1778, le roi ordonna une révision générale
des pensions sur le Trésor ; chaque titu-
laire dut rapporter ses brevets. D'Alembert.
qui jouissait d'une pension de 1,2 00 livres,
accordée par le ministre de la maison du
roi, et aune autre pension de pareille
somme assignée sur les fonds du ministère
de la guerre, produisit ses titres qu'il ac-
compagna de son extrait baptistaire. Cet
extrait nous fait connaître la date exaa?
de sa naissance. Je transcris d'abordla
lettre d'envoi :
« Monseigneur,
a J'ai l'honneur de vous envoyer mon ex-
trait baptistaire ; vous n'y trouverez jwint
le nom de D'Alembert qui ne m a été
donné que dans mon enfance et que j'ai
toujours porté depuis. Mais je suis conoi:
de plusieurs personnes sous le nom de L^
Rond, qui est mon nom véritable.
tt Si ma pension. Monseigneur, ne m'es;
pas continuée, Tunique grâce que je vous
demande c'est de vouloir bien m'en pré-
venir à temps, pour que je puisse subir
dans ma dépense, déjà très-modique, \e
retranchement que cette suppression exi-
gera. Je sais vivre de peu, surtout quand
lés besoins de TEtat le demandent.
tt J'ai l'honneur d'être avec respect, Mon
seigneur, votre très-humble et très-obéis-
sant serviteur. « D'Alembert.
«A Paris, ce 10 mars 1779. >»
Voici maintenant l'acte de baptême :
Extrait des registres de baptême de l'hô-
pital des En/ans Trouve^ de Paris.
« Le dix-septième jour de novembre mil
sept cent dix-sept, a été baptisé Jean Le
Rond : son parrain Simon Perreau, demeu-
ran. rue de Guisarde, paroisse Saint-Sul-
pice ; sa marraine, Marie de Rocou, de-
meurante Parvis Notre-Dame, paroisse
Saint-Christophe, lesquels ont signés.
a Sienne : Grange, Perreac-
. M. DE Rocou.
« Collationné à l'original par nous prêtre,
second chapelain dudit- Hôpital soussigné,
cejourd'hujr sept mars mil sept cent
soixante dix-neuf. « Rosé, prêtre. »
Pour copie conforme : A. Boutaric
D'un livre qui était sur la table dans le
cabinet de Catherine de Médicis ,V, 4^0,
— C'est au département des manuscrits
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo août 1869.
461 -
462
de la Bibliothèque impériale qu'il faut
chercher aujourd'hui les deux manuscrits
qui étaient, en 1 589, sur la table de cette
reine savante et lettrée, que Voltaire et
Lacretelle ont représentée comme man-
quant tout à fait d'instruction et d'ortho-
graphe, comme si l'orthographe, à cette
époque, était un casus besti^e. Tous les
beaux manuscrits de Catherine, et ils sont
nombreux, se trouvent dans ce dépôt,
quoiqu'un grand nombre aient changé de
reliure. Je suis sûr d'y avoir vu /e5 -4^ms
du Monde, et surtout les Prophéties des
Sibylles, remarquables par les portraits de
ces dames. Quant au livre couvert de cuir
de Levant doré oii sont les pourtraictif de
divers plant^ de bastimenSy c'est à la Bi-
bliothèque de l'Arsenal qu'on le trouvera,
dans la collection des reliures royales. Il
s'agit d'un magnifique exemplaire de l'ou-
vrage d'Androuet du Cerceau {le premier
[et le second] volume des plus excellens
mtimens de France où sont désigne:^ les
plans de quinze [trente] bastimens et de
leur contenu. Pans, 1576-79, 2 tomes in-
folio), exemplaire de dédicace, relié par le
relieur du roi, T^icolas Eve, en maroquin
rouge du Levant , avec les chiffres de la
reine-mère , sursemés sur les plats , tran-
che dorée et gaufrée, curieux spécimen de
reliure molle, chef-d'œuvre digne d'une
grande royne et de l'amateur le plus dif-
ncile. P.-L. Jacob, bibliophile.
« Prndhommiana » (V, 480). —Voici, pour
M. A. A., une autre observation géogra-
phique de J. Prudhomme, ce nouveau
« maître des sentences î> de notre temps :
« Les Alpes furent franchies par César et
par Napoléon, — à des époques différentes,
bien entendu. »
C'est lui qui a dit le premier : « Soyez
heureux, c'est là le vrai bonheur ! » — Un
plagiaire a dit depuis, en variant légère-
ment : « Le vrai bonheur, c'est d'être heu-
reux. »
Il faut consigner précieusement ces im-
pressions d'art de M. Prudhomme voya-
geant en Italie et en Belgique, et visitant
les musées :
A Rome, devant la Communion de saint
Jérôme : « Digne d'attention ! »
A Florence, devant une statue en mar-
bre blanc : a C'est superbe ! on dirait du
sucre, n
A Anvers, devant un Rembrandt : a Un
pétard dans une cave, w A. H.
^vomaiiUis^ et (inno^itiB.
Arioste et les YOlenrs. — « ..* Alfonse le
nomma gouverneur d'un district de l'A-
Pennin révolté et inJfesté. de bandits Un
jour, le gouverneur-poëte, plus rêveur que
de coutume, étant sorti en robe de chambre
d'une forteresse dont il faisait sa résidence,
tomba entre leurs mains. Un d'eux le re-
connut, et avertit que c'était le signor
Arioste. Au nom d'Arioste, de l'auteur du
poëme d'Orlando Furioso, tous ces bri-
gands tombent à ses pieds, et le condui-
sent jusqu'à la forteresse, en lui disant que
la qualité de poëte leur faisait respecter,
dans sa personne, le titre de gouverneur. »
(Biogr, Didot).
n ... Sa gloire toutefois l'avait suivi dans
son gouvernement. Un jour qu'il passait
entre des montagnes, escorté de six à sept
domestiques à cheval, il rencontra assis à
l'ombre, quelques hommes armés, d'assez
mauvaise mine. Quand le maître fut un
peu plus loin, celui de ces hommes qui
semblait commander aux autres, demanda
à l'un des serviteurs qui était ce gentil-
homme. Il ne l'eut pas plus tôt su, qu'il
courut à Arioste, lequel s'arrêta étonné.
Le bandit, l'ayant abordé respectueuse-
ment, le pria de l'excuser si, ne le connais-
sant pas, il ne l'avait point salué d'abord.
Maintenant qu'il avait appris son nom, il
n'avait pu résister au désir de voir de près
celui qui lui était si bien connu de réputa-
tion. Quant à lui, il se nommait Philippe
Pacchione, et mettait toute sa bande au
service de sa Seigneurie. Envoyez donc des
poëtes pour purger les grandes routes dans
un pays où les voleurs savent lire ! » (A. de
Latour. Notice en tête d'un Roland Fu-
rieux, Paris, Masgana, 1842).
a ... Alfonse l'employa, trois années du-
rant, à la pacification d'une petite pro-
vince, la Garfugnana. Ici se place l'aven-
ture, par trop poétisée, des brigands qui
épargnent l'Arioste tombé entre leurs
mains. C'est tout le contraire. Le poëte,
alors gouverneur, faisait une tournée mili-
taire ; un chef de rebelles, en danger d'être
reconnu, sauva sa tête, en récitant deux
strophes de VOrlando. » {Magasin Pitt.,
sept. 1867). Pour extrait: D. O.
a Le Portefeuille du R. F. GiUet. » — Il
vient de me tomber entre les mains un vo-
lume qui m'a paru assez piquant, et encore
neuf, quoique âgé de 102 ans.
Il est intitulé : « Le Portefeuille du R. F.
a Gillet, ci-devant soi-disant jésuite, ou
« Petit Dictionnaire dans lequel on n'a
tt mis que des choses essentielles, pour
a servir de supplément aux gros qui ren-
« ferment tant d'inutilités. » A Madrid
(Paris), 1767, in-i2.
Barbier attribue cet écrit à Mentelle.
Quel Mentelle? Deux publicistes de ce
nom figurent dans la Biographie de Mi-
chaud. Quel qu'il fût, l'auteur du Porte-
feuille pouvait prendre rang parmi les
hommes d'esprit de ce siècle , c^ en
compte un si grand nombre.
N« 1 1 1 .]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [lo août 1869.
463
464
Voici plusieurs extraits à Tappui de mon
appréciation :
Abaissement. Situation de beaucoup de
gens fort riches avant le système de Law.
Acariâtre. Qualité assez ordinaire aux
femmes vertueuses dont la réputation est
intacte.
Accessoire. Il y a des ouvrages et des
toilettes où l'accessoire l'emporte sur le
principal.
Administrateur. Ce mot ne se met
guère avec celui de désintéressé. Les
doctes disent que c*est à cause de Teu-
phonie.
Adulte. Qui est parvenu en âge de rai-
son ; qUe de gens qui ne vont jamais jus-^
que-là !
Ane. Dans le sens propre, il se dit d'un
animal ; dans le figuré, mais bas, il pour-
roit se dire de beaucoup de gens fort
élevés.
Balance. C'étoit autrefois l'attribut de
Thémis ; on ne sait plus dans quelles mains
la mettre.
Banqueroute. Moyen honnête dont on
se sert pour assurer sa fortune sans être
obligé ae payer ses dettes. .
Cadenat. Serrure mobile et portative
dont on a fort étendu l'usage dans quel-
ques pays méridionaux.
CÉLIBAT. Bien plus rare que les céliba-
taires.
C... Mot indécent que Ton ne trouve
dans aucun livre honnête.
^ Ecole. Que de gens il faudroit y ren-
voyer !
Eloge. Il y en a beaucoup de très-bien
faits, auxquels il ne manque que la vé-
rité.
Entêtement. C'est la persévérance des
sots.
Esclavage. Situation qui embrasse tous
les états.
Estomach. Divinité de bien des gens.
Grimaces. Civilités de bien des gens.
Intérêt. Divinité à laquelle on sacrifie
tout.
Mémoire. Faculté de l'âme qui tient lieu
d'esprit chez beaucoup d'honnêtes gens.
Militaire. Citoyen destiné à servir la
patrie par les armes; il n'a jamais le ton
dur, ni les manières hautes et absolues.
Palais. Séjour ordinaire des vertus, du
bonheur et de la tranquillité.
Public Mot respectable toutes les fois
qu'il ne peut être rendu par ceux de ca-
bale^ àe populace.
Question. Il y a des gens qui passent
leur vie à en faire, et qui n'en sont jamais
plus savants. {N, B, Ceci n'est certes pas
à l'adresse des rédacteurs de Ylntermé-
diaire,)
Rapacité. Terme de finance et de pra-
tique.
Scrupule. Ce mot commence à n'être
plus en usage.
SiNQE. Animal fort connu auprès des
grands.
Tout cela n'aurait-il pas été écrit hier ou
aujourd'hui? (Lyon.) V. de V.
Les œuTres projetées par Balzac. - Il
serait curieux de recueillir la nomencla-
ture des volumes, des nouvelles et des
drames que Balzac avait projetés, et même
annoncés. J'avais rassemblé quelques no-
tes à ce sujet, d après les indications de
Balzac lui-même. Par exeinple, lorsqu'il
publia son beau roman des Chouans^ cnez
Levavasseur, il nous promettait aii moins
cinq ouvrages qui n'ont jamais paru, mais
dont Tébauche existe : le Roi des Becs-
Jaunes f 2 volumes in-8; le Privilège^ ta-
bleau de Paris au commencement à
XV* siècle, 2 volumes in-8; les TroisJCar-
dinauxy histoire du temps de Louis Xll,
2 volumes in-8 ; la Bataille, vue de ÏEm-
pire (1809), 2 volumes in-8; Histoire ie
la Succession du marquis de Carabas,
dans le fief de Coquatrix, 2 volumes in-8.
Vous me demanderez ce que sont deve-
nus les plans et les manuscrits de ces cioQ
ouvrages, qui eussent formé dix volumes;
On en a trouvé ^certainement quelque chose
dans les portefeuilles de l'auteur. Quant à
la Bataille (d'Austerlitz), il n'en a été fait
que deux ou trois chapitres, qui furent li-
vrés au libraire Boulland, lorsque Balzac
lui vendit ce roman, qu'il n'acheva jamais.
On les retrouvera peut-être, rari nartes,
dans l'océan des vieux papiers.
Paul Lacroix.
M. Thiers et le cardinal d'Ossat. — Od
a beaucoup reproché à M. Thiers son mot
sur les loups ae Savoie. Il avait été de-
vancé, il y a plus de deux siècles et demi,
par le cardinal d'Ossat écrivant, le 16 jan-
vier 1697, au sujet de Jacqueline de Mont-
bel, comtesse d' Entremont, veiive de l'a-
miral de Coligny, les lignes que voici:
a Laquelle observation je représentai à
S. S., et pris de là occasion de la suplier
de ne leur croire rien, ci-après, d'elle; et
d'avoir pitié de cette pauvre dame, qui n'é-
toit travaillée que pour l'envie qu'on avoit
de son bien, et de le faire servir de partage
à un de tant de petits louveteaux qui se
nourrissent au pié de ces monts... » (Lef
tre à Villeroy, p. SSg du tome II de l'édi-
tion de i;;o8.) D'Ossat reparle encore de
a ces petits louveteaux cfe Savoie » qui,
ayant grandi, sont devenus les loups de
M. Thiers. (Lettre à Villeroy du 19 février
1 597, p. 404 du même volume.)
T. DE L.
Paris. > Typ. d« Ch. aeirneû, rue Cnju, IS. - iM>-
Numéro ili.
ChereheMtt
vou$ trounere*.
n u faut
•ntr*aid«r.
n aoât 1869
€2ntetméhtaïtc
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.)
465
466
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
Une singulière définition de la gloire.
— En quel endroit Arisiote a-t-il donc
appelé la gloire a la véritable viande des
dieux ? » EUQ.ORRAL.
Il n'est pas de route royale en géomé-
trie.— De qui est ce mot si spirituel, dit
par un précepteur à un prince de l'anti-
quité, qui se plaignait des difficultés que
lui offrait Tétude des mathématiques ?
M. Amédée Gùillemin (La Lune, Paris,
Hachette, 1866, p. 8) donne ce mot à
Archimède. M. Babinet, dans plusieurs
passages de ses Etudes et lectures sur les
sciences d'observation, Tattribue à Eu-
clide d'Alexandrie, et jecrois qu'il a raison.
Mais quel est l'auteur (Proclus? Pappus?)
qui, le premier, a rapporté l'heureuse ré-
partie ? Yezimat.
Merci de cette bonne... I — Est-ce dans
LaFiammina (tombée du Théâtre- Fran-
çais au Vaudeville) que s'est produite pour
la première fois cette phrase typique :
« Oh ! merci de cette bonne parole ! » —
Avait-elle attendu la comédie de M. Ma-
rio Uchard pour faire son entrée en
scène ? Quand et comment a-t-elle reçu la
consécration de la parodie? V. T.
Un quatrain du château d'Anet. — On
voit au château d'Anet, sur un marbre
blanc, encastré aujourd'hui dans le mur
d'un vestibule, cette inscription que j'ai
relevée textuellement :
dAns Ce pourPris Le gr And FraNçois premier
TroVue tousJours jouissance no Vêle
QViL EST heuReux Ce liEv soVef reCele
flEvr De beaVlté diAne De Poictier
1627
Ce quatrain a sans nul doute été déjà
relevé et publié et commenté, — peut-on
me dire où? S. D.
Quelques-uns des jeux de nos ancêtres.
— Tout le monde connaît la longue et
curieuse nomenclature qu'offre en ce genre
le vingt-deuxième chapitre du premier li-
vre de Rabelais. Les commentateurs de
maître François se sont fort exercés à cet
égard , mais en cherchant dans les écrits
du XVI® siècle on trouve facilement quel-
ques jeux à ajouter à l'énumération de
ceux auxquels « iouoyt Gargantua. » Per-
mettez-moi d'en citer quelques exemples :
a Chacun iouoyt à J'en suis; puis fut
joué à Renaez-moi ma vache. » (Nouvelles
des régions de la lune, i5g5). « Ils passè-
rent deux ou trois heures à jouer à la sé-
quence, à la clef, au jug, à remuer mes-
nage, et autres tels jeux. » (Cholières,
Matinées, i586, fol. 162). « On jouoit à
l'âne qui trotte. » (Dassoucy. Jugement
de Paris, en vers burlesques).
Jouant à la mouche, à la brème,
A bien et beau s'en va carême
A croqruignole, à cocjuimber,
A je n y tiens ni bois, ni fer,
A pille nade, ioque fore,
Et a mille autres jeux encore.
(Dassoucy. Œuvres. Paris, 1868, p. 11).
Une mazarinade intitulée le Parle-
ment burlesque de Pontoise, i652, in-40,
renferme une longue liste de jeux, parmi
lesquels nous remarquons : à la vache
morte, à l'avoine, au pied de bœuf, au
bransle moine, au court fétu, à la coupe-
tête, à Martin, Martin, rends moy ma
lance, au toutou, etc. Je terminerai en in-
diquant les Grandes et récréatives pro-
gnostications de maistre Astrophile le
Roupieux (réimprimées à Bruxelles, i863,
à 100 exemplaires); on y rencontre entre
autres jeux : « Pince-moi sans rire (va-
riante d'une indication de Rabelais), la
Pierrette , le fond du carreau, la patte
à choquer, le pied de bœuf, le pousse-
pousse, etc. » M 'occupant d'un travail spé-
cial sur cette portion de l'histoire des
mœurs du temps jadis, je fais un appel à
l'obligeance et au savoir des correspon-
dants de l'Intermédiaire, soit pour éclair-
TOME V. — 16
N» 112.]
L'INTERMÉDIAIRE
467
468
cir ce que certains de ces jeux peuvent
avoir d obscur, soit pour en faire connaî-
tre d'autres. B» C.
Un a De profandis, » S. V. P. — Sans tou-
cher, même du bout du doigt, au fruit dé-
fendu (Dieu nous en préserve), qu'il nous
soit permis de reproduire ce De Profundis,
publié je ne sais où, je ne sais par qui,
mais probablement dans un journal poli-
tique et autorisé, peu après le 2 décembre ?
Obsèques de la citoyenne Françoise
République.
Partisans de la république,
Grands raisonneurs en politique.
Dont je partage la douleur.
Venez assister, en famille,
Au grand convoi de votre fille
Morte en couches d'un empereur.
L'indivisibl'e citoyenne,
Qui ne devait jamais périr,
N'a pu supporter sans mourir
L'opération césarienne...
Mais vous ne perdez presque rien,
O vous que cet accident touche...
Car, si la mère est morte en couche,
L'enfant du moins se porte bien !
Quel est le croque-mort, ouïe fossoyeur-
marbrier qui rédigea cette triste épitaphe ?
C. Z.
La Bonrgnignote- — J'ai sous les yeux
une. gravure, dans le genre de Callot,
représentant un militaire , temps de
Louis XIII, avec un grand chapeau à
plume, relevé d'un côté; se carrant sur le
Pont-Neuf, d'où l'on aperçoit dans le fond
les Tuileries et la Tour de Nesle. Il y a
écrit en dessous :
Quand j'ai mon corceletet mapicque à la main,
Lespee à mon côsté, la bourguignote en teste,
Hardy comme un lion et d'un cœur plus qu'hu-
[main.
Il n'est point cavalier que tout court je n'ar-
[reste.
F. L. D. dartres Excû. cum
Privilegio Régis.
De qui sont ces initiales? et pourquoi
cette coiffure était-elle appelée Bourgui-
gnote? Ce n'est pas un casque de fer,
comme du temps de Charles le Témé-
P A ï
raire. *^* ^' ^'
Salons de l'académie de Saint-Luc. —
Combien l'Académie de Saint-Luc a-t-elle
fait d'expositions dans le courant du
XVI II« siècle et combien de livrets de ces
expositions connaît-on? S. Y.
Le lieutenant général de Pons Saint-
Maurice. •— Cet officier général, comte et
chevalier des ordres du Roi, auquel Cou-
ché dédiait en 1784 une estampe qu'il ve-
nait de graver d'après Lafrensen, Les
Sabots, est -il connu comme amateur,
comme curieux d'objets d'art, sous
Louis XVI?
(Auch.) H. Vienne.
Le musée Hammer à Stockholm. — Est-
ce une collection publique ou un cabinet
d'amateur, qui porte ce nom en Suède?
J'ai sous les yeux la photographie d'une
gouache de Lafrensen, faisant partie de
ce musée.
(Auch.) H. Vienne.
Villebon, capitaine français sous Fran-
çois !«'. — Un poëte du XVI® siècle, Jac-
ques Tahureau, cite parmi les capitaines
français qui, les derniers en Italie, ont
tenu tête au marquis de Saluces, Charles
Tiercelin, seigneur de La Roche du Maine,
Antoine de Montpezac et Villebon. Ce
Villebon a dû jouer un rôle au XVI« siè-
cle. Sous quel nom est-il connu dans l'his-
toire? R. N.
Extrait de mariage, ou acte de mariage
religieux, d'Abraham Duquesne et de Ga-
brielle de Bemières. — Quelqu'un pour-
rait-il me procurer Tun des documents que
j'indique ici et que je cherche depuis
quinze ans? Abraham Duquesne dut se
marier vers 1649-1650. Sa femme, catho-
lique, abjura, dit-on, pour épouser le ca-
pitaine Duquesne; elle était petite-fille
de Claude de Moraine, seigneur de Mai-
sonfort, et fille de Marguerite de Moraine
et d'un M. de Bernières, que je ne con-
nais pas. Il serait plus facile de chercher
dans les répertoires des actes des notaires,
que dans les registres protestants, ceux-ci
étant rares. Il me semble que c'est dans
l'ancienne province de Normandie qu'on
aurait la chance de trouver le contrat de
mariage que je désire connaître; je crois
les Bernières Normands. Je serai très-re-
connaissant de la communication de la
pièce que je demande, et à l'avance, je re-
mercie les personnes qui voudront bien
prendre la peine de faire pour moi ce que
)*ai fait pour tant d'autres. A. J Ai-
Maladie de Charles IX. — Est-il certain
que Charles IX soit mort d'une sueur de
sang? Cette sueur était-elle naturelle, et
alors, a-t-on, dans tous les temps, et même
de nos jours, signalé des exemples de ce
mal naturel ? Etait-elle l'effet d un empoi-
sonnement, et connaît-on le poison qui
produit cet effet? L'abbé de T Ecluse, dans
les notes dont il accompagne cette refonte
des Economies Royales, qu'il intitule Mé-
moires de Sully, signale deux autres
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
469
[25 août 1869.
470
morts semblables ; d'abord celle du plus
jeune frère de Charles IX, duc d'Alençon,
puis d'Anjou : a Presque aucun historien
ne doute au'il ne soit mort empoisonné.
Le sang lui coula par tous les pores,
comme s'il eût eu toutes les veines rom-
pues. (De Thou, Hist., 1. 78.) Ce fut, di-
sent les Mémoires de Nevers, pour avoir
couché avec la... qui lui fit sentir un bou-
quet empoisonné. Voyez aussi Busbec,
epist. 33-35. » L'autre mort est celle du
auc de Nemours. « Il jeta par la bouche
et par tous les pores, jusqu'à la dernière
goutte de son sang. (Pérefixe.) Cayet en
fait une description très- touchante. » La
Biog. Didot paraît avoir peu de confiance
dans Topinion la plus accréditée sur la
mort de Charles JX. « Il expira, suivant
les catholiçiues, des suites d'une petite vé-
role négligée; suivant les calvinistes,
d'une sorte de transsudation sanguine,
effet de la justice divine. D'après le pro-
cès-verbal de l'autopsie, signé par A. Paré,
Charles mourutphtnisique. » C'est aussi de
phthisie que le même ouvrage fait mourir
le duc d'Alençon; et pour le duc de Ne-
mours, il n'indique pas de maladie.
O. D.
Origine de l'opéra et de la comédie en
France. — Est- il vrai, ainsi que l'avance
Voltaire, au chapitre XXV du « Siècle de
Louis XIV, » que nous devions, en France,
l'opéra et la comédie à deux cardinaux?
Les codicilles de Louis XIII. — Les bi-
bliophiles recherchent avec empressement
cet ouvrage, imprimé en 1643, sans nom
de ville, ni d'éditeur, 4 parties in-24; c'est
une production bizarre où des vues fort
sages sont éparses au milieu de beaucoup
d'idées extravagantes. M. le marquis du
Roure lui a consacré une notice intéres-
sante dans son Analecta Biblion (PariSy
Techener, i836, t. II, p. 21 3). Pourrait-
on découvrir le nom de l'auteur, ou du
moins le conjecturer? il a échappé à tous
les bibliographes qui se sont occupés des
livres anonymes? C. R.
Fête anniversaire du grand-maître des
Templiers célébrée à Saint-Paul de Paris?
— tt Dans une des dernières cérémonies
des Templiers de Paris (celle anniver-
saire du martyre de Jacques de Molay),
M. N. Valleray, secrétaire magistral, ora-
teur du panégyrique, a appelé l'attention
sur un fait très-remarquable, également
consigné dan§ plusieurs ouvrages; ce fait
est qu'en l'an VIII, avant de signer le con-
cordat, Napoléon eut un moment la pen-
sée de faire surgir le christianisme primi-
tif, et qu'en 181 1, revenant à la même
idée, il entra en pourparlers à ce sujet : ce
fut alors que, comme essai et comme gage
de bonne foi, l'empereur ordonna la célé-
bration de l'anniversaire de la mort de
Jacques de Molay; ce qui donna lieu, dans
l'église de Saint-Paul, à une cérémonie
imposante, ou l'on déploya la plus grande
pompe religieuse et militaire. » (Recherches
historiques sur les Templiers et sur leurs
croyances religieuses, par J. P. Paris,
iSù5, p. 29.)
Quelçiue bibliophile de V Intermédiaire
voudrait-il bien indiquer à un compatriote
de Jacques de Molay, le journal ou la bro-
chure à consulter pour le compte rendu de
cette fête funéraire? A. T.
Premier lit de justice de Louis XV. —
J'ai trouvé, en remuant beaucoup de vieux
papiers insignifiants, une plaquette pet.
m-40 de 8 p., imprimée à Montpellier chez
Jean Martel, impr. ordin. du roi, de nos
seigneurs des Etats dans ladite ville, etc.,
171 5. C'est la Relation de ce qui s*est
passé au Parlement de Paris, quand le
Roy Louis quin^^ième y vint prendre place
en son Lit de Justice. Tel est le titre, de
cet ce Extrait des registres de Parlement,
du jeudi i2« de sept. 171 5, de relevée. »
On y voit toute la disposition des ducs,
des pairs ecclésiastiques, des maréchaux,
et le duc deTreçmes « aux pieds du roy, »
et ceux qui sont assis sur les « tabourets »
et « en la chaise du greffier » et leurs cos-
tumes, et enfin tout le parlement d'alors,
a toutes chambres assemblées, en robes et
chapperons d'écarlate. » On dirait unepage
de Saint-Simon. Les discours du petit roi
« porté par le duc de Tresmes, soutenu
par le duc de Villeroy et la duchesse de
Ventadour, à son entrée dans le parquet, »
du premier président, du chancelier, s'y
trouvent tout au long.
Quelle valeur bibliographique a la sus-
dite plaquette? Est- elle rare ou se trouve-
t-elle facilement? Seule, ou annexée à
quelque recueil d'actes officiels ? Elle est
assez curieuse pour être réimprimée quel-
que part, mais à la condition qu'elle ne se
trouve pas partout. R... S. V. P.
La croix de Migné. — Dans les der-
nières années de la Restauration, parut,
dit-on, dans le ciel, une croix, vue par
tous les habitant:, de Migné (Vienne), j'ai
cherché en vain dans les dictionnaires de
médecine, aux articles Hallucination et
Vision, un renseignement sur ce phéno-
mène. Quelque collaborateur de V Inter-
médiaire pourrait-il me signaler ce qui a
été publié à ce sujet? Ad. Henry.
Richard de Romany, auteur fort peu
connu. — Où trouver quelques informa-
N» 112.]
L'INTERMÉDIAIRE
471
472 -
tions sur la vie de cet écrivain oui a publié
en 1616 (Paris, veuve Ci. Le Monir'œil),
sous le nom anagrammatisé de Drachir
d'AMORNY, un volume assez curieux : le Ca-
rabinage et Matoiserie soldatesque^ dont
il a été donné à Genève, en 1867, par les
soins de l'éditeur J. Gay, une réimpres-
sion tirée à 100 exemplaires seulement?
Il me semble que tous les biographes, à
ma connaissance du moins, ont gardé sur
lui un profond silence. Sait-on de quelle
province de la France il était originaire ?
C'est peut-être du Lyonnais, car il fit im-
primer en 1623, à Lyon, un autre ouvrage:
jLe Fléau d^ amour ^ devenu très-rare et
resté à peu près inconnu. V. F.
La Vérité sur la sainte Vierge. — Je
possède un volume in -8 de 84 pages, avec
b feuillets préliminaires non paginés, ayant
pour titre : Les éclairs de la Vérité res-
plendissans au milieu des ténèbres. A la
découverte et confusion des faux amis et
serviteurs de la sainte Vierge. Et en épi-
graphe : Tb çûç èv f^ cxoTÎa ça(voi, xat i^
(jy.OT(a aÙTO où xatéXaée.
Telle est du moins la première moitié du
titre, car il a été coupé à mi-page, en sorte
que l*on ne voit ni s il porte un nom d'au-
teur, ni où et à quelle date il a été imprimé.
Or, je tiendrais beaucoup à connaître l'au-
teur de mon volume et mes recherches
sont demeurées stériles jusqu'à présent.
Pour que les amis de V Intermédiaire
puissent y aider, voici quelques détails :
La préface a 4 pages et 4 lignes c}ui
commencent un 5® feuillet. Elle se termine
par ces mots : C'est le souhait et la prière
de Malheureusement ce 5« teuillet
a été coupé , de même que le titre, à
3 centimètres au-dessous de cette dernière
phrase, inachevée à dessein, et qui se ter-
minait, semble-t-il, par une souscription
ou formule, au bas de laquelle était peut-
être le nom de l'auteur que je cherche.
Barbarus has segetesl... Il est expliqué
dans cette préface, que les chrétiens se
laissent « amuser et séduire par de faux
miracles, » notamment en ce qui concerne
la sainte Vierge, dont « il se faut bien
farder de fondre une idole, avec ses vrayes
orures, ses vrayes bagues et joyaux, »
mais qu'il « faut honorer en terre dans les
bornes de la raison. » « Son nom est de
très bonne, de très souëfve odeur, mais
gardons-nous de vouloir ganter et corrom-
pre cette doux-flairante odeur du nom de
Marie, par des indiscrètes dévotions et
louanges idolâtres. » L*auteur s'adresse
donc aux « dévots de la sainte Vierge, » et
leur présente « des guides non suspects,
pour que les saints ne soient honorés au
delà de la raison et du devoir et que les
fidèles soient ramenés dans la vraye et an-
cienne religion, qu'ont tenue et enseignée
les bienheureux apôtres, et soient sauvez
par Celuy qui, selon la paraphrase de Go-
deau (évêque de Grasse) sur i Pierre, I,
18, « s'est donné soy-mesme pour nous à
tt la mort, afin qu'il nous rachetât de toute
a iniquité et nous affranchit de tant de
a traditions inutiles, et même nuisibles,
a pour luy estre un peuple de rare acqui-
« sition, ayant le zèle des bonnes œuvres. »
Après quoi vient la phrase déjà citée : Cest
le souhait, etc.
Le verso du feuillet 5 était blanc. Entête
du 6«, on lit : « Les maîtres de cette Echoie
sont : » — Puis suit, en forme de table,
une liste de 64 auteurs ou autorités, dont
les citations constituent tout le corps de
l'ouvrage, de la page i à la page 64. Il y a
une division en paragraphes : § I. Des
louanges de la Vierge en général. § II, De
la conception prétendue immaculée, p. i3.
§ III, Des mérites de la Vierge, p. 37.
§ IV, De l'intercession de la Vierge, p. 49.
§ V, De l'invocation, p. 63.-S VI, De ia
légende, chroniques et autres livres tou-
chant la sainte Vierge, p. 75, ad fin.
On voit qu'il s'agit d'un bouauin qui
sent le fagot. Quel en est donc l'auteur,
qui (heureusement pour lui) n'assistera
certainement pas au concile œcuménique
de 1869?
Serait-ce abuser que d'ajouter la liste des
maistres de cette Echoie précitée ? Elle a
son intérêt, et d'ailleurs elle offre le seul
moyen de dater approximativement le vo-
lume. Les voici donc à la queue leu ieu :
Philippe l'Abbé, chartreux; Théophile
Reynaud, jésuite; Pierre Cellensis, de
l'Ordre de Cisteaux; Anastase de Laur,
gardien des Récollets de Bourdeaux; Cé-
sar Baronius, jésuite, cardinal; J. Piccolo-
mini, cardinal; Ant. Godeau, évêque:
Ange Spenel, carme; I. Bonis, prestre
d'Avignon; Benoît Gonon, célestin, de
Lyon; Thomas d'Acquin, dominicain;
Lucas de Bruges, théologien et doyen en
l'église cathédrale de Samt-Omer; Hipp.
Carracciole, chanoine de Saint-Jean-de-
Lairan; Pierre Crespet, célestin; Adam
Angelicus, docteur en la Sorbonne ; Mel-
chior Canus, évêque; dom Soto, domini-
cain; Hugo de Saint-Victor, chanoine;
Thomas de Vio, cardinal Caietan ; Jean
Bertaud, évêque de Scez; saint Bernard,
abbé de Clairvaux; Gratian, bénédictin;
Cornélius Jansenius, évêaue de Gand;
J. Férus, cordelier; Fr. Toléras, cardinal;
Saint- Ivre, jésuite; Jacobus Markantius,
moine conventuel; R. Bellarmin, jésuite,
cardinal; Alph. Tostat, cardinal; Gabriel
Vasques, jésuite; Denis Perronet, cha-
noine; J. Osorius, jésuite; Matthias Felis-
sius, cordelier; Boucher, cordelier; B. Jus-
tinian, jésuite; Fr. Humblot, minime;
César Calderari, chanoine de Latran; Si-
mon Vigor, archevêque; Yves de Paris,
capucin; Louis de Grenade, dominicain;
Fr. Coster, jésuite. Catéchisme romain;
P. Ribadaneira, jésuite; P. Canisius, je-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
473
[25 août 1869.
474
suite; Thomas Stapleton, jésuite; Jean
Hessels, docteur en théologie; Martin
Perez, jésuite; François de Sales, évêque;
sainte Catherine de Siene; P. Juvernay,
prestre parisien; Sixte de Gennes, domi-
nicain; François Veron, jésuite; Goropius
Becanus, médecin flamand; l'auteur des
Pensées chrestiennes sur les Commande^
mens de Dieu ; Louis Vives, docteur espa-
gnol, J.-P. Camus, évêque; Fr. de Sylves-
tris, dominicain; Du Perron, cardinal;
le Clergé de France; Pierre Coton, jé-
suite; Raymond de Sebonde, docteur en
théologie; Lorinus, jésuite; Antoine Pos-
sevin, jésuite; J. Gerson, chancelier en
l'université de Paris. Desc.
Les Discours académiques imprimés en
lettres dorées. — En parcourant une an-
cienne collection àxi Nain jaune, de M. Au-
rélien Scholl, je remarque, dans le n° du
samedi 27 février 1864, page 5, la petite
boutade suivante :
a Dimanche 21. — M. de Carné a été
présenté à l'Empereur par le président de
l'Académie française. Conformément à la
tradition de l'honorable corps, il a offert
à Sa Majesté un exemplaire de son dis-
cours, imprimé en lettres dorées. — C'est
la première fois que l'on a pu dire que
M. de Carné parlait d'or. »
Pourrait-on me dire ce que je serais
bien curieux de savoir, — à quelle époque
de notre histoire remonte la « tradition >»
de ce tirage spécial en « lettres dorées, »
— si toutefois cette allégation du malin
Nain n'est pas une pure invention de jour-
naliste, une supposition gratuite, destinée
à mettre en relief le « mot de la fin? »
Ulric.
Dernières paroles de Duroc. — Selon le
Moniteur universel (3o mai 181 3), le duc
de Frioul, frappé à mort près du champ de
bataille de Wurtschen, le 22 mai i8i3,e.r-
]pira dou:{e heures après. Suivant la Bio-
graphie universelle de Michaud, 2™« édi-
tion, Duroc expira presque subitement.
La dernière conversation de Napoléon
avec son favori mourant, eut lieu dans la
soirée. « Dès que les postes furent placés
et que l'armée eut pris ses bivouacs, l'em-
pereur alla voir le duc de Frioul. Il le
trouva avec toute sa connaissance et mon-
trant le plus grand sang-froid. Le duc
serra la main de l'empereur, qu'il porta sur
ses lèvres, a Toute ma vie, lui dit-il, a
« été consacrée à votre service et je ne la
tt regrette que par l'utilité dont elle pou-
« vait vous être encore ! — Duroc, lui dit
« l'empereur, il est une autre vie! C'est là
« que vous irez m'aitendre et que nous
« nous retrouverons un jour! — Oui, Sire,
^i mais ce sera dans trente ans, quand vous
« aurez triomphé de vos ennemis et réa-
« lise toutes les espérances de notre patrie,
a J'ai vécu en honnête homme, je ne me
a reproche rien. Je laisse une fille. Votre
« Majesté lui servira de père. » L'empe-
reur, serrant de la main droite le grand
maréchal, resta un quart d'heure la tête
appuyée sur sa main gauche dans le plus
profond silence. Le grand maréchal rom-
pit le premier ce silence : u Ah ! Sire, allez-
a vous -en! ce spectacle vous peine! »
L'empereur, s'appuyant sur le duc de Dal-
matie et sur le grand-écuyer, quitta le duc
de Frioul, sans pouvoir lui dire autre chose
que ces mots : « Adieu donc, mon ami ! »
Duroc, qui éprouvait des douleurs atro-
ces (il avait le bas-ventre ouvert par un
boulet de canon), a-t-il prononcé les pom-
peuses phrases publiées par le Moniteur?
Faut-il mettre ce discours à effet au même
degré de véracité, que les paroles solen-
nelles prononcées, après la bataille de
Marengo, par Desaix tué roide pendant
cette bataille? Peut-on s'en tenir à la ver-
sion plus vraisemblable donnée par Bour-
rienne {Mémoires, t. IX) qui rapporte,
d'après une lettre écrite par un témoin
oculaire, que Diifoc, souffrant beaucoup
et voyant que la visite de l'empereur se
prolongeait, lui dit, en faisant avec la main
droite le signe de l'éloigner : Ah ! Sire,
laissesf-moi au moins mourir tranquille; ce
qui est un peu différent.
Quel est ce témoin oculaire dont parle
Bourrienne, ami de Duroc?
(Lyon). N. de N.
GogetMagog(I, 67). — Jadschudreh et
Madschudech sont, dans la tradition arabe,
les Turcomans qui partaient du bord
oriental de la mer Caspienne pour enva-
hir le haut pays persan et en emmener les
habitants en esclavage. Pour empêcher
ces incursions fut construite une muraille,
qui s'élève au-dessus de l'eau à l'angle
sud-oriental de la mer Caspienne et s'étend
à l'est, dans l'intérieur du pays , sur une
longueur indéterminée. L'ouvrage exté-
rieur à l'ouest C presqu'île de Gumisch
Tepe) apparaît, de la mer, conime une col-
line naturelle, et il faut la gravir pour en
reconnaître les briques. Voyez.Mourawiew,
Reise durrh Turbomanieu, 1810. Ces ren-
seignements ont été confirmés par Vam-
béry, Reise in Mittelasien; la muraille
s'appelle Sedd Iskender, mur d'Alexandre :
Alexandre a été substitué à Dhulkaraaïn,
à celui qui porte deux cornesQl qui est une
variante a Osiris et d'Ammon. Voyez le
Coran, 18, 82. P. Ristelhuber.
N« 112.]
L'INTERMÉDIAIRE
47^
476
FamUles Jauiin (I,io3).- Quelqu'un des
obligeants lecteurs de V Intermédiaire, (il y
en a qui fréquentent la Bibliothèque impé-
riale ae Pans) me rendrait service, en me
donnant la description exacte des armoi-
ries des différentes familles Jamin , qui
peuvent se trouver dsLnsV Armoriai générai
deFrance, par Charles d'Hozier. Ce recueil
officiel, dressé en vertu de Tédit de 1696,
comprend 34 volumes de texte et 35 volu-
mes d'armoiries, et est conservé au Cabi-
net des Titres. On doit y trouver les ar-
moiries de ces femilles Jamin, au tome de
la province de Bourb., p. 173 et 433; au
tome II de la province de Bourgogne,
p. 3o et 70 ; au tome de la prov. de Lyon,
p. 56 ; au tome de la prov. de Poitou,
p. 701, ii54 et 1197; au tome de la prov.
de La Rochelle, p. 275 ; au tome de la
prov. de Tours, p. 327, 329 et i3i3.
Je veux faire observer que le nom de
Jamin n*est pas aussi commun en France
que le croyait M. R. R. ; tout au contraire.
Vicomte A. D'E.
Le nom de Figaro (III, ■74). — Version
encore inédite dans ï Intermédiaire, trou-
vée dans le Magasin pittoresque, année
i863, p. 375 : a Ce nom n'est point espa-
gnol; on la déjà fait observer; mais, pro-
noncé sur la scène française au milieu des
rires bruyants, plus tard chanté sur tous
les tons et dans tous les idiomes, l'Espa-
gne l'accepta avec le reste du monde. Il
se popularisa même, il y a quelques an-
nées, à Madrid, sous la plume mordante
de Larra, et, grâce à cet écrivain, il est
devenu un des interprètes les plus acerbes
de la critique castillane. Selon toute pro-
babilité, son origine est italienne. Il y
avait à Gênes, au début du XVI1I« siècle,
un certain père Figari, religieux de l'or-
dre des Augustins, qui passait pour l'un
des plus habiles mathématiciens de son
temps. Ce personnage, d'un esprit assez
excentrique, avait inventé, vers Tannée
1712, de curieuses machines nautiques,
conduites par une horloge de construction
bizarre, auxquelles se rattachaient d'é-
tranges projets d'expéditions maritimes.
Beaumarchais était, comme l'on sait, par-
faitement initié à tout ce oui se rattacnait
aux progrès croissants de l'horlogerie. Le
nom de Figari excita sa verve railleuse ; le
changement de la lettre finale lui fournit le
nom immortel répété sur tous les théâ-
tres. Le prétendu Figaro espagnol a com-
plètement éclipsé le Figari des Italiens. »
En note : « On peut consulter»^ ce sujet
le Journal de Verdun. On lit dans ce
vaste recueil, si peu lu aujourd'hui, des
détails minutieux sur la mécanique du
père Figari. » J. Mt.
Encore Lydorie (IIl, 556, etc.). — Je
ne saurais laisser M. Bl. (d'Évreux), avec
l'idée que ma demande relative à Lydorie
n'avait qu'un intérêt de simple curiosité.
EUREKA! Oui! J'ai trouvé enfin les
2 vol. in-24, chez Guillot, Paris, 1791...,
et à quel prix, grand Dieu ! à 25 centimes
pièce! reliure pleine, tranche dorée! Ils
servaient à caler un casier contenant
d'horribles bouc^uins, chez un libraire du
boulevard des Filles-du-Calvaire.
Tout vient donc à point à qui sait at-
tendre... et c'est le cas de dire que s'il y
a un Dieu pour les yvrongneSy il y en a
un aussi pour les fureteurs. Merci, donc,
à mon correspondant si aimable d'Evreux
de son offre obligeante. J'ai dévoré les deux
volumes. Cela m'a reporté à trente ans
en arrière l Mais hélas ! ce qui me sem-
blait si charmant à Tâge heureux de qua-
torze ans, me semble maintenant... Com-
ment dirai- je?... bien naïf. Encore une
illusion détruite. A. Nalis.
P. S, Sans aucun doute, l'ouvrage doit
être à la Bibliothèque impériale, comme
le dit M. Bl., mais en bonne conscience,
je trouvais inutile d'aller déranger ces Mes-
sieurs si aimables de la Bibliothèque, et
je comptais sur ma bonne étoile pour
trouver un jour ou l'autre le susdit ou-
vrage. Je Vai trouvéy tous mes vœux sont
accomplis ici-bas. A. N.
La vie privée doit être miirée(IV, 27S).
— M. Littré, dans la 22" livraison de son
Dictionnaire, donne, au mot Privé, la re-
marque suivante :
tt Le mur de la vie privée!... J'ai cru d'a-
bord, comme bien des gens, que c'était
Royer-Collard qui avait créé cette expres-
sion... Depuis quelque temps', j'ai des
doutes : ils me viennent d'une lettre de
Stendhal, écrite à l'époque où le mot ne
faisait que commencer à courir et n'avait
pas encore perdu, par le frottement et l'u-
sage, sa marque d origine... La lettre est
du 3i oct. 1823, et en voici le curieux
passage : « DînéàTroyesle 1 9, avec un mar-
quis... Cet homme, durant un petit dîner
de trois quarts d'heure, trouva le secret de
nous conter toute l'histoire de sa vie; je
pourrais écrire dix pages : Dès l'âge de
treize ans, il servait dans l'Inde, il est
marquis, il a un fils, il a une sœur, etc.
Je n'ose continuer de peur d'entreprendre
sur la vie privée d'un citoyen, qui, comme
l'a si bien dit M. de Talleyrand, doit être
murée... » Edouard Fournier, feuilleton
de la Patrie, 14 juillet 1868.
(Valenciennes.3 J. L.
Le titre épiscopal de Monseigneur (IV,
329). — Voici une réponse qui m'est four-
nie par l'abbé de Marsy. Il publia en 175 1
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
. 477
une traduction de Titalien, qu'il intitula
en français : le Prince de Fra-Paolo, ou
conseils politiques adressés à la Noblesse
de Venise, par le père Paul Sarpi, de
l'ordre des Servîtes, consulteur d'Etat et
théologien de la République de Venise.
C'est, pour le dire en passant, un petit
écrit fort remarquable et digne de l'histo-
rien du Concile de Trente, et je comprends
que le père Le Courayer en ait dit : « qu'il
peut passer pour un chef-d'œuvre de po-
litique. » Or, à la page 2, sur ce mot du
texte : • Vos Excellences m'ordonnent,
etc., » l'abbé de Marsy a mis cette note :
Les nobles de Venise ont usurpé ce titre,
qui dans le fond n'appartient qu'aux am-
bassadeurs. Ils se le donnent réciproque-
ment, et ils ont si bien fait, qu'on ne peut
guère le leur refuser, sans les oftenser.
C'est ainsi que nos prélats, à force de
s'appeler Monseigneur les uns les autres,
nous ont enfin amenés à leur donner ce
titre. » S. D.
Expositions de rancienne Académie de
peinture (V, 84). — Sources omises dans
la Bibliographie Montaiglon : Vue du Salon
de 1753; eau forte d'Augustin de Saint-
Aubin. — La correspondance de Grimm
(fév. 1773) sur le Salon de l'jj'i , — Annon-
ces et Affiches de Paris ^ du 2 5 sep. 1775,
txCorrespondance secrète du3o Sioût 1775,
pour le Salon de cette année. — Voir le
même recueil, le 27 sept., les 4 et 1 1 oct.
1777, et la Lettre de M. Feutry sur le
Salon de 1777. — Idem, les i«»'et 2 5 sept.,
les 3 et 1 1 oct. 1781, et /j Berlue des con-
naisseurs, pamphlet sur le Salon de 1781.
— Idem, les 27 août et 18 oct. 1783, pour
le Salon de cette année. — Idem, les 7,
8,1 5 et 29 sept. 1785, et une pièce de vers
de M. de G. sur le Salon de 1785.
(Auch.) H. Vienne.
Garpentras, ville comic|;ae (V, 118). —
Au XVe siècle, tout ce qui était de Gar-
pentras avait déjà mauvais renom et
comptait pour chose ridicule. Ecoutez
Coquillart en ses Droits nouveaux (Edit.
Ch. d'Héricault, t. I, p. 137). Il s'agit de
personnages grotesques :
Hz chantent hault, respondent bas ;
Hz parlent françois et latin,
Puis ilz s'habillent de satin.
En gens d'armes et advocatz,
En Ecossois, en Biscain,
A la mode de Garpentras.
Ed. F.
De qui le rondeau, « Â la Fontaine où
s'enivre Boileau? » (V, 126). — G'était un
^ystère du temps même de Boileau.
Brossette en fit l'objet d'une question à
J'-B. Rousseau, dans sa lettre du 2 5 juin
478
(25 août 1869.
171 9 : « A propos de ce rondeau, dit-il,
apprenez-moi qui en est l'auteur, si vous
le savez. Je l'ai vu attribuer à Chapelle.
M. Despréaux m'a dit autrefois qu'il l^voit
sçu, mais qu'il l'avoit oublié. » J.-B. Rous-
seau ne répondit pas. Mais Louis Racine,
quand il publia sa correspondance avec
Brossette, mit au bas de la page à cet en-
droit : « M. Stradin. » Ge qui substitue une
question à l'autre. Maintenant qu'on sait
que le rondeau est de Stradin, il s'agit de
savoir qui c'était que M. Stradin.
G'est la version la plus connue de ce
rondeau qui serait de lui. L'autre, suivant
Fayolle, dans son Acanthologie ou Dic-
tionnaire épigrammatique (181 7, in- 12,
p. 27) serait de Pierpetit de Grammont;
autre inconnu, autre question. Ed. F.
Origine du dindon (V, 186; IV, 298;
III,'52i,'etc.). — Dans une lettre de La
Monnoye, que je crois inédite, et qui se
trouve au tome II, page 77, d'un Recueil
d'Anecdotes ms. (Biblioth. impér., mss.,
n® 10434), je lis que les premières dindes
auraient été apportées en France en 1 385.
L. Dubois a fait une curieuse note sur
cette origine dans son édition des Chan-
sons d'Olivier Basseliri, in-8, p. 33, 34.
Ed. F.
— Nous avons cité une représentation
du dindon dans la « Tenture de Gombaut
et MacéCy » qui est selon toute apparence
de la fin du XVI® siècle. En voici une se-
conde qui doit porter une date antérieure,
sans qu'il soit facile de la préciser.
La galerie de François \^^, au château
de Fontainebleau, est décorée de grands
sujets encadrés de stucs en relief sur le
plan du mur couvert de sujets divers sur
fond d'or. Autour du premier tableau, à
droite en entrant par le vestibule de l'es-
calier du fer à cheval, tableau assez incom-
préhensible intitulé : « Ignorance chassée »
se voient plusieurs animaux, encore rares
aujourd'hui; parmi lesquels figurent un
dindon et une poule d'Inde, peints dans les
dimensions de la nature.
Ges animaux qui ont été restaurés, ainsi
que toute la galerie, sous la direction de
M. Gouder, de l'Institut, étaient peu visi-
bles dès le XVII le siècle, car voici ce qu'en
dit Tabbé Guilbert dans la Description
historique des chasteau, bourg et forêt
de Fontainebleau (Paris, mdccxxxi) :
a Dans la bordure , des figures en relief
sur des fonds d'or ornés de divers oiseaux
et autres peintures que l'on peut à peine
distinguer. »
Nous devons supposer, cependant, que
les traces de ces peintures étaient assez vi-
sibles pour que les restaurateurs aient pu
les suivre et rétablir avec sûreté les sujets
primitifs. Quelle apparence, en effet, qu'un
peintre académicien du XIX® siècle ait été
H" 112.]
L'INTERMÉDIAIRE
479
480
imaginer d'introduire le vulgaire dindon
dans la décoration héroïque d'un palais !
Mais pour le Rosso à qui l'on doit la ga-
lerie de François I«', le dindon était un oi-
seau rare, au'il avait dû admirer dans la
ménagerie au roi, ainsi que les autres ani-
maux qu'il a introduits sur ses fonds de
mur, afin de les mouvementer.
Quelle date assigner maintenant à ces
peintures? Le Rosso mourut en 1 541. Mais
ces accessoires peuvent ne pas être de lui,
car les Italiens ne cessèrent de travailler à
Fontainebleau sous le règne des Valois.
Mais la çalerie dite de François I«' dut
être termmée cependant avant la mort du
roi dont elle porte le chiffre et l'emblème.
Nous retrouvons également le dindon,
parfaitement caractérisé et faisant la roue,
dans une cravure anonyme de l'école de
Fontainebleau, faisant partie d'une suite
d'ornements où se voient également l'F
et la salamandre du roi.
Ainsi le dindon était connu en Francç,
avant la mort de François I®', survenue en
1 547. Cela confirme-t-il l'opinion de Bril-
lât-Savarin, suivant laquelle les jésuites
l'auraient propagé? Nous ne le pensons
pas, puisque la première mission des jé-
suites date de 1540... 11 est vrai qu'elle fut
dirigée vers les Indes orientales, tandis que
le dmdon est originaire des Indes occiden-
tales.
Il y a donc une nouvelle question à po-
ser. Quelle est la date des premières mis-
sions des jésuites en Amérique? A. D.
Les Epinards d*Henri Monnier (V, 2 1 5).
— Je ne crois pas que la sauce de ces épi-
nards-là soit du bon Monnier. Lui-même
m'a dit plus d'une fois qu'ils devaient sor-
tir d'une autre cuisine que la sienne, et il
demandait laquelle.
La curieuse compilation Paris, Ver-
sailles et les Provinces au XVI 11^ siècle,
par un ancien officier aux gardes fran-
çaises (Dugast de Bois Saint- Just) 2* édi-
tion, 1809. in-8, nous aidera peut-être à
la trouver. On y lit (t. II, p. 33 1) : « Ma-
dame de B.... disait un jour naïvement
étant à table : a Mon Dieu, je suis bien heu-
« reuse de ne pas aimer les epinards, car
« j'en mangerais, et je ne puis pas les souf-
« rir. » Ed. F.
Numérotage des rnes (V, 2 3). — Les
rues elles-mêmes étaient en effet numéro-
tées à Paris, comme on peut le voir au
coin de celles qui ont encore gardé leur
écriteau, gravé dans la pierre. Cetécriteau
et ce numérotage remontaient à 1728. Il
paraît même que l'écriteau avait d'abord
été en fer blanc. On lit dans les Nouvelles
à la main, publiées par le Bulletin du Bi-
bliophile (Juillet 1840, p. 857) : a Du 3 jan-
vier 1728, -— Ton travaille actuellement à
I
numéroter les rues de Paris sur une plaque
de fer- blanc que l'on applique à chaque
coin de rue, et qui contient aussi le nom
desdites rues. » Ed. F.
Indicateur du Mercure de France (V,
272). — Cette table si importante serait
encore à faire après celle de M. Joannis
Guigard, si elle n'était pas faite. Qu'on
aille à la Bibliothèque impériale, on y trou-
vera, parmi les manuscrits du Supplém.
franc, n» 2462, une Table des Mercures
de France, qui satisfera largement à toutes
les curiosités. Ed. F.
Acheter et vendre chat en poche (V,
273). — Les Anglais ont l'adage : Ta buy
a pig in a /?o/re (acheter cochon en sac) et
les Italiens disent : Non comprar gatto in
sacco,
(Manchester.) W. E. A. A.
Gourgandine (V, 2 87). — Je ne reviens sur
ce mot, que parce qu on a, je crois, oublié
ce qui importait le plus : son origine.
Il est un des rares qui nous soit resté, à
peine altéré, des langues orientales. Il
vient en ligne directe du persan gour-
gandje, qui veut dire prostituée.
Ed. F.
Un moyen oratoire de M. Emile OlliTiei
(V, 337). — C'est à peu près ce que raconte
notre La Fontaine d'un certain orateur :
Dans Athène autrefois, peuple vain et léger,...
11 parla fortement sur le commun salut.
On ne Técoutait pas
L'animal aux têtes frivoles.
Tous regardant ailleurs, ne daignait l'écouter.,
Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour.
« Gérés, commença-t-il, faisait voyage un jour
Avec l'anguille et l'hirondelle :
Un fleuve les arrête; et l'anguille en nageant,
Comme l'hirondelle en volant,
Le traversa bientôt » L'assemblée à l'instant
Cria tout d'une voix : « Kt Cérès, que fit-elle.'»
— « Ce qu'elle fit ! L'n prompt courroux
L'anima d'abord contre vous.
Quoi ! de contes d'enfants son peuple s'embar-
Et du péril qui le menace [rasse,
Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet !
Que ne demandez-vous ce que Philippe a fait.'»
A ce reproche l'assemblée,
Par l'apologue réveillée,
Se donne entière à l'orateur.
Un trait de fable en eut l'honneur.
Puis arrive la conclusion charmante qui
est dans toutes les mémoires (Livre VIII,
fable 4) : *
Nous sommes tous d'Athène en ce point; et
[moi-même...
Au moment que je fais cette moralité,
Si Peau-d'Ane m'était conté,
J'y prendrais un plaisir extrême.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
481
Le monde est vieux, dit-on ; je le crois; cepen-
U le faut amuser encor comme un enfant, [dant
Les commentateurs nous disent , je ne
sais sur quelle autorité, que c'est là une
anecdote dont le héros fut l'orateur Dé-
made. Toutefois, ne semble-t-il pas quç
La Fontaine eut bien en vue Démosthène
parlant contre Philippe? H. E.
— Voici, en effet, comment Plutarque,
traduit par le bon Amyot, rapporte l'his-
loire à laquelle M. S. D. fait allusion :
« Un jour que Démosthène vouloit haran-
guer le peuple, le peuple ne le vouloit point
ouïr, n'eût été qu'il dit que ce n'étoit qu'un
conte qu'il leur vouloit faire. Ce qu'en-
tendant, le peuple lui donna audience, et
il commença de la sorte : « Il y eut, dit-
a il, naguère un jeune homme qui loua un
« âne, pour aller de ville en ville à Mé-
« gare. Quand vint sur le midi, que le so-
« leil était fort ardent, Tun et Tautre, le
« propriétaire et le locataire, voulaient se
« mettre à l'ombre de l'âne, et s'entr'em-
« péchaient l'un l'autre; disant, le pro-
<« priétaire, qu'il avoit loué son âne, mais
«non pas l'ombre d'icelui; le locataire, à
« lopposite, soutenoit que tout l'âne étoit
« en sa puissance. » Avant ainsi commencé
son conte, il s'en alla. Le peuple le rap-
pela et le pria d'achever. « Et comment,
tt leur dit-il, vous voulez bien ouïr conter
« une fable de l'ombre d'un âne, et vous ne
« voulez pas entendre parler de vos affaires
«d'importance!... »
Voilà bien VAne et son Ombre, mais je
ne connais pas de fable de Jupiter et le
Paysan. A. A.
— M. E. Ollivier a improvisé, pour les
besoins de sa cause, le spirituel récit trans-
crit par M. S. D. Seulement, il a cousu à
ce récit, avec beaucoup d'adresse, la pi-
quante répartie que Lucien, dans ses Dia-
logues des Morts, attribue à Mercure dis-
cutant avec Jupiter. T. de L.
Quelques lignes de M. Sainte-Beuve (V,
338). — Le hasard m'a mis à même de ré-
pondre à la question de M. V. N. Je viens,
en feuilletant une collection du Monde il-
lustréj de 1864, d'y trouver, dans la livrai-
son du i5 octobre, page 2 36, les lignes
citées de M. Sainte-Beuve. Elles appartien-
Jjent à une lettre autographe que le journal
donnait à ses lecteurs, comme une actua-
jjte, à l'occasion de l'entrée au Sénat de
! Illustre critique, qui, « depuis Volupté
Jusqu'aux Causeries du Lundi, a creusé
son sillon littéraire. » S. D.
Qu'est-ce que oxel? (V, 339)— Simple
onjecture : comme beaucoup de mots im-
portes dans les Gaules par les Celtes, les
timbres, les Belges, sont restés dans le
482
[25 août 1869.
français et dans nos patois, et n'ont pas
été submergés par l'invasion du latin, je
pense que oxel pourrait bien être un de
ces mots. Mais quelle en est Tétymologie
et la signification primitive ? Arabe : auqs,
méchant, pervers, faux, trompeur; û/, el,
doux, poli. Auqs el, doux, poli et trom-
peur, pervers.
Grec : oxelaion, boisson composée de
vinaigre et d'huile.
Grec et latin : oxalis, oseille dont les
feuilles sont luisantes et acides.
Ainsi , oxel signifierait méchant , trom-
peur, poli, doux, hypocrite, tartuffe, fri-
pon, filou poli, agréable, méchant avec des
dehors aimables.
(Alençon.) C. E. D.
Un discours bien payé (V, 342). — Ce
discours qui ne valait pas grand'chose, et
pourtant si chèrement payé, ne serait-ce
pas celui dont il est mention dans le Jour-
nal du Règne du Roy Henry ///, pro-
noncé par Faye, l'avocat du roi, le 12 jan-
vier 1 588, lorsque le mignon duc d'Epernon
fut reçu amiral de France? a Faye, ad-
« vocat du Roy, harangua hautement et
« ung peu flateusement à la louange du
a Roy : car 11 l'appela leSainct des Saincts,
a disant qu'il méritoit d'estre canonisé
a (heaven oless the mark!) autant ou plus
a qu'un de ses prédécesseurs Roys de
a France que nous adorons pour Saincts. »
11 me semble que \e pieux monarque ne
pouvait payer trop cher pareil discours.
a Sur ce nouveau Sainct de Roy de
a Monsieur Faye, dit encore le Journal,
tt on sema ce jour au Palais le distique sui-
« vant ;
Quis neçet Henricum miracula prodere mundo,
Quis fecit montem, qui modo vallis erat ?
P. A. L.
Un soufflet d'Alcibiade (V, 401).— Voir
là -dessus Plutarque, Vie d'Alcibiade,
ch. vu; Elien, Histoires diverses, 1. XIII,
ch. XXXVIII. T. DE L.
— M. F.-T. Blaisois n'ayant pas peur
du grec, je me permeîs de lui expédier la
phrase suivante, extraite de la Vie d'Alci-
biade, par Plutarque (c. 7 de l'édition
Tauchnit^, Lips., 1812):
Tt]v Se xai5txt)v -fjXtxfav TrapaXXajatov ,
èicéanQ ^^(x)^\>JizQ^K^a(rmhù , rxà Pt6X(ov
YjT/jaev '0[JLT)ptxbv • stirévroç 8à tou SiBaaxa-
Xou [XYjSev E^^tv '0[JLTf)pou, xovSuXo) xaÔix6-
[X5V0Ç àuTOU icaptjXOev. Joc'h d'Indret.
— Plusieurs des modernes qui racontent
cette anecdote, d'après Plutarque, ajou-
tent qu'un collègue au maître d'école ayant
alors présenté un Homère à Alcibiade, en
reçut un autre soufflet pour avoir osé in-
N* 112.]
L'INTERMÉDIAIRE
- 483
484
diquer des corrections sur son exemplaire.
Plutarque parle bien de cet Homère cor-
rigé ; mais, au lieu d'un soufflet, il ne fait
recevoir au correcteur, qu'une raillerie
d'Alcibiade. En revanche, il raconte que
celui-ci donna encore un soufflet, et cela
par gageure, à Hipponicus, Tun des pre-
miers citoyens d Athènes , mais qu en-
suite il lui nt une soumission si complète,
que Hipponicus lui pardonna et lui donna
sa fille en mariage. O. D.
Armoiries d'Etienne et Bernard Picart
(V, 374); E. Picart (IV, 292). — Le même
article de la France protestante peut ser-
vir de réponse aux deux questions ci-des-
sus. Le célèbre graveur est né à Paris en
i63i, et son fils Bernard, plus célèbre en-
core, fut le seul enfant que lui donna An-
féliçiue Tournant. Ils quittèrent tous deux
^aris le 7 janvier 1710 pour se rendre à
Amsterdam , par des motifs restés incon-
nus. Avant de se fixer en Hollande, Ber-
nard Picart, dit le Romain, surnom que
son père avait rapporté d'un long séjour
en Italie, avait épousé à Paris, en 1702,
Claudine Prost ; puis, devenu veuf, il se
remaria, à Amsterdam, le 2 5 septembre
171 2, avec Anne Vincent, dont il eut un
ils.
fils, Nicolas, graveur de portraits, et mou-
rut dans la même ville en 1733.
L'article de MM. Haag étant fort com-
plet, j'y renvoie MM. J. A. et J. G. de
C. J. R. Quant aux armoiries de cette fa-
mille, je les ai cherchées sans succès. Riet-
stap donne six descriptions d'armoiries du
nom de Picart, mais aucune ne me paraît
pouvoir s'appliouer à la famille bourgeoise
et parisienne aes Picart. Il est probable
qu'elles se trouvent dans le Grand Armo-
riai de 1606; V Indicateur de ce vaste re-
cueil héraldique, publié par M. Louis Pa-
ris, en donnera l'indication, et il sera facile
à un coabonné de Paris de faire la recher-
che demandée, à laquelle un but particu-
lier m'intéresse, autant que nos honora-
bles correspondants d'Amsterdam. Cz.
Les armes de Voltaire (V, 382). — Au
mois d'avril 1869, je passais chaque jour
devant un marchand de vieilles gravures
de la rue Bonaparte, au n» 7 ou 11, qui
avait en montre^ une grande planche re-
présentant, si je ne me trompe, l'apothéose
du châtelain de Ferney, et sous le titre,
on voyait Técusson de Voltaire, les trois
flammes d'or en champ d'azur, gravé
dans le style de l'époque. M. Borel d'Hau-
terive, dans V Annuaire de la Noblesse,
1868, donne la généalogie de la famille
Arouet, et blasonne ainsi les armes de l'il-
lustre philosophe : « D'or à trois flammes
de gueules, deux et une. » Quant à l'au-
teur de la gravure en question, elle m'a
paru si médiocre, que je n'y ai fait nulle
attention. Cz.
Galands d'or (V, 402). — Le demi-avo-
cat, demi-courtisan de Furetière portait
des galands d'or. Marinette ne donnait à
Gros- René qu'un galant de neige :
Voilà
Ton beau galant de neige avec ta nonpareille;
Il n*aura plus l'honneur d'être sur mon oreille.
a Ce sont des noms de rubans, dit
M. £m. de la Bédollière. Un passage
du Roman comique nous apprend ce qui!
faut entendre par galant : « Je lui montrai
a un nœud de rubans, que l'on appelle à pré-
ce sent un ^^/j;]/. » La nonpareille, d'après
la définition de Furetière, est le ruban le
moins large, dont on faisait des garni-
tures. »
— Commentons ici, s'il vous plaît , Fure-
tière par Furetière lui-même : « On appelle
aussi Gaîans, des nœuds de rubans qui
servent à orner les habits, ou la tête des
femmes. Une garniture, une toufie de Ga-
lans. Il est vieux. » (Furetière, Dicl
univers,, in- fol. 1727.) Ulr.
— Si j'étais du quartier Bréda
Je vous dirais fort bien, oui-da,
Le vrai nom [«< Napoléon. » -
Des « Galands d'or » — « Louis » ou bien
Qu'on prenait autrefois pour cajoler sa dame. »
Mais je suis... une honnête femme!
Césarine.
Les « cochons à l'engrais » du prince
Louis (V, 402). — N'est-ce pas dans le
Manuel de V amateur d'autographes {^m-
blié depuis quelques années dans le jour-
nal de ce nom, par l'expert-éditeur Cha-
ravay), que M. E. E. avait déjà vu citer le
mot de a cochons à l'engrais ?» La lettre
du prince Louis n'y a-t-elle pas été indi*
quee à son nom et citée par extrait? —Je
n'ai pas -sous la main la livraison de ÏAma^
téur d'autographes de mars i863, qui a dû
donner ce curieux, extrait d'après le Cata-
logue même de Charon. V. M.
— Parbleu! je sais bien, moi, où votre
correspondant E. E. a vu citer, il y a un
certain temps, cette expression pittoresque
de a cochons à Tengrais. » — C'est, sans
aller chercher plus loin, dans notre cher
Intermédiaire, qu'il Ta rencontrée, car il
est homme d'esprit à coup sûr (sa question
le prouve), et, étant homme d'esprit, il ne
peut manquer d'être un de nos coabonnés.
Qu'il regarde donc la livraison du 2 5 jan-
vier dernier, colonne 44, où M. Ed. F. (un
autre homme d'esprit, sans contredit) nous
signalait cette même lettre du 3 octobre
lèSg, qu'il « a vue autographe », et nous
en citait le texte. C'était à propos de
l'axiome favori des gardeurs et des nian-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
485
[25 août 1869.
486
geurs de porcs, — id est, des ministres con-
stitutionnels et des amis du régime parle-
mentaire : a Le roi règne et ne gouverne
pas. » (IV, 353, Vj 44), laquelle maxime
revient aujourd'hui sur l'eau avec les sus-
dits porcs à Tengrais. B. F.
— J'ai certainement lu quelque part que
Napoléon, ou plutôt le consul Bonaparte,
raillant le projet de Constitution de Sieyès,
avait traité son grand-électeur de cochon
à r engrais de six millions; mais je ne
pourrais dire où. Cependant j'espère que
cette indication, toute incomplète qu'elle
soit, pourra venir en aide aux souvenirs
de M. E. E. O. D.
— Ce fut le premier Consul qui se ser-
vit de cette expression, en examinant lepro-
jet de la singulière Constitution qu'avait
dressée Sieyès et dans laquelle le chef de
l'Etat était réduit à une inaction complète
et à une impuissance mal dissimulée sous
de vains honneurs. Le conquérant de
l'Eçypte et de l'Italie, l'homme du 18 bru-
maire, ne pouvait s'accommoder de ce ré-
gime; il manifesta sa volonté par une ex-
pression triviale, mais qui est restée. —
Quant à M. Lombard, il a figuré dans les
procès de Strasbourg et de Boulogne (lire
les relations de ces affaires), et plus tard
il a été récompensé de son bonapartisme
de la veille, en obtenant, je crois, le poste
de consul général à Calcutta. M. Charles
Durand est un ancien journaliste et publi-
ciste qui a résidé dans les Pays-Bas, qui a
écrit sous divers pseudonymes (Z7« Ami de
la Hollande ; V Anonyme de Gand, etc.) ;
il a publié, en pays étrangers, -divers ou-
vrages que riniatigable bibliographe Qué-
rard n'a point oublié de mentionner {Su-
percheries littéraires, i'« édit., tom. I**",
p. 592, 593).
Notons, en passant, que l'expression qui
existe en tête de cette note a âéjà été em-
ployée par un poëte chrétien qui vivait, ce
qu'il y a lieu de croire, vers le III® siècle,
Commodien, l'auteur d'un Carmen apolo-
getiçum, publié pour la première fois par
Dom Pitra. Dans une invective contre les
riches, l'auteur s'écrie que « leur unique
joie est de vivre comme des porcs à l'en-
grais :
Dum modo laetentur saginati vivere porcif
Je m'empresse d'ajouter que je n'ai point
lu Commodien et que j'emprunte cette ci-
tation à un article de M. G. Boissier, in-
séré dans une excellente publication heb-
domadaire : la Revue critique.
G. TURBEN.
— Vous avez le bonheur d'être jeune,
cher M. E. E. ; mais ayez recours à l'ou-
vrage publié en i853, par M. Paul La-
croix : V Histoire politique, anecdotique et
populaire de Napoléon III ^ empereur des
Français, et de la Dynastie Napoléonienne,
1 4 vol. gr. in- 8°, et vous saurez a qui est ce
M. Lombard. » A la vérité, l'auteur, citant
le major Lombard dans son premier vo-
lume, le nomme et le qualifie plus réguliè-
reliient, à la page 1 1 du second : Jules-
Barthélémy Lombard, chirurgien mili-
taire, — a Garçon ! ï Annuaire! » aurait
dit V Homme à l* oreille cassée (si M. E.
About l'eût permis dès i836...) VAnnuaire
militaire de i836. — Chirurgiens sous-
AiDES, p. 577 :
35. Lombard [b. j.], à r hôpital de Stras-
bourg, 22 mai i83i.
C'est là, n'en doutez plus, votre Lom-
bard : il était à la Finckmatt, le 3o octobre
i836; il fut porte-drapeau à Boulogne, le
6 août 1840.
Abel Hugo, un jfrère aîné du Grand Vic-
tor, auteur de nombreux ouvrages où l'on
a pensait bien », et entre autres d'une Vie
anecdotique de Monsieur, comte d* Artois,
aujourd'hui 5. M. Charles X, roi de
France et de Navarre, depuis sa naissance
jusqu'à ce jour, produisit en i833 (Paris,
Perrotin, édit.), une Histoire de l'empe-
reur Napoléon, ornée de 3i vignettes, par
Charlet, dans laquelle on « pensait bien »
aussi, etmême autrement. A la page 143, on
s'occupe de la Constitution de l'an VIII,
publiée et soumise au vote populaire, le
i3 décembre 1799... Je lis: « Quant à cette
institution mesurée à la taille de Sieyès,
qui comptait sans doute être ce grand élec-
teur, et gouverner en chanoine, sans em-
barras et sans responsabilité, Bonaparte la
tua d'un mot : « Quel homme, dit-il, vou-
« drait être ainsi un cochon à V engrais de
« six millions ? » Sieyès rougit et ne sut que
répondre. » Décidément, ce cochon à V en-
grais constitutionnel passe, ou doit pas-
ser dans la section des revenants?
H. DE S.
Complot? Coup d'Etat? (V, 403.) —C'est
un étrange abus de mots que d'appliquer
aux ordonnances de i83o le nom de com-
plot. Qui complote se cache. Or, Char-
les X se cachait-il, en promulguant des
ordonnances ? Il ne croyait même pas faire
un coup d'Etat, puisqu'il s'appuyait sur
l'art. 14 de la Charte, article si fort con-
troversé, si fort controversable. De très-
bons esprits ont soutenu, et soutiennent
encore, que cet art. 14 donnait au roi le
droit d'agir par ordonnance, et je suis
trèS'porté à penser que l'histoire en jugera
de même. Seulement, l'histoire ne peut en-
core être faite sur ces graves événements,
dont les effets se continuent et se conti-
nueront trop longtemps encore pour la
tranquillité de la France et du monde.
L'art. 14 a été condamné par les faits ac-
complis, c'est tout ce qu'on peut en dire
pour le présent. La chute de Charles X et
de Louis-Philippe, qui étaient irrespon-
, sables et inviolables, a été un double fait
N» I I 2. J
L'INTERMÉDIAIRE
487
488
violent, évidemment contraire au droit
écrit. Mais qu'importent les protestations
du droit? Tout se réduit au mot fatidique:
il est trop tard!
Quelle que soit Topinion que Ton ait
sur les Ordonnances de i83o, elles ne
pouvaient être un complot; on pourrait
douter qu'elles fussent un coup d'Etat. Le
vrai mot a été prononcé pour 1 83o et 1 848 ;
le mot : catastrophes I Dieu nous garde
des... catastrophes! E. G. R.
Entre la poire elle fromage (V, 404). —
Le fromage se mange après la poire,
comme la salade suit le rôti. C'est qu'un
repas, à l'égal du discours, est une affaire
d'art où s'observe étroitement la grada-
tion. Digestive et altérante est la salade ;
mais plus digestive encore, et non moins
altérante, est la poire ; enfin très-digestif,
et souverainement desséchant, est le fro-
mage. Pour ce qui est de la locution pro-
verbiale, a entre la poire et le fromage, »
elle équivaut à « au dessert, sur la fin du
repas, alors c^u'on cause à cœur ouvert, »
comme on dit au delà du Rhin : » Zu Ende
der Mahizeit, da man anfangt lustig zu
sein und offenherzig zu reden. »
Une expression qui n'est pas sans avoir
^ quelque analogie avec la précédente, et
qui était jadis d'un fréquent usage, c'est :
o Depuis l'œuf jusque au fruit, » AB OVO
AD mA LA, pour signifier a du commen-
cement à la fin du dîner. »
(Grenoble.) J. P.
Naissance de d'Alembert(V,4o5).— Il est
vrai que, malgré tout le soin que j'apportai à
la recherche de l'acte de baptême de Jean
Le Rond d'Alemberi, je ne parvins pas à le
trouver dans les registres des paroisses de
Paris. Le Bénédictin Chaudon m'avait
trompé : « Il (d'Alembert) ne dut le bon-
a heur de vivre qu'aux apparences d'une
o mort prochaine, et à l'humanité d'un com-
a missaire du quartier, qui, au lieu de Vert'
a voyer aux Enfants-trouvés, lui donna
« pour nourrice la femme d'un vitrier. »
Voilà ce que dit Chaudon, que je pus
croire bien informé. Les Enfants-trouvés
étaient exclus du cercle de mes recherches,
et je m'obstinai à feuilleter, à lire, à relire
avec la plus grande attention, trois ou
quatre fois, tous les actes de baptême in-
scrits dans les registres des soixante-six
églises paroissiales de Paris, à une date
voisine du 16 (une faute d'impression m'a
fait dire le 6) novembre 171 7. Intrigué
d'une peine inutile, je m'arrêtai là, suppo-
sant que Jean Le Rond avait été baptisé
dans un des couvents de la Cité, dont les
registres n'ont point été conservés.
Mon Dictionnaire publié, je me remis à
l'œuvre pour le compléter, le corriger et pré-
parer une seconde édition de ce travail.
Dieu me fasse la grâce qu'elle soit prête et
bientôt ! Jean Le Rond était une de mes
préoccupations. Deux points de sa biogra-
phie m'intéressaient particulièrement :
Avait-il été baptisé, quand et où ? Qui était
sa nourrice, cette vitrière qu'un biographe
a dit, du ton le plus affirmatif, qu'elle de-
meurait rue Michel'le-Comte ? Quant au
Î premier point, il me paraissait certain que
'enfant exposé sur les degrés de Saint-
Jean Le Rond avait été baptisé. Le com-
missaire du quartier de la Cité n'avait pas
pu manquer de le faire présenter à un prê-
tre, pour que le baptême lui fût administré;
c'était le devoir de ce fonctionnaire. Mais
quel prêtre administra le sacrement ? Chau-
Qon dit que le commissaire n'envoya pas
l'enfant aux Enfants-trouvés; c'est peut-
être le contraire qui est la vérité! Com-
ment ne m'avisai-je pas plutôt de cela? Je
courus aux registres des Enfants-trouvés,
qui, aux Archives de la Ville, sont intitu-
lés : En&nts de la patrie, et, vol. XIX,
fol. i56, V®, je lus : o Jean Le Rond, bap-
a tisé le 17 novembre (17 17). Le param
a {sic), le susd. Perreau, la marraine, Ma-
tt rie de Rocoust {sic), demeurante (51c) par-
a vis Notre-Dame, paroisse Saint-Chrisio-
tt phe, lesquels ont signé : Grange (c'est
a l'aumônier des Enfants-trouvés), Per-
tt REAu, M. Derocou. » Ce Perreau est u:
employé de l'hospice qui sert de parraina
la plupart des entants apportés au bureau.
Quant à Marie Derocou, c'est probable-
ment la femme qui a ramassé le nouveau-
né et Ta porté au commissaire. Celui-ci,
après avoir pris note de la présentation, a
eneagé la bonne femme à déposer l'enfant
à 1 hospice, et elle n'a pas eu à aller loin,
Thospice étant sur la place de Notre-Dame.
Tout naturellement, elle a été engagée à
tenir sur les fonts l'enfant qu'elle appor-
tait ; elle y a consenti , et le 17 novembre
le baptême a eu lieu.
Et tout de suite après, qu'est-il arrivé ?
Il fallait une nourrice à Jean Le Rond, à
qui on ayait donné le nom, non pas de son
parrain , mais celui de l'église, sous le porche
de laquelle on l'avait exposé. On ne pou-
vait pas attendre longtemps: la bonne Ma-
rie Derocou connaissait - elle la femme
Rousseau, la w pauvre vitrière, » comme
on a dit? était-ce le commissaire qui choi-
sissait cette nourrice ou le directeur de
l'hospice qui confiait un de ses enfants aux
soins de la vitrière? On a dit que le com-
missaire fit ce choix. L'hospice devait
Cayer les mois de nourrice; mais la rétri-
ution était bien faible, et si Madame Rous-
seau était a pauvre, » en effet, la charge
qu'on lui imposait était lourde. Madame de
Tencin, mère du petit abandonné, et
M. Destouches-Crinon, le père de Jean Le
Rond, s'intéressèrent-ils au sort du nour-
risson de la femme du vitrier ? 11 est pro-
bable qu'en secret ils firent tenir à la
nourrice un secours annuel, pendant quel-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 août 1869.
489
ques années au moins, car on sait que
Madame de Tencin ne perdit pas de vue
son fils, à cjui elle se découvrit un jour.
Quoi qu'il en soit, voilà Jean Le Rond
en nourrice rue Michel -le-Comte, Rien ne
doit être plus aisé que de trouver le vitrier
Rousseau, puisqu'on sait sa demeure. Les
registres de Saint- Nicolas des Champs
n'ont point de Rousseau, jusqu'en 171Ô
ou 171 7. Trois Rousseau font baptiser des
enfants en 171 8, mais Pierre est entrepre-
neur de bâtiments, Jacques est marchand,
et Robert est peintre ; point de vitrier du
nom de Rousseau dans la rue Michel-le-
Comte. Il faut faire un voyaee dans toutes
les paroisses. Patience! je nen oublie au-
cune; des quinze qui sont dans la Cité, je
passe à celles de la rive droite de la Seine,
puis à celles de la rive gauche ; partout des
Rousseau, mais pas un n'est vitrier. J'ar-
rive à la fin à Saint-Côme-Saint-Damiens,
ma dernière station ! et me voilà payé de
ma fatigue. Oui, voici « Pierre Rousseau ^
marchand vitrier, » Il a épousé « Gene-
viève-Elisabeth Le Grand, » et celle-ci, le
9 mars 17 16, lui a donné une fille qu'on a
nommée Geneviève ; l'acte de baptême de
cette enfant dit que Pierre Rousseau de-
meure à la porte Saint- Michel. Voyez-
vous la confusion : la porte Saint-Michel
et la rue Michel-le- Comte? Le 12 avril
1717, Geneviève-Elisabeth Le Grand mit
au monde un fils, tenu le jour même sur
les fonts par « un fils de Jean Rousseau,
maître vitrier, faubourg Saint -Jacques
(père du frère de notre Pierre), » Geneviève-
Elisabeth, nourrice depuis sept mois de
Jean-Charles, son second enfant, prend
Jean Le Rond, qu'elle devra sevrer en fé-
vrier 1710; car, le 23 septembre de cette
année, elle accouchera de Jacques. Elle
aura, à ce moment, trois enfants à elle, et
celui qu'on lui a confié. Elle ne s'arrêtera
pas là; le 2 3 novembre 1721, elle aura
Jean-Pierre, et le 21 octobre 1725, Michel.
Jean Le Rond est donc le sixième enfant
du vitrier Pierre Rousseau, enfant d'a-
doption qui, dit-on, ne quitta point sa vé-
ritable mère, sa mère de lait, celle qui 1 e-
leva petit et le fit instruire. Pierre Rous-
seau changea de quartier, et je n'ai pu le
retrouver dans Paris; je le perds de vue
après 1725. J 'aurais voulu découvrir Tacte
d'inhumation d'Elisabeth-Marie Le Grand,
pour y lire le nom de Jean Le Rond d'A-
iembert. A. Jal.
Portrait d'André Chénier (V, 4o5}. —
Mais nous oublions, en parlant des choses
Çiui feront vivre son nom, que quelques
jours lui restent encore dans la captivité,
et qu'il convient d'achever une tâche dou-
loureuse. Les deux Trudaine étaient aussi
détenus à Saint- Lazare, et Suvée, prison-
nier comme eux, s'occupait défaire le por-
trait d'André. Cette peinture, possédée
490
aujourd'hui par M. de Cailleux, est la
seule image qui reste de lui.
Delatouche.
— Outre le portrait gravé par H. Du-
pont, dont il y a un état avant la lettre, il
existe certainement d'autres portraits gra-
vés d'André Chénier. Ainsi, sans pouvoir
préciser davantage pour le moment, dans
la Galerie théâtrale de M. Soleirol, cu-
rieuse collection d'estampes vendue en dé-
cembre 1862, se trouvaient dans un lot
(no475) huit portraits différents des deux
Chénier. (Aucli.) H. Vienne.
Un cartel à interpréter (V, 405). — Je
me borne, pour toute réponse, à repro-
duire textuellement une note qui accom-
pagne le passage en question, à la p. 2 35
de l'édition delà Chronique de la Pucelle^
donnée dans la Bibliothèque gauloise^ par
M. Vallet de Viriville.
« Ce genre de pièces, dit-il, est connu
€ des diplomatistes sous le nom de chartes
a parties , paricles ou endentures. Le
« corps de la pièce était écrit une première
« fois en haut d'une feuille de papier ou de
a parchemin; puis, après un espace vide,
a on écrivait une seconde copie de la pièce
o au-dessous de la première. Dans l'espace
a vide, on traçait en gros caractères une
« devise ou légende quelconque ; par exem-
« pie : A, B, C, D, etc.; puis, on coupait
« le papier de manière à diviser la légende
« en deux par une ligne endentée ou on-
a dulée. Ce procédé avait pour but de con-
« stater avec certitude l'origine commune
a des deux copies. Certains actes étaient
a tirés de la sorte ou divisés en trois, qua-
a tre et même cinq exemplaires. En ce
« dernier cas, la légende était coupée une
a fois par moitié sur les quatre premières
a expéditions; mais dans le dernier exem-
« plaire, la légende coupée par moitié était
« quadruple ; elle régnait tout autour du
« texte sur les quatre bords de la charte,
tt Les billets de banque actuels, et autres
a coupons à souche, présentent encore au-
f jourd'hui l'emploi du même procédé. »
(Périgueux.) Alb. Tornezy.
Une barbe d'or (V, 4o5). — Il n'est pas
supposable que Monseigneur de Lorraine
ait mis une fausse barbe ou se soit fait
dorer le poil du menton, pour pleurer le
Téméraire. D'ailleurs, on portait peu la
barbe à cette époque.
Ne s'agit-il pas plutôt d'un ornement
dépendant du chaperon , comme les
barbes du bonnet des femmes ?
Une curieuse image xylographique re-
présentant les neuf preux, et conser-
vée, ce me semble, au cabinet des estam-
pes de la Bibliothèque impériale, pour-
rait éclaircir ce détail en ce qui concerne
N" 112.]
L'INTERMÉDIAIRE
491
492
le costume qu'on attribuait alors aux anciens
preux. Prosper Blanchemain.
— Dans une courte notice du Magasin
pittoresque (i833, p. iSS-iS^) sur l'his-
toire de la barbe en France, il est fait al-
lusion au fait rapporté par Ad. D., en des
termes qui prouvent qu'il s'agit du texte
de Jean de Troyes; mais cette assertion
n'est appuyée sur aucun autre document.
Voici quelques notions qui serviront à ex-
pliquer l'usage des barbes d'or.
Dans sa deuxième satire , contre les
vœux criminels et insensés des hommes,
Perse, dit :
... Nam fratres inter ahenos
Somnia pituita qui purgatissima mittunt
Prascipui sunto, sitque illis aurea barba.
(Ne faut-il pas en effet que ceux des frè-
res aux statues de bronze qui vous en-
voient des rêves véritables, soient plus
honorés que les autres et aient une barbe
d'or? — Traduction de Sélis.)
Sur ces vers, le traducteur a donné la
note suivante : Une barbe d'or (v. 58).
Turnèbe soupçonne que la barbe d'or
était un attribut distinctif des dieux de la
grande classe. Il se fonde sur un passage
où Suétone dit de Caligula, qu'il se faisait
représenter dans ses statues avec une barbe
d*or, ayant à la main ou un foudre ou un
caducée ; ornements^ ajoute l'historien,
qui ne conviennent qu'aux grands dieux.
Or, dans le texte de Suétone, le mot or-
nement paraît se rapporter à la barbe d'or,
aussi bien qu'au foudre et au caducée.
(Voyez Suétone, Vie de Caligula, chapi-
tre 52). Ainsi, en dorant la barbe des hé-
ros ou demi-dieux qui envoyaient de bons
rêves, on leur faisait autant d'honneur
qu'à Jupiter, Neptune, Mercure, etc.
Voici le texte de Suétone: a. .. Plerumque
vero aurea barba, fulmen tenens, aut fus-
cinam, aut caduceum, deorum insisnia. »
Il (Caligula) paraissait en public... Te plus
souvent avec une barbe d'or, tenant à la
main ou un foudre, ou un trident, ou un
caducée, insignes des dieux. — Turnèbe a
mal cité ou a été mal cité ; il ne s'agit pas
de statues ; mais il Importe peu à notre
sujet. N'est-il pas permis de voir, dans
cet usage, l'origine des barbes d'or par
lesquelles se distinguaient les anciens
chevaliers? C'était une marque d'hon-
neur, qui n'appartenait qu'aux grands
seigneurs. E. G. P.
L'amendement de Riancey (V, 406). —
Le parti clérical, ahuri par le succès du
Juif errant^ d'Eugène Sue, attribuait à
l'influence du roman-feuilleton Ja démo-
ralisation qui, à l'en croire, conduisait la
France à sa ruine. Il saisit avec bonheur
la première occasion qui s'oflrit de satis-
faire sa rancune.
Lors de la discussion de la loi du 16 juil-
let i85o, M. Henri de Riancey, représen-
tant du peuple et rédacteur d'une feuille
bien pensante, fit adopter un amende-
ment ayant pour objet de frapper d'un
droit de timbre supplémentaire tout nu-
méro de journal escorté d'un roman-feuil-
leton. En fait, c'était tuer le roman-feuil-
leton,
Ce pelé, ce galeux dont venait tout le mal!
Cette disposition draconienne fut abro-
gée par l'article 36 du décret organique
du 17 janvier i852, mais la Société des
gens de lettres se souviendra longtemps du
vide désastreux qu'elle opéra dans sa
caisse ; et si le prochain Concile s'avisait
de canoniser par anticipation M. H. de
Riancey, il est probable que, tout Breton
qu'il est, mon ami Paul Féval réclamerait
pour lui le rôle d'avocat du diable.
Joe 'h d'Indret.
Inscription énigmatiqne (V, 412). -
Je n'entends pas chicaner M. J. P. surson
ingénieuse interprétation de cette énigme,
qui, suivant lui, exprime les vérités les
plus consolantes, et que je persiste, avec
Spon {Interm.^ V, 324) à trouver tout sim-
plement incompréhensible, à l'exception
des trois dernières lignes, qui me parais-
sent se rapporter bien netteaient à Niobé.
Je me permettrai seulement de demander
à M. J. P., des éclaircissements sur quel-
ques points de détail :
i<» S'il faut en croire M. J. P., iEIius ou
^lia veulent dire autochthone ou plutôt
(ce qui n'est pas tout à fait la même chose
enfant du soleil, ^ioq. Mais-^Xtoç, pour
d)Xio;, aaéXtoç, ffa-FéXtoç, vient de la ra-
cine 51/, répandre, engendrer, qui a donné
au sanscrit sûryas (aryaqué, savaryas) et
en latin sol. Dès lors, j'ai de la peiné à ad-
mettre que le latin, qui conserve toujours h
initial de la racine, l'ait laissé tomber dans
iElius. En tout cas, l'assimilation que fait
M. J. P. entre Laelia et ^Elia me paraît
injustifiable, la lettre / par laquelle com-
mence le premier de ces deux noms, de-
vant avoir une étymologie.
2° M. J. P. rattache les deux mots mu-
lier er miles à la grande racine mal y mou-
dre, broyer. Passe pour mulier, quoique
la chose puisse prêter à controverse, mais
qu'on ait désigné le soldat par un terme
qui signifie le meunier ou le boulanger,
voilà ce qui ne paraîtra croyable à per-
sonne. J'aime mieux voir dans le mot
miles la racine mil, réunir, rassembler,
qui se trouve également dans le nom de
nombre : rnille. Quelle que soit, du reste,
l'étymologie de ce mot, pourquoi M. J. P-
qualifie-t-il d'anecdotique et d'intraduisi-
ble l'expression armato milite, qui se trouve
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 août 1869,
493
494
dans Virgile , au commencement du li-
vre II de V Enéide y si je ne me trompe :
... Penitusque cavernas
Ingentes uterumque artnato milite complent.
Je me souviens d'avoir, étant en troi-
sième, traduit ce vers à peu près ainsi :
« Ils (les chefs grecs} remplissent de sol^
dats armés les vastes flancs du cheval de
bois. » Je n'y voyais pas malice alors :
j'avoue qu'il en est encore de même au-
jourd'hui.
3° Pourquoi M. J. P. nous dit-il que
chrysalide vient du grec X9^^^^ ^^ ^^ ^^^^^
fl/j, littéralement aile dorée ? D'abord les
chrysalides ou nymphes n'ont point d'ailes,
si ce n'est à Tétat latent, ou en puissance,
comme disent les métaphysiciens. Ensuite,
à quoi bon recourir à une formation hy-
bride , pour expliquer le mot ^^pucraXXfç,
où l'on trouve tout simplement XP'^^OÇ»
avec une finale diminutive aXXtç analogue
à uXXiç dans 'AfxapuXXCç, eeoruXXtç.
XpuffaXXtç se traduirait en latin auréola ?
4° Enfin M. J. P. fait venir chenille de
catendy catenicula. L'étymologie cani-
cukj petite chienne, qui a pour elle le
provençal canilha et le normand chatte-
peleuse (angl. catterpillar), me paraît bien
préférable. Dicastès.
La licorne (V, 423). — « Les armes d'An-
gleterre, où elle a pris indûment la place du
vieux cheval saxon d'IJorsa. » Si je ne me
trompe, c'est Jacques I®' d'Angleterre , le
fils de Marie Stuart, qui, le premier, in-
troduisit la licorne (unicorn) des armes
d'Ecosse dans celles d'Angleterre, à la
place non d'un cheval, mais d'un griffon,
qui existait du temps de la reine Elisa-
beth. P. A. L.
Calendriers nouveanz (V, 416). — Le
plus fécond et le plus singulier réfor-
mateur duXVIII» siècle, Restif de la Bre-
tonne, n'avait pas oublié la réforme du
calendrier.
Dans les Nuits de Paris ou le Specta-
teur nocturne, tome III, page 1425
(CXXXVI* nuit), il exposait amsi son
plan :
« Pour se conformer à la nature et au
« bon sens, le 1" du premier mois de l'an-
« née sera fixé au jour du solstice d*hiver,
« point auquel les jours recommencent à
« grandir, et comme les mois romains sont
« insignifiants et dénaturés, ils ne porte-
« ront plus que des noms numéraux : jan-
« vier, commençant au 21 décembre, s'ap-
« pelleraprimobre; février, duobre; mars,
« triobre; avril, quartile; mai, quintile;
« juin, sextile ; juillet, septembre ; auguste,
tt octobre ; septembre, novembre ; octobre,
« décembre ; novembre , onzobre ; enfin
« décembre, notre douzième et non pas
a notre dixième mois, comme chez les
« premiers Romains, douzobre. Duobre
« aura vinet-neuf jours et trente aux an-
ff nées bisduobres (mal nommées bissex-
« tiles), et l'on en retranchera un au nou-
a vel octobre, afin de rendre un jour au
a premier semestre, qui en a troisde moins ;
a et douzobre finira le 20 décembre ac-
o tuel. » 11 y a une foule de propositions
bizarres, d'anecdotes plus insipides que
scandaleuses; on y trouve jusqu'à un pro-
jet de taxe pour les chiens. Tout a été
critiqué par l'mfatigable et cynique auteur
du Pornographe.
(Lyon.) V. de V.
Hommes célèbres non mariés (V, 451).
— On peut ajoutir à cette liste les noms
suivants : R. Beuton (l'auteur de \Ana-
tomy of Melancholy), boccaccio, Beetho-
ven, Êrougham, Bentham, Chatterton,
les deux Chénier, Gœthe, Goldsmith, les
deux Humboldt, Charles Lamb, Luglia-
becchi, lord Macaulay, sirJ. Reynold, Ro-
bespierre, Richard Savage, Spinoza, Ho-
race Walpole. C'est par erreur que le nom
d'Addison a été inséré dans cette classe. Il
épousa la comtesse de Warwick. Le sujet
de cette liste est très-intéressant, et si Ton
y ajoutait les noms de femmes, elle ne pour-
rait manquer de gagner beaucoup en in-
térêt. (Manchester.)
William E. A. Axon F. R. S. L.
D'nn livre qui était sur la table dans le
cabinet de Catherine de Médicis (V, 460).
— Le livre que cherche M. A. Baschet ne
serait-il pas celui d'Androuet du Cerceau :
les plus excellents Bâtiments de France,
etc., dédié à la reine Catherine de Médi-
cis, imprimé à Paris eni576, et suiv., deux
parties en un volume in-fol. ? C'était pro-
bablement l'exemplaire de dédicace, of-
fert par du Cerceau lui-même.
Prosper Blanchemâin.
a Pmdhommiana » (V, 461).— Connaît-
on ces jugements formulés par J. Pru-
dhomme sur deux compositeurs contem-
porains ?
Hérold : « Bon musicien. Un peu coli-
u fichet. »
Rossini : « Musique de barrière. »
Et son opinion sur les classiques:
a Nous avons le tendre Racine, — Cor-
« neille le Grand, — Voltaire, génie uni-
« versel, le second dans tous les genres, —
« et Molière, pour la farce. » I. G.
— On prête à M. Prudhomme, fonction-
naire, la débauche des paroles suivantes,
laquelle n'est pas plus invraisemblable que
tel ou tel autre spécimen d'éloquence offi-
N" 112.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [26 août 1869.
495 , 496
geoient ensemble ou séparément, comme
Fon vouloit. » (Traduction Larivey.) Mais
l'on peut objecter que c'était bien là un
pistolet à cinq coups, mais non un revol-
ver; et peut-être la même distinction est-
elle applicable au mousqueton à sept coups
de M. de Saint-Aignan. Il n'en serait pas
de même, je crois, d'une arme encore plus
curieuse que Tavernier dit avoir portée en
Perse. « Comme je connaissois l'inclina-
tion de Mahamet-Beg pour toutes sortes
de curiositez, je lui fis présent d'une ar-
quebuse qui tiroit dix-huit coups de suite,
et se chargeait et amorçoit d'elle-même par
un demi'iour de la culasse. Mahamet-
Bee , bien qu'il eût remarqué quelques
délauts dans cette nouvelle invention, aux-
quels il tâcha de trouver quelque remède.
Il vit que toute la poudre qui devait être
dispersée en dix-huit charees pouvoit tou:
d'un coups'enflamer,et qu ainsi cette arme
pouvoit autant nuire à celui qui s'en ser
viroit, qu'à ceux contre oui il la voudroit
cielle, publié par nos a feuilles publiques, v
— Donc, M. Prudhomme vient d'être
nommé préfet du département de..., et il
adresse tout aussitôt à ses chers adminis-
trés la proclamation que voici :
a Habitants de T...,
o Arrivé dans vos murs depuis hier avec
a mon épouse adorée, je vous dirai, comme
a le grand Empereur aux habitants de
« Lyon : Lyonnais, je vous aime.,. »
G. N.
%r0ut)aille0 ti Curiodited.
La Convention nationale, statistiqnée en
dix lignes. — Qui se souvient aujourd'hui
de ces dix lignes d'un discours de François
Araco?
C était en mai 1840. Le grand astronome-
député était à la tribune :
tt II y a eu, dit-il, une assemblée qui a
été nommée par Tuniversalité des ci-
toyens, c'est la Convention : elle a sauvé
le pays. Elle a eu en partage le courage,
l'honneur et le patriotisme. Elle comptait
dans son sein 14 évêques, 6 ministres pro-
testants, i3 hommes de lettres, 22 méde-
cins , 1 5 magistrats , et 39 avocats ou
notaires. Elle a fourni 1 1 sénateurs, 4 con-
seillers d'Etat, 00 magistrats, 1 5 employés
supérieurs des finances, et 1 3 membres de
l'Institut. Vous voyez, comme dit Montes-
quieu, que lepeuple est admirable dans ses
choix. »
Gamoêns et Jnles César. — On a raconté
que Luiz de Camoêns avait, dans un nau-
frage, risqué sa vie pour sauver le manus-
crit de ses Lusiades, en nageant seulement
d'une main, pendant que de l'autre il éle-
vait le poème au-dessus des flots irrités
(vieux style). Ceci est probablement un
conte. Dans tous les cas, le poëte aurait
été devancé par Jules César. Voici le récit de
Suétone (ch. LXIV) :« Il attaquait un pont
dans Alexandrie ; mais une brusque sortie de
l'ennemi le força de sauter dans une barque.
Comme on s'y précipitait après lui, il se
jeta à la mer et nagea l'espace de deux
cents pas, jusqu'au vaisseau le plus proche,
élevant sa main gauche au-dessus des flots
pour ne pas mouiller des écrits qu'il por-
tait [ne libelliy quos tenebat, madefierent),
traînant son manteau de général avec ses
dents, pour ne pas laisser cette dépouille
aux ennemis. » T. de L.
Unmonsqneton-revolver sons Lonis XIV
(Voir I, 96; III, 10). — L'armurerie n'a-
vait pas attendu le XVII® siècle pour trou-
ver les armes à feu à plusieurs coups. Dès
la moitié du XV l«, Straparole parle d'un
a petit bidet à cinq canons qui se deschar- |
tirer. Comme il est aisé d'ajouter quelque
chose aune première invention Maha-
met-Beg philosophant sur cette arque-
buse .... Il communiqua sa pensée à deui
armuriers françois qui étoient au service
du roi (de Perse), et qui travaillèrent si
bien, selon ce qu'il leur prescrivit, qu'il'
firent une arquebuse qui faisoit le mênie
efl'et que celle que je lui avois donnée, san^
danger pour celui qui la voudroit tirer. «
Je crois bien que même avec les correc-
tions du mécanicien premier ministre, car
telle était la qualité de Mahamet-Beg,
cette arquebuse n'obtiendrait pas le prix à
l'Exposition de 1867; mais ce document
ne prouve-t-il pas que l'idée et le principe
du revolver étaient déjà trouvés sous
Louis XIV? 0. D.
Un câble sons-marin sons les auspices
de la politique. — Que de bonnes choses
par V Agence Havas, cette fille médiate de
M. Guizot ! — sans compter la réponse du
président Grant. Oyez plutôt :
u J'ai la confiance que la politique libé-
« raie des Etats-Unis, sous les auspices de
« laquelle ce câble a été posé, aboutira à...,
a etc.. »
O langage du jour ! Etonnez-vous donc,
après tout cela, qu'une tasse de thé soit
a un lien » chez le Petit OffI H. de S.
Une inadvertance de M. Ponson dn Ter
rail. — b.st-il donc vrai que, dans un ré-
cent feuilleton, M. Ponson du Terrail.
emporté par l'ardeur de l'inspiration, ait
écrit ces lignes étranges :... « Il toucha s;^
main... Horrible!! Cette main était gluante
et glacée comme celle d'un serpent!! »
EuQORRAL.
Paris. • Typ. de Ch. Meynieis, me Caju, 1S.~ 1^9.
NomérollS.
Charchê» et
«0ti« trouotrtM.
Il M faut
«nir'atder.
10 sept. 1869.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, O^OTES and QUERIES français.)
497
498
(Stue0tt0n0.
Belles-Lettres — Philologue — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
« MœcenaSy atavis...» — Avec quel plaisir
on rencontre parfois une bonne réminis-
cence, une citation bien appliquée de nos
bons vieux auteurs, une heureuse allusion
à quelque texte classique 1 C'est ainsi que
j'ai été vraiment charmé, en lisant, dans le
feuilleton théâtral de Théophile Gautier
[Journ, off,, lundi 14 juin 1869), les
lignes que voici :
« Quoi qu'on en dise, il faut débuter de
bonne heure, avec la hardiesse ingénue et
ia folle confiance des vingt ans... Si l'on
remet trop, la réflexion vient, le diable au
corps s'en va, le sens critique se déve-
loppe, l'on se juge et l'on ne fait rien.
Lancez-vous donc dans la carrière, ô
jeunes poètes,, et si vos chevaux s'empor-
tent, et si la roue brûlante de votre char
n'évite pas la borne et s'y heurte violem-
ment, ne vous en inquiétez pas ; cussiez-
vous roulé dans la poussière olympique,
vous vous relèverez bien vite et serez prêts
pour une autre course. »
Quelle agréable et heureuse application
du
Sunt quos curriculo pulverem Olympicum !
A ce propos, je demande cjuelle est la
meilleure et la plus authentique version
du vers 20 de cette première des odes
d'Horace. L'édition donnée par le traduc-
teur René Binet porte :
Me doctarum hederae praemia frontium...
tandis que d'autres ont adopté cet autre
texte :
Te doctarum.
ce qui présente un sens bien différent. Le-
quel faut-il préférer? Que dit l'édition de
Jean Bond ? Que dit celle de Fréd. Dubner?
Je ne les ai pas sous les yeux. S. D.
Vers de Molière à retrouver. — Dans
une satire, dirigée surtout contre La-
motte, Saurin et autres auteurs, intitulée :
le Voj^age du Parnasse, ouvrage ano-*
nyme imprimé à Rotterdam, chez Fritsch
et Bohm, MDCCXVI, l'auteur cite une
traduction qu'il a faite de la ix® ode du
IIIo livre d'Horace {Donec gratus eram
tibi), qui commence par ce vers :
Quand j'avais des charmes pour toi, etc.
Puis, parlant de ses auditeurs, il ajoute :
« Ils parurent très-satisfaits de cette lec-
o ture, et ils m'assurèrent que Pellisson,
« Molière et Bussy, qui avoient traduit cet
a ode, n'avoient pas si bien réussi que
a nioi ; que, sans être esclave de mon ori-
o ginal, j'avois sçu le rendre parfaite-
« ment. »
Est-il vrai que Molière ait traduit l'ode
en question, comme il paraît certain qu'il
avait traduit le premier livre de Lucrèce?
Sa traduction, que je n'ai vue dans aucune
édition de ses vers, existe-t-elle dans quel-
que vieux recueil?
Autre question accessoire. Connaît-on
l'auteur du Voyage du Parnasse? Ce
livre a-t-il été réellement imprimé à Rot-
terdam, ou le nom de cette ville n'a-t-il
pour but que de cacher une impression
clandestine faite à Paris, comme cela se
pratiquait si souvent, pour échapper à
l'obligation d'obtenir un privilège et de
soumettre l'ouvrage à la censure?
Eh bien! adressons-nous à V Intermé-
diaire : c'est un riche qui fait volontiers
l'aumône. E. G. P.
Pire qu'un Lestrigon. — Je lisais le
36* chant de Roland J^urieux ; une phrase
me frappa, à la fin de la ^^ stance :
..^iù crudo et più fellone
D*ogm Cidope e d'ogni Lestrigone.
Ces deux taols^ fellone, Lestrigone^ me
rappelèrent une apostrophe de Gros-René
à Marinetie, dans le Dépit amoureux^
(acte I, scène 6) :
Crocodile trompeur, de qui le cœur félon
Est pire qu'un satrape, ou bien qu'un >Lestrigon !
. ^^l'Ctc^Mt pire qu'un Lestrigon est une
TOME V.— 17
N» ii3.]
L'INTERMÉDIAIRE
499
5oo —
expression proverbiale que les deux au-
teurs auraient empruntée au langage cou-
rant, et que l'on retrouverait ailleurs ; ou
faut-il supposer dans ces verà de Molière
une réminiscence de TArioste ?
(Genève). E, R*
Divers mots spéciaux dei « Contek dé
Fées » de Madame d'Aulnoy. —
Si Peau-d'Ane m*étaît conté.
J'y prendrois un plaisir extrême,
disait La Fontaine. Ayant rencontré les
Contes de Mademoiselle d'Aulnoy, je les
ai lus, bien que le style en soit très-faible,
avec plaisir. J'y ai trouvé des mots qui ont
besoin d'être expliqués; je m'adresse à
* Vlntermédiairey car nul n'eh sait autant
que tout le monde.
Conte de la Princesse Rosette : « Ort
donna à tous... une bourrée de confitures,
du petit métier f etc. » Quelle est la frian-
dise qu'on nommait /?e/if métier? — Conte
du Rameau d'or : h II fut abordé par une
vieille qui avoit- une fraise au cou..., un
moule sous ses' cheveux blancs. «Qu'est-ce
qu'un moule sous des cheveux blancs? —
Conte de tOranger et VAbeille : « Une
table de cèdre et de Canambour. » —
Conte du Serpentin i^ert : « Des rames de
Canambour. » — Conte de la Biche au
bois : tt Cananbou, » Est-ce la même chose
que le bois de Calembour ou de Canam-
bour? — Nouvelle du Prince de Léon :
v II commandait un terce espagnol. »
Quel est le corps de troupes indiqué sous
ce nom? Dans la même nouvelle et dans
celle intitulée : Fernand de Tolède, on
trouve le mot romance dans le sens de
conte ou nouvelle. Faut-il en conclure
que c'est une traduction d'un mot espa-
gnol, ou que ces deux nouvelles sont tra-
duites de l'espagnol? En connaît-on les
originaux? — Conte de Babiole : « Rien
ne manquoit de ce qui étoit nécessaire
pour sa guérison, médecin de chodrai^
chirurgiens. » Chodrai est-il le nom d'un
médecin ou d'une ville où il y aurait eu
une école de médecine, comme celle de
Paris, de Salerne ou de Montpellier?
Qu'est-ce qu'im médecin de chodrai?
Même conte : « La rivière Biroquie, légè-
rement vêtue, dansoit les olivettes avec la
Seine, la Tamise, etc. » Quelle est la
danse qui portait ce singulier nom : les
olivettes?
Conte de Serpentin vert : « Du taffetas
Zim^oiin. » Est-ce une trame particulière
d'étoffe ou une couleur? — * Même conte :
€c Elle vit venir à elle des pagodes vêtus et
faits de cent manières différentes... » Les
pagodines parurent à leur tour. J'avais
cru d'abord que ces pagodes d'or, de dia-
mant, etc., étaient des marionnettes. Mais,
dans la suite du conte, on voit une furieuse
guerre entre les marionnettes et les pa-
godes. Est-ce un mot inventé par Ma-
dame d'Aulnoy pour indiquer des pantins
chinois, ou bien y avait-il des pantins
connus sous le nom de pagodes et jpago-
dînes?
Conte de la Chatte blanche : « Il vit un
grand fauteuil de commodité qui s'appro-
cha tout seul de la cheminée. » Y avait-il
des fauteuils ainsi nom mes? Quelle en était
la forme spéciale? — Même conte : « Il
vit qu'elle avoit à sa patte un portrait/ji7
en table. » Est-ce un portrait peint sur
bois ou en marqueterie? — Même conte :
« Elle cria : Abricots, pêches, pavis... ac-
courez à ma voix. » Quel est le fruit
nommé pavis? — Conte du chevalier For-
tuné : a Un grand coffVe clouté d'or. » Le
mot n'a pas besoin d'explication, nnais
est'il de 1 invention de l'auteur ou était-il
réellement usité?
Conte de la princesse Belle- Etoile :
u Trois ou quatre mille bibets lui ap-
portèrent à boire. » Ce mot veut-il dire
échansonê? Même .observation et même
question que ci*dessus. — Nouvelle du
Gentilhomme bourgeois : « Un esprit su-
périeur, capable de polir tout un roïaume,
d'en exiler les obscénités y de donner la der-
nière perfection à la langue. » Cette
phrase étant mise dans la bouche d'une
jeune fille honnête, il est probable que
l'auteur a voulu se moquer du langage
d'une pecQue provinciale ; mais il est sin-
gulier qu'il se trouve dans un conte fait
pour des enfants (0. Je remarque aussi
que le conte le Dauphin offre une aven-
ture bien croustilleuse.
Conte du Prince Marcassin : « Il fallut
lui donner six noUtrices, dont il y en avoit
trois sèches à la mode anglaise. » Cela
veut-il dire des nourrices au biberon? En
quoi ce tnode de nourriture des enfants
serait-il d'origine anglaise? — Même conte:
« Des limes douces, des citrons, etc. » Je
connaissais les limons : ont-ils ordinaire-
ment été appelés limés?
Je tTOuvejassemins et jasmins. La pre-
mière orthographe se trouve-t-elle autre
part, ou n'est-ce qu'une faute d'impres-
sion, ainsi que Jictice pour factice, et dis-
parade i>omv disparate? E. G. P-
ToU-Huys et Tolua. — On lit au cha-
pitre X du Siècle de Louis XIV : « Des
gens du pays informèrent alors le prince
de Conde que la sécheresse de la saison
avait formé un gué sur un bras du Rhin,
auprès d'une vieille tourelle qui sert de
bureau de péage (payage) qu'on nomme
a Toll-huys, » la maison du péage, dans
laquelle il y avait XVII soldats.» Que faut-
il entendre par ce mot composé « Toll-
(i) Il était nouveau du temps de Molière.
Voir la 3« scène de la Critique de VEcoîe des
femmes.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo sept« i869«
5oi
5o2 -
huys? • A-t-il quelque chose de commun
avecleTOLUSdont il est parlé dans Boi-
leau, à propos du passage du Rhin?
Frater. — D*où vient oue Ton appliquait
autrefois ce nom aux aides ou commis des
barbiers et des chirurgiens (on pourrait
dire barbiers-chirurgienSy puisque l'on cu-
mulait d'ordinaire ces deux fonctions) et
qu'aujourd'hui ce nom s'applique aux bar-
biers ou perruQuiers - coiffeurs spéciale-
ment, et non plus seulement à leurs gar-
çons ou commis? J. E. — G.
— Et d'où vient le nom de Merlan^ qui
a aussi été donné à ces derniers, familiè-
rement parlant. A. D.
Les t Immortels i de FÂcadémie fran-
çaise. — D'où vient que cette expression
est appliquée aux membres de l'Académie
française seulement, et non aux membres
des autres sections de l'Institut? De tous
ces immortels, combien de noms déjà ou-
bliés, et combien enoubliera-t-on encore !
Relisez la liste des titulaires des 40 fau-
teuils de l'Académie, et vous verrez le plus
souvent, dans le nom d'/wmor/e/s qui leur
est donné, une singulière ironie.
J. E. — G.
Fraades pieuses. Tromperies honnêtes.
— Avant 1789, on comptait en France
quelques sanctuaires privilégiés: parmi
les reliques renommées par leur puis-
sante intercession et le concours des pè-
lerins, on citait les saints-suaires de
Besançon, Turin, Cadouin, Aix-la-Cha-
pelle, Alby et Carcassonne.
Jean Calvin assure qu'il y a une demi-
douzaine de villes pour le moins, qui* se
vantent d'avoir le suaire de la sépulture
tout entier, sans compter les fragments
qui en sont dispersés d'un côté et d'au-
tre. Il cite parmi les villes les mieux par-
tagées le Traict, ou Trier, et une ville
de Lorraine assise au port à!Aussois,
Quelque savant lecteur de ïJntermé'-
diaire pourrait-il restituer ces noms de
lieux dits et me renseigner sur le sort ad-
venu à ces anciennes peintures? Pourrait-
il me citer quelques livrets populaires
relatifs aux suaires d'Alby ou de Carcas-
sonne ou quelques naïves images, en don-
nant le nom des éditeurs?
(Algérie.) Vesoul-Benian.
Portraits de Turgot et de Madame de
Miramion. — Dans le Catalogue de la col-
lection Quintin Craufurd, dont la vente
eut lieu à Paris en novembre 1820, je vois
figurer, sous le n® 370, un portrait de
M°^e (iç Miramion, gouache ou pastel ; et.
sous les n*»» 276 et 277, les portraits de
Michel-Etienne Turgot, prévôt des mar-
chands, et de sa femme, par Pierre Ville*
bois, 1743. (Turgot tient à la main le plan
de Pans.)
Sait-on ce que sont devenus ces portraits ?
Celui de Turgot a-t-il été gravé?
C R*
Le < Cheval de Desaix 1 peint par Carlo
Veruet. — Un de mes amis m'a commu-
niqué récemment unogrande lithographie ,
Que je crois très-rare et qui se trouvait
depuis longtemps chez lui, perdue dans
les cartons de son cabinet. Cette planche
mesure 42 centimètres de largeur sur 5i
centimètres en hauteur (^sans compter les
marges). Elle représente uniquement un
superbe cheval entier, deracepercheronne.
de couleur gris-pommelé (gris.,., autant
toutefois que les tçns plus ou moins clairs
de l'encre lithographique permettent de le
supposer,) — richement sellé et bridé, —
et marchant « d'un pas relevé, » tourné
vers la gauche — et, vu de profil dans
toute sa longueur. — Cette pièce est si-
gnée: a V. Adam d'après Carie Vernet. »
u Lithog. de Engelmann, cité Bergère
;î° I » et intitulée: « Cheval du général
Desaix. » — a Chez Engelmann et C®,
éditeurs^ à PariSy Mulhouse et Londres. »
Mais elle ne porte aucune autre indication
ni de lieu d'origine ni de date de publica-
tion.
Pourrait-on, — dans l'Intermédiaire —
me dire si ce « Cheval de Desaix » peint,
dessiné ou même lithographie par Carie
Vernet, est connu de quelque amateur;
Si cette œuvre existe encore dans quel-
que collection publique ou particulière, —
en France ou à l'étranger ;
Si différents artistes — autres que Victor
Adam, — l'ont reproduite par la gravure
ou la lithographie, etc;
Et, finalement, si le tableau — ou dessin
original de C. Vernet, est daté du lieu et
de l'année dans lesquels il a été composé,
et quelles sont exactement ses dimen-
sions?
Ulric.
6. Bastianini, statuaire. — Je lis les
lignes suivantes dans la chronique du jour-
nal /e Temps {16 ^Yvïl 1869) :
a II vous souvient de la polémique qui
s'éleva naguère, au sujet du buste de Be-
nivieni,acneté i3,oooir. par M. Nieuwer*
kerke, pour le Louvre, et qu'on voit daa$
les salles de la Renaissance.
« Etait-ce l'œuvre d'un maître du sei-
zième siècle? Etait-ce Tœuvre d'un sculp-
teur contemporain de Florence, nommé
Bastianini, qui l'avait vendu 200 fr. à un
premier acheteur, et M. le Surintendant
avait-il été la dupe d'une erreur ou d'uo^
ruse bien ourdie?
N« II 3.]
L'INTERMÉDIAIRE
- 5o3
« Bastianini revendiqua lui-même la pa-
ternité du buste. Il est mort depuis, et
voici que la question se ranime. C'est Vin-
ternational qui nous l'apprend.
tt Le ministre Broglio vient de décider
qu'un exemplaire en terre cuite du Beni-
vieni serait placé au couvent de San Mar-
co, dans la petite chambre qui attient à la
cellule de Savonarole, en face du buste de
Savonarole lui-même, modelé par Bastia-
nini, avec cette inscription :
« Ce calque (questo calco) fut exécuté par
Giovanni Bastianini, pour reproduire son
buste de Benivieni, chef-d'œuvre d'une
telle excellence , qu'il a été attribué aux
maîtres du seizième siècle.
c( On annonce en même temps que sur la
tombe de Bastianini, au cimetière de San-
Miniato, sera gravée l'épitaphe suivante :
Giovanni Bastianini,
Né de pauvres parents,
A vécu pauvre
En ajoutant aux trésors
De la sculpture italienne
Des œuvres d'un si admirable génie
Que Ton nia qu'il en fût l'auteur.
Bravant l'évidence, on eut la perfidie
De placer au milieu du Louvre,
Parmi les chefs-d'œuvre de l'époque de la
Renaissance,
Son buste de Jérôme Benivieni.
Des chagrins ineffables et une maladie
foudroyante,
le 29 juin 1868,
Ont emporté, à l'âge de 37 ans, l'artiste intègre.
Qui, pleuré et regretté,
Repose ici.
tt M. le Surintendant des Beaux -Arts
mettra-t-il opposition à l'épitaphe?
« X. Feyrnet. •
Dans quel ouvrage pourrait -on trou-
ver des renseignements authentiques (bio-
graphiques et artistiques) sur cet illustre
statuaire inconnu? Truth.
Nicolas Vanquelin, sieur des Yvetaux.
— M. Ed. de Manne {Nouvelle Biographie
générale) cite au nombre des faiblesses
de N. Vauquelin « son amour effréné
pour une célèbre joueuse de harpe, nom-
mée la DupuitSj » et ajoute : a Cette bohé-
mienne était la compagne d'un de ces
ménétriers qui courent de cabaret en ca-
baret. » M. de Manne en est-il bien sûr?
Je lis, dans les Historiettes de Tallemant
des Réaux (édition P. Paris, vol, I, p. 344),
que cette femme était, non la compagnej
mais la. fille «d'un homme qui jouoit et a
joué jusqu'à sa mort de la harpe dans les
hostelleries d'Estampes. » Loin d'être un
vil ménétrier, du Puis (non Dupuits) était
« de la meilleure maison de la ville » de
504
Meaux, si toutefois il faut en croire ce que
raconta à Vauquelin la jeune harpiste.
(Prière à l'imprimeur de ne pas me faire
dire harpie,)
M. de Manne dit encore : a Suivant
Tallemant, qui exagérait peut-être, des
Yveteaux passait des journées entières à
soupirer, aux pieds de sa belle, des vers ana-
créontiques. » Je n'ai rien lu ae pareil dans
Tallemant, et )e réclame instamment l'in-
dication précise du passage qui a été in-
trouvable pour moi.
a 11 avait fini, n continue M. de Manne,
« par pousser si loin l'extravagance, qu'au
dire des mémoires du temps, il fit de son
jardin une petite Arcadie, où il se prome-
nait , la houlette à la main, la pannetière
au côté, le chapeau de paille sur le chef,
et chantant avec son Amaryllis des vers
qu'il avait composés sur ses plaisirs pas-
toraux. 9 Quels sont les Mémoires du
temps qui nous ont conservé tant de dé-
tails ignorés de l'auteur des Historiette^
Pour moi, je ne les trouve que dans les
Mélanges de Vigneul-Marville.
Enfin, je voudrais bien savoir si le der-
nier mot de Vauquelin fut celui-ci, que,
d'après Saint-Evremond, il aurait adressé
à sa maîtresse : « Ma mie, jouez- moi une
sarabande, pour que je passe plus douce-
ment. » Le mot me paraît très-douteux,
d'abord parce qu'il n'est pas rapporté par
le très-exact et très-minutieux Tallemant
des Réaux qui dit seulement : « Ce qui est
constant, c'est qu'une heure avant que de
mourir, il se promena par la chambre et
pria la du Puis de luy fermer les yeux et
la bouche, et de luy mettre un mouchoir
sur le visage, dez qu'il commenceroit à
agonizer, afin de ne point voir les gri-
maces qu'il feroit; » ensuite, parce que
Huet, Normand comme Vauquelin et qui
par conséquent devait être bien informé de
ce qui concernait son compatriote, déclare
qu'avant d'expirer il se repentit de tous
ses égarements. L'on assure, dit égale-
ment le Dictionnaire de Morérij que sa
mort fut chrétienne. T. de L.
P,'S. — Encore une question, de grâce!
— (Quand on prend du galon..)— M. de
Manne a-t-il eu raison de dire que Nie.
Vauquelin habitait une maison de la rue
Jacob d'aujourd'hui?
Personnages publics on historiques sur
les enseignes. — L'administration muni-
cipale du 2" arrondissement adressait, le
29 pluviôse, an VI, à celle du 3*, la lettre
suivante :
c( Citoyens collègues. — Il existe, dans
« la rue des Bons Enfants, vis-à-vis la
« Cour des Fontaines, un particulier qui
o attire les curieux par un grand tableau
a représentant un cochon énorme par sa
a grosseur et annoncé du poids de pSoli-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[losepu 1869.
5o5 -
5o6
« vres. L'individu à qui il appartient ,
« pour donner de la confiance à son
a annonce , a fait peindre deux hommes
« revêtus de marques distinctives, l'un de
membre du département, Tautre d'offi-
tt cier municipal.
a La méchanceté, la malveillance sai-
a sissant cette occasion pour avilir les au-
tt torités constituées par la parallèle
tt grossière, indécente, qu'elles établissent
« entre les objets représentés sur ce tableau,
a nous avons cru devoir vous en donner
« avis, afin d'aviser aux moyens dele faire
« disparaître. — Baloux, président. — Pi-
« card, secrétaire. »
L'histoire ne m'a pas dit quelle suite fut
donnée à cette affaire; d'autre part, il n'est
point rare, même de nos jours j de voir,
sur les toiles qu'exhibent nos Barnums^
des femmes géantes, d'un poids égal à
celui de l'animal de la rue des Bons-En-
fants, entourées de généraux et autres
fonctionnaires brodés.
Pourrait-on me fournir quelques rensei-
gnements sur l'origine de cette coutume
et m'en donner quelques exemples ?
G. Saint-Joanny.
A quelle époque a-t-on commencé à
porter des montres? — Je trouve dans le
Journal du règne du roi Henri III : « Le
«jeudi troisième de mars i588, un jeune
« Normand aagé de dix-neuf à vingt ans,
« ayant esté surpris coupant, à l'entrée du
«parquet de l'audience, la monstre d'un
« gentilhomme qu il vortoit pendue au col,
« représenté devant Messieurs en la grande
« chambre, ayant advoué le faict, fust sur
u l'heure condamné à estre pendu et
« estranglé en la cour du Palais, ce qui
« fut exécuté sur-le-champ. »
Pas plus tôt pris que pendu.
P. A. L.
Les anciens ont -ils connu l'art de
fondre le fer? — Y a-t-il eu dans l'Anti-
quité des ouvrages en fer fondu, et spécia-
ment des statues? — Si oui, quels auteurs
en ont parlé, et en quels termes?
D' Judas.
Le général Dagobert. — Le nombre
des biographies qui daignent parler du
général Dagobert est excessivement res-
treint, mais du moins elles ont l'avantage
de donner sur lui les renseignements les
plus inexacts. Quatre ouvrages spéciaux,
sur une vingtaine consultés, font presque
un jeune homme de celui que les histo-
riens de la Révolution appellent toujours
le vieux général Dagobert, et que ses
portraits représentent comme un homme
presque octogénaire.
i^ La Biographie universelle in** 12% au
nom Dagobert (L.-A.), le fait naître à
Saint- Lô, vers 1740, et le fait mourir à
Puycerda, en 1 794, de ses blessures,
20 La Biographie Feller, aux mêmes
noms, Dagobert (Louis-Auguste) porte:
né à Saint-Lô, vers i75o, mort, le
20 avril 1794, des suites des blessures re-
çues à la Seu d'Urgel.
3° La Biographie universelle, édition
Fume, le désigne sous les mêmes pré-
noms et l'indique comme né à Saint-Lô
vers 1740, et mort de ses blessures, le
8 avril 17Q4, à Puycerda.
Ainsi diaprés les dates de naissance ci-
dessus, le vieux général aurait eu, au
moment de son décès, d'après un bio-
graphe 44 ans, d'après deux autres 54 ans,
ce qui n'a jamais été considéré comme
la vieillesse pour un général.
40 II y a une quatrième biographie: c'est
le Dictionnaire encyclopédique de la
France, dans ÏUnivers pittoresque, qui
contient un long article sur Dagobert et
annonce dans une note, qu'écrivant sur
des documents officiels, il rectifie les er-
reurs des auteurs qui font mourir le gé-
néral à 75 ans, alors qu'il n'en avait
réellement que 68.
Après cet avertissement qu'on pourrait
prendre au sérieux, il est dit que Da-
gobert- Fontenille (Luc-Simon-Auguste) ,
suivant d'autres : Dagobert-Fontenille
(Louis-Simon), est né à la Chapelle près
Saint-Lô, le 8 mars 1736, et qu^l mourut
à Puycerda, de la fièvre, le 18 avril 1794,
à l'âge de 68 ans et i mois.
Or, s'il était né en 1736, il aurait eu seu-
lement, en 1794, lors de son décès, 58 ans
et non 68.
Maintenant deux autres ouvrages qui
semblent plus près de la vérité le font
mourir, à 76 ans :
Thiers {Histoire de la Révolution) : de la
fièvre;
France militaire : le 21 avril 1794, peu
de jours après une pointe hardie sur la Seu
d'Urgel, d^une fièvre violente qui le tour-
mentait depuis quelque temps.
On désirerait être fixé sur l'époque
exacte de la naissance de Dagobert, sur
ses véritables noms, sur la date et les
causes de sa mort.
Et quand on pense que toutes les bio-
graphies existantes sont fabriquées avec
le même soin, c'est bien consolant pour
ceux qui ont à y chercher des renseigne-
ments. Z.-A.
M. Naissant, musicien, 1787. — Je pos-
sède un cahier de musique oblong, cou-
verture en parchemin vert, sur laquelle se
trouvent, en lettres et chiffres jadis dorés, ce
nom et cette date : M. NAISSANT. 1787.
N'est-ce pas le nom d'un musicien connu
de cette époque ? Le cahier contient toute
sorte d'ariettes du temps, copiées à la main.
N* iiï.]
LINTERMÉDIAIRE
- 5o7 -
5o8 ■
celles do Peintre amoureux de son modèle,
de l'Amdnt jaloux, de Richard Cœur-dg-
Lion, etc., etc. La Marseillaise, du moins
le premier couplet, sans litre, s'y trouve
entre un air de la Partie de chasse de Tom
Jones et un air d'Albanéffe. Il y a un air
de M. l'abbé Ro^e, accompagnement de
M. Mertkeuil, ou de Myrtheuil. Ces per-
sonnages sont-ils connus? — Le dernier
morceau du recueil est la Treille de sin-
cérité, chanson de Désaugiers. — Men-
tionnons encore : Le Paresseux, air et
accompagnement de N' (avec la date:
II fév. 1827). ce qui prouve que M. N'vit
la Restauration. Son album en aurait au-
jourd'hui bien besoin (de restauration),
car il est bien malade et tout disloqué. —
Sur une page, respectée par la musique,
sont deux grands cœurs enflammés, des-
sinés â la sanguine. Ahl Monsieur N' ,
TOUS dûtes être três-inflammable, à en ju-
ger par cette page et par certaines ariettes
do votre choix! B. V.
La comtesie Guacher. — Quel est le
vrai nom et quels sont les origine, vie, etc.,
de cette femme qui, venue de Londres à
Saint-Pétersbourg, vers i8i3, aurait ac-
quis une grande influence parmi la haute
société russe et même aurait eu quelque
intimité, sans galanterie, avec l'empereur
Alexandre, puis eiilée ou confinée en Cri-
mée, avec la princesse Gallitzine et M"« de
Krudener, y serait morte en 1 8 1 3 ? Hop-
maire de Hell, dans son ouvrage descrip-
tif, intéressant à plusieurs points de vue
(LesSteppes de la mer Caspienne..., t. II,
chap. 16), donne des détails tris-roma-
nesques sur ces trois femmes célèbres; i!
insiste plus particulièrement sur M*"' Gua-
cher; il parle d'une cassette enlevée par
ordre de l'empereur de Russie et qui con-
tenait une paire de ciseaux; 1! mentionne
les révélations du baron X... ,1a découverte
d'une curieuse correspondance et assure,
sans preuve concluante, que cette incon-
nue n'était autre que la comtesse de La-
motbe- Valois, condamnée [par arrft du
Parlement de Paris, du 3i mai 1786; au
fouet, à la marque et à la prison perpé-
tuelle, comme voleuse (Affaire du Coitierl
Les biographes font cependant mourir
cette femme ignoble, le 23 août 1791, à
Londres. Quel est donc ce mystère?
(Lyon.) _ V, de V.
ïïn cachet de Hngnes de Lionne. — Sur
e politique de Hugues de Lionne
a Louis XIV, avec apo-
stille du roi, le eaclict,
bien conservé, porte dans
un écu un cœur, et dans
ce cœur les lettres AL, en
monogramme.
J'aimerais savoir si c'est
le sceau de son père, Artus
Il )
trouvait
avoir la couronne royale, fermée, fleur-
delisée?
Au bas d'une gravure de B. Moncornei,
1661, je lis : " M'" Hugues de Lyonne,
o Chev, Marquis de Bernyet Fresnes.etc,
" fils de M'" Artus de Lyonne et de darae
Elizabeth de Seruien. Son père esta
présent Evesque de Gap et seroit Ar-
u cbevesque d'Ambrun, s'il n'avait préféré
« l'Union avec sa première Eglise auxri-
» chesses d'une seconde, n — Son père
serail-il entré dans les ordres, après la
mort de sa femme, ou n'a-t-on pas pluiol
voulu mettre ; « Son frère est à présent
" Evesque, 1 car je trouve dans Bouillci:
Œ On connaît aussi Artus de Lionne, Eve-
que de Gap, frère de Hugues.— Et un
autre Artus de Lionne, fils de Hugues,
Evêgue in partibus de Rosalie (Turquie^,
Dans la lettre mentionnée ci-dessus, il
est feit mention de b l'Arrivée du Gentil-
a homme de l'Archevesque d'Amhrun. »
P. A. L
Annoirlas k rseonnaitre. — Je soumets
â l'examen des lecteurs de r/ji/^rnieiiaire,
les armoiries dont le dessin est ci-joini.
A quelle famille appartiennent-elles P
Le champ de l'écu est-il or, argent ou
sable f Merci d'avance à celui de vos cor-
respondants qui pourra me donner ia so-
lution de cette question.
(Ghauny.) Poissonkibr.
Uns réprimande militaire. — Ti'ot est-
elle donc tirée, cette harangue d'un sous-
officier à un soldat, que j'ai entendu ciier
ainsi : u Monsieur Benak, écoutez-t' 15^'
a Vos parents vous ont confié à mes soins
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo sept. 1869.
5o9
5iô
« et je suis fort surprenant que vous vous
« permissiez des choses dont vraisembla-
« blemenl à celui-ci! J*ai quinze ans de
« services, donc vous ferez quinze jours
« de salle de police ! »
Cela a-t-il figuré dans le Journal amu-
sant, Iq Musée pour rirCy ou tout autre?
Il doit y avoir un dessin, dont ce serait Iç
texte.
N'y a-t-îl pas une suite de scènes de la
vie militaire dans cç même genrç? A. J.
Les < Considérations sur la France. »
par Joseph de Maistre. — Quelles sont les
éditions originales, et à quoi les reconnaî-
tre? A.-A. Barbier, qui a dirigé Timpres-
sion de celle dç 152 1, en parle très-som-
mairement dans son « Dictionnaire des
Anonymes, » n°» 2788 et 2789. Quérard,
dans sa a France littéraire, » V, 4B2, cite
les éditions de Londres (Neuchâtel), 1796;
— seconde édition, Londres {Bâle\ l'j^j)
— nouvelle édition (3e), Paris, 1814; —
nouvelle édition (4«), Paris, 1821. J'en
possède une dont le titre porte: Deuxième
édition, Londres, 1797. Elle a 112 pages.
N'est-ce pas là une des contrefaçons dont
parlent vaguement les bibliographes?
Quelles sont les caractéristiques des pre-
mières éditions véritables?
(Marseille.) V. R.
Gaqnire, parodie de Zaïre. — L'auteur
de cette tragédie scatologique (le chef-
d'œuvre du genre), en cinq actes et en
vers, est un M. de Combles, ancien con-
seiller à la cour des Monnaies de Lyon,
homme facétieux et fécond en saillies
joyeuses, sur lequel la tradition des salons
lyonnais transmet des anecdotes difficiles
à conter et des mots les plus... cocasses.
La plus ancienne édition de Caquire re^
monte à Tannée 1783. Mais cet ouvrage,
fait et défait plusieurs fois, a dû circuler
en manuscrit longtemps avant l'impres-
sion. Voltaire a-t-il eu connaissance de
cette audacieuse parodie de son chef-
d'œuvre ? A-t-il laisse, dans sa correspon-
dance ou dans ses notes, quelque phrase
relative à cette composition calquée sur
la célèbre tragédie? (Lyon.) V. de V.
La bihliothèqne des Delessert. — Je
viens de passer quelques semaines à Paris,
et, en bouquinant sur les quais, notam-
ment au quai Conti, j'ai trouvé nombre de
Yolun^es provenant 4e la grande collection
de livres Qu'avaient formée trois généra-
tions de la famille Delessert (Etienne,
Benjamin, etc). C'était une réunion des
plus complètes de rares ouvrages et bro-
chures, principalement sur la politique et
1 économie politique j depuis la nn ' du
règne de Louis XV jusqu'au règne de
Louïs-Philippe. Presque tous portent la
marque des Delessert, et beaucoup sont
des eX'dono à divers membres de la fa-
mille, à Etienne, à Benjamin, à M. Gau-
tier, leur parent par alliance, je crois. —
Comment se peut-il qu'une si précieuse
bibliothèque, au lieu d'être pieusement
conservée ou affectée à quelque établisse-
ment public, ait été vendue en lots par une
famille aussi riche que les héritiers Deles-
sert; qu'elle ait été ainsi jetée au vent des
enchères, et qu'on la trouve, hélas! dis-
persée dans les boîtes des bouquinistes?
Quel vandalisme ! Y a-t-il eu au moins un
catalogue? Quand a eu lieu cette regret-
table, cette déplorable venta-? B. B.
Cartes d'entrée à la Convention (V, 56).
— J'ai trouvé dans la succession de mon
grand-père, qui fut membre de l'Assem-
blée Constituante et de la Convention, un
petit portefeuille qui renfermait quatre
cartes de député, dont voici la descrip'
tion .•
La première est ronde ; sa couleur est
blanche; une couronne de laurier Tenca-
dre; au milieu sont les trois fleurs de lis,
et au-dessous : 1789; tout cela est im-
primé en bleu ; Texergue est formé par les
mox%: Assemblée nationale; puis, entre le$
fleurs de Ils se trouvent ceux-ci : La Loi
et le Roi. Le revers est blanc et sans or-
nements ; on y lit :
N« 3o6.
Député
à TAss. Nationale (en rouge)
Département de l'Eure.
M'
et plus bas la signature de Guillotin, corn*
missaire de iTVssemblée nationale* h-.
L'aspect général de cette carte est né-
gligé ; elle dut être faite à la hâte.
La seconde est ovale , et de couleur
rouge. D'un côté, elle est disposée ainsi :
DÉPUTJ?
A l'Assemblée NationaItE.
M' Lemarechal,
Député d'Evrettx,
Le baron de Menou, (signature illisible)
Président. Secrétaire,
L'autre côté de la carte porte le numéro eç
la signature du député, avec celte men-
tion : Entre par-tout; et au-dessous ; Guilr^
lotin, commissaire de l'Assemblée natio-
nale. A droite le sceau de l'Assemblée.
Pas de date.
La troisième est blanche et de forme
ronde } au centre un soleil dont les rayons
N- II 3.]
LUNTERMÉOIAIRE
5ii
5ia -
vont frapper les bords de la carte ; Tenca-
drement est formé par une couronne de
laurier, fermée par un phylactère qui
porte : Assemblée nationale; au centre
et brochant sur le soleil sont ces trois
mots :
La Nation,
La Loi,
Le Roi.
1789.
L'autre face porte ceci au milieu d'une
couronne de chêne :
N*
Lemarechal,
Député
du département
de l'Eure.
Durocher,
Commissaire de î'Ass.
Nationale,
J'arrive à la quatrième carte qui ré-
pond plus directement à la demande de
M. U. Elle est ronde comme la précé-
dente et de la même dimension (55 mill.).
Elle est formée de trois cercles concentri-
ques aux couleurs françaises; le cercle
extérieur est bleu et orné d'une lourde
couronne de chêne ; le second est rouge
et porte ces mots : Convention nationale.
Liberté, Egalité. Enfin le dernier cercle
qui forme le centre de la carte est blanc
et porte un soleil rayonnant sur lequel se
détachent ces mots :
La
République
Française.
N» 210,
Le revers offre la même disposition;
une couronne de chêne occupe le cercle
bleu ; le rouge porte ces mots ; Départe-
ment de VEurCy l'j^i ; et le centre ceci :
M'
Leuarechal,
DÉPUTÉ.
Galon,
Président du Comité
d* Inspection.
C'est très-probablement la première
carte qui fut distribuée aux Convention-
nels ; la date q»2'elle porte, et le : Monsieur,
qui n'a point encore fait place au Citoyen^ !
autorisent à le croire ; on était pressé, les
artistes n'avaient pas encore eu le temps
d'imaginer les bonnes femmes allégoriques
que portent les cartes dont parle M. U.,
on prit tout simplement la carte n« 3 de
l'Assemblée nationale et on y ajouta les
couleurs nationales. Et, en vérité, cette
carte-cocarde me paraît plus simple, plus
claire, meilleure en un mot que les inven-
tions de Sergent et de Morret.
Si M, M. avait quelque désir de voiries
cartes que j'ai décrites, je les mets à sa
disposition.
Je possède aussi une large et superbe
médaille en cuivre qui fut, je crois, déli-
vrée à tous les membres de l'Assemblée
Constituante, à l'occasion de la nuit du
4 août. L'envers porte un splendide
portrait de Louis XVI , et en exergue :
Louis XVI, Restaurateur delà liberté fran-
çaise. Signé : B. Duvivier. Le revers qui
est signé : Gatteaux, représente la scène
du 4 août, et en exergue : Abandon de
tous les privilèges. Un anneau fixé à la
partie supérieure semble indiquer qu'on
devait porter cette médaille, malgré son
poids et sa dimension (62 millimètres de
diamètre et 4 millim. d'épaisseur). Si
quelque chercheur peut me le dire, je
serais curieux de le savoir. — On m'a dit
que cette médaille avait été gravée dans
un recueil numismatique révolutionnaire.
A. Lemarechal.
Une réhabilitation de Jndas (V, 144).
On trouve une autre réhabilitation du
faux apôtre, par Thomas de Quincey, dans
a Richard Bentley and other Writings, •
Edimbourg, i863, in-8% p. i-3.
(Manchester.) W. E. A. A.
Marie Donral (V, 21 3). Evidemment,
cette question n'est pas venue de la Flè-
che, car il n'est personne dans cette petite
ville, célèbre par son Prytanée et ses pou-
lardes, qui, à ce double point de vue, ne
connaisse l'auteur de Marie DorvaL Oui,
M. E. R. a été bon juge, et l'auteur est
bien réellement, comme il le soupçonne,
M. E. C, natif, non pas du Finistère,
mais de Montarcis, ville bien connue (/«-
terméd.f 111,485). Cet écrivain s'était déjà
fait remarquer dans le monde littéraire par
le récit humouristique d'un Voyage en
Angleterre y par la traduction d'un opus-
cule italien, intitulé : De V amélioration
des mœursy et dans le monde scientifique
par ses succès au Luxembourg, à propos
du mathématicien Fermât. (Séance du
Sénat du i3 mars 1866, pétition n<> 382).
Je pourrais ajouter sur 1 auteur et sur le
livre des détails très-curieux, très -intéres-
sants et très-intimes, mais je craindrais
qu'on n'attribuât, surtout à La Flèche,
cette réponse à l'auteur lui-même. Je me
hâte d'ajouter que dans cette petite ville
y est pas un jeune
ans, qui, le voyant passer, ne s'écrie, en
pensant à Elle: C'est Lui!
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo sept. 1869
5i3
5i4
Morale: a Quam pulchrum est digito
raonstrari et (licier: Hic est! » '
Gérés fils et Cie.
Le mot dégommer (V, 298). — • Au lieu
de dégommer^ qui n'est qu'un usurpateur
ridicule , lisez et prononcez décomer
(0 bref, dont le son est presque absolu-
ment le même). Dans certaines parties de
la Franche-Comté et notamment à Ornans
(Doubs), décomer (coma, chevelure), si-
gnifie encore aujourd'hui tondre y et un
décomé est un homme qui par une cause
Quelconque a perdu ses cheveux. On a
dit d'abord : LTn tel se décomey pour ex-
primer qu'il perdait ses cheveux ; puis la
perte de la chevelure étant un signe d'af-
iaiblissement physique, le même mot a
été employé pour marquer les effets de la
vieillesse et de la maladie. Voilà pour la
première locution; la seconde s^explique
encore mieux. On se rappelle, en efitet,
qu'aux époques mérovingienne et carlo-
vingienne tout individu déposé du pouvoir
ou destitué de fonctions quelconques était
d'abord tondu, c'est-à-dire décomé, puis
jeté dans un cloître. Décomer signifiait
donc alors destituer, et il me semble qu'il
y aurait lieu de le faire revivre avec ce
sens dans la langue. Nous y gagnerions
un mot fondé en histoire et en étymolo-
gie, au lieu du vocable trivial et dénué de
sens qui s'est malencontreusement substi-
tué à lui. (Alger.) Ch. Torbin.
La chanson parisienne de < Fi-Fi » (V,
325, 393). — M. Emmanuel Vasse a évi-
demment dû chercher ce qu'il dit , à
propos du sobriquet de Fi-Fi, dans la lé-
gende de Saint-Nicaise y alias de domp
Claude de Guise, virulent pamphlet de
l'an i58i, réimprimé en 1734 au tome VI
des Mémoires de Condé. Dans ÏEpistre
préliminaire, adressée à Henri de Guise,
l'auteur expose , en effet , au duc et à son
frère, le duc de Mayenne, qu'ils ne sont
nullement les neveux de celui qu'ils
avouent à tort leur oncle, lequel n*est
point de leur sang, mais « issu d'un lieu
1 le plus bas et sordide {qu'il est pos-
1 sible de penser, en tant que le père de
« son père estoit maistre fy-fy en Bour-
( gogne : son père naturel estoit palefre-
' nier, et ses frères, (s'ils ne sont morts
< puis naguères) bourreaux ou exécuteurs
de la haute justice, l'un en la ville de
Langres, et l'autre à Dole. » Cette dia-
ribe, qui n'a pas moins de trente-neuf cha-
itres, est dirigée contre Claude de Guise,
âtard du premier duc, Claude de Lor-
aine, mort en i55o, et qui fut d'abord
bbé de Saint- Nicaise de Reims, puis de
lluny, de 1574 à 1612. On est d'accord
our l'accorder à Gilbert Regnault, sei-
neur de Vaux, bailli et juge de Cluny.
lais je ne trouve point dans son pamphlet
la chanson de /^-/*y, demandée par M. C-
R. et que, moi aussi, je voudrais bien
voir retrouver. Une chanson qui a couru
les rues de Paris doit nécessairement avoir
été conservée quelque part. A. A.
Le Coq gaulois (V, 342). — On sait oue
le mot latin Gallus signifte à la fois Coq
et Gaulois, Le nom primitif des Gaulois
a été : Celtes, J'ignore à quelle époque le
nom de Gaulois Ta remplacé; mais ce
changement remonte à une très-haute an-
tiquité. Dans le Magasin pittoresque de
18^8, page 304, est reproduite une mé-
daille gallo-romaine, découverte à Lewarde
(Nord) vers 1844, qui porte à son revers,
l'image d'un coq. « Mais, » ajoute le rédac-
teur de l'article, a le fronton du temple
oui accompagne cette première figure , m-
aique assez la pensée toute romaine qui
préside à cette composition , et rien ne
prouve que le coq joue ici le rôle qu'on a
voulu lui prêter. Quoi qu'il en soit, ce mo-
nument curieux peut être considéré comme
l'objet d'un rapprochement bizarre, et
l'importance politique que s'est acquise
dans les derniers temps le Coq gaulois, nous
fait un devoir de rechercncr avec soin
l'histoire de ce symbole. »
Après avoir remarqué le double sens du
mot Gallus, l'auteur établit que cette locu-
tion emblématique n'a commencé à de-
venir générale qu'à partir de la renais-
sance des lettres. Il cite le mot de l'am-
bassadeur Danès, que j 'omets pour abréger,
et un poëme de Passerat en date de i585,
en l'honneur du coq, dans lequel il jouait
sur cette équivoque et propageait cette
fiction toute littéraire que le nom des*
Gaulois venait du coq. Dans le siècle sui-
vant, l'idée fit son chemin et le plus ancien
monument des arts qui s'y rattache est
une médaille frappée en 1601 en Italie
pour la naissance de Louis XIII et sur
laquelle un coq est l'emblème de la
France. Après avoir cité d'autres exemples,
le rédacteur parle d'une gravure à l'eau-
forte de la main de Louis XVI, dans
laquelle figurent le coq et le lis. Il ajoute
que la France, en 1791, lorsqu'elle prit
pour symbole le coq gaulois, ne fit que
revendicjuer un signe depuis longtemps
consacre par la tradition, et qu'en i83o,
pour la première fois, cette tradition a reçu
la sanction légale.
Voici le texte de l'article unique de
l'ordonnance de Louis-Philippe, lieute-
nant-général du royaume, en date des 6-kJ
août i83o : t Les drapeaux et les boutons
d'habit de la garde nationale porteront
pour inscription les mots ; Liberté, ordre
public, et le cimier des drapeaux sera le
coq gaulois. » E. G. P.
— Le Dictionnaire national de Besche-
relie nous disait, au mot Coq : — « Un
W II 3.]
L'INTERMÉDIAIRE
5i5
5i6
des insignes de la nation gauloise. Le coq
gaulois a décoré les drapeaux français pen-
dant la première révolution, et les orne
encore depuis i83o. >
Le Dictionnaire de Littré nous dit : —
a Coq gaulois, un des insignes de la nation
française. • Il cite ces vers du Vieux Dra-
peau, de Béranger :
Son aigle est rentré dans la poudre^
Fatigué des lointains exploits ;
Rendons-lui le coq des Gaulois :
Il sut aussi lancer la foudre.
Il ajoute : « Le choix de cet oiseau
comme emblème de la nation française est
de date récente (la première révolution et
surtout celle de 18^0); il ne paraît guère
fondé que sur l'homonymie latine de Gai-
lus, qui signifie à la fois coq et Gaulois. »
Cependant je trouve que déjà, dans un
traité de Blason du graveur Trudon,
(Paris, 1689) les fleurs de lis sont surmon-
tées d'un coq en cimier, pour personni-
fier la France. Dans un autre document,
une plaque de cheminée, où l'on paraît
avoir voulu représenter la première coa-
lition des grandes Puissances contre
Louis XIV, on voit d'un côté l'aigle (de
rEmpire),le léopard anglais, un chien, une
hydre ^Provinces Unies), un lion (Espagne),
et de 1 autre un coq, symbolisant la France
avec cette devise : Sustinet intrepidus.
D'où vient donc encore ce coq ... des
Gaulois? R. C,
— J'ai vu récemment chez M. Hocquet)
marchand de curiosités de la rue Clauzel}
à Paris, un ancien dessin figurant les ar«
moiries de Charles-Quint, et, dans le
srand cartouche qui leur sert de cadre,
raigle de l'Empire est représenté fou-
droyant le coq gaulois, qui tombe mutilé
avec un étendard fleurdelisé symbolisant
la France. Ainsi, ce n'est pas d'hier que
notre cher pays est personnifié dans cet
animal ayant bec et ongles... et crête
rouge à la tête. Mais pourquoi, s'il vous
plaît, le Gaulois est-il ainsi incarné dans
ce sultan de basse-cour? Est-ce bien un
simple calembourg? H. E.
Un0 devise latine (V, 402), — Henri,
deuxième du nom, encore qu'il eût épousé
Catherine de Médicis, continuait d'aimer
éperdûment la belle Diane de Poitiers.
Or, de tout temps, en France, les souve-
rains ont été considérés comme des dieux,
à la mort près, au point que leur demeure
a pris et porte encore le nom de « Elysée
(les Champs-Elysées}. » Le roi de notre
chère patrie était donc alors une sorte de
Jupiter, sous le nom de Henri II. A rai-
son de son prénom (Diane), la charmante
fille du seigneur de Saiqt-Vallier avait
reçu, à titre d'emblème héraldique, et
cela de la docte main de son auguste ami,
les attributs de la déesse de la chasse, de
la chasse à laquelle il est d'usage de se
livrer avant même le lever de 1 astre du
jour, quand brille encore au ciel celui des
nuits. Donc, un a double croissant, avec
le monogramme D(IANE), » tel est l'in-
génieux blason de la duchesse de Valen-
tinois considérée comme tenant lieu pour
nous de l'Artémis ou Diane des Grecs.
Cela posé, de même que le Soleil, ce Ju-
piter du ciel, exerce une notable influence
sur la Lune son amie, ainsi Henri II pou-
vait beaucoup sur sa terrestre Artémis;
et il le lui fit bien voir. Or, une fois que la
Lune est, comme on dit, « dans SON
PLEIN, » elle s'arrête immobile : IMMO-
TA MA NET.
Pareillement, notre Diane dont le cœur
était a tout entier » et sans retour à son
Henri, demeure constamment fidèle ; IM-
MOTA MANET.
Enfin, à l'égal de Jupiter dont la Lune
ressent la féconde influence, Henri II
donne à sa bien-aimée plus d'un gage
d'illégitime tendresse, en même temps que,
par Catherine de Médicis, il se prépare
un successeur sur le trône de France.
Et voilà comment l'un et l'autre Jupi-
ter, aussi bien celui de TOlyrape ou en
ciel que notre Henri II, non moins le roi
de France que le frère de Neptune et de
Pluton, ne s'attachent pas stérilement et
sans fruit (FRUSTRA) aux divers objets
de leurs soins respectifs. Bref, la Lune se
ressent de la chaleur du Soleil» comme font
Diane de Poitiers et Catherine de Médicis
des ardeurs de Henri II (NON FRUS-
TRA IVPITER AMBAS (conaprimit).
(GrenoWeO J. P.
Zotl (Nfl pas imprimer ni lira Zntl,
(V, 433). — En dépit de cette recomman-
dation de notre correspondant, M. Littré
(Vo DiablcEOt) rapproche ces deux parti-
cules et semble croire que l'une n'est
qu'une modiflcation de l'autre. — ■ Je ris-
que une explication toute simple (trop
simple peut'être) de la syllabe ^ot : Je
remarque qu'on ne la rencontre jamais
qu'après le mot diable, précédé ordinai-
rement de la préposition au. Partant de
là, je Tenvisa^e comme une altération du
mot soitj subjonctif du verbe être. Au dia-
ble^ot, c'est-à-dire au diable soit t ^^'^
ayant pu facilement se changer en sot, et
sot se prononcer et s'écrire ^ot^ lorsqu'il
n'a plus fait qu'un avec Iç mot diatlS'
Cette interprétation s'applique très-bien
au dernier vers cité par M. Duhamel.;
a Au diable zot qui les croira, » que celui
qui les croira aille au diable I
DiCASTiS.
r-. On trouve ce mpt ; Au diablf ^oty ■-•
dans beaucoup d'anciennes comédies. Cela
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
5i7
5i8 -
[lo sept, 1869.
veut dire : au diable le sot (qui les croira
ou qui fera telle ou telle chose). Par eu-
phonie ou par corruption, le mot a été
changé; au diable jot! a été employé
proverbialement, sans rien y ajouter, tout
le monde en connaissant parfaitement le
sens. E. G P.
— Lisez encore Trévoux, supplément,
édit. de 1752. Au diable ^ot, c'est au dia-
ble soit, zot est corruption de soit, pro-
noncé sot ou sfot aujourd'hui encore oans
certaines campagnes. — L'expression se
trouve aussi dans Destouches, acte 3,
se. 8 du Curieux impertinent.
J. E. — G.
— Le mot sfOt se dit par corruption pour
soit, dans cette locution proverbiale : Au
diable iifot, que l'on adresse ironiquement
à des hâbleurs,, pour montrer qu'on ne
croit rien de ce qu'ils disent. -^ Lesage,
dans Gil Blas , a employé l'expression
correcte. 11 dit, en parlant des alguazils :
« Dans cet honorable corps, chacun a in-
« térêt de cacher ses faits et gestes. On
« n'a, Dieu merci, rien à se reprocher les
« uns aux autres. Au diable soit le meil^
« leur!» — On supprime quelquefois l'arti-
cle au, comme le fait Sancho Pança, dans
le 2» tome de Don Quichotte, cha{>* 46,
page 425 ; a Je ne m'amuserai pas (dit-il)
ù marchander, je vous mettrai bientôt le
fermier en possession, et moi je mangerai
mes restes comme un prince : dû reqte
qu'on en fasse des choux et des raves,
diable i^ot, si je m'en soucie. » (Trad. de
Don Quichotte),
Diablesiot^ s'écrivait aussi en un sçul
mot.
Il y a toute apparence aue cette locu-
tion bizarre et bien digne ae fixer Tatten-
lion, vient d'une imprécation tronquée, et
qu'on a voulu dire : Allez aux diables 1 on
en a retranché le premier et le dernier
root, et ajouté la lettre Z pour éviter la
cacophonie, car le mot de zot n'est point
français, ce qui prouve qu'il dérive d'une
orthographe corrompue^ On rencontre en-
core dans le Curieux impertinent de Des-
touches (Acte 3 , se 8) ; Juliç soupçon-
nant que les délais afifectés et le refroidis-
sement subit de son amant ne viennent
que de quelque liaison nouvelle, et vou-
lant être éclaircie de ce fait par Damon,
ami de Léandre, dit à Damon^ qui s'ob-
stine à ne point révéler ce secret :
Quoi, l'état où je suis ne vous fait point de peine F
Parlez, ou pour jamais soyez sûr de ma naine.
DAMON.
Ah! ce serait user avec trop de rigueur [cœur.
Du pouvoir que vos yeux vous donnent sur mon
NÉRINE.
Crispin, Madame, en sait quelque chose peut-
Anons, il faut qu'il jase à défaut de son maître.
CRISPIN.
Diable s;oiL,. Ce serait avec trop de rigueur
Employer le pouvoir*,, que vos yeux dans mon
[cœur...
Comment avez-vous dit, Monsieur?... Enfin,
[Mesdames,
Nous ne jasons pas, nous, comme vous autres
[femmes.
Quant à l'auteur du huitain cité par
M. Duhamel, nous n'avons pu le décou-
vrir, c'est affaire à de plus habiles ou de
plus heureux. A. Tigulle.
Les beaux esprits ser rencontrent
(V, 433). — Cette expression est, en effet,
assez ancienne ; je la trouve dans Tré-
voux, édit. 1732. — A côté, je lis ceci :
« De ceux qui se sont rencontrés à avoir la
même pensée en même temps, on dit:
Voilà de quoi faire un pape. » — J'avoue
que je ne m'attendais pas à trouver le
pape en cette affaire. D'où vient cette lo-
cution? Quant à moi, j'ai entendu dire
dans le même cas : Le premier qui ren-
trera sera... (cocu). Pourquoi encore?
J. E. — G.
Le nom des Francs (V, 434). — A la
première question, M. Rod-Reuss me pa-
raît avoir répondu d'avance. Puisque la
nécessité de la défense obligeait ces peti-
tes peuplades à se fondre dans une seule
nation, cette nation nouvelle prenait un
nouveau nom. Cet exemple ne fut pas
alors isolé parmi les races aermaniques.
Outre la comédération des Saxons, citée
par M. Reuss, il y eut encore celle des
Allemands. Cette fusion de peuplades sé-
parées dans une Confédération ou nation
nouvelle sôus un nouveau nom, s'est répé-
tée à une époque plus récente, lorsque les
montagnards des Alpes, disséminés en
une foule de communes urbaines ou ru-
rales et de domaines féodaux, se réunirent
sous le nom de Confédérés de Schwith ou
Suisses. Quant à la seconde question,
c'est-à-dire à l'étymologie du nom de
Francs, M. Reuss apporte une nouvelle
solution très-possible , à une question en
effet contestée. « Les écrivains modernes
s'accordent à donner au nom des Franks
la signification à* hommes libres; mais
aucun témoignage ancien, aucune preuve
tirée des racines de l'idiome germanique
ne les v autorisent... C'est depuis la con-
quête âe la Gaule, et par suite de la haute
position sociale acquise dans ce pays par
les hommes de race franque, que leur
vieille dénomination prit un sens corres-
pondant à toutes les qualités que possé-
dait ou prétendait posséder la noblesse du
moyen âge, comme la liberté, la résolu-
tion, la loyauté, la véracité... Soit ou 'on
récrivit avec ou sans l'N euphonique, Frak
N» II3.J
L'INTERMÉDIAIRE
5i9
520
ou Franc ^ comme le mot latin /4?ro;r, vou-
lait dire ^^r, intrépidCy féroce, L'onsaitque
la férocité n'était point regardée comme une
tache dans le caractère des guerriers ger-
mains On trouve, dans de très-anciens
glossaires: Franci àferitate dicti, Frech,
en allemand moderne, signifie hardie té'
méraire : vrang, en hollandais, veut dire,
âprcj rude... » ''Aug. Thierry, Lettre VI).
O. D.
— Je laisse à un plus érudit que moi la
tâche intéressante de traiter cette grande
question d*origine. Je serais très-heureux
Que la simple question de M. R. amenât
dans V Intermédiaire Iz, discussion raison-
née de Von^int phrygienne des Francs,
considérés comme colonie troyenne éta-
blie en Dalmatie sous le titre de ^psTyot
(prononcée Frengi), reconnue d'origine
commune avec les Romains (descendant
d'Enée), attestant cette parenté par un
texte d'une constitution d'un des Flaviens,
qui défend aux membres de la famille im-
périale de contracter mariage avec des
princes ou princesses barbares, à Vexcep"
tion des Francs, à cause de la commune
origine. Nous voilà bien loin de la Fram-
ja, et bien près de Francus, fils de Priam !
11 doit y avoir là-dessus des travaux très-
curieux; j'ai entendu parler d'un livre pu-
blié, il y a deux ou trois ans, par un ar-
chéologue, M. Moëtde la Forte-Maison.
(Saint-Malo.) A.-G. J.
Faire ripaille (V, 434). — Le Complé-
ment au Dictionnaire de l'Académie dit
formellement que l'expression faire ripaille
vient de la conduite dissolue et de la gour-
mandise d'Amédée VIII, au château de Ri-
paille où ce prince s'était retiré. E. G. P.
— Selon Jean de Laèt, en sa République
de Savoie^ et au dire d'JEneas Syivius, té-
moin oculaire de la vie d'Amédée VIII à
Ripaille, ce prince n'aurait pas donné pré-
texte à une telle locution. Dans le voisi-
nage de Lausanne, on recueille du vin qui
s'appelle ripaille, et Ion aurait dit fatre
ripaille, pour boire du bon vin. (Voir le
Dictionnaire de Trévoux.) J. E. — G.
— M. J. L. trouvera d'amples et de sa-
tisfaisantes réponses à ses diverses Ques-
tions dans un article de M. Lecoy de la
Marche, archiviste paléographe, sur Amé-
dée VIII et son séjour à RipaillCy publié
dans la première livraison (juillet i865) de
la Revue des questions historiaues.
Yezimat.
La semaine des quatre jeudis. (V, 435).
— Oui! qui en sait l'origine? Chacun
sait que cette locution signifie jamais. —
Tout comme les enfants de certaines lo-
calités disent : « Quand?... Quand les
poules auront des dents!... » Je remercie
A. Nalis de sa recherche savante et/iisfo-
rique à l'égard de la semaine des a deux
jeudis » possible une fois. Chacun connaît
la semaine des « trois jeudis » possible
52 fois l'an, et c'est porter l'eau à la raer,
de rappeler que, étant donné 3 amis, l'un
reste stationnaire, le 2« fait le tour du
monde par l'Est, et le 3« fait aussi le tour
de notre globe, mais par l'Ouest. — Ils se
rencontrent ensuite. — « Hier, jeudi, » dit
le vovaeeur de l'Orient. — o Mais com-
ment! demain sera jeudi, » reprend le 2<
voyageur. — - a C'est aujourd'hui jeudi,»
dit l'ami qui est resté en son lieu...
Et voilà comment, en pareille circon-
stance, la semaine aurait 3 jeudis.
Acheté.
Badaudisme (V, 435). -^ Complément
au Dictionnaire de l'Académie :
Badaudage, s. m. (v. lang.), manière
d'agir d'un nadaud, crédulité.
Badaudaille, s. f. coll. (v. lang.), réunion
de badauds.
Badaudement, adv. (v. lang.), à la ma-
nière des badauds.
Badaudise, s. f. (v. lang.), sottise, niai-
serie.
Badaudisme, s. m., manie du badaud.
E. G. P.
— Le terme consacré par l'usage est
badauderie. Cependant badaudisme a été
employé depuis J.-B. Rousseau. Le Grand
Dictionnaire de Larousse fait bon accueil
à cette dernière expression et cite cette
phrase : a Les lieux de plaisirs ne se recom-
mandaient plus guère qu'au badaudisme
et à la curiosité des étrangers » (Ph. Buso-
ni). J. E. - G.
Acceptions diverses du mot femme du
monde (V, 436). — Il serait possible que
cette expression n'eût pas toujours eu un
sens honnête. Je me souviens d'avoir vu,
dans un département de l'Ouest, une prê-
tresse de Vénus comparaître comme té-
moin devant le tribunal correctionnel. In-
terrogée sur sa profession, elle répondit
en baissant modestement les yeux :
« Femme du monde, » — a Vous voulez
dire fille publique, » reprit brusquement
le président, c^ui ne se paye pas d'euphé-
mismes et qui, suivant le vieil usage gau-
lois,
Appelle un chat un chat et Rolet un fripon.
, DiCASTÈS.
— a Le Ministre de Wakefield, histoire
supposée écrite par lui-même, — nouvelle
édition, — sperate miser i^ cavete /elices,
— à Liège, chez J.-J. Tuitot, imprinoeur-
libraire près Saint- Hubert, i78i,»telest,
in extenso, le titre d'une traduction ano-
nyme où je trouve ce mot : femme du
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[ 10 sept. ilSôg.
521 "
522
mondej avec le sens de fille de joie. Mais
ne serait-ce pas une traduction littérale
du texte anglais, ce qui lui ôterait toute
autorité comme expression acceptée par la
langue française? Ce passage se trouve
dans le récit que Georges Primrose fait
de ses aventures. O. D.
— Le Journal de Police de M. de Sar-
tines» rédigé de 1761 à 1763 par des
agents préposés à la police des mœurs, et
publié pour la première fois en entier en
i863 (Paris, Dentu), donne au mot
femme du monde une signification qui
étonnerait bien Mesdames de Bassenville,
de Renneville et autres comtesses en ville^
rédactrices du High life et de la Fashion
du second empire. La femme du monde,
pour ces agents, c'est la fille (}ui esta tout
le mondcy le degré de prostitution infé-
rieur à la fille à parties, à la figurante de
théâtre, à la femme galante, à la fille en-
tretenue. Ils n'appellent même pas femmes
du monde les pensionnaires attitrées de
deux ou trois proxénètes en renom à cette
époque.
C'est également dans ce journal que
l'on trouve Texpression : être sur le trot-
toir^ occuper le haut du trottoir, qui a
peut-être amené le mot d'aujourd'hui :
faire le trottoir , ou qui , du moins , doit
en être rapprochée.
(Saint-Malo.) A. -G. J,
Rue Git-le-Cœur (V, 436). — Je crois
que c'est perdre son temps que de cher-
cher, au nom de cette rue, toute autre
origine que la corruption du nom de Gilles
le Queux- (Gilles le Cuisinier).
E. G. P.
— Cest là une question que je voulais
traiter à fond dans notre Intermédiaire.
Il est vraiment déplorable de voir tant de
dénominations baroques à des rues, aux-
quelles il serait si facile de rendre leur
nom primitif, signifiant quelque chose ou
désignant quelque personnage. Mais le
temps me manquej je laissée quelque col-
lègue le soin d'mdiquer toutes les erreurs,
'outes les bévues, toutes les âneries que
lous avons sous Jes yeux. J'en signale
seulement quelques-unes, au courant de la
3lume :
^ D'abord , la voisine de la rue Git-le-
Zœur, dont, par parenthèse, on voit le
10m gravé dans la muraille : rue Gille-
Zœur; — Saint-André des Arts, au lieu
le Saint- André des Arcs; — Aubry-/e-
îoucher, au lieu de Aubri- Boucher; —
le la Barouil/ère, au lieu de la Barouil/e-
ie; — de Braque, au lieu de Bracq; —
^oq-Héron, au lieu de Coqu^row; — des .
euneurs (!), au lieu de des Jeux-Neufs;
- de la Jussienne (1), au lieu de : de
'Egyptienne; — QuinV^mpoix, au lieu
ie Qxiinqueniipoix, etc., etc.
J'en passe, et des meilleurs ! Il est vrai
que, cependant, il ne faudrait pas resti-
tuer tous les anciens noms, car il en est
modifié de la rue du Pélican, qui ne
pourrait se lire publiquement comme il
se lit dans Gilles Corrozet. A. Nalis.
Ferdinand !•', roi de Sicile (V, 437). —
Ferdinand !«*" était fils naturel d'Alpnonse
d'Aragon et de Lucrèce d'Alagna. Il régna
de 1458 à 1494. Son fils aîné Alphonse
épousa Hippoly te- Marie, fille de François
Sforze, au. printemps de 1464. Lorsque
Ferdinand appelait le duc Sforze son père,
il se mettait à la place de son fils Alphonse.
P. RiSTEL.
— Ce Ferdinand I«' était fils naturel du
roi Alphonse V et d'une fille espagnole
nommée Carlina Villardone. Il avait
épousé en premières noces Isabelle de
Clermont, et en secondes noces sa cousine
Juana, fille du roi d'Aragon et de sa se*
conde femme Juana Hennquez, noble cas-
tillanne. Il ne pouvait donc donner le titre
de père à Sforza, à aucun titre naturel.
Quant à supposer qu'il s'agit de Ferdi-
nand II, petit-fils du duc de Milan par sa
ncière Ippolita Sforza, cela n'est pas pos-
sible non plus, car, lorsque Ferdinand II
arriva au trône par l'abdication de son
père Alphonse II, son grand-père Sforza
était mort depuis près de trente ans, et
Milan appartenait à son oncle Ludovic.
Mais ne serait-ce pas à cet oncle, qui l'aida
à remonter sur le trône de Sicile (lisez : de
Naples) dont l'avait chassé Charles VIII,
que Ferdinand II donnait le titre de père?
Si la lettre est bien de Ferdinand !«', et
adressée au duc François , ce titre est un
simple terme d'affection : Sforza avait vingt
et un ans ou viiTgt-deux ans de plus que
Ferdinand, quoique la fille du premier ait
épousé le fils du second. O. D.
L'hirondelle de Carie Vernet (V, 445).
— Je suis d'accord avec M. J. P., pour
trouver dans le nom de Vernet le radical
ver, printemps; mais je suis loin d'en
conclure avec lui que Vernit équivaut à
hirondelle. Vernet, comme tous les noms
analogues, Vernay, Verney, Duvernay,
Duvernoy, Duvernois, etc., dérive du bas
latin vervetum, lieu planté de vernes ou
vergnes, c'est-à-dire d'aunes, arbres ainsi
nommés dans le langage populaire, parce
qu'ils se couvrent de verdure dès le com-
mencement du printemps. Cette série de
noms est donc de signification identique
avec cette autre série : Jl m/«ok, -4 w/«tf^, il M-
nay, Launay, Delaunay, Delauney^ etc.,
N» II 3.]
L'INTERMÉDIAIRE
523
524 -
tous très-répandus, et Carie Vernet peut
se traduire en bas latin : Carolus a Ver-
neto, ou en latin classique : Carolus ab Al-
neto» Rien de Thirondelle, comme on
voit.
Quant à Tétymologie d'hîrundoy (if ra-
dens undam), c'est purement un pur jeu
d'esprit, qui rappelle agréablement celle
de cadaver {caro data vermibus), qu'on
trouve, je crois, dans saint Augustin.
Curtius rapproche le mot du grec ^^eXiSciv
et voit dans ces deux vocables l'altération
d'un primitif commun ^^epevBov.
DiCASTÈS.
Qnos toU deperdere, Jupiter demoiitat
(V, 449). — Il me semble qu'il est facile
de reconnaître dans la Sentence de M. G. Y.
la fin d'un vers iambique et le commen*
cément d'un autre.
Zeùs voGv à^atpst.
Ce serait donc principalement chez les
poètes dramatiques qu'il faudrait chercher
cette maxime. Quant à la restitution de
M. J. P., àtio T8UT<DV, et à son prétendu
solécisme, j'en fais bon marché ; en poésie,
la suppression de l'antécédent n'est pas
rare : tout au plus, lui accorderai-je qu dn
peut, en appliquant la règle de l'attrac-
tion, remplacer ouç par oîç, et alorsàçaip*t
se trouvera en possession de ce régime
auquel tient tant notre savant collabora-
teur. DiCAStÈS.
— Quos perdere vm// Jupit-rouh-er, de-
mentat. Telle est l'abominable citation par
à-peu-près que l'on a entendu faire à la
place Beauveau, ces jours-ci, en même temps
que circulait une autre nouvelle, heureuse-
ment controuvée, celle de la maladie men-
tale d'un haut fonctionnaire de l'Etat, de-
meurant sur cette place. V. V.
«
Hommes célèbres non mariés (V, 453).
— Si M. H. S. s'est trop pressé d'annuler
le contrat de mariage de Corneille et
d'Addison ; M. Yezimat, de son côté, est
allé trop loin, en déclarant qu'Honoré de
Balzac avait omis de prendre femme. Le
célèbre romancier s'est marié tard, il est
vrai, (49 ans) et ce serait le cas de se de-
mander si, à cet âge, le proverbe n'aurait
pas tort, mais enfin il s'est marié. Il épousa
en 184S la comtesse polonaise Rzewuska,
revint en France après son mariage et
ne tarda pas à mourir d'une maladie de
cœur. Madame de Balzac existe encore je
crois ; et, si ma mémoire est fidèle, M. Jules
Lacroix, le frère du bibliophile Jacob,
a épousé la belle-sœur de l'auteur de la
Comédie humaine, A. Lé veillé.
Les lettres J. H. J. (V. 458).— Puisque
nos deux correspondants, d'accord pour
substituer à cette inscription celle J. H. S.
brodée sur les vêtements des prêtres, ne
le sont pas pour expliquer celte seconde
inscription, je me hasarde à proposer une
autre interprétation. J. H. S. ne seraient
pas des majuscules latines, mais grecques,
iota, hêta, sigma, ce^t'k^dirc les trois pre-
mières lettres du nom de Jésus en grec.
0. D.
Prndhommiana (V, 404). — Extrait du
Charivari d\i.„ 186? (La date, je ne l'ai
pas retenue; mais, la phrase! je n'en ai
pas oublié un traître mot) :
« Ce qui jette un certain froid sur mes
Opinions monarchiques,» — dit M. Prud-
homme, « — c'est la coupable condescen-
« dance qu'a mise Louis XVI à monter
a sur J'échafaud révolutionnaire; car, en
« en gravissant Tun des premiers les degré».
« lia, pour ainsi dire, autorisé, par son
« exemple, tous les excès de la Terreur!»
Il y a une série très-curieuse (et inédite.
pour cause) de Prudhommiana; celles là
ne se racontent que dans le tuyau de l'o-
reille. Je sais bien que Béranger a dit:
Passons les mots aux rieurs,
Les plus gros sont les meilleurs!
Mais, quoique V Intermédiaire soit loin
d'être bégueule, je n'ose lui confier ks
questions et les réponses indiscrètes qui
constituent cette étonnante collection dês
naïvetés de M. Prudhomme.
(Saint-Malo.) A. -G. J.
[L'oreille de V Intermédiaire a son tuyau.
Confiez toujours, cher correspondant. Qui
vivra verra. Réd,\
— N'est-ce pas M. Prudhomme quia
lé premier formulé cette profonde obser-
vation : « Otez l'homme de la société,
vous l'isolez! »
Combien de nos orateurs, et des plus
huppés, ne font que reproduire, en termes
moins nets, cette même philosophie et
cette même économie politique de M. Prud-
homme! M. John Lemoinneapu, dans le
Journal des Débats du 10 décembre iSoj,
résumer, dans l'énoncé de la pensée prud-
hommienne que je viens de rappeler,
toute une longue harangue de l'éloquent
M. Thiers sur la question romaine et la
politique religieuse, de la France. Et, en
effet, quiconque a entendu, comme nioi*
ladite harangue, celui-là, il s'en souvien-
dra, la-ri-ral Truthteller.
— Montesquieu a dit : « Bien des gens
« savent payer des chevaux de poste, mais
« il y a bien peu de voyageurs.» J'ai sous
les yeux une lettre autographe de lui, da-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo sept. i86q.
535
526
tée de Florence, qui prouve qu'il en était
un dans toute la force du terme. Mais, aux
« impressions d'Art de M. Prudhomme
voyageant en Italie^ » citées par M. A. H.,
permettez-moi d'ajouter celle-ci, relevée
dans le journal d'un touriste insulaire :
« Passed Florence dur in g the night —
« Thank God, sawnothing ofit! » (Traversé
Florence cette nuit. Rien vu, Dieu merci!)
P. A. L.
trouDailke ti €\mm.ih^ tic.
Le centenaire de Marceau. — Le i^i*
mars i8bg, a été célébré à Chartres le cen-
tenaire du général Marceau. La cérémo-
nie n'a eu aucun caractère officiel. L'admi-
nistration n'y était représentée que par
quatre sergents de ville. Plusieurs couron-
nes ont été déposées sur la statue du hé-
ros. Dans la soirée, un grand nombre de
citoyens se sont réunis dans un banquet
commémoratif. M. Bosselet a porté un
toast dont voici le début: « Messieurs, Ce
que j'admire le plus dans Marceau, ce n'est
pas qu'il fut un brave général : c'est qu'il
tut un grand citoyen ; c'est qu'il mit son
épée non pas au service d'un homftie, mais
au service de la patrie. »
L'un de nos collaborateurs et amis,
M. pugast-Matifeux, qui possède une col-
iection très-précieuse de documents his-
toriques, nous a communiqué un autogra-
phe dans lequel on trouvera la preuve de
la modestie vraiment touchante du brave
général.. C'est une lettre adressée par Ser*
gent, beau-frère de Marceau, à Robespierre.
A l'époque où elle fut écrite, Marceau était
en Vendée. Il doutait de ses capacités mi-
litaires, sinon de son courage, et Sergent
avouait ainsi ses perplexités :
« Paris y le 14 frimaire an 2* de la Ré-
publique française une et indivisible
{4 décembre 1793).
« F. Sergent a Robespierre.
« J'ai pensé que je devais mettre sous
les yeux la lettre ci-jointe (i). Lis-la, et tu
verras d'abord que les deux armées des cô-
tes de Brest et de TOuest viennent d'être
confiées à un vrai républicain (lé général
Marceau), qui se croit incapable de les
commander ; qu'en lui connant ce soin
plus longtemps, on court risqjue d'exposer
une armée, comme il le dit lui-même, aux
suites de son inexpérience ou de^ son in"
suffisance^ Moi, son ami, je ne crains rien
pour son cœur, son zèle, son courage ;
mais je crains tout aussi de son insuffi-
sance. Du rang de soldat, la confiance l'a
(i) Cette lettre, ou plutôt copie de lettre,
dont l'original était reste entre les mains de Ser-
gent, manque aujourd'hui.
placé, en peu de temps, au grade de géné-
ral. J'appréhende, comme il le pense lui-
même, que ses talents ne se soient pas
étendus avec la confiance des représentants
du peuple. Au surplus, tu ne pourras ne
pas applaudir à l'estimable franchise d'un
jeune nomme, plein d'honneur, qui trouve
que Ton confie trov tôt dans ses mains le
saiut peut-être de la République.
a Par intérêt pour elle, je me joins à lui
polir qu'on lui retire ce commandement.
Tu vois, par cet avancement, qu'on lui
reconnaît cependant des moyens, car il n'a,
ni lui, ni personne pour lui, sollicité au-
cune place. Il paraît que si le ministre le
déplaçait, ce serait pout* l'envoyer à l'ar-
mée du Nord. Je le désirerais aussi, et il
pourrait y être très-Utile. Turreau l'avait
demandé aux Pyrénées , mais il y a là trop
peu à faire pour un brave. Je le connais
depuis son enfance,'que je ne l'ai pas perdu
de vue. Avant la Révolution, il était ser-
gent d'infanterie. Il quitta ses drapeaux,
le 12 juillet 1789; depuis, il a commandé
un bataillon de garde nationale à Verdun,
à Sedan, dans les plaines de la Cham-
paghe^. Enfin, dans la Vendée, il a sauvé la
vie à Bôurbôtte, un jour de bataille (i).
Son père était greffier-criminel ; son aïeul,
vigneron. C'est un sans-culotte plein de
courage et de probité.
Je te certifie la copie que j'ai faite moi-
même de sa lettre, dont 1 original reste en
mes mains avec celle qu'il m'a adressée
particulièrement.
« Salut et fraternité. Sergent. »
L'histoire doit recueillir soigneusement
ce témoignaee d'une défiance si rare chez
un homme de cette valeur. E. M.
Bouilhet père, poëte. — Dans le Jour-
nal de Rouen^ du 28 août 18 16, on lit :
STANCES
Qu'entends-je ? Quelle vive et bruyante ale-
[gresse ! (sic)
Contre la paix des airs semble ici conspirer r
Ah! ;e vois d'où naît cette ivresse,
Louis seul a pu l'inspirer !
Justes et doux transports, dépouillés d'artifice,
Qjue vous nous peignez bien, par ces chants im-
Et le règne de la justice, [promptu
Et l'empire de la venu !
Le calme de la paix succède à la tempête !
Après des jours marqués par des maux inouïs,
Tous nos jours sont des jours de fête.
Et nous les devons à Louis.
(i) Ce fut à l'affaire de Saumur,qui eut lieu
le 9 juin 1793. Dans ce combat, Bourbotte,
a)^ant eu son cheval abattu par un boulet, al-
lait être fait prisonnier, quand Marceau, met-
tant pied à terre, s'empressa de lui offrir le sien
en disant: J'aime mieux être pris ou tué que
de voir un représentant du peuple tomber entre
les mains de ces brigands.
N" ii3.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX, [lo sept. 1869.
527 328
levèrent à une somme d'environ 36,ooo
francs et aidèrent à la prospérité des écoles
et à la construction ae votre église. Plus
heureux que lui, d'autres l'ont vu s'élever
dans les airs, et recueilleront une gloire à
laquelle il a droit d'être associé parle don
qu'il fit de la plus grande portion du ter-
rain sur lequel l'église est assise. Aussi,
l'administration, par un sentiment de jus-
tice et de reconnaissance, a-t-elle fait dé-
cider, par le Conseil municipal, qu'un
mausolée rappellerait les libéralités du
pieux chanoine, et parlerait ,de lui à nos
descendants.
a Ce tombeau. Messieurs, a été exécuté
sur le dessin et par les soins de votre ar-
chitecte- voyer, M. Coutraux. Son ordon-
nance générale répond à la pensée ç[ui
l'inspira : la pierre, à défaut même d'in-
scription, dirait quel est l'homme qu'elle
recouvre, et quels sont ses titres à la véné-
ration de ses concitoyens. Représentez-
vous, en effet, Messieurs, de puissantes
assises aux formes carrées ; une étole, vê-
tement sacré, est posée sur ces pierres
tombales , puis un obélisque surmonte
d'une croix s'élève à la tête de ce massif.
et sur sa partie inférieure , l'artiste a
sculpté en demi-relief un calice entoure
d'épis et de raisins. Ces emblèmes voc^
disent assez quelles augustes fonctiooi
exerçait l'homme que ce monument re;
couvre : c'est un prêtre du Seigneur, qui
offrait à l'autel le pain et le vin du sacri-
fice, et il attend dans le repos de sa tombe
le réveil de l'éternité.
« Peut-être pourrait-on reprochera l'en-
semble de ce monument un peu de lour-
deur; mais ce reproche, après tout, ne pa-
raîtrait pas fondé, quand on songe que
l'artiste a dû se préoccuper, non de l'éter-
nité de son œuvre (car tout devient sable
et poussière dans ce vaste champ de sable
et de poussière humaine), mais de lui as-
surer une durée nécessaire et indispensa-
ble à une oeuvre de cette nature. 11 a dû
lui donner, en un mot, le ca chet de la mort,
et ce sceau est de plomb.
« La Commission a donc, à l'unanimité,
donné son approbation complète au mo-
nument funèbre élevé à la mémoire de
l'abbé Dom Groult d'Arcy, et, en félicitant
l'artiste des soins qu'il y a apportés, sol-
licite du Conseil le même vote d'approba-
tion.
tt Signé : Besgok Malbec.
« Vaugirard, 24 mai i856. >»
Un long deuil s'étendait sur notre belle France;
Louis vient, tout renaît. D'un bonheur souhaité
A peine avions-nous l'espérance :
Nous avons la réalité.
D'un pouvoir tyrannique obligés de dépendre
Sous le joug asservis, longtemps nous avons
[craint;
Louis, enfin, vient nous apprendre
Qu'on peut aimer son Souverain.
Aveugles, s'il en est, s'il en peut être encore,
Chassez de votre esprit de funestes erreurs ;
Venez, venez ; Louis ignore
Vos torts passés et ses malheurs.
De son illustre aïeul noble et vivante image.
Son éloge s'unit à celui du saint Roi :
Louis est l'orgueil de notre âge;
Il orne le Trône et la Foi.
Admirons ses vertus et marchons sur fa trace,
Pour l'honorer toujours, qu'il ne soit qu'une
Et qu'on dise, de race en race : [voix !
Louis fut le meilleur des Rois!
M. BouiLHET, de Cany.
Cette trouvaille est bien aussi une véri-
table curiosité^ non pas comme contraste
d'opinion : on peut être, Dieu merci, de
très-bonne foi avec des manières de voir
très-diverses; mais, parcequ'iln'a été nulle
part dit , ou écrit , pendant ce dernier
mois, où l'on a tant dit et tant écrit sur le
regretté poète rouennais, que son père
eût, lui aussi, composé et surtout publié
des vers. (Rouen.) C. L.
Statue « antique » du maréchal Canro-
bert, taillée par lui-même I — J'ai eu oc-
casion, il y a quelçiues années, de voir le
rapport qu'adressait au Conseil municipal
de la commune de Vaugirard-lès-Paris, une
commission spéciale chargée de suivre
l'exécution d'un tombeau érigé à la mé-
moire d'un de ses bienfaiteurs. J'en ai
gardé une copie qui me semble pouvoir
mtéresser vos lecteurs ; la voici :
« Messieurs, il y a plus d'une année que
vous avez décidé qu'un tombeau serait
élevé dans le cimetière de Vaueirard pour
couvrir les restes mortels de 1 abbé Dom
Groult d'Arcy, et rappeler tout à la fois et
sa mémoire et ses bienfaits. L'abbé Dom
Groult d'Arcy était, vous le savez, un sa-
vant bénédictin qui habita longtemps cette
commune où il tenait une maison d'édu-
cation, spécialement destinée aux enfants
des chevaliers de Saint- Louis, pépinière
d'illustrations militaires au nombre des-
quelles nous devons citer avec orgueil le
nom de Canrobert, de ce général qui
vient de se tailler une statue antique sur
les rivages de l'Orient, à force de courage
et d'abnégation.
a Dom Groult d'Arcy fut membre de ce
Conseil. Il était favorisé de la fortune, et
ses libéralités testamentaires , qui succé-
daient aux libéralités de toute sa vie, s'é-
Que dites-vous de ce morceau? N'est-ce
pas un vrai petit chef-d'œuvre d'invention
et de pathétique, d'éloquence funèbre et
de critique d'art ? Cela ne vous donne-l-il
Î)as envie de contempler le mausolée et..
a « statue antique » du général fdepuis
maréchal) Canrobert ? L. L.
Parii. - Typ. de Ch. ll«yra«ù, rue CoJM, 11. - IM*.
taéroili
Ch$rtheM»t
90U» trmntrt*.
Il u Aral
§ntf*9ién.
Î5 sept 1869
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, U^OTES and QUERIES français.)
529
53o
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
Quelques citations latines dont l'origine
est à trouver. —
1. Infelix virtus fortunae forma superba.
2. Quis tam Lynceus
3. ... jurisque peritus Apollo.
4.. Hic dicunt tussire Jovem...
5. Intervalla viae fessis praebere videtur
Qui notât inscriptus millia crebra lapis.
6. Sunt verba et voces praetereaque nihil.
7. Scilicet ut satur et civili sanguine plenus.
8. Sunt, si plura petit, sunt improba vota Bri-
[tanni.
9. Qui bona âde Deos colit, amat et sacerdotes.
10. Simia quam similis turpîssima bestia nobis !
Yezimat.
Un vers sur Chateaubriand. — On a
donné, le i 5 mars, je crois, une fête au
Cercle de V Union artistique^ et on y a lu
des vers d'un poëte anonyme sur le Jour-
naL Parmi ces vers, j*ai remarqué celui-ci:
Chateaubriand ! celui qui fixait l'aigle altier.
Qu'est-ce que cela veut dire, s'il vous
plaît ? Chateaubriand fixait-il les aigles sur
du liège, comme d'autres y fixent des papil-
lons, et remplaçait-il en pareil cas la mo-
deste épingle par un clou gigantesque?
Evidemment ce n'est pas cela. Chateau-
briand, rendant à Taigle ce que l'aigle fait
au soleif, regardait-il fixement le puissant
personnage que l'aigle personnifie ? Mais
alors voilà une énorme faute de français,
car fixer quelqu'un, c'est le rendre fixe,
et non pas le regarder avec fixité. Du
reste, faut-il s'étonner de l'emploi d'une
aussi vicieuse locution dans une assemblée
ui s'appeile avec barbarisme final Cercle
e l'Union artistique? Yezimat.
l
Gulhat. — Trintinhac. — En Auvergne,
comme dans beaucoup de pays de langue
romane, certains noms propres, où se
trouvent réunies entre deux voyelles les
j consonnes LH, N H, se prononcent comme
si à la place de la lettre H se trouvait la
lettre I. Ainsi le mot Culhat se prononce
Culliat, et le mot Trintinhac se prononce
Trintiniac,
Comment expliquer cette particularité ?
(Clermont.) Francisque Mège.
Bas -bleu. — Quelle est l'origine et la
date de l'emploi de cette locution pour
désigner les femmes qui font de la litté-
rature? S. R.
Du choc des opinions jaillit la vérité.
— Ce vers, qui n'en est pas un, est un ex-
trait de ces deux autres, qui en sont à
peine :
Du choc des sentiments et des opinions,
La vérité s'élance et jaillit en rayons.
Dira-t-on que c'est du Boileau tout pur?
Je veux bien le croire, mais où les trou-
ver? (Amsterdam.) H. Tiedeman.
Bride avallée. — Dans le u Journal du
règne du roy Henry III, » d'heureuse mé-
moire, il est dit : « Le jour de caresme
u prenant venu, ils allèrent de compagnie,
a suivis de leurs mignons et favoris, par
« les rues de Paris, à cheval et en masques,
a desguisez en marchans, prestres, advo-
« cats et toutes autres sortes d'estats, coû-
te rans à bride avallée. »
D'où vient cette expression ? Cela équi-
vaut-il à bride abattue ? P. A. L.
Mettre les pieds dans le plat. — Quelle
est l'origine et la véritable signification de
cette locution fort usitée ? Franc. M.
L'hôtel du < Cheval blanc. » •— Tout
dernièrement, un curieux recherchait ici
même (V, 372) l'origine historique de
l'hôtel du « Grand- Monarque. »
TOMK V. — 18
N« 114.]
LINTERMËDIAIRE
53i
532
Permettez-moi, je vous prie, une autre
question analogue :
Pourquoi y a-t-il un hôtel du Cheval
blanc dans tous les chefs-lieux de dépar-
tement, d'arrondissement, et même de
canton? Le cheval blanc était-il Jadis pl«is
rare qu'aujourd'hui ? Truth.
Une définition de la poéeie, d'après Vol-
taire. — La Notice littéraire sur les
Œuvres complètes d'André Chénier, insé-
rée par Eugène Hugo dans le premier vo-
lume du Conservateur littéraire, et réim-
primée en tête de l'édition des Œuvres
en prose d'André Chénier, publiée en 1840
par le bibliophile Jacob, se termine ainsi:
« La poésie , ce n'est presque que senti-
ment^ dit Voltaire. » — En quel endroit
Voltaire a-t-il écrit cette phrase ?— Est-ce
bien là le véritable texte de la pensée du
maître ? Ulr.
Fant-il dire Un on Une impasse? —
M. Ch. Du Bouzet, dans un article du
journal le Temps du 29 avril dernier,
s'écriait : a Oui, la ville est dans un im-
passe. » Quant à moi, j'aurais dit une im-
passe, bien que Voltaire, le créateur de
ce mot euphonique, d'après M. Littré,
Tait quelquefois employé au masculin.
N'est-ce pas le cas de répéter (avec une
variante) le célèbre argument : Il y a
quelqu'un qui a plus d autorité que Vol-
taire, c'est tout le monde. Yezimat.
Denz ballades dont on cherche l'auteur.
— Sur les feuillets de garde (feuillets rap
portés), d'un bel exemplaire de la Généa-
logie des Dieux, livre imprimé à Paris en
1498, in-fol., j'ai trouvé deux ballades
écrites en caractères et dans le style du
commencement du XVI*» siècle.
La première a trois strophes, de sept
vers chacune, et une finale de trois \tTS\
elle commence ainsi :
Que ne suys-je legLer comme Avidis .
Qui de courir eust Thoneur et l'usage !...
Les strophes et la finale sont terminées
par ce vers :
Pour obtenir de Vénus ma requeste.
La seconde a trois strophes, de huit vers,
et une finale de quatre \ers ; les premiers
sont ceux-ci :
Verray-je point la belle cage dorée
Oui eust cuirée au bon temps saturnique?
Les strophes et la finale sont ainsi ter-
minées :
Et ung daulphîn en la mayson de France.
Quel est l'auteur de ces deux ballades >
Sont-elles imprimées? (Lyon.) V. deV.
Vn afoont anonsrme^ de Bordeaux an
XIV« sièclb. — Quel est ce mystérieux avo-
cat bordelais, dont parle M.Victor Le
. Gterc {p. 127 du tome XXIV de V Histoire
littéraire de la France)^ qui, en i Boy, eut
Tambition d'aider par ses conjseils le roi
d'Angleterre à reconquérir la Terre -Sainte,
et cjui proposa à Clément V d'envoyer en
Orient des élèves et des laïques instruits
de la langue du pays ? — Question spécia-
lement recommandée au savant compa-
triote dudit avocat, à l'éditeur et continua-
teur des Supercheries littéraires dévoilées.
EUQORRAL.
I
Oùnaqnit La Galprenède? — Le P. Ni-
ceron {Mémoires, t. XXXVII, p. 235) dit
Que Gautier de Costes, chevalier, seigneur
de La Galprenède, de Tolgou et de Vati-
meny, naquit au château de Tolgou, dans
le diocèse de Cahors (i), à deux lieues de
Sarlat. Le Moréri de 1759 le fait naître
au château de Toulgou; la Nouvelle Bio-
fraphie générale^ au château de Tolgou.
nnn, l'abbé Audierne, dans son Périgori
. illustré, p. 144^ donne pour berceau au
fécond romancier le lieu de Turgon, près
de Salignac, chef-lieu de canton de l'ar-
rondissement de Sarlat. Des quatre formes
Tolgou, Toulgou, Tolgony Turgon^ la-
quelle est la bonne ? T. de L.
Hommes... et femmes célèl)res non ma-
riés. — (Voir ci-dessus, 373, 462,494, 523,
et ci-après 542.)
Cadran-solairiana.— Sentence se dit en
grec ; gnômé. Est-ce à cause des sentences
dont on s'est plu depuis plusieurs siècles à
accompagner les cadrans solaires, qu'ils
ont reçu le nom de gnomons ? Quoi qu'il
en soit, j'ai eu la fantaisie de former un
recueil des inscriptions de tout genre aux-
quelles ont donné lieu les cadrans solaires:
ce serait une véritable épigraphie de la
matière. Je m'adresse aux amis chercheurs
de l'Intermédiaire, pour qu'ils veulent bien
m'aider à l'enrichir, conformément à la
double devise qu'il a si heureusement ar-
borée : Singula quceque legendo, et : // se
faut entr' aider,.
Toute indication sera la bienvenue.
H.E.
Partisans et traitants.— D'où venaieqt
ces deux mots par lesquels on désignait
(i) Voltaire {Siècle de Louis XIV) n'a pas
hésité à dire là-dessus : « Né à Cahors. »
DES CHERCHEURS' ET CURIEUX.
[25 sept. 1869.
553
534
autrefois les financiers. Etaient-ce des ter-
mes de dédain ? M. F. Barrière dit, dans
son introduction aux Mémoires de Mar-
montel : « On permettait, par grâce ou par
nécessité, à quelques hommes de la riche
roture, d'aider de leur crédit, ou de leurs
écus, le gouvernement obéré. Encore, ces
hommes qui se flétrissaient bien un peu
par leur avidité, par leurs concussions,
étaient- ik flétris, par la cour même qu'ils
secouraient, du nom de partisans. » —
a On avait, ajoute-t-il, appelé longtemps
de ce nom, dans Tarmée, des trompes lé-
gères habituées à vivre de pillage, » —
Est-ce là effectivement Torigme de cette
locution ? S. D.
Médailles en rhonneur de la Sàint-
Barthélemy. — Dans la chronique du
journal le Temps, 28 août 1869, on Ht,
sous la signature X. Feyrnet :
« Ouvrez le Dictionnaire administratif
et historique des tues et monuments de Pa-
ris, par MM. Félix Lazare, sous-^chef à la
préfecture de la Seine, et Louis Lazare,
ancien employé de la même administra-
tion, et vous y lirez des détails qui ne
manquent pas d'intérêt.
« Vous y verrez notamment que, dans les
comptes de l'Hôtel de Ville de Paris pour
1572, on trouve des payements faits aux
fossoyeurs du cimetière des Innocents,
pour l'inhumation des morts que le cou-
rant de la Seine avait portés vers le cou-
vent de Nigeon (Chafllot) ; aux mêmes,
pour avoiî* eaterré 1,100 corps, portés de
même sur les rives de Saint-Cloud, Au-
teuil et Chaillot ; à Nicolas Sugert, pas-
seur d'eau, pour avoir intercepté le pas-
sage de la Seine, à Port-à-l 'Anglais ; enfin,
« à Aubin Olivier, demeurant à Paris,
« Sa livres, sçavoir : pour 1 5 médailles d'ar-
« gent, 45 livres; pour avoir refait le sceau
« et le cachet de ladite ville, 5 livres; pour
« avoir fait les piles pour les jetons d'argent
« et de lattons (laiton), 3o livres : lesquelles
« médailles ont été faites pour mémoire du
« jour Saint- Barthélémy; en a esté distribué
« à mesdits sieurs les prévost des mar-
« chands, eschevins, procureurs , receveur
« et greffier d'icelle ville. »
Quelqu'un des numismates, amis de
V Intermédiaire, possède-t-il dans sa pro-
pre collection, ou connaît-il en quelque
collection, soit publique, soit particulière,
ou bien encore a-t-il vu dans quelque ou-
vrage, reproduite par la gravure, la mé*
daiile parisienne frappée en mémoire de
la Saint- Barthélémy? Si oui, pourrait-il,
voudrait-il en pubher la description dans
i' Intermédiaire ?
Subsidiairement, les indications don-
nées par MM. Lazare existent-elles réelle-
ment dans les registres de comptabilité de
l'Hôtel de Ville ? Frédéric Look.
Les compagnies de Harat. — Un journal
de l'époque révolutionnaire, le Bonhomme
Richard, cité par M. Louis Blanc, parle
des compagnies de Jésus égorgeant les
compagnies de Marat.
Quelle était la composition de ces corn-
pagnies de Marat ? Quels en étaient les
chefs ? Sur quel point de la France ont-
ejles plus particulièrement manœuvré ?
(Glermont.) Francisque Mège.
Cabinet du docteur Bonnière. — Eu
mai 186 5, parut à la librairie Bachelin-
Èeflorenne le Catalogue d'une collection
de livres rares ou curieux provenant du
cabinet de M. le docteur Bonnière, dont
la vente a dû avoir lieu le i5 mai i865.
Ce catalogue était précédé d'une préface
ainsi conçue : « Ce n'est pas une biblio-
tf thèque c^ue nous mettons en vente au-
« jourd'hui : c'est une partie des matériaux
a qui ont servi à M. le docteur Bonnière
a pour l'élaboration d'une bibliographie
« analytique des ouvrages facétieux, ba-
a dins ou burlesques écrits ou traduits en
ti français, dont le i*"^ fascicule paraîtra le
a i5 juillet prochain. »
Ce fascicule a-t-il été publié, ou bien ce
projet de bibliographie a-t-il été abandon-
né ? (Strasbourg.) CM.
^^=F
Robert Regnault, du Havre (II, 199).--
Cette question est restée depuis bien long-
temps sans réponse. J'espérais toujours
qu'un plus savant que moi pourrait satis-
faire à la légitime impatience de l'hono-
rable M. Gaudibert. Le silence gardé jus-
qu'à ce jour par nos savants bibliographes
normands m'engage à confier aux pages
de V Intermédiaire ce que révèle l'ouvrage
de Regnault.
Ce livre est intitulé ; Histoire naturelle
et mor aile des Indes, tant Orientales qu'Oc-
cidentales, où il est traitté des choses re~
marquables du ciel, des éléments, etc.,
composée en castillan par Joseph A Costa
et traduite en françoxs par Robert Re-
gnault, Cauxois. Dernière édition, re-
veuë et corrigée de nouveau, Paris, Marc
Ôrry, 1606, in-8 de 352 feuillets, plus la
table.
L'exemplaire que j'ai sous les yeux
indique qu'il y a eu une édition précé-
dente. En effet, le privilège du Roi accor-
dé à Regnault, qui l'a transporté à Marc
Orry, porte la date de 1597. Bninet, au
mot Acosta, cite des éditions de 1598,
1600, 1606 et 1 616, et M. Gaudibert pour-
rait trouver un exemplaire d'une édition
autre que celle que j'ai consultée, au Havre
N* 114.]
L'INTERMEDIAIRE
535
536
même. Malheureusement le titre manque.
Comme on Ta vu, Robert Regnault
prend le titre de Cauxois, ou né dans le
pays de Caux. Il résulte, en effet, d'une
épigramme latine d'Antoine Boudor, qui
se trouve au commencement du livre, que
l'auteur est né à Montivilliers. Un sonnet,
qui suit, est signé par Ch-^ ries Regnauld,
son frère, et il est à remarquer que le
nom est terminé par un D et non par unT
comme sur le titre.
Il semble résulter du sonnet de Boudor,
3ue Regnault serait allé en Espagne étu-
ier la langue espas^nole et aurait publié la
traduction de Touvrage d'Acosta après son
retour.
L'ouvrage commence par une Epistre
au Roy, datée du Havre de Grâce , le
ler décembre 1597. L'auteur, après avoir
comparé Henri IV à Alexandre, expose
qu'il « s'est enhardy de traduire en langue
« françoise l'Histoire naturelle et moralle
«des Indes Orientales, nouuellement
« composée en castillan par Joseph Acos-
a ta, homme certamement docte et fort
« curieux, parce que les Espagnols, jaloux
« et enuieux de ce bien, ont fait brusler par
tt Kdict public (comme on l'a aduerty puis
a quelque temps) tous les exemplaires de
tt cette histoire, afin d'en priuer les autres
« nations, et leur celer la cognoissance des
« Indes. » Cette circonstance curieuse
n'est signalée ni par Brunet, dans son Ma-
nuel du libraire j ni par la Biographie
Didot.
Que faisait Regnault au Havre ? Rien
ne l'indique dans son livre. Il est possible
qu'il y exerçât la profession d'interprète de
la langue espagnole. Quoi qu'il en soit, je
signale à notre respectable bibhographe
normand, M. Frère, l'absente du nom de
ce Cauxois dans son excellent ouvrage.
(Le Havre.) V. T.
Monographies et notices sur H. de Bal-
zac (IV, 368, etc.) — Il y a peut-être quel-
que chose à dire encore sur ce sujet, malgré
les nombreuses réponses qu'il a suscitées.
D'abord, M. U. R. D. s'est trompé dans sa
question (III, 106), en disant que Tétude
de Th. Gautier sur Balzac parut d'abord
dans le Moniteur; c'est dans V Artiste, en
i853, que parut ce travail que le Moniteur
lui emprunta. C'est le jugement publié
par M. de Pontmartin dans le Correspond
danty qui a reparu dans les Causeries litté-
raires. La lettre de Balzic à Hippolyte
Castille a paru dans le numéro de ta Se-
maine du II octobre 1846. Parmi les ar-
ticles oubliés dans cette nomenclature, je
dois citer, parmi les plus remarquables :
« Balzac journaliste » par Philibert Aude-
brand ; Galette de Paris des 8 et 1 5 nov.
1857, ^t ^^ " Catalogue de la vente des li-
vres de Dutacq » (6 avril 1837) avec
notes du Bibliophile Jacob, qui est peut-
être \e plus intéressant de tous; on peut
consulter aussi une a Lettre à Madame de
Balzac, » par Ch. Monselet, dans le Figaro
n® 806, 1862, et un article d'Armand Bas-
chet, postérieur à son livre, dans le Mous-
quetaire du 17 mars 1854. Le a Catalogue
général de la librairie française » par M . Ché-
ron, publié chez Jannet et resté malheu-
reusement interrompu à la lettre Dub,
contient encore, à l'article Balzac, des ren-
seignements très-curieux sur ses œuvres
à réunir; il contient aussi quelques er-
reurs. S. DE G.
— La note sur les ouvrages de Balzac,
insérée dans V Intermédiaire (IV, 368
exige une rectification. L'exemplaire de
la profession de foi de Balzac, prêté par
M. Edmond Hédouin, lui a été rendu de-
puis cette note écrite. Il ne Tétait pas en-
core lorsque la copie de notre petit arti-
cle fut remise, en octobre 1866, à Vlnter-
médiaire. De là une erreur bien involon-
taire, et que nous n'aurions certainement
pas commise, si la note avait été écrite de
la veille. (Janvier 1868.) Fr. F.
[En préparant ce numéro, nous trouvons,
parmi des réponses déjà fort anciennes, cette rec-
tification d'une réponsequi avait elle-même paru,
fort en retard, le 10 décembre 1867. ^^'^''
n'est jamais trop tard pour relever et explique;
une erreur, dont V Intermédiaire, qui ne peut
pas toujours tout insérer à temps, avait été k
complice inconscient. — Réd.]
Œuvres littéraires du maréchal Bnine
(V, 52). — - Voyez la Biographie univer-
selle ou Dictionnaire historique, etc., nou-
velle édition. Paris, Fume et C% i838.
6 vol. in-4®, avec figures. — A la fin de
l'article consacré à Brune (George- M. A..,
M. Ulric lira tout au long : a Brune est au*
teur de quelques Mémoires sur la Révolu-
tion, sur les campagnes d'Italie, et sur soo
ambassade à Constantinople, qui sont res-
tés manuscrits. Il avait publié en 1788 un
Voyage pittoresque et sentimental dans
plusieurs provinces occidentales de la
France, en prose et en vers, réimprimé en
1802 et 1806, in- 18. » Je possède la pre-
mière édition in- 80 de 1788, sans aucune
vignette ni gravure,
(Bordeaux.) Christagène.
! L'édition originale de « François le
, Champi » (V, 92;. — La première édition
: originale de François le Champi, que re-
cherche l'Intermédiaire, n'est-elle pas la
suivante : « Fr an fois le Champi, par
George Sand. Pans, Victor Lecou, édi-
teur, MDCCCLl. » {Imprimerie de Gus-
tave Gratiot), Un volume grand in-i2 de
iv-260 p., papier vélin glacé très-fort. -
(Couverture imprimée sur papier jaune.)
Dans cette édition, le roman ne coffl-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 sept. 1869.
537
538 ~
mence qu'à la page 20. — Les 19 pre-
mières pages sont remplies par le texte de
ï a Introduction. » Ulr.
Imprimerie H. de Balzac (V, 94 et III,
337). — Je possède un volume qui sort de
ces presses. C'est un poëme intitulé : La
Chasse au tir, sans nom d'auteur, qui
porte sur sa couverture et sur la garde :
imprimé par H. Balzac, rue des Marais-
S.-G., «*» 17, 1827. L'impression est ex-
trêmement soignée ; chaque chant, sauf le
cinquième, se termine par une chanson
de chasse, imprimée en caractères diffé-
rents du texte ; deux sont en écriture go-
thique, un en cursive et un autre en
ronde. A. L.
— Autre ouvrage échappé aux savantes
recherches des biographes de Ylntermé-
diaire : « Œuvres complètes de Boileau-
Despréaux, revues, corrigées et augmen-
tées, — publiées avec commentaire, par
M. VioÙet'Leduc. Paris, Desoër, 1828,
4 vol. petit in- 12. Imprimerie de H, Bal'
lac. » — Quelques exemplaires portent le
nom du libraire Brissot-Thivars, sur de
nouveaux titres ajoutés postérieurement.
Ulr.
— Je possède un volume, sur la garde
duquel une note manuscrite me dit qu'il
est attribué à Balzac, et qu'il sort d'ailleurs
de l'imprimerie de H. Balzac, rue des Ma-
rais-Saint-Germain, 17. C'est le Gastro-
nome français ou l'Art de bien vivre, par
les anciens auteurs du Journal des Gour-
mands, MM^ G. D, L. /?..., D. D..., Gas-
termann G.,. ,Clytophon,Charles Sartrou-
ville,C.L.C. .., C... Marie de Saint-Ursin,
B...y etc. Ouvrage mis en ordre ^ accom-
pagné de notes, de dissertations et d'ob-
servations, par M. C... — Paris, Charles
Béchet, libr.-comm., quai des Augustins,
n» 57, près le Pont-Neuf, 1828. In-8 de
5o3 pages, fort bien imprimé. R. C.
Le tt Miroir de la jeunesse » (V, 288).—
Depuis le vénérable traité de Sulpice Ve
rulan, composé en latin et publié en 1483,
sur les a Bonnes mœurs et honnestes con-
tenances que doit garder un jeune homme,
tant à table qu'ailleurs, etc. » (traduct. en
vers par P. Broë, i555), jusqu'à l'ouvrage
récent du baron de Mortemart-Boisse, la
Vie élégante à Paris, 1862, il s'est trouvé,
deux ou trois fois par siècle, et même da-
vantage, des écrivains soucieux de la bonne
tenue de la jeunesse, a tant à table qu'ail-
leurs. »
Le Catalogue de la vente J. Pichon
(in-8, 1869) ne renferme pas moins de dix-
huit numéros (i32-i5o) concernant des
ouvrages de ce genre. Le manuel classique
et célèbre de la civilité puérile, — ce qui
ne veut pas dire qu'elle soit inutile et
vaine, mais qu'on doit l'enseigner aux en-
fants dès leur jeunesse, — porte le titre
suivant : « la Civile honesteté pour les en-
fans, avec la manière d*aprendre à bien
lire, prononcer et escrire , qu'avons mise
au commencement. » Paris, Richard Bre-
ton, i56o, pet. in-iB. Imprimé en carac-
tères cursifs français. Ceux-ci ont été ap-
pelés vulgairement caractères de civilité^
d'après le titre de l'ouvrage ci-dessus, c[ui
se trouvait dans toutes les petites mains
des XVI» et XVI le siècles, de même que
le rudiment, où l'on a quelque peine à re-
connaître le nom vulgarisé du savant gram-
mairien Ruddimann, prédécesseur de Lho-
mond. Je ne retrouve que le début du li-
vre de Mathurin Cordier, le Miroir de la
jeunesse, dans le n® 146 du Catalogue Pi»
chon : le Miroir des escoliefs et de la jeu-
nesse, la doctrine des bons enfans et la
malice des pervers, etc. Paris, veuve Ro-
bert Micard, 1602, petit in-8, impr. en
caractères de civilité, auquel on a ajouté
la Petite Civilité, ce qui augmente ia va-
leur de ce livre très-rare. Cette « Petite
Civilité ri est sans doute la traduction
française de l'opuscule d'Erasme : De ci-
vilitate morum puerilium, que contient
aussi la Déclamation contenant la manière
de bien instruire les enfants, etc., par
Pierre Saliat. Paris, Simon de Colines,
MDXXXVII,pet. in-8. (V.Cat. cit. ,noi43.)
Tout cela n'est pas répondre à la question
de fait posée par M. J. B. : « Où trouver
un exemplaire de la Civilité puérile de
Math. Cordier, soit le Miroir de iSSg,
soit la Civilité de 1 56o ?» Mais cela y peut
acheminer. Il en existe, sans aucun doute,
dans quelque collection d'amateur, sans
parler des dépôts publics et des libraires.
En feuilletant quelques douzaines de ca-
talogues, M. J. B. finira par trouver ce
qu'il cherche. Le moyen est long et vul-
gaire, mais, à moins de livres introuvables,
il manque rarement son but. Cz.
L'émeute parisienne du 5 jnin 1832 (V,
373). — Voici ce que m'a raconté Capo de
Feuillide, peu de mois après cette formi-
dable insurrection qui était le résultat d'un
complot admirablement organisé.
Les obsèques du général Lamarque de-
vant naturellement amener une immense
agglomération de peuple sur un même
point, on décida, dans les hautes sphères
des sociétés secrètes , qu'on prendrait les
armes et qu'on tenterait un mouvement
dans les rues de Paris.
Il fallait commencer le mouvement, et
l'on proposa d'employer un moyen qui
réussissait toujours ou presque toujours :
tirer sur la troupe et la forcer ainsi à faire
usage de ses armes; puis, crier vengeance,
en disant qu'on égorgeait le peuple.
Tous les plans furent dirigés dans ce
but, et La Fayette lui-même dût être in-
N» 114.3
L'INTËRMÉDIAJiRE
559
540 -
struit de ce <]ui se préparait. On alla préve-
nir Armand carrel, qui répondit dédaigneu-
sement: « Je ne me mets à la remorque de
personne; faites, et je ferai, si je crois utile
et convenable d'intervenir. »
Mais comment obliger la troupe à tirer
sur le peuple? On avait le programme de
la cérémonie, qui devait être célébrée près
du pont d'Austerlltz; là devait se porter la
plus grande foule, puisque c'était là qu'on
prononcerait les discours devant le car*
cueil du général Lamarque.
Il fut convenu que trois membres des
sociétés secrètes, désignés par le sort, se
dévoueraient en allant décharger à bout
portant quelques coups de pistolet sur la
troupe commandée pyour assister aux fu-
nérailles. Le sort prononça ; Capo de Feuil-
lide était un des trois initiateurs de Tin-
surrection.
Le lendemain, jour du convoi, on leur
distribua des pistolets chargés, et on laissa
le reste à leur inspiration, à leur audace et
à leur bonne étoile. Le» trois conjurés,
fidèles à leur mandat, se trouvèrent, à
l'heure dite, près du Grenier d'abondance
devant lequel stationnait un régiment de
dragons. Ce fut contre ce régiment que
Capo de Feuillide conseilla de commencer
l'agression; les trois frèred d'armes se pla-
cèrent à égale distance, vis-à-vis du régi-
ment, et marchèrent ensemble jusqu'à ce
qu'ils fussent arrivés à la distance de
vingt-cinq pas. Alors, ils saisirent leurs
pistolet^ et les déchargèrent à la fois ; plu-
sieurs hommes tombèrent dans les rangs,
et le régiment riposta par une décharge
générale.
Le tour était fait; les trois tireurs s'é-
taient jetés à terre^ pour laisser passer les
balles par dessus leur tête, et ils se relevè-
rent aussitôt pour s'enfuir : l'un d'eux fut
tué, les deux autres s'échappèrent. On
criait : a Aux armes! » de tous côtés; on
cria presque sur-le-champ : « On tire sur le
peuple ! »
Ce fut alors que huit ou dix mauvais gar-
çons du guenilljes, àaipicié i>vres« armés de
longues bûchesqu'ils avaient prises dans les
chantiers et qu'ils brandissaient comme
des massues, forcèrent le malheureux
La Fayette de monter dans un fiacre dont
ils dételèrent les chevaux, et ils le prome-
nèrent ainsi le long des boulevards en hur-
lant: Vive la République! vive La Favette!
Quand le général présentait la tête à la por-
tière en les suppliant de mettre fin à son
supplice, ils le menaçaient de leurs bûches
en lui disant : « Cache ta tête, vieille bête !»
Puis, riant aux éclats^ ils répétaient à
grands cris : • Place au héros des deux
mondes ! vive La Fayette I »
P. L. JACOB, bibliophile.
Date de la mort de Jean Cousin (V, ;
409). — Je he possède pas malheureuse^ \
ment les pièces authentiques qui peuvent
enfin établir la date exacte de la mort de
Jean Cousin, date cherchée inutilement
par tous les historiens de l'art, mais je
puis fournir quelques indications oui ser-
viront peut-être à faire retrouver 1 acte de
décès de l'illustre artiste. J'espère que le
patient et heureux chercheur à qui nous
devons de connaître l'extrait mortuaire de
Sauvai profitera de ces indications, pour
retrouver celui de Jean Cousin.
J'ai eu entre les mains une notice im-
primée de Mercier Saint-Léger, qui fixait
à l'année iSqi la mort de Jean Cousin,
mais j'avoue que toutes mes recherches
n'ont pas réussi à découvrir cette no-
tice, qui n'était probablement que le spé-
cimen d'un ouvrage resté inédit.
J'ai rencontré, dans un ancien Guide de
Paris (je ne sais plus lequel), un rensei-
gnement qui ne figure pas aiÛeurs : Jean
Cousin fut inhumé dans la chapelle basse
de la Sainte-Chapelle.
Or, les tombes de la chapelle basse ayant
été détruites vers le milieu du XVII* siè-
cle, par suite de réparations intérieures de
l'édifice, la sépulture de Jean Cousin a dû
disparaître à cette époque.
•Dnfin, Jean Cousin avait son atelier, ou
ur de ses ateliers, dans la cour de la Saint^
Chapelle, ce qui prouve qu'il n'appartenait
pas à la confrérie de Saint- Luc, et qu*il
était un de ces maîtres libres exerçant leur
métier et leur industrie, sans contrôle,
dans l'enceinte du Palais, et ne payant
qu'une redevance au concierge duait Pa-
lais, sans être dépendant de la commu-
nauté des peintres et imagiers, et sans avoir
besoin du privilège de maîtrise.
P. L. Jacob, bibliophile.
La Licorne (V, 429). — La contrée que
les Romains nommaient Bretagne et qui
depuis a reçu chez nous l'appellation de
Grande-Bretagne, afin de se distinguer de
la Petite, aujourd'hui comprise dans notre
France, a porté encore d autres désigna-
tions, selon la diversité 4es temps. Un
jour donc, ce pays a été dit les Sept-Com-
mandements ou mandements des Saxons,
autrement l'Heptarchie-Saxonne; un au-
tre jour, la Terre* des- Angles-uois-aux-
Saxons ; j'entends par là le sol des Anglo-
Saxons. Tantôt ce fut plus simplement la
Terre-de$- Angles, England, de land, pays,
et EngU abrégé, avec adoucissement, de
Angli, iEngli, situés à l'angle ou au coin
nord-ouest de l'Europe; et tantôt ce furent
les îles Bretonnes ou 3ritanniques, au nom
bre de trois : Le Vert- Pays, ou l'Irlande,
de land, pays et ir, dérivé de earth, saxon,
allemand et anglais tout à la fois, dans le
sens de ^azon et par suite verdure; la Terre
des habitants bigarrés de corps et de vête-
ments, ou l'Ecosse, d'où les écossaises
(étoffes); rAngleterre, D'autres fois enfin,
DES CHSaCilEXniS ET CURIEUX.
[25 sept^ i86^.
541
542
la même monarchie a eu pour dernier sy-
nonyme le Royaume- Uni.
Or, toute rhistoire du peuple anglais
peut se résumer dans le triple blason qu'il
a su adopter, selon les évolutions de son
gouvernement. Ainsi à l'époque saxonne
appartient ce vieux cheval saxon, qui s'ap-
pelait d'Horsa, tout bonnement parce que
en saxon, en allemand et surtout en anglais
aussi, cheval se dit Horse, C'est au règne.
d'Elisabeth que se rattache le Griffon. Et
c'est le fils de Marie Stuart, Jacques \^,
qui, en signe d'union, apparemment, fît
entrer pour la première fois, dans les ar-
moiries publiques d'Albion, la Licorne
(comprenez La Unicorne, Vunicorne), ainsi
nommée en raison de l'unique arme, je ne
dis pas ornement, de sa tête.
(Grenoble.) J. P.
Salons dfl Diderot (V, 436). — S'il était
permis de se citer soi-même, je renverrais
M. S. Y. à la réponse que j'ai faite (II, 762)
à la question qu'il pose de nouveau. Ce-
pendant, pour éviter une répétition, je Ten-
^aee à se reporter au volume et à la page
indiqués 4 et il v trouvera quatre réponses
au lieu d une. Tout naturellement, en bon
père, je lui recommande plus spéciale-
ment la mienne, qui est plus étendue et
plus complète que les autres.
Et maintenant, à quand une nouvelle
édition des œuvres de Diderot? Jusqu'ici,
malgré divers projets, ses compatriotes
n'ont pu parvenir à lui élever une statue;
certaines influences, qui s'y sont sourde-
ment et constamment opposées, ont même
fait disparaître ou du moins dissimuler le
buste, par lui donné à sa ville natale. Par
suite, je crains que ces inêmes influences
ne fassent indéfiniment ajourner cette en-
treprise. Que M. Walferdin, qui aime et
qui connaît si bien Diderot, veuille bien
nous dire ce qu'il en sait ! Ach. D.
Képi (V, a36). — L'origine de ce sub-
stantif est dans Kœppchen, diminitif al-
lemand de Kappe^ bonnet. Kœppchen in-
dique spécialement une coiffure domestique
ou officielle, une coiffure qui se porte à la
maison ou fait partie d'un costume, wi-
trula. Gœthe et Voss l'ont employé dans
le dernier de ces sens. Un proverbe alle-
mand dit : Les petits emplois portent de
petits bonnets; ce qui équivaut au pro-
verbe : l'habit fait le moine. Un autre dit
que la fonction apporte le bonnet : munîa
aant censum et munera,
P. RiSTELHUBER.
— Sans pédanterie, — ne trouverait-on
pas comme un air de famille, entre le Képi
trançais, et le latin Caput, itis^ tête, — ce-
lui-là, d'ordinaire, étant tout au service de
celle-ci? Ulr»
1 Faire laliell* (V, 444). -^ Les explica-
I tions le» plus simples sont, en général, les
meilleures : je crois donc, comme plusieurs
; de nos coabonnés, que la belle partie^ ou
! absolument la bdle^ est tout bonnement
la partit qui décide de la victoire. Cepen-
dant il est une autre interprétation que me
suggère la comparaison de l'expression
française avec les locutions correspon*
dames en espagnol et en portugais : Jugar
la mo^a, ganhar a tnoçay littéralement
jouer ^ gagner la jeune fille. Partant de là,
n'est-il pas possible de voir dans ces idio-
tismes une assimilation entre le combat de
deux joueurs et la lutte de deux amants
çiui se disputent les ;bonnes grâces d'une
jeune beauté? Dans cette hypothèse» le
mot belle serait pris métaphoriquement,
et le joueur heureux qui gagnerait la belle
serait celui qui arriverait à posséder la
pièce jaune ou blanche dont les beaux
yeux ont tant de charmes pour les fidèles
du tapis vert. Dxgastès.
Hommes et femmes célèbres non maxîés
(V, 451, 494). — Ajoutons encore à la
liste dressée ci-dessus par M. H. S. les
noms suivants : Marot^ — Ronsard^ —
Montaigne^ — La Rochefoucauld, — Vau--
venargues ^ — Saint - Evremond , sans
oublier Mademoiselle de G^urnay ni
Mademoiselle de Scudéry, qui toutes
d'eux ne furent de leur sexe... que par
le jupon.
Puis, si l'on arrive jusqu'à l'épeque con-
temporaine : Gérard de Nerval, — H, Mûr-
ger, — Fréd, Soulié, — Léon Go^lan, —
Méry^ — Nestor Roqueplan^ — Pierre
Dupont, — Fréd. Bérat, — Félix Pyat, —
Aug. Vacquerie, et le plus grand nombre
des membres connus de la Société des
Gens de Lettres ^ de la Société des Au-
teurs Dramatiques y etc., etc. — Mais quel
vilain Eloge des femmes nous fait entre-
prendre là ï Intermédiaire, ô mes amis 1
Ulr.
— L'Intermédiaire s'est déjà occupé
(V, 4.51, 494) des tt Hommes célèbres non
mariés, » Un correspondant de Manches-
ter observe (V, 494) qu'une liste semblable
de noms de femmes offrirait beaucoup
d'intérêt. J'aborde la question en inscri-
vant ici quelques &mmes qui se sont fait
connaître dans le monde littéraire ou scien-
tifique, et qui ont vécu dans le célibat; je
laisse de côté : i^ les artistes dramatiques
qui pourraient former une classe intermé-
aiaire; 2" les religieuses qui entreraient
daùs une catégorie d'un autre genre. Voici
les noms qui me viennent à la mémoire,
loin de toute collection de livres : Agnesi
(Maria Gaetana), Milanaise, née en 1718,
qui a écrit des livres fort estimés sur les
mathématiques, notamment des Infititu^
, 3{iûne analitichcy 1743, z vol. in-4<', (tra-
N^ 114.]
L'INTERMÉDIAIRE
543
544
duites en anglais et en français) ; Made-
moiselle Sophie Germain, qui en France a
montré également les connaissances les
plus étendues en fait d'algèbre et de cal-
cul intégral; Mademoiselle de Gournay,
la fille d'alliance de Montaigne; Eugénie
de Guérin; la malheureuse Hypatie, vic-
tirtie à Alexandrie de la fureur d'une popu-
lace égarée; Mademoiselle de la Force, qui
fit quelque bruit à l'époque de Louis XIV
par ses écrits et par ses excentricités; Ma-
demoiselle de la Lézardière, c|ui a abordé
avec résolution l'étude des origines de l'é-
tat politique de la France; Elisa Mercœur;
la Hollandaise Anne Marie de Schurman,
dont les écrits en syriaque, en hébreu, en
srec, en latin, en français, ont été plusieurs
fois imprimés au XViI« siècle; Mademoi-
selle de Scudéry, dont les prolixes romans,
laissés dans l'oubli pendant près de deux
siècles, ont été signalés par M. Victor Cou-
sin à l'attention publique. Je laisse de côté
quelques visionnaires, telles qu'Antoinette
Bourignon et Suzanne Labrousse; si elles
avaient été mères de famille, elles au-
raient probablement moins déraisonné.
Il sera facile de citer bien d'autres noms,
et j'espère les voir bientôt dans ï Intermé-
diaire, (Vichy.) L. G.
Un quatrain dn château d'Anet (V, 465).
— Je crois que c'est à A net que La Fon-
taine a fait Philémon et Baucis. Ne se-
rait-ce pas notre quatrain oui lui a inspiré
d'employer dans ce poëme le terme un peu
vieilli de pourpris? Ce quatrain, je crois
bien le reconnaître pour celui qui est cité
dans le commentaire d'Eloi Johanneau et
d'Esmengart sur Rabelais; mais je n'ose
pas en être sûr, au bout de plus de vingt
ans. D'après ce commentaire, la jument de
Gargantua est Diane de Poitiers. J'aime-
rais mieux dire qu'elle personnifie à la fois
toutes les maîtresses de François I®»*, puis-
que, parmi les explications données, il en
est qui regardent la duchesse d'Etampes
et même M*"® de Châteaubriant; mais une
qui serait en effet applicable à Diane, c'est
que Gargantua envoie sa jument dans la
forêt de Bièvre. Mon édition écrit Bière et
dit en note que c'est la forêt de Fontaine-
bleau; mais Johanneau et Esmengart don-
nent Bièvre et ajoutent que François l^^
donna à la fille de Saint- Vallier le château
de , situé sur les bords de cette petite
rivière et aujourd'hui détruit. Puis, l'un
d'eux raconte que se promenant de ce
côté, un paysan lui a vendu une plaque de
cuivre trouvée dans son champ et sur la-
quelle était gravé le même quatrain que
M. S. D. a également lu à Anet. Fran-
çois I*' avait-il donc placé cette inscription
dans tous les séjours de Diane? Où se-
rait-ce elle-même qui, dans le nouveau châ-
teau rebâti par Henri II, se serait plu à
faire copier ce quatrain, souvenir de ses
premières amours royales, et surtout sou-
venir de sa jeunesse. Quoi qu'il en puisse
être, cette inscription, à moins qu'on ne
prenne le parti de la déclarer apocryphe,
me paraît gênante pour ceux qui ne veu-
lent pas que Diane ait été la maîtresse de
François I^', ni même ait jamais fraudé la
foi conjugale, n'ayant cédé au dauphin
Henri, que parce qu'alors elle était veuve.
O. D.
— Voici l'histoire de cette inscription
apocrvphe, histoire absolument oubliée au-
jourdhui et que personne sans doute ne
s'aviserait d'aller chercher dans le long et
fastidieux commentaire de l'édition vario-
rum des Œuvres de Rabelais, publiée par
Esmangart et Eloi Johanneau, membres
de la Société royale des antiquaires (Paris,
Dalibon, 1823 et suiv., 9 vol. in-8). Je ne
fais que transcrire une note du chapitre 21
du Gargantua, tome I*', p. 376 et sui-
vantes :
a Nous n'avons pu trouver, à la vérité,
dans les mémoires du temps^ que Diane de
Poitiers ait eu quelque habitation le long
de la Bièvre. Cependant tout nous portait
à le croire; d'abord, ces mots de Rabelais:
a Les citoyens de Paris, par reconnoissance
o de ceste honnesteté (ae leur avoir rendu
a leurs cloches) , s'offrirent d'entretenir et
o nourrir sa jument tant qu'il lui plairoii
a et l'envoyarent vivre en la forest de Biè-
a vre. » Ensuite, les fréquentes promenades
que Gargantua et Pantagruel faisaient sur
les bords de cette rivière (voy. liv. 1,
ch. 24, et liv. II, ch. i5 et 22). C'est
d'après cette conviction que nous sommes
allés les parcourir en 1812. Nous ne re-
cueillîmes alors d'autre fruit de notre re-
cherche, que d'apprendre d'un paysan de
Gentilly, que c'était une tradition dans le
village, qu il y avait existé un château sur
les bords de la Bièvre, qui avait appartenu
à une maîtresse de nos rois. Mais, l'année
d'après, nous fumes plus heureux. Le
mardi 3 août, M. Esmangart, conduit par
son bon génie, alla' se promener de nou-
veau à l'endroit indigné par ce paysan;
arrivé dans la prairie située entre Gentilly,
la maison dite la Manufacture et le mou-
lin des Prés, sur la rive gauche et à deux
ou trois pas de la Bièvre, il heurta du
pied contre un morceau de métal enfoncé
en terre. Il essaya de l'arracher, mais il
ne lui resta dans la main qu'un morceau
déjà éclaté. Un faucheur (Gilles Trouil-
lard, jardinier et blanchisseur à Gentilly]
qui fauchait près de là, ayant été appelé
par lui, fit une tranchée et tira un rouleau
de cuivre, de dix-huit pouces de long sur
huit de large, couvert de boue et de ven-
de-gris. M. Esmangart, y apercevant des
lettres, le prit, après avoir récompensé cet
homme de sa peine, et s'en retourna bien
vite à Paris pour me le montrer. Il ne
connaissait pas encore tout le prix de la
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 sept. 1869.
545 -
546
découverte qu'il venait de faire, lors-
qu 'ayant remarqué des chaudronniers à la
porte de la boutique d*un serrurier du
faubourg Saint-Jacques, il y entra, y fit
dérouler et fourbir ce rouleau. Qu*y vit-il ?
Une inscription en quatre vers français
qui prouve que Diane de Poitiers avait en
effet une maison de plaisance sur les bords
de la Bièvre, en i527, et que François I"
y allait souvent la voir. Voici la copie
exacte et figurée de cette inscription :
DAns Ce pourPris le grÂnd FraNçois preMier
TreVue tousJours jouissance noUele;
Q.Vil eSt heuReux Ce liEu soVef reCele
FJeur De beaVlte DiAne de PoicTier.
1527.
« Sovef est un vieux mot qui vient du
latin suavis, agréable ; pourpris signifie,
selon le Dictionnaire de Trévoux, enclos,
enceinte, clôture de quelque lieu seigneu-
rial, château, maison noble.
a Comme cette découverte est vraiment
extraordinaire et qu'elle a excité un grand
enthousiasme, je crois devoir ajouter, afin
qu'on ne doute pas de son authenticité,
que le lendemain du jour où elle a été
faite, je suis retourne sur les lieux avec
mon ami, pour la vérifier ; que j'ai vu les
traces encore fraîches de la fouille ; que
j'ai parlé au faucheur qui a aidé à déterrer
la plaque de cuivre et qui demeurait alors
dans la maison dite la Manufacture ^ si-
tuée près et en face de l'endroit de la
prairie où elle a été trouvée; que j'ai parlé
également au serrurier qui a déroulé et
fourbi le rouleau ; que ce monument pré-
cieux est dans mon cabinet, où l'on peut
le voir encore ; que, d'après l'annonce que
j'en ai faite dans le Journal de V Empire ^
il est venu plusieurs curieux le voir au
musée des Petits- Augustins où je demeu-
rais alors ; que le concierge l'a fait mouler
et en a vendu un grand nombre de plâtres ;
enfin, que M. Le Bas de Caumont, ama-
teur et littérateur distingué, a mis Tin-
scription en musique. '
ft La découverte de cette inscription est
d'autant plus singulière qu'elle est moins
due à unnasard aveugle, qu'à la recherche
opiniâtre de celui qui l'a faite. Elle est
d autant plus importante, qu'aucune his-
toire, aucun mémoire, aucune géographie,
aucune description de Paris et 3e ses envi-
rons, aucune carte topographique ne fait
mention de cette habitation de Diane de
Poitiers; que l'abbé Lebeuf, qui a don-
né la description du diocèse de Paris, et
Sauvai, celle des maisons de plaisance des
maîtresses des rois, n'en parlent pas, quoi-
que ce dernier fasse mention des trois hô-
tels que cette maîtresse de François !•'
avait eus à Paris; quoique Garnier(tome
XXVI, p. 44 et 45) nous apprenne, dans
la Vie de Henri II, que ce prmce la gratifia
d'hôtels, de châteaux et de nombre de ter-
rains vagues dans Tenceinte de la ville
bien être celle qui avait appartenu aux
jésuites et dont Sauvai cite la description
suivante, qui a été faite en 1639 par l'au-
teur du Supplément à Dubreuil : « Elle
a est, dit ce dernier, le séjour le plus agréa-
a ble qui soit dans les environs de Paris et
« qui contient en son pourpris les deux tiers
a du village, enfermée dans un long tour de
« murailles garnies de plusieurs pavillons.,.
a Le jardin a de grandes allées couvertes,
tt d'autres nues; quantité de cabinets, fon-
« taines, statues, carreaux, bordures, arbres
tt fruitiers, glacières, canaux, couches de
tt fleurs et un agréable bocage de haute fu'
tt taye.Ce beau lieii est à présent aux Pères
tt jésuites du collège, qui Font acheté pour
« envoyer leurs écoliers se divertir en temps
ete. »
« Il était facile de se tromper dans le
choix de tant de maisons de plaisance de
Gentilly, dont André Duchesne, Malingre,
Sauvai, Lebeuf, etc., nous offrent des
descriptions, et il semblait que j'aurais dû
préférer le château seigneurial. Mais je
l'avais rejeté, parce qu'il était séparé des
bords de la Bièvre par la rue principale et
par un rang de maisons, et j'avais deviné
juste. Car, étant allé à Gentilly une troi-
sième fois avec M. Esmangart, cinq jours
après sa découverte, pour rechercher la
maison de plaisance qu'elle indiquait, du
plus loin que j'aperçus, en arrivant par les
prés, au coin de la première rue à gauche
dite la rue du Ponty un pavillon bâti en
pierres et en briques, dans le style du
XV I® siècle, à une portée de fusil de l'en-
droit où l'inscription avait été trouvée, je
m'écriai: « Voilà la maison de plaisance
« de Diane de Poitiers! » Et, en effet, y
étant entrés, nous vîmes un grand parc tra-
versé par deux bras de la Bièvre qui y
forment un beau et grand bassin ; des
arbres de haute futaye^ et, à l'autre encoi-
gnure du côté <fe Bicêtre, au nord-est, un
second pavillon semblable au premier.
J'y suis retourné seul plusieurs autres fois
dépuis et j'achevai de me confirmer dans
cette opinion : mais je n'avais encore vu
que la moitié du pourpris, parce que cette
propriété avait été divisée, il y a cent ans,
par un mur, entre deux propriétaires. Je
trouvai dans l'autre moitié qui est au sud,
non-seulement la chapelle que les jésuites
y avaient fait construire au milieu, mais
à l'extrémité sud-est, une belle terrasse
en grandes dalles, d'une magnificence
royale, et l'ancienne habitation à porte co-
chère, bâtie en pierres de taille, qui est
aujourd'hui celle du fermier, tandis que les
deux propriétaires en occupent de plus
nouvelles sur la rue.
tt On ne peut donc plus douter que
Diane de Poitiers n'ait eu une maison de
plaisance à Gentilly ; que la plaque de
N* 114.]
L'INTERMÉDIAIRE
547
548
cuivre qui nous rapprend, ou plutôt qui
nous le confirme, en provient; qu'elle y a
été attachée probablement au-dessus de
la porte d'entrée de cette maison qui
existe encore, puisque cette plaque a huit
petites entailles pour recevoir les cram-
pons. Lorsque cette inscription fut posée,
biane de Poitiers devait avoir vingt-sept
est donc de plus en plus certain que la
grande )ument de Gargantua est Diane
de Poitiers, qui, à l'âge de vinçt-trois ans,
était connue à la cour sous le nom de
frande sénéchale ; que Gargantua est
rançois I*"^ et que Pantagruel, qui avait
son logis et faisait de fréquentes prome-
nades sur les bords de la Bièvre, est Hen-
ri ÏI, qui devint amoureux de Diane en
i536; enfin, que la forêt de Bière y où
les Parisiens envoyèrent vivre la jument
de Gargantua, est bien la forêt de Bièvre
et non celle de Fontainebleau. La forêt
de Bièvre n'existait peut-être déjà plus du
temps de Rabelais ; mais ce passage sui-
vant de V Histoire de Paris par DD. Féli-
bien et Lobineau (tome II, p. 907) prouve
Qu'elle a existé au moins jusqu'au milieu
au XVI* siècle : « Tous les dons et octrois
a précédents furent confisqués par Philippe
a de Valois, Tan i33i. Il y ajouta le droit
« de paisson, dans la forêt de Bièvre, sans
a payer aucun péage, n De plus, l'on trouve,
dans le premier volume des pièces justifi-
catives de cette Histoire, à l'année i328,
des lettres du même roi, qui confirment
la concession de trois cents charretées de
bois par an, à prendre dans la forêt de
Bièvre \ c'est ainsi que ces deux savants
historiens ont traduit: In foresta nos-
tra Bierrice. Et, après tout, Rabelais au-
rait pu nommer la forêt de Bière au lieu
de la forêt de Bièvre^ pour dépayser le
lecteur.
a Cette découverte est encore confirmée
par le témoignage d'André Duchesne et
de l'abbé Lebeur, qui assurent que la plu-
part de nos rois de la première et de la
deuxième race faisaient leur séjour à Gen-
tilly, et parla lettre suivante que M. Gault
de Saint-Germain a écrite le 14 août 181 3
au Journal de V Empire : « La découverte
« d'une inscription sur les bords de la Biè-
« vre, relative aux amours de François et de
a Diane de Poitiers, publiée par M. Eloi
« Johanneau dans votre feuille, vient à
« l'appui des autorités qui prouvent que,
« sous les trois races, nos rois ont eu des
a palais à Gentilly. Une des plus respec-
tt tables est celle du savant D. Mabillon,
« bénédictin, et de son collaborateur D. Mi-
« chel Germain, dans la Diplomatique,
a liv. IV, p. 283. Ce dernier n hésite point
a à placer Gentilly (Gentiliacum) au rang
« des palais royaux et terres domaniales, v
« Le fait est que Pépin y vint passer
l'hiver en 762, y célébra la fête de Noël et
celle de Pâques, qui suivit; qu'en 766, il
y vint célébrer encore cette dernière fête
et y fit tenir un concile national. Or, cette
« résidence du roi et de sa cour à Gen-
o tilly, dit Lebeuf, suppose nécessairement
« qu fl y avait un palais et même que c'était
a une des terres royales, villa dominica. »
Le fait est que Charles V donna, en i37i,
à l'évêque de Paris, son hôtel de Valois
sis à Gentilly et les dépendances de cet
hôtel. C'est sans doute pour cela, que
Henri IV, écrivant au roi d'Espagne, si-
gna ainsi ; Henry y par la grâce de Dieu,
roi de Gentilly.
« En vain on objectera qu'il est singu-
lier qu'il y ait une capitale au milieu de
chaque mot de notre inscription ; qu'on
ne trouve d'exemples de capitales mêlées
avec les petites lettres, que dans les chro-
nogrammes. Je répondrais que cette fan-
taisie du graveur, quoique de mauvais
goût, n'est point sans exemple j que j'ai
vu desinscnptions semblables et du même
temps, au cnâteau de Chenonceaux-sur-
le-Cher, qui a appartenu aussi à Diane de
Poitiers, et que M. Esmangart en a vu
une autre en vieux vers français dans la
chapelle de Saint- Hippolyte de l'église
Saint-Jean à Saint-Quentin. D'ailleurs, h
plaque, quoiqu'elle ait été fourbie mala-
droitement par le serrurier, offre encore
une patine de vert-de-gris qui est un ca-
chet d'antiquité, et tous les lamineurs
qui ont vu le cuivre l'ont bien reconnu
pour être ancien. Il n'y a qu'un homme
de mauvaise foi et jaloux des découvertes
des autres, qui puisse nier celle-ci, quel-
qu'étonnante qu'elle soit. •
Contentons-nous de citer ici cette lon-
gue pièce qui contient le corps du délit de
la mystification. Aux prochaines assises
de y Intermédiaire, nous dresserons notre
réquisitoire contre les mystificateurs.
P. L. Jacob, bibliophile.
Une singulière définition 4e la gloire
(V, 465). — J'ignore si Aristote a, en effet,
appelé la gloire « la véritable viande des
dieux; » mais, d'après Suétone, ce n'était
pas à la gloire que Néron donnait ce nom.
Après avoir parlé de l'arrestation du
prince de Condé, du prince de Conti et du
duc de Longueville, Guy Patin, dans sa
35« lettre (Cologne, MDCXCII> tome !«',
pages io3 et 104, dit : « Paris ne s'en est
« du tout point remué ; au contraire, quel-
a ques-uns en ont fait des feux de joie, et
« on dit que comme ils nous avoient fait
« manger l'an passé du pain bis, il faloit
« en échange leur faire manger du pain de
« son. Il est à craindre cju'ils ne mangent
« encore là-dedans (à Vincennes) quelque
« chose de pis, comme pourroit estre ce
« que Néron apelle dans Suétone itf viande
DES CH^CWNWa^ UT CURIEUX.
[25 sept. 1869.
— Hs -
55o
« des dieux, savoir des champignons de
« l'empereur Claude, w
Voici le passage de Suétone : « Parri-
« cidia et csedes a Claudio exorsus est;
a cujus necis etsi non auctor, at conscius
a fuit : neque dissimulanter, ut qui bole-
tt tes, in quo cibi génère venenum is acce-
« perat, quasi deorum cibum, posthac
a proverbio graeco collaudare sit solitus. »
(Ce fut sur Claude qu'il fit le premier es-
sai en fait de parricides et de meurtres :
car, s'il ne fut pas l'auteur de sa mort, il
en connut la cause. 11 ne s'en cachait pas
et avait coutume de donner aux champi-
gnons qui avaient servi à empoisonner
Claude, le nom flatteur de nourriture des
dieux, d'après un proverbe grec.)
Néron avait commencé par mettre
Claude au fang des dieux ; puis, laissant
là toute hypocrisie, il avait détruit son
temple, que Vespasien rétablit.
Si Aristote appelait la gloire « viande
des dieux, » la parodie que Néron faisait
de cette belle pensée, était bien digne
d'un tel monstre ! E. G. P.
Queloues-uns des jenx de nos ancêtres
(V, 460). — Le Magasin pittoresque s*est
souvent occupé de cette question. Je vou-
lais indiquer à M. B. C. les numéros
d'août, octobre, novembre et décembre
1845; février 1847; septembre 1848 et
juin 1849; mais la table générale en si-
gnale encore beaucoup d'autres. Le baron
de Fœneste offrirait aussi, à ce sujet, de
curieux et singuliers détails. Que pense-
raient les gens, même les plus grossiers de
notre époque, de ce jeu auquel jouaient
des gens qui se piquaient d'être gentils-
hommes et du beau monde? On peut voir
le livre 1*', chapitres iv et vu, où il est
question de divers jeux, entre autres du
Sosimet (sot s'y met). Nous devons, et
pour cause, nous contenter d'y renvoyer.
O. D.
La Boargnigiiote (V, 467). — La Bour-
guignote avait changé ae forme et de
matière, après que l'usage des armes à
feu était devenu plus général. Quant aux
initiales, F. L. D., elles signifient : Fran*-
Çois Langlois, dit Ciartres. L'éditeur-
graveur Langlois avait pris le prénom de
Ciartres, et quelquefois Chartres ou
Châtres, E. G. P.
Salons de raoadémie de Saint-Luc (V,
467).— Il y a eu sept expositions, dont on
possède les livrets : 1751, 1762, i753,
^7^^j 17^2 y 1764, 1774. Elles ont eu lieu,
savoir : En 1751, par ordre du marquis
de Voyer d'Argenson, vice-protecteur de
1 académie d© Saint- Luc, dans une des
grandes salles de$ Ai^stins; eo 1752,
1753 et 1756, à rArseaaJ; en 1762, 1764,
à l'hôtel d'Aligre; et en 1774, à Tbôtel
Jabach. En 1776, deux artistes organi-
sèrent, au Colysée, une exposition de ta-
bleaux qui dura peu. Quant à celles qui
avaient lieu à la place Dauphine, elles
n'étaient nullement régularisées, et je ne
pense pas qu'il y eût aucun livret; je crois
du moins pouvoir affirmer qu'il n'en existe
point. E. G. P.
Un de Profandis, S. V. P. (V, 467). —
Cette petite pièce est certainement con-
temporaine de la fondation du premier
Empire. La qualification d* indivisible, ap-
pliquée à la république, porte sa date avec
elle. Une autre preuve qui, à la vérité,
n'a de valeur que pour moi, est que je la
savais par cœur il y a plus de trente ans.
Feu Brazier, que j ai connu dans ma pre-
mière jeunesse, se plaisait à la citer et en
faisait honneur à son ancien collaborateur
Martainville. Autorité suspecte, d'ailleurs.
On sait que Martainville se laissait volon-
tiers attribuer toutes les épigrammes ano-
nymes décochées contre la république.
En voici une, du moins, qui est bien de
lui ; il l'improvisa au Café aes Aveugles, un
jour qu'en sa qualité d'aristocrate il avait
été mis en demeure de chanter publique-
ment une chanson patriotique :
Embrassons-nous, chers jacobins!
Longtemps je vous crus des mutins
Et de faux patriotes;
Oublions tout, et désormais
Donnons-nous le baiser de paix.....
J'ôterai mes culottes.
Et puisque le nom de Brazier se trouve
sous ma plume, je ne résiste pas à la ten-
tation de consigner ici, pour l'agrément
des lecteurs de i Intermédiaire, une anec-
dote qui a beaucoup réjoui, dans le temps^
les habitués de la Montansier et du Vau-
deville. Brazier était mieux fourni de gaieté
que de littérature ; mais il n'en convenait
pas. Son dada était de passer pour un hu-
maniste et de citer du latin. A tort ou à rai-
son, peu lui chalait, pourvu que ce fût du
latin ou que c'en eut Tair. Or, un jour
qu'il avait lu sur la garde d'un bouquin
la formule sacramentelle : Ex libris X...,
il eut une idée lumineuse, et sans plus
tarder, il écrivit de sa meilleure encre sur
la coiffe de son chapeau : Ex libris
Brai^ier, Etienne Arago en rira toute sa
vie! Joc'h d'Indret.
— M. Vapereau, dans sa dixième Année
littéraire, page 287, attribue ce spirituel
billet de faire part de la mort de la répu-
blique, à Charles Nodier, qui n'était, n'en
déplaise à M. C. H..., ni un croque-mort,
ni un fossoyeur-marbrier. Errare huma-
num est, Edgar Joubert.
[Aussi» M. Vapereau a-t«il usé de la permisn
N* ii4,J
L'INTERMÉDIAIRE
55 1
552
sion et s'est-il trompé, heureusement pour la
mémoire de Ch. Nodier. — Réd,]
— C'est tout bonnement du réchauffé.
En effet, on lit à la pagf; 45 du tome II •
des Souvenirs et Mélanges littéraires,
politiques et biographiques, par M, L. de
Rochefort, Paris, Hossange, 1826:
« On a fait circuler ce oillet d'enterre-
« ment de très-haute et très-puissante ci-
« toyenne République française, une, in-
a divisible et impérissable. Il est ainsi
« conçu :
« Floréal, an XII.
« Citoyens, héros et amis,
Partisans de la République.
Et la suite comme au texte cité dans la
demande.
Et à la fin : a De la part de Bertrand-
« Barrère , ouvrier-directeur de la fa-
« brication des monnaies républicaines,
« place de la Révolution, tuteur de la dé-
« funte : et des C. C. Fouché, Rœderer,
a REAL, etc., etc., ses proches parents.
« Le convoi funèbre aura lieu le 14 juillet
« an XII, au Palais du Sénat Conser-
« vateur de la défunte... »
Ce qui précède a été reproduit, si j'ai
bonne mémoire, dans le Monde illustré,
chronique de Jules Lecomte, je ne sais
plus en quelle année. Un Béarnais.
Maladie de Charles IX (V, 468}. — Cette
sueur de sang était très-naturelle ; c'était
une hémorragie cutanée (hématidrose de
Ploucquet), affection du genre purpura,
dont on trouve d'autres exemples, quoique
rares. « Voici un fait des plus curieux en
ce genre rapporté par Mésapariti, dans
les Transactions philosophiques (170 5).
L'auteur a vu une jeune hlle qui eut
successivement, et à plusieurs reprises,
des épistaxis, des vomissements de sang,
des écoulements de ce liquide par les
oreilles, par les extrémités des doigts, des
mains et des pieds, par l'ombilic, par les
pores de la peau, le milieu de la poitrine,
le creux et le dos des deux mains, par le
menton pendant deux jours et le bout de
la langue durant une nuit. » Le docteur
Beauoe, à qui j'emprunte ces lignes,
affirme (186 3) avoir vu une dame d'une
cinquantaine d'années, chez laquelle se
manifesta un phénomène analogue. Plan-
que, Maurice, Hoffmann et nombre d'au-
teurs citent des faits de ce genre
D. Charruaud.
La Croix de Migné (V, 470). — Je me
rappelle p^arfaitement le bruit qui se fit au
sujet de ce prétendu miracle, arrivé le
17 décembre 1826. Il a été écrit là-dessus
de nombreux articles dans les journaux
d'alors ; il a été publié des brochures dont
je ne saurais plus citer les titres, bien que
j'en aie lu plusieurs. Mais on les trouvera
certainement à l'année 1826 et 1827 du
Catalogue de la Bibliothèque impériale
(Histoire de France), que 1 on peut con-
sulter dans toutes les grandes bibliothèques
publiques de Paris et des départements.
Frédéric Lock.
— Au sujet de cette apparition (qui eut
lieu le 17 décembre 1826), il fut publié,
dans le temps, une brochure, qui, non-
seulement, racontait le fait avec détails,
mais qui le représentait oculairement par
une grande lithographie in-folio. Selon
toute apparence, certaines librairies ecclé-
siastiques poitevines doivent posséder en-
core cela. — A leur défaut, M. Al. Henri
ne peut guère manquer, ce nous semble,
d'obtenir tous les éclaircissements qu'il
désire, s'il se fait ouvrir ad hoc les archives
de l'évêché de Poitiers. Car, dès les pre-
miers mois de 1827, des informations j
furent organisées par autorité épiscopale ;
une enquête solennelle fut ouverte (en- 1
quête à laquelle, par parenthèse, fut ap-
pelé, comme l'un aes commissaires, quoi-
que professant la religion protestante, le
professeur de physique du lycée de Poi-
tiers). — Du reste, et en attendant,
M. Henri peut déjà trouver, de la chose,
une mention sommaire. C'est dans l'un
des Appendices de l'ouvrage, intitulé :Foi
et Lumières. Grand in-octavo, Paris
(Waille, édit.), 1845; pages 233 et 234.
G. D.
— M. Ad. Henry a consulté, dit-il, tous
les dictionnaires de médecine, aux articles
Vision et Hallucination^ sans pouvoir ob-
tenir une notion quelconque sur ce phé-
nomène. Nous ne pouvons indiquer à
M. Henry aucun travail sur cette question,
écrit à un point de vue scientifique. Mais
il a paru sur la croix de Migné une foule
de brochures catholiques. Voici le titre de
quelques-unes : La Croix de Migné ven-
gée y par l'abbé Vrindts. Paris, 1829.—
Récits, rapports et correspondances de la
Société catholique, au sujet de l'apparition
miraculeuse de. la Croix de Migné, broch.
in-i 2. Paris, 1 83o. — La Croix de Migné,
lithographie de 18 pouces sur i5. Paris,
i83o. — Voyage à Migné, par Gustave
d'Herbin (un pseudonyme). Brochure in-i8.
Lille, i83o. — Relation authentique et ap-
préciation raisonnée de la Croix céleste
apparue à Migné, en 1826. Paris, Hivert,
1846. Brochure in- 8®. Ce dernier opus-
cule est, de tous, le plus important, en ce
sens qu'il discute les objections soulevées
dans divers écrits d'alors (entre autres, dans
le Constitutionnel du 2 5 février 1827, du
17 décembre 1828, et dans un pamphlet
intitulé : Le faux miracle de Migné) sur
la réalité miraculeuse de ce phénomène.
L'opuscule n'est pas signé. Mais Quérard
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
553 ^
France littéraire, t.XI)rattribueà M. Ma-
chet (de Reims). Quérard a raison. L'o-
puscule en question a été extrait, en 1843,
d'un ouvrage, dû à ce fécond compilateur,
qui parut en 1 83 3 sous le titre de : La Re-
ligion constatée universellement à F aide
des sciences et de l érudition modernes ou
Traité des preuves de la Religion mis au
niveau des connaissances humaines. Pa-
ris, i833. 2 vol. in-80.
M. Machet (Louis- Philibert) était le pa-
rent de l'imprimeur Machet (de Reims).
Il a signé plusieurs de ses ouvrages :
M.*** de la Marne, ou le Solitaire de la
Marne, C'était un ami de l'excentrique
Madrolle. Il est bon de savoir que ce
M. Machet, auteu^f de divers opuscules des
plus mystiques et ex-rédacteur de l'Eclair
(journal très-dévot), est aussi l'auteur d'un
livre qui attaque presque tous les dogmes
du catholicisme. C'est, je crbis, sa der-
nière œuvre. Elle a été condamnée par
l'Index, par décret du 20 juin 1844, et
porte ce titre significatif : La Religion dé-
fendue contre les préjugés et la supersti-
tion (sans nom d'auteur). Paris. Ladrange,
i836. 2 vol. in-8».
(Rouen.) F. Boissin.
— Consulter les Mémoires récréatifs,
scientifiques et anecdotiques du physicien-
aéronaute E,'G, Robertson, Paris, 2 vo-
lumes in-8, i83i-i833. M. Henry trou-
vera, au tome II, p. 2o5 à 210, une cu-
rieuse explication de ce prétendu miracle,
au moyen d'un procédé fantasmagorique,
avec gravure sur bois. L'article commence
ainsi : a Une apparition miraculeuse, qui
« tit grand bruit en France il va peud*an-
« nées (Fauteur écrit en i853), montra
« bien que les enfants d'Ignace n'avaient
tt pas dégéaéré... » A. Bonnardot.
Namérotage des rues (V, 479, 2 5o, etc.).
J'ai pu voir encore au coin de beaucoup
de rues de Paris, des inscriptions gravées
sur une pierre carrée, encastrée dans la
muraille et portant d'abord le nom de la
rue, puis un numéro, puis enfin un ou plu-
sieurs C. Le numéro donnait le chiffre d'or-
dre du quartier dont la rue faisait partie ;
les C indiquaient parleur nombre, celui des
carrosses qui pouvaient passer de front
dans la rue.
Il n'est pas impossible que quelques-unes
de ces inscriptions existent encore, peut-
être recouvertes par les plaques modernes.
On pourrait en mire la recherche pour en
déposer un exemplaire au musée Carnava-
let.
Lors du numérotage des maisons, en
1806, on avait adopté une mesure assez
utile. Les numéros étaient noirs dans les
rues perpendiculaires à la Seine, et rouges
dans les rues parallèles au fleuve. Cette
différence n'a pas été maintenue dans le
[25 sept. 1869
554 ■
système actuel : les numéros sont partout
blancs sur fond bleu. Frédéric Lock.
Qu'est-ce que : Oxel? (V, 48 1 .) — Le
consouffrant oxels du dialecte messin ne
serait-u pas tout simplement cet oiseau
trop complaisant qui, depuis des siècles,
symbolise les maris ridicules, parce qu'il
permet au coucou de venir pondre dans
son nid ^ Le bas latin , avicellus ou aucel-
lus, a donné aux langues romanes des
formes très- voisines de celle-ci: vieux fran-
çais, oisels, o^els; provençal, ou^el; an-
cien catalan, ausel; italien, uccello, au-
gelloy etc. Dans le cas où cette épithète
mjurieuse n'aurait pas cette acception
toute spéciale, elle pourrait signifier sim-
plement oiseau, avec le sens ironique qu'on
donne encore aujourd'hui à ce mot dans
certaines locutions familières ; Quel oi-
seau ! le bel oiseau ! Dicastès.
Les armes de Voltaire (V, 483, 382). —
L'Intermédiaire a bien voulu reproduire
par la gravure, au commencement de la
V* année, un dessin de moi d'après l'em-
preinte que j'avais faite à Ferney, en 18 36,
du cachet de- Voltaire. Sur une lettre de
lui à Rabaut de Saint-Etienne, j'ai un au-
tre cachet aux mêmes armes, moins les
deux lévriers pour supports, et dans 1 un,
comme dans 1 autre, les lignes horizontales
indiquent clairement que c'est « au champ
d'azur, » comme l'indique le portrait d'à près
P. A. Dauzel (V, 382), et non a d'or à
trois flammes de gueule. » P. A. L.
Les « Gousidérations sur la France, >
^e J. de Maistre (V, 509). — La célébrité
de cet ouvrage, qui a commencé la re-
nommée de son auteur, me semble auto-
riser les détails dans lesquels je vais en-
trer ici sur ses différentes éditions. Je ,ne
crois pas qu'ils aient été donnés jusqu'à
ce jour:
1° La première édition est celle de Lon-
dres, 1797, in-8 de iv et 246 p. Le titre
porte les armes royales. La table des cha-
pitres en annonce aII, mais ce dernier n'a
jamais paru. Desideratur, dit l'auteur, qui
l'intitule : « Différence entre la révolution
anglaise et la française. » Dans cette édi-
tion princeps, les mois Anglais et Français
sont toujours imprimés avec un a, tandis
que l'on conserve l'o pour les imparfaits.
2» Deuxième édition, Londres, 1797,
in-8 de iv p. non chiffrées, y compris le
titre, et 1 1 2 p. Contrefaçon, sur mauvais
papier, et avec un caractère assez fin.
5® Seconde édition, revue par l'auteur.
Londres (Bâle), mars 1797, m-8 de ivp.,
prélim. et 2 56 p. Armes royales sur le ti-
tre. Homogénéité pour l'orthographe ; l'on
a imprimé partout François et Anglois. On
N- 114.]
L'INTERMÉDIAIRE
- 355
— 556
lit, p. IV, dans VAvis des libraires : « La
« première édition fourmille de fautes qui
« altèrent souvent le sens et le font quel-
a quefois disparoître entièrement.., Les
a corrections nombreuses que l'auteur
« nous a fournies font de son ouvrage un
a ouvrage presque nouveau. » A la page v,
il y a un Errata. Les pages 25 1-2 $4 sont
occupées par un Post^scriptum, dont la
note I porte : « Cette édition est la troi-
« sième en cinq mois, en comptant la con-
« trefaction (sic) françoise qui vient de pa-
« roître. Celle-ci a copié fidèlement les
« innombrables fautes de la première, et
« en a ajouté d'autres. » C'est le texte de
cette édition qui a servi pour la réimpres-
sion préparée par l'auteur, en 18 17, laquelle
ne parut qu'après sa mort, en 1821, et
où l'auteur n,*a pas rétabli les deux coupu-
res faites dès 18 14 dans les deux éditions
de Paris. Le premier passage supprimé se
trouve dans l'édition de mars 1707, à la
çaçe 146, dont il forme le dernier alinéa ; il
hnit, p. 147, après la 4» Jigpe. Le voici :
« Et dans ce moment même, un petit
« nombre de factieux ne parle-t-il pas en-
« core de mettre un d'Orléans sur le trône ?
« 11 ne manque plus aux François que
a l'opprobre de " voir patiemment élever
a sur le pavois le tils d'un supplicié, au
a lieu du frère d'un martyr. Et cependant
a rien ne leur promet qu'ils ne subiront
a pas. cette humiliation, s'ils ne se hâtent
a pas de revenir à leur souverain légitime,
a Ils ont donné de telles preuves (i)... »
Dans la double édition de Paris, en 18 14,
où cette coupure a dû être faite pour la
première fois, on l'a dissimulée (p. 114) en
remplaçant le pronom Ils, qui commence
une phrase, par Les Français^ expression
qui, se trouvant déjàdans le petit alinéa qui
précède, produit un mauvais effet. C'est
ce que l'auteur a senti ; aussi, dans l'édi-
tion de 182 1 (p. 147), a-t-il ainsi commencé
la phrase suivante ; « Et qui sait encore à
a quoi ils sont réservés ? Ils ont donné de
«< telles preuves... » La seconde suppres-
sion comprend les pages 217-250, formant
tout le chapitre XI, intitulé ; « Fragment
a d'une histoire de la révolution française,
a par David Hume. » En donnant cet ex-
trait comme s'appliquant à la révolution
française, de Maistre voulait faire voir les
ressemblances des deux révolutions, et la
table de sa première édition indique un
chapitre XII intitulé : « Différence entre
a la révolution anglaise et la française. Z)e-
« sideratiir. > Ce chapitre, comme on voit,
n'a pas été donné.
(i]j Joseph de Maistre n*a pas toujours pro-
phétisé aussi juste. Ne finit-il pas, en efïet, son
chap. VIII, par ces mots : « L'on pourrait ga-
« ger mille contre un que la ville ne se bâura
« pas, ou plutôt qu'elle ne s'appellera pas
« Washington, ou que le congrès n'y résidera
« pas. »
40 Nouvelle édition, revue par 1 ameur.
Paris , Société typographique de Versail-
les, impr. de Lebel, 1814, in-8 de vmp.,
y compris le titre, et 168 p.
Armes royales sur le titre. U Avertisse-
ment des éditeurs n'est plus le même que
dans les éditions précédentes; TaCiteury
est nommé. L'on y donne aux deux pre-
mières éditions la date de 1796, et on les
dit imprimées à Lausanne. Cet avertisse-
ment est terminé par la réimpression de la
lettre du comte d'Avaray, écrite de la pan
de Louis XVIII à l'auteur, qui avait de-
mandé, à ce qu'il paraît, que la cour émi-
grée contribuât à répandre les « Considé-
rations y> en France. Cette lettre avait été
interceptée à Milan par le général Bona-
parte, et elle fut alors imprimée dans leMo-
niteur du 24 brumaire an VI (14 novem-
bre 1797).
Cette édition est la première où des cou-
pures importantes ont été faites.
5*» Autre édition. Même titre que ci-
dessus. Ibid,, id,, in-8. Le nom de l'im-
primeur Lebel, à Versailles, se lit au bas
de la dernière page. Les armes royales du
titre ont un petit monogramme : P. D.
(Pierre Deschamps). Au verso du faux-ti-
tre , l'on annonce que l'on trouve à la
même librairie V Essai sur le principe gé-
nérateur,,,, par M. le comte de Maistre.
6» Réimpression pure et simple de l'édi-
tion précédente, sauf quelques change-
ments insignifiants dans « l'Avertissement
des éditeurs. » V Errata est le mfmepour
toutes deux. De Maistre paraît n'avoir
connu l'existence que d'une seule édition,
avec date de 18 14, et voici ce qu'il en dit,
p. vni de celle de 1 82 1 : « Il a (l'auteur) droit
« surtout de se plaindre de celle de Paris,
« publiée en 18 14, in-8, où Ton s'est permis
« des retranchements et des additions éga-
tt lement contraires aux lois de la délica-
« tesse ; personne, assurément, n'ayant le
« droit de toucher à iWvraçe'd'un auteur
a vivant, sans sa participation. L'édition
a que nous présentons aujourd'hui au pu-
a blic est faite sur celle de Bâle (sous Lon-
dres, 1797, in-8 de 256 p.) »
7® Nouvelle édition. La seule revue et
corrigée par l'auteur, suivie de « l'Essai
« sur le principe générateur des constitu-
a tions politiques et des autres institutions
« humâmes ; » troisième édition, revue et
corrigée par le même. Paris, Potey, 182 1,
in-8^, de xiv et 368 p. C'est la première
édition avec le nom de l'auteur sur le
•eçu aes mams de l'auteur en 1817.
dernier écrivait, à la date du 1 5 novembre
1817, à son «futur éditeur (voy. o Bulletin
du bibliophile de Techener, » 1 854, p. 914)'
« ... En quittant Paris, je vous laissai des
« corrections pour une nouvelle édition
« qui me tenait fort au cœur, et je vous
tt dis pourquoi. Vous en souvient-il ? Cer-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 sept. 1869.
557
558
a taines phrases n'appartiennent qu'à cer-
« tains moments. » — Ces derniers mots
semblent expliquer pourquoi de Maistre,
tout en se plaignant de coupures faites
dans l'édition de 18 14, n'a rétabli que
celle du chapitre XI. L'édition de 1821
ne parut qu après la mort de Tauteur.
Mon père, entré en correspondance avec sa
veuve, lui avait témoigné le désir de re-
produire la réponse de M. de Maistre à la
ettre de M. d'Avarav. Mais, comme on
ne put la retrouver, M"*« de Maistre de-
manda la suppression d'une « ... épître
« (jui, détachée de la réponse, avait tout
« heu de blesser la mémoire de l'auteur... »
ft Comme dédommagement, M™® de Mais-
tt tre envoyait la lettre signée M... (Or-
« lofif), » adressée à M. de Maistre et re-
produite depuis dans toutes les éditions.
— Comme le titre rindique, cette édition
est accompagnée de « 1' Essai sur le prin-
« cipe générateur des constitutions. »
8° Nouvelle édition. Lyon et Paris;
Rusand, 182^, in-80, de viii et 2 36 p.
— Cette édition a un a Avertissement de
« l'éditeur » qui lui est spécial. On y lit
p. iij : « ... En 1814, l'ouvrage fut imprimé
« à Paris (et deux fois par lui-même, au-
« rait-il pu ajouter) ; mais cette édition
« faite sans la participation de M. de
« Maistre, et fort incorrecte d'ailleurs,
offre beaucoup d'augmentations et de
« retranchements qui n'entraient pas dans
« ses vues. i> — Au demeurant, cette édi-
tion n'est qu'une réimpression pure et
simple du texte de 182 1, et Ton a cru de-
voir reproduire le passage relatif à la
lettre communiquée à 1 éditeur par la
veuve de l'auteur, et la lettre même dont
il y est parlé.
9° Nouvelle édition. Lyon, Louis Lesne^
imprimeur libraire. — Ancienne maison
Rusand, — Paris, Poussielgue-Rusand^
1843, in-8®. — En regard du titre, on lit:
« Tous les exemplaires qui ne sont pas
« revêtus de ma signature sont réputés
« contrefaits. » Que . fait cet austère dé-
fenseur des éditions originales, il laisse de
côté « r Avertissement de l'éditeur » de
1829, et il prend, sans autre façon, et l'A-
i^ertissement du libraire et l'Avertissement
Je l'éditeur de 182 1, et tout cela avec une
telle naïveté, que l'on y retrouve sans le
moindre commentaire un paragraphe ex-
pliquant pourquoi Ton avait cru devoir,
-n 1821, faire suivre les « Considérations »
l'une nouvelle édition de « l'Essai sur le
» principe générateur des constitutions. »
Mais quant à donner cet « Essai » — nenni,
3n le vend à part. On n'est pas plus naïf
lans l'indélicatesse. Et cela se reproduit
ians les éditions publiées de nos jours par
5 même librairie religieuse, H. Pélagaud
ils et Roblot : « En satisfaisant au désir
< qu'ont témoigné plusieurs personnes
i d'avoir ces deux ouvrages réunis dans un
'*■ même volume , nous avons mis tous nos
I « soins, non-seulement, à faire disparaître
' « les fautes qui les défiguraient aans les
a éditions précédentes, mais nous avons
a encore voulu que l'impression répondît
I « au mérite du livre. » Ol. Barbier.
i Louis XIV et la place des Victoires. —
I On nousécritde Paris, ro septembre 1869:
a Monsieur V Intermédiaire,
a J'ai dit à La Feuillade; que sa Place
des Victoires n'était plus digne de moi, et
que, bien que les quatre lanternes, au mi«-
lieu desquelles il m'avait placé sur mon
éternel cheval de bronze, aient été respec^
tées et mieux éclairées que devant, j'avais
à me plaindre des incroyables enseignes
dont sont tapissées les maisons monu*
mentales qui m'entourent. Ce ne sont pas
enseignes de cabarets, je l'avoue, mais ce
sont des écriteaux que le seigneur Cari-
tidès, des Fâcheux de Molière, devrait
bien soumettre à son tribunal 4pji^aphi-
que. On lit de tous côtés, du rez-de-chaus-
sée à la toiture : Nouveautés et soieries
EN GROS, Fournitures pour tailleors.
Châles et cachemires, Chales et tissus^
Draperie ET nouveautés en gros. Chalets
BROCHÉS, Soieries en gros, etc. C'est un
effroyable bariolage de toutes les couleurs
avec les noms des coupables qui déshoi-
norent ainsi les façades de ma Place feivo-
rite. La Feuillade s'est ému, comme moi,
de ce vandalisme commercial, et il a con*
suite Colbert, qui lui a répondu que nous
avions des lois, des ordonnances, des
règlements, en notre bonne ville de Paris,
pour faire respecter nos monuments pu-
dUcs. Je sais bien que çà et là l'autorité
municipale a la précaution de faire écrire
en lettres majuscules sur les murs qu'elle
veut conserver vierges d'affiches : Défense
d'afficher. Mais je voudrais connaître ces
ordonnances^ t règlements de l'édilité pari-
sienne, qui me sont signalés par Colbert
et que je ne trouve pas dans mon Code, ce
dont je suis presque honteux, soit dit
entre nous. Colbert me déclare qu'il ne
veut pas se mêler de ma réclamation,
dans, la crainte de se brouiller avec ses
chers marchands, et ce par esprit de caste.
Il m'a conseillé pourtant de m'adresser à
vous et de vous exprimer mon cas. Je vous
avertis, Monsieur V Intermédiaire, que si
vous ne parvenez pas à me débarrasser de
ces enseignes diaboliques, qui me pour-
suivent jour et nuit comme des imperti-
nences et des incongruités faites exprès
pour offenser mes regards, je descends de
mon cheval et je le laisse seui, planté là
entre mes quatre lanternes, pour prouver
aux prévôt et échevins de ma bonne viUe
N« 114.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [25 sept. 1869.
— 559 -. 56o :
» chargé du rôle de l'Honnête Criminel. Je
« vous embrasses et suis très-sincèrement
a votre serviteur et camarade.
« D'Herbois. i>
Je Paris qu'il faut être cheval pour ne pas
s'indigner de cette audacieuse mascarade
des monuments publics. Par mon soleil !
messieurs, n'appelez plus Place des Vic-
toires cette belle place qui fut construite
en mon honneur ; appelez-la Place des
Enseignes ou des A^cheSy et cassez aux
gages le seigneur Caritidès.
tt Sur ce, je prierai Dieu qu'il vous ait
en sa très-sainte garde I
o Louis XIV, surnommé le
Grand et le Victorieux. »
Pour copie conforme: B. J.
Une lettre autographe du comédien am-
bulant Gollot-D'Herbois, (pii depuis.... —
De ce farouche tribun, si tristement célè-
bre comme acteur tragique^ mitraillant
Lyon pendant le règne de la Terreur, j'ai
sous les yeux une pièce signée Albitte,
Fouché, CoUot-d'Herbois, La Porte. En
tête est imprimé :
« AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
vi Liberté y Egalité^
« République française y une et indivisible.
a Les Représentants du Peuple envoyés
dans la Commune-Affranchie (nom qu on
avait donné à Lyon), pour y assurer le bon-
heur du peuple avec le triomphe de la Ré-
publique dans tous les départements en-
vironnants et près l'armée des Alpes, le
14 frimaire, l'an second de la Rép. une,
indiv. et démocr. »
Collot d'Herbois (Jean-Marie) est moins
connu comme acteur comique jouant les
rôles de Démocrite, d'Esope, voire même
celui de l'Honnête Criminel I Voici une
lettre autographe de lui, qui en fait foi :
« Vous croirez sans peine, mon aimable
tt et ancien compagnon, d'après nos fa-
o tigues de la semaine passée que je dois
« m'en ressentir. Vous m'obligerez fort en
a conséquence de jouer le rôle de Démo-
li crite vendredi (i), de quelque emploi que
a vous le jugiez. Je crois même avoir eu
« tort de dire qu'il a été joué par Monvel^
« et j 'avoues (sic) bonnement, que je lay
« pris pour Esope : car Monvel ni aucun
« amoureux n'a jamais joué Démocrite : il
tt n'est pas douteux cependant que je de-
« vrais païer ma méprise, et le jouer si
« vous le trouviez trop désagréable ; ce que
« je ne pense pas. Si cela vous fatiguait
« trop même je serais à vos ordres. Mais
tt il faut que je remette Cinna non joué
« depuis cinq ans et je n'ay pas encor eu
« le courage de le regarder. Je vous offres
tt en toutte occasion ce qui dépend de moi.
« N'oubliez pas que vous vous êtes aussi
(ij II serait curieux de savoir à quelle époque
ce rôle fut joué, et par qui. Le nom de Monvel
peut mettre sur la voie.
On sait, en effet, qu'il était comédien
ambulant lorsque éclata la révolution fran-
çaise. Il vint alors à Paris, et se fit bien-
tôt remarquer dans les clubs populaires
par sa forte voix, autant que par son au-
dace. Au 10 août 1792, il fut nommé mem-
bre de la municipalité de Paris; quelques
jours, après député à la Convention, et en-
fin membre du comité de salut public. En-
voyé l'année suivante en mission à Lyon,
il y exerça les plus horribles cruautés, em-
ployant tour à tour contre cette malheu-
reuse ville; la main du bourreau, la fusillade
et le canon. Au 9 thermidor, il fut un des
premiers dénonciateurs de Robespierre
Qu'il avait longtemps secondé. — Collot
d'Herbois, déporté à la Guyane, y mourut
d'une fièvre chaude, en 1796. P. A. L.
Essai d'une voiture sans chevani au
XVII* siècle. — Dans la première lettre
de Guy Patin (Cologne, MDCXCIl), on
lit : a II est vrai, comme on vous l'a dit.
« qu'il y a ici un Anglois, fils d'un Fran-
a çois, qui médite de faire des carosses
« ^ui iront et reviendront en un même
a jour de Paris à Fontainebleau sans che-
« vaux par des ressorts admirables. On
« dit que cette nouvelle machine se pré-
a pare dans le Temple. Si ce dessein réus-
«< sit, cela épargnera bien du foin et de
a l'avoine, qui sont dans une extrême
o cherté. » (Lettre du 20 janvier 1645.)
Il est fâcheux que G. Patin ne précisa
pas le mécanisme dont il est question. Les
mémoires du temps permettent-ils de
combler cette lacune ?
Quant au pronostic de G. Patin sur la
baisse de prix du-foin et de Tavoine, lia
été, de notre temps, démenti par l'expé-
rience ; mais on pouvait s'y tromper.
E. G. P.
Racine a-t-il imité Du Bartas?—
Même elle avoit encor cet éclat emprunté,
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son fi-
[sage.
Voilà deux vers de l'auteur d'AtIuilie
(acte II, se. V). En voici deux de Du Bar-
tas (Second jour de la Semaine) :
... et le teint emprunté
Dont une courtisane embellit sa beauté.
Aucun commentateur n'a fait ce rap-
prochement, pas même le dernier et je
meilleur de tous, M. Paul M esnard, l'édi-
teur du Racine dans la collection des
Grands Ecrivains de la France.
T. DE L.
I Parif . - Typ. de Cb. MeTrnei*, rue CnjM, 13. - IW*-
Numéro 415.
ChêrefuMet
«OtM troiiMr«s.
QOAQOI
[19
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40oet.l869
€' 2ntttméhiatu
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.)
====. 56i — 562 ======
Une mystification prodigieuse I...
Le voilà donc connu, ce secret plein d'horreur 1
•
Depuis plus de deux ans que s'est ou-
verte, dans la presse et devant TAcadémie
des Sciences, cette singulière controverse
à laquelle ont donné lieu les nombreux
manuscrits autographes possédés et com-
muniqués parle savant M. Michel Chasles,
de l'Institut, notre petite feuille s*est scru-
puleusement abstenue de prendre parti
pour ou contre. Elle attendait une solu-
tion qui ne pouvait manquer de surgir, un
jour ou l'autre. Or, cette solution, elle vient
d'être donnée par M. Chasles lui-même.
Un fait inouï et véritablement incroyable
est maintenant avéré.
Dans la séance du lundi i3 septembre,
M. Chasles a déclaré que, sa confiance
dans l'authenticité de ses lettres de Gali-
lée ayant été ébranlée par des informa-
tions reçues en dernier lieu de Florence, il
avait fait surveiller par la police, puis
arrêter la personne de qui il tenait ses
innombrables documents historiques et
scientifiques, laquelle personne avait fini
par confesser qu'elle les avait fabriqués
elle-même.
Plus de VINGT MILLE pièces, ainsi
fabriquées et vendues à M. Chasles depuis
i86i!
Et quelles pièces!
a Indépendamment des nombreux écrits
de Galilée, de Pascal, de Louis XIV, de
la Bruyère, de Molière (M), de Montes-
quieu; des écrits moins nombreux de
Bouilliau, Marcotte, Rohault, de Fon-
tenelle, de Maupertuis, de Bernouilli, de
Saint- Evremont , de M™« de Sévigné,
d'Etienne Pascal, de M™" Périer, de sa
sœur Jacqueline , et d'une foule d'autres
personnages; — je possède, a dit M. Chas-
tes, D EU X M I LLE lettres de Rabelais (!!!),
de très - nombreuses lettres de Coper-
nic, Christophe Colomb, Cardan, Torto-
lea, Ramus, Bridé, Grolier,^ Calvin, Lu-
ther, Scaliger, Dolet, Machiavel, Michel-
A^nge, Raphaël, Thomas Maro, Charles
Q.uint, etc., toutes adressées à Rabelais;
des mystères inédits et de nombreuses
poésies de Margueritie d'Angoulême; des
lettres et quatrams en français et en iatin
d'Anne de Pisseleu ; de nombreuses lettres,
des poésies et des instructions pour son fils,
de François I«'; des lettres, et de nom-
breuses poésies de Marie Stuart; ;?/w-
sieurs centaines de lettres de Montai-
gne (! ! !) ; de très-nombreuses lettres de Sha-
kespeare adressées à Larrivay, Philippe
Desportes, M*i« de Gournay; des lettres et
des devises de Cervantes; des lettres et
poésies de Ronsard, du Tasse, etc. »
Ce n'est pas tout : oh ! non, et cela va
toujours de plus fort en plus fort, comme
cnez . • ^c •
a En remontant au delà du XVI« siècle,
continue M. Chasles, je citerai de très-
nombreuses pièces et poésies du Dante,
de René d'Anjou, de Pétrarque, de Boc-
çace, de Laure de Cabière, l'amie de Pé-
trarque; de Clémence Isaure, de Villiers,
de Charles d'Orléans, etc. ; de nombreuses
lettres de rois : Philippe -Auguste, saint
Louis, Philippe le Bel, Charles V, Char-
les VI, Charles VII, Agnès Sorel, Jacques
Cœur, Brantôme; des lettres et récits de
Jeanne Darc...
« La collection s'étend aux premiers
temps de l'ère chrétienne et au delà
même, car il s'y trouve quelques lettres
et de nombreuses notes de Jules César (!!!)
et des empereurs romains, des apôtres,
de saint Jérôme, Grégoire de Tours, saint
Augustin , etc. ; de plusieurs rois méro-
vingiens; un grand nombre de Charlema-
gne; etc. »
Halte-là! Ceci passe toute permission,
et même le grotesque de certain couplet
de la chanson du marchand d'autographes
est ici distancé ! En vérité, si on ne lisait
ces détails dans le Grand O^ (numéro du
14 septembre), on se croirait soi-même
mystifié par un tel récit.
M. Chasles a terminé en disant : « Il
est certain que la composition de ces
pièces, si elles ne sont pas originales ^ a
dû exiger un long travail , de nombreux
matériaux. Et si l'on considère qu'elles
s'ajoutent à tant d'autres, de tous les
temps jusqu'au siècle dernier, et traitent
de tant de matières différentes, on ne peut
pas croire qu'elles soient l'œuvre d'un seul
mdividu, d'un seul fabricateur, qui, du
reste, ne sait ni le latin, ni l'italien, ni
aucune partie des mathématiques et des
TOME V. — 19
N» II 5.]
L'INTERMÉDIAIRE
563
564
autres sdences sur lesquelles roule une
partie considérable des documents. Il y a
donc un mystère à pénétrer, et jusque-là
on ne peut rien conclure avec certitude. »
Quel est donc ce mystère? Le vendeur
de M. Chasles est un nommé Yrcne Lu-
cas, soi-disant archiviste- paléographe I La
somme qu'il a petit à petit reçue de^ l'ho-
norable savant ne s'élève pas à moins de
cent cinquante mille francs! On dit avec
raison qu'il doit y avoir là-dessous un ca-
pitaliste en même temps qu'un faussaire,
et un faussaire de génie Mais alors
quelle récompense , assez digne de lui ,
pourra-t-on cfécerner à ce Pic La Miran-
dole des faussaires et des escrocs?...
C. R.
€tujr0tt0n0*
Belles-Lettrks — Philolocib — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique
— Epigraphie — Biographie — Bibuographie
— Divers.
Un vers de l'a Enfer » de Dante.— C'est
en lisant fort imprudemment l'histoire de
Lancelot du Lac, que Francesca et Paolo
furent induits à s'aimer et succombèrent
à leur passion. Dante met, à ce sujet, le
vers suivant dans la bouche de Francesca :
Gaîeotto fa il libro e chi lo scrisse.
Cela veut-il dire : a Ce livre et son au-
teur furent notre Galéhaut », ou en d'autres
termes, il nous induisit au péché d'amour,
comme Galéhaut avait servi d'entremet-
teur aux amours de Lancciot du Lac ? Ou
bien, le sens est-il : « Aux galères le livre
et son auteur avec lui l » Gaîeotto signifie-
t-il ^érien , et par extension entremet-
teurr
M. Louis Ratisbonne traduit :
Ce fut un Galéhaut qui nous perdit, le livre!
ou encore :
Le Galéhaut, pour nous, fut Fauteur et son
[livre.
Un M. de Lansade, rédacteur de VUni-
vers^ s'est permis de traduire : « Aux ga-
lères le livre. » De là, guerre ouverte entre
le rédacteur du Journal des Débats et celui
de l'Univers, avec intervention du rédac-
teur en chef de ce dernier, l'auteur des
Odeurs de Paris et des Couleuvres,
M, Louis Veuillot en personne, avec ac-
compagnement de fioritures et de person-
nalités, cela va sans dire.
Un M. Bignani, un italien que l'on soup-
çonne d'être M. Veuillotini, vient à son
tour à la rescousse et tient pour le sens de
Galérien ou Au^ galères»
Je m'y perds ! Aussi je conjure ceux
des correspondants de Y Intermédiaire qui
sont éclairés sur cette question de me four-
nir un peu de lumière ! V. N.
t Je ^gpae p^r lea Gazettes ». — Ce
mot est attribué à Napoléon I«' par l'abbé
de Pradt, p. m de son Histoire de l'Am-
bassade dans le Grand-Duché de Varsovie,
en i8 12. Où, et à quel propos Napoléon I"
a-t-il pu dire cela?
Olivier Barbier.
Une inscription grecque. — Cette in-
scription ainsi disposée, se trouve sur un
cachet antique dont voici le fac-similé :
GïNep
OMOIC eN
TOIICIAC
Qui pourrait m'en donner l'explication?
J'avertis charitablement qu'un membre de
l'Académie des Inscriptions et Belles-
Lettres y a renoncé. Œdipe.
« HnmiliBsime. » — Je lis dans la dédicace
d'un Dictionnaire de géographie ancienne
et moderne par un bibliophile : Humi-
lissime dedicavit, Auctor P. D.
Que faut-il penser de la latinité à'humi-
lissime ? R.
Le Quatrain de Ghoisenl. — Sait-on
pour qui fut composé, à quelle date, et
dans quel recueil fut imprimé , pour la
première fois, ce Quatrain bien connu de
Choiseul :
Cléon. lorsque vous nous bravez,
En démontant votre figure.
Vous n'avez pas Vair mauvais, je vous jure:
C'est mauvais air que vous avez.
Ulr.
Un mot espagnol à expliquer. — On lit
dans le Cancionero de Éaena, édition de
Fr. Michel, t. II, p. 271, une jolie pièce
de Ferrand Ferez de Guzman, mais un
vers y est peu intelligible. C'est le second
de cette stance :
Encerradas é abiertas
Su frase el caçafaton,
Refîgiosas qua'ntas son
Ssepan é sean bien çiertas
Que mi seiîora dormiendo
Mas vale, yo asy lo entiendo,
Que todas ellas despiertas.
J'espère, grâce k Y Intermédiaire, con-
naître bientôt le sens du mot caçafaton.
(Metz.) Th. P.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
565 -
[looct. 1869.
566
Foà vient lemotCa1eiiiboiir?—Une note
du Congrès de Cythère (Paris, 1789) con-
tient sur son origine les lignes suivantes :
a Dans les Entretiens du Palais-Royal
{( on lit ainsi l'origine du mot calembourg
« [sic). Le nommé Calembourg, apothi-
(( caire, demeuroit au commencement du
a siècle dernier, dans la rue Saint- Antoine :
« et comme il rassembloit beaucoup de
a monde dans sa boutique et qu'il jouoit
« sans cesse sur le mot, on appelle (sic),
« ses pointes, des calembours. » {Congrès
de Cythère y p. 2 33.)
Que pensent de cette étymologie les
savants lecteurs de V Intermédiaire ?
(Metz.) Th. P.
[Voir la même question suivie de réponses I,
275 ; II, 22, III, 204. Réd,'\
Un mot attribué à Lonis XI. — Je lis
dans un intéressant volume publié réceni-
ment; les Méprises ^ comédies de la Renais-
sance, racontées par L. Moland, la phrase
suivante : « Louis XI avait confié la régence
à sa fille Anne de Beaujeu, avec ce bizarre
considérant : « que c'était la moins folle
femme du monde, car de sage il n'y en a
point. »
Cette phrase peu galante est-elle histo-
rique ? Dans ce cas, où est-elle citée ?
J. R.
Bons mots de Beaumarchais.— Le jour-
nal V Union, dans son numéro du 2 3 sep-
tembre 1860, donne comme étant de Ma-
dame de Sévigné la phrase suivante :
« Boire sans soif, manger sans faim, et se
a marier en toute saison et à tout âge,
« c'est ce qui distingue l'homme de la
a bête. » Nous croyions cette phrase de
Beaumarchais. On la trouve, en effet,
avec de légères variantes, dans le Mariage
de Figaro, Beaumarchais, qui ne se gê-
nait guère, du reste, pour prendre partout
ses traits d'esprit, a-t-il emprunté celui-ci
à Madame de Sévigné? Nous l'avons vai-
nement cherché dans ses lettres.
Pourrait-on nous dire s'il s*y trouve
réellement?
Les œuvres dramatiques de Beaumar-
chais, de cet écrivain si éminemment pi-
quant, sont émaillées de bons mots qui
n'ont pas nui à leur succès. Je crois que la
plupart ne sont pas de lui. Il serait cu-
rieux de les rassembler et d'en rechercher
la source.
Si cette investigation pouvait exciter
l'intérêt de quelques-uns de nos collabo-
rateurs, nous leur indiquerions ceux de ces
mots que nous connaissons. Nadjour.
Un grand mathématicien mort en 1645.
— Quel est le mathématicien assez distin-
gué pour avoir été surnommé VArchimède
de la France, qui mourut peu de temps
avant le commencement de septembre de
l'année 1645? Yezimat.
Année de la mort de Marin Gnrean de
la Chambre. — On lit dans le Moréri de
1759 : a M. de la Chambre mourut en bon
cnrétien, dans la soixante-quinzième an-
née de son âge, le 29 novembre 1669, et
fut enterré à Saint-Eustache. » La même
date est indiquée par le fils du savant mé-
decin, l'abbé de la Chambre, curé de Saint-
Barthélémy à Paris, dans VHistoire de
l'Académie française, de Pélisson et d'O-
livet (édition de M. Ch.-L. Livet,t. I,
p. 264). Comment donc se fait~il que
M. B. Hauréau, de l'Académie des Inscrip-
tions et Belles- Lettres, dise, dans la Nou-
velle Biographie générale (t. XXVIII,
col. 5oi), que Mann Cureau de la Cham-
bre mourut le 29 novembre i675?M. Hau-
réau a-t-il eu quelque secret motif pour
retarder de six ans répoque de la mort de
Tauteur des Charactères des Passions?
Ou bien est-ce par distraction qu'il s*est
séparé, en cette occasion, de tous les bio-
graphes? Est-ce encore par distraction
qu'il a prétendu que Condorcet fait naître
le double académicien (il fut, en efiFet, un
des premiers membres de l'Académie
française et de TAcadémie des Sciences)
vers 161 3, quand Condorcet {Eloges,
t. I) a mis : Vers 1 6o5 ? T. de L.
Famille de Villers-an-Tertre. ^ Dans
quels ouvrages spéciaux trouverai-je les
renseignements les plus détaillés et les
plus complets sur la généalogie, les allian-
ces, les dignités, les armoiries, etc., de la
famille de Villers^au^Tertre (province de
Flandre)? A. B. D.
Ramersheim. — Dans un article du Bi-
bliophile français, intitulé : Un Salon dé-
moli, M. Ed. Fournier dit que le comte
de Saint-Ralin fut tué au combat de Ra-
mersheim, dans la Haute-Alsace. Je n'ai
point trouvé ce nom dans les Dictionnai-
res géographiques. Als.
« Histoire dn prince Adonistns. »— J'ai
trouvé tout réct; .liment un petit volume
de 181 pages, bien imprimé en gros carac-
tères, de format in-12, dont voici le titre:
Histoire du prince Adonistus, Par Ma-
dame la marquise de L**% tirée des ma-
nuscrits de Madame la comtesse de Veruè\
A Amsterdam, MDCC.LV,Ce n'est qu'un
roman; mais la mention des manuscrits
de la comtesse de Veruë me fait croire
ue, sous des noms supposés, il s'agit
'une histoire contemporaine et réelle. Ce
1
N« II 5.]
L'INTERMÉDIAIRE
- 567
568 -
qui confirme cette opinion, c'est que bien
que les personnages soient des païens, oui
sacrifient à Jupiter Am mon, tous les dé-
tails appartiennent auxXVlI» et XVI I I«siè-
cles, par un anachronisme évidemment
volontaire. Les gens, par exemple, vont
en calèche ; mais ce qui est encore plus si-
gnificatif, l'amour, qui est le fond de l'his-
toire, est traité avec des raffinements de
galanterie inconnus à l'antiquité, et qui
ne laissent aucun doute sur le temps qu'on
a voulu peindre. Saint-Simon parle en dé-
tail de la comtesse de Verrue, dont la sot-
tise de sa belle-mère et de son mari avait
fait la maîtresse du duc de Savoie ; mais
le roman n'a aucun rapport avec cette
aventure.
Connaît-on la marquise de L*** ? Et
Î)Ourrait-on soulever le voile qui couvre
'histoire d'Adonistus? U Intermédiaire a
si souvent élucidé des questions plus dif-
ficiles à résoudre, que je ne désespère pas
d'obtenir une réponse satisfaisante.
E. G. P.
Un manuscrit de Massillon à retronver.
— L'abbé Goujet, écrivain habituellement
exact et bien informé, avance que Massil-
lon a laissé en manuscrit une Vie du Cor-
rége. Ce travail s'éloigne un peu des tra-
vaux ordinaires du célèbre prédicateur,
mais enfin la chose est possiole. Il serait
intéressant de retrouver cette production
inédite.
Rien ne serait, d'ailleurs, plus utile aux
études sérieuses des chercheurs et des cu-
rieux que la publication d'un catalogue
d'ouvrages manuscrits ayant passé en
vente publique ou ayant été trouvés parmi
les papiers de leurs auteurs atteints par la
mort. On parviendrait ainsi à constater
l'existence, à suivre les traces de bien des
œuvres historiques, littéraires, scientifi-
ques , qui méritent d'être soustraites à
Toubli et que parfois il serait bon de livrer
à la publicité. Les manuscrits conservés
dans les bibliothèques publiques ne feraient
point partie de ce cadre ; pour ceux-ci il
existe quelquefois des inventaires impri
l'amener à exécution ?
B. G.
Un manuscrit concernant TOpéra à re-
tronver. — Un bibliophile zélé, jadis fort
connu dans le monde des affaires, M. Félix
Solar, fit imprimer en 1860 le I" volume
du Catalogue de la riche bibliothèque qu'il
avait formée, et qui devait bientôt être li-
vrée aux chances des enchères. On y voit
figurer, p. 2 11, n® 1201, un manuscrit in-4
autoKraphe, de M. Gentil, inspecteur du
maierreî à l'Opéra, avec le titre alléchant
de : Chronique de V Académie impériale
de musique. Ce manuscrit, signalé Comme
fort curieux et rempli d'indiscrétions pi-
quantes, ne s'est pas montré à la vente
publique. Sait-on ce qu'il est devenu? En
quelles mains a-t-il passé ? Un Curieux.
Les « Mémoires de Casanova. » — - iM. Lar-
chey, dans le Bibliophile français, parle
de ces Mémoires comme authentiques.
N'a-t-on pas mis leur authenticité en
doute ? R.
Gnillanme Reboni, sa vie et sa mort. -
Les bibliophiles connaissent le nom de
Reboul ; le Dictionnaire des Anonymes
de Barbier enregistre sept ouvrages de cet
écrivain, et il aurait pu en signaler quel-
ques autres ; le Manuel du Libraire en
mentionne plusieurs, en observant que les
passages en dialecte languedocien qui s'y
trouvent leur donnent du prix aux yeux de
quelques amateurs. Reboul qui, je crois, a
commencé par être protestant, passa en-
suite au catholicisme, et usa sa plume à
composer contre des ministres calvinistes
de ^ïîmes et de Montpellier de très-longs
libelles remplis d'injures et de cynisme;
la polémique de l'époque admettait volon-
tiers un pareil style. Plus tard, il se ren-
dit à Rome, et s'il faut s'en rapportera
l'autorité de Casaubon, il eut la tête tran-
chée en 1611, par ordre du gouvernement
pontifical, comme coupable d'avoir écrit
des libelles diffamatoires contre le roi d'An-
gleterre Jacques I", assertion qui paraît
bien singulière.
Reboul est omis dans la Biographie
universelle, ainsi que dans divers autres
ouvrages que j'ai consultés, et qui auraient
pu lui accorder une mention. IJ Intermé-
diaire ne réussirait-il pas à procurer quel-
ques informations exactes sur ce person-
nage? (Montpellier.) L. D.
« La Peste rongfe. » — Il a été publié, en
i85i, chez Dumineray, rue Ricnelieu, et
chez Jeanne, pa.ssage Choiseul, un vol.
in- 18, de 214 pages, sous ce titre : La
Peste rouge ou tes Saturnales révolution-
naires, par Romulle. Ce Romulle est en-
core le père de quatre brochures indi-
quées sur la couverture de la. Peste rouge:
Peuple, on te trompe, 4« édition.
Le Dessous des cartes, 2® édition.
La Vérité sur le berger de Kravan et
sur son auteur,
U Abolition des révolutions par la sup-
pression de la garde nationale.
Sait-on quel est ce Romulle ?
EUQORRAL.
1
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo oct. i86q.
569
570
Une passion de Béranger (I, i5). —
Voyez comme il ne faut désespérer de
rien ! Voilà M. Sainte-Beuve qui se met
à répondre, — dans le Figaro du 17 sep-
tembre, — à une question du premier nu-
méro de notre Intermédiaire, question de
M. W. M., à laquelle il n*avait, je crois,
pas encore été fait de réponse. Mais, au
fait, est-ce bien une réponse? N'est-ce
pas une édition nouvelle de la question^
par l'auteur des Causeries du Lundi, qui
était lui-même déjà mis en cause, à raison
de sa causerie du lundi 18 novembre 1861?
Vous allez en juger ;
« Béranger, dans son séjour en Tou-
raine, connut une Anglaise qui habitait
Tours et qui se mit en tête de le rendre
amoureux ; elle y réussit si bien que lui,
le moqueur, et qui avait tant chanté Li-
sette, s'aperçut, un matin, qu'il était pris
d'une passion réelle et profonde. Que
faire ? Ne pouvant se décider à épouser,
honteux de son âge^ honteux d'être tombé,
lui, le malin Gaulois, dans les filets d'une
fille d'Albion, il agita différents projets.
Sa ferme raison fut ébranlée; dans son
trouble, il pensa même un moment à se
détruire. Il prit le parti de s'ouvrir de sa
douleur à un seul ami, le fidèle Perrotin
Celui-ci qui était à Paris, monta à cheval,
chercha dans les environs une retraite
écartée, trouva une petite maison à louer
à Fontenay- sous -Bois; et c'est là que
Béranger, seul, inconnu à tous, caché
sous le nom de M. Berger, se tint coi
pendant six semaines ou deux mois, tout
occupé à recouvrer sa raison et à panser
sa blessure. Il avait passé par la plus rude
crise de toute sa vie. Sainte-Beuve. »
Pour copie ; H. L.
Etymologie du mot Amazone (II, 1 54).—
Amazone ne vient pas de [JiaÇéç, mamelle
avec A soit privatif, soit augmentatif. Ce
mot signifie tout simplement tueuse
d'hommes^ et il suffit pour s'en convaincre
d'ouvrir Hérodote (liv. IV, iio) : « Lors-
que les Grecs, dit cet historien, eurent
combattu contre les Amazones, que les
Scythes appellent aiorpata, c'est-à-dire
androctones, car aior en scythe signifie
homme etpata veut dire tuer, etc. >i Voilà
le sens du mot ; maintenant à quelle j
• langue le rapporter ? A mon avis au pelas- i
gique, langue qui fut d'abord, en même ■
temps que celle de l'Italie et de la Grèce
anté-hellénique, celle des contrées pon-
tiques et de l'Asie Mineure. Amassare si-
gnifie encore tuer dans Ducange et l'ita-
lien amaifsfare a le même sens.
Ch. Torben.
Quatrain attribué à M^^ de Staël
(III, 520). — Les lecteurs de V Intermé-
diaire connaissent-ils ces vers de lord
Byron, qu'il donne comme traduits par
lui du portugais, en double version, et dont
le fameux quatrain attribué à M™« de
Staël n'est sans doute qu'une traduction :
FROM THE PORTUGUESE : « TU MI CHAMAS. »
You call me still your life, — Oh! change the
[word. —
Life as transient as the inconstant sigh :
Say rather l'm your soûl; more just that name.
For like the soûl, my love can never die.
Another version.
In moments to delight devoted,
« My life! » with tenderest tone, you cry;
Dear words ! on which my heat had doted.
If youth could neither fade nor die.
To death even hours like thèse must roll,
Ah! then-repeat those accents never;
Or chance « my life ! » into « my soûl ! »
Whicn, like my love, exists for ever.
Philalèthe.
La Diète polonaise en 1773 ( IV, 262).
— Cette question posée il y a plus de
deux ans par M. P.-A.-L. est restée sans
réponse, ce qui fait croire que les lecteurs
de V Intermédiaire peuvent ignorer les dé-
tails de la grande scène tirée de l'histoire
de Pologne, qui a inspiré à l'illustre pein-
tre Matejko, de Cracovie, le beau tableau
que l'on a vu figurer à l'Exposition uni-
verselle de 1867. Je m'estime très-heu-
reux d'avoir l'occasion de retracer ici un
moment sublime de la vie politique d'un
grand patriote polonais qui a eu la dou-
leur d'assister au premier morcellement
de notre pays infortuné. — Les trois puis-
sances copartageantes, sous prétexte de
protéger fes libertés de la nation polo-
naise, occupèrent militairement plusieurs
de ses provmces en 1772. Le roi Stanislas -
Auguste dut, sous la pression de l'ennemi,
convoquer la Diète, à l'effet d'en obtenir la
sanction de cet acte odieux, légalité de
forme ayant pour but de tromper l'Occi-
dent. Cette assemblée nationale de triste
mémoire fut tenue à Varsovie en 1773.
Les nonces de la haute aristocratie, cor-
rompus par l'or des envahisseurs, étaient
prêts à voter la ruine du pays, mais leur
trahison était impuissante, les décisions
de la Diète devant toujours être prises à
l'unanimité des suffrages. L'opposition
énergique de quelques nonces mtègres
empêchait les traîtres de sanctionner la
spoliation du pays.
On résolut alors de former la Diète en
confédération où la majorité des suffrages
était décisive. Adam Poninski, vendu à la
N« ii5.]
L'INTERMÉDIAIRE
571
572
Russie» en fut le promoteur. Le 2 1 avril
l'j'j'i fut choisi pour la dissolution de la
Diète légale. Poninski, en qualité de pré-
sident , tenta de faire lever la séance. Les
spectateurs, prévoyant la catastrophe,
conjuraient les nonces qui s'en allaient, de
défendre Tintégrité du territoire national.
Ce fut alors que Tillustre nonce Reytan,
fou de désespoir, fit de son corps une bar-
rière devant la porte et s*écria : a Alle^^
confirme:^ votre ruine à jamais ; mais vous
ne passerez qu'en foulant de vos pieds ce
cœur qui ne bat que pour l'honneur et la
liberté I » — C'est précisément ce moment
que l'artiste a pris pour sujet de son ta-
bleau. — Le nonce Korsak fit alors en-
tendre ces paroles mémorables : a Ecou- ,
te!j[ : Je proteste devant Dieu et en face
du monde entier quune violence sans
exemple a été commise sur une nation
libre. Je proteste contre les actes d'une
Chambre entourée de soldats étrangers;
je proteste contre la levée illégale des
séances. Nous ne quitterons pas ta Cham-
bre, et, dussions-nous mourir de faim,
nous périrons en gardant notre conscience
pure envers Dieu et envers notre pa-
trie, n Neuf nonces seulement demeurèrent
fidèles à la patrie. Reytan ne quitta pas la
salle et y resta étendu, sans connaissance,
Î>endant quarante heures. Le roi accéda à
a confédération et le premier partage fut
consommé. Reytan perdit la raison de
désespoir, et ayant, dans un accès, brisé
un verre entre ses lèvres, il expira le
8 août 1780.
Gustave Pawlowski.
Luther a-t-il conseillé à sa mère de se
faire catholique? (IV, StS, etc.) — Ayant
été interpellé par Philalèthe, je ne veux
pas tarder à le satisfaire relativement au
résultat de mon examen sur le point de
savoir si Ph. Mélanchthon a jamais pu dire :
« La religion protestante est la plus fa-
cile, la romaine est la plus sûre. » — Je
n'hésite pas à dire que je ne crois pas
à l'authenticité du mot, nonobstant « l'au-
torité » d'Audin, qui, pour moi, n'en est
pas une. Je ne l'ai rencontré dans aucun
de ses ouvrages, et sa vie entière le dé-
ment. Nous avons les preuves de la sin-
cérité et de la fermeté de sa foi dans des
phases bien diverses de cette belle exis-
tence chrétienne, depuis le jour où il s'as-
socia avec tant de cœur et d'intelligence,
— lui naturellement si doux, si timide, —
à la lutte engagée par le plus fougueux
moine de Wittemberg. — Puis, lor^qu'en
1324 il alla, pour la dernière fois, voir sa
mère à Bretten (lieu de sa naissance), le
cardinal Campegius (nonce du pape) qui
se trouvait alors à Heidelberg, ayant aç- |
pris que Mélanchthon était dans le voisi-
nage, et pensant l'occasion bonne pour
tâcher de le détacher des nouvelles doc-
trines, lui expédia son adroit secrétaire
Nausée, avec des propositions très-flat-
teuses, mais Mélancnthon le remercia avec
cette brève et simple parole : « Ea qus
a statueret et sciret esse vera, nullius mor-
a talis respectu aut ^atia neque spe emo-
« lumenti aut ambitione amplecti se et de-
a fendere, neque ab ijs qui iUa docendo
tt protulissent et nunc asserendo confirma-
« rent, vnquam separaturum suas rationes.
« Quod autem adhuc fecisset, vt doctrinam
« puram et sinceram diligentia studij sui
« prestaret sine obtrectationibus et pu-
a gnis, in eo se esse perseveraturum. Hor-
« tari omnes qui in hoc génère communi
a tranauillitati et saluti consultum vellent,
a vt aa sananda vulnera, quae amplius tegi
a non possent, consilia atque opéras coq-
a ferrent, et quorundam furiosam auda-
« ciam coherceri studerent, qui exulcerata
« veluti infestis vnguibus lacerrae non de-
a sisterent. Hoc nisi facerent, et rnere si
a mallent, videndum eis • ne prolabendo
a ipsi primi praecipitarentur. »
Et en 1 53o, lors de la confession d'Augs-
bourg, Camerarius dit de lui : « Sed om-
« nia ista fortiter contemsit Philippus Me-
a lanchton acquiescens in recta oonaque
a conscientia et nequaquam inflectens coQ-
« silia actionesQue suas ad aliorum sen-
a tentiam ac voiuntatem sed ad veritatem
tt solam constantissime dirigens. » — Ea
1539, étant tombé gravement malade, et
se croyant près de sa fin, il fit son testa-
ment dans lequel il exhorte ses enfants à
rester fidèles à la doctrine nouvelle, disant,
Îue quant à lui il se tient à celle que le
>' M. Luther a mise en lumière, et lui rend
grâce cjue c'est par lui qu'il est arrivé à la
connaissance du pur Evangile. — En 1546,
lors de l'ensevelissement du corps de Lu-
ther, dans l'église du château à Wittem-
berg, il s'écria dans son oraison funèbre:
« Darum ist kein Zweifel, fromme christ-
a liche Herzen werden fiir und fur bis zu
a Ewigkeit die gœttliche Wohlthat riih-
a men und preisen, die Er durch diesen
a D' Luther, seiner Kirche gegeben. Und
a werden Gott dafur Lob und Dank sa-
a gen. » — Il écrivait à son ami Myconius:
« Theuerster Friedrich, ofc hat mich schon
« das holdselige Wort des Sohnes Gottes
a in crossen Nœthen getrœstet. Niemand
« solles aus meiner Hand reissen, etc. »
Je pourrais faire ainsi bien des citations,
mais je suppose que ce qui précède suffira
pour prouver que Ph. Mélanchthon est
resté ndèle à lui-même. Dans le cours de
sa belle existence, il a eu assez souvent sa
croix à porter, pour qu'on puisse être as-
suré qu'il n'a jamais dit « que la religion
tt protestante était la plus facile, » ni pensé
que la romaine était « la plus sûre. »
P. A. L.
Le mélodramatiirge daigniez (V, 28}. -
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
573
[looct. 1869.
^74
M. A. C. trouvera sur L.-E. Caigniez une
intéressante notice dans la Biographie
universelle portative des contemporains^
de Rabbe, Vieilh de Boisjolin et Sainte-
Preuve, Paris, in-80, 1834, t. !«', page 713,
— et dans le Martyrologe littéraire^ ou
Dîctionn. critique de sept cents auteurs
vivants par un Hermite qui n'est pas mort;
Paris, in-80, 181 6, une petite note fort
malicieuse (page 65). — Pour les auto^
graphes de cet auteur, consulter le Ma-
nuel de V amateur d'autographes de Cha-
ravay. Ulr.
Le mannscrit de V • Histoire de Paris, >
de Sauvai (V, 29). — J'en connais un frag-
ment très-important, qui a toutes les ap-
parences d'un texte autographe. C'est le
chapitre des hôtels de Paris. Il se trouve
auxmss. de la Bibliothèque impériale, dans
le tome i52 de la Collection Delamarre,
et il y forme un assez gros cahier. D'au-
tres volumes de la même collection con-
tiennent d'autres fragments de la même
écriture. Celui-ci m'a oeaucoup servi pour
redresser les fautes si nombreuses dans
cette partie du texte imprimé de Sauvai,
comme au reste dans toutes les autres.
Ed. F.
Coqs et croix (V, 36 et IV, 263). — La
question de savoir pourquoi les clochers
sont surmontés d'un coq, date de très-loin.
Au moyen âge elle fit le sujet d'un poëme
que M. Edelestand Duméril a publié dans
son volume des Chants populaires latins
après le XI I^ siècle ^ p. 12. Pour être sur-
tout fort bien édifié sur ce point, il faut
lire un mémoire de M. l'abbé Barraud, de
Beauvais, dans le Bulletin du Comité his-
torique y t. Il, p. 2 68-2 77. Ed. F.
La vérité snr la mort de Joséplûne
(V, 3o). — D'après la Vie de V impéra-
trice Joséphine,,, Paris, iSî4j che^H, Vau-
quelinj libraire, quai des Augustins, au
LYS d'or, « cette princesse fut attaquée,
sur la fin de mai, d'une esquinancie gan-
greneuse, dont on ne se doutait pas ; on ne
connut le danger que lorsqu'il ne fut plus
possible d'y remédier. Après trois jours
de maladie, elle mourut le 29 mai 18 14, à
cinq heures du matin, au cnâteau de la
Malmaison. Peindre le désespoir de sa
fille, de son fils, serait impossible... »
(p. 96.)
« La mère du prince Eugène est morte
aujourd'hui, à midi, dans son château de
la Malmaison, à la suite d'une maladie qui
s'était d'abord annoncée comme une fièvre
catarrhale, et qui a pris tout d'un coup un
tel caractère de malignité, que la malade a
succombé au bout de trois jours. Elle a
reçu avec autant de piété que de résigna-
tion, tous les secours de la religion. Êlïè
a eu la triste consolation de mourir entre
les bras de sa fille et de son fils, dont elle
était séparée depuis si longtemps... » {Jour"
nal des Débats,,, du vendredi 5o mai 18 14,
Nouvelles de Paris du 29 mai, p. 3).
« La mort la plus inattendue vient de
frapper une personne à laquelle tous les
malheureux doivent un souvenir et un re-
gret... » {Ibid,y 3 juin 18 14, p. i.)
Â. Benoit.
Fil d'archal (V, 59). — Les diverses ré-
ponses, déjà faites à cette question, ont
employé assez indifféremment la double
orthographe orichalcum et aurichalcum,
bien que ce soit là deux termes très-dis-
tincts, le premier signifiant cuivre de mon-
tagne, et le second or-cuivre, ou peut-être
cuivre riche, en adoptant les racines indi-
quées par MM. Quicherat et Daveluy,
d'après lesquelles aussi aurichalcum ne
serait plus un mot hybride. Je n'en reste
pas moins tenté de croire que orichalcum
est la véritable orthographe, et que auri-
chalcum est une faute introduite par des
copistes comparativement modernes, et
qui, n'étant pas beaucoup plus que la ca-
dette du bon Chrysale, familiarisés avec
le grec, ont ignoré Torigine du mot et cru
y retrouver le latin aurum. Dans les vers
cependant, il a fallu conserver orichalcum ^
car l'o en est bref, quantité qu'il serait dif-
ficile de donner à la diphthongue au. Puis
le mot n'est pas seulement formé de racines
grecques, comme sont chez nous, pho'
tographie, métromanCy kilogramme, etc.
Non, c'est un véritable terme grec, et dès
lors il est bon de chercher comment les
^ Grecs l'écrivaient. Planche (remarquons
en passant que ce Dictionnaire admet Tad-
jectif aupoç, mais le place en alinéa, comme
s'il doutait que ce soit là du grec bien pur),
le Dictionnaire de Planche ne donne au-
cunement auptxaXxoç , mais seulement
opixaXxoç et opeixaXxoç.
Par exemple, je dois convenir que lui
aussi traduit ce mot par laiton, oripeau.
Cependant ïorichalcum était blanc, cir-
constance qui ne convient pas trop au
cuivre jaune, non plus qu'à une composi-
tion qui eût mérité le nom d'or-cuivre,
Virgile, au douzième chant de son poëme,
nous montre la cuirasse de Turnus a auro
squalentem alboque orichalco. » Pline,
à la vérité, ne signale pas cette blancheur;
mais ce qu'il dit de ïorichalcum ne peur
pas non plus s'appliquer au laiton, méiAl
coniposé d'éléments connus. Pline, ap^ès
avoir indiqué (lib. XXIII, cap. i) comme
le minerai de cuivre le plus répandu, celui
qu'il nomme cadmia, ajoute : a II y a en-
core celui que l'on nomme chalcites en
Chypre, dans ce pays où le cuivre a été
trouvé pour la première fois. Ce minerai
N- II 5.)
L'INTERMÉDIAIRE
- 575
576 —
perdit promptement de son prix, parce
qu'on en découvrit ailleurs de qualité su-
périeure, surtout Vorichalcum oui fut
longtemps admiré comme le meilleur. Il
y a déjà longtemps que l'on n*en trouve
plus, et que la mine en est épuisée...»
... « Orichalco, quod praecipuam bonitatem
admirationemque diu obtinuit. Nec repe-
ritur longo jam tempore, effœta tellure. »
Que pouvait donc être ce métal blanc,
dont on n'avait connu qu'une seule mine
si vite épuisée, et que sa blancheur et sa
rareté rendaient si précieux qu'on l'asso-
ciait à l'or pour damasquiner la cuirasse
d'un roi? Peut-être quelqu'un de ceux
que l'on a récemment découverts ; peut-
être l'aluminium lui-même ! Est-il donc
impossible que la nature lui ait laissé une
seule fois conserver l'état métallique ? Ce-
pendant j'aimerais mieux hasarder une
autre conjecture : Je lis dans le Diction-
naire de Bomare, d'une part que la com-
binaison du cuivre avec l'arsenic donne
un cuivre blanc ; et, d'autre part, que
presque toutes les espèces de minerai de
cuivre contiennent de l'arsenic. Pourquoi
Vorichalcum n'eût-il pas été un minerai
où ces deux métaux se seraient naturelle-
ment rencontrés dans la proportion qu'il
fallait pour que, à la fusion, le cuivre retînt
assez a'arsenic pour devenir blanc ? Cette
hypothèse pourrait encore expliquer que,
retrouvant des bronzes si anciens, on ne
retrouve pourtant jamais d'orichalcum.
C'est que l'arsenic, bien plus volatil et
combustible que le cuivre, se sera détruit
à mesure que l'on aura refondu les objets
fabriqués en orichalcum, pour en modi-
fier la forme ou l'usage, et que Vorichal-
cum aura fini par n'être plus que de la
rosette. O. D.
Noms de ville devenns ridicules (V, 1 3 5).
— MM. les officiers d'un régiment de
lanciers, en garnison à Pont-à-Mousson,
il y a dix ans, n'ont-ils pas contribué à
donner une certaine célébrité, quelque peu
piquante, à cette petite ville, illustrée de-
puis par des articles du Charivari et par
a La Tour de Nesle à Pont-à-Moussort, »
parodie en six tableaux du théâtre des
Variétés (1861). Au reste, les habitants
paraissent peu se préoccuper de cette
nouvelle illustration. Leur charmante cité,
baignée par la Moselle, située entre Nancy
et Metz, est renommée parmi les gastro-
nomes par ses escargots, son gras-double
et ses excellents petits gâteaux, appelés
Choux, Ils ont oublié, comme tant d'au-
tres, des qualifications bizarres, dont on
était si prodigue au moyen âge, et sans les
collectionneurs, on ignorerait complète-
ment aujourd'hui les sobriquets de la plu-
part des villes et des villages.
Le Catalogue de la riche bibliothèque
lorraine de feu M. Noël (i85o-5i) men-
tionne, au n® 4424, un a Recueil manus-
crit, in-i2, contenant : VEspion de Saint-
Mihiel, dialogue; la Prise de Saint-Mikiel;
les Prophètes de Commercy ; les Crânes
espées ou les Bons diables de Pont-à-
Mousson ; les Terribles Messins bombar-
diers; les Lassants Cloutiers de Verdun,
jadis ratiers asse!( communs ; Jacques de
Rouvroy ; Sur la devise de la ville de
Bar; Sur la devise de la ville de Saint-
Mihiel; Sur la devise des trois Chardons
de Vécusson des armes de la ville de
Nancy, » A la suite venait cette note de
notre lotharingophile : « Tous contes fort
a curieux écrits en vers. Je ne me souviens
« plus qui m'a appris que ce recueil avait
a été composé par un nommé Varin, or-
o ganiste à Saint-Mihiel, contemporain du
« duc Léopold. »
Quelques-unes de ces pièces de vers
sont des satires dirigées contre les habi-
tants de certaines villes et où sont rap-
portés des traits d'une naïveté comique.
Telle est celle qui a pour titre : Les
Crânes espées ou les Bons diables de
Pont-à'Mousson, L'auteur raconte que les
habitants de cette ville, voulant fêter un
duc de Lorraine qui devait venir dans
leurs murs, résolurent de lui offrir un
magnifique poisson. Un pêcheur fameux,
nommé Colas Putebarbe, est mandé de-
vant le conseil de la ville assemblé, et il I
lui est enjoint de chercher dans la Mo-
selle le plus beau poisson qu'il pourra y
découvnr. Le pêcheur, accompagné de
son fils, se met immédiatement à l'œuvre,
et revient bientôt chargé d'un énorme
brochet. Mais, dans l'intervalle, on ap-
Erend que l'arrivée du prince est remise à
uitaine. Que faire du poisson ? On dé-
cide, à l'unanimité, qu'il sera rejeté dans
la Moselle et qu'on lui mettra une clo-
chette au cou, afin de le reconnaître lors-
que le moment de le prendre sera venu.
Cependant on apprend tout à coup que
le prince a devancé sa venue et qu'il n'est
pas très-éloigné de la ville : aussitôt toute
la population se précipite sur les bords de
la Moselle pour entendre la clochette qui
doit faire reconnaître le brochet, et lors-
Que le prince entre dans la cité, il la trouve
déserte et n'entend personne crier Noël
sur son passage ; il s'adresse alors à un
vieillard qui lui répond :
C'est, dit-il, Monseigneur,
Q.u'un brochet que Ton repêche,
Car c'est pour Votre Altesse,
Et c'est ce qui empêche
De rendre nos devoirs
Par droit et par raison,
LE PRINCE,
y
Allez, répondit-il,
Pauvres diables du Pont*!
Tel est, en résumé, ce petit conte rap-
porté par M. Henri Lepage dans son
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
577
578 -
[10 oct. 1869.
Almanach statistique de.,, la Meurthe.
(Nancy, 1847, p. 40.)
Feu Napoléon Henri, dans son His-
toire de Pont- à-Mousson (Pont-à-Mous-
son, 1839, P* 9)> raconte l'anecdote d'une
autre manière. Il est très-vraisemblable
qu'il ignorait l'existence du curieux ma-
nuscrit de M. Noël. Cela donne ainsi plus
de poids à l'ancienneté du conte qu'il a
dû entendre de la bouche même de quel-
ques personnes âgées de la ville. Selon lui,
au moment de servir au duc de Lorraine
(cela devrait être un duc de Bar) un énorme
barbeau, on s'aperçut qu'il avait disparu.
Désespoir des magistrats municipaux. Le
duc les rassura en disant : « Eh bien, Mes-
sieurs, ce poisson-là vaut un écu; mettez-
le dans vos armes. » En effet, la ville de
Pont-à-Mousson porte : « D*azur au pont
dextré et senestré de deux tours d'argent,
en chef de Bar — deux bars (barbeaux)
adossés et cantonnés de quatre croix re-
croisetées au pied fiché d'or — Vécu bordé
d'or, »
Une nouvelle affaire comique fit encore
parler de Pont-à- Mousson à la fin du
XVI« siècle. Les RR. PP. jésuites, à la
tête d'une Université alors florissante, vou-
lurent imposer à la cité le nom latin de
Mussi-Puntum ; les professeurs de la Fa-
culté de droit cherchèrent à lui substituer
celui de Ponti-Mussum, Pour mettre fin
à une longue et savante polémique, qui
allait dégénérer en une lutte à main ar-
mée, le duc de Lorraine, Charles III,
donna raison aux jésuites. A. Benoit.
Emploi du sel dans la cérémonie dn
baptême (V, i55). — Le christianisme, en
s'éîevant sur les ruines du judaïsme et du
paganisme, a dû naturellement leur em-
prunter certains rites, certaines pratiques,
et nul doute que le sel ait été employé
dans la cérémonie du baptême beaucoup
plus tôt. que ne l'a prétendu Bernard Pa-
lissy. L'abondance du sel en Judée, la
grande consommation qu'on en faisait,
expliquent comment il est si fréquemment
parlé dans l'Ecriture de cette espèce mi-
nérale. Il était de coutume, chez les Juifs,
de frotter de sel les enfants nouveau-nés
pour les fortifier. Dans les sacrifices, chez
les païens, on s'en servait pour purifier et
consacrer les victimes. Il n'est pas éton-
nant, je le répète, que le sel, qui empêche
la corruption des viandes, ait été, dès le
principe, employé symboliquement dans
la cérémonie du baptême. Du reste. Veau
bénite a remplacé l'eau lustrale dont les
Grecs se servaient dans leurs ablutions
pour se purifier avant les sacrifices, et
dont les Romains aspergeaient le nou-
veau-né quelques jours après sa naissance.
C'est au pape saint Alexandre, martyrisé
sous Adrien, qu'on attribue l'institution de
Veau bénite saturée d'une certaine quan-
((
«
tité de sel. Quant au sobriquet de salés ^
j'ai dit ailleurs les^ différentes versions qui
l'ont fait appliquer aux Bourguignons.
(Pont-à- Mousson.) Th. Pasquier.
— Bernard Palissy nous semble avoir
commis une grave erreur en prétendant
que ce fut en Bourgogne que l'on em-
ploya le sel, pour la première fois, dans la
cérémonie du baptême. « Le sel mis à la
bouche est un rite de la plus haute anti-
quité. Saint Augustin en fait mention,
et, en général, les Pères de l'Eglise le
considèrent comme l'emblème de la sa-
gesse qui doit briller dans un chrétien. »
Ce passage du livre de l'abbé Pascal,
intitulé : Origines et raison de la liturgie
catholique, publié dans la collection Mi-
gne, résout la question contre B. Palissy.
Dom Claude de Vert, dans son Expli-
cation simple et littérale des cérémonies
de V Eglise (Paris, 1720), précise davan-
tage.
A propos des trois paroles sacramen-
telles : a AcciPE SAL sAPiENTiiE, » il dit en
note (p. 47) :
« Formule qui, bien que très-ancienne,
puisqu'elle se trouve dans le Sacramen-
taire du pape, est néanmoins fort posté-
rieure à la pratique de donner du sel au
baptême... Nous verrons qu'Origène et
saint Augustin font mention de cette cou-
tume, comme étant déjà introduite de leur
temps. Le concile de Carthage, III, ca-
non V, parle aussi de ce sel, cjue M. l'âbbé
Fleury, après M. de l'Aubépine, ce savant
évêque d'Orléans, dit qu'on donnait sou-
vent aux catéchumènes pendant qu'on les
disposait au baptême. »
Si maintenant on veut préciser davan-
tage, et connaître les passages des Pères
où il est question du sel, l'on n'a qu'à con-
sulter le livre de Durantus : De ritibusEc'
clesice catholicœ (Rome, i5qi) :
a Quinto benedicitur sal, illudque conse-
cratum in os baptizandi datur, ut per sal
typicum conditus, iniquitatis fœtore ca-
reat, id est, carere significetur. Ad hanc
cœrimoniam videtur alludisse Origenes,
homilia 6 in Ezechiel, ubi catechumenos
alloquitur, horta turque, ut se préparent
ad hoc, ut fiant sal Domini et non bapti-
zentur quemadmodum Simon ille magus,
neque in aquis terrenae Jérusalem, quae
non fuerat sale salita, neque digna sale
Dei. Quibus verbis innuit salem habere
spiritualem significationem.
« S. Augustmus, libro prirno Confessio-
num,capitulo II : « Signabar jamsigno ejus
« et condiebar ejus sale. » Beda quoque, in
Esdram libro secundo, capitulo IX : Ca-
techumenos initiari sale sapientiae diserte
profitetur canon sal de consecratione dis-
tinctione quarta.
« Ritus iste veteris Ecclesiae consuetu-
dine confirmatur. Catechumenis enim
adultis, in die Paschae, loco Eucharistiae
fh ii50
LINTERMÉDIAIRE
579
58o
sal consécratum dabatur, can. 5, concil. II.
Cartha^inensis, cui S. Âugustinus interfuit,
ad significandum, eos nondum capaces esse
eucharistise, sed adhuc debere in sapientia
proficere.
tt Plura de hoc ritu îmmitendi sal in os
baptizandi; Isidorus, lib. II de Ecclesias-
ticis officiis, c. 20: Alcuinus, de Divinis of-
ficiis, de sabbato sancto Paschse : Rabanus
Maurus, lib. de Institutione, cler. c. 27
can : Exhinc, de consecrat. dist. 4 : Juo
Carnotensis, sermo de sacrament. Neo-
phit; Petrus Damian, epist. i5, c. 20.
a Benedictionem sans eamdem , qua
nunc utimur, legimus in Ordine romano et
Sacra me n tari o S. Gregorii. »
Nous croyons que ces citations suffisent.
Alfred Darcel.
— Le premier docteur de l'Eglise qui en
parle est Origène, dans sa 6* homélie sur
Ezéchiel; cette cérémonie remonte au
moins au III" siècle. On trouvera à ce su-
jet les autorités qui en établissent Tusage
ancien dans TEglise à la page 194 de l'ou-
vrage suivant : Observationum ecclesias-
ticarum Josephi Vicecomitis volumen pri-
mum ; in quo de antiquis Baptismi rittbus
ac ceremoniis agitur. Mediolani, x6i5,
in-4<». Pierre Clauer.
— J'ai recherché le texte précis sur le-
quel il me semble qu'est fondé l'usage du
sel dans le baptême, établi au temps même
des apôtres. En relisant plus particulière-
ment les Evangiles à l'occasion des fêtes
de Pâques, j'ai remarqué les différents
textes dans lesquels il est question de sel.
i® Evangile selon saint Matthieu, ch. V,
V. 1 3 : a Vous êtes le sel de la terre. Si le
a sel perd sa force, avec quoi le salera-t-on ?
a II n'est plus bon qu'à être jeté dehors et
a à être foulé aux pieds par les hommes. »
20 Evangile selon saint Marc, ch. IX,
v. 49 : a Le sel est bon; mais si le sel de-
« vient fade, avec quoi l'assaisonnerez-
a vous?-4j^ef du sel en vous, et conservez
a la paix avec vous, n
3° Evangile selon saint Luc, ch. XIV,
v. 34: a Le sel est bon; mais si le sel de-
a vient insipide, avec quoi l'assaison-
a nera-t-on? »
V. 35: « Il ne peut plus servir ni au fu-
« mier, ni à la terre; mais on le jettera de-
« hors. Que celui-là V entende, qui a des
a oreilles pour entendre. »
Vous êtes le sel de la terre. Afin que cette
parole puisse s'appliquer à tout chrétien,
on s'identifie, en quelque sorte, figurément
avec le sel de la terre, en lui posant du
sel dans la bouche. Mais le rite s'appli-
que encore plus directement au texte de
saint Marc. En introduisant du sel dans la
bouche du baptisé, on figure, ou plutôt on
met en action ce mot du Christ : « Ayesf
du sel en vous. » Et je suppose que c'est à
ces deux textes que s'applique le mot qui
çst dans saint Luc : « Que celui4à /'en-
tendey qui a des oreilles pour V entendre, »
L'évangéliste les rappelle sans les citer
textuellement, parce qu'ils étaient bien
connus.
Selon Eusèbe, saint Marc a écrit son
évangile en l'an 45 de Tère chrétienne, et
celui de saint Matthieu lui est antérieur.
Il n'est donc pas surprenant que le rit qui
nous occupe, fondé sur les deux textes de
saint Matthieu et de saint Marc, établi dès
l'origine du christianisme, n'ait été l'objet
d'aucune des ordonnances des premiers
papes, qui Tont trouvé en usage.
E^G. P.
— M. J. E.-G. pourrait rechercher dans
VHistoire d*un Grain de sel, de M. Henri
Villain (Paris, P. Brunet, 1869, ' ^o^-
gr. in-i8 de 216 p.,avcefig.)le ch. XXXV,
mtitulé: Du sel considéré comme symbole
chesf les païens et che^ les chrétiens, peut-
être y trouverait-il quelque réponse aux
diverses questions posées ci-dessus par
lui... Mais de peur que notre honorable
correspondant ne soit pas entièrement sa-
tisfait de cette trouvaille, après lecture
faite, nous nous permettrons de lui citer,
pour nous excuser nous-même, un des
couplets de Désaugiers, à l'occasion d'un
baptême :
Air : // a voulu, il n'a pas pu.
Pardonne, si
Dans ces notes-cï
L'sel est d'un rare extrême :
Sans notre avis,
On Tavait tout mis
Dans les eaux du baptême.
Ulr.
Carpentras, ville comique f V, 477). —
M. Ed. F. a cité quelques vers des Droits
nouveaux où il est question de Carpen-
tras : ce n'est pas la seule fois que Coquil-
lart a nommé cette ville avec une inten-
tion ironique. Je lis dans les œuvrbs de ce
poëte (Reims, 1847), t. i, p. 55 :
C'est assavoir Margot ia gente,
Jacqueline de Carpentras,
Olive; de gaste fatras,
Huqueline de cote crotée,
Manon de traine poétras
Et Julienne Tesgarée.
(Metz). Th. P.
Une barbe d'or (V, 490). — C'est en
signe de deuil que Mgr de Lorraine, dès
qu'il eut appris la mort violente de Charles
le Téméraire, accourut pour le voir étendu
sur une table. Donc le cardinal, ainsi
habillé qu'il estoit, c'est-à-dire sans faire sa
toilette ni s'être ou rasé ou donné à raser
(car alors, comme plus tard Bossuet, les
prélats portaient mouche, moustache et le
reste), en négligé en un mot, s'empressa
d'apporter à cet illustre défunt une marque
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo oct. 1869.
- 58i
582
de douleur. Et comme Monseigneur était
blond, le chroniqueur Jean de Troyes,
usant d'une métaphore ou comparaisoii
fort usitée en pareil cas, mais qui ne doit
pas être prise au pied de la lettre, n'a pas
craint d'écrire : La barbe d'or (FULVA,
seu FLAVA). De même, des cheveux
noirs s'appellent 'élégamment, soit des
cheveux jais (geai), soit des cheveux d'E-
BENE.
Que si de la littérature nous entrons
dans le domaine des arts, de la sculpture
par exemple, nous trouvons que c'est de
même pour imiter la couleur du visage ou
le teint, le blond de la face et des cheveux,
que les Phidias d'ici ou de là se sont avi-
sés, dans l'antiquité, d'enrichir d'une
barbe d'or telle ou telle statue d'un dieu.
C'est donc ainsi que, dans Rome, le
portique du temple d'Apollon Palatin
avait reçu cinquante statues qui repré-
sentaient autant de fils d'Egyptus. Les
simulacres de ces nombreux frères étaient
tout airain, à l'exception pourtant de la
barbe, qui était massive d'or : Sitque illis
aurea barba (Perse, 2« sat.)-
A l'égal d'Apollon, d'Esculape et d'Isis,
les enfants mâles d'Egyptus possédaient
(telle était du moins la superstitieuse
croyance de ces temps-là) la puissance
d'indiquer par des songes le traitement et
les remèdes des maladies. Je crois pou-
voir ajouter, sans témérité aucune, que
c'est pour cela que les malades étaient an-
ciennement fort exacts à se faire trans-
porter dans les temples ou les chapelles
des dieux, bercés qu ils étaient de l'espoir
d'y passer la nuit, de s'y endormir et de
recevoir en songe une révélation qui était
pour leur crédulité d'une si haute impor-
tance. Après la mythologique, un mot,
rien qu'un mot d'histoire, en dernier lieu,
au sujet de la barbe d'or. Un tyran de
Syracuse, Denys, non content d'avoir
détroussé, dans son sanctuaire, Jupiter
Olympien en lui dérobant un manteau
d'or que, dans sa cupide impiété, il trou-
vait froid pour l'hiver et lourd pour l'été,
fit soustraire à Esculape, dans Epidaure,
au rapport de Valère- Maxime, en son
chap. 1er, deReliçione, sa BARBE D'OR,
parce que, se disait le filou couronné,
c'était le comble de l'indécence et du mau-
vais goût que le fils se montrât si riche-
ment barbu, tandis que le père était re-
présenté sans un pauvre petit poil au
menton. (Grenoble). J. P.
Une inadvertance..., pas de H. Ponson
(V, 496), — Cette plaisanterie o vraisem-
blable » est due à M. Robert Mitchell,
qui la mit en circulation, il y a quelques
années. Elle a paru dans le Figaro, et,
comme toutes les légendes, elle est deve-
nue historique.
Hâtons-nous d'en décharger la mémoire
de M. Ponson du Terrail, qui a bien assei
de ses propres péchés. G. R.
aMœcena8,atavi8...»(V,497). — Poursa-
tisfaire au désir de M. S. D., j'ai consulté
toutes les éditions d'Horace que je possède,
les éditions d'élite, bien entendu, et dont
le texte fait autorité.
Quatre de ces éditions contiennent la
leçon TE :
J. Jones, Lond. lySô, 8». — Dorighelli,
Patavi. 1780, 80. — Wakefield, Lond.
1794, 8°. — Car. Fea, Heidelb. 1827, 8°.
La leçon ME se trouve dans soixante et
dix autres : je citerai seulement, et au ha-
sard, parmi ces dernières :
Rob. Stephan. Paris. 1 544, 80. — Aldus,
Venet. i555,8o. — Lambinus, Lutet. 1567,
in-fol. — Henr^Stephan. Paris. 1 577, 8».—
Turnebus, Paris. 1577,8*». — Heinsius,
L. Elzevir. 1612, 80. — J. Bond, D. Elze-
vir. 1676, in- 12. — R. Bentley, Amstel.
171 3, 4®. — Tonson, Lond. 171 5, 8*>. —
Cuningham, Hagœ Com. 1721, 8®. —
John Pine, Lond. 1733, 8». — Coustelier,
Paris. 1746, in- 12. — Baskerville, Bir-
mingham. 1762, in- 12. — Barbou, Paris.
1775, in-i2. — Oberlin,Argentor. 1788, 4°.
— Baxter, Glasguae. 1796, 8». — Mits-
cherlich, Reutling. 18 14, 8°. — Doëring,
Glasg. 1826, 8». — Orelli, Turici. i837,8«.
— John Murray, Lond. 1849, 8®. — F. Di-
dot, Paris. i855,in-i2.
Quant à la raison qui a fait générale-
ment préférer la leçon ME à la leçon TE,
M. S. D. la trouvera dans la plupart des
commentateurs et notamment dans l'édi-
tion de Lemaire (Paris, 1829, 3 vol. in8o),
où elle est exposée avec des développe-
ments que ne comporte pas Vlntermé-
diaire. Mais Baxter a j ustifié son choix avec
assez de concision pour que ses propres
expressions puissent y trouver place :
a Quod placet quibusdam viris doctîs,
« Te doctarum^ etc.. ut ad Mascenatem
a referatur , nec codicum nec librorum
tt sufifragium habet, et exigua laus est in
tt Msecenate pœtica facultas, insuperque
a falsa. » Joc'h d'iNDRET.
— L'édition de J. Bond porte me : et il me
semble que cette version est la bonne, la
couronne de lierre étant donnée aux pofites
comme prix de leurs vers. Les trois me
qui se trouvent dans les 8 derniers vers de
la I'® ode s'appliqueraient à la même per-
sonne. Ad. d.
— L'éditeur des Odes d'Horace dans la
Collection des auteurs latins publiés sous
la direction de M. D. Nisard donne, coname
R. Binet : Me doctarum. C'est aussi la
leçon qu'adopte le plus compétent des
juges en ce qui regarde Horace, M. Patin,
éditeur et traducteur des Œuvres du char-
mant poëte (Paris, Charpentier, 1866).
Seulement, M. Patin, s'est bien gardé de
commettre la faute que M. Nisard a eu
^« lïS.J
L'INTERMÉDIAIRE
583 - —
le tort de laisser passer {ederœ au lieu de
hederœ), T. de L.
Vers de Molière à retronyer (V, 498).—
Ces vers n*ont jamais été perdus. M. E.
G. P. peut les lire d2iVis\^% Amants magni-
fiques (acte II, se. 7). Deux ans après
la représentation de cette comédie, Qui-
nault les a empruntés à Molière et les a
intercalés dans sa pastorale : les Fêtes de
V Amour et de Bacchus(sc. 6), et de là vient
que plusieurs biographes et critiques les
ont attribués à Qumault. On sait que
J. J. Rousseau a également imité le dia-
logue d'Horace et de Lydie, dans le Devin
du village, Joc*h d'Indret.
Nicolas Vanqnelin, sienr des Tvetanx
(V, 5o3). — Il est vrai que la phrase citée
ne se trouve pas dans Tallemant ; mais il
attribue à des Yvetaux des extravagances
tout aussi fortes: « Selon les visions qui lui
prenoient, tantôt il étoit vêtu en satyre,
tantôt en berger, tantôt en dieu, et obli-
geoit sa nymphe à s'habiller comme lui. Il
représentoit quelquefois Apollon qui court
après Daphne, et quelquefois Pan et Sy-
rmx. » Et plus loin : « Il falloit savoir du
bonhomme tous les matins comment elle
se coifFeroit, à la grecque, à l'espagnole, à
la romaine, à !a frànjoise, etc.; cjuel ha-
bit elle prendroit; si elle seroit reine,
déesse, nymphe ou bergère, n Quant à cet
autre passage : « Souvent ils prenoient la
houlette avec le chapeau et 1 habillement
des bergers, et chantoient ensemble des
vers que des Yvetaux lui-même avoit com-
posés, » il n'appartient pas à Tallemant,
mais à Ségrais, et est seulement cité en
note dans l'édition 1840. Si des Yvetaux
ne demeurait pas rue du Colombier, réu-
nie aujourd'hui à la rue Jacob, Tallemant
marque expressément que son jardin y
avait une porte, et que ce fut à cette cir-
constance qu'il dut de connaître M™« Du-
puis, comme écrit la susdite édition 1840.
Enfin y a-t-il contradiction nécessaire entre
ce que rapportent de sa mort Tallemant et
Huet, et ce que dit Saint-Evremond ? Le
repentir final défend-il d'aimer encore la
musique, et des Yvetaux ne peut-il avoir
demandé cette sarabande au moment même
où d'après sa recommandation, faite une
heure auparavant, M™* Dupuis lui mett it
un mouchoir sur le visage ? Le poëte mou-
rant s'était peut-être rappelé ce passage de
Brantôme :« M^^* de Limeuill'aînée
Quand l'heure de sa mort fut venue, elle
fit venir à soy son vallet (ainsi que les filles
de la Cour en ont chacune le leur) et s'ap-
peloit Julien, qui jouoit très-bien du vio-
lon; — Julien, luy dit-elle, prenez vostre
violon et sonnez-moi tousjours, jusques à
ce que vous me voyez morte (car je m'y en
vois), la défaitte des Suisses , et le mieux
584
que vous pourrez : et quand vous serez sur
le mot, tout estperduy sonnez-le par quatre
ou cinq fois, le plus piteusement que vous
pourrez. — Ce que fit l'autre, et elle-mesme
luy aidoit de la voix; et quand ce vint à
tout est perdu, elle le récita par deux fois;
et se tournant de l'autre costé du chevet.
elle dit à ses compagnes : — Tout est
perdu à ce coup, et à bon escient, — et
ainsi décéda. Voilà une mort joyeuse et
plaisante. » Probablement trouverait-on
plusieurs autres exemples semblables, et je
ne voudrais pas en séparer ce que dit Pon-
gerville de Millevoye, qu'il mourut en se
faisant lire du Fénelon; car pour la scène
de Racine récitée sur Téchafaud par Ché-
nier et Roucher, je crois que l'on com-
mence à tenir ce détail pour fabuleux.
0. D.
Le général Dagobert (V, 5o5). — Son
acte de naissance lui donne les prénoms
de Luc- Simon- Auguste, né à la Chapelle,
le 8 mars 1736, fils de Gabriel Dagobert
et de Jeanne-Elisabeth Campain. Le brevet
de pension de sa veuve la nomme Jac-
guette-Claire-Josèphe Pailloux, veuve de
Luc-Simon-Auguste Dagobert-Fontenelle.
Le général livra son dernier combat à
Monteilla le 10 avril 1704, et mourut de
fièvre maligne à Puycerda, au mois de mai
suivant. (Archives du Dépôt de la Guerre.,
E. S.
— M. Z.-A. a raison : les dictionnaires
biographiques sont ce qu'il y a de plus
inexact. Voici le résultat de mes recher-
ches sur le général Dagobert ; je les donne
pour ce qu'elles peuvent valoir :
« Dagobert de Fontenilles (Luc-Auguste-
Siméon), était né le 8 mars 1736 à la Cha-
pelle-en-Juger, diocèse de Coutances,
bailliage de Saint-Lô. Il paraissait fort âge.
et on lui donnait (en i7q3) 75 ans, comme
si l'on eût interverti les chiffres de son âge
réel (57). Tous les historiens qui ont parlé
de ce général l'ont représenté comme un
vieillard. » (Campagnes de la Révolution
française dans tes Pyrénées orientales,
1793, 1794, Ï795, par Fervet (Paris,
i85i), page 45, note.)
Dans la séance de la Convention du 9 flo-
réal an II (28 avril 1794), Barrère s'ex-
prima ainsi : « Citoyens, les lignes dans
lesquelles le citoyen Dagobert a tracé les
succès des soldats qu'il commandait ont
été comme le chant du cygne. Dagobert
est mort au milieu des triomphes qu'il
avait préparés. »
Puis on lut une lettre des représentants
du peuple à l'armée des Pyrénées, datée
de Nils, le 3 floréal : a La mort vient de
nous enlever le brave général Dagobert
au moment où il moissonnait de nouveaux
lauriers il s'est trouvé atteint d'une
fièvre lente qui avait pour cause les fati-
gues auxquelles on ne peut résister dans
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
585
586 —
[ I o oct. 1 869
un âge avancé... il est mort à Puycerda le
29 germinal, » c'est-à-dire le 18 avril.
P. Clauer.
— Consulter l'excellent ouvrage : Cam-
pagnes de la Révolution française dans les
Pyrénées orientales, par J. Napoléon Fer-
vet, chef de bataillon du génie; Paris,
chez Dumaine. Je cite ici d'après la 2® édi-
tion, 1861.
A la page 45 du tome W, l'historien an-
nonce l'arrivée de Dagobert à Perpignan,
le i3 mai 1793. Le général avait alors
« quarante années de beaux services; dans
un corps affaissé en apparence sous le
poids de la vieillesse, il portait l'âme fou-
gueuse d'un jeune homme.... Le vieux
général (c'est ainsi qu'il se laissait appeler,
bien qu'il n'eût que 5y ans)... » Et dans
une note au bas de la page : « Dagobert
de Fontenelle (Luc-Auguste-Siméon^ était
né le 8 mars lySô, à la Chapelle-en-Juger,
diocèse de Coutances, bailliage de Saint-Lô.
Il paraissait fort âgé et on lui donnait
75 ans, comme si l'on eût interverti les
chiffres de son âge (57). Tous les histo-
riens qui ont parlé de ce général l'ont re-
présenté comme un vieillard. »
Dans le chapitre IV du second volume,
M. Fervet raconte l'expédition de la Seu
d'Urgel (avril 1794), dans laquelle Dago-
bert supporta, particulièrement au combat
de Monteilla, de cruelles fatigues qui l'em-
pêchèrent de continuer ses avantages.
Après la prise de la Seu d'Urgel, il or-
donna la retraite. « Ce fut de Bel ver, où il
arriva le 24 (germinal) que Dagobert data
son dernier bulletin, ce chant du cygne,
comme l'appela Barrère, lorsqu'il le lut à
la Convention. Après avoir rendu un
compte sommaire de son expédition où
« malgré une fièvre inexprimable qui ne
1 avait plus quitté depuis qu'il s'était tant
harassé en montant la montagne de Mon-
teilla, je vais, ajoutait le mourant, me
faire transporter à Puycerda, où les soins
et le repos me mettront à même de prou-
ver combien je désire contribuer par mes
efforts au triomphe de la liberté. » Mais
cet espoir ne se réalisa point, et, trans-
porté à Puycerda lé surlendemain, Dago-
bert y expira trois jours après, le 29 ger-
minal (i 8 avril 1794). » (Page 28).
Dans une note de la page 3o de ce
même second volume, M. Fervet rappelle
que Dagobert fit, comme officier, toutes
les campagnes de la guerre de Sept ans et
y reçut quatre blessures. Il fut nommé
maréchal de camp le 20 septembre 1792 à
l'armée du Var, général de division le
6 mars 1793 et envoyé, deux mois après, à
l'armée des Pyrénées orientales.
M. Fervet relate le bruit d'un empoison*
nement , mais il repousse cette fable
odieuse, que détruit d'ailleurs le propre
témoignage de Dagobert.
Si les ouvrages cités par M. 2. A. con-
tiennent des renseignements inexacts, il
est assez étrange qu'on ne trouve pas
même une mention accordée à Dagobert
dans le Dictionnaire des armées de terre
et de mer, par le lieutenant-colonel comte
du Ghesnel. Frédéric Lock.
P. 5. Pour baptiser de nouvelles rues de
Paris ou en rebaptiser d'anciennes on a,
en ces derniers temps, épuisé la série des
généraux du premier et du second empire,
jusqu'aux plus obscurs; on y a ajouté le
promoteur de la Saint- Barthélémy et les
exécuteurs du 2 décembre, mais on n'a pas
songé au général Dagobert.
Une réprimande militaire (V, 5o8). —
J'en trouve une de même calibre dans a le
ioi« de ligne, » de M. de Noriac :
« Capitaine, sans vous commander, où
« il est, le pont Eussin? » — « Le pont
a Eussin (prononcez avec l'accent gascon),
« Le pont Eussin, c'est le plus grand pont
« du monde ; il est sur la mer Noire... Et
« zé m'étonne indéfiniment que vous igno-
« rassiez une chose dont auquel il n'est
« pas permis de ne pas savoir ! »
Le citoyen-représentant de la Nation,
du très-regrettable RaflFet, disait au ioi«de
ligne en 1796 : a Soldats ! avec du fer et du
pain on va en Chine. »
Le plus curieux, c'est qu'effectivement,
en 1860, le ioi« était en Chine !
P. A. L.
Faire ripaille (V, 519). — Merci pour
les réponses pour et contre, faites à ma
(Question : il paraît qu'il y a au moins ma-
tière à controverse. Voici deux auteurs
qui ne pensent pas comme le Dictionnaire
de l'Académie, et dont l'opinion mérite, je
crois, considération. M. A. de Pontmartin,
dans un article de ses Nouveaux samedis,
quatrième série, sur La Haute Savoie;
récits d'histoire et de voyage par M. Fran-
cis Wey, écrit ceci : « Il s agit de ce mot
faire ripaille, dont l'étymologie, défigurée
par les haines anticléricales, a fini par
devenir une flétrissure contre de très-saints
personnages. Ripaille est un lieu de plai-
sance, un site charmant, qu'il nous semble
voir encore, penché sur le lac Léman, où
se mirent ses élégants massifs et ses pentes
fleuries. Faire ripaille ne signifiait d'abord,
dans le pays, que « jouir des plaisirs inno-
« cents de la campagne ». Mais, bah î il
fallait surprendre et nous montrer en fla-
grant délit d'orgie et de débauches celui
que Voltaire a appelé le bizarre Amédée,
ce duc Amédée qui fut pape sous le nom
de Félix V, et qui, en somme, a laissé
une mémoire vénérée. Se faire aider par
un mot proverbial à prouver qu'un pape,
un cardinal, un prince de la terre et de
l'Eglise se réfugia à Ripaille avec six de
N- II 5.)
L'INTERMEDIAIRE
- 587
588
ses compagnons pouF v pratiquer le con-
traire du régime cénobitique, quelle au-
baine I M. Francis Wey reprend une à une
toutes les pièces du procès, toutes les
phases du récit, et il rétablit la vérité dans
toute son évidence, a Les passions du
siècle dernier, dit-il en terminant cette
discussion lumineuse, ainsi qu*une strophe
de Voltaire, ont fait le reste et consacré
étourdiment une calomnie, au temps où,
sous prétexte de combattre les superstitions
catholiques, ce poète et son école immo-
laient leur patrie orthodoxe à l'Angleterre,
à la Prusse, à la Russie schismatiques ; au
temps où, après avoir déshonoré Jeanne
d'Arc, ils applaudissaient au partage de la
Pologne. »
Au bord de cette mer où s'égarent mes yeux,
Ripaille, je te vois. O bizarre Amédée !
Est-il vrai que dans ces beaux lieux,
Des soins et des candeurs écartant toute idée,
Tu vécus en vrai sage, en vrai voluptueux.
Et que, lassé bientôt de ton doux ermitage,
Tu voulus être pape, et cessas d'être sage?
Lieux sacrés du repos, jje n'en ferais pas tant;
Et, malgré les deux clés dont la vertu nous
Si j étais aussi pénitent, [frappe,
Je ne voudrais point être pape.
J. L.
Acceptions diverses du mot femme du
monde (V, 52o). — L'expression femme
du monde, que M. O. D. a rencontrée
dans une traduction du Vicaire de Wake-
fieldy n'est pas une copie littérale de l'expres-
sion anglaise, bien que celle-ci s'en rap-
proche beaucoup. Voici le passage auquel
notre correspondant fait allusion (ch. 26):
a The lady was only a woman of trie
town, » Littéralement : la dame était seu-
lement une femme de la ville, c'est-à-dire
de la capitale, de Londres. Ch. Nodier,
dans sa traduction publiée en x838, dit
sans hésiter : « C'était tout simplement une
fille publique. » — La même expression se
retrouve au chapitre suivant, dans le récit
d'Olivia : « Two abandoned women of the
torvn » (deux femmes abandonnées de la
ville), ce que Nodier traduit ainsi : « deux
femmes perdues de mœurs» » Dicastès.
— Ce terme, d'une morgue aristocra-
tique si souverainement dédaigneuse — à
l'égard de toutes celles qui ne sont pas de
ce monde- là, — date, pour le moins, du
grand siècle, témoin ce passage de La
Bruyère : « Pour les femmes du monde,
un jardinier est un jardinier, et un maçon
est un maçon; pour quelques autres plus
retirées, un maçon est un homme, un jar-
dinier est un homme...» — Ces femmes
du monde-lk sont celles du monde bien
élevé. Ce sont les femmes comme il faut,
— par opposition, hélas! aux femmes
comme il en faut, pour ne pas désisçner
autrement ces. malheureuses, — ouvrières
d'une catégorie trop spéciale, — qui vont
en journée — la nuit. Ulric.
Hommes et femmes célèbres non ma-
riés (V, 494, 542). — J'en demande par-
don à M. William E. A. Axon F. R. S. L
de Manchester, Goethe a été marié à Chris-
tine Vulpius, qui fut d'abord sa maîtresse.
Gœthe a adressé à Christine deux élégies
sur la métamorphose des plantes et des
animaux. Ristelhuber.
— On peut ajouter encore cet herma-
phrodite (qui, au moral et au physique,
tenait de Mercure et de Vénus) le cheva-
lier ou la chevalière d'Eon (car il signait
des deux manières).
Et parmi ceux ou celles (^ui auraient
mieux fait de ne se pas marier, Socrate,
dans l'antiquité, Albert Durer et André
del Sarto, au moyen âge, et, de nos jours,
Lad^ Byron (i), ainsi que la comtesse de
la Suze (Henriette de Coligny), dont la
reine de Suède, Christine, disait qu'elle
s'était rendue catholique pour ne voir son
mari ni en ce monde ni en l'autre.
P. A. L.
— Nul doute que de nombreuses commu-
nications ne soient adressées sur ce sujet
qui peut offrir un intérêt véritable. Voici
quelques noms qui s'offrent à ma pensée.
Et d'abord Sapho. Observons à cet égard
Que des rumeurs fâcheuses ont circulé à
1 égard de ses mœurs ; le savant Butmann
avait, dans le tome !•' de son Mythologus^
partagé l'opinion assez générale à cet
égard, mais il a changé d'avis après avoir
lu l'apologie spéciale écrite par M. Welcker,
en 18 16 ; M. Deschanel, qui a consacré à
la célèbre prêtresse de Lesbos un article
dans la Revue des Deux Mondes, se
montre moins disposé à absoudre. Quoi
qu'il en soit, je jette ici quelques indica-
tions qui seront sûrement complétées:
Héloïse, la reine Elisabeth, M^ Lubert,
femme de lettres que Voltaire avait sur-
nommée : Muse et Grâce ; M^^ de Somery,
douée d'un esprit original et indépen-
dant. F. B.
— Gabriel Naudé n'a pas été marié. Il
dit lui-même {Naudeana,p. log) : « Je ne
pourrois pas me résoudre à me marier. Ce
marché est trop épineux et trop plein de
difficulté pour im homme d'étude ; j'aime
mieux dire comme Horace :
...Melius nil caelibe vita. »
Naudé, au même endroit, renvoie à la
disssertation de Daniel Heinsius : An viro
litterato ducendasit uxor; à la 3 1"^ lettre
de U I" centurie du recueil épistolaire de
Juste Lipse, aux stances de Desportes sur
le mariage et à la page 233 des Discours
académiques de M. de Rampale. Le biblio-
(i) (N'est-ce pas plutôt Lord Byron?,»* Ré^-)
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[looct. 1869.
589 •
590 -
thécaire du cardinal Mazarin remarque
(p. 10), que le sacrement de mariage ne
plaît point en général aux Italiens et sur-
tout aux Romains. Il cite comme céliba-
taires morts dans Timpénitence finale :
Janus Nycius Erytreus* (Victor Rossy),
Pierre Pomponace, etc. EuQpjauL
Epigraphie des cadrans solaires (V,
532). — Dans le cimetière d'Anet (Eure-
et-Loir), j'ai noté cette inscription qu'on
lit au cadran de Téglise : Le temps passe
ET l'ÉTERKITÉ vient.
Au cadran de l'hôtel de ville de la même
commune : Ora ut te rapiat hora.
S. D.
— A Saint-Gratien, près de l'église et
du château, sur le trumeau d'une maison,
au premier étage, j'ai lu cette légende: Sol
REGIT me. et vos UMBRA. V. P.
ME, ET vos UMBRA.
Médailles en rhonnenr de la Saint-Bar-
thélémy (V, 533). — M. Frédéric Lock con-
naît-il la médaille frappée à Rome pour
perpétuer le souvenir de cet abominable
massacre, et portant pour inscription :
MAGNA HVGONOTORVM STRAGES ? Aujour-
d'hui que certaine école historique répu-
die au nom du catholicisme cette triste
page de son histoire, et présente la Saint-
Barthélémy comme un lait purement po-^
litique, il est bon de noter ce démenti
donné par la numismatique papale. Con-
sultez, du reste, ce que dit à ce sujet, et à
propos tant de cette médaille que d'un
tableau existant encore au Vatican, le Dic-
tionnaire de Larousse, au mot Saint- Bar-
thélémy. — Ce n'est pas répondre à la
question de M. Lock; mais cela intéres-
sera peut-être les lecteurs de Vlntermé-
diaire, (Saint-Malo.) A.-G. J.
€r0ttt)ailU0 tX (tttri00îté0, tic.
Inventaire général des objets d'art de
la France. — Il y a quelques années, un
patricien de Venise vendit à un marchand
de Paris un tableau célèbre de Paul Véro-
nèse qui, depuis trois siècles, faisait l'or-
nement du palais libéralement ouvert aux
forestieri. Le gouvernement autrichien
intervint, cassa la vente, empêcha la sor-
tie du tableau, et pour motif de cet acte
arbitraire, allégua que la valeur inesti-
mable de l'œuvre la rendait partie de
l'avoir artistique de la ville; que le comte
G*** en avait la jouissance, mais Venise
la nue propriété.
Paulo minora canamus. Un fait ana-
logue vient de se produire à Nantua. Un
tableau de Delacroix, le Saint Sébastien,
donné à' l'église de cette petite ville par le
Gouvernement de Juillet, a été récemment
vendu, toujours à un marchand de Paris,
par le conseil de fabrique. Grande, vive et
croissante émotion au sein du conseil mu-
nicipal, honorablement jaloux des riches-
ses artistiques de Nantua; plainte formu-
lée auprès de qui de droit, aux fins d'obtenir
l'annulation de la vente ; l'affaire est pen-
dante : il faut souhaiter qu'elle se termine
selon les vœux du conseil municipal, et
dans l'intérêt de la stabilité des œuvres
d'art données aux monuments publics. En
effet, si le gouvernement autrichien a usé
d'arbitraire dans un cas oit la propriété lé-
gitime d'une œuvre d'art ne faisait pas
doute, le conseil municipal de Nantua,
conservateur des monuments publics de
la cité et de leurs accessoires, me paraît
dans son droit et dans son devoir en s'op-
posant à ce qu'un accessoire de l'impor-
tance d'un tableau de Delacroix sorte de
l'église à laquelle le gouvernement; Ta
donné.
Dans la Chronique des Arts et de la
Curiosité du 18 juillet, M. Galichon pu-
blie, à l'occasion de l'affaire de Nantua,
de sérieuses réflexions. Il demande qu'en
donnant une œuvre d'art, l'administration
impose l'interdiction formelle de l'aliéner
et l'obligation de la placer dans des condi-
tions favorables de conservation.
Et afin de prévenir le retour d'incidents
tels que celui de Nantua, il propose de
dresser un inventaire général des objets
d'art placés dans les monuments publics
de toute la France, Il fait appel aux sa-
vants, aux amateurs, aux arcnivistes, aux
sociétés savantes et artistiques, et offre les
colonnes de la Ga:^ette des Beaux-Arts
pour publier leurs communications en un
catalogue, considérable avec le temps, qui
serait aux monuments publics ce que les
catalogues ou livrets sont à nos musées.
Des tentatives partielles et locales ont
eu lieu à diverses époques dans ce but, ce
qui prouve que l'idée de M. Galichon est
excellente et utile. Ne serait-il pas dans le
rôle et les fonctions de V Intermédiaire de
la répandre ainsi que 1 invitation du direc-
teur de la Galette, et, en reproduisant son
appel, de concourir à la réalisation d'une
pensée généreuse et pratique? Il est bien
peu de monuments publics d'une certaine
importance qui n'aient été l'objet d'une
publication locale ou générale plus ou
moins importante. Il y aurait donc deux
points : établir la bibliographie de la ques-
tion et, à son aide et en la complétant, ex-
traire ou former le catalogue général et
national de toutes les œuvres d'art exis-
tant en France dans les monuments pu-
blics. Qu'en pensent nos coabonnés?
Gz.
Denz Zeller an lien d'nn? — M. Ed.
N» II 5.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [lo oct. 1869.
591 592
sieur le maître de philosophie, et que Ton
patauge avec grâce... algébriquement!
H. DE S.
Chaignet s'occupant, dans sa Vie de So-
crate (Didier, i»ô8, p. 168), de la femme
du philosophe, dit en note : « On peut
lire, et non sans profit, sur ce sujet, un
petit article de M. Zeller surXantippe, in-
séré dans la Revue germanique à\i i*' sep-
tembre 1867. Je crois que c'est l'auteur de
YHistoire de la philosophie grecque, et je
me félicite de voir que ses conclusions ne
diffèrent pas sensiblement des miennes. »
Pour moi, je ne crois pas que Tapologiste
de Xantippe soit le même que Tnistorien
de la philosophie grecjque, et je prie les
lecteurs de V Intermédiaire de prononcer
entre M. Chaignet et moi. Yezimat.
Les métaphores de M. Delangle et de
M. Charles Dupin. — M. le procureur gé-
néral Delangle, dans un discours récem-
ment prononcé à l'occasion de l'inaugura-
tion de la statue de son prédécesseur
M. Dupin aîné, a eu des paroles d'admi-
ration pour cette « grande image. » N'est-
ce pas une grande image que celle dont le
même personnage s'était servi, au Sénat,
quelcjues jours auparavant (3 septembre),
en disant à M. le premier président Bon-
jean avec cette nardiesse oratoire que
donne l'indignation: « Vous attaquez dans
ses entrailles le plébiscite même ? » De
ces entrailles de plébiscite ^ il n'y aurait
rien à rapprocher, si M. le baron Dupin,
dans la séance suivante (4 septembre^ ne
s'était écrié, à propos des sénateurs, que
a des racines de cet ordre l'emportent cent
fois sur les racines vulgaires qui pren-
draient leur source dans les conseils gé-
néraux. » M. Prudhomme est dépassé, lui
qui, effrayé des probables excès de la Ré-
volution, disait si éloquemment : a II faut
enchaîner dans sa source le lion popu-
laire! » T. DE L.
c Figaro » et Tinfini. — « Dans la voie du
progrès, écrit M. Jules Richard {Figaro,
21 août 1869), il y a toujours un pas à
faire : c'est l'infini ; w +1, dit poétiquement
Talgèbre, etc. »
Où allons-nous par « la voie » de M. Jules
Richard, spécialiste militaire du Figaro,
et comment n + i peut il représenter Tin-
fini? Taupins et Cornichons à la res-
cousse 1 Vous me direz que n peut recevoir
toutes valeurs, de — 1 à Tinfini ? Fort
bien ! mais à quoi sert l'unité dans cette
formule de M. J. Richard... préoccupé
de Tinfini ? Cet «+i serait-il notation ? —
— Contentons- nous alors de la simple
bouteille 00 ... de pèlerin !
Mais l'unité sera ce pas qui est toujours
à faire... et n ne peut recevoir que des
valeurs finies : le progrès réalisable n'est
donc pas infini?... etpatati et patata, sans
compter, qu'à Tinfini, w-f i = w. La belle
chose que de savoir quelque chose, Mon-
Un enfant de Paris mâle et femelle tont
à la fois. — Le Figaro du i5 septembre
dit qu'il vient de se passer à Passy « un
fait sans précédent dans les annales de la
médecine. » Le médecin de l'état civil a
eu à constater « la naissance d'un herma-
phrodite chez lequel les deux sexes étaient
parfaitement visibles. Comment va être
inscrit ce nouveau-né? Est-ce une fille?
Est-ce un garçon? Voilà les questions qu'il
faut résoudre. Le médecin-accoucheur
tient pour le sexe féminin, et celui de l'é-
tat civil pour le sexe masculin. Jugez si le
cas est embarrassant. ;>
Or, il y a au moins un précédent, du
siècle dernier, et voici comment le cas fut
constaté.
Dans le registre des naissances de la
paroisse Bonne-Nouvelle ^ à Paris, on lit
ce qui suit :
a L'an i74i,et le i*' août, a été baptizé
un enfant dont la nature, quant à l'espèce
de masle ou femelle, ayant les deux noms,
a été déclarée incertaine par la dame Le-
clerc, maîtresse sache-femme, qui a été
nommé dans l'incertitude comme masle
François-Marie, enfant de Pierre-André
Levasseur, m« cordonnier, et de Marie-
Agathe Brunet, son épouse, demeurant
rue Neuve-de-CIéry,de cette paroisse, par
Jacques- François Martin et par Marie
Pourdin. Le père et la marreine ont dé-
claré ne savoir signer. Le parain et la sa-
che-femme ont signé avec nous.
« Dupuis, prêtre. »
Pour copie conforme : G. Saint-Joanny.
c Fiaaro » et Salomon de Caus. — « Salo-
mon de Caus, V inventeur du pouvoir delà
vapeur (1), n'est-il pas mort dans un ca-
banon de fous à Bicêtre? j> Ainsi s'exprime
(4 sept. 1869) ^- Behelle, ^rej^er du « ma-
lin compère, » pour la plus grande satis-
faction de Y inventeur Sam. -H. Berthoud,
trop connu lui même du peuple de 17«-
termédiaire. Cette absurde mystification,
perpétrée en décembre 1834 {Musée des
Familles), ne sortira donc point de la cir-
culation générale? Allons, confrère Be-
helle, on voit bien que vous ne lisez notre
Intermédiaire j' bien vous aurait pris, pour-
tant, de lire notre numéro 45 (10 novem-
bre 1 865), ou les Merveilles de la Science,
par Louis Figuier, ou même le Petit Jour-
nal (10 mai 1866) : vous auriez vu que
Salomon de Caus, ingénieur du roi, en-
terré au cimetière de la Trinité, à Paris,
le dernier de/évrier 1626, n'était pas visi-
ble dans un cabanon de Bicêtre en 1641-
Qu'on me ramène à Gaspard Hauserî
Paris. - Typ. de Ch. Meyraeis, rue Cuju, 18.— 1M9.
Numéro II 6.
CA«rdke««(
n cet 1869.
€ 2ntctméhïaïrt
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, V^OTES and QUERIES français.)
5o3
594
(Stuf0tton0*
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — NuMiSMATi<iUK
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
Voltaire traducteur on traduit. — On
trouve dans Alsfire ces quatre vers :
Des Dieux que nous servons connais la difFé-
[rence :
Le tien t'a commandé le meurtre et la ven-
[geance,
£t le mien, quand ton bras vient de m'assas-
[siner,
M'ordonne de te plaindre et de te pardonner!
La même idée a été exprimée dans les
trois vers anglais qui suivent :
Now learn the différence twixt thy faith and
[mine^
Mine bids me pardon, pity and forgive thee,
Thine bids thee take a life thou cans*t not give !
dont voici la traduction littérale :
■Maintenant apprends la différence entre ta foi
[et la mienne :
La mienne me commande le pardon, la pitié et
[l'oubli,
La tienne te commande de prendre une vie que
[tu ne saurais donner !
Quel est l'auteur des vers anglais? Et le-
quel des deux poëtes est le traducteur de
rautre? (Etretat.) J. Brunton.
Rose et Baiser, madrigal. — De qui donc
est ce joli petit madrigal :
Que ferez vous de la rose
Où j'ai vu, charmante chose.
Votre lèvre se poser ?
Donnez-la-moi ! Si l'on ose.
Autour de nous, en jaser,
Je suis prêt, — gardant la rose, —
A vous rendre le baiser.
N. V.
a Habentsnafatalibelli. n— A quel poëte
latin, ancien ou moderne, est emprunté
ce bout de vers, devenu proverbial, et dont
y ai vainement demandé et recherché l'au-
teur? U Intermédiaire y qui sait tout, ne
manquera assurément pas de me donner
satisfaction sur ce point. — J'oserai lui
demander aussi de quel Père de l'Eglise
ou de quel théologien est cette gracieuse
pensée sur Dieu, que j'ai glanée dans mes
lectures : Deus est hilaris, Clovis Mx.
Endetté comme un boncher. — Cette
expression, proverbiale à Nîmes, serait-
elle usitée sur quelques autres points de
la France; ou faut-il la considérer comme
un idiotisme local? (Nîmes.) Ch. L.
Faire la bête an roi quatrième. — Quel
est le sens de cette manière de parler qui
se trouve <lans une lettre de Bussy-Rabu-
tin?(Tome I, page 285 de l'édition d'Am-
sterdam, 1738.) (Nîmes.) Ch. L.
Petits Grevés. — D'où vient le nom de
Petits Crevés, qu'on donne, ici (Bruxelles),
aux cocodès bien pensants, aux jeunes élé-
gants de Saint Vincent de Paul?
Bon PioT.
Camée représentant les traits de Jésus-
Christ. — Divers journaux annoncent la
mise en vente d'une gravure et d'un buste
offrant l'image fidèle des traits de Jésus-
Christ, d'après un camée antique. 11 est
bien certain que ce camée est apocryphe,
mais il serait curieux de savoir s'il existe
réellement (en ce cas, à quelle époque il a
été fabriqué), ou bien si l'on s'est borné à
en supposer l'existence.
On met également en vente un buste en
bronze de la Vierge Marie, d'après le ta-
bleau de saint Luc. N'est-il pas étrange de
voir soutenir encore cette opinion qui at-
tribue à un évangéliste ces tableaux dfc la
Vierge avec l'enfant Jésus ^ que l'on voit
à Rome (dans l'église de Sainte-Marie Ma-
jeure) et à Bologne? La critique moderne
attribue ces productions au peintre Luca,
moine de Florence oui vivait au IX« siècle
et qui avait dû à sa haute piété le nom de
saint. Il paraît que Henri de Valois est le
TOME V. — 20
N« ii6J
L'INTERMÉDIAIRE
- 595
premier auteur catholique qui, dans ses
notes sur Eusèbe, mises au jour en lôSp,
ait contesté ces attnlHitio|& Voir les ou-
vrages cités dans la Bhgrafjf^^Mniyerselle
(article Luca Santojy en y ajoutant les Re-
cherches historiques de 6. Peienot, sur la
personne {et les portraits) de Xésus^-CHrist
et sur celle de Marie, Pans et Dijon, 182^,
in-80, ouvrage curieux, mais qui pourrait
encore être l'objet de développements éten-
dus, fournis par Tétude des monuments
figurés, avec ksquels le philologue dijon-
nais était peu familiarisé.
(Caen.) F. D.
L'étouffenr dn comte de Paris. - On
a raconté que, dans la mémorable séance
de la Chambre des députés, le 24 février
1848, où Lamartine proclama la Républi-
que, malgré lui, le petit comte de Paris,
amené par sa courageuse mère, la duchesse
d'Orléans, au milieu des représentants de
la France, fut enlevé par un inconnu et
faillit être étouffé par ce misérable. Le
fait, qui fut raconté alors, est-il réel? Il est
temps de le dire et de l'écrire, et même de
nommer TétoufFeur, — si étoufFeur il y a,
— et s'il est connu de quelque lecteur de
V Intermédiaire. P. de S. F.
Henri VU a-t-il été empoisonné an
moyen de la communion 7 — Quelques écri-
vains ont mis ce crime, le plus affreux que
l'imagination puisse inventer, sur le compte
d'un dominicain, Politiano de Montepul-
ciano; M. Viennet signale cette circon-
stance dans une Epttre à M. de Lamen-
nais, mais ce n'est pas une autorité bien
imposante. Ce fut à Sienne que l'empereur
d'Allemagne, Henri VII, mourut', le 4 août
i3i3, en lutte déclarée avec le pape Clé-
ment V, alors à Avignon. Trente ans après,
le roi de Bohême, Jean, déclara par let-
tres-patentes, que l'ordre de Saint- Domi-
nique était innocent de ce crime qu'on
continuait de lui imputer. Quelle est à cet
égard l'opinion des historiens sérieux? Sur
quels témoignages s'açpuie cette accusa-
tion effrayante ? Il serait désirable que des
recherches intelligentes vinssent dissiper
une incertitude qui, je crois, domine en-
core. (Marseille.) V. P.
596
La devise de Valentine de Milan. — J'ai
lu quelque part que la veuve de Louis
d'Orléans prit pour devise un arrosoir ac-
costé de deux S avec cette âme ou légende :
Plus ne m'est rien, rien ne m'est plus. Ces
deux prétendus S ne seraient-ils pas deux
cordelières, symbole héraldique du veu-
vage, mal dessinées par quelque peintre ou
mal vues par celui qui a donné la descrip-
tion ? C. DE T.
Robert d'Arbrissel (;i(U7-iii7). - Que
sait-on aujourd'hui, -«nistoriquement par-
lant, — sur les macérations, — non moins
étranges que légendaires ou proverbiales,
— auxQuelles se livrait le bienneureux Ro-
bert D Arbrissel (fondateur de l'Abbaye
' de Fontevrault), pour combattre et morti-
fier en lui le démon de la chair?
Truth.
D'un mot d'Alfonse X. — J'ai toujours
beaucoup douté, je Tavoue, de l'authenti-
cité du mot que l'on attribue au roi de
Castille, AlfonseX : Si f eusse été près du
Créateur, je lui aurais conseillé mieux que
cela. Quelle valable autorité peut-on invo-
quer en faveur de la réalité de cette remar.
que satirique ? Yezimat.
Mannscrit dn marécliai de Yanban.-
Un catalogue publié eni865, par M. Edwin
Tross, libraire à Paris, signalait la vente
des livres et manuscrits du célèbre cheva-
lier (ou chevalière) d'Eon, livrés aux en-
chères à Londres en 1791, comme offrant
de nombreux manuscrits autographes de
l'illustre maréchal. Que sont devenus ces
précieux manuscrits? Sont-ils restés eo
Angleterre? Ont-ils fait retour à la France?
prépare, dit-on, une histoire fort étendue
de Vauban, en a-t-il eu connaissance ?
B. G.
« La Stratonice. « — J'ai un roman, inti-
tulé : La Stratonice (Paris, Augustin
Courbé, au Palais, en la Petite Salle, à la
Palme, 1641, in-S). Le titre est gravé dans
le genre de Daniel Rabel. Malheureusement
la gravure, qui paraît avoir été faite pour
un in-4, est rognée par en bas et ne laisse
voir que le haut des lettres qui formaient
probablement les noms du dessinateur et
du graveur. Sur un second titre, est Je
chiffre d'Augustin Courbé. Il résulte de
l'avis au lecteur que gs textQ est une tra-
duction de l'italien, mais ni cet avis, ni le
Î)rivilége, daté le 3 1 mars 1 640, ne donnent
es noms de l'auteur ni du traducteur. Les
deux premiers livres forment un volume
de 3o4 pages»
La suite de la Stratonice, ou 3« livre,
forme un second volume à pagination
distincte, de 218 pages. — En 1648, ce
volume appartenait à Madame DoUé, à
Mande, selon la mention à l'encre mar-
quée sur le 2« titre, et la dernière page du
privilège porte, également à rencre, la
phrase suivante : Ce présent livre appar-
tient à Fleury Anguier. Cet Anguier, dit
Fleury, peintre, misait partie de l'Aca-
démie de Saint- Luc, et probablement, il
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
(25 oct. 1869
597
598
était parent du peintre d'architecture Guil-
laume Anguier et des célèbres sculpteurs
Michel et François Anguier.
Je serais heureux qu un lecteur de l'/w-
termédiaire pût me faire connaître le lîom
de l'auteur original italien et du traduc-
teur français. Je les ai vainement cherchés
jusqu'ici. E. G. P.
Le Gode Napoléon mis en vers français.
— Sous ce titre, il parut en i8ii un fort
volume in- 12, qui aujourd'hui n'est pas
très- commun. L'ouvrage est présenté
comme ayant pour auteur M. D***, ex-lé-
^ïiateur. M. Dupin, dans sa Bibliothèque
choisie des livres de droit, prétend, sous
le no 1861, que c'est à tort que l'on a at-
tribué au comte Daru le Code Napoléon
mis en vers; seulement, il ne dit pas quel
est le véritable auteur de ce livre. Quel-
qu'un pourrait -il me renseigner à cet
égard?
J'avais espéré trouver la solution de cette
question dans la nouvelle édition du Dic-
tionnaire des Anonymes, par Barbier, que
publie en ce moment M. Gustave Brunet,
mais j'ai eu beau compulser toute la partie
consacrée à l'initiale D***, Je n'ai rien
trouvé. A. SoREL.
Les c Gontre-Vérités » dn marquis de
Ronillac. — Connaît-on les Contre-Véri-
tés (en vers) oubliées dans la première
moitié du Xvli« siècle par Louis dé Goth,
marquis de Rouillac, mort le 19 mai 1662 ?
Tallemant des Réaux, qui dit de si plai-
santes choses sur cet original, n'a pas eu
connaissance de cet opuscule. M. P. Pa-
ris, qui a si bien commenté les Historiettes
en général et Vhisioriette de Rouillac en
particulier, ne mentionne pas non plus les
Contre- Vérités. Le Manuel du Libraire
n'en parle pas davantage. Puisse V Inter-
médiaire me dédommager du silence de
tous ces auteurs, et de bien d'autres que je
ne nomme pas 1 T. de L.
Pastiches et faussetés passant la per-
mission. — Le journal le Peuple français,
dans son numéro du 27 août 1060, con-
tient, à la troisième page, sous le titre
Edilité parisienne, un article en trois co-
lonnes signé Louis La:[are, Dans cet ar-
ticle, sont intercalées des citations ayant
l'apparence de choses historiques, trop
étendues, pour qu'il soit possible de les
reproduire ici. Cles choses, écrites tant
bien que mal en pastiche du XVII<) siècle,
je les ai déjà rencontrées, mais seulement
dans des publications de M. Louis Lazare
où elles ne sont jamais accompagnées
d'aucune indication de source. Il y a, no-
tamment, dans l'article du Peuple fran-
çais^ deux conversations, assez gaillardes,
dont Henri IV est un des interlocuteurs,
et roulant sur les grands travaux de Paris.
\J Intermédiaire compte dans sa clien-
tèle, de nombreux lecteurs qui s'occupent»
avec grande compétence, de l'histoire de
Paris. Quelqu'un d'entre eux pourrait-ii
attester, l'ayant vérifié par lui-même,
l'authenticité des anecdotes que M. Louis
Lazare vient de rééditer dans le Peuple
français, ai)rès les avoir précédemment
produites ailleurs (soit dans la Revue et
Galette municipale, soit dans le Diction-
naire des rues de Paris),
Je suis bien obligé, pour justifier mes
doutes, de rappeler que M. Lazare a déjà
mis en circulation ae prétendues lettres
du roi Henri IV, dont la fausseté a été pé-
remptoirement démontrée par M. Berger
de Xivrey.
Les citations dti Peuple français ont
été relevées, dès le lendemain, par le .
Temps qui s'en est appuyé dans un article
de polémique. Il ne faudrait pourtant pas
que des documents fabriqués par la fan-
taisie fussent acceptés et demeurassent
comme témoignages officiels et authen-
tiques. Frédéric Lock.
Note de M. Bazin sur Rangouze. — Dans
sa Description bibliographique des livres
choisis en tous genres, /. Techener (t. I,
i855, p. 212), je trouve l'indication que
voici : a 2654. Lettres panégyriques aux
héros de la France, par de Rangouze.
Paris, 1648, in-8<>. Exemplaire de Ëazin,
auteur de VHistoire de Louis XIII, avec
une longue note de sa main, d (^uelc^u'un
connaît-il cette longue note oui doit être
intéressante ? Pourrait-on m en donner
communication soit ici, soit à part?
T. DE L.
Une édition nouvelle de Vapereau. —
Est-il vrai qu'une quatrième édition du
Dictionnaire des Contemporains soit en
préparation? Elle répondrait à un besoin
très-réel, car depuis i865, date de la troi-
sième impression, bien des lacunes se font
remarquer. Ce Dictionnaire est au premier
rang de ces livres de référence qu'on con-
sulte sans cesse; il est donc bien essentiel
de le tenir à jour. Quant à moi, qui le con-
sulte très-souvent, j'ai noté comme bril-
lant par leur abr.ence une foule de noms
que réclame l'édition nouvelle. Je me bor-
nerai à extraire d'une liste que j'ai dressée,
et qui comprend plus de trois cents per-
sonnages, deux individualités qui méritent
bien une mention : MM. Maurice Sand et
Henri Rochefort. Le Dictionnaire dont il
s'agit ne s'occupant que des hommes vi-
vants, la mort l'oblige, depuis i863, à bien
des retranchements dont il résultera force
pages blanches faciles à remplir.
(Bordeaux.) C. A.
N- ii6.]
LWTERMÉDIAIRE
599
600
Famille Lonis, de Ligny en Barrois. —
Je prie vos lecteurs de me donner des ren-
seignements généalogiques, ainsi qu*une
description exacte des armoiries de la fa-
mille Louis, oriçinaire de (ou bien ayant
demeuré au XVÎl« siècle dans) la ville de
Ligny, département de la Meuse. Quel-
ques membres de cette famille durent quit-
ter leur pays, ainsi que le Barrois, où ils
possédaient des terres, parce qu'ils avaient
embrassé la religion réformée, et se réfu-
gièrent en d*autres pays, tandis que les
membres de cette famille qui étaient restés
catholiques y sont demeurés. J'aimerais
savoir, en même temps, s'il existe encore
un descendant de cette même famille.
(Amsterdam). J. G. de G. J. Jr.
ChemiBS de fer flottants à locomotiyes
sphéricpies. — Vers 1847, un ingénieur,
M. Mondot de Lagorée, inventa une forme
de navire à vapeur fort originale. 11 don-
nait à son pyroscaphe la sphéricité d'une
gigantesque boule, creuse nécessairement,
moins les engins de locomotion et l'arri-
mage. Comme une boule roule sur un plan
uni, en l'effleurant à peine, de même, son
navire à vapeur ou locomotive, remorquant
un train de navires, devait rouler sur la
surface de l'onde, avec une vitesse de
36 kilomètres à l'heure par un tirant d'eau
de six centimètres seulement !...
Une machine de puissance secondaire,
momdre que celles aes locomotives ordi-
naires, suffisait à obtenir l'efifet voulu.
M. Mondot ne demandait que 80,000 fr.
aux capitalistes intelligents et audacieux
de 1846. Les a-t-i! trouvés, et quelque essai
de cette ingénieuse boule a t-il jamais été
fait ? Cz.
Emigration, vers l'est, des centres de
population. — 1/observation démontre
que, pour beaucoup de villes, l'accroisse-
ment des constructions a surtout lieu de
l'ouest à Test, en sens inverse du courant
magnétique terrestre. La tendance des po-
pulations urbaines à se porter vers 1 est
a-t-elle été constatée scientifiquement?
Il doit y avoir des exceptions à cette règle,
comme c'est le cas, lorsque la ville est
adossée contre une montagne qui limite
à l'est son développement ; mais à Lyon,
par exemple, et aans beaucoup d'autres
villes où la colline-obstacle tavorise le
mouvement vers l'est, ce mouvement est
très-marqué, et cela depuis des temps fort
éloignés. On pourrait dire que générale-
ment, à l'origine des agglomérations ur-
baines, les fondateurs ou premiers habi-
tants se sont exposés volontairement au
soleil levant, en adossant leurs premiers
abris à des contreforts naturels ; de là, une
extension dans le sens de la plus facile
expansion, mais cette explication conjec-
' turale est-elle la clef de cette singulière
tendance? R... S. V. P.
Gouttes d'éther. — Ce que nous appe-
lons : a Gouttes d'éther, » est-il par une
locution vicieuse, ces « gouttes à Angle-
terre, » dont il est parlé dans un passage
de Voltaire ? « Ces paroles firent sur l'âme
de ringénu l'effet des gouttes d'Angle-
terre, qui rappellent un mourant à la vie
et lui font entr'ouvrir des yeux étonnés. »
— {L'Ingénu, ch. x.) J. L.
Armoiries des prélats et des sénatenn.
— C'est un droit ou un usage, — en l'ab-
sance de la réglementation des armoiries,
singulière lacune de la fameuse loi sur la
noblesse de i858, — que les évêques pren-
nent des armoiries en montant sur leur
siège épiscopal. En est-il de même pour
les sénateurs, non en possession de port
d'armoiries, au moment de leur élévation
au rang sénatorial, ou ce privilège est-il
réservé à ceux que la préconisa tion élève
au-dessus de leurs humbles troupeaux?
Quid, sous le premier Empire ? Cz.
Les sabotiers. — Dans la i55« lettre de
Guy Patin, en date du 2 5 novembre lôjp
— (édition de 1692),— on lit : « On fait ici
a le procès à un des chefs des sabotiers.
« nommé M. de Bonnesson, gentilhonnme
« du pais de Beausse. Il a été conduit de la
a Bastille au Grand-Conseil, qui a charge
o de lui faire son procez, mais ils n'en
a peuvent venir à bout : il ne parle point;
a il demande son renvoi à la Chambre de
a l'Edit (1} parce qu'il est huguenot, et
« n'a rien voulu répondre aux demandes et
«c questions qu'on lui a faites. Comme il
« avoit esté amené, avec une escorte de
« trois cens hommes, de la Bastille au
« Grand-Conseil, il y a de même esté ra-
a mené ; il a présenté requête au Parle-
tt ment pour y obtenir son renvoi. »
Patin revient sur cette affaire dans la
iSqe lettre (12 décembre i65g : « MM. du
« Grand-Conseil continuent à faire le pro-
« ces à ce M. de Bonnesson, huguenot, et
ft petit-fils de Duplessis-Mornai , gentil-
ce nomme de Beausse, qui étoit un des
« chefs sabotiers. Quelques-uns croient
« que ce pourra bien être pour demain, car
« ils en sont aux avis : les uns disent qu'il
« aura la tête tranchée, les autres parlent
« de la roue. M. de Pontereau, maître des
a requêtes, est allé en Normandie, y faii"^
« raser les châteaux et les bois de quei-
« ques seigneurs qui ont été condamnez
(i) L'édit de Nantes, accordé par Henri IV
aux Huguenots.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 oct. i86g.
6oi -
602
« par contumace pour le même crime. J'en
u ai, entr'autres, entendu nommer deux :
« sçavoir,Dameri et Créqui de Bernière. »
Dans la i6oeleitre,i"duII« volume, et en
date du 16 décembre i65p, on lit: a Samedi
« dernier, 1 3 de ce mois, le marquis de
« Bonnesson a eu la tête tranchée, à la Croix
tt du Tiroir. Il est mort huguenot, et n'a
« jamais voulu entendre le docteur de Sor-
« bonne qui tâchoit de le convertir, afin
a qu'il mourût à la romaine. U n*a pas
a voulu être bandé; je pense qu'il a été
« veu de tout Paris, car on l'a amené à la
« Bastille, dans une charrette fort élevée,
a iusques au lieu du supplice. Il avoit un
o livre en ses mains, dans lequel il lisoit : il
a était un des chefs de la conspiration des
a sabotiers. Il y en a encore deux dans la
tt Bastille, au procès desquels le Grand -
a Conseil a charge de travailler incessamT
« ment. Il étoit conduit au supplice par
f 800 archers à pié et à cheval. Si la con-
« spiration du marquis de Bonnesson eût
« réussi, on dit que c'eût été une horrible
« chose; qu'il y avoit plusieurs grands du
a royaume qui s'y étoient engagés par pro-
« messe, et. même il y en a qui disent que
a Cromwell avoit promis de s'y joindre, et
o qu'il devoit envoyer une armée à leur
o secours, qui eût abordé du côté delà Ro-
o chelle. Bon Dieu 1 quelle désolation il y
a eût eu en France ! »
Quelle est cette grave affaire des sabo-
tiers, qui effrayait si fort Guy Patin, peu
crédule et peu nmide de son naturel?
E. G. P.
Jenne homme, tous commencez par où
je ▼oudrais finir. — Bouillet, dans son
Dictionnaire universel d'Histoire et de
Géographie^ raconte que H.-L. Jacquet-
Droz fabriqua deux mains artificielles,
remplaçant presque la nature, et que Vau-
canson lui dit en les voyant : Jeune hom-
me^ vous commence^ par où je voudrais
finir. J'ai lu que, plus de soixante ans au-
paravant, Denis TalcTn, qui achevait dans
une des présidences du parlement de Pa-
ris une carrière marquée par d'éclatants
succès oratoires, s'écria en entendant l'a-
vocat général d'Aguesseau prononcer, à
vingt-deux ans, un éloquent discours : Je
voudrais finir comme ce jeune homme
commence. Ces deux mots sont-ils authen-
tiques ? EUQORRAL.
Merangoises. — « Le Vert-Galant, » lors
de son incroyable chasse après la princesse
de Condé, réfugiée en Belgique auprès des
archiducsAlberretlsabel, écrivait à Préaulx
pour lui faire ses doléances : « Je deschois
a si fort de mes merangoises, que je n'ai
tt plus que la peau sur les os. » D'où vient
ce mot ; a-t-iî la même signification que
marance, maranche de la langue romane :
peine, douleur, affliction, ennui?
P. A. L.
Les Récollets. — C'est une vieille chan-
son quelque peu grivoise, commençant
par :
Un jour, le gros frère Etienne,
et finissant par :
Amorçait le second coup.
Je voudrais en connaître Tauteur et l'é-
poque où elle parut, si c'est possible. Elle
est en une douzaine de couplets, si je m'en
souviens bien,
(Avignon.) A. B.
a La Sorcière, ;> de M. Michelet. — Est-
il vrai qu'une édition de cet ouvrage, pu-
bliée à Bruxelles, est bien plus complète
que celle de Paris? On nous assure, d'ail-
leurs, que le volume belge a lui-même été
fort expurgé, notamment d'un passage im-
portant relatif à la scandaleuse affaire du
Père Girard, On écrit à cet égard : a De la
a page 322 à la page 324 de l'édition de
« Bruxelles, la série de paragraphes com-
« mençant par ces mots : « Nous n'avons
« pas le courage , a et se terminant par
« ceux-ci : « Comment lui expliqua-t-il, »
« a été fort atténuée dans ses termes; la
a première rédaction, d'une crudité ef-
« trayante, a même été réimprimée par les
a soins d'un curieux. Je ne la transcrirai
• point, par la raison qu'il est impossible
« de la transcrire, mais je puis du moins
a copier le premier paragraphe : « Le ré-
« cit choquant qu'on va lire est tire tex-
« tuellement des trois dépositions de la
a Cadière (si naïves d'évidente véracité).
« Nous aurions voulu l'abréger pour le
'a rendre moins pénible, mais alors il eût
a été de nulle importance et de nulle uti-
o lité. » Di G.
Le marquis de Lribienickz(II, 716; III,
626; IV, 336). — Les cinq réponses pu-
bliées par V Intermédiaire, au sujet de ce
Î)rétendu marquis, n'ont fait qu'embrouil-
er la question, au lieu de la résoudre. Il
était, en effet, difficile aux érudits français
de fournir des renseignements exacts sur
un personnage dont l'histoire de la Polo-
gne n'a pas conservé le nom , et que
les historiens nationaux seraient sans
doute embarrassés de désigner d'une ma-
nière indubitable. J'ai dit prétendu mar-
quis, car ce titre n'a, pour ainsi dire, ja-
mais existé en Pologne, sauf une seule
exception : il a été donné, par le pape, à la
N* ii6.]
L'INTERMÉDIAIRE
6o3
604
famille Mys^kowsky^ qui l'a transmis en-
suite, par voie de substitution, à celle de
Wielopolski, Le marquis Wielopolski, fa-
meux gouverneur civil de Pologne avant
la dernière insurrection, est le seul mar-
quis qu'on connaisse en Pologne, et en-
core c'est un marquis romain, au miême
titre que les comtes romains actuels
en France. On ne connaissait en Pologne
3ue le titre de prince; ceux de comte et
e baron sont de provenance étrangère, et
ne se sont introduits qu'au XVIII* siècle.
Avant cette époque, les membres de la
haute aristocratie, qui occupaient toujours
des postes élevés, ne prenaient que les ti-
tres de leurs charges, tels que : le grand
général de la couronne, le grand chance-
iier,iie voïvode, le castellan, etc. Les en-
fants de ces dignitaires étaient désignés
sous des noms spéciaux signifiant : le fils
ou la fille du voïvode, du castellan, etc.
Tous les autres nobles prenaient le titre de
" chevalier polonais (eques polonus)» Il n*est
peut-être pas inutile d'ajouter que la par-
ticule de devant les noms polonais est un
pléonasme ridicule, imité du français par
aes gentilshommes polonais résiaant ou
voyageant en France. La terminaison ski,
propre aux adjectifs polonais, désigne l'ex-
traction, F origine, la possession^ et cor-
respond à l'article de français. Polski veut
dire de Pologne ou polonais; de même
Tarnowski (nom propre) veut dire origi-
naire ou seigneur de Tarnow. Les com-
tes Tarnowski actuels s'appelaient pri-
mitivement Jean, Stanislas, etc., na Tar-
nowie, soit seigneurs de Tarnow. 'P\\i%
tard, la préposition na (sur, de) fut rem-
placé par la finale ski ajoutée au nom de
propriété territoriale, et cette terminaison
indiquait la noblesse. Si Ton tient donc à
•donner aux noms polonais, par rapport
aux gentilshommes étrangers, la physio-
nomie nobiliaire, il faut les firandjser dans
le sens que je viens d'indiquer, sans les
-affubler seulement de la particule. Ainsi le
nom Wielopolski francisé deviendra de
WielopoL — Je m'étonne que les collabo-
rateurs de V Intermédiaire n'aient pas re-
marqué la terminaison bizarre donnée au
nom de Lubienic%. Ces trois consonnes,
réunies dans cet ordre, ne se rencontrent
peut-être que dans les langues ,des sauva-
ges, et encore. Le f final doit être rem-
placé par Tf . De tout ce qui précède, il ré-
sulte que le marquis de Lubienicks[ devient
Lubienicki tout court, sauf, en outre, la
rectification que je vais apporter à ce nom.
Il n'existe en Pologne aucune famille du
nom de Lubienicki, mais on en connaît
deux dont Tune s'appelait Lubienieçki
(j'ajoute la cédille pour figurer la pronon-
ciation), et l'autre Lubienieçki, avec le L
barré dont la prononciation n'a pas d'é-
quivalent en français. Le personnage qui
.nous occupe n'appartient . pas à la pre-
.mièr,e, dont le représentant, vivant, en iéj3,
était Stanislas Lubienieçki, socinien et as-
tronome, auteur des ouvrages signalés par
M. Ch. L., leauel, comme le fait juste-
ment observer M. E. P., était à cette épo-
que en exil (à Hambourg), et par consc-
quent ne pouvait pas être en mesure de
iournir qu grand Condé des nouvelles de
Pologne. — Je ferai observer, en passant,
à M. Ch. L., que les mots rapportés par
lui : St. LuBÎENiTz (sans doute à Lubienit^
en latin, soit de Lubienieç, soit Lubie-
nieçki), sive LuBiENSKi, sont inexacts, car
le nom de Lubienski appartient à toute
une autre famille. M. Brunet se trompe
donc à cet égard. — Ce qui me paraît le
plus probable, après bien des recnerches,
c'est que notre prétendu marquis pouvait
être Jean-Damascène Lubienieçki (avecie
L barré), docteur en théologie et histo-
rien, supérieur des Dominicains, et enfin
évêque de Bakou, en Valachie, en 171 1,
mort en 1 714. Il visita l'Italie et la France,
et enseigna même la théologie à Lyon. A
son retour, il sut mériter les bonnes grâ-
ces de Jean Sobieski, et devint plus tard
théologien à la cour de ce roi. Il a laissé :
Martjrrologium dominicanum; De gestis
et miracutts B. Ceslai, et deux ouvrages
manuscrits, une Histoire du pape Pie V
(en polonais), et une histoire dé son évê-
ché (en latin). Il est possible que pendant
son séjour en France JI se soit fait connaî-
tre, en sa qualité de savant étranger et de
théologien cat)iolique, au grand Condé,
qui aurait plus tard mis à profit cette con-
naissance. 'Seulement, le titre de marquis
reste inexplicable, d'autant plus qu'il s'a-
git d'un religieux. Mais M. Jacques D.
a-t-il vu la lettre, l'a-t-il bien lue? Je lui
serais fort reconnaissant de vouloir bieo
me faire savoir où elle se trouve. Je pour-
suivrai encore mes recherches, et si je
trouve autre chose, je ne manquerai pas
de le communiquer à V Intermédiaire. En
ce qui concerne la candidature du grand
Condé au trône de Pologne, en 1673,
M. £. P. est bien informé, tandis que
M. Alfred de Courtois^ qui le rectifie, com-
met lui-même une erreur. Le grand Condé
a été candidat deux fois. D'abord, après
l'abdication de Jeam Casimir (1669), en
concurrence avec Charles de Lorraine et
Philippe-Guillaume, prince de Neubourg.
Louis XIV, tu. apparence favorable au
grand Condé, empêchait en secret son
élection, et en effet, il échoua. Après la
mort du roi Mjchel (10 nov. 1673), dix-
sept candidats entraient en lice, entre
autres le grand Condé, Louis, duc de Ven-
dôme, Louis de Soissons, Charles V de
Lorraine et Jean-Guillaume, prince de
Neubourg. Le grand Condé n'a pas sans
doute voulu, après son échec, se porter
lui-même , mais sa candidature fut posée
et appuvée par Jean Sobieski lui-même,
comme fa justement deviné M. E. P. Les
Etats de la couronne avaient promis à
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 oct. 1869.
6o5
606
rempereur Léopold de faire épouser au
nouvel élu sa sœur Eléonore, veuve du roi
Michel^ et précisément à cause de cela, on
objectait 4 la diète d'élection que le grand
Condé, étant marié, rie pourrait pas rem-
plir cet engagement. Le protégé de la
France était alors, non pas le prince de
Neubourg, mais Sobieski lui-même, ap-
puyé par Forbin de Janson, évêque de
Marseille, ambassadeur de France en Po-
logne. Gustave Pawlowski.
I ' r.
Le ▼aisseau du désert (V, 27). — M. de
Quatrefages, dans>un ouvrage dont le nom
m'échappe, — peut-être bien dans les Sou-
venirs éun. Naturaliste, dit que les
Orientaux,' dans leur langage tieuré, ont
appelé le chameau le navire du aésert. J'i-
gnore si cette métaphore était connue et
employée en France antérieurement à cet
ouvrage. Mais il ne me paraît pas dou-
teux qu'on lui doive attribuer une origine
orientale* ' L. G.
Suite des sujets galants gravés par
Choffard(V, Sy). -^ Je- connais «quatre; su-
jets gravés par Choffard, d'après Baudouin :
la Fille surprise, qui est probablement la
Fille aueretlée par sa mère ; les Amants
éveilles, où je crois reconnaître la Fille
mal gardée ; la Leçon d^ amour ^ les Amours
champêtres.
Je suppose que c'est cette dernière gra-
vure que M. H. Vienne désire connaître.
La Jeune fille querellée par sa mère a
paru, sous ce titre, à l'Exposition de' 1763.
E. G. ?•
«
Noël (V, 59). — Je crois que la véritable
explication du mot Noël est le mot nais-
sance, comme le dit M. H. Tiédeman. Tou-
tefois , je ne serais pas assez exclusif pour
rejeter l'explication ingénieuse de M. J. P.,
qui voit dans ce mot une contraction de
noveL Mais^ s'il fallait adopter cette étymo-
logie, je demanderais à M. J. P. comment
il établit que Noël ait été le commence-
ment de 1 année, à quelle époque et dans
quels pays. Il est bien entendu que je ne
le nie pas. J'en hasarderais une autre ex-
plication. Si Noèl veut dire nouvel ou nou-
veauy et non naissance, j'y verrais une
allusion très-élevée au renouvellement du
monde et de la condition humaine. Saint
Paul et tous les grands docteurs chrétiens
exaltent sans cesse l'homme nouveau en
contraste avec le vieil homme, le rajeunis-
sement moral exprimé avec tant d'énergie
dans le psaume rappelé au commencement
de la messe : « Introïbo ad altare Dei; ad
Deum qui Istiiicat juventutem meam, »
(Je viendrai à l'autel de Dieu, vers ce Dieu
qui jette tant de joie sur mon rajeunisse-
ment, c*est-à-dire sur mon âme rajeunie
— ou renouvelée). La traduction : qui ré"
jouit ma jeunesse, est un contre-sens.
E. G. P.
Ambroise Paré était-il huguenot? (V,
234.) — Le docteur Giraudeau de Saint-
Gervais a mis la note suivante, p. 68 de
Syphilis, poëme par Barthélémy, Paris,
1848 : a Charles iX, de trop célèbre mé-
moire, eut une exct*oissance dans l'urètre,
dont il fut çuéri par Ambroise Paré, son
médecin, qui, pour récompense, échappa,
quoique protestant , aux massacres de la
Saint-Barthélemv. Comme le roi trouvait
que la cure était oien lente, Ambroise Paré
lui fit cette réponse si connue : « Je te soy-
« gne, et Dieu seul te guaryra. » '
P. RiSTELHUBER.
— Je crois que, finalement, on peut dire
de M. J al et de M. Bordier :
L'un a raison^ mais Tautre n'a pas tort.
Ambroise Paré fut huguenot pendant
une partie de sa vie, catholique pendant
une autre partie. C'est ce qiu'a reconnu un
critique qui n'a pas moins d'érudition que
de çagacité,' M. Ludovic Lalanne. Voici
sa note de la page 3o2 du tome IV (1808)
de son excellente édition des Œuvres com"
plètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de
Brantôme : « Voyez sur cet illustre chirur-
gien l'article gtte'-M. Jal lui a consacré
dans son Dictionnaire critique. Dans cet
article sont cités des actes, desquels on
peut conclure ou'Ambroise Paré, qui a été
certainement huguenot, redevint catho-
lique à la fin de sa vie, » T. de L.
a L'Enrhumé » de Béranger (V, 254). •—
Je trouve à la page 69 des Chansons de
P.'J. de Béranger (Supplément; Paris.
Chez les marchands de nouveauté. i83i.
Vhalen, Imprimeur-libraire, (à Bruxelles?)
Les deux autres volumes, du même format
in- 18, sortent des presses de Rignoux, à
Paris.) l'indication suivante :
Vers manquant dans la chauson {sic) intitulée
VEnrhumé.
Mais le papa... (V, Big.)
Puis la clef des initiales. A. B.
Un vers de Tartuffe (V, 339). — Errare
humanum est : perseverare diabolicum.
(Il est de la nature humaine de se tromper;
s'obstiner dans l'erreur est de celle du dia-
ble). Donc, je me suis trompé dans la ré-
ponse qu'a insérée Y Intermédiaire- J'ai
relu la scène <iu Tartuffe où se trouve le
vers en question; j'aurais dû la relire avant
de répondre, au lieu de me fier à ma mé-
moire. Il est vrai (circonstance atténuante)
M I
N* II 6.]
L'INTERMEDIAIRE
607
608
que ma bibliothèque était en déménage-
ment.
J*ai attribué à Tartuffe le mot : Dieu
vous aide! Cest Orgon qui le dit, dans le
discours de Dorine. La conclusion reste la
même, car Dorine reproche à Orgon sa
platitude vis-à-vis de Tartuffe ; d'où il suit
Qu'il n'était pas d'usage de roter à table et
de dire à ceux qui rotaient : Dieu vous
aidel comme on disait à ceux c^ui éter-
nuaient : A vos souhaits! ou Dieu vous
assiste! On ne peut pas ne pas éternuer;
on peut ne pas roter à table ; on doit sur-
tout dissimuler cette impolitesse, si on la
commet involontairement.
L'exemple tiré de Juvénal est-il bien
concluante J'en doute quelque peu; chez
les Romains, tout était présage; le rot était
un présage, et c'est pourauoi, du moins je
le pense, les parasites s empressaient de
congratuler l'amphytrion qui rotait. La
réflexion qui suit n'en est pas moins juste.
Après m*être rectifié, me sera-t-il permis
de rectifier C. D.? Il s'agissait bien, dans
la pièce du Tartuffe^ de roter à table, puis-
que Dorine venait de rappeler les extases
a'Orgon sur le large appétit de son cher
Tartuffe. E. G. P.
Le co({ gaulois (V, 342). — Je possède
un atlas intitulé : Atlas moderne.,, qui est
de 1762. Outre un magnifique frontispice
gravé par Prévost, d'après Monnet, il est
orné de nombreuses gravures parChoffart,
d'après lui-même, et par Berthaud, d'après
Marilier. Une de ces dernières s'applique
à la France divisée par gouvernements
militaires. On y remarque un coq au-dessus
des attributs des arts. — Bien que cette
gravure soit postérieure à celles qui ont
été citées dans les réponses que contient
V Intermédiaire^ je la cite pour montrer
3ue l'emblème du coq était passé dans le
omaine public pour représenter la France.
E. G. P.
Le pont d'or (V, 3^2). — a Napoléon,
apprenant la perte de la bataille de Culm
(30 août 181 3), ne peut concevoir comment
Vandamme se soit laissé entraîner en Bo-
hême. « A une armée qui fuit, répète- t-il,
a il faut faire un pont d or ou opposer une
« barrière d'acier... — Voilà la guerre, dit
tt ensuite l'empereur au duc de Bassano :
u bien haut le matin et bien bas le soir. »
{Bibliothèque historique et militaire, t. VII,
660.) A. Benoit.
Coiffer sainte Catherine (V, 346). — Voici
une explication due à Quitard :
« C'était autrefois l'usage, en plusieurs
provinces, le jour où une jeune fille se
mariait, de confiera une de ses amies, qui
d'arranger la coiffure nuptiale, dans l'idée
superstitieuse que cet emploi portant tou-
jours bonheur, celle qui le remplissait ne
pouvait manquer d'avoir à son tour un
époux dans un temps peu éloigné; et Ton
trouve encore |iu village plus d'une jouven-
celle qui, sous le charme d'une telle super-
stition, prend secrètement ses mesures afin
d'attacher la première une épingle au bon-
net d'une fiancée. Or, comme cet usage
n'a jamais pu être observé à l'égard J au-
cune des saintes connues sous le nom de
Catherine, puisque, d'après la remarque
des légendaires, toutes sont mortes vierges,
on a pris de là occasion de dire qu'une
vieille fille reste pour coiffer sainte Cathe-
rine, ce qui signifie en développement
qu'il n'y a chance pour elle d'entrer en
ménage qu'autant qu'elle aura fiait la toi-
lette de noces de cette sainte, condition
impossible à remplir. »
C'est un peu bien tiré par les cheveux;
je reproduis l'explication et la donne pour
ce qu'elle vaut. J. E. — G.
Mort de Louis-PhiUppe (V, 373). - Je
trouve, par hasard, en rangeant de vieux
papiers et d'anciennes épreuves d'impri-
merie, une réponse à peu près complète à
cette question historique, adressée à 17n-
termédiairCy il y a plusieurs mois, et restée
depuis sans solution, comme tant d'autres
questions qui pourraient donner lieu à des
éclaircissements curieux, si les témoins
oculaires et les contemporains voulaient
parler. Ma réponse est renfermée dans
3uatre pages, que j'ai cru devoir supprimer
ans le tome IVde mon Histoire politique,
anecdotique et populaire de Louis-Napo-
léon (Paris, Dufour et Mulat, i852, 4 vo-
lumes grand in-8«, avec figures et portraits).
Ces quatre pages figuraient en tête du
chapitre XII de ce volume; je les ai re-
tranchées après l'impression, et elles sont
remplacées par un carton dans tous les
exemplaires de cet ouvrage, qui est si peu
connu et qui a été tiré pourtant à plus
de vingt mille exemplaires. Voici donc la
reproduction des quatre pages originales,
oui du moins ne seront pas ici un hors
a 'œuvre :
« Le Président de la République, en re-
venant à Paris, avait eu la nouvelle de la
mort du roi Louis- Philippe.
« Il ne conservait aucun ressentiment
personnel contre le chef de la dynastie
d'Orléans, et il se plut à rendre hommage,
par quelques mots remplis de délicatesse
et de convenance, à la noble résignation
que le vieux roi avait montrée dans l'in-
fortune.
tt Louis -Philippe, cependant, venait de
succomber, non à un accès de maladie su-
bite, mais à une crise de douleur morale.
a A son arrivée en Angleterre, après les
désirait faire bientôt comme elle, le soin | mystérieux et tragiques événements de fé
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 oct. i86g.
609 -
610
vrier 1848, il était tombé dans le marasme
et dans un morne désespoir.
a Lord Wellington alla le voir, et le
trouvant gravement atteint de consomption
et tout à fait découragé, il employa les in-
génieuses ressources du raisonnement et
de la persuasion, pour faire croire au royal
exilé, que son rôle avait été assez glorieu-
sement joué jusqu'au bout; que 1 Europe
lui devait dix-huit ans de paix, la France,
dix-huit ans de prospérité, et qu'il n'était
tombé du trône que sous les efforts irrésis-
tibles d'une immense conspiration révolu-
tionnaire.
« Louis-Philippe releva la tête et ne s'ac-
cusa plus de faiolesse ni de vertige vis-à-vis
des événements imprévus qui l'avaient fait
sortir des Tuileries, fugitif et proscrit.
« — Ma part, en effet, est assez belle,
disait-il avec confiance; pendant dix- huit
ans, à moi seul, j'ai tenu en échec la révo-
lution qui menaçait l'Europe. J'aurai de
bonnes pages dans l'histoire ; on me saura
gré de ces dix-huit ans de règne. C'en est
fait, je suis le dernier roi de France.
« Louis -Philippe avait repris à la fois
santé et bonne humeur; il écrivait ses
mémoires, il vivait paisiblement à Clare-
mont, au milieu de sa famille; quelquefois,
il soupirait en songeant à la couronne qu'il
avait perdue, mais il se disait, pour se con-
soler, que si Ton triomphe aisément d'une
émeute, on n'arrête pas une révolution.
« La lumière cependant commençait à
se faire dans les ténèbres de cette révolu-
tion de février, qui n'avait été qu'une pa-
nique et qu'une surprise.
« Un nommé Chenu, qui' avait été
l'homme de confiance de Caussidière, et
qui ne se pardonnait pas d'avoir prêté la
main aux œuvres de desordre des sociétés
secrètes, fit amende honorable , en révélant
au p.ublic les origines et les ressorts cachés
d'une révolution, qui s'étaitipréparée dans
un bureau de journal entre vmgt ou trente
conspirateurs obscurs, plus audacieux
qu'habiles.
a Ce livre, intitulé ': Les Conspirateurs
de 1848, eut un prodigieux retentissement
par toute l'Europe ; la France eut honte
d'avoir été dupe d'une pareille mystification
républicaine, et l'on oublia que le hasard
seul avait fait la besogne des auteurs im-
prévus de la révolution de Février.
ft L'exilé de Claremont, suivant son ha-
bitude invariable, ne lisait pas les journaux;
il n'entendit parler que fort tara du livre
de Chenu ; il fut curieux de le connaître.
On ne sait qui le lui apporta.
a Un soir, pendant que la reine dormait
à ses côtés, il lut ce livre rapidement; une
fièvre ardente courut dans ses veines; il
fit une secOTde lecture du livre; la fièvre
avait atteint son paroxysme, et le vieux roi,
la poitrine oppressée et sifflante, prome-
nait autour de lui un regard morne et dé-
solé ; il voyait tous ces conspirateurs, que
Chenu a peints d'après nature, se dresser,
comme des spectres, à son chevet, et il
croyait entenare leurs insultes, leurs rail-
leries et leurs menaces. Cet affreux cau-
chemar, qui le poursuivait éveillé, ne s'é-
vanouit qu'au point du jour.
« — Sire, lui demanda la reine qui l'a-
vait entendu soupirer et s'agiter dans son
lit, Sire, vous ne dormez pas? Etes- vous
malade?
(i — Ah 1 ma pauvre amie, c'est le coup
de la mortl s'écria le roi avec un accent
déchirant. Ce livre, ce livre m'a tué !
« — Quel livre? reprit Marie-Amélie, se
levant avec précipitation et toute trem-
blante. Vous avez fait un mauvais rêve,
Sire!
« — Plût à Dieu que ce fût un rêve ! dit
le roi en lui montrant l'ouvrage de Chenu.
Vous savez bien, la révolution du 24 fé-
vrier? Ce n'était pas le peuple, ce n'était
pas la France, ce n'était pas une révolu-
tion! C'était, j'en ai honte; c'était une
misérable conspiration d'estaminet !
« — Sire, Sire, vous êtes encore sous
l'impression de ce rêve pénible. Remettez-
vous ! Tout cela est bien loin. Vous êtes en
sûreté, en Angleterre, à Claremont...
« — Et quand je pense cjue je n'ai pas
été averti I interrompit le roi. Il y avait des
ministres..., Non, les ministres avaient dé-
posé leur démission entre mes mains!...
Mais il y avait un préfet de police, un hon-
nête homme, M. Delessert... Il y avait un
général chargé du commandement de la
division militaire; il y avait un général en
chef de la garde nationale !. .. Et, personne,
personne n'est venu me dire que ce n'était
rien, pas même une insurrection!... Oh!
Madame, c'est afïreux ! être entouré de traî-
tres et d'aveugles!... Destinée des rois!...
Mais je n'étais pas un roi comme un autre,
je gouvernais!...
a — Sire, au nom du ciel, calmez-vous!
disait la reine. A quoi bon vous exalter
ainsi? Le passé est passé, n'y songeons
plus!
« — Moi! j'en mourrai... J'ai été faible,
j'ai été imprévoyant, j'ai été pusillanime!
Triste fin d'un grand règne!... Lisez, lisez
le livre ! Vous y verrez que cette révolu-
tion qui a brisé un trône, qui a chassé une
dynastie, qui a failli engloutir l'Europe
dans l'abîme de la France, eh bien! ce
n'était qu'une conspiration de bas étage,
qui disposait à peine de quelques centaines
d'hommes et qui n'eût pas tenu deux
heures, si je m'étais conduit en roi, si j'é-
tais monté à cheval, si j'avais seulement
donné l'ordre de résister... Oh ! Quelle
faute irréparable! N'avoir pas su! n avoir
pas vu! n'avoir pas compris!... Il y a de
quoi devenir la risée de l'Europe! un roi
aes Français qui abdique, qui s enfuit de-
vant vingt conspirateurs!...
« L'exaltation fébrile du roi ne faisait
que s'accroître à mesure qu'il repassait dans
N- II 6.1
L'INTERMÉDIAIRE
- 6ii
612
sa mémoire toutes les circonstances de son
départ précipité des Tuileries; les exhor-
tations et les prières de la reine n'avaient
plus le pouvoir de le ramener à des idées
de résignation et de patience. Il s'accusait
lui-mcmey il accusait tous les hommes po-
litiques qui l'avaient approché et conseillé
dans la nuit et dans la matinée du 24 fé-
vrier, il accusait sa famille, ses fils, la du-
chesse d'Orléans, la reine : a On l'avait
a trompé, disait-il, on l'avait mal instruit
a de ce qui se passait; sa sortie des Tuile-
o ries, sa fuite à travers la France, n'a-
« vaient été que les fatales conséquences
tt d'un malentendu. » Là-dessus, il citait
des passages de la brochure, qu'il avait
retenus dans sa mémoire ; il les commen-
tait, il les rattachait à des particularités de
sa conduite pendant les jours de crise par-
lementaire, oui amenèrent sa chute.
« Les méaecins furent appelés; il les
congédia, sans vouloir répondre à leurs
questions, sans avoir égara à leurs ordon-
nances; il disait qu'il n'avait pas trop de
temps pour s'occuper de ses affaires de roi.
On aurait pu le croire en démence, s'il
n'avait pas repris tout son sang-froid. Il
relut diverses parties de ses mémoires
manuscrits ; il y fît des changements et des
corrections ; if s'affaiblissait visiblement,
et la fièvre, en devenant plus lente, ne
changeait pas de caractère; les médecins
n'avaient pas caché qu'ils craignaient une
catastrophe immédiate.
« La révolution de Février était toujours
l'idée fixe du vieillard; il pria la reine
d'écrire sous sa dictée, et il dicta longtemps,
d'une voix débile mais avec une merveil-
leuse lucidité d'esprit; ce qu'il dictait
ainsi, c'était l'histoire des dernières heures
de son règne ; c'était un jugement impar-
tial et lumineux sur les événements aont
il avait été victime. Il ne voulut pas s'ar-
rêter, malgré la fatigue qu'il éprouvait,
avant d'avoir terminé la tâche suprême
qu'il s'était imposée ; enfin, la voix expira
sur ses lèvres, il avait fini de dicter, et l'a-
gonie allait commencer.
« Les médecins déclarèrent à la reine
que le roi n'avait plus que peu de temps à
vivre ; la reine alors n'hésita pas à lui de-
mander qu'il voulût bien accepter les se-
cours et les consolations de la religion.
Louis -Philippe se soumit volontiers au
désir de sa pieuse épouse. Une messe des
agonisants mt célébrée dans sa chambre,
en présence de toute sa famille, et il reçut
les derniers sacrëbents avec calme et sé-
rénité. Il était sept heures du soir. Pen-
dant la nuit, sa femme, ses enfants, ses pe-
tits-enfants veillèrent en silence autour de
son lit; il parla peu, parce qu'il n'avait
plus la force de se faire entendfre.
« — A-t-on des nouvelles de France?
dit-il. "■' ' ■ ' '
« Et comme on ne savait que lui répon-
dre, il ajouta, en s''èffttrèant d éle^^rlaTOix :
':_ .'.OUI ii ^ ij ..- .-i .V
« — Je voudrais bien enaporter avec moi
la certitude de reposer en France dans l'é-
glise de Dreux, auprès de mon bien-aimé
fils Charles!...
a II soupira et se tut; ses yeux s'étaient
remplis de larmes, à ce souvenir doulou-
reux. Il se tourna vers sa famille et lui
adressa de touchantes recommandations,
pleines de raison, de prévoyance et de dé-
licatesse. On assure cependant qu'il invita
le duc de Nemours, comme chef de la fa-
mille d'Orléans et tuteur de son neveu, le
comte de Paris, à ne faire aucun pacte
politique avec les Bourbons de la branche
aînée.
a L'agonie se prolongea jusqu'au jour;
à huit heures du matin, le mardi 26 août
1849, ^^ ro^ Louis-Philippe cessa de vivre,
sans convulsions et sans souffrances.
« Ses obsèques eurent lieu, le 2 septem-
bre, à Claremont. Sa famille n'avait fait
aucune démarche auprès du gouvernement
de ia République pour que les restes de
i' ex-roi des Français fussent transportés en
France et déposés dans les caveaux de l'é-
glise de Dreux, suivant sa suprême volonté.
On savait bien cependant que les lois d'exil
tombent devant un cercueil, v
Je déclare que '<:e récit est la fidèle re-
production des renseignements que je te-
nais alors de la bouche même de M. E...,
à qui les avait rapportés avec émotion un
des ministres de la monarchie de Juillet,
à son retour des obsèques de Louis-Phi-
lippe. P. L. Jacob, bibliophile.
Quel est le nombre de lettres, de mots
qu'il y a dans la Bible? (V, 401.) — Vers
le VI« siècle de notre ère, un monument
grandiose fut élevé par l'Académie juive
de Tibériade : c'est le texte hébreu de la
Bible, irrévocablement fixé d'après les mo-
numents les plus authentiques, et accom-
pagné d'un travail critique indiquant l'or-
thographe exacte et un certain nombre de
variantes qui méritaient d'être notées. Ce
travail reçut le nom de Maçora (tradition] :
il est fait avec le' soin le plus minutieux,
et, pour garantir le texte de toute altéra-
tion, les auteurs indiquent le nombre des
versets, des mots et même des lettres con-
tenus dans chaque livre.
C'est aussi de ciétte époque que datent
les poiÉrts-voyelies et ' les accents qui ac-
compagnent le texte biblique.
Sur les détails de ia Massore, on peut
voir: Jean Buxtorf, Tibefias $ive commen-
tarius Masorethicus, Basileœ. 1666, in-4"'
Ad. D.
Yitry-Ie-Françoi8 (V, 453).— M. Henri
Martin {Histoire de France populaire^
3« série, p. 211) répond : wVitri-le- Brûlé
ayant été rebâti, quatre siècles après, par
le roi François I", prit alors le nom de
~ 6i3
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
' < «-f 1 o t r(M »« f ta »t f
[25 oct. 1869.
Witn'le-FrançQîs , qu'on écrit aujourd'hui
à tort ^itri-le Français. » Yézimat.
La boprgaignote (V; ^67). — La ré-
ponse à cette question, plus compendieu-
semteat .exposée, aue;l^ réponse de la page
549, se trquve aans le np (je mai 1869,
page t55^ du Magasin pittoresque, avec
deipc beaux -spécimeps d armet et de.^our-
guignote y remarquablement gravés ^ur
bois.
Le fait du changement ,d'pn, casque (le
fer en chapeau à plume n!a,rijen... d ébou-
riffant. On a bien appelé casque (d'où cas-
quette) une coiffure de 4an^e, dont un
portrait lithographie de Ma(iame la du-
chesse de Berry a consacré la forme ridi-
cule, mais d'un porter élégant et fashio-
nable en 1828. (Voir les journaux de
MM. de la Mésangère et consorts.) Et les
calèches de nos grand'mères! S'est-on ja-
mais cru en droit de leur reprocher de
porter des « huit -ressorts p sur leurs
têtes ? Mais pour en reyenir à la bourgui-
gnote, au X?VII« siècle, c'était bien une
sorte de coiffure, car je trouve dans le rè-
glement de l'Académie de Puylaurens
(1679) cette phrase significative : « Les
« écoliers en théologie seront modestes en
« leurs vêtements , ne porteront point de
a cravates ni de hourguignotes , ni des ar-
a mes ou bâtons, ni autre chose contraire
a à la modestie, ni des cheveux longs, et
« seront vêtus de noir, etc. » Un casque
de fer ne saurait être rangé dans la classe
des objets de toilette « contraires à la mo-
destie, » ni assimilé à une a cravate. » Il
s'agît d'un chapeau. Cz.
Armoiries d'Etienne et Bernard Picart
(IV, 202 ; V, 483). — Je puis informer en-
core M. Cz. (dont j!aimerais bien savoir le
vrai nom) :
1° Que Etienne Picart, dit le Romain,
père de Bernard, naquit à Paps le 2 1 0(:-
tobre i632, et mourut à Amsterda^m le
12 novembre 172 1.. (M. Jal, dans son Dic-
tionnaire critique de biographie et d^his-
toire, Paris, 1867, donne, -^ par une faute
d'impression peut-être, — le. 21 novem-
bre^ 4721.)
2® Que Bernard Picart, né à Paris, le
1 1 juin 1673, mort à Amsterdam, mai 1733,
épousa Claudine Prost, à Paris, le 2 5
avril 1702, fille de Hierosme, Prost et de
Françoise Cramoisy. Tous deux demeu-
raient rue Saint-Jacques, vis-à-vis les Ma-
thurins.
3** Que de ce premier mariage , Bernard
Picart eut un fils, qu'il fit baptiser « Ro-
ger, » le 18 février 1703.
40 Que Bernard Picart fut bien fiancé
avec Anne Vincent, à Amsterdam, mais
qu'ils se sont épousés d^ns l'égalise >yal-
614
lonne, à Harlem, le 2 5 septembre 171 2
(sur âtfést^florf â'AîiSsfèrdim). — •< ' »
5<» Que de ce second mariage, outre un
fils Nicolas (doat parle M. Cz., mais qui
m'était entièrement inconnu), Bernard Pi-
card eut encore trois filles, savoir :
L Anna Picart, mariée d'abord à Siméon
Elin, et ensuite à Jean Tissot ;
IL Catherine Picart, mariée d'abord à
Jean Marret, ensuite à Reinees Floris
Elin (frère du susdit Siméon Elin) ;
II L Angélique-E^ther Picart, mariée à
Jean Lacost^ (d'une famille originaire de
Montauban). De ce mariage naquit, entre
autres : Catherine Lacoste, ma bisaïeule
maternelle, née à Amsterdam le 8 mars
17J.Q, et baptisée le 3o à la vieille église
waifopne. '
J'aimerais maintenant beaucoup savoir :
iO|Et principalement^ les armoiries de
cette famille Pic^^j-t;
20 Ce qu'on sait de Roger Picart, fils du
premier mariage, et de Nicolas Picart, fils
du second mariage de Bernard Picart;
3® S'ils ont eu des descendants?
(Amsterdam.) J.-G. de Groot Jamin Jr.
Galands d'or (V, 484). — Les galands
d'or n'étaient pas autre chose que des
nœuds de rubans dont on surchargeait
l'habit et le devant du haut-de-chausse. On
ne se servait déjà plus de cette expression,
du temps de Richelet, qui blâme Voiture
de l'avoir employé, en disant : « Le mot
« de galant, en ce sens, ne se dit plus, et
« ainsi Voiture, qui l'a écrit, n'est pas à
a imiter en cela. » A. Nalis.
Galant, comme petite oie, s'entendait des
rubans, de la garniture, etc., de tout ce
qui servait à l'embellissement de l'habit.
A. N.
— C'est ^pus Louis XIII qu'arriva d'Es-
pagne, où il signifie amant, le mot galan,
qyi, eUi JFrance, servit. à désigner les ru-
bans d'or et de soie dqnt souvent on fai-
sait, régal slux dames. Vojture, envoyant, à
Mademoiselle de Rambouillet douze gala^nts
pour une discrétion perdue par lui, n'a pas
manqué de jouer sur ce mot : « Puisque
la discrétion est la principale partie d un
galant, je crois qu'en vous en envoyant
douze J je vous paye bien libéralement ce
que je vous dois. Ne craignez pas d'en
prendre un si grand nombre, vous qui,
jusquès ici, n'en avez voulu recevoir pas
un; car je vous asseure que vous pouvez
vous fier à ceux-ci, et qu'ils se sauront
taire des faveurs que vous leur ferez, etc.' »
{Œuvreà de M, de Voiture. Paris, Augus-
tin Courbé, MDCLVI, p. 175.)
(JMétz'.j Th. p.
Mots^ spéciaux des Contes de Madame
N« 116.J
L'INTERMÉDIAIRE
6i5
616
d'Aolnoy. — Médecin de Ghodrai (V,
499)- —
Alidor, depuis peu, par Thymen étoit joint
Avec une fille charmante.
Mais d*une santé languissante,
Et oui de jour en jour perdoit son embonpoint.
Apres avoir en vain, aux dépens de sa bourse.
De maint remède fait ressay.
Il voulut la mener, pour dernière ressource.
Voir le médecin de Chaudray.
On sait que, sans latin , sans grec, et sans science,
Avec la seule expérience,
Sur les maux souvent il dit vra^.
Lorsque ce médecin Teut bien exammée :
tt Vous avez, luy dit-il, été mal accouchée.
— Ha ! reprit Alidor, Monsieur, vous voustrom-
[pez :
Son mal vient de quelque autre cause.
Depuis trois mois au plus nous sommes mariés.
— C'est, dit le médecin, tout ce que vous vou-
Je ne puis vous dire autre chose. [drez.
Feu Baraton, contemporain.
Frater et merlan (V, 5oi)- — Il paraît
qu'avant de placer le merlan dans la fri-
ture , on le saupoudre de farine. C'est au
poisson ainsi accoutré que l'on aurait com-
paré les perruquiers toujours tout blancs
de poudre. O. D.
— Du temps où l'on usait et abusait de
la poudre... à poudrer les cheveux, les
perruquiers, obligés de se servir toute la
journée delà boîte et de la houppe, ne pou-
vaient éviter de poudrer leurs vêtements,
de même que les meuniers sont toujours
couverts de farine. Quelque malicieux ga-
min de Paris compara un jour un artiste
capillaire à l'un de ces poissons, fort com-
muns dans toutes les boutiques de rôtis-
seurs, et que Ton passe dans la farine
avant de les plonfîer dans la friture. Le
mot fit fortune... Voilà ce que j'ai souvent
entendu dire par ma mère-grand. Mais
pourquoi les perruquiers, plutôt que les
meuniers? Parce qu'il n'y a jamais eu beau-
coup de meuniers à Paris, et que l'on
voyait, au contraire, courir au long du
jour les perruquiers oui allaient à domi-
cile, beaucoup plus qu aujourd'hui, accom-
moder leurs pratiques.
(Saint-Malo.) A. G. J.
— Je n'ai rien trouvé sur l'origine de ce
nom latin appliqué aux barbiers. Le Dic-
tionnaire de V Académie dit qu'il n'a été
donné aux chirurgiens que par plaisante-
rie. Ce n'est qu'un /rj/er, c'est à-dire un
mauvais chirurgien. Quant au mot mer-
lauy l'explication en est facile. Lorsque
l'usage de la poudre dans la coiffure a été
général, les barbiers ont pris l'habitude de
Eorter des habits gris à cause de la traînée
lanche ou plutôt des taches blanches que
la poudre y laissait. Le gris glacé de blanc
leur a donné une ressemblance éloignée
avec le merlan au ventre blanc,
E. G. P.
— Merlan : a Sobriquet donné à unper-
ruQuier à cause de la poudre qui couvre
ordinairement ses habits. »(Dhautel,Dic-
tionnaire du bas langage. Paris, 1808,
2 vol. in-8.) — « Le peuple emploie cette
expression depuis Tinvention de la poudre
à poudrer, parce qu'alors les perruquiers
étaient toujours eniarinés comme prêts à
mettre en la poêle à frire. » (A. Delvau,
Dictionnaire de la langue vertCy 2» édi-
* tionj 1867.) Cette locution date, en effet,
pour le moins du XVIII" siècle : on la
trouve usitée dans une chanson contre
M . de la Peyronie, premier chirurgien du
roi Louis XV, citée dans le Journal de
r avocat Barbier. (Août 1 744) :
Sur l'air : Des Pendus.
Or, écoutez, petits et grands.
L'histoire du chef des Merlans ( i].
Qui s'est joué, l'infâme traître.
Des jours de son roi, de son maître.
Et faillit à nous perdre tous
Pour complaire a Madame Enroux (2).
/ Ulr.
— J'ai dans mon cabinet un plat à barbe
en faïence populaire de l'Artois, sur lequel
on Ht :
C'est aujourd'hui
Merland fri (sic).
Ce oui, évidemment, signifie : C'est au-
jourd'hui jour de barbe, à cause de la res-
semblance que présente le visage bar-
bouillé de mousse de savon avec un merlan
saupoudré de farine qu'on va jeter dans la
poêle. En vertu d'un trope fréquemment
employé, l'épiihète a passé du barbouillé
au barbouilleur, du patient au frater.
(Chauny.) D' A. Warmont.
— Les Excentricités du langage de L.
Larchey nous fournissent une réponse à
la seconde partie de cette question. Voici
ce qu'on y ht au mot merlan : « Sobriquet
donné à un perruauier à cause de la pou-
dre qui couvre ordinairement ses habits. »
tt La Peyronie est chef des perruquiers,
qu*on appelle merlans parce qu'ils sont
blancs. » {Journal de Barbier, 1 744)
a M'adressantà un merlan qui filait une
perruque (Chateaubriand). Je vais me faire
merlander [faire coiffer), » J. R.
Fraudes pieuses, tromperies honnêtes
rV, 5oi). -- Trier, c'est Trèv^, dansla
cathédrale de laquelle on conserve « la
robe du Christ sans couture, une partie de
la couronne d'épines et un clou de la
croix. » En l'automne de 1844, un n^'^l'®'^
de fidèles vinrent visiter ces objets.
RiSTELHUBER.
— Deux villes, dans le^ Pays-Bas, por-
tent le nom de Trajectum, passage (//*tf/^0
(i) « Il est chef des perruquiers que l'on ap-
pelle merlans, parce qu'ils sont bhrncs. »
(2) « La duchesse de Châteauroux. »^{Notes
de Barbier. T. III, p. 537, ^ditipn Charpentier.^
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 oct. i86q.
617
618
Trajectum ad Mosam, Maastricht, et Tra-
jectum ad Rhenum, ou Trajectum vetuSy
ou Ultrajectum, Utrecht.
Trier est le nom allemand de Trêves,
Augusta Treverorum, capitale de l'ancien
électorat de ce nom.
Auxois ou Aussois est le nom d'un petit
pays dans la Bourgogne (Alesiensis Pagus)
(Avallon, Semur). Je ne trouve rien de
semblable dans la Lorraine. Ad. D.
— Trier est le nom allemand de Trêves.
Th. p.
6. Bastianini, statuaire (V, 502). — En
tête des œuvres de Girolamo Benivieni,
imprimées à Venise en i522, se trouve un
frontispice avec ces paroles de l'Ecriture :
Fa. che. Tu, Non, Faci.A me. Questo. che.
Tu. Non. Voi, Per. Te,, dont feu Bastia-
nini ne se serait pas souvenu , s'il est vrai
qu'il se soit prête à « une ruse bien our-
die, y> pour faire acheter d'abord, comme
une œuvre de la Renaissance, sauf ensuite
a à en revendiquer la paternité, » le buste
de Benivieni, qui fut si justement admiré
à l'Exposition de l'Union centrale des
Arts, en 186 5 et depuis au Louvre.
Le 2 5 janvier 1869, fut vendue à la rue
Drouot une cheminée monumentale de
cet artiste contemporain, provenant de
l'hôtel Basilewski : « Cheminée ornée
ft d'une frise représentant des Romains
« forçant les premiers chrétiens à adorer
« la statue d'un dieu païen. » Tout en ad-
mirant la pureté immaculée du marbre,
et la grande habileté de main du prati-
cien, on avouera que rien dans cette com-
position banale ne dénote « un si admira-
ble génie, » et il n'est pas surprenant, dès
Jors, que, sans « pertidie » aucune, « Ton
niât qu'il fût l'auteur » du magnifique
buste de Benivieni, qui possède, lui, à un
si haut degré , la Stampa del Cinque
Centol Cette cheminée fut adjugée aussi
pour à peu près la valeur du marbre.
P. A. L.
Le c( Gheyal de Desaix, > peint par Carié
Vernet (V, 5o2).— Je ne connais pas cette
lithographie de Victor Adam, mais d'a-
près Ta description de M. Ulrich, cela doit
être une étude d'après celui qui se trouve
auprès de Desaix blessé mortellement, au
centre du grand tableau, par Carie Vernet,
dans les galeries de Versailles, représen-
tant la bataille de Marengo. — J'ai vu, il y
a bien des années, dans, la chapelle du mo-
nastère du grand Saint- Bernard, un bas-
relief en marbre, qu'y fit ériger le premier
consul, où l'on voit aussi le cheval de De-
saix, et l'aide de ca mp Lebrun (plus tard duc
de Plaisance) relevant son général. J 'en ai
un trait à Teau-forte. J'ignore quel degré
d'authenticité peuvent avoir ces chevaux
de grands capitaines, par Victor Adam ;
j'ai de lui Copenhague, le cheval du duc
de Wellington, et le cheval de Napoléon,
mais je possède aussi une gravure faite en
1 809, par Hess, Bavarois, peintre de ba-
tailles de quelque célébrité. Elle a un
grand cachet de vérité. Il y a écrit au bas:
« Ali, cheval de bataille de Napoléon. Ce
« cheval, âgé à présent de vingt ans (en
« 1809), fut pris en Egypte sur Ali-Bey,
« et monté par un dragon du i8« régi-
« ment, (Il a le chiffre 18 marqué sur la
« hanche.) Pris parles mameluks, et repris
« par les François, il se fit remarquer du
a général Menou, qui, l'ayant emmené en
« Europe, le céda au premier consul.
« L'empereur l'a monté depuis dans toutes
a les batailles, et dernièrement dans celle
« de Wagram, de quatre heures du matin
a jusqu'à six heures du soir. L'auteur l'a
« dessiné d'après nature à Schœnbrunn. »
Cette bataille de Wagram fut livrée et
gagnée dans de beaux champs de blé, dont
rartillerie du général Lauriston ne laissa
pas un épi sur pied. Ce qui fit dire à
Carie Vernet que c'était une bataille ga-
gnée d'emblée (dans blé). P. A. L.
Bride, avallée TV, 53o). — Bride avalée
est évidemment la même chose que bride
abattue, bride qu'on laisse aller en aval,
en bas, qu'on ne retient plus. Le Diction-
naire de TAcadémie pouvait répondre à
la question ? B<*» Piot.
Mettre les pieds dans le plat |V, 33o).
— C'est-à-dire, ne pas se gêner, — fouler
aux pieds le qu'en dira-t-on, — en prendre
à son aise, ~ faire comme chez soi, —
comme font souvent, par exemple, les
chiens ou les chats, qui pour lécher un
plat plus commodément, commencent par
se planter dedans. Ulr.
— Ne serait-ce pas imiter les animaux
domestiques, les chiens, les chats, qui
mettent les pattes dans les plats, quand
ils veulent manger vite, ce qui ne leur est
pas destiné?
C'est donc être grossier, impoli, ne pas
savoir vivre, se mêler insolemment de ce
qui ne nous regarde pas.
(Alençon.) C. E. D.
— Avant même de connaître Torigine,
et pour être fixé sur la véritable significa-
tion de cette locution, je crois qu'il est bon
de constater les différents sens qu'on lui
attribue dans telle ou telle partie de la
France. En Bretagne, mettre les pieds
dans le plat, c'est : commettre une énor-
mité, ne garder aucun ménagement, dé-
passer les bornes. On met les pieds dans
le plat, en parlant corde dans la maison
d'un pendu; idemj lorsque échauffé par la
discussion, on jette à la figure de son ad-
versaire, en mettant les points sur les î,
N» II 6.]
L'INTERMÉDIAIRE
619
620
une bonne grosse vérité, qui n*est pas à la |
louange du susdit ; idem, il y a quelques
prêtres qui mettent les pieds dans le plat^
en contrevenant aux 6* et 9* commande-
ments de Dieu. Voilà trois nuances dis-
tinctes ; elles s^expliouent également par
la métaphore tirée de l'action éminemment
sotte, brutale et malhonnête de mettre les
pieds dans le plat.
(Saint-Malo.) A.-G. J.
Paire ripaille (V, 586). — En 1372,
Bonne de Bourbon, comtesse de Savoie,
fait construire une maison de plaisance sur
les bords du Léman. Elle y donne des
chartes de privilèges accordes à Thonon
en 1384, ^t c^^^^ maison de Ripaille ne
devient un couvent qu'en 14 10, de par
Amédée VIII, qui y installe des religieux
augustins. En 1430, le duc y fait bâtir « un
donjon à sept tours, » et Quatre ans après,
y convoque les députés" aes trois états de
Savoie, et remet le pouvoir exécutif aux
mains du prince Louis. Mais avant cette
retraite définitive, le vieux duc, veuf, et
fatigué des affaires et de l'appareil des
cours, se retirait à Ripaille ave^ ses plus
intimes conseillers. Il s'entoura d'eux d'ans
sa retraite. Tous âges, tous veufs comme
leur maître, les seigneurs du Saix, du Co-
lombiex, de Menthon et quelques autres,
— ils étaient sept, — n'avaient, pour leur
entretien, qu'une pension annuelle de
1800 florins d'or, assignée sur la cassette
du duc ; 600 pour le premier ; 200 pour
chaque chevalier. En tout, moins de
20,000 fr. de notre monnaie. C'était assez
pour une société de vieillards, mais était-
ce suffisant pour mener une vie volup-
tueuse, tenir table ouverte et faire liesse
et bonne chère ? Si l'on ajoute à la dépense
des habitants de Ripaille, celle d'un nom-
breux domestique (écujers, etc.), on peut
en conclure que c'étaient là des réjouis-
sances à bon marché. M. de Saint-Genis,
le récent historien de la Savoie, proteste
contre cette accusation et l'étymologie
savoryenne du terme malsonnant : faire
ripaille. Il en attribue tout le fâcheux effet
à Voltaire, dont trois méchants vers ont
suffi pour dénaturer le sens d'une expres-
sion qui, au temps de Moréri (Dict. nist. ;
Lyon, 1673), signifiait simplement : jouir
dans le repos des plaisirs innocents de la
campagne. Poggio, le secrétaire du com-
pétiteur de Félix V, dans ses Facéties;
M onstrelet, l'homme du duc de Bourgogne,
.l'adversaire irréconciliable du prince sa-
voyen, dans ses Chroniques, ont lancé ces
accusations, accueillies trop légèrement
par Duclos et par Richelet, résumées et
popularisées par une facétie de Voltaire.
(V»"^ de Saint-Genis, Hist. de Savoie, 3 vol.
in- 12. Paris, Amyot, 1869; t. I«', p. 404.)
Cz.
Hommes et femmes célèlnres non ma-
riés (V, 588). — Je vois dans une réponse
(V, 542) les noms de Marot, Montaigne qi
Larochefoucauld,
On ne connaît pas le nom de la femme
de Clément Marot, ni l'époaue du ma-
riage ; mais on croit généralement qu'il
fut marié. Il est certain qu'il eut des en-
fants, dont l'un, Michel Marot, publia des
poésies qu'on joint à celles du père.
Quant à Montaigne, le mieux, comme
toujours, ouand il s'agit de lui, est de le
laisser parler lui-même :
« De mon desseing, j'eusse fuy d'espou-
a ser là sagesse ûiesme, ^ elle  e'ftst
tt voulu : mais, nous avons beau dire, hi
« coustuine et l'usage de la vie commune
o nous emporte : la plus part de mes ac-
« tions se conduisent par exemple, û&n
« par chois : toutes fois, je ne m'y conviay
« pas proprement, on m'y mena, et y feus
«porté par des occasions estrangières. »
(Essais, Livre III, chap. v.) En effet, il
avait épousé, en 1 565, Mademoiselle Fran-
çoise de la Chassaigne, fille d'un conseil-
ler au Parlement de Bordeaux. Il en eut
six filles, dont une seule vécut.
Larochefoucauld, l'auteur des Maximes
(c'est bien de lui qu'on veut parler assu-
rément) avait épousé Andrée de Vivonné,
dont il n'eut pas moins de sept enfants.
L'un d'eux, cnevalier de Malte, fut tué au
passage du Rhin, ainsi que le jeune duc
de Longuevilîe, double source ae douleur
pour Larochefoucauld.
Tout le monde sait que son fils aîné et
son petit-fils, héritiers de son titre, occu-
pèrent des chargés à la cour. H. T.
Cadrni solairiana (V, 589). — Si M. H.
E. se fût donné la peine de chercher au-
dessous de gnômé, il eût trouvé gnomon,
qui indique, indicateur, horloge solaire.
Horolo^ium solare, hora, logos, qui dit,
horologion, qui dit l'heure. Ce qui est la
même chose que gnomon, qui fait con-
naître, de gnômi, connaître. Gnômê, pen-
sée exprimée, qui fait connaître, enseigne,
indique. (Alençon.) C. E. D.
— Pour répondre au désir de M. H. E ,
je luidonne, pour aujourd'hui, la sentence
que je me souviens avoir lue autour d'un
cadran solaire énorme établi sur la façade
d'une maison donnant sur la place de
Nègrepelisse (Tarn-et-Garonne). Comme
il y a une quinzaine d'années que je n'ai
visité cette ville des morts (nègrepelisse\
j'ignore si les progrès de Vhaussmanisation
ont respecté le cadran et sa légende. Voici
cette dernière :
Vulnerant omnes, uliima necat.
j'en promets d'autres à M. H. E,
D. Charruaud.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 oct. i86 9
621
— 622
— Une bonne sentence :
Vulnerant omnes, ultima necat,
Sous-entendez horce.
(Saint- Malo.)
A.-G. J.
Médaille de la Saint-Barthélémy (V,
589). — Dans les Annales de VHistoire
de France^ par Limiers, in-fol., 1721, se
trouve, au chapitre du règne de Charles IX,
la gravure, d'après une autre plus ancienne,
d'une médaille frappée probablement à
Paris. Je l'ai sous les yeux. Le roi est assis
sous un pavillon, foulant aux pieds un ca-
davre. Il tient, d'une main, une épée droite;
de l'autre, une main de justice. Autour
est cette devise en majuscules romaines :
ViRTVs IN REBELLES. Au revers, l'écu de
France accosté de deux colonnes canne-
lées, surmontées de couronnes de lauriers,
avec cette devise : Pietas excitavit ivsti-
TIAM.
Une autre médaille de 1572, tirée du
même ouvrage, et dont je n'ai que le re-
vers, se rapporte probablement aussi à la
Saint- Bartnélemy. On y voit un bras ho-
rizontal, sortant d'un nuage et tenant une
épée droite, surmontée d'une couronne
de lauriers et accostée de deux serpents
debout, avec la devise : HiE tibi ervnt
artes.
La médaille frappée à Rome par Gré-
foire XIII a été gravée au tome II, p. 1 33,
u Nouveau voyage d'Italie, de Maximi-
lien Misson, 3 vol. in-i2, 17
A. 60NNARDOT.
%r0ut)aiUe0 tt €uri00itéd.
M. Thiers contre Don Quichotte (V,
336). — Ami V. N., une enveloppe peut
être étroite, juste, assez lâche, larjge, et
même flottante... de par tous les Diction-
naires. Alors, pourquoi refuser de nous
rendre, avec le petit chapeau, la redingote
s'rise.,, poétiquement traitée d'enveloppe !
M. Michelet, l'homme de France qui com-
met le plus de parenthèses, en ouvrirait
une pour me dire que redingote n'appar-
tient pas au style soutenu, H. de S.
Un secrétaire d'antrefois (Du Tronchet).
— Kstienne du Tronchet, Forézien, qui fut
secrétaire de Catherine de Médicis, est un
type de ce genre d'hommes qui taillaient
la plume au service des grands, écrivaient,
composaient leurs lettres. Il a publié en
un beau volume petit in -4, avec titre, fleu-
rons et lettres initiales richement ornés,
une première édition de ses Lettres mis-
sives et familières, qui vit le jour à Paris
en 1 569. Plus d'un lecteur n'a voulu y voir
que du fatras; mais, en y regardant d'un
peu plus près, ces lettres, écrites à un grand
nomore de personnages, dont il donne
d'ailleurs les noms et qualités, contiennent
bon nombre de passages et de détails qui
ne manquent pas d'intérêt.
Il établit, dans sa préface, que «la langue
françoise commence à mitiguer son an-
cienne dureté, et qu'elle est obligée à l'ita-
lienne. » — « Il n'y a, dit-il au lecteur, chose
plus propre ni plus nécessaire à toutes ac-
tions et pratiques humaines que la faculté
de l'escriture, parmi lacjuelle est tant sin-.
gulière ceste lettre familière que nous appe-
lons missive : que je m'esbahis que nos
prédécesseurs n'en ont eu jusques ici faict
plus d'estat, en lieu que les Grecs et Latins
anciens et mesmement les Italiens et tous
autres curieux de bonnes choses, ont mis
peine d'en faire recueils et trésors inesti-
mables. Ce que je ne puis recevoir de nous,
Que d'une pure négligence , et d'une diffi-
aence que nous avons de nous-mêmes,
sinon qu'ils voulussent dire qu'il n'y a pas
longtemps que nostre laneue françoise
commence de pulluler, et depuis qu'elle
est entrée à se congnoistre, prenant quelque
plus gracieux air, de mitiguer sa dureté ai;i-
cienne, comme si nous venons à feuilleter
les livres et expéditions de nos modernes
prédécesseurs, sans courir plus avant, nous
trouverons qu'elle est de beaucoup aug-
mentée, singulièrement sur le butin qu'elle
a faict au moyen de la curieuse et louable
conversation de ses voisines, mesmement
sur l'Italienne, qui sans nulle doute luy a
faict heureuse part de son bien. Et encore
que je sache que ceste confession ne sera
guères aggréable à plusieurs, qui se sont
tourmentes de maintenir le contraiite, par
je ne sais quelles légères opinions : si m'en
rapporté-je à toy^ lecteur, qui pourras de
tov-mesmes ruminer, que s il est aujour-
d'huy en propos de discourir de la guerre,
des factions, d'une cavalerie, d'une infan-
terie, d'une escuyerie, des armes, voire de
l'amour, et généralement de toutes choses
graves et ordinaires : les plus beaux traits
des plus disertes langues qui se veulent
faire ouïr, sont en plus part espuisés dans
les propres facultés de Tltalie. Et puisqu'il
est question , en ces miennes lettres, de
pillage et d'usurpation, il ne m'a pieu de
faire mon butin en plus opulentes cassines.
Or, me sentant forcé de conscience d'en
faire plus ample satisfaction, j'ay pensé.
Lecteur, que puisque diverses personnes y
peuvent avoir bonne part, et qu'il seroit
mal aisé d'en faire restitutions particu-
lières : j'en useray à la mode de ces Mi-
lors, citadins et bourgeois. Lesquels ayant
consumé le meilleur de leurs 4ns à .aug-
menter leurs maisons par vélocités d'yjçures
au préjudice d'autruy, lorsqu'ils viennent
à se sentir capulaires, l'oéilà d^eq^ysilp?, et
le pied sur la fosse, sur la presse et syxidé-
rèse de leur conscience, ne pouvans resti-
N- lit).]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [2b oct. 1869.
623
624
tuer particulièrement ce qu'ils ont ainsi
usurpé par le menu, se rangent à faire
lestamens renommés, fondent hospitaliti^s
publiques et font aumosnes générales. A
leur instar, Lecteur, j'ay esté conseillé de
mettre mon pillage en lumière et utilité
publique... »
Il ajoute « qu'il seroit bien nécessaire de
réformer l'abus qui a jusques icy eu cours
en ce royaume de ce pauvre tiltre de Secré-
taire, avilité, profané et dégénéré de la di-
vinité de la plume. A quoy je supplie très-
humblement Messieurs les secrétaires
d'Estat (qui anciennement estoient appe-
lés secrétaires d'honneur, et c^ui en ce
temps sont en si grande réputation) qu'il
leur plaise, pour le bien public de la plume,
imposer leur royale mam à l'extinction de
telles erreurs, et à lever de tyrannie ce
pauvre tiltre de secrétaire. Je pense, Lec-
teur, qu'après mes dits sieurs, il y en a de
trois sortes en ce royaume. — Les pre-
miers sont ceux-là qu ils savent escrimer
quelque trait de plume mal accompaigné,
avec un formulaire de quelques lettres de
communes recommandations, et la dexté-
rité d'un paquet bien troussé : ceux-là sont
incontinent sufïisans secrétaires de quel-
ques Seigneurs (car il n'y a si petit gentil-
homme qui ne traîne plus de secrétaires
que de cuisiniers), et montent après jus-
ques aux Princes et aux grands Seigneurs,
recevans de degré à autre des clercs de
mesme capacité. Ces secrétaires-là (me par-
donnent les bons), je les appellerois volon-
tiers secrétaires bastards, les ayant quel-
que paillarde plume engendrés par le mac-
querelage de l'ignorance. — Les autres
sont une manière de mouches pédantes-
queset gueppes importunes, qui, masqués
ae quelque apparence chicannesque , se
poussent au service des Seigneurs, par ex-
plorations et advertissemens de ruynes et
de confiscations. Et cuydans s'augmenter
sur l'intérest d'autruy, démolissent, cor-
rompent et éclipsent les naturelles bon-
tés, bonnes mœurs, honneur, vertus et ré-
putation de leurs maîtres. Ceux-là ne
scauroient estre nommés que secrétaires
Barbares. — Les anciens, en toutes mo-
narchies et républiques, ont fait toujours
grand état des bons et dignes secrétaires.
En Perse, tous gouverneurs de pays, qu'on
appelait satrapes, avaient chacun un se-
crétaire de leur rang à leur suite, bien et
honorablement entretenu, pour recevoir et
tenir compte des lettres et mandements,
les induire et imprimer au cœur des sa-
trapes, et faire les dépenses nécessaires.
Le bon secrétaire doit estre fondé de bon-
nes lettres, de beaucoup de sagesse, de
beaucoup de diligence, de beaucoup d'ex-
périence, de bon sens naturel, de peu de
mouvement, de peu de langage, de bon
advis et de bonne {sic) exemple.
Et celui-là se doit proprement appeler se-
crétaire légitime^ qui, pour en parler fran-
chement, n'appartient qu'aux princes, à
gens de conseil privé, à gouverneurs de pro-
vinces, et à ceux qui ont qualité, estats ou
offices de grandeur, concernant administra-
tion et maniement de négoces publiques. »
L'auteur part de là pour faire une péro-
raison pathétique, où l'on sent qu'il parle
pro domo sua, en invoquant pour les pau
vres et besoigneux secrétaires légitimes la
munificence des patrons. 11 souhaite que
les faveurs des Excellences, Altesses et
Majestés pleuvent sur les grands seigneurs,
afin que ceux-ci « en puissent, par canaux
et ruisseaux, arroser et abreuver l'herbe
nécessiteuse des inférieurs, » — a Car,
ajoute-t-il, les Empereurs, Rois et Poten-
tats sont proprement figure des mers de
ce monde, es quelles continuellement af-
fluent les substances des gros fleuves et
des grosses rivières, qui s'amplifient des
fontaines et ruisseaux. Ce sont les recep-
tes générales et particulières, lesquelles en
fin entièrement engouffrées, en ces souve-
raines mers^ se pourroient esgoutter,
SI,
par révolution nécessaire, ces ruisseaux
particuliers n'estoient refournis par la li-
béralité et influence des Astres, qui sont
en terre les Grands Seigneurs et magis-
trats, proches et ministres des sacrées fœ-
licités. »
Au milieu de ces ampoules, il y a du
bon, n'est-ce pas? Et que dites-vous de
cette curieuse dénomination anticipée de
*i receptes générales et particulières ^ »
S. D.
Antiquité de la crinoline. — Dans son
chapitre, intitulé : Du prêtre de Juviter
et de son épouse (traduction de labbé
Douze de Verteuil), Aulus Gellius, vulgai-
rement Aulu-Gelle, dit, en parlant de Te
pouse du grand pontife : Son manteau est
« de couleur de feu ; un cerceau, formé
« du bois d'un arbre heureux, aide à sou-
« tenir l'habillement de couleur de pourpre
M et garni de franges, dont elle se couvre. "
{Nuits attiques. Paris, 1776; t. I«', p. i]^-
11 faut avouer que paniers et crinolines
n'ont pas toujours été aussi bien portés.
A la page lyS, il avait déjà été question
de bois heureux. Naturellement le traduc;
teur s'est demandé ce que c'était. Voici
ce qu'il dit en note : « On ne sait trop ce
que les anciens appelloient un arbre
heureux ou malheureux. Caton pense
3ue le premier étoit celui gui portoit
es fruits; et l'autre, celui qui étoit
stérile. »
Si Caton était réduit aux conjectures,
j'ai, certes, le droit de ne rien savoir du
tout à ce sujet. Quelque correspondant
de V Intermédiaire serait-il plus avancé
que Caton et votre serviteur ?
E. G. P.
a
o
a
tt
Paris. — Typ. de Ch. Meiroeii, rua Ciù**» !*• " *^'
.Numéro 147.
Cherchez et
QO«<)CB_
Il se faut
V01SS trouverez.
•Z^'
entr'aider.
r"i*,#.
&^^^%^
\tà^
IOnov.1869.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, Z/^OTES and QUERIES français.)
625
626
Clut0ti0nd*
Belles-Lettres — Philologie — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — Numismatique
*• Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— I>ivers.
Le brnit est pour le fat. — De qui sont,
et où se trouvent ces deux vers que je cite
de mémoire et par à peu près :
Le bruit est pour le fat, la plainte est pour le
[sot;
L'honnête homme trompé s'éloigne et ne dit
[mot.
F. DE S.
Denz vers à retrouver. — De qui sont
ces deux vers, souvent cités et toujours
vrais :
Les repus et le& publicains
Sont rarement républicains.
Baron Piot.
D'une épigramme contre M. Henri Mar-
tin. — De qui est cette épigramme déco-
chée contre M. H. Martin, à l'occasion du
prix de vingt mille francs accordé par l'In-
stitut à son Histoire de France :
Notre Institut toujours étonnera le monde !
Vingt mille francs, Martin ! — Certes, la somme
[est ronde !
Mais si l'on compte bien, l'on voit avec terreur
Que ce n'est même pas quatre sous par erreur.
EUQORRAL.
Sur un quatrain cité par M. Victor Cou-
sin. — M. V. Cousin {Madame de Sablé,
3® édition, i865,p. 1 53), reproduisant une
lettre écrite à La Rochefoucauld par la du-
chesse de Schomberg (Marie de Hautefort),
demande (en note) de qui sont ces jolis
vers cités avec tant d'à-propos dans ladite
lettre :
La raison sans cesse raisonne
Et jamais n'a guéri personne;
Et le dépit, le plus souvent,
Rend plus amoureux que devant.
Je renouvelle la question de M. Cousin.
T. DE L.
< Le Loup et l'Agneau, » vignette ré-
volutionnaire. — Quand Tinfâme Lebon
versait le sang à Arras, une brochure diri-
gée contre lui porte une vignette qui re-
présente un loup dévorant un agneau; elle
est évidemment d'un artiste du premier
mérite.
Pourrait-on savoir son nom? Elle doit
être d'une rareté excessive. D. L.
Quidante. — Dans sa 334<' lettre (29 juil-
let 1667), Guy Patin dit à Falconnet, mé-
decin à Lyon : « On a publié par toutes
« les paroisses de Paris un monitoire très-
a important, lequel contient plusieurs chefs
a d'accusation contre une certaine ^«i-
adante, etc. » (Mot souligné dans le
texte.)
Ce mot, assez mal formé, est-il de l'in-
vention de G. Patin? En connaît-on d'au-
tres exemples? — Le Dictionnaire de l'A-
cadémie, au mot ^uidam^ donne le fémi-
nin quidane, qui me semble singulier,
comme dérivé d'un mot latin entré dans
la langue française sans altération. Il ajoute
que le mot quidam, dont le sens primitif
est du langage du droit, se prend souvent
en mauvaise part, tandis que le féminin
quidane n'est pas employé dans cette der-
nière acception. Faut-il en conclure que
Guy Patin, qui souligne le mot quidante,
a été obligé de le forger pour remplacer
un féminin qui n'existait pas? Ou bien
l'usage n'avait-il pas encore fait accepter
aucune forme féminine ati mot quidam ?
C'est une question dont on trouverait peut-
être la solution dans les anciens diction-
naires français. Mais je n'en possède au-
cun et ne suis pas à Paris pour les consul-
ter. Avis aux correspondants parisiens de
l'Intermédiaire. E. G. P.
Un mystère à découvrir. — Je puis me
féliciter d'avoir, non pas découvert, mais
signalé le premier, il y a plus de trente ans,
le Mystère du siège a Orléans, qui se trou-
vait, oublié et négligé, parmi les manus-
crits de la reine de Suède, provenant de
Paul Petau, à la bibliothèque duVatican.
Je m'étais borné à constater la valeur de
ce document historique et littéraire et à en
TOME V.— 21
N» 117]
L'INTERMÉDIAIRE
MU »
» n 'i t* '
627
628 -
transcrire Quelques vers. L'érudition vou-
lut bien répondre à mon appel, et le sa-
vant M. Guessard, de l'Ecole des Chartes,
fut chargé de publier ce mystère dans la
collection des Documents médits. Cette
publication lui a fait grand honneur, et
nous devons nous réjouir de l'avoir pro-
voquée. On s'est demandé si le Mystère
du siège d'Orléans avait été représenté, et
on a cru pouvoir supposer que la repré-
sentation avait eu heu, en effet, dans la
ville de Nantes, aux frais du trop célèbre
maréchal de Ra3rs. II existe, à ce sujet, une
dissertation très-intéressante, aue nous ci-
tons de mémoire et que les érudits con-
naissent bien.
Il s'agirait de démontrer maintenant que
ce n'est pas le Mystère du siège d'Orléans
qui fut représenté alors aux frais et à l'insti-
gation du maréchal de Ravs, mais bien un
autre mystère relatif aux événements mili-
taires du règne de Charles VII. Voici quel
serait ce mystère, dont la Bibliothèque
française de Du Verdier nous fournit le
titre détaillé:
« Mystère, là où France se représente,
en forme d'un personnage, au roi Char-
les VII, pour le glorifier es grâces que
Dieu a faites pour luy et qu'il a reçues à
sa cause, durant son règne ; et parlent en-
semble, en forme de dialogue ; puis, ses
barons parlent l'un après l'autre, chacun
en deux couplets ; à savoir le sieur de Bar-
bazan, le sieur d'Estouteville, le maréchal
de Boussac, le sieur de Gaucourt, Poton
dte Xaintrailles^ la Hire, Amadoc de Vi-
gRo)es, Jean de Brezé, l'amiral de Coëtivi,
messire Robert de Floques, le comte d'Au-
male, le comte de Rohan, le comte Dou-
glas, le sieur de Ga mâches, le baron de
Coulonges, Artus de Bretagne, connesta-
ble de France, le sieur d'Orval, le comte
du Maine, messire Pierre Je Brezé, le
comte de Dunois, le comte de Foix, le
sieur du Bueuil, le sieur de Loehac, Joa-
chim Roault. Ecrit en main. »
Et de Jeanne d'Arc, il n'en est pas ques-
tion dans cette nomenclature de person-
nages qui tous ont joué un rôle plus ou
moins important sous le règne de Char-
les VII!
J'invite les bibliothécaires à chercher ce
mystère, qui existe peut-être dans quel-
que bibliothèque publique, en France ou
à l'étranger, et je propose de le consi-
dérer, à vriori, comme celui que le maré-
chal de Kays avait fait composer tout ex-
près pour les fêtes magnifiques qui furent
célébrées à Nantes, peu de temps avant le
tragique dénoûment de son procès crimi-
nel. P.-L. Jacob, bibliophile.
Lehérautd'armesdeNormandieeniGlG.
— Comment se nommait le personnage
qui, en Tannée 16 16, remplissait â la cour
e Louis Xni les fonctions de héraut d'ar-
l
\ mes de Normandie? Quels renseignements
pourrait-on avoir sur lui ? T. de L.
De la date delà mort de Pierre Hamond.
— Je lis dans le Catalogue des livres rares
et précieux de la bibliothèque de M, le ha-
\ ron J, Pichon (Paris, L. Potier, 1869,
p. 62) cette petite notice :
« N® 260. Alphabet de V invention et uti-
' lité des letreSy et /caractères en diverses
, escritureSy par P. Hamond, maistre delà
I Plume d'or, à Paris, secrétaire de la cham-
' bre du roy. Reveu, corrigé et de nouveau
augmenté par biy-swssvies. Lyon, pour
Loys Cloquemin, i58o,pet.in-4 obi., mar.
r., fil., dos orné, tr. dorée. (Ghambolle-
Duru.)
« M. Brunet ne cite pas cette édition.
« Pierre Hamond, natif de Blois, et l'un
des plus renommés calligraphes de son
temps, avait été maître à écrire de Char-
les IX. La Croix du Maine dit qu'il fut
condamné à être pendu, et qu'il fut exé-
cuté en place de Grève le 7 mars iSôg.
Suivant dom Liron {Bibl. Chartraine\
Hamond fut pendu comme faussaire, et
d'après V Histoire des Martyrs du calvi-
nisme, p. 709, citée par Le Clerc dans ses
Remarques sur Moréri, ce serait pour cause
de religion. Hamond était huguenot. La
date de la mort de Hamond, en i 56q, ne
s'accorde pas avec le titre de notre livre,
dont l'édition, publiée en i58o, est annon-
cée comme ayant été de nouveau augmen-
tée par l'auteur. »
Je demande des explications.
T. DE L.
Le Fust du Wurtemberg. — Dans une
note de sa traduction des Derniers jours
d*un Philosophe, de sir Humphrey Davy,
I vol. in-i2, M. Camille Flammarion dis-
tingue, et avec raison, le Fust magicien, du
Fust imprimeur; mais fait-il bien de l'ap-
peler le Fust du Wurtemberg? S. T.
a Hémoires de Sanson, n rédigés par Bal-
zac. — Je lis dans une réponse du biblio-
phile Jacob, à la question Guillotin et la
guillotine (V, 382), que les Mémoires de
Sanson ont été rédigés par Honoré de Bal-
zac, et surtout par l'Héritier de l'Ain.
Le bibliophile Jacob veut-il parler des
Mémoires de Sanson publiés, il y a quel-
ques années seulement, sous le nom du
aernier de la dynastie Sanson (auquel cas
l'ouvrage aurait paru bien après la mort
des deux rédacteurs), ou bien plutôt ne
fait-il pas allusion aux Mémoires pour ser-
vir à V Histoire de la Révolution fran-
fawe,. parus en i83o, 2 volumes, sous le
nom de Sanson, et qui sont, en eflet, at-
tribués à L'Héritier de l'Ain.*'
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
- 639
[10 nov. 1869.
- 63o
Dans Fun ou Tautre cas, a-t-on une
preuve, ou au moins des indices certains
de la collaboration de Balzac? H. T.
Les scies nationales. -— Les biblio-
philes, curieux et autres amateurs des
miettes historiques et littéraires, ont pu-
blié dans Y Intermédiaire d'intéressantes
recherches sur les rondes populaires. Un
recueil d'anas amusants et peu connus,
sur Joseph Prudhomme, se commence en
ce moment. Ne pourrait-on se livrer aux
mêmes investigations pour un genre de
littérature bien connu, mais peu honoré
jusqu'à présent, je crois, des faveurs de
rinaprimerie? Je veux parler des scies na-
tionales, telles que Y Histoire de Jean
Hiroux^ la Diligence de Lyon^ Robert^
Macaire, Mayeux, Cadet" Rousselle, Jo^
crisse, etc. Ces désopilantes et fines satires
sont des chefs-d'œuvre dont il serait bon
d'arrêter maintenant le texte définitif, afin
qu'elles ne s'altèrent point avec le temps
et ne viennent à perdre ainsi, à l'instar
d'autres légendes, leur saveur et leur ori-
ginalité primitives. *
Je commence le feu en posant les ques-
tions suivantes aux collaborateurs de ïln-
termédiaire :
1° Quel est le prototype de Jean Hi-
roux? Est-ce quelque criminel célèbre?
2° Qui est l'auteur de cette histoire ?
3*» Le texte de Jean Hiroux a-t-il été
imprimé ?
40 L'a-t-il été en France ou à l'étranger ?
5° L'ouvrage a-t-il été mis à l'index ?
(Beyrouth.) A. de St-Frusquin.
Mademoiselle Pentinger. — Dans le Dic-
tionnaire classique de V antiquité sacrée et
profane (par M.-N. Bouillet ; 2 vol. in-8. Pa-,
ris, Belin-Mandar, 1841), je lis à la page 549
du tome second, au bas de la première
colonne :
Théodose (table de). — Tabula Théo-
dosii. — Carte géographique de l'Empire
romain, appelée vulgairement : Table de
Peuiinger, du nom d'une actrice d'AugSr
bourg, qui en fit l'acquisition, lors de sa
découverte.
Jusqu'à présent, j'avais cru, d'après les
dictionnaires biographiques, que l'acqué-
reur ou le copiste de ce précieux monu-
ment avait été Conrad Peutinger. — Sur
quoi M. M.-N. Bouillet s'est-il basé pour
avancer que Peutinger était le nom d'une
actrice ?
(Beyrouth.) bE Saint- Frusquin.
L'Ophir de Salomon« — La critique mo-
derne est-elle arrivée à quelque conclusion
plausible sur ce pays d'Ophir, d'où les na-
vires conduits par Hiram et partis d'A-
siongaber, sur la mer Rouge, apportèrent
de fortes quantités d'or à Salomon {Rois,
liv. III, chap. IX, V. 26-28). Quelques sa-
vants ont cru qu'il s'agissait de l'Améri-
que ; mais cette opinion n'est pas soutena-
ble. Je crois que ce point de géographie bi-
blique reste encore à l'état de problème.
(Marseille.) F. D.
Fromages de roche. — Dans la 2 1 5« let-
tre de Guy Patin, laquelle est adressée à
Falconnet, médecin à Lyon, le 16 no-
vembre 1660, on lit :
« Je ne scay quels remerciements vous
a faire pour vos fromages de roche et vos
« marrons, dont ie vous ay déjà trop d'o-
a bligations d'ailleurs et de longtemps. »
Comme on le voit, Lyon est depuis lon-
gues années l'entrepôt du commerce des
marrons. Quant aux fromages de rocke^
quelqu'un les connaît-il? E. G. P.
La peine de mort, -r N'y aurait-il pas
lieu de traiter d'une façon approfondie,
au point de vue historique, cette question
posée aujourd'hui à l'ordre du jour? On
montrerait à quel point la mort était prodi-
guée, non-seulement parla législation des
peuples de l'antiquité, mais encore parcelle
du moyen âge et presque jusqu'à nos jours.
Au dix-septième siècle, elle figurait dans
la justice criminelle avec une effroyable
uniformité. Elle fut appliquée maintes
fois pour crimes de sorcellerie (voir no-
tamment les deux gros volumes d'un con-
seiller au parlement de Bordeaux, Pierre
de Lancre (161 3 et 1622), lequel se vante,
dans toute l'ingénuité de son âme, dans
toute la pureté de sa conscience, d'avoir
fait exécuter une multitude de sorciers et
de sorcières); elle menaçait les délits de
presse. Bornons-nous à citer l'ouvrage de
l'évêque de Belley, Camus : Les Triom^
phes des vertus remportés sur les vices,
publié sous le pseudonyme de Plys de
Raynonville, p. 33 ; in-8; la vente en fut
interdite (nous ignorons pour quel motif)
sous peine de la vie.
A 1 époque où Molière et Pascal avaient
donné la mesure de leur génie, on en-
voyait à l'échafaud un visionnaire, Simon
Morin, qu'il eût été sage de faire enfermer
dans un hospice d'aliénés. Puis, vinrent les
grandes agitations politiques, les domina-
tions politiques, et la vie des hommes fut
comptée pour rien. Ce n'est guère que de-
puis une quarantaine d'années, que s'est
manifestée une protestation de 1 opinion
contre le châtiment capital ; ses progrès
sont attestés par la diminution du nombre
des exécutions. (Quelques détails statisti-
ques à cet égard seront nécessaires). Il
sera à propos de rechercher aussi qu«ls
ont été les précurseurs des adversaires ac-
N» 117.)
L'INTERMÉDIAIRE
- 63 1
632 -
tuels de Téchafaud; ils sont peu nom-
breux sans doute, mais il en existe. Les
Vaudois qui, au douzième et au treizième
siècle, étaient répandus dans diverses
parties de l'Europe, n'admettaient ni le
sacerdoce, ni le serment, ni la peine de
mort. V. P.
Ilipon0^0*
Où vont les HiroBdelles 7 (V, 58.) —
Pour répondre à la question de M. J. E.
G., je relève certains paragraphes de l'Or-
nithologie de M. Toussenel :
tt Aristote, Pline, et tous les savants de
« Tantiaulté qui n'avaient pu suivre de
tt Toeil les migrations des oiseaux voya-
a geurs, étaient persuadés que les hiron-
tt délies passaient l'hiver en Europe, en-
« sevelies dans des troncs d'arbres ou dans
« des fissures de cavernes. Quand se fit la
tt découverte du cap de Bonne- Espérance
« et du Sénégal, où se rendent la plupart
tt des oiseaux qui émigrent d'Europe et
« où on les retrouva, la science aban-
« donna la version d'Aristote. La décou-
« verte de la pure vérité, la solution du
u problème, date du siècle actuel, et il n'a
« pas fallu moins de quatre mille ans de
tt recherches.
« L'hibernation des hirondelles est un
« fait Qu'on ne peut révoquer en doute.
« Vieillot, Larrey, une foule d'autres, ont
tt trouvé, sous des arches de ponts, dans
tt des fissures, etc., etc., des hirondelles
tt engourdies, qui attendaient le retour
tt du printemps. De plus, il a été constaté
« que, de temps immémorial, quelques
« hirondelles des rives du Rhin, plus pa-
tt resseuses ou plus grasses que de raison,
o s'ensevelissaient chaque hiver dans d'é-
tt troits terriers qui leur servent de nids
« 1 été. Ainsi, Terreur d'Aristote et des
a anciens venait de ce qu'ils avaient con-
« clu de l'exception à la règle générale, et
tt celle des modernes, de ce que la règle
« générale leur avait fait rejeter l'excep-
« tion.
tt Les hirondelles ne muent qu'une fois
tt par an, vers la fin de février ou le com-
« mencement de ma;-s, c'est-à-dire avant
tt de quitter l'Afrique. Elles mettent en-
« viron quinze jours pour accomplir leur
ft traversée du Sénégal en Europe, où
tt elles arrivent dans les premiers jours
« d'avril. »
Th. Pasquier.
Une nouvelle édition du « Dictionnaire »
de Barbier (V, 61). — Cette nouvelle édi-
tion, si désirable en effet, est en cours de
préparation par les soins de M. Olivier
Barbier, filS de l'auteur, sous-directeur
adjoint à la Bibliothèque impériale, qui
réunit depuis longtemps des matériaux
destinés à compléter l'ouvrage de son
' père.
I Une nouvelle édition des Supercheries
' littéraires dévoilées, de Quérard, publiée
' par M. Brunet, devenu possesseur des
' notes laissées par Quérard, et si connu
! comme un de nos plus savants biblio-
' philes, en sera le complément nécessaire.
Les deux parties réunies vont paraître,
chez Jannet, en cinq ou six volumes grand
in-8 à deux colonnes, et donneront ample
satisfaction au désir de M. A. J.
(Alençon.) L. D. L. S.
i — Ou en promet une 3« édition à la
I suite de la nouvelle édition des Super-
! chéries de Quérard, publiée par M. Gus-
tave Brunet. Pierre Clauer.
Le pins ancien livre avec privilège
royal' (V, 267). — Il y a des privilèges
pour l'impression des livres publiés à
Lyon, bien antérieurs à celui des Leges
Longobardorum (3 juin i5i2), rapporté
Ear M. V... d'après Chevi!lier. C'est d'a-
ord celui accordé à Jean Le Maire de
Belges pour son ouvrage : Les Illustra-
tions de Gaule et singularité^ de Troye,
et imprimé au verso du second feuillet de
l'édition donnée par Etienne Baland, im-
primeur à Lyon. Ce privilège, qui se
trouve également dans 1 édition de Paris,
de M ar nef y iSig, est, sous forme de man-
dement, adressé « au Seneschal de Lyon,
bailly de Mascon, prevost de Paris ; » il est
daté de Lyon, le 3o juillet iSog, et sert,
en même temps, pour la Légende des
Vénitiens, du même auteur.
Le second livre des Illustrations de
Gaule, imprimé sans doute par le même
Baland, mais déjà pour le compte de Mar-
nef (i 5 1 3) est muni d'un nouveau privilège
donné par Louis XII à Blois, le i^' mai
i5i2. Je donne ces renseignements d'a-
{)rès les volumes eux-mêmes que j'ai sous
es yeux. 11 ne faut pas toutefois les con-
sidérer comme une réponse définitive à
la question posée dans ï Intermédiaire j
car on pourra peut-être trouver des privi-
lèges encore plus anciens. Si je parviens à
découvrir quelque chose de plus à cet
égard, je m'empresserai d'en faire part
aux lecteurs de 1 Intermédiaire.
GusT. Pawlowski.
j La décoration du lis (V, 268). - M. T.
I R. se trompe en regardant comme un
I diplôme la lettre qu'il cite. Je possède un
i diplôme de l'ordre du Lis. Il est sur fort
I papier, de 45 centimètres de haut sur 60
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
633 -^
[lonov. 1869*
u
a
u
«
de large. Le texte est entouré d'une vi-
gnette composée de trophées. A droite est
une figure de femme ailée, coiffée d'une
tour et portant un bouclier sur lequel est
gravée la décoration. De la main droite,
elle tient une branche de lis. A gauche,
une autre femme, avec les mêmes attri-
buts, tient de la main droite une épée nue.
Dans le trophée d'en haut, on remarque
les armes de France ; elles sont répétées,
sur un timbre sec, dans le cartouche
du bas.
Le diplôme est donné, au nom du roi,
par Charles- Philippe de France, fils de
France, Monsieur, comte d'Artois, colo-
nel général des gardes nationales du
royaume, etc.
il concède l'autorisation « de porter la
a décoration accordée à la garde nationale
« de Paris par l'ordonnance du roi du
a 5 février 181 6, consistant en une étoile
en argent, émaillée en blanc et bleu,
portant d'un côté l'effigie de Sa Majesté
Louis XVIII, roi de France et de Na-
varre, et pour exergue, ces mots : Fidé-
a lité, dévouement ; et de l'autre côté, la
« fleur de lis, et pour exergue, les dates :
« 12 avril et 3 mai 18 14, 19 mars et Sjuil-
« let 181 5, ladite décoration suspendue à
a un ruban bleu et blanc, dont chaque
tt liseré bleu sera d'une largeur égale au
« tiers de celle du ruban » (le blanc est au
milieu).
Ce diplôme est signé : Charles-Philippe
(le comte d'Artois, depuis Charles X), —
le maréchal Oudinot : il était commandant
en chef de la garde nationale de Paris, —
le comte de Choiseul (Auguste), aide-ma-
jor et vice-président du Conseil, Deur-
bronne ou Deurbrould, secrétaire du Con-
seil, commissaire du Sceau.
Il est daté du 2 janvier 18 17. La déco-
ration y est jointe. Elle est attachée au
ruban par une couronne fermée, garnie
d'une bellière. La description que contient
le diplôme rend un dessin inutile.
E. G. P.
Bas-bleu (V, 33o). — Il paraît cjue ce mot
remonte à Pope, et qu'il l'appliquait aux
bas sales, et non pas réellement de cou-
leur bleue, de femmes beaux-esprits dont
s'entourait la célèbre lady Montagu.
O. D.
634
— Bîue-stocking, en anglais. Je cite —
Fournier, je crois, — de mémoire.
Vers la fin du siècle dernier, lady Mon
tagu tenait à Londres un petit cercle litté-
raire ; il suffisait, pour y être admis, d'a-
voir écrit quelques articles, et surtout de
faire parade d'exécrer les auteurs français.
Un certain personnage, auquel ses talents,
son esprit avaient acquis droit d'admis-
sion, hésitant néanmoins à se faire présen-
ter à cause du peu de soin qu'il apportait
d'habitude à sa toilette, mistress Montagu
leva ses scrupules, répétant que l'habit ne
faisait pas le moine , et que, fût-on vêtu
comme le dernier hobereau des Cornouail-
les, portât-on gros souliers et bas bleus,
l'on serait admis chez elle , pourvu qu'on
en fut digne par son intelligence et ses lu-
mières.
Le mot de lady Montagu eut du suc-
cès, et le bas'bleu passa en proverbe.
Th. Pasquier.
— Mistress Elisabeth Montagne (qu'il ne
faut pas confondre avec lady Marie Wortley
Montagne) avait formé, en Angleterre, une
société littéraire qui, pendant plusieurs
années, attira l'attention générale. Un il-
lustre étranger refusa, dit-on, un jour de
se faire introduire, en s'excusant qu'il
était en habit de voyage, et lady Montague
aurait dit à ce sujet qu'il n'était pas besoin
de tant de cérémonies, qu'on pouvait se
présenter chez elle, même en bas bleus. De
là l'expression Club des Bas-Bleus (Blue
stockings club), et celle de bas-bleu pour
désigner une femme bel-esprit. ,
D'après Rozan {Petites ignorances de la
Conversation), M. Philarète Chasles a
trouvé une autre explication pour expli-
quer l'origine du sobriquet. Il émanerait
d'Alexandre Pope, dans un moment de
mauvaise humeur contre lady Montague.
a Elle repoussait les hommages du poëte,
a qui n'était pas beau, quoique fort amou-
« reux. Congédié, il s'aperçut de deux cho-
« ses : que les mains de la cruelle n'étaient
tt pas toujours soignées, et qu'elle portait
a souvent des bas bleus. Il fit à son en-
a droit ce petit distique :
Mon adorée a Fart de charmer les humains ;
Elle n'a pas celui de se laver les mains.
a Puis, il répandit le distique et ne l'appela
a plus que la dame aux bas bleus. Le
tt monde adopta le sobriquet, qui passa aux
« femmes auteurs. »
Dans Touvrage de M. Arthur Dinaux,
les Sociétés badines, bachiques, chantantes
et littéraires, édition publiée parla librai-
rie Bachelin-Deflorenne, 2 vol. in 8, 1867,
et classée par M. G. Brunét, on trouve
quelques renseignements sur la société de
mistress Montague. Elle se composait de
Pope, Johnson, Goldsmith, Pulteney, de-
puis lord Bath, Lyttleton, Burke, enfin
tout ce qu'il y avait de grand et d'illustre
dans les lettres, en Angleterre.
On trouve aussi dans les Excentricités
du Langage, de Lorédan Larchey (i'« à
4« édition) une explication de J. Janin, du
mot bas-bleu. Cet excellent et spirituel
volume contient aussi sur le même mot
des définitions de L. Reybaud, de Frédé-
ric Soulié, de Balzac, de H. de Viel -Cas-
tel. Mais pourquoi le mol bas-bleu a-t-il
complètement disparu de la 5« édition ?
Nous engageons aussi M. S. R. à con-
N* 117.J
L'INTERMÉDIAIRE
635 —
636
sulter, sur la question, la Physiologie du
BaS'Bleu, publiée il y a vingt -huit ou
trente ans, et la monographie consacrée
au Bas-bleu dans les Français peints par
eux-mêmes. Nous citons ces deux publi-
cations de mémoire, ne les ayant pas sous
la main. (Strasbourg.) C. M.
— M. S. R. n'aurait-il donc pas lu, dans
les Français peints par eux-mêmes , de
Curmer (t. V, 1842 ; p. 201 à 23 1), l'excel-
lent type du BaS'Bleu, décrit par M.Jules
Janin, « illustré » par M. Pauquet, et qui
commence ainsi :
a On cherche encore l'oricine de cette
très-expressive et très-juste dénomination :
le Bas -Bleu. D'où vient ce mot et que
veut-»il dire ? Dans un de ses magnifiques
accès de mauvaise humeur, lord Byron
s*en est servi pour désigner la race toute
moderne des malheureuses créatures fémi-
nines qui, renonçant à la beauté, à la
grâce, a la jeunesse, au bonheur du ma-
riage, aux chastes prévoyances de la ma-
ternité , à tout ce qui est le foyer domes-
tique, la famille, le repos au dedans, la
considération au dehors, entreprennent de
vivre à la force de leur esprit. On les a
appelées bas-bleus, pour deux ou trois mo-
tifs que Byron n'explique pas mais qu'il
est facile d'expliquer.
a Par un temps froid et pluvieux, quand
le pavé est humide, quand le ciel est triste,
voyez-vous passer dans la rue cet être
équivoque, d un âge douteux comme son
sexe, recouvert de tous les lambeaux que
peuvent réunir sur une carcasse humaine
la faim, l'orgueil et la misère ; — des lam-
beaux de cachemire et des lambeaux de
bure, un chapeau qui a été rose, une robe
oui a été neuve, une collerette passée à
1 empois au temps jadis? Rien qu'à voir
cette malheureuse femme on se 9ent mal
à l'aise, on a froid, on a faim, on a soif:
cela ne ressemble à pas une des misères
connues
«... Voyez-la donc dans la rue, trot-
tant, les coudes serrés contre la taille , la
tête haute, le regard baissé, un bout de
manuscrit sortant de son cabî^s; puis re-
gardez à ses pieds ; voyez dans cette vieille
chaussure ce bas qui s'enroule ou plutôt
qui se déroule, est-ce un bas bleu? — C'est
un bas sale! Tope là! Vous avez tout à
fisiir l'origine du mot. C'est la grande habi-
tude et le grand signalement des femmes-
hommes oe lettres de ne jamais s'occu-
per de ces minces détails de la vie de
chaque jour. Porter à une jambe bien
faite des bas blancs et bien tirés 1 fi donc !
nous abandonnons ces petits soins aux
mièvres Parisiennes qui n'ont pas d'autres
occupations que de se laisser vivre et être
heureuses ; mais, nous autres, qui aspirons
à la popularité et à la gloire [ — nous au-
tres les grands écrivains du beau sexe,
nous les Walter Scott en jupons , les
Schakspeare en spencer, les Molière en
bonnets fanés, nous n'avons pas le temps
de regarder ce qui se passe à nos pieds.
Or, voilà tout simplement l'origine du mot
bas-bleus ; lisez : bas sales et troués. Cette
origine est brutale, sans doute, mais elle
est juste etc. »
N'est-ce pas là vraiment du Janin de la
belle époque ! Ulric.
Biographie de Jaccpies Sarrazin (V,
340). — Sur cet artiste éminent, mon
compatriote et bien plus encore celui de
M. le D' Warmont, il y aurait à consulter
les Archives de VArt français publiées
sous la direction de M. Ph. de Chenne-
vières, M. le D' Warmont qui est de
Noyon, je pense, indiquera plus complè-
tement encore les sources écrites ou même
traditionnelles où l'on pourrait puiser
avec quelque sûreté. Jacques D.
L'Hôtel da a Grand-Monarqae » (V, 372}.
— Il y a à Varennes (Meuse), dans la ville
basse, l'hôtel du Grand-Monarque ^ oii
s'arrêtèrent, lors de la fuite de Louis XVI,
MM. de Goguelat et de Bouille fils. Char-
tres, Châteaudun, Melun, Charité-sur-
Loire, Montereau, Gournay, Versailles,
etc., possèdent aussi des hôtels du même
nom. Nul doute que Louis XIV ne fut le
patron de tous ces respectables établisse-
ments; de même que le Dauphin avait
sous son patronage princier toutes les au-
berges et toutes les brasseries au-dessus
desquelles se balançaient les armoiries
parlantes de l'héritier du trône de France.
Il existe beaucoup d'enseignes o^li/ Grand-
Turc. » Il est assez difficile d'expliquer le
sens de ces dernières. Ce ne peut être qu'un
souvenir du moyen âge et des expédi-
tions plus récentes contre le Turc*
A. Benoit.
Une assertion d'Escobar (V, 37^2); — J'ai
lu cette même assertion du casuiste Esco-
bar, — citée dans un petit ouvrage aujour-
d'hui devenu fort rare : Rose et Blanche^
ou la Comédienne et la Religieuse^ par
J. Sand. Paris, che^ B, Renault, éditeur,
5 volumes in- 12, i8ii.
Ce roman, composé et publié par M"'
Dudevant {George Sand), avec la collabo-
ration de M. Jules Sandeau, et sous les
auspices de H. de Latouche, fut, comme
chacun sait, l'œuvre du premier début lit-
téraire du futur auteur de Mauprat.
Les peintures du monde religieux qui
décorent les plus belles pages de cette pe-
tite Etude de jeunesse n'ont point été
étrangères aux loudres vengeresses dont
fut — à l'origine, — assailli le nom de
George Sand — du haut de la chaire. -^
Ces belles colères de l'Eglise ne contn-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[ionov« 1869.
- 637
638
buèrent pas peu à rendre ce nom popu-
laire.
Et, tout récemment encore 1 ne se rallu-
mèrent-elles pas tout à coup, ces colères
(lors de la publication de Mademoiselle
la Quintinie), par l'excommunication pure
et simple de 1 illustre écrivain, en pleine
cour de Rome , et par la mise à l'index de
ses Œuvres complètes?
Mais, revenons à notre citation :
a Mon cher, dit-il à Laorens, tu as tué
notre archevêque : le grand-vicaire ne des-
cend pas ; si tu avais lu Escobar, tu aurais
vu qu'il vaut mieux tuer dix hommes
qu'un prêtre, vingt prêtres ciu'mn évêque,
trente évêques qu'un cardinal, quarante
cardinaux qu'un pape, ce qui fait 240,000
hommes pour le pape, et deux cents hom-
mes pour Monseigneur. » ( Vid, lac. citât.
tome II, p. 144.) Ulric.
Vitry-le-Françoi8 (V, SyS). — Le roi
Louis XVIII répondait le 7 mai 18 14 aux
députés de la ville de Yitry'Sur'Marne :
a Je suis sensible à tous les sentiments
que vous venez d'exprimer. La ville de
Vitry a trop bien mérité le nom de Vitry-
le- Français, pour ne le recouvrer. Je le lui
rends, » Cela avance-t-il la question ? La
Géographie abrégée de Pierron (Metz,
180 3, an XII), écrit Vi tri- le- François.
C'était, du reste, l'orthographe adoptée
avant la Révolution, et qui a persisté
malgré les arrêtés et les décrets.
A. Benoit.
GniUotine (V, 382). — Voir Vlllustra-
tion du 22 mai 1869, p. 336, reproduction
de la gravure d'Aldgrever (Titus Manlius)
i553, ij4«»™/72"»".
Mémoire sur la Guillotine ^ par L. Du-
bois, d'Amiens
L'abbé de la Porte, Voyageur français ^
en parle — Achillès Bochius, Symbolicœ
au est ion es, i555, aussi. — Mémoires de
Puységur^ 1690. Exécution du maréchal
de Montmorency. — Guillotine, ainsi nom-
mée d'un couplet de la chanson des Actes
des Apôtres.
« Le nom de l'inventeur de la guillotine
t inconnu comme celui de l'mventeur
est
de la poudre. »
Ch. Joliet.
Pour extrait : Cz,
Marie Miraille sorcière (V, 392). -—
« Connaît-on un peintre du duc de Guise
du nom de Nicolo? » J'ignore si le duc de
Guise avait un peintre de ce nom, mais
j'ai la preuve que sa sœur Marie, femme
de Jacques V, roi d'Ecosse, et mère de
Marie Stuart, avait un peintre de sa cham-
bre, nommé Nrchola:^, Serait-ce le même,
que François de Guise aurait envoyé à sa
sœur en Ecosse? Voici copie d'une lettre
autographe signée de cette princesse, à lui
adressée :
a Nycholaz, vous prendre quant et vous
a de mayn dez matyn toute chose nece*
a sere a fere une pynture et sere pre et
a pare a venyr dez quen serez requy de
a par moi aiant isy a fere de vre oiyse Je
« ma seure que men fere le loysy dont ne
a donc nul mtelygence a quy conque et
tt se vous sera comes père ocasion de vous
« ad venser en layde et faveur de
*« V'e bonne mestrese
a Marie.
« A Nycholaz
« Pyntre de ma chambre »
Lisez : « Ay^nt ici affaire de votre office,
je m'assure que m'en ferez le loisir, dont ne
donnez nulle intelligence à quiconque, et
ce vous sera, comme espère, occasion
de vous avancer en l'aide et faveur de votre
bonne maîtresse Marie... » Voilà certes un
coup de pinceau bien mystérieux, pour
lequel il fallait être prêt et paré !
X« J%,m A^»
— Je puis informer S. D. que Nîoolo,
peintre célèbre, naquit à Modène en i5i2 ;
son nom de famille était Abbate. il vint
en France en i552, et s'y acquit beaucoup
de réputation par ses tableaux, dont on
voit un grand nombre à Paris et ailleurs.
— X M. Œrist, dans son Dictionnaire des
monogrammes, dit à son sujet, page 334 :
a Nicolo ou Nicoletto da Modena en
1 5 1 5 (?) a marqué (ses tableaux) d'un côté
Nicolo et de l'autre côté da Modena, en-
tr 'autres un grand sujet en hauteur, où il
y a un grand bâtiment ruiné, et en petit
paraît une nativité ou pièce aux pasteurs. »
— Nicolo mourut à Paris, dans un âge
très-avancé. — Quant à Marie Miraille, je
n'ai pu trouver, jusqu'à présent, des par-
ticularités sur cette sorcière.
(Amsterdam.) S. G. de G. J. J»*
De qui ces deux vers? (V, 370.)-* Le
second est modifié avec intendon, et la
citation est prise de la Description des
Enfers, dans le Virgile travesti, de Scar-
ron, chant VI, description fort longue.
Voici le morceau où sont les deux vers en
question :
Phlégyas fait là des sermons ;
Outre qu'ils sont mauvais et longs
Comme ceux qu'on fait au village,
Personne n'écoute, il enrage,
Il s'égosille de crier.
Chacun a peur de s'ennuyer,
Et s'enfuit en faisant la moue.
Il pousse sa voix, il s'enroue.
Prônant à ces malicieux :
« Soyez justes, craignez les dieux! »
Cette sentence est bonne et belle,
Mais en Enfer de quoi sert-elle?
Faire là des fermons si beaux,
C'est donner des fleurs aux pourceaux.
M. Yezimat reconnaîtra dans : Soye:^
N« 117.]
L'INTERMÉDIAIRE
639
justes, etc., Tinspiration du vers de Vir-
gile (chant VI, 620) :
Discite justitiam moniti, et non temnere divos.
La réflexion de Scarron est aussi juste
que plaisante, puisque les condamnés sont
en enfer pour 1 éternité. Il n'en est pas de
même de la modification en prison, car
on peut répondre que ce conseil peut ser-
vir à éviter la prison une autre fois.
C. Dezobry.
a Ventnmteztilem » (V, Syo). — Cette ex-
pression est de Libérius, parlant des robes
des courtisanes de Rome, et ce fragment
se trouve cité dans Pétrone (Satyr., 55) :
iEquum est induere nuptam ventem textilem
Palam prostare nudam m nebula linea.
C. Dezobry.
« Q1108 Tolt perdere Jupiter, » etc. (V,
52 3). — Aucun texte de la Bible, ai-je dit
dans un des derniers numéros de Y Intermé-
diaire, n'attribue à Dieu Tidée de rendre
insensé un homme, pour le perdre.
M. le D' Say est a'un avis contraire, et
cite à Tappui de son opinion le chap. vu
de rExoae (vers, i, 2 etsq.).
Précisons bien la question et éclairons-
la en faisant connaître le texte qui sert de
fondement à la controverse, Citons les
versets dont M. le D' Say se fait une arme.
Dixit Dominus ad Moysen : Ecce consti-
tui te Deum Pharaonis et Aaron f rater
tuus erit propheta tuush.). Tu loqueris ei
omnia quœ mandaho tioi et ille îoquetur
ad Pharaonem ut dimittat fiîios Israël de
terra sua (3); sed ego indurabo cor Pha-
raonis et multiplicabo signa et ostenta
mea in terra ^gypti (4) , et non audiet
vos; immittamque manum meam super
^Egjrptum et educam exercitum et popu-
lum meumfilios Israël déterra ^gypti.
En quoi l'opposition de Pharaon au dé-
part des Israélites, était-elle un acte dénué
640
sujets
lites étaient les esclaves des Egyptiens ; ils
étaient employés par eux aux travaux les
plus pénibles et les plus grossiers. Leur
départ aurait été pour l'Etat et pour les
particuliers une perte considérable. Con-
sentir à ce départ, c'était une faiblesse
inintelligente et malheureuse.
Ce ne fut donc pas un projet insensé de
la part de Pharaon de v.ouloir retenir dans
ses Etats une population si utile à son
peuple.
Avant les faits racontés dans le chap. vu
de l'Exode, Moïse avait déjà fait des dé-
marches auprès de Pharaon par l'ordre du
Seigneur. Ces premières démarches n'a-
vaient pas réussi. Moïse avait parlé au nom '
du Dieu d'Israël ; Pharaon avait répondu
que ce Dieu lui était inconnu et qu'il ne
laisserait pas partir Israël. Il avait ajouté,
toujours d'une manière fort sensée au
point de vue de l'intérêt de ses sujets : « Re-
tournez à vos travaux ; pourquoi par des
discours mensongers détournez-vous vos
frères de leurs devoirs ? » En même temps
il ordonnait aux directeurs des travaux
publics, d'augmenter les charges qui pe-
saient sur les Israélites et d'en aggraver
les difficultés.
( Exode, chap. v, passim et surtout, v. 5
et suiv.)
La conduite de ce prince était abomi-
nable au point de vue de l'humanité, mais
sa résistance au départ des Hébreux était
très-politique et tout dans l'intérêt égyp-
tien.
Qu'a donc voulu démontrer l'historien
sacré? il a voulu, par le récit des prodiges
étonnants qui brisèrent cette résistance,
constater et mettre en évidence la puis-
sance du Dieu qui délivrait Israël de cette
dure servitude , et la protection dont il a
entouré ce peuple si mdignement persé-
cuté.
M. J. Palma ne cherche ni dans Ho-
mère ni dans Sophocle, mais bien dans
Euripide, Yoriginal exact de cette pemée
française : Quos vu It perdere Jupiter,
i» On ne voit pas bien pourquoi M. J.
Palma appelle pensée française un axiome
connu dès les temps littéraires et philoso-
phiques les plus reculés.
2*» La rédaction de V Intermédiaire avait
déjà indiqué les vers d'Euripide.
3° Enfin Euripide peut avoir varié la
formule d'Homère ; mais l'auteur qui le
premier a exprimé cette pensée doit en
être regardé comme le père , et cet hon-
neur ne peut être enlevé à Homère.
P. M.
Sous-biblioth. du Corps lég.
Palais-Bourbon.
Les tanneries de peau humaine (V, SgS).
— (Jean Zizka.) — M. P. B. a cru devoir
ajouter, aux différents articles publiés sur
cette question par V Intermédiaire, la men-
tion de la peau de Jean Zi^ka, qui aurait
été employée à faire un tam^jour, d'après
la recommandation que ce fameux chef
des hussites aurait faite en mourant. Le
Magasin pittoresque, où M. P. B. a puisé
ce renseignement , a répété , d'après plu-
sieurs écrivains, une tradition purement
fictive, inventée par les historiens catho-
liques pour donner à Zizka le caractère fa-
rouche d'un bandit, a Le bruit qu'elle (sa
peau) fera, aurait-il dit d'après cette fable,
suffira pour effrayer les ennemis et les
mettre en fuite. » L'illustre historien con-
temporain de la Bohême, M. Palacky, a
démontré que ce prétendu fait historique
n'est qu'une fiction. Le grand ouvrage de
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[zonov. 1869»
- - 641
642
Palacky, qui n*a été traduit qu'en alle-
mand, étant très-peu connu en France,
je profite de cette occasion pour renvoyer
les lecteurs qui désireraient connaître la
vérité historique sur Zizka, à l'article que
M. Joseph Fricz, publiciste et littérateur
tchèque, a consacré à son illustre compa-
triote dans la Nouvelle Biographie géné-
rale de Didot. Le caractère de ce grand
guerrier y est représenté sous un jour tout
autre que dans tous les articles sur ce sujet
publiés en France et puisés aux sources
d'une impartialité suspecte.
GfJSTAVE PaWLOWSKI.
Maladie de Charles IX (V, 468). — Si
j'étais, en ce moment, à Paris, je recher-
cherais Touvrage suivant, — c|ue pourrait
fort bien consulter, en mon lieu et place,
quelqu'un de nos coabonnés , habitué de
la Bibliothèque Nationale :
tt Histoire contenant un abrégé de la
Vie , mœurs et vertus du roy très chres-
tien et débonnaire Charles /X«, vrayment
piteux propugnateur de laFoy catholique
et amateur de bon esprit^ par A. Sorbin,
ditT>E Sainte-Foy. » Paris, 1574, un vol.
in-8o. Ulr.
Origine dn dindon (V, 478). — En Ber-
ry, — suivant le Glossaire du centre de la
France (édition in-40 de 1864), on qualifie
le dindon du nom de Jésuite, — qu'on pro-
nonce Je5M/55e, dans les campagnes restées
fidèles à la prononciation française du xvi«
siècle (Jésuisie). « Quand en l'an i56|., ^e
plaiday la cause de V Université de Paris
contre les Jésuistes, depuis appelez Jésui-
tes. n (Pasquier, Recherches sur la France,
IX, p. 26}.
Cet irrévérencieux sobriquet ainsi appli-
qué au dindon est un souvenir h sottement
malveillant de l'introduction en Europe de
ces utiles animaux par les missionnaires
de la Compagnie de Jésus. » ( Glossaire,
p. 383.) Ulr.
Vers de Molière à retrouver (V, 498 \
— M. E. G. P. demande si Ton connaît
l'auteur du Voyage du Parnasse? Oui ,
sans doute, et il suffit pour cela de con-
naître le Dictionnaire des anonymes de
Barbier. C'est Limojon de Saint- Disdier;
son ouvrage est curieux et devrait être plus
souvent consulté. Il est dirigé surtout
contre La Motte et Fontenelle. Pour Sau-
rin, il n'est cité que dans la tragi-comédie
de VIliade qui termine le volume. Il y
remplit le rôle de confident de La Motte,
et ce nom de confident pourrait bien ren -
fermer une allusion malicieuse à l'odieuse
complicité de La Motte et de Saurin dans
le procès des couplets qu'une erreur judi-
ciaire laissa sur le compte de Jean- Baptiste
Rousseau. Au reste, Saint-Didier, respec-
tueux client de l'abbé Bignon, qui avait été
l'un des ennemis acharnés de l'auteur des
Odes sacrées , ne parle qu'en passant de
Rousseau, et d'une façon assez indifférente.
Le plan de son Voyage est le même que
celui du Temple du goût, qui devait avoir
à vingt ans cie là tant de retentissement.
On n'y trouve pas assurément l'aisance,
l'esprit et la malice de ce dernier ouvrage;
mais il en a pu donner l'idée. Il faut sur-
tout remarquer, dans le Voyage du Par-
nasse, la description de la belle maison de
Pierre Crozat, nnancier non moins riche et
plus curieux que son frère Antoine. Le
dîner splendide dont on décrit tous les
raffinements, toutes les délicatesses, rap-
pelle assez bien le festin de Trimalcion
dans Pétrone. On est un peu surpris de
ne pas trouver un seul mot, aans le Voyage
du Parnasse, sur le jeune Arouet, qui déjà
cependant (en 1716), faisait assez parler
de lui, par un grand nombre de pièces
satyriques, telles que le Cadenat, le Bour-
bier, et d'autres encore qu'on lui attribuait
avec plus ou moins de raison. P. Sarpi.
Armoiries à reconnaître (V, 5o8). —
Sans aucun doute, le champ de l'écu est
d'argent, les fasces sont d'azur. Il ne peut
y avoir de doute que sur l'émail de la tête
fantastique surmontant la fasce de chef;
je Id crois de sable.
La forme de Técu indique que la per-
sonne qui l'a fait graver était une fille, ab-
besse, chanoinesse ou simplement vieille
fille.
La couronne est de fantaisie.
L'ensemble a un certain air germanique.
(Versailles). R. de S.
Un cachet de Hugues de Lionne (V, 507).
— M. P. A. L. demande comment ce cachet
avait la couronne royale, fermée, fleurde-
lisée. Il me semble probable que ce cachet
était celui de l'emploi et non celui de
l'homme. Les lettres AL qui s'y trouvent
y avaient été ajoutées par Arthus de
Lionne ou bien c est par nasard qu'elles
se sont trouvées reproduire ses initiales.
Ce qui me le fait supposer, c'est qu'elles
n'ont pas été changées par Hugues de
Lionne, qui aurait dû remplacer l'A par
une H, si ce monogramme avait été celui
du titulaire. Il resterait à expliquer quel
rapport ces deux lettres auraient eu avec
l'emploi du personnage. C'est ce que je
ne saurais indiquer, laute de documents.
E. G. P.
— Artus de Lyonne, évêque de Gap,
qui refusa l'archevêché d'Embrun, était
bien le père de Hugues de Lyonne, mi-
nistre d'Etat sous Louis XIV.
Il entra dans les ordres, après avoir
W* 117.3
L'INTERMEDIAUŒ
— 643
perdu sa femme Elisabeth de Servien, qui
mourut à vingt et un ans.
Hugues, dès l'âge de dix-huit ans, fut
poussé aux emplois par son oncle Abel de
Servi en.
Artus de Lyonne, évêque iw partibus de
Rosalie, était le fils de Hugues. TV. Lionne,
dans Moréri.) H. T.
Rue Crît-le-Cœnr (V, 52 1). — Dans le
a Journal des choses mémorables advenues
durant le règne de Henri HI, » je trouve
aussi Saint-André des Arcs, et le Logis du
Chevalier du Guet, à la Cousture Samcte-
Catherine, au lieu de Culture. J'y vois
également que Hotman demeurait rue
Michel-le- Comte.
L'expression « entre deux selles le cul
par terre » était déjà en usage à cette épo-
que-là. On appelait autrefois selle un siège
de bois. On disait alors swcc^^fer pour re«s-
sir, comme encore aujourd'hui en anglais.
Catherine de Navarre, la charmante sœur
de Henri IV, écrivant à Saint-Génies (Ar-
mand de Gontaud, sénéchal de Béarn), di-
sait : tt Le roy mon frère se porte très-
« bien, et tout \uy succède heureusement. »
« Une querelle d'Allemand » était déjà
un dicton il y a trois cents ans. Ils ne l'ont
malheureusement que trop mis en prati-
que de nos jours, surtout entre eux comme
nations, et pourtant, comme individus, ce
sont les meilleurs gens du monde.
On disait aussi ressentiment, pour re-
connaissance. P. A. L.
Quelques-uns des jeux de nos ancêtres
(V, 549). — Dans certaines contrées, les
enfants jouent encore au jeu de la vergette
ou de casse les œufs, jeu plus cruel qu'a-
musant, et qui entraîne chaque année la
destruction d'une grande quantité de nids.
Un ou plusieurs œufs sont placés par
terre, et chacun des joueurs, les yeux ban-
dés et armé d'une longue baguette, cher-
che tour à tour à les casser. Ce jeu est
bien ancien, car dans ÏEpistre des Rossi-
gnols du parc d'Alençon à la très-illustre
royne de Navarre, composée par Guil-
laume Le Rovillé en 1 544, et publiée dans
son Recueil de F Antique Préexcellence de
Gavle et des Gavlois, Paris, pour Chres-
tien Wechel, M.D.LI, pet. in-8, on lit ces
vers :
Au moins ce bien d'un malheur fie départ de
[la reine) aduiendra,
Qu'aucun de nous tes paiges ne craindra :
Trop dure guerre eussent faicte à nos nies,
Que Ton ne doibt toucher comme benists :
Petits mettroient chascun en sa cagette,
Ou bien nos œufs iouroient à la uergette.
Sans que Ion peust à tel meschief pouruoir,
C'est leur coustume et naturel pouuoir.
(Alençon.)
L. DE La Sicotière.
644
— La première fois que j'ai lu le célèbre
quatrain de Sainte-Aulaire :
La divinité qui s'amuse
A me demander mon secret,
Si j'étais Apollon, ne serait pas ma Muse :
Elle serait Thétis, et le jour finirait.
ce fut dans un recueil placé à la suite d'un
dictionnaire de rimes, et on y indiquait
que Sainte-Aulaire avait fait cet impromptu
en jouant au secret. Mais je dois convenir
qu ayant retrouvé le quatrain dans vingt
endroits de plus grande autorité, ce détail
n'était répété nulle part. Voltaire surtout,
qui connaissait bien la cour de Sceaux et
les divertissements auxquels on s'y livrait,
dit que ce fut à un souper, et que la du-
chesse appelait le vieux poëte Apollon,
a et lui demandait je ne sais quel secret. »
Il n'est pourtant pas impossible que l'on
ait eu alors un jeu d'esprit nommé le se-
cret, et qui aurait eu du rapport avec celui
que nous nommons une confidence, et
avec le jeu bien plus ancien du confesseur,
dont il est question dans le lai d'Ignau-
rès, analysé par Legrand d'Aussy. Une
dame, qui soupçonne Ignaurès de se parta-
ger entre douze maîtresses, parvient à réu-
nir ses onze rivales, et, « au milieu de ces
plaisanteries et de ces petits jeux que ordi-
nairement se permettent les femmes quand
elles sont entre elles, » elle leur propose
de choisir entre elles un confesseur et de
lui avouer chacune à l'oreille le nom de
leur amant. Après quoi le confesseur dira
qui des douze a le mieux choisi. La chose
s'exécute, en effet, avec les formes de la
confession auriculaire, et toutes les dames
nomment Ignaurès. Un autre jeu d'esprit
encore mieux caractérisé se rencontre dans
le dit du sentier battu, fabliau de Jehan
de Condé, analysé par M. Arthur Dinaux.
Ce jeu consistait à faire une question et à
tirer une épigramme de la réponse. Mal-
heureusement, les plaisanteries du trou-
vère flamand se défendent victorieusement
contre toute citation. O. D.
De peur que la rédaction ne me trouve
trop timide, j'ajouterai qu'un cavalier de-
mande à une dame :
Poil y a-t-il à vos poinille?
La dame trouve la question imperti-
nente, non comme on pourrait le croire,
parce qu'elle met en jeu une partie si mys-
térieuse d'elle-même; mais parce que la
manie de s'épiler était alors si à la mode,
qVie l'on eût tenu à mal-soin et à malpro-
preté de s'en dispenser. La dame se fâche
donc; seulement, comme ferait une élé-
gante de nos jours à qui on demanderait,
par exemple, si elle se peigne ou si elle se
lave les piedsJ Elle répond :
Sachez que il n'y en a point.
Et l'autre de riposter que cela doit être
ainsi :
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo noy« 1869*
645
646
... car au sentier
Qu'est bien battu ne croît point l'herbe.
« Humilissime » (V, 5 64). — Ce mot est
tout simplement un barbarisme. Le mot -
humiliter (humblement) fait, au superlatif:
humillime (très- humblement). L'auteur
du dictionnaire de géographie en question
savait mal le latin. E. G. P.
— La latinité de ce mot me paraît des
plus suspectes. Si Ton trouve ce superlatif
dans un seul bon auteur, j'avouerai humi-
lissime <\Me j'ai perdu... tout mon latin,
Yezimàt.
D'où vient le mot calembour? {V, 565.)
— Le calembour était plus que probable-
ment aatérieur au XVI Iï« siècle; le Con-
grès de Cythère lui attribue une origine
de pure fantaisie.
Aux réponses déjà faites, et dont la ré-
daction a bien voulu rappeler les dates, j'a-
jouterai deux nouvelles étymologies; mais
la première, confessons-le de suite , me
semble d'un aioi aussi douteux que celle
du Congrès de Cythère : un certain comte
allemand, nommé Kahlenburg, poussait
si loin la bièvromanie, qu'il attacha son
nom à ce jeu de mots. Voici la seconde
étymologie, et elle a au moins le mérite
d'être spécieuse : Calembour viendrait des
deux mots arabes kalem, parler, bour,
abusif. Th. Pasquier.
Bons mots de Beaumarchais (V, 565). —
Il s'est beaucoup souvenu ou a beaucoup
pillé. Quelquefois, il a légèrement déguisé
ses larcins. En voici un exemple : Guil-
laume Marcoureau de Brécourt, un des
comédiens de la troupe de Molière, a fait
une comédie, en un acte avec prologue,
intitulée VOmbre de Molière. Dans cette
pièce, l'Ombre du grand comique se dé-
fend, au tribunal de Pluton, contre les at-
taques forcenées de ceux qu'il a bafoués,
ou plutôt contre leurs ombres. Dans la
1 3* scène, consacrée aux médecins, Mo-
lière s'écrie : « Les scélérats osent tout
u tenter, sur cette confiance que le soleil
a éclairera leurs succès et que la terre cou-
a vrira leurs fautes, »
Or, dans la 1 3® scène du 2« acte du Bar-
bier deSéville, le comte A Imaviva, déguisé
en cavalier ivre, se présentant au docteur
Bartholo comme son confrère, vu qu'il est
le vétérinaire du régiment, Bartholo , of-
fusqué, lui dit :
«' 11 vous sied bien, manipuleur igno-
« rant, de ravaler ainsi le premier, le plus
« grand et le plus utile des arts?
Le comte. — a Utile tout à fait, pour
« ceux qui l'exercent.
Bartholo. — u Un art dont le soleil
a s'honore d'éclairer le succès.
i-.B COMTE. — « Et dont la terre 5'em-
« presse de couvrir les bévues. »
Jamais imitation ne fut plus flagrante,
car on ne peut douter que Beaumarchais
ne connût r Ombre de Molière. E. G. P.
Année de la mort de Marin Gorean de
la Chambre (V, 566). — D'après le relevé
des registres de l'état civil de la paroisse
de Saint-Eustache (Jal, Dictionnaire cri-
tique de Biographie et d'Histoire^ p. 719),
Marin Gureau de la Chambre mourut rue
de Grenelle, le 29 décembre 1669.
Jean- Baptiste Tuby lui éleva un tom-
beau sur les dessins au Bernin, dit M. Jal,
qui ajoute : « Le médaillon... autour du-
quel on écrivit : « Marinus de la Cham-
a bre, archiater,obiiti669, setat. 75, «fait
Îjartie maintenant du musée deVersail-
es. » Marin Gureau serait donc né vers
1594, et non vers 161 3, comme le dit as-
surément Gondorcet dans ses Eloges (édit.
de 1804 et de 1847). ^^ Manceau.
Famille de Villers-au-Tertre (V, 566).
— Les familles de Villers étaient excessi-
vement nombreuses en France, et surtout
dans les Pays-Bas. Rien que dans le Cam-
brésis on peut citer outre Villers-au-Ter-
tre, Villers- Ppuich, Villers-Outréau, Vil-
lers-Gugnicourt, etc. (Voir Le Garpentier,
Histoire de Gambriy et du Gambrésis,
2 vol. in-40, Leide, 1664, t. 2, p. io58 et
suiv., notamment p. 1061, spécialement
sur la famille Villers-au-Tertre qui portait
d'ai^ur à un escusson d'argent, Vescu
semé de billet tes de mesme).
D'autres ouvrages spéciaux sur les fa-
milles nobles des Pays-Bas (que je n'ai
pas sous les yeux en ce moment) donnent
sans doute des détails plus complets.
Dans le Gatalogue des gentilshommes
d'Artois, Flandre et Hainaut de MM. de
la Roque et de Barthélémy, je trouve en
1789, indiqués au Procès-verbal de l'as-
semblée de l'ordre de la noblesse (bailliage
de Gambray), le comte de Villers-au-Ter-
tre de Maginère, le chevalier de Villers-
au-Tertre de Seroin, et dans les chapitres
nobles de dames:
Madame de Villiers-au-Tertre, abbesse
à Avesnes (1783). H. T.
Ramersheim (V, 566). — Ramersheim
appartient à cette géographie idéale à la-
quelle M. Villemam a donné une ville de
Chéronée, patrie de Plutarque, autre que
la ville du même nom fameuse par la vic-
toire de Philippe; à laquelle M. Troplong
a donné une ville de Pharsale où débar-
qua Gésnr, quoique Pharsale soit à huit
heues de la mer, etc., etc. On s'en assu-
rera, en parcourant un livre des plus com-
N« 117.J
L'INTERMÉDIAIRE
- - 647
plets et des plus exacts : F Alsace ancienne
et moderne ou Dictionnaire topographi-
que et statistique du Haut et du Bas-Khin,
par Baquol, 3« édition entièrement refon-
due par P. Risteihuber. (Strasbourg et Pa-
ris, i865,in-8.) Euqorral.
« Histoire du prince Adonistas » (V,
566). — La marquise de L***, auteur de ce
petit volume, n'est autre que la marquise
de Lassay, qui, avant de devenir, en 1696,
la troisième femme du romanesque mar-
quis de Lassay, était Mademoiselle de
Gueneni, anagramme d'Enguien, qu'on
appelait aussi Mademoiselle de Chateau-
briand. Elle était fille naturelle de Henri-
Jules de Bourbon, prince de Condé, et de
Madame de Marans. Ce roman parut Tan-
née même de la mort de son mari.
Ol. B.
Un manuscrit concernant l'Opéra à re-
trouver (V, 567). — Le manuscrit in-40,
autographe, n® 1291 du Catalogue Solar,
n'était probablement qu'un fragment des
Chroniques de V Académie Royale de mu-
sique, par Gentil, contrôleur du matériel
à r Opéra.
Il existe, à ma connaissance, deux
exemplaires de ce travail. L'un, apparte-
nant à un de nos principaux éditeurs de
, musique, me fut très- obligeamment prêté
en 1866. J'en avais déjà copié une partie,
quand J'eus l'occasion d'acquérir de la fa-
mille Gentil un autre manuscrit, en partie
autographe, en partie recopié, et qui
paraissait avoir été préparé pour l'im-
pression.
Ces deux exemplaires n'étaient pas ab-
solument conformes. Il se peut même
qu'ils présentent des lacunes et que quel-
Ques cahiers, prêtés par Gentil, aient été
égarés.
Voici le titre exact de Touvrage :
Chroniques de V Académie Royale de
Musique — Les cancans de VOpéra en
i83ô, extraits du journal tenu par une
habilleuse, concernant les choses qui sont
venues à sa connaissance durant Vannée
i836.
Tome I. i836.
Tome II. i837.
Tome III. i838-i839.
Le tout formant trois volumes, petit
in-4®, d'environ 35o pages.
Ces manuscrits n offrent rien de bien
scandaleux. Toutefois, il s'y trouve beau-
coup de noms propres, et c'est, sans doute,
ce qui en a empêché la publication. Tels
qu'ils sont, ils donnent une idée assez
exacte des mœurs théâtrales pendant les
premières années de la monarchie de
i83o, et ils ont trouvé leur place la plus
naturelle aux Archives de l'Opéra, à côté
d'autres documents du même genre, rela-
— -- 648
tifs aux diverses époques de Thistoire du
théâtre. . Ch. Nuitter,
Conservateur des Archives
de VOpéra.
La Peste rouge (V, 568). — L'auteur est,
suivant Quérard, dans ses Supercheries^
un écrivain légitimiste du nom de Leroy-
Keraniou. Ol. B.
Les c Mémoires de Casanova > (V, 568;.
— L'édition Paulin, 1843, contient à la fin
de son quatrième volume une espèce de
notice sur Casanova, par le prince de Ligne.
Le prince y parle des Mémoires écrits par
Casanova. Seulement, presque rien de ce
qu'il raconte comme 1 ayant lu dans ces
Mémoires, ne se retrouve dans les Mémoires
imprimés, ou du moins n'y est présenté de
même. Faut-il en conclure que ces Mé-
moires imprimés sont apocryphes, ou seu-
lement que Tauteur les a retouchés en
adoucissant ce qu'ils avaient de trop cru?
Cette seconde explication me paraît préfé-
rable, et j'irai même jusqu'à me demander
si ce n'est pas le pnnce de Ligne gui se
trompe, et s'il ne croit pas se souvenir d'a-
voir trouvé dans le manuscrit de Casa-
nova, des faits et des détails qu'il a connus
autrement. Ainsi, selon lui, Casanova
« s'avoue comme fils d'un père inconnu et
d'une mauvaise comédienne de Venise. »
On ne trouve rien de pareil dans les Mé-
moires imprimés. Casanova s'y donne, lui
et son frère, le célèbre peintre de batailles,
comme nés d'un mariage très-légitime.
Casanova est bien le nom de leur père, et
il lui attribue même une généalogie assez
illustre, tout en convenant qu'il était co-
médien, et qu'après son mariage, il avait
fait monter sur les planches sa femme Za-
netta. Or Goldoni raconte que dans la
troupe qui joua ses premiers essais, a il y
avait deux actrices pour les intermèdes.
L'une était une veuve très-jolie et très-
habile, appelée Zanetta Casanova... » Le
rapport des noms et celui des dates ne
laissent guère douter qu'il ne s'agisse là
de la mère de Casanova. Elle était donc
veuve, ou du moins était acceptée pour
telle. Comment croire, après cela, que son
fils ait écrit qu'elle n'avait jamais été ma-
riée? Je pense donc que les Mémoires de
Casanova sont authentiques, c'est-à-dire
écrits par lui-même. Quant à véridiques,
c'est autre chose, et je ne tiendrais pas
pour un mécréant celui qui se méfierait
des trois quarts de ce (ju'il y raconte, ne
fût-ce que de cette intuition merveilleuse
qui lui fait deviner, à neuf ans, que le so-
seil est fixe et que c'est la terre qui marche;
et cela seulement parce que, voyageant
pour la première fois le long d'une rangée
d'arbres, on vient de lui expliquer que ces
arbres sont immobiles, quoiqu'ils lui pa-
raissent courir. 0. D.
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[lo nov. iSôg,
049
65o
£tymologie d'amazone (V, 56q). — Pour
avoir cette étymologie, il ne suffit pas d'ou-
vrir Hérodote. Artin-Pa^na, la déesse de
la lune, ainsi que de la chasse et de la
guerre, chez les Scythes, avait, à son ser-
vice, des femmes victimaires qui sacri-
fiaient les prisonniers de guerre, et for-
maient une espèce de corporation qu'on
désignait par le nom abstrait neutre de
tuerie d'hommes (scythique, vairo-pata ;
Hérodote, oiro-pata). Ces femmes étaient
armées comme des guerrières et des chas-
seresses, c'est pour cela qu'Hérodote et
les Grecs, les ont comparées aux amazones
vierges, prêtresses de VArtémis d'Ephèse.
Le culte d'Artin-Paza était orgias>tique,
celui d'Artémis ascétique. (Voy. Guigniaut,
Maury.) L'ascétisme est né chez les Hin-
dous ; son influence se fit sentir dans les
religions des peuples de l'Asie occidentale,
et s'exerça d'abord sur les Thraces qui
établirent le culte de la déesse Ciça, ser-
vie par desdruidesses vierges, ou du moins
observant le célibat pendant la durée de
leur sacerdoce. De la Thrace sortirent les
amazones qui fondèrent la ville d'Ephèse
en consacrant à leur divinité, Artémis, un
trône de frêne, au-dessus duquel s'éleva
plus tard un temple magnifique. Comme
mèrej Artémis eut le nom de mamelue
(gr. amai^ôn)] comme vierge, elle était
servie par des vierges et par des prêtres
eunuques, qui étaient nommés Mégabuses
et c^ui se recrutaient parmi les paysans
cariens des environs. (Mérimée, Galette
des beaux-arts, i5 juillet iSSq.} Les
Scythes ayant expulsé les Kioiméries, les
contrées au nord de la mer Noire furent
désignées sous le nom de Scythie, et les
poëtes tragiques du siècle de Périclès ap-
pelèrent Artémis scythique, l'Artémis tau-
ropolos des Kimmeries, d'autant plus que
la civilisation grecque commençant à rou-
gir du culte sanguinaire d' Artémis tauro -
polos (voy. Callimaque, Hymn. ad Arte-
tnid.), ne voulut plus qu'on le prît pour un
culte grec originaire de Lemnos, et pré-
féra en attribuer l'origine aux Scythes.
Ayant confondu les déesses, les Grecs con-
fondirent aussi les prêtresses.
RiSTELHUBER.
Une barbe d'or (V, 5 80). -— Voici une
autre version. Dans le Glossaire de la lan-
gue romane, il est dit, à galonner sa
barbe : « Selon Borel, c'étoit la peigner, y
mettre de petits glands au bout de chaque
fioquet, comme font les dames en leurs
cheveux. On faisait cela aussi avec du fil
d'or, ou bien on couvroit la barbe de pail-
lettes ou de limaille d'or; et si on étoit
jeune et sans barbe, on s'en mettoit une
fausse de fil d'or; mais cela ne se prati-
quoit qu'aux enterremens des grands
(comme à celui de Charles le Téméraire),
pour rendre la cérémonie plus majestueuse,
car la barbe a toujours marqué vénération. »
P. A. L.
Faire ripaille (V, 586). — Sans prendre
parti dans la discussion historique à la-
quelle M. J. L. fait allusion, je me borne-
rai à faire observer que Félix V est regardé
comme un antipape, ce qui expliquerait
bien des choses de la part de ses détrac-
teurs, qui, en l'attaquant, n'ont pas cru
faire niche à la papauté. E. G. P.
— Enguerrand de Monstrelet (Chroni-
que), le Père Labbe (Etymologie de plu-
sieurs mots françois), un certain André
Duval, docteur de Sorbonne {De suprema
romani pontifias in Ecclesiam potestate),
G. Peignot, sont unanimes à reconnaître
que ce dicton doit être attribué à la vie
agréable que Amédée VHI menait au
prieuré de Ripaille, sans oublier surtout
les plaisirs de la table.
Un syndic de la faculté de théologie,
autre docteur en Sorbonne, Edmond Ri-
chQr(De ecclesiastica et politica potestate,
161 1), réfute cette etymologie et s'efforce
d'établir une analogie entre ribaud et ri-
paille.
Ménage dit que l'expression « faire ri-
paille » pourrait bien venir des repas que les
bourgeois ont l'habitude de faire l'été sur
le bord des rivières {convivia, riparia),
ajoutant, à l'appui de cette supposition, que
le château de Ripaille est appelé en latin
Riparia et non Ripalia.
Jault, également cité par Peignot, dé-
rive le dicton, de rippe, côte, ou rippen,
côtelette (en allemand) ; faire ripaiUe, se
réjouir entre amis et y manger jusqu'aux
os. Peut-être aussi ripaille n^st-il qu'une
contraction de repaissaille, vieux mot em-
ployé par Rabelais et dans la même ac-
ception. Liv. IV, ch. XXXVI : a Laissons
ces repaissailles ici. » Ch. li, même livre :
a La repaissaille fut copieuse et les beu-
vettes numéreuses. »
De la Mésangère [Proverbes français),
encore cité par Peignot, prétend que ri-
paille n'est qu'une corruption de ripuaille,
dérivé lui-même de repue, bonne chère.
Th. Pasquier.
Hommes et femmes célèbres non mariés
(V, 588). — Montaigne et La Rochefou-
cauld étaient mariés, et peut-être peut-on
en dire autant \de Mademoiselle de la
Force, quoique ou puisque son mariage
a été cassé en justice. Si on la repousse
du nombre des femmes mariées, il fout en
renvoyer avec elle toutes celles qui ont
éprouvé le mêmp inconvénient, comme
Berthe, femme du roi Robert;- Agnès
de Méranie; Jeanne, fille de Louis XI;
Marguerite, fille de Henri II. Mais j'ad-
N» 117.]
L'INTERMÉDIAIRE
65i
652 -
mettrais plutôt parmi les célibataires celles
qui, comme la duchesse d'Etampes, Ga-
brielle d*Estrées, voire Madame du Barry,
ont rendu leur mariage illusoire de leur
plein gré. Aspasie de Milet, Héloïse, la
tsarine Elisabeth, Olympe de Gouges,
nous présentent d'autres exemples de ma-
riages douteux; mais pour Leaena, Léon-
tium, Thëodora (mère de Marozie), Agnès
Sorel, Henriette d'Entragues, la reine
Christine, Ninon, La Vallière, la tsarine
Sophie, voilà de franches et pures céliba-
taires, et dont on peut écrire le nom à
côté de ceux des Jeanne d'Arc et des
sainte Geneviève. Et si, par hasard, cela
jure un peu, n'est-ce pas pour nous mon-
trer qu'il n'y a là aucune parité entre les
deux sexes, et que les liaisons illégitimes,
qui ne déclassent pas les hommes, déclas-
sent complètement les femmes. On peut
diviser les hommes en mariés et céliba-
taires ; mais la véritable classification des
femmes, n'est-elle pas en vertueuses ou
en non-vertueuses ? Ajoutons qu'en géné-
ral un homme ne se marie pas, parce qu'il
ne veut pas, et une femme, parce qu'elle
ne peut pas. Outre les noms aue je viens
de citer, il y a encore celui d'Elisabeth,
fille de Henri VIII : je l'ai gardé pour la
fin ne sachant pas bien où il fallait le
mettre. O. D.
Faire la bête an roi quatrième (V, 594).
— Cette expression est empruntée au Jeu
de la Bête y qui était très en usage à la cour
pendant le XVII« siècle. On voit dans le
Journal de DangeaUy à la date du 10 fé-
vrier 1689, la reine d'Angleterre, femme
de JacQues 1 1, jouer à la bête avec la priA-
cesse a'Harcourt et Madame de Croissy.
Les règles de ce jeu de cartes se trouvent
encore dans l'édition de lySo de VAcadé'*
mie universelle des Jeux, jp. 278 à 286.
Chaque joueur avait cinq cartes, et,
comme à l'écarté, celui qui donnait retour-
nait une carte qui indiquait l'atout. Il fal-
lait, pour gagner l'enjeu, faire trois levées,
sinon on faisait la bête, c'est-à-dire cju'on
doublait la mise. Faire la bête au roi qua-
trième^ c'est-à-dire ne pouvoir faire trois
levées avec quatre atouts dont le roi ; c'é-
tait jouer de malheur. Eud. S.
Mots spéciaux des Contes de Madame
d'Aiilnoy (V, 614). — Les Contes de fées,
par Mad. Jumelle de Berneville, comtesse
d'Aulnoy (et non Mademoiselle.d'Aulnoy),
n'ont pas été composés pour des enfants.
11 suffit, pour s'en convaincre, de lire la
dédicace adressée à S. A. R. Madame,
dans laauelle se trouve ce passage : Et si
f avais a présent quelque chose à désirer,
ce ne serait ni le chapeau, ni les roses du
prince Lutin, ni la jeunesse de Florine, ni
la beauté de Gracieuse : ce serait. Ma-
dame, asse^ d'esprit pomr amuser agréa-
blement votre Altesse Royale (i)...
Petit métier, est aujourd'hui remplacé
par petit Jour, dont personne n'ignore la
signification.
Moule, Du temps de Henri III et de
Henri IV, les dames portaient sur la tête
un moule cylindrique, autour duquel s'en-
roulaient leurs cheveux au-dessus du front.
Le Calambour est une variété de bois
d'alofis, de couleur verdâtre et très- odo-
rant, qui se tire des Indes. L'orthographe
de ce nom a beaucoup varié, comme celle
de tous les noms étrangers importés dans
la langue française.
Tercio, est en espagnol un régiment
d'infanterie. On trouve souvent dans les
ouvrages français des seizième et dix-sep-
tième siècles, le mot /erre ou tierce, qui en
est la traduction, notamment dans la
nouvelle, non pas du prince Léon, mais
de Ponce de Léon.
Il a été question dans V Intermédiaire
du lapsus calami de je ne sais plus quel
auteur contemporain, qui parle des Incas
du Mexique. L'un des personnages de la
nouvelle de Ponce de Léon annonce qu'un
mariage se fera au Mexique, dans la grande
ville de Lima : même oubli du Pérou.
Les olivettes. On dansait, il n'y a pas
bien longtemps, et l'on danse encore peut-
être en Normandie, une espèce de branle,
où les couples de danseurs se tenant par
la main, passent successivement sous la
chaîne formée par le reste de la compa-
gnie. Cette danse est accompagnée par
une chanson dont voici le refirain :
Lon, lan, la^ les voilà qui viennent,
Gai, gai, gai, laissez-les passer
Les o, les i, les belles olivettes,
Lon, lan, la, laissez-les passer,
Les belles olivettes,
Après souper.
Zin:(olin. Sorte de couleur qui est un
violet rougeâtre : il s'emploie aussi adjec-
tivement : du taffetas zinzolin.
Pagode, signifie l'idole qu'on adore
dans les temples qui portent le même
nom. Par extension, pagode se dit de pe-
tites figures, ordinairement de porcelaine,
et qui souvent ont la tête mobile. Les
marionnettes sont en bois ou en carton,
et la différence qui existe entre ces deux
objets, est assez tranchée pour expliquer
leurs furieux combats.
Pavie. Sorte de pêche dont la chair est
adhérente au noyau : elle est originaire de
la ville de ce nom.
Bibets. Il est clair, d'après la descrip-
( I ) Il faut lire surtout Tépître qui se trouve
en tête du troisième volume :
... Si quelquefois quittant et la ville et la cour,
Elle va deSaint-Cloud chercher l'heureux séjour,
C'est là que vous pouvez, animant votre audace,
Parmi tous vos amés demancter une place...
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[10 nov. i86q.
653
654
tion du dîner du roi, qu'il faut chercher
les bibcts dans les bestiolinettes qui le ser-
vaient avec une adresse surnaturelle (fre-
lons^ mouches, guêpes, moucherons). Le *
nom de bibion (d*où, sans doute, bibet) se
donne à des insectes diptères, de la fa-
mille des némocères, et pourvus d'un su-
çoir allongé : ce qui explique à la fois leur
nom et l'éloge que la narratrice fait de leur
tempérance.
Nourrices sèches. En anglais : Wet
nurse, nourrice mouillée, qui allaite :
Dry nurse, nourrice sèche, qui élève un
enfant à la cuiller.
Limes. Le limettier, arbre du genre
oranger, a pour fruit les limes qui se
mangent confites et se nomment limes
douces.
Jasmins. Jassemins. Autre exemple des
variations dans l'orthographe des noms
étrangers : celui-ci vient du persan, yâs-
min^ et non du grec, iasmê, comme l'in-
dique Bouillet dans le Dictionnaire des
Lettres et des Arts : ce mot ne se trouve
pas dans le Dictionnaire grec. Ad. D.
— Quelques-uns de ces mots se trouvent
encore dans le petit dictionnaire de Wailly
d'après Richelet, 1790. Lime, espèce de
limon ou de citron. Olivettes, danse des
Provençaux, après avoir cueilli les olives.
Pagode, temple d'idolâtres ; il se prend
aussi pour idole petites figures qui
ont souvent la tête mobile ; de là — il re-
mue la tête comme une pagode. — (Au-
jourd'hui nous appelons ces figurines des
Magots: le nom de Pagode indiquait
qu'elles venaient des Indes ou de la
Chine.) Pavie, sorte de pêche qui ne
quitte pas le noyau. (Tallemant attribue
en partie la mort de Bassompierre à ce
qu'il mangeait trop a de méchants melons
et de pavies qui ne mûrissent jamais bien
à Paris. ») Romance, sorte de poëme ou
d'histoire écrite en vers. (Les romances
de M"« d'Aulnoy sont en prose ; mais ce
sens n'en diffère pas moins de celui que
prend aujourd'hui le mot romance.) Dia-
mant en table, taillé de façon que la sur-
face en est plate. (C'est un mot de bijoute-
rie, et comme le portrait en question était
monté en bague, c'est sans doute la nature
de cette monture qu'indique l'expression
fait en table.) Zin^olin, sorte de couleur
qui est d'un violet rougeâtre. Ce diction-
naire donne également le verbe clouter.
« Le terme de Terce qui est employé
en deux ou trois endroits des Mémoires
de Sully, y signifie un bataillon, ou un
nombre de compagnies de gens de pied,
réunies en un corps. » (Note de L'Ecluse.)
Pour un moule sous des cheveux, je
crois que nous n'avons qu'à regarder au-
tour de nous pour comprendre que c'est
une espèce de pelote que l'on fourre dans
la chevelure pour la faire croire plus four-
nie qu'elle ne l'est en effet.
Un fauteuil de commodité^ est un fau-
teil commode. Le sens n'est point dou-
teux quand on lit le passage de M™® d'Aul-
noy, et il- est bien certain que si elle em-
ploie ce terme, c'est qu'il était alors «en
usage. Or, on se rappellera peut-être que
Ton attribue à M™® de Montespan, mécon-
tente de voir le confesseur de Louis XIV
aussi indulgent pour ses rivales que pour
elle-même, d'avoir dit « que le père de Là
Chaize était une chaise de commodité. »
Valckenaer trouve ce c[uolibet ignoble.
Probablement y attribuait-il un sens scato-
logique, que le passage de M"^ d'Aulnov
■nous permet de regarder comme erroné.
O. D.
— Le terce ou tercet était au XVI®
siècle l'unité de bande armée, comme le
régiment actuellement, la légion chez les
Romains, la phalange en Grèce et en Ma-
cédoine. Je crois cependant que le terce
ou tercet ne se composait que d'infanterie.
Actuellement l'armée espagnole se subdi-
vise en régiments et bataillons comme
dans le reste de l'Europe et en Amérique.
Il faut excepter les provinces basques
qui ne sont pas tenues à la conscription,
mais qui doivent fournir en cas de guerre
un ou plusieurs tercets ou terces. Je crois
que le terce était de 3, 000 hommes, mais
je n'en suis pas sûr.
(Versailles.) R. de S,
— M. E. G. P. demande quel est le
sens du mot terce, qu'il a rencontré dans
les Contes de fées de madame d'Aulnoy;
je lui répondrai en le renvoyant au Diccto-
nario de l'Académie espagnole, Madrid,
1739, in-folio, t. VI, p. 2^0 1 le mot tercio
correspond à J'expression de régiment.
Selon Juste- Lipse (notes sur Tacite, Hts^
toires, liv. IV), il vient de ce que la troi-
sième légion resta en Espagne. Cervantes
Persiles, 1. III, ch). 12, parle d'un tertio
d'infanterie espagnole qui se rendit de la
Lombardie à Gênes; Marmol, dans sa
<( Description de l'Afrique » parle d'un
combat où les chevaliers de Samt-Jean et
le tertio de Piémont formaient l'arrière-
garde.' C. B.
— Voyez le Dictionnaire de l'Académie
française, il vous dira que :
Petit métier ou simplement métier si-
gnifie une espèce de gaufre.
Les olivettes signifie une danse proven-
çale. Elle se danse, après la récolte des
olives, par trois personnes qui courent
Tune après l'autre, en serpentant autour
de trois oliviers.
Zinjolin signifie une sorte de violet rou-
geâtre et délicat. On le fait substantif,
ajoute l'Académie : c'est du zinzolin.
Pavie (on prononce pavi), sorte de
pêche qui ne quitte pas le noyau.
Voyez encore ce même Dictloanaire
N*ii7.j
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
— 655 656 ~
[lo nov. 1869.
pour le mot lime douce j et pour tant d'au-
tres expressions qui ont vieilli.
(Chauny.) D' Auc. Warmont.
— Le fruit nommé p avis (l'orthographe
est pavie) est une espèce de pêche à chair
adhérente, ou mieux une alberge; elle
nous vient de Lombardie.
D. Charruaud.
— Canambour. — (Victor Hugo, Ruy^
BlaSy acte II, scène 5.)
... Vous allez partir de Madrid tout à Theure
Pour porter cette boîte en bois de calambour
A mon père, Monsieur Télecteur de Neubourg.
RiSTELHUBER.
— a BiBET, échanson. » Vient naturelle-
ment du latin bibere. En Berry, on em-
ploie encore aujourd'hui le verbe biber,
dans le sens de boire avidement, a II la
bibe des yeux! » diront les commères en
voyant « un ealant » contempler amou-
reusement sa dulcinée.
« Fauteuil de commodité. » C'était, je
le crois bien, un fauteuil bas, large, pro-
fond, capitonné, commode pour causer, —
ce que nos tapissiers d'aujourd'hui appel-
lent une causeuse, — et que les Précieu-
ses du Grand Siècle nommaient, suivant
Molière : o Les commodités de la conver-
sation. »
a Pavis. » « C'est, dit Furetière (loco
citato) une sorte de pêche qui ne quitte
point le noyau. » Ce mot se dit tant du
fruit que de l'arbre qui le porte. Le grand
usage de la France est pour un pavis (Mé-
nage). En plusieurs provinces, on dit une
pavie, au féminin. M. Perrault a dit :
Des rouges pavis le duvet délicat. MM. de
l'Académie ont décidé qu'il fallait dire un
pavie. Pavie, de la Pavie, d'où cette pê-
che nous est venue. »
o Limes douces. » « Lime signifie aussi
quelques fruits qui sont des espèces de li-
mons. Il y a des limes rondes et pleines
d'un suc fort doux. Des limes douces de
Marseille. » (Ibid.)
« Une bourrée du petit métier. »
a Mestier est une espèce d'oublié ou de
pâtisserie mince et roulée qui est cuite en-
tre deux fers comme des gaufres, compo-
sée de farine et de sucre ou de miel. On
l'appelle aussi des cornets de mestier ou
du petit métier. » (Ibid.)
« Clouté d'or. » « Clouter, v. a. Gar-
nir de clous, en parlant de ces petits clous
d'or ou d'argent dont on garnit les boîtes
de montre et les tabatières, par ornement.
Clouté, Une montre, une tabatière clou-
tée d'or ou d'argent. Un carrosse clouté. »
{Dictionn. de Trévoux, édition de 1771.)
« Taffetas zinzolin. » « Zinzolin est un
nom que l'on donne à une espèce de cou-
leur qui tire sur le rouge, dont la teinture
est faite d'un suc d'une plante que les La-
tins appellent hisginum, dont parle Pline,
et de son diminutif hisginolium a été fait
![in^olin. » (Ibid.) — Ouf!!!...
, Et je n*ai pas tout dit, —j'en passe et des meil-
[leurs!
Ulric.
Une lettre inédite de Tantenr de la « Co-
médie humaine. » — J'ai dans ma petite col-
lection d'autographes une lettre écrite par
Honoré de Balzac à M. l'abbé Eglée, vi-
caire-général de l'archevêque de Paris,
lettre aue les amis de l'Intermédiaire liront
avec d autant plus de plaisir, j'en suis sûr,
qu'elle nous montre l'illustre romancier
s occupant (chose piguante!) de faire en-
trer au couvent une jeune personne à la-
quelle il s'intéressait':
o Monsieur le vicaire-général,
a J'ai eu l'honneur de me présenter au-
a jourd'hui avec Mademoiselle Borel, la
a personne qui se destine, d'après vos avis,
o à l'ordre de la Visitation, et qui vient se
a mettre sous votre conduite. N'ayant pas
a eu le bonheur de vous trouver, nous nous
tt sommes encjuis de l'heure à laquelle
tt vous seriez visible demain, pour que vous
« puissiez donner à cette future sainte
a toutes les indications et les protections
« que vous avez bien voulu me promettre.
tt Trouvez ici, Monsieur le vicaire-génc-
« rai, la respectueuse expression des sen-
« timents avec lesquels j'ai l'honneur d'être
a V. h. s. DE Balzac. «
Pour copie conforme à l'original, que je
tiens de la main généreuse de M. l'abbé
Eglée. T. DE L.
Les bœnfs de Suze et les bœnfs... réac-
tionnaires de 1792. — Montaigne {Essais,
liv. II, ch. XII) dit : « Les bœufs qui
servoient aux jardins royaux de Suze
pour les arrouser, et tourner certaines
grandes roues à puiser de l'eau, ausquelles
il y avoit des bacquetz attachez (comme il
s'en veoid plusieurs en Languedoc), on
leur avait ordonné d'en tirer par jour jus-
ques à cent tours chascun: dont ils estoient
si accoustumez à ce nombre, qu'il estoit
impossible, par aulcune force, de leur en
faire tirer un tour davantage; et, ayant
faict leur tasche, ils s'arrestoient tout
court. » — J'ai entendu raconter par de
vieux paysans que, quand la Convention
eut supprimé le dimanche, les bœufs refu-
saient obstinément de travailler le septidi
Les bœufs de Suze et les nôtres n'avaient-
ils pas ruminé.,, sur l'affaire ?
T. DE L.
Paris. " Ijf. d« Ch. Meyraeu, rue Ciiiu, IS. ~ 1M9.
QOAQOB
Numéro il8.
Cherche» et
V9U» trùuvere*.
Jl se faut
entr'aider.
t5n6v.(869.
— *—
£2nietméhmtc
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, U^OTES and QUERIES français.)
657
= 658
Belles-Lettres— Philologie— Beaux-Arts
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— Divers.
' Rome , œavre des hommes ; Venise, œu-
vre des dieux. —
Oh ! oui, tu Tas reçu, ce don de la beauté,
Italie! Italie! Et de quelque côté
Que sur toi nos yeux s'ouvrent.
De nouveaux charmes se découvrent.
Enchaînant à tes pieds notre cœur enchanté !
Italie, en t'aimant, oh! qu'il fait bon de vivre!
Et puis, on peut fermer le livre...
Ou plutôt le rouvrir pour le relire encor
A Venise, ce livre d'or!...
Car la Ville éternelle, Rome,
On Ta dit avec vérité,
Est, dans son imposante et triste majesté,
Un chef-d'œuvre fait de main à^homme.
Oui, Rome est ici-bas la maîtresse-cité !
Mais Venise ! Venise !
C'est un rêve longtemps rêvé qu'on réalise !
C'est l'arc, au ciel bleu, qui s'irise !
C'est Diane en son bain surprise.
Chasseresse au disque argenté,
Qui pour Actéon s'humanise
Et laisse admirer sa beauté !
Ou c'est Vénus en sa superbe nudité.
Avec un sceptre d'or, de nacre agrémenté !
Venise est la terre promise :
C'est le vieil Orient, vers le nord transplanté,
En son étincelante et fraîche nouveauté!
C'est la terre d'Eden ici-bas reconquise!
C'est l'ouvrage béni d'une divinité!
Quel est donc le poëte latin moderne
qui a formulé (en ces termes ou à peu
près) cette même pensée dans ce vers pen-
tamètre : Romam homines dicas, nanc
(Venise) genuisse DeosPEtquel est le vers
hexamètre qui commence le distique ?
Venise, i6 oct. 1869.
C. R.
Un vers de Voltaire. — M. Francisque
Sarcey, dans le Gaulois du 10 novembre,
dit de M. Poiret, l'auteur du roman : Un
homme à la Bourse^ qu'il aurait dû se rap
peler le vers de Voltaire :
Le secret d'ennuyer est celui de tout dire.
Ce vers est-il bien de Voltaire ?
Yezimat.
Vers attribués à Scarron. — Tout le
monde a cité, tout le monde cite sans cesse
les quatre vers suivants comme étant de
Scarron, et se trouvant dans son Enéide
travestie :
J'ai>erçus l'ombre d'un cocher.
Qui, tenant l'ombre d'une brosse.
Nettoyait l'ombre d'un carrosse.
Eh bien ! cherchez ces vers dans 1-^-
néide travestie de Scarron, et vous n'en
trouverez pas l'ombre. Où sont-ils?
P.-L. Jacob, bibliophile.
Une traduction inédite d'Horace. -—
Dans sa réponse à une question relative
au Miroir de la Jeunesse (V, 288), E.-G. P.
écrit qu'il serait facile de préciser davan-
tage la date de ce livre, « si l'on savait en
?uelles années Danchet a été censeur. »
e puis indiquer à E.-G. P. une de ces an-
nées, car je possède le manuscrit d'une
traduction en vers des Satires et des Epi'
très d'Horace, sur le dernier feuillet du-
quel se lit ce curieux permis d'imprimer^
écrit, daté et signé de la main de Dan«
chet :
a J'ai lu, par ordre de Monseigneur le
« garde des sceaux, une traduction des Sa^
« tires et des E pitres d'Horace en vers
a françois. Le traducteur y joint des re-
« marques qui semblent n'être faites que
a pour chercher des défauts à l'original
« dont il s'éforce d'imiter les beautez; cela
a pourra animer la critique de ceux qui
a connoissent Horace familièrement, mais
a ne doit pas en empêcher l'impression,
a Fait à Paris, ce 9® octobre 1725.
« Danchet. »
Et puisque Toccasion m'est ainsi offerte
(quelle bonne fortune pour un collection-
neur l) d'occuper l'Europe des mérites de
mon bouquin, je la saisis avec empressc-
TOME V.— 22
N» ii8J
L'INTERMÉDIAIRE
- 65g
660
ment, dans l'espoir d'obtenir, par la voie
de llntermédiairey un éclaircissement que
je n'ai pu me procurer jusqu'à ce jour.
Le manuscrit en question est divisé en
deux forts volumes in-4, reliure du temps,
veau plm, tranches rouges; l'écriture,
large, pleine, très-régulière, est évidem-
ment 1 œuvre d'un calligraphe de profes-
sion. Sur la doublure (^escargot antique)
est appliqué un ex librts armorié , libellé
comme suit : Ex libris D» de S^-Maurice,
in suprema rationum curia prœsidis. Le
livre a pour titre : Traduction nouvelle en
vers français des Satires et Epttres d'Ho-
race, avec quelques notes critiques. Le
nom du traducteur n'est pas indiqué.
Or, c'est ce nom qu il m'importerait
de découvrir. Je ne sache pas que, mal-
fré la permission de Dancnet, cette tra-
uction ait jamais été publiée; mais l'au-
teur était certainement un écrivain de
talent, et je ne serais pas étonné que son
travail eût été mentionné dans quelque
correspondance littéraire de Tépoque.
Peut-être encore figure-t-il, avec le ren-
seignement désiré, dans le Catalogue de
la bibliothèque du président de Saint-
Maurice, ou dans celui de quelque autre
collection célèbre. J'ai dit que mon tra-
ducteur était un écrivain de talent. Il me
suffira de citer à l'appui de cette assertion
le début de la première satire :
Mécène, en ses désirs pourquoy Thomme In-
[constant
De son état jamais ne paroit-îl contant?
Que le sort ou son choix en décide, n'importe :
Tout autre sur le sien, à ce qu'il croit, l'em-
[porte.
« O trop heureux marchand ! » dit cent tois ]e
[soldat,
Fatigué des travaux d*un périlleux combat.
Le marchand, menacé des vents et du naufrage,
Du soldat, à son loun relève l'avantage :
« Il combat; mais ennn, la victoire ou la mort,
« En un moment, dit-il, décide de son sort... »
[Etc.
Je ne connais aucune traduction en vers
d'Horace, — sans en excepter les plus mo-
dernes, •— qui reproduise aussi exactement
le sens, la couleur et le mouvement du
poëte latin. Mais ce qui caractérise parti-
culièrement cet ouvrage, c'est, ainsi que
^, le remarque Danchet, Te plaisir que le tra-
^' ducteur semble prendre à éretnter son
original. La rareté de ce procédé en fait
une curiosité littéraire, et c'est à ce titre
cfUèî Hfaîg|?ë4'étendue de cette notice, je
né résiste pas au désir d'en citer deux sin-
guliers-exemples :
Le^remier s'applique à la 5p satire du
I«r liseré :
« Lucile, dit notre critique, fait la des-
« cription de son voyage de Rome à Ca-
« poue, et Horace, à son imitation, Ta fait
« de celuy qu'il fit à Brindes. Il faut être
a bien prévenu pour trouver dans ce voyage
o d'Horace quek]ue chose d'amusant, C*est
a un journal historiaue et géographique de
« tous les lieux et de tous les cabarets où
« il a passé ; qui n'est accompagné d'au-
« cunes circonstances intéressantes. Il se-
a roit difficile de le justifier de toutes les
« sottises et les ordures qu'il fait dire à ces
« deux infâmes crocheteurs; et je suis sur-
et pris de voir que Mécène et Plotius ayent
« pu prendre plaisir à de pareils discours...
a Pour achever la critique de cette satire,
« il suffit de se souvenir du Voyage de
o Chapelle et de les comparer l'un à Tau-
a tre. Les aventures du Voyage d'Horace
a sont froides, basses, particulièrement
a celles du rendez -vous qu'il reçut de cette
« jeune fille, où il fait part au public, sans
a aucune envelope, de ce qui luy arriva
« dans son lit. Celles de Chapelle sont
a toutes choisies, vives, intéressantes; et
« s'il se charge d'en décrire quelque com-
« mune, il la relève par la diction la plus
« noble, et a soin de 1 embellir d'ornements
« étrangers. »
La note suivante se rapporte à la 6« sa-
tire du même livre :
« Si Horace parle de luy et de sa nais-
a sance avec une modestie louable, il s'en
a dédommage bien quelquefois; et s'il
a abaisse sa naissance, c'est pour mieux
a relever l'es qualités de son esprit et de
« son cœur. Cet homme, si modeste en
a apparence, ne rougit pas de se louer et
a de se vanter d'être sans défauts, ou que
« ceux dont il est chargé sont si légers
(c qu'ils ne paroissent pas plus qu'une pe-
a tite tache sur un beau visage. Il est
« exemt d'avarice, son cœur est noble,
« généreux; ce n'est point au hazard ni à
a sa bonne fortune, qu'il doit l'amitié dont
a Mécène l'honore; c'est une justice que
« ce seigneur a rendue à son mérite, en
« sorte que l'on pourroit soupçonner que
a son dessein n'est pas tant ae louer le
a discernement et le bon goût de Mécène
« dans le choix qu'il fait de ses amis, c|ue
« de faire valoir son propre mérite qui 1 en
a a rendu digne. 11 faut toujours être en
a garde contre les gens qui conviennent si
« facilement de l'obscurité de leur nais-
« sance; ils se dédommagent tôt ou tard
a de cet aveu par quelque trait d'orgueil.»
Mes coa bonnes me pardonneront- ils de
les avoir entretenus si longuement d'une
trouvaille dont je m'exagère peut-être rim-
portance? J'ose l'espérer, possédant moi-
même des trésors d'indulgence pour les in-
nocentes faiblesses (un profane dirait: pour
les innocentes manies) de mes confrères
les chercheurs et les curieux.
Joc'h d'Indret.
« Le Cri du jeu de l'Empire d'Orléans. »--
La deuxième des ballades de Clément Ma-
rot est intitulée le Cry du jeu de l'Empire
d*Orléans, La voici, avec son envoi;
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 nov. i86g.
66 1
- 662
Laissez à part vos vineuses tavernes,
Museaulx ardans de rouge enluminez...
Renjeunissez, saillez de vos cavernes^
Vieulx accroupiz, par aaçe examines.
Voicy les jours qui sont déterminez
A blasonner, à desgorger et dire !
Voicy le temps que suppostz de TEmpire
Doivent par droict leurs coutumes tenir!
Si voulez donc passer le temps et rire^
Ny envoyez, mais pensez de venir !
Harnoys, Chevaulx, Fifîres, Tambours et
[Trompes,
Riches habitz et grans bragues avoir,
Ce ne sont pas de l'Empire les pompes,
Leurs motz, leur jeu, c'est cela qu'il fault
[veoir!
Qui vouldra donc des nouvelles scavoir,
Qui ne sçaura des follies cent mille,
Qai ne sçaura mainte abusion utile,
Sans trop picquer^ l'en ferons souvenir !
Pourtant, seigneurs de ceste noble Ville,
N'y envoyez, mais pensez de venir !
N'avez pas peur. Dames gentes mignonnes,
Qu en nos papiers on vous vueille coucher,
Chascun sçait bien qu'estes belles et bonnes,
On ne sçauroit à vos honneurs toucher.
Qui est morveulx si se voyse moucher.
Venez, venez, sotz, sages, folz et folles,
Vous, musequins qui tenez les escolles
De caqueter, faire et entretenir.
Pour bien juger que c'est de nous parolles^
N'y envoyez, mais pensez de venir!
ENVOV.
Prince, le temps et le terme s'approche
Qu'Ëmpiriens par-dessus la fi^zoche
Triompneront, pour honneur maintenir.
Toutes et tous, si trop fort on ne cloche,
N'y envoyez, mais pensez de venir.
Je demande ce qu'il faut entendre par
kjeu ou le Cry du jeu de V Empire d'Or^
léans, H. V*« des Fossés.
tt Ce que j'aime, » de Victor Hugo. —
Où, quand, comment, et par qui donc fut
publié, pour la première fois, un malicieux
couplet de Victor Hugo, non encore in-
séré, que je sache, dans les Œuvres cont"
plètes du poëte, et que je trouve imprimé
comme il suit dans un petit recueil de
chansons {La Goguette ancienne et mo-
derne, p. 272. Paris, Garnier fr., 2«édit.,
in-3a,av. fig., i856):
CE QUE j'aime.
Couplet improvisé à un dessert.
Air : Souvent la nuit, quand je sommeille*
D'attraits ravissants pourvue,
Seule, elle réunit tout :
Ses appas charment la vue,
Et chacun vante son goût.
Sa peau, veloutée et fraîche.
Joint toujours la rose au lis ;
Ce pourrait être Philis,
Si ce n'était une pêche.
V. Hugo.
Pour copie ; Ulrici
Lettres falsifiées de M»« de Maintenon.
— L'idylle : ^ Dans les prés fleuris, etc. n
— Je voudrais demander aux lecteurs de
V Intermédiaire (mais la question ne leur
paraîtra-t-elle pas trop ingénue?) où l'on
peut trouver des renseignements sur les
quelques lettres de M™« de Maintenon,
fabriquées par La Beaumelle, et sur l'idylle
des Moutons, faussement attribuée à
M«»e Deshoulières. O. D. D.
 pas d'église. — C'est sans doute à
l'occasion du Concile que le National a
remis en honneur cette singulière expres-
sion de bedeau, dans sa petite drôlerie in-
titulée : les Crimes mystérieux de Pantin;
voy. le no du samedi 7 novembre :
a La baronne s'avança à pas d'église
jusQu'auprès de Léon. »
Nous comptons sur le Concile, pour
nous dire au juste si ce pas d église n'est
pas un néologisme de M. Fabbé Dolière*
L'abbé Tise.
Gomfort, confort. -^ Ce mot qui, en an-
glais, dit tant et de si bonnes choses (voir
Walker : a Support , assistance , counte-
« nance, consolation, support under cala-
« mity » ), ne se trouve même pas dans
le Dictionnaire de Noël et Chapsal. Tout
au plus y y a-t-il, à « Confortable » : « mot
« anglais dont font usage certaines per-
ce sonnes, en parlant de ce qui a rapport
a au bien-être, aux douceurs, aux com-
« modités de la vie. » Il me semble pour*
tant que nous avons aussi en France le
sentiment vrai du mot comfort, dans
toutes ses acceptions anglaises. De plus,
il était bien français autrefois, ainsi qu'on
le voit dans la Chanson du Chastelatn de
Couci :
Amours m'a fait oublier
L'anui qi lontans m'amort
Et donne nouvel confort.
De même, plus tard, le duc de Mont-
pensier, apprenant la mort héroïque de
Louis I«', prince de Condé, à Jarnac, s'é-
cria : « Il a eu le confort de mourir Tépée
à la main. » P. A. L.
Soubrette. — Quelle est Tétymologie de
ce mot? R. T. K.
Bolimenti Boniment? -^ Ecrit-on bien
réellement ces deux mots, indifféremment ?
Et quelle en est Torigine ? J. E. — G.
Mouchy, Mouchards. — Le Diable à
Quatre relève dans Bouillet une étymolo-
gie qui me semble un peu beaucoup fan*^
taisiste* Dans le doute, j'aime mieux m'a-
N» ii8.]
L'INTERMEDIAIRE
663
664
dresser à notre Intermédiaire qu'au duc
de Mouchy-Murat.
Je copie textuellement: « Antoine de
Mouchy, dit Democharès, Docteur en Sor-
bonne et chanoine de Noyon, né près de
Compiègne, mort à Paris en i Sy^, se ren-
dit célèbre par son zèle contre les réfor-
més et fut nommé inquisiteur de la foi.
Les hérétiques, qui le haïssaient, appelè-
rent de son nom, mouchardsy ceux qu'il
employait à découvrir les sectaires. »
J aurais volontiers dérivé mouchard de
mouche. En effet, rien n'est sacré pour une
mouche; pas d'indiscrétion que ne com-
mette cette bestiole qui, faute de mieux,
se pose aussi volontiers sur la tête des rois
que sur le derrière des ânes.
Th. Pasquier,
Un portrait de Thomas de Len. — - Les
portraits que Thomas de Leu a signés
sont, en général, des portraits de person-
nages connus. En voici un cependant sur
lequel je ne trouve rien de ce que je dési-
rais bien connaître :
Don' Petrus Arlensis de Scudalupis.
M. B. O, (selon la légende de son por-
trait) était un savant; il a publié le « Spe^
culum lapidum Camilli Leonardi, cui ac-
cessit sympathia septem metallorum ac
septem setectorum lapidum Planetas, »
D, Pétri Arlensis de Scudalupis Presby"
teri Hierosolitani (ParisiiSy 1610, i«-8«).
L'ouvrage est approuvé par un docteur
de Sorbonne, et en tête se trouve l'éloge
de l'auteur, par un autre docteur de Sor-
bonne. L'ouvrage est dédié à Charles de
Gonzagues, prince, duc de Nevers et de
Rethel. Le portrait de l'auteur se trouve
quelques feuillets après le titre.
Que signifie Arlensis? Si l'auteur était
né à Arles, il y aurait Arelatensis, et ce
mot ne se trouverait pas avant , mais après
le nom.
Quel est le sens des lettres M. B. O. qui
accompagnent le nom sur le portrait :
M. imedîcus)et B. O?
Le personnage représente un homme
de quarante-cinq ans. Il porte au cou la
croix des chevaliers de Saint- Jean de Jé-
rusalem, et son costume n'est pas celui
d'un prêtre, Presbyterus ayant aussi un
autre sens.
Les collaborateurs de V Intermédiaire
ont trouvé tant de choses, que j'espère que
l'un d'eux me sortira d'embarras.
Thomas de Leu a gravé quelques por-
traits, sans y mettre son nom, mais beau-
coup moins qu'on ne le croit. H y a eu,
de 1600 à i65o, et même un peu plus
tard, des graveurs, français et étrangers,
bien inconnus aujourd'hui, qui ont imité
T. de Leu avec assez de succès pour faire
prendre leurs travaux pour ceux de ce
maître. Parmi les portraits qu'on lui attri-
bue, il y aurait donc une large expurga-
I tion à faire; c'est un sujet d'études que je
recommande à ceux qui cherchent de l'ou-
vrage. Ils devront prendre pour règle que
tout portrait non signé est aouteux. F.
Le statuaire français J.-F.-G. Saly. -
Parmi les bons sculpteurs du XVI Il« siè-
cle, il en est un que l'on n'apprécie pas au-
tant qu'il le mérite, parce qu'une grande
partie de sa vie s'est passée à l'étranger, et
que la France ne possède qu'un très-petit
nombre de ses ouvrages. Cet artiste est
Jacques- François-Joseph Saly, né à Va-
lenciennes, le 20 juin 171 7, mort à Paris
le 4 mai 1776.
Avant de partir pour le Danemark, où
il était appelé pour ériger une statue au
roi Frédéric V, Salv a produit des, mor-
ceaux importants dont il a pris lui-même
le soin de dresser ia liste que voici :
a Indépendamment de la statue pédestre
du Roy (Louis XV, sur la place deValen-
ciennes), de son piédestal, et d'une figure
de Faune pour ma réception à l'Académie
royale de Paris, j'ai fait, pour Madame
la marquise de Pompadour, un Amour, de
3 pies de proportion, en marbre ; une figure
d'Hébé, de 6 pies de haut, en pierre de
Tonnaire ; pour Madame Geaufrin, deux
cariatides, de 14 pies de proportion, aussi
en pierre de Tonnaire; pour M. Calabre,
un bronze de mon Faune; pour M. le com-
te de la Marche, un tombeau en marbre,
de 9 pies 6 pouces de proportion, placé
dans 1 église de Saint- Roch à Paris ; pour
M. deValory, un autre tombeau delà même
proportion en marbre et plomb doré, posé
à la cathédrale du Quenoy ; pour M. Pi-
neau de Lucé, un petit tombeau en mar-
bre et bronze dore, posé à {Tours; pour
M. le duc de Beauviflier, son portrait en
marbre. »
Il est difficile d'admettre que ces diffé-
rents ouvrages aient tous été détruits. Ne
serait-il pas possible, grâce à votre Inter-
médiaire ^ qui pénètre dans les cabinets de
tous les curieux, de savoir s'il existe en-
core Quelques-unes des sculptures de Saly,
dans les localités qu'il indique?
(Valenciennes.) Cellier.
« Anecdotes du temps de Louis XVL» -
Quel est le compilateur de cet ouvrage
très-intéressant, publié par L. Hachette,
i863? (Manchester.) W. E. U. A.
Une médaille romaine en or. — La mé-
daille d'or, dont je joins la reproduction
exacte, a été récemment trouvée, dans un
champ, à Burie (Charente -Inférieure).
Elle pèse environ quatre grammes et demi.
L. Intermédiaire ^ comptant parmi ses
\ lecteurs plus d'un numismate, quelqu'un
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 nov. i86q.
665
666
d entre eux voudra bien me fournir l'expli-
cation demandée. F*» B.
[-R^p. C*estunValentinien !«'. La face a
pour légende : Dominus noster Valentinia-
nus Plus Félix Augustus. Lerevers: Res-
titutor reipublicœ. L'empereur y est re-
présenté debout, tenant une victoire.
A l'exergue : A. N. T. F. c'est-à-dire
ANTioche, ffamma, la lettre grecque (mar-
que numérale du troisième atelier d'An-
tioche). Cette pièce n'est pas rare et vaut
généralement une vingtaine de francs (i8
de valeur intrinsèque). Mais l'exemplaire
dont il s'agit paraît beau. De L.]
Bernard, calligraphe. — Pourrais-je, par
votre aimable Intermédiaire, obtenir quel-
ques renseignements sur un artiste calli-
graphe, du nom de Bernard^ dont j'ai un
portrait à la plume de la célèbre Ma-
dame Saint-Huberty, dans le rôle de Bi-
don? On sait qu'elle et son mari, le comte
d'Entraigues, furent assassinés à Londres
en i8i2. Il existe sur la belle Saint-Hu-
berty, dans ce rôle de Didon, un quatrain
que commit l'empereur Napoléon I"...,
alors qu'il était lieutenant d'artillerie.
P. A. L.
Montesquieu a-t-il fait des emprunts à
Paolo Paruta? — D'après le bibliographe
Haïn, rillustre auteur des Considérations
sur la grandeur et la décadence des Ro'
mains a fait amplement usage des Discorsi
politici, nei quali si consiaerano diversi
fatti memorabili di republiche antiche.
(Venise, iSg^, et Bologne, i6oi, in-40.)
Celte assertion est-elle fondée? Jusqu'à
quel point s'étendraient les emprunts taits
par Montesquieu^ Les éditeurs modernes
n'ont pas, ce me semble, envisagé cette
question. E. L.
Une citation de Bernard Palissy. —
M. Brisson, dans une réunion électorale
de la 4« circonscription, a rappelé fort à
propos, dit le Figaro du 6 nov., ce mot de
JBernard de Palissy (toujours ce de!) :
a Laissez les rêveurs chercher les chimè-
res, et ils trouveront les lois éternelles. »
Où donc, s'il vous plaît, Palissy s'est-il
ainsi exprimé? T. de L.
M. de Boaça. — En i836, il a paru un
volume in-S» de 267 pages, imprimé à Pa-
ris chez Firmin Didot, et contenant des
traductions, ou plutôt des imitations, de
fragments de divers poëtes latins : Horace,
Tibulle, Ovide, etc. Les noms des courti-
sanes grecques sont remplacés par ceux
plus modernes de Rosalie, d'Èglé, de
Lise, etc. Une quarantaine de pages, à la
fin du volume, renferment des traductions
en vers français d'un ouvrage annoncé
comme étant resté inédit, et comme ayant
été composé en latin par un auteur mo-
derne dont on ne veut citer ni le nom, ni
le pays, et qui s'est amusé dans sa jeu-
nesse à écrire des poésies dont la har-
diesse, grâce à la langue d'Horace, est ex-
cusable jusqu'à un certain point. Le vo-
lume publié en i836, avec dédicace à
M. Tixedor, datée de Paris le 1 5 juillet i835,
ne paraît pas avoir été destiné au com-
merce ; il porte au frontispice le nom à
physionomie étrangère : F.-A. de Boaça.
Est-ce un pseudonyme? Où trouver quel-
que détail sur ce poëte qui écrivait fort
élégamment en français ? M. S.
Un commentaire des fables de La Fon-
taine. — M. d'Haussonville raconte (i^evwe
des Deux-Mondes, i" août 1869) que
M. de Broglie, évêque de Gand, incarcéré
à Vincennes par ordre de Napoléon I", s'a-
visa, pour charmer les ennuis de sa cap-
tivité, d'écrire, sur des feuilles de plomb
arrachées à la toiture de sa prison, et sur
les morceaux de papier qui avaient servi
à envelopper ses aliments, quelques ingé-
nieux commentaires sur les fables de La
Fontaine,
Ces commentaires ont-ils été publiés ?
Quelqu'un les a-t-il connus?
Joc'h d'Indret.
< Les Mille et une Nuits. > — Est-il
vrai, comme l'ont affirmé plusieurs écri-
vains, notamment le voyageur anglais
Burton, cité dans la Revue britannique
(septembre i856), que le texte arabe de
ces contes, si connus par l'imitation fran-
çaise publiée par Galland, est à peu près
intraduisible par suite de la licence du ré-
cit original, lequel, encore plus que le la-
tin, brave l'honnêteté ? Est-il exact, comme
on l'a imprimé à Paris en 1864, Que la
traduction allemande de Weil (Stuttgard,
1837) est la plus fidèle de celles qui ont vu
le jour en Europe, et qu'une publication
intégrale du texte arabe, entreprise à Saint-
Pétersbourg, a été interrompue par ordre
supérieur? V. P.
a Le songe duVergier. » (V, 26.)— «Cet
écrit, » demande M. John Eliot Hodgkin,
a n'est-il pas un dérivé du Dialogus inter
a clericum et militem super dignitate pa^
a pâli et regia ? » On doit d'abord remer-
cier M. Hodckin de rappeler à l'attention
publique quun ouvrage attribué à Guil-
laume Occam aurait été reproduit dan$ le
N* 118.]
L'INTERMÉDIAIRE
667 —
668 -
Somnium Viridarii^ dont il formerait les
trente-six premiers chapitres (trente-qua-
tre, je crois). Le titre indiqué par M. Hodg-
kin, puisé sans doute dans le manuscrit
du British'Museum dont il parle dans son
article, diffère du titre imprimé dans Gol-
dast et ailleurs. Cependant, Tidentité en-
tre Touvrage que M. Hodgkin entend dé-
signer et celui mentionné dans les recueils
ci-après, paraît hors de toute controverse.
Voici le titre de la dissertation dialoguée
tel qu'on le lit dans la Monarchia impe*
rii,„ de Goldast (Hanovrias, 161 1, in-fol.,
t. !•', p. 1 3) : Guillelmini de Occam an^
gli doctoris parisiens is ex ordine Minorutn
Disputatio super potestate prœlatis Eccle-
siœ atque principibusterrarum commissay
iemporibus Bonifacii VIII pontijicis ro^
mani scripta^ sub forma diatogi inter de-
ricum et miiitem. Cette dissertation a été
aussi imprimée dans les Vindiciœ doctrinœ
major um y d'Edmond Richer (Coloniae,
i683, in-4», t. I", p. i52). Le titre est à
peu près le même que celui donné par Gol*
dast, toutefois, avec cette notable diffé-
rence que Richer annonce Touvrage comme
étant d'un auteur inconnu, m incerto auc-
tore. » Dans la Bibliothèque historique de
la France (dernière édition publiée par
Fevret de Fontette, article 7045, t. I«»),
cette dissertation n'est mentionnée que
d'après Goldast et Richer; ce savant re-
cueil est donc sans autorité dans la ques-
tion à résoudre (i). J'ai sous les veux le
Catalogue des ouvrages mis à l Index,
(Paris, Beaucé-Rusand, 1825, in-8). L'ou-
vrage s'y trouve sous ce titre : Disputatio
inter clericum et miiitem super potestate
prœlatis Ecclesiœ atque prmcipibus ter-
rarum commissa. Ind. Trid.
Avant d'aborder la discussion, je crois
utile de dire deux mots sur Guillaume
Occam. Ce célèbre cordelier anglais , sur-
nommé le docteur invincible, est né dans
le XI II« siècle. Banni de l'université d'Ox-
ford, il vint à Paris, où il prit la défense
de Philippe le Bel contre le pape Boni-
face VIII. Excqmmunié en i33o, il se ré-
fugia à la cour iie l'empereur Louis de Ba-
vière. On croit généralement que Occam
mourut dans un couvent de son ordre, à
Munich, le 7 avril 1 347. Les écrits d'Occam
étaient les seuls, parmi les scolastiques,
qui fussent admis dans la bibliothèque de
Luther. (Voir tous les dictionnaires bio-
graphiques, et notamment le Dictionnaire
de Moréri, qui renvoie à un certain nom-
(i) On trouve un peu plus loin, dans IsiBibL
Hist, de la France (art. 7048), l'indication d'un
autre dialogue , De potestate imperiali et pa-
pâli, attribué à Occam, et qui est aussi imprimé
cjui esi assure a i auteur de cette réponse par
jeune érudit de TEcoIe des chartes, attaché à
la Bibliothèque impériale, M. Léopold Pan-
nier.
bre d'ouvrages dans lesquels il est question
d'Occam.) Goldast nous indiaue les auto-
rités sur lesauelles il s'est fondé pour met-
tre le nom d'Occam à la tête de \2i Dispu-
tatio sub forma dialogi inter clericum et
miiitem : Hujus autem dialogi auctorem
fuisse nostrum Occanum scribit Joannes
Balcpus (en anglais. Baie), dans son livre
Summarium illustrium Major isBritanniœ
scrivtorum (qui a eu trois éditions) à quo
(Balseo) appellatur Dialogus militis et
clerici (i) quod ita habet : Miror opttme^
miles, etc., cui adstipulatur Flaccius (en
allemand Francowitz Flach) in Catalogo
testium Veritatis scribens : Dialogus inter
clericum et miiitem contra nimtam liber-
tatem clericorum quivulgo extat, ejusest.
Reprehendit quoque luxum^ et fastum vi-
tam^ue omni scelere jperditam et contu-
meliatam papœ et sptritualium. Ob hanc
in dicenda asserendaque veritate liberta-
tem, est a papa excommunicatus ; sed ita
constanter injustampontificis excommuni-
cationem contempsit, ut et mortuus in ea
sit; habetur alioqui etiam ab îpsis papistis
pro sancto. Porro hune dialogum ferme
totum, perpaucis additis aut detractis, au-
tor SoMNii ViRiDARii transcripsit^ ut videre
est cap. I et seqq. Une remarque qui n'é-
chappera à personne, c'est que la citation
qui précède est empreinte d'un esprit de
secte très-prononcé ; Baie, Flach et Gol-
dast ne voient pas sans satisfaction, en-
châssée dans le célèbre Somnium Virida-
riiy une œuvre d'Occam, du docteur in-
vincible dont Luther vénérait la mémoire,
comme étant à ses yeux(, sans doute, l'un
des précurseurs de la Réforme. Loin de
moi toute idée de critique; je constate
simplement ce que je crois être la vérité'.
Certes, le Somnium est le reflet de nom-
breux ouvrages écrits contre les préten-
tions exagérées de la papauté. Amplifiez
la question restreinte par M. Hodgicin au
Dialogus inter clericum et miiitem^ et
vous y trouverez la réponse dans les Nou-
velles Recherches ^ de M. Paulin Paris,
sur le véritable auteur du Songe du Ver-
gier (Mémoires de l Académie des Inscrip
tions^ t. XV, iw partie, p. 344): « C'est,
dit M. Paris, un livre (le Songe du Ver-
gier) dont les éléments sont plutôt habi-
lement disposés que nouvellement em-
ployés, et dont la plupart des arguments
se trouvent déjà dans les précédents con-
troversistes comme Hincmar, saint Ber-
nard, saint Anselme, saint Thomas, Guil-
laume Occam, Jean de Paris, Gilles de
Rome et Jean Bertrandi. «Ainsi, nul doute
Que l'auteur du Somnium n'ait fait usage
des arguments invoqués pour et contre par
les écrivains scolastiques qui l'avaient pré-
torlsé
chef de titre qi
leurs, ainsi quW Ta vu plus haut*
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 nov. x86q.
669
670
cédé. Mais est-il possible de concevoir cet
auteur copiant à peu près textuellement,
dans un ouvrage antérieur, les trente et
quelques premiers chapitres de sa compo-
sition, et cela sans dire un mot de ce pla*
giatdans Tépître solennelle qu*il adresse au
roi Charles V, avant de faire disserter ses
deux personnages? Et puis, Occam écri-
vant son œuvre « temporibus Bonifa-
cii VIII, » Occam qui avait mis sa plume
au service de Philippe le Bel, aurait gardé
dans le Dîalogus le silence sur le différend
existant entre le roi et le pape ! Lui, d'un
caractère si passionné, aurait fait discuter
placidement le clerc et le chevalier, singu-
lier interprète, il faut en convenir, des co-
lères insolentes de Philippe le Bel à l'é-
gard de Boni face ! L'hypothèse qui attri-
bue le Dialogue dont il s'agit à Guillaume
Occam n;e paraît frappée d'une impossi-
bilité morale. Flach {Catalogus test, verit.)
loue, à la vérité, la modération d'Occam.
Mais n'est-ce pas en le jugeant d'après l'ou-
vrage que nous lui contestons? Les trente
et quelques premiers chapitres du Som-
nium difïèrent-ils du reste du Dialogue?
N'est-ce pas partout le même ton d'impar-
tialité et de réserve!? Tant que l'âge des
manuscrits de l'ouvrage dont on veut faire
honneur à Occam n aura pas été fixé , je
serai disposé à intervertir les rôles, c'est-
à-dire que les manuscrits de la Disputatto
(ou autrement àuDialogus) inter clericum
et militem, bien loin d'appartenir à une
composition originale, ne seraient que des
copies du commencement du Somnium.
J'invoquerai à l'appui de ma thèse les mots
videntur qucedam desîderari placés par
Goldast à la suite de Touvrage qu'il publie
sous le nom d'Occam, et qui, selon moi,
doivent être interprétés en ce sens que cet
ouvrage n'est qu'un fragment, une copie
incomplète du grand dialogue connu sous
le nom de Somnium Viridarii» On a vu
plus haut que l'auteur de la Disputatto
était inconnu à Edmond Richer. Baie,
Flach et Goldast n'appuyant leur attribu-
tion d'aucun argument, je ne puis la com-
battre que par son invraisemblance même.
M. Hodgkin me paraît avoir bien compris
la difficulté, quand il fait un appel aux ma-
nuscrits d'Occam qui se trouveraient en
France. Malheureusement, ces manuscrits
manquent à la Bibliothèque impériale. Il
est vrai que dans le Catalogue de cette Bi-
bliothèque, imprimé en 1744, il y est fait
mention (t. III, p. 83) d'un manuscrit que
le rédacteur place sous le nom d'Occam ;
mais comme, en même temps, il lui assi-
gne l'époque du XV« siècle, ce document,
qui ne serait qu'une copie postérieure de
cent ans et plus à la mort d Occam, n'ap*
porterait pas de lumière dans ce débat (t).
( i) Je dois les renseignements puisés à la
Bibliothèque impériale, a M. Léopold Pannien
Je me plais à renouveler à M. Pannier mes
Je suis donc réduit à prier l'érudit ques-
tionneur anglais, dans lequel j'ai de plus
rencontré un aimable correspondant» d'in-
terroger de nouveau les manuscrits du Bri-
tish'Museum, S'il est établi que ce ma-
nuscrit, ou que tout autre manuscrit de
l'ouvrage imprimé dans Goldast est anté«-
rieur à l'année i336, date de la composi-
tion du Somnium Viridariiy je serai con-
traint d'abandonner ma thèse ; sinon, je
resterai ferme dans mes convictions.
Je saisis l'occasion de cette Réponse
pour remercier M. T. de L. du nouveau té-
moignage qu'il veut bien apporter à la
thèse que j'ai soutenue en âiveurde Charles
de Louviers (Analyse du Songe du Ver^
gier.,. Dissertation sur fauteur de cet ou-
vrage célèbre,,, par Léopold Marcel. Pa-
ris, Cotillon, i863, in-8°).
J'espère, du reste, que cette question si
intéressante de l'auteur du Somnium Viri'
darii, que MM. Paulin Paris, Dupin aîné,
Edouard Laboulaye et Jacques-Charles
Brunetont jugée digne leur attention, sera
traitée prochainement par les savants au-
teurs de V Histoire littéraire de la France*
J'attends avec un intérêt q^ui se compren-
dra aisément les nouveaux éclaircissements
qui doivent venir en aide à la solution dé-
finitive du problème.
(Louviers.) Léopold Marcel.
Inscription énigmatique (V, 492). ^ La
question n'ayant pas été élucidée, même
par M. J. P., j'apporte cette fpetite pièce
au procès : On ht dans V Antiquaire, de
Walter Scott (chap. XIV) : « Je pourrais y
ajouter un écrit qui fît beaucoup de bruit
dans le temps, et qui fut inséré dans le
Gentleman* s Magapne, C'était une discus-
sion sur l'inscription d'iElia Lelia, et je la
signai Œdipe. »
L'écrit a-t-il réellement paru, ou n'est-
ce qu'une fiction du romancier? Jacob.
Les a immortels » deV Académie française
(V, 5oi). — Pour répondre à la question,
l'emprunte les lignes suivantes à un savant
illustre, membre de toutes les académies
des sciences de l'Europe, et de plus l'un
des quarante immortels : a II n'en est pas
tt des sciences comme de la littérature,
a Celle-ci a des limites qu'un homme de
tt génie peut atteindre, lorsqu'il emploie
tt une langue perfectionnée. On le lit avec
a le même intérêt dans tous les âges; et sa
tt réputation , loin de s'affaiblir par le
tt temps, s'augmente par les vains efforts
tf de ceux qui cherchent à l'égaler. Les
a sciences , au contraire , sans homes
a coipme la nature, s'accroissent à l'infim
I I II ■ ■ ■ . Il I » ■
vifs remercîments pour les recherches aux-
quelles il a bien voulu se litrer avec la plus
courtoise obligeance.
N« II 8.]
L'INTERMÉDIAIRE
671
672 —
tt par les travaux des générations successi-
« ves : le plus parfait ouvrage, en les éle-
a vant à une hauteur d'où elles ne peuvent
« désormais descendre, donne naissance à
« de nouvelles découvertes, et prépare
a ainsi des ouvrages qui doivent Tefifacer. »
{Précis de V Histoire de V Astronomie y par
M. le marquis de Laplace. Paris, veuve
Courcier, 1821, in-S», p. 12 2.) Je m'abstiens
de tout commentaire.
(Louviers.) L. M.
-^ L'Académie française a précédé tou-
tes les autres. De plus, c'était celle qui,
par la nature de ses travaux et par le but
de sa fondation, s'adressait le mieux aux
goûts et aux aptitudes intellectuelles de la
masse. Les livres purement littéraires, les
drames et les comédies sont plus ou moins
compris par tout le monde, tandis que les
amateurs seuls (beaucoup moins nombreux
au XVII» siècle qu'à présent) s'intéres-
saient aux peintres, aux sculpteurs et aux
architectes; les seuls savants, plus rares
encore à toutes les époques, s'occupaient
seuls des savants. C'est ainsi que l'on con-
naît plutôt les éloges de d'Alembert que
ceux de Fontenelle. De même, si l'on veut
parler des grands hommes anciens et mo-
dernes, en dehors des rois et des guerriers,
on cite Homère, Euripide, Sophocle, Vir-
gile, Lucrèce, Horace, Hérodote, Thucy-
dide, Tite-Live, Salluste, Démosthènes
ou Cicéron, TArioste, le Tasse, Shakes-
peare, Lope de Véga, Montaigne, Pascal,
Bossuet, saint Augustin, saint Jérôme,
Racine et Corneille, etc., etc., plutôt que
Euclide, Hippocrate, Gallien, Viete, Gas-
sendi, Salomon de Caus, Papin, etc., etc.
D'ailleurs, par la constitution de l'Acadé-
mie française, les fauteuils se perpétuaient
et assuraient, par leur perpétuité, autant
que peut s'étendre la perpétuité humaine,
une sorte d'immortalité à ceux qui s'y as-
seyaient. Pris d'abord au sérieux, le mot
immortelSy appliqué aux académiciens, a
été bientôt tourné en raillerie, surtout par
les écrivains qui avaient inutilement as-
piré à V immortalité',
Cy-gît Piron qui ne fut rien.
Pas même académicien.
Les membres des académies postérieu-
res à l'Académie française n'ont pas aspiré
à un titre devenu presque ridicule, et que
la masse du public n'avait ni compris, ni
adopté, ni ratifié. L'habitude l'a conservé
aux académiciens de l'Académie française,
parce que la malice française y trouvait un
élément de moquerie poncive et facile,
lorsqu'il ne s'appliquait ni à Voltaire, ni à
Montesquieu, ni à Buffon ou aux grands
écrivains qui ont maintenu notre gloire
littéraire à un rang élevé. E. G. P.
Marie Dorval (V, 5 12). — Pour ne pas
laisser plus longtemps les lecteurs de l'in-
termédtaire dans l'incertitude, l'auteur a
eu l'obligeance de me transmettre la note
suivante, que je transcris fidèlement:
a On lit au Bibliophile français (octo-
bre 1868, p. 407), sous la signature Loré-
dan Larchey : « L'historiographe de Ma-
a dame Dorval a caché son nom, mais il
a ne doit pas y avoir de secrets pour le J5i-
« bliovhile. Je nommerai donc M. Coupy,
« professeur de mathématiques au Pryta-
« née militaire. Le seul problème qu'il
a n'ait pas réussi est celui de posséder une
a collection complète. M. E. C. est un
« amateur effréné de curiosités littéraires,
a et la possession de ses raretés ne fait
a que développer chez lui des convoitises
a nouvelles. Il existe dans son cabinet des
a documents bien curieux pour l'histoire
« de la presse contemporaine. »
F.-T. Bi?Aisois.
Un vers de « l'Enfer » du Dante (V, 563).,
— Je n'ai pas la prétention de trancher lei
débat qui s'est élevé sur le sens du root
Galeotto dans le fameux vers ^e l'épisode
de Francesca. J'avoue mon ignorance des
délicatesses et des nuances de la langue
italienne. Je suis même très-disposé à tra-
duire Galeotto par Galekaut, ainsi que
l'ont fait la plupart des traducteurs. Mais
il est parfaitement injuste d'attribuer à
M. de Lansade ou à M. Veuillot, les pre-
miers, la traduction de ce mot par celui
de Galérien. Il y a plus de vingt ans que
j'ai entendu des personnes sachant très-
bien l'italien soutenir l'exactitude de ce
dernier sens, en se fondant sur l'autorité
de commentateurs dont j'ai oublié le nom.
L. D. L. S.
— Jusqu'ici, tous l'es traducteurs et tous
les commentateurs de la Divina Comme-
dia ont été d'accord, et dans Galeotto oni
reconnu ce Gallehaut, roi d'outre les Mar-
ches, de la complaisance duquel Lancelot
et Genièvre avaient tant à se louer. Le
mot Galeotto, cependant, signifie aussi
galérien; mais, tout en donnant cette ac-
ception, le Vocabolario per agevolere la
lettura degli autori italiani ed in specie ai
Dante (Prault, M.DCC.LXVIII) n'hésite
pas à voir dans Galeoto le nom du per-
sonnage qui favorisa les amours de la
femme du bon roi Artus : a Galeotto, mez-
zano degli amori che passarono fra Lan-
cillotto e Ginevra, Dante l'usa in signifi-
cato di sensele di disonestà, Galeotto vale
ancora forzato o marinaro. Dante per la
rima scrisse Galeoto. » (Page 107.) Je ne
saurais croire, malgré MM. Lansade, Bi-
gnani et. Veuillot, qu'on ait eu tort de tra-
duire ainsi la fin de l'épisode de Fran-
cesca :
Arrivés au feuillet où Tamant trop heureux
D'un désiré sourire approcha son visage,
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 nov. i86g.
673
674
Cette ombre à qui me lie un passé douloureux
Me baisa sur la bouche en tremblant. Cette page
Fut notre Gallehaut ainsi que son auteur.
Et nous ne lûmes pas ce jour-là davantage.
Quando leggemmo il disiato riso
Esser baciato da cotante amante,
Questi che mai da me non fia diviso
La bocca mi bacio tutto tremonte.
Galeoto fu il libro e chi lo scrisse
Quel giorno più non vi leggemmo avante.
Remarquons, en passant, que le Voca-
bolario dit que le Dante a écrit Galeotto
avec un seul T', à cause de la rime, et que
ce nom ne se trouve qu'au commencement
d'un vers. Th. P.
— La critique littéraire de notre pays
ne s'est pas honorablement signalée dans
la discussion de ce vers. Il faut que l'ou-
vrage le plus répandu, le plus lu, le plus
admiré dfe l'Europe entière pendant toute
la durée du moyen âge, le Lancelot du Lac
soit resté tout à fait inconnu, pour qu'elle
ait si péniblement compris ce que Dante
avait ici voulu dire. Qui se méprendrait
aujourd'hui sur une allusion à Tartuffe^ à
Panurge ou à Figaro, rapidement expri-
mée comme celle de Dante à Galeotto?
Eh bien ! le nom de Galehaut, Galehot ou
Galeotto était aussi célèbre, aussi prover-
bial, au temps de Dante et de Boccace,
que l'ont été depuis ceux que je viens de
rappeler; et voilà pourquoi Boccace avait
donné à son Décanter on le titre d'// prin-
cijje Galeotto, sans que personne eût be-
soin de lui demander ce qu'il entendait
par là.
Gallehot, prince des Iles Lointaines,
avait ménagé la première entrevue de Lan-
celot avec la belle Genièvre ; il avait reçu
les premières confidences de leur mutuel
amour; il les avait encouragés, protégés
contre les justes soupçons du roi et de
toutes les dames de la cour d'Artus. Au
XIV® siècle, il n'y avait pas une âme qui
ne connût par cœur toutes les circonstan-
ces de cette première entrevue. Dante n'a-
vait donc pas eu besoin de dire plus clai-
rement, à l'occasion du livre que lisait
Françoise de Rimini, que ce livre avait été
le véritable entremetteur, le Galehot qui
l'avait perdue.
Galeotto fu il libro e chi lo scrisse.
Le bon Grangier, dès iSgô, l'avait re-
connu :
Galeot fu le livre, et qui Ta mis en conte.
Seulement, il avait dit en note que
<c Lancelot , amoureux de Genièvre ,
a femme du roi Marc, avait couché avec
a elle par le moyen de Galeot. » Et cela
dut paraître grossièrement inexact, même
à ses contemporains, qui savaient tous
encore que Genièvre était la femme d'Ar-
tusy et la blonde Iseult la femme du roi
Marc. Ajoutons, en passant, que des in-
fortunes conjugales de ce bon roi Marc, de
Cornouailies, sont venues tputes les allu-
sions qu'on fait encore aujourd'hui aux
attributs et aux armes de tous les gens
aussi mal fortunés que lui. C'est là une
origine certaine, et qui pourtant, cas bien
rare, a échappé à la sagacité de M. Littré.
Permettez-moi de mentionner une se-
conde allusion plus obscure, faite à ce fa-
meux entretien de Genièvre avec Lance-
lot, dans le seizième chant du Paradiso.
Quand, sur les instances de Galehot, Ge-
nièvre avait bien voulu :
... Il disiato riso
Esser baciato da cotanto amore,
une de ses dames, tenue quelque peu à
l'écart, les avait épiés, et avait aperçu le
tendre manège. Alors, par une sorte de
. dépit jaloux, elle avait toussé. C'était la
dame de Malehaut. Or, dans le Paradis,
Dante, oubliant un instant les choses cé-
lestes pour celles de la terre, Béatrice,
dont il s'était un peu éloigné, jette un sou-
rire qui rappela au poëte « celle qui toussa
à la première faute de Genièvre : »
Onde Béatrice ch' era un poco serra,
Ridendo, pare chella che tussio
Al primo fallo scritto da Ginevra.
Scritto, c'est-à-dire que l'on a écrit, ra-
conté, et c'est, je suppose, ce mot scritto
qui a fait dire à mon ami regretté, l'excel-
lent M. Aroux, que « Gallehaut passait
a pour avoir écrit l'histoire des amours
« de Lancelot. » (Dante, la Divine Comé-
die. Paris, 1842, t. I«', p. 49.) Mais, dans
le vieux commentaire de Landino (Venise,
i536, f° 38o), il serait assurément impos-
sible à nos contemporains de deviner de
quelle toux et de quelle dame avait voulu
parler le grand poète dans ce dernier pas-
sage, P. Sarpi.
— Il ne peut y avoir le moindre doute
sur le vrai sens du mot galeotto. Voici
l'explication très-naturelle qu'en donne le
père Venturi dans son commentaire de la
Divine Comédie. (Inferno. Gant. V,'v. i3j*)
{Galeotto fu // libro e chi lo scrisse) :
« Galeotto, nom propre, celui de l'in-
a fâme entremetteur de Ginevra et Lati-
a cillotto; mais ici, il est appellatif, et si-
a gnifie que cet impur roman et son auteur
tt ont conduit au mal Paolo et Francesca,
a comme Galeotto a aidé à la liaison cri-
c( minelie de ces deux anciens amants.
« Benvenuto d'Imola nous apprend qu'on
a donnait autrefois ce nom à ceux qui
a jouaient le rôle d'entremetteur (mesf^
a :fano) dans les intrigues amoureuses. De
« là vient que les Cent nouvelles de Boc-
a cace étant un répertoire de ruses d'a-
« mour, on leur donna sur le titre le sur-
tt nom de Prince Galeotto, qui se trouve
« dans les anciens textes. »
N* II 8.]
L'INTERMÉDIAIRE
675
676
En effet; le manascrit du Manelli, daté
de 1384, et devenu l'original, commence
?ar ces mots : Comincia il libro chiamato
)ecameron cognominato Principe Ga-
leotto,
Buttura, dans son édition du Dante (/
auattropoetiitaliani), donne au même mot
la même signification et la même origine.
On le trouve encore dans une des comé-
dies vénitiennes de Goldoni : Eh! Ga^
leottOy te conosso! Je te connaiSy Galeotto !
Ici, l'épithète a perdu de sa force, et peut
se rendre par fripon : car il ne s'agit pas
alors de Tmculpation, d'aill«urs assez fré-
quente dans ces comédies, de faire il me^ç-
, xano, ou, en termes figures, batter ra![qa'
Un, battre le briquet pour quelqu'un, pour
éclairer sa marcne. Ad. Dz.
— Voici le véritable sens du vers 137
du 5« chant de ÏEnfer du célèbre poète :
Galeotto fit il libro e chi lo scrisse,
même que Gallehaut servit d'inter-
médiaire entre Lancelot et la reine Gînè-
vre, de même aussi le livre que Paolo et
Francesca lisaient servit, comme son au-
teur, d'intermédiaire à leurs amours. » Cela
résulte du passage suivant du commentaire
de François de Buti à la Divine Comédie
de Dante; ce commentaire, terminé en
i385, est le plus détaillé qui existe : « Ga-
« leottofu il libro e chi lo scrisse. Qui fa
« comparazione che come tra Lancellotto
a e la reina Ginevra fu mezzano messer
« Galeotto; cosi tra Paolo e Francesca fu
« lo libro che leggevano, e lo scrittore di
a quello, » (Voir Commento di Francesco
da Buti sopra la Divina Comedia di Dante
Allighieri fublicato per cura di Crescen*
tino Giannini, Tomo primo. In Pisa, pei
fratelli Nistri, i858, p. 172). Je m'étonne
qu'un homme de talent comme M. Veuil-
lot n'ait pas pensé à consulter un des meil-
leurs et des plus renommés commentateurs
du Dante. Laissons de côté ses confrères,
habitués depuis longtemps à confondre la
Divine Comédie avec la comédie humaine,
c'est-à-dire avec la politique. Quant à
M. Bignanî, je ne crois pas qu'il existe un
Italien capable de renier les principes les
plus élémentaires de notre littérature pour
se mettre au service de M. Veuillot.
(Rome.) Henri Nardugci.
— Ce vers :
Galeotto fu' 1 libro e chi lo scrisse
a été traduit et commenté en anglais ainsi
qu'il suit :
i» Accursed was the book, and he who wrote !
Lord Byron.
2® To ill soon lessoned by the pandar-page!
Vile pandar-page! it smoothed the paths of
[shame !
Henry Boyd A. M. (Dante's Inferno,
Dublin, 1785, vol. I, p. 265.)
3» The book and writer both
Were love's pur veyors.
Rev. H. J. Cary, A. M. (Dante's
Vision, 1845. Page 24.)
4" Galeotto was the book, and he who wrote it.
H. W. LoNGFELLOw. (Dantc's Divine
Comedy. 1867. Page 19.)
5" a Cioè il libro e il suo autore furono
per noi un altro Galeotto, un mezzano;
perché come Galeotto era stato mezzano
tra Lancellotto e Ginevra cosi il libro lo fii
tra noi. (Ùlnferno di Dante Alighieri dis-
posto in ordine grammaticale... du G. G.
WarrenLord Vernon... Lond. i858,3 vol.
in-fol.)
6« a They were reading Launcelot of
the lake... a romance in which the hero
tinds himself with the fair Ginevra, and
kisses her. There was a confidant on the
occasion ; whose name, Galeotto, becanse
to synonymous with that of an abettor
of illicit amours, that the early editione of
the Decameron were inscribea Prince Ga-
leotto in the title page, in order to warn
the reader of theirsensual tendency. This
is the reason why Francesca calls both the
romance that misled them, and its author
Galeotto, that is to say, impure and false:
M. Ginguené does not préserve this idea
of culpability, for he construies Galeotto
Messagers d* amour. » {Commentary,
Lond. 1822, p. 329.) (Manchester.)
William E. A. Axon F. R. S. L.
< Je règne par les gazettes » (V, 564).
— Je ne sais si Napoléon a jamais dit cela,
— ou cet autre mot que lui attribue aussi
Tabbé de Pradt, dans son Histoire de
l'Ambassade : « Du sublime au ridicule il
n'y a qu'un pas. » Mais on peut voir, dans
la si remarquable Correspondance de Na-
poléon, de curieuses instructions au prince
de Talleyrand, prouvant le peu ae cas
qu'il faisait des écrivains de gazettes, e:
j ai eu sous les yeux des feuilles du Mo-
niteur Universel (lors de la rupture du
traité d'Amiens), sur lesquelles des colonnes
entières sont biffées de la main même du
premier consul, et quelques mots de sa
griffe d'aigle mis à la place. M. de Pradt
dit aussi de Napoléon, qu'il était ^and
parleur : « Il ne s'est pas écoulé un jour,
a qu'il n'ait dit quelque chose de renaar-
a quable; parler était son bonheur; il à
tt perdu plus de temps à parler, qu'il n'en
a a mis à agir; pour lui, c'était de plus
aune puissance; il sentait sa force, çt
« qu'on sortait rarement d'auprès de lui,
« sans être subjugué, ébloui, convaincu
a ou... conquis. »
Ce n'était donc pas du temns perdu?
Un grand mathématicien mort en 1645
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 nov. 1969,
677
■•mi
678
••■
(V, 565). — Ce doit être Pierre de Fermât,
oui mourut le 12 janvier 1645. Ce savant,
aont la vie est peu connue, fut en cor-
respondance avec Descartes, Torricelli,
Huygens, Pascal, Mersenne, etc. Il serait
intéressant de savoir ce que sont devenues
ses lettres; toutefois, nous ne conseillons
pas de les rechercher dans la précieuse
collection dont s'est tant occupé r Institut.
Alph. L.
Maimscrits ayant fait partie de biblio-
thèques particulières, et à retrouver (V,
5Ô7), — Je crois, comme M. B. G. qu'un
catalogue des manuscrits dont l'existence
est révélée par les catalogues de biblio-
thèc|ues ayant passé en vente publique,
offrirait un très-grand intérêt pour l'his-
toire littéraire et pour les études histo-
riques. J'avais déjà eu l'idée d'un travail
de ce genre, mais le système à suivre pour
la classification des cartes recueillies pré-
sente des difficultés. Permettez-moi de
vous fournir du moins quelques échantil-
lons fort succincts de ce (^ue j'ai entrepris.
J'ai suivi, la plume en main, de nombreux
catalogues, en notant les manuscrits qui
s'y montrent au milieu d'une foule d'im-
Î>rimés, mais je me contenterai de sîgna-
er quelques-uns des articles de ce genre
qui se rencontrent dans trois catalogues
seulement (il faudrait en examiner des
centaines, et accompagner de quelques
observations la liste qu'on dresserait).
Le Catalogue d'un amateur (A. A. Re-
nouard), Paris, 18 19, 4 vol. in-8°, offre :
a T. I«', p. 284. Nicolaus Smyrnaeus, de
supputariis digitorum gestibus, joli manu-
scrit grec-latin avec dessins à la plume. »
M. Renouard croyait que ce peti.t traité
était inédit; mais il a été imprimé par
F» Morel en 16 14, et il est reproduit dans
la Catena grœcorum patrum in Marcum
(voir Schœll, Hist. de la littér, grecque^
tom. VII, p. 64).
a T. III, p. 32. Poésies diverses sur les
opérations de M. Law, par P. A. Bouret.
«-" La Mort triomphante ou les excuses
inutiles qu'on apporte pour lui échapper,
transcrit par J. &illy«
a T. III, p. 41. CEuvres inédites de Co-
lardeau, in-8*», xxxii et 481 pages. » (Deux
copies. Adjugé à 265 fr. à la vente Re-
nouard en i855.) Ce manuscrit paraît as-
sez curieux. Observons qu'il est question
de la correspondance inédite de Colardeau
avec son oncle, M. Reenard, curé à Pithi-
viers, dans un article de M. E. de Certain,
inséré dans la Correspondance littéraire,
10 février 1860. La Galette des Beaux-
Arts, i5 mai 1860, parle aussi de lettres
de Colardeau, relatives à sa passion pour
Marie Rinteau, dite Mademoiselle de Ve-
nières. a Le pauvre Colardeau n'y gagne
o que d'être mis un peu plus bas que ses
« vers. »
Le catalogue de la vente Nodier en 1844
présente peu de manuscrits, mais on y
distingue, p. 450, le Discours à Mademoy-
^elle PanjUe^ par L. P. (Louis Papon,)
i58i ; rhistoire de ce manuscrit est con-
nue (circonstance assez rare) ; on sait d'où
il venait et quel a été son destin. Il a figuré
aux ventes de deux des plus zélés biblio-
philes du XVIII» siècle : Girardotde Pré-
fons et Gaigant (adjugé à 3o livres 5 sols);
M. Yemeniz l'acquit pour 100 fr. en 1844
et Ta fait imprimer dans l'édition qu'il a
publiée en 1857, à petit nombre, des œu-
vres de Papon (voir le Bulletin du biblio^
phile, i857, p. 35 1 et suiv.) En 1867, lors-
que M. Yemeniz se décida à livrer son
cabinet aux chances des enchères (favo-
rables cette fois-ci) le manuscrit en ques^
tion s'est élevé à i,o5o fr. (n» 450).
Passons au catalogue de la riche biblio-
thèque dramatique de M. de Soleinne qui
offre un grand nombre de manuscrits, sans
parler de ceux (1843- 1845) qui forment un
groupe spécial (tom. III, pag. i-36). On
en rencontre souvent^ en parcourant les
divers volumes de cet inventaire si curieux
pour l'histoire du Théâtre, nous mention-
nerons seulement les Mystères indiquées
aux numéros 522 (voir le Bulletin du bi^
bliovhile, 1844, p. 843), 52 3 {Mystaire
de la Passion, texte complètement diffé-
rent de l'imprimé) et 347 {Mystère des
Actes des Apôtres, texte beaucoup plus
ancien que celui de la première édition,
publiée en i537).
Je désire que ces extraits, pris au hasard
dans un travail beaucoup plus étendu,
donnent aux curieux qui lisent Vlntermé'
diaire, une idée favorable de ce que pour-
rait offrir l'exécution du projet que j'ai in-
diqué. L. P.
La Diète polonaise en 1773 (V, 570). —
Lorsque je posai cette question en 1867,
le catalogue n'avait pas encore paru, qui —
mais un peu tard — donna une descrip-
tion sommaire du remarc^uable tableau de
M. MatejkOy de Cracovie, à l'Exposition
universelle de Paris. Je n'en remercie pas
moins M. Gustave Pawlowski des détails in-
téressants c^u'il a bien voulu donner sur ce
grand méfait, le partage de la Pologne.
J'ai une gravure intitulée: Tfie Twelfth"
Cake — Le Gâteau des Rois, — qui re-
présente la Grande Catherine , Tempereur
Joseph IL et le Grand Frédéric, faisant
cette odieuse spoliation, et l'infortuné roi,
Stanislas-Auguste, retenant à grand'peine
la couronne qui lui échappe de la tête. Cette
gravure parut à Londres chez Rob. Sayer,
Fleet Street, et à Paris, chez Le Mire, rue
Saint- Etienne-des-Grez. J'aimerais savoir
de qui elle est, et d'après qui ? Les têtes
sont très-finement touchées. — Il y en a
aussi une contrefaçon, mais qui est moins
ne. -^ Dans Tune et dans l'a
bonne.
autre, on a
N» 118.J
L'INTERMÉDIAIRE
679
680
par erreur écrit : The Troeiïîh — pour the
TwWfth-Cake. P. A. L.
Femme du monde (V, 587). — II est as-
sez curieux de voir ces mots femme du
monde pris quelquefois dans une acception
flétrissante, tandis que les mots homme du
monde ne le sont jamais que dans un sens
élogieux et flatteur ; même rapprochement
ou même contradiction entre les mots
courtisan et courtisane, et aussi les mots
italiens cortigiano et cortigiana, avec cette
observation que, si le courtisan est Y homme
du monde par excellence, la courtisane est
aussi la femme du monde dans le mauvais
sens de cette désignation. L. D. L. S.
— On a demandé si ce mot avait tou-
jours eu le sens honnête qu'on lui connaît
aujourd'hui. Le document qui suit répond
à la question ; il est extrait des papiers pro- I elle âl;onVe*nTiTlYccêpter*etTfâ montée
venant de 1 ancienne mairie du Xlle ar- ^ mais lorsqu'il fut chez elle après avoir j...»
rondissement, actuellement déposes aux Après avoir ainsi transcrit la plus grande
Archives de la Seine : partie de ce document, il me paraît inutile
« — Service de nuit du 17 au 18 mars d'insister, puisque le sens du mot femme
'79p-^—*^^J\9eures est comparu M. Mi- du monde comme synonyme de femme
ledit porteur d'eau n'a voulu entendre à
rien, et que pour sûreté de l'argent qu'il
réclamoit il s'étoit emparé de l'oreiller du
lit de la fille Carier, appartenant au com-
parant, que ledit Teillard ne vouloit pas
rendre ; que pour le ravoir il l'auroit re-
poussé et luy auroit donné une tappe et
l'a jeté par terre, à quoi il a dit se borner
les n>auvais traitements; déclarant qu'à
l'égard du vol il luy est étranger et qu'il
n'a connoissance Je rien; déclarant en
outre le dit Pressier avoir chez lui deux
femmes du monde,|y compris la fille Ca-
rier Que le déposant déclare être sortie ce
soirae l'Hôtel de la Force où elle-étoit de-
puis dimanche.
« Le même jour, à onze heures du soir,
est comparu Françoise Carier, a déclaré,
qu'étant sur sa porte elle a invité Jean
Teillard à monter chez elle, qu'il lui a ob-
servé qu'il n'avoit que 12 sols à lui donner,
chel Bernard Mauduit, caporal de garde
en poste de la place Mauberi, "lequel nous
a dit que sur les huit heures et demie deux
soldats du centre sont venus au corps de
garde requérir du secours à l'effet de faire
cesser les mauvais traitements que des
femmes du monde exerçoient rue des An-
glois contre un porteur d'eau...
a Et de suite est comparu ledit porteur
d'eau qui nous a déclaré se nommer Jean
Teillard — et nous a dit que passant par
la rue des Anglois il a été accosté par des
femmes du monde qui Font pressé de mon-
ter chez elles; qu'ayant eu le malheur de
céder à leurs invitations, il a au sortir de
leur chambre descendu en bas et payé un
poisson d'eau-de-vie et deuxr bouteilles de
cidre qui ont été bues dans la salle de la
dite maison où deoieurent ces filles; que
lorsqu'il a fallu payer la dépense il a donné
3 livres; que ayant demandé le surplus
on le luy a refusé et qu'alors différents
hommes ont paru , l'ont ftialtraité et luy
ont porté plusieurs coups dans la tête et
dans les jambes, et pendant <?ôs mauvais
traitements on luy a pris environ la livres
qu il avoit dans sa poche.
a Et de suite est comparu le sieur Jean-
Claude Praissier, principal locataire de la
maison rue des Anglois n° 5 et appelée
l'Hôtel de Chatillon, lequel nous a dit que
la déclaration de Teillard contient plu-
sieurs mensonges ; qu'on n'a rien bu dans
sa salle basse, mais qu'ayant entendu du
bruit dans une de ses chambres du premier
étage où loge la fille Carier, femme du
monde, il auroit trouvé un porteur d'eau
en dispute avec elle pour de l'argent que
la dite fille ne vouloit point lui rendre ;
qu'ayant lui Pressier voulu mettre la paix,
publique y est assez clairement fixé. Qu'il
suffise de dire que la fille Carier niait,
comme Pressier; qu'elle protesta n* avoir
reçu de Teillard que om^e gros sous et
n'avoir fait aucune violence pour en avoir
davantage; qu'enfin les commissaires ren-
voyèrent les uns et les autres au Départe-
ment de Police pour y être statué ce que de
raison. J'avoue gue je n'ai pas eu la ten-
tation de les y suivre, en sorte que j'ignore
ce qu'il en advint. G. Saint-Joanny.
Médailles de la Saint-Barthélémy (V,
589). — M. Frédéric Lock demande aux nu-
mismates de publier dans V Intermédiaire
la description des médailles parisiennes,
frappées à l'occasion de la Saint-Barthé-
lémy.
Je suis heureux de pouvoir lui donner
ici le titre d'une brochure, d'une rareté
extrême, qui fut publiée à Paris l'année
même du massacre :
FIGVRE
ET
EXPOSITION DES
POURTRAICTZ ET DICTONS
contenuz es médailles de la conspi-
ration des Rebelles en France,
opprimée & estaincte par le
Roy Tres-Chrestien
Charles IX. le 24.
iour d'Aoust
1572
PAR Nie. Favyer, conseiller
DUDIT SIEVR, et GENERAL
DE SES MONNOYES.
A PARIS
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[25 nov. 1869»
--• 681 •-
— 682
Par lean Dallier, Libraire demeurant sur
le pot S. Michel, à l'enseigne de
la Rose blanche.
1572.
AVEC PRIVILEGE
La brochure est de douze pages, mar-
quées, à la troisième A ij, à la neuvième
B et à la onzième B ij. Deux bois inter-
calés dans le texte de la page 8 représen-
tent VEndroit et le Revers de la première
médaille populaire (sic).
J 'abrégé la description qui accompagne
les médailles.
Au droit de la première: la figure du
Roy Charles neufiesme, séant en son tros-
ne Royal ayant soubz les piex les corps
morts de ses Rebelles. Légende: virtus.
IN. REBELLES.
Au revers : les armoiries de Frace, auec
les deux coulonnes de la deuise ia long
temps prinse par le Roy, accommodée au
faict, PIETAS. EXCITAVIT. lUSTlTIAM.
Dans Texergue: 24 augusti 1572.
« L'autre médaille à l'antique contient
l'effigie du Roy, exprimée près du naturel,
auec dicton François : Charles IX, R. D.
F. y Dompteur de Rebelles le vingtqua-
triesme Aoust, i572.
a Au reuers de laquelle est figuré Her-
cules couuert de la despouille de Lion, sa
massue ferrée en vne main et le flambeau
ardent en Tautre, par le moyen duquelz il
defaict l'hidre à plusieurs testes repré-
sentant la factio d'iceux rebelles, etc..»
Le cabinet de numismatique de la Bi-
bliothèque royale de Belgique possède ces
deux médailles d'argent, qui doivent se
trouver également au Cabinet de France.
Voici le commencement et la fin de VEx-
trait du Priuilege qui termine la brochure :
« Il est permis à Jehan Dallier, marchant
libraire en ceste ville de Paris, d'imprimer
et faire imprimer T Exposition des médail-
les forgées surroppressiô des conspirateurs
et rebelles...
Faict à Paris le quatorziesme iour d'Oc-
tobre, mil cinq cens soixante douze.
Sifçné Seguier.
C'est dans le tome II d'une collection
nombreuse de brochures et de placards du
XVI« et du XVII» siècle, collection por-
tant le titre général de Rerum francica-
rum collectio et placée sous le numéro
9744 du fonds de la Ville de la Bibliothè-
que royale, que se trouve la curieuse Ex-
position des médailles de la Saint- Barthé-
lémy. La Bibliothèque historique de la
France de Jacques Lelong donne le titre
de cette brochure sous le numéro 18 161,
p. 203 du t. IL
Camille Picqué.
Secrétaire de la Société de
numismatique.
« Habent sua fata libelli. » (V, 593). —
Ce vers se trouve dans le poëme de Sylla-
bis du grammairien Terentianus Maurus.
Voir à ce sujet une bien jolie anecdote ra-
contée par M. Edouard Fournier, dans
V Esprit des autres^ et trop longue, mal-
heureusement, pour pouvoir être repro-
duite dans V Intermédiaire»
En échange de cette indication, M. Clo-
vis Mx aurait-il l'obligeance de me faire
savoir où je pourrais me procurer, en le
payant, un exemplaire de l'ouvrage de
l'artisan-poëte Durand, dont il a jadis pa-
tronné les débuts? Joc'h d'Indret.
— Cette fin de vers hexamètre est l'œuvre
d'un grammairien de la fin du I«r siècle,
Terentianus Maurus, auteur d'une proso-
die latine. Son poëme didactique est in-
titulé de Syllabis (des syllabes). — On a
fréquemment attribué cette fin de vers à
Ovide et à Martial, mais ils y sont étran-
gers tous les deux. Cette citation n'appar-
tient pas davantage à un autre poëte, dont
^les odes ont été également traduites en
vers fi*ançais par M. Clovis Mx , l'au-
teur de rinterpellation à laquelle vous ré-
pondez en ce moment : VEpttre aux Pi-
sons d'Horace ne renferme pas, quoiqu'on
ait souvent répété le contraire, les mots si
fréquemment cités que nous venons de
restituer à leur auteur. Terentianus Mau-
rus a été souvent dépouillé ; mais, comme
ii l'a dit lui-même ; habent sua fata libelli.
(Villa Saïd.) Eue. Paringault.
— Pro captu lectoris, habent sua fata libellî*
Voyez Terentianus Maurus, poëme: de
Syllabis, page 5';^, verso, de l'édition de
Paris, i53i, in-4'>. — Nicolaîis Brissacus
cite dans son commentaire sur ce vers la
60" épigramme du 6« livre de Martial, de
Pompiïlo, où l'auteur, moins facile à con-
tenter, trouve qu'il est plus sûr de s'en rap-
porter au génie qu'au fatum, pour faire
vivre un ouvrage :
Victurus geji^um débet habere liber.
Pendant longtemps j'avais fait honneur
de cette petite découverte à un de mes
amis de Lyon, Breghotdu Lut, sur la foi
de renseignements que m'avait donnés son
beau-frère, liaon regrettable ami A. Péri-
caud ; mais, en lisant les Lettres lyonnaises
de Bréghot, je vois qu'il en rapporte le mé-
rite à Barbier,^qui, dans son Examen cri-
tique, consacre un assez long article à la
phrase latine. (V. p. 137, 19» lettre).
Martial donnait un génie aux tombeaux,-
on pouvait bien en donner un aux livres.
... Data sunt ipsis quoqve fata sepulchris.
(X, 146.)
et (satyre IX, 32) ;
Fata regunt homines..
Stace en a dit autant pour les Dieux et
pour les lieux: sunt fata locorum.
N» 118.1
L'INTERMÉDIAIRE
- 683
684
Des auteurs ont donné le catalogue des
écrivains qui ont écrit de Fato, deprovi'
dentia, de fortuna. (Petr. Frid. Arpe, Jo.
SironiuS) et autres.)
Montaigne ne connaissait probablement
pas le vers de Terentianus Maurus, car il
eût coujjé de source lorsque Tauteur des
Essaisà.\X: « Nous n'avons pas la millième
« partie des écrits anciens ; c est la Fortune
« qui leur donne vie. » Et c'est ce mot:
Fortune^ qui avait tant scandalisé la Cour
de Rome, qui finalement après avoir con-
nu l'homme se borna à lui recommander
de faire en sorte que le mot se présentât
moins souvent. Montaigne reçut avec dé-
férence l'invitation qui lui était donnée
avec politesse, mais 11 ne promit rien, ce
en quoi il a tenu parole, D^ J.-F. P.
— La préface d'une édition du Capi-
taine Paul, de 1861, commence ainsi:
a Habent sua J[ata libelli,,. J'avais déjà
écrit cet hémistiche, chers lecteurs, et j'al-
lais inscrire au-dessous le nom d'Horace,
lorsque je me demandai deux choses, si
je me rappelais le commencement du
vers, et si ce vers était bien du poëte de
Venusium. Chercher dans les cinq ou six
mille vers d'Horace, c'était bien long et
je n'ai pas de temps à perdre. Cependant
je tenais beaucoup à cet hémistiche qui
s'appliaue merveilleusement au livre que
vous allez lire. Que faire? Ecrire à Méry.
Méry, vous le savez, c'est Homère, c'est
Eschyle, c'est Virgile, c'est Horace, c'est
l'antiquité incarnée dans un moderne :
' Méry sait le grec comme Démosthène et
le latin comme Cicéron. J'écrivis donc :
tt Cher Méry, est-ce .bien d'Horace cet hé-
« mistiche, habent sua fata libelli ? Vous
a rappelez-vous le commencement du vers ?
« A vous de cœur. — Alex. Dumas, n Je re-
çus poste pour poste la réponse suivante.
« Mon cher Dumas, l'hémistiche habent
« sua fata libelli est attribué à Horace,
« mais à tort. Voici le vers complet :
Pro captu lectoris Jiabent sua fata libelli.
(i II est du grammairien Terentianus Mau-
n rus. Le premier hémistiche pro captu
a lectoris n est pas de très-bonne latinité.
« — Selon le goût, selon le choix, selon
(t l'esprit du lecteur, les écrits ont leur
« destin, — Je n'aime pas le pro captu,
« qu'on ne trouverait chez aucun bon clas-
« sique. Tout à vous de cœur, mon bien
a cher frère, — Méry, » D'après la Biogr»
Hœ/er, qui du reste n'oublie pas de lui
faire honneur' du habent sua fata libelli,
Terentianus Maurus vivait sous Trajan.
O. D.
— Ce bout de vers, devenu proverbial,
est tiré du traité de Syllabis (v. 1006) de
Maurus Terentianus, qu'on tient pour con-
temporain de Petronius Arbiter. Comme
il est^souvent cité d'une façon trop géné-
rale, il est peut-être bon de rappeler les
vers qui le précèdent et qui en précisent
le sens. Les voici :
Forsitan hune aliquis verbosum dicere librum
Non dubitet : forsan multo prasstantior aller.
Pnucfl reoertfl outet. auum nlura invenerît ins
— Cinq autres correspondants renvoient
à Ed. Fournier.
La « Stratonice » (\% 596).— Voir Barbier,
Dictionnaire des Anonymes : traduite de
l'italien (de Luc Asserino, par d'Audiguier
le jeune). Paris, 1640, in-8^
« Pélisson, ajoute Barbier en note, dans
son Histoire de V Académie françoise, as-
sure gue cette traduction a été donnée à
d'Auaiguier par l'académicien Malleville,
son ami intime. »
Lenglet du Fresnoy, dans sa Bibliothè-
que des Romans (Amsterdam, 1734), donne
les éditions italiennes de ce roman, qui a
paru avec le nom de l'auteur, en 16 36,
in- 12, èi Macerata, à Venise en i638 et
1642, in- 12, à Genève en 1647. ^^^ trois
dernière's éditions, dit-il, sont plus com-
plètes que celle de i636.
(Strasbourg.) C. M.
— L'original italien de ce roman, (]ui
eut un grand succès, est Lucas Assarino
(appelé à tort Ass^rinî dans quelques ou-
vrages), né à Séville de parents italiens, et
mort à Turin en 1672. Il parut pour la
première fois à Parme, en i635, chez
Viotti, et fut réimprimé plusieurs fois à
Venise et ailleurs, toujours de formatin-12.
Jean-Baptiste Cartolari en fit paraître une
continuation sous le titre de : Catastrqfe
délia Stratonica (Venise, 1676).
Quant à la traduction française de la
Stratonice, dont M. E. G. P. possède un
exemplaire, M. Brunet dit qu'elle a passé
pour être de d'Audiguier le jeune, mais
que, selon Pellisson, « elle aurait été don-
née à ce prétendu traducteur par Vacadé-
micien Malleville, son ami. 1»
Assarino composa encore d'autres ro-
mans, dont « VÀrmelinoa » fut également
traduit en français (Paris, 1646, in*8«j.
GusT. Pawlowski.
Le Gode Napoléon mis en vers français
(V, 597). — Cette facétie est de Decombe-
rousse (Benoît-Michel), jurisconsulte, né à
Villeurbanne, près Lyon, en 1754, mort à
Paris le i3 mars 1841. En 1792, il fut élu
député suppléant à la Convention; en
1795, il y siégea, et fit ensuite partie du
Conseil aes Anciens jusqu'en 1798. Après
le 1 8 brumaire, il fut nommé président du
tribunal de Tlsère ; mais il refosa et resta
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
685
686
[25 nov. 1869*
mmimm
attaché au comité de jurisconsultes que
Merlin de Douai avait créé au ministère
de la justice. Pendant les Cent Jours, il
fut nommé conseiller à la cour de Paris,
et rentra sous la Restauration dans la vie
privée.
Regnault de Saint-Jean d'Angely, dans
les Mémoires de Bourrienne, t. III, p. 143,
s*exprime ainsi sur pecomberousse: « Beau-
« coup de talent, aimant le travail, éloigné
« des intrigues, incorruptible. » Il a laissé
plusieurs ouvrages : le Testament de FA-
ristocratie mourante, 1790? in- 12; le Co-
dicile de V Aristocratie, 1790» in-12; le
Siège de Florence ou la Nouvelle HéldiSe,
tragédie en cinq actes et en vers, floréal,
an III, \n~%°\Asgill ou le Prisonnier an-
glais, drame en cinq actes et en vers,
an IV, in-8® ; la Mort de Michel Lepelle-
tier, tragédie en trois actes et en vers,
an V, in-8° (pièce rare et curieuse); la
Marche triomphante de la Liberté, épître
à un ami, an III, in-B®, et enfin le Code
Napoléon mis en vers, 181 1, in-12.
Ces divers renseignements sont emprun-
tés à la Biographie générale de Hœfer.
Paris, Didot, i855, t. XIII.
On trouve des notices sur Decombe-
rousse, publiées l'année de sa mort dans le
Courrier français du 1 5 mars 1 841, dans la
Gazette au Dauphiné, du 16 avril 1841. Il
a laissé deux fils, tous deux auteurs drama-
tiques.
M» A. Sorel pourra çncore consulter, au
sujet de l'auteur du Code Napoléon, la
2» édition du Dictionnaire des Anonymes,
de Demanne. Lyon, i865.
(Strasbourg.) CM.
Emigration vers «Test» des centres de
population (V, 599). — Cette tendance ne
paraît nullement démontrée, et Texemple
cité de la ville de Lyon, où une colline-
obstacle vers Vouest aurait favorisé le mou-
vement vers 1^5^, est peu concluant; car
il semble assez naturel que la ville, n'ayant
pu se développer d'un côté, se soit déve-
loppée d'un autre.
Dans un article publié en i856 sur les
embellissements de Paris, j'avais exprimé
une opinion absolument contraire à celle
à laquelle je réponds en ce moment, et je
basais la mienne sur des faits, ainsi qu'on
pourra le voir par la lecture du paragra-
phe que j'en reproduis ici :
a Une remarque assez singulière, et que
nos nombreuses pérégrinations nous ont
mis à même de faire, c'est la tendance
presque générale qu'ont les villes considé-
rables à s'étendre d'Orient en Occident,
suivant en cela la marche du soleil et celle
de la civilisation qui répandent devant eux
la lumière et laissent derrière eux les té-
nèbres.
« N'est-ce pas ainsi, en effet, que- la civi-
lisation a marché successivement du fond
de VInde dans VAsie Mineure, de ï Asie
Mineure en Egypte, puis en Grèce, en
Italie et dans VEurope occidentale, où les
flots de l'Océan lui ont présenté une bar-
rière qui ne l'a pas arrêtée, puisque le
Nouveau Monde adopte les usages de l'an-
cien?
« Et pour ne citer que les trois capitales
les plus importantes :
« La Rome moderne, abandonnant les
célèbres collines, aujourd'hui dépeuplées,
qui furent son berceau, est venue s éten-
dre , à Vouest, dans l'ancien Champ de
Mars, sur les bords du Tibre.
« A Londres, le West End est habité
par l'aristocratie nobiliaire et financière,
tandis que la Cité et le voisinage de la
Tour sont abandonnés à l'industrie.
« A- Paris, enfin, ïouest jouit également
d'une faveur toujours croissante, tandis
aue lei quartiers de Vest, autrefois séjour
de la cour et des hautes classes, sont pres-
que exclusivement livrés au commerce. »
J. Brunton.
Les RécoUets (V, 602). — La chanson
du frère Etienne, dont le véritable titre
est : le Fond de la Besace, date des envi-
rons de 1780. L'auteur est inconnu : elle
a neuf couplets qui se chantent sur l'air
des Trembleurs, de LuUi ; se trouve dans
tous les recueils de chansons joyeuses pour
l'instruction de la jeunesse. Z. A.
Le vaisseau du désert (V, 6o5). — Ce
n'est pas BufFon qui a appelé le chameau
vaisseau du désert, mais c^est lui qui, dans
une note, cite un passage de Chardin
attestant que les Orientaux appellent ainsi
cet utile animal. « Les Orientaux appel-
lent le chameau navire de terre, en vue de
la grande charge qu'il porte, et qui est,
d'ordinaire, de douze ou treize cents livres
pour les grands chameaux... » {Voyage
de Chardin, t. II, p. 27,)
Cette citation de Chardin se trouve, en
note, à la page 3o3 du tome XV de Bufîon,
édition de Eymery, 1829.
(Versailles.) R. de S.
La Bourguignote (V, 61 3). — « Bour-
guignote , s. f. , arme défensive pour
couvrir la tête d'un homme de guerre: c'est
une espèce de casque ou de salade, galea.
Son nom vient de ce que les Bourguignons
s'en sont servis les premiers.
a Cette armure de tête dont se ser-
vaient les piquiers n'est plus en usage.
« On appelle maintenant Bourguignote,
une sorte de bonnet, garni en dehors de
plusieurs tours de mèches et revêtu d'é-
toffe, que l'on porte dans les occasions à
l'armée pour parer le coup de sabre. »
(Académie française,)
N*ii8.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [26 nov. 1869.
687
688
Tout cet article est tiré textuellement
du dictionnaire de Trévoux, édition de
1771. (Versailles.) R. de S.
%r0Ut)aiUe0 et €uxioB\th.
Deux billets autographes de l'abbé
Barthélémy. — Ils étaient intercalés dans
l'exemplaire du Voyage du jeune Anachar-
sis en Grèce, donné par l'auteur au con-
ventionnel Goupilleau, de Montaigu- Ven-
dée , et conservé encore aujourd'hui dans
sa famille. Ils ont été écrits sur la fin de
sa vie, lorsque, après avoir été incarcéré, en
1793, nous ne savons sous quel mauvais
prétexte, il venait d'être rendu à la liberté
et avait obtenu d'être logé au Louvre, avec
quelques autres savants. Le représentant
du peuple, auouel ils sont adressés, s'était
employé pour lui à cet effet. Outre que les
autographes de Barthélémy sont fort rares,
ceux-ci ont de plus un intérêt personnel.
1» ilw citoyen Goupilleau le citoyen Bar-
thélémy y salut et fraternité!
«Je vous envoie le petit mémoire que
vous avez eu la bonté de me demander (i).
Je serai ravi de grossir la liste nombreuse
de ceux qui vous ont des obligations. De-
puis plus de cinquante ans, le citoyen Ma-
rin me donne des marques touchantes de
son amitié (2). Il y met le comble au-
jourd'hui, car on est forcé de vous aimer,
quand on a le bonheur de vous connaître.
« Ce 3 pluviôse de l'an III de la Républi-
que française, une et indivisible (22 jan-
vier 1795^.
a Puissiez-vous accepter cet exemplaire
(duVoyage du jeune Anachar sis en Grèce) y
avec la même satisfaction que j'ai à vous
TofFrir. »
Souscription: Au citoyen Goupilleau
de Montaigu,
2° A Vexcellent citoyen Goupilleau le ci-
toyen Barthélémy, salut et fraternité,
a Je me fais un devoir et un plaisir de vous
apprendre le succès de l'intérêt que vous
avez bien voulu me témoigner. Hier, le
citoyen Garât eut la bonté de venir chez
moi et m'annoncer que l'affaire de mon
appartement était terminée. Je lui en té-
moignai ma reconnaissance. Je vous la
( I ) Ce Mémoire manque. C'était sans doute
un aperçu des titres que réunissait Barthélémy
pour obtenir d'être logé au Louvre.
(2) F.-L.-Cl. Marini, dit Marin, littérateur-
journaliste, né à La Ciotat en 1721, mort
en 1809, ^^^"^ P^^ ^^^ discussions avec Beau-
marchais, qui se plut à le ridiculiser, par une
Histoire de Saladin, etc. M. Dugast-Matifeux
possède toute une correspondance autographe
de lui avec Goupilleau de Montaigu (Philippe-
Charles-Aimé). C'était Marin qui avait mis en
rapport Barthélémy et ce représentant.
dois principalement, et j*aî un vrai plaisir
à vous en taire l'aveu. Daignez le recevoir,
avec les sentiments que vous avez eu la
bonté de me marquer et dont je conser-
verai toute ma vie le souvenir.
« Ce 26 germinal de l'an III (i 5 avril 1 795). »
Quinze jours plus tard, le digne abbé
expirait, sans qu'on s'en aperçut, en li-
sant une ode d'Horace ; ce billet doit être
un des derniers qu'il ait écrits.
Dugast-Matifeux .
Une transposition monstmeuse. — Dans
l'explication du Catéchisme à l'usage de
toutes les églises de TEmpire français,
nouvelle édition, Paris, 181 1, in-S», on lit
textuellement ce qui suit (page 35) : a Dieu
« créa Adam et Eve dans la justice et la
a sainteté. La justice dont ils étaient re-
« vêtus consistoît en ce que leur âme était
o soumise à leur corps, leurs sens à la
a raison et leur raison à Dieu. On appelle
a cet état justice originelle, parce qu'il est
« trèsjusteque leschoses inférieures soiQtii
« soumises aux supérieures.*. »
Et il n'y a pas un erratum pour corriger
cette énormite !
(Lyon.) V. de V.
M. Brame et Pierre de Blois. -7- On se
souvient, sans aucun doute, des piquantes
plaisanteries lancées du haut de la tribune
du Corps législatif, au printemps dernier,
pendant la discussion du budget, par
M. Brame, contre ces malheureux vins de
THérault, « plus solides, en quelque sorte,
que liquides. » Pierre de Blois avait dit,
au XIlo siècle, presque la même chose des
vins que Ton buvait à la cour des rois
d'Angleterre, à J'ai vu parfois, s'écrie le
secrétaire delà reine Eléonore (Epist.XIV.
Opéra omnia, édit. de 1667, in-f». Paris,
p. 24), j'ai vu parfois servir aux grands du
vin tellement épais, qu'il aurait plutôt fallu
le cribler que le boire. » Pierre de Blois
ajoute que l'on ne buvait ce vin-là que
les yeux fermés et les dents serrées, avec
dégoût et horreur. Je le crois sans peine!
T. DE L.
Des applaudissements comme moyen de
chauffage. — « M"« Monrose n'aura pas
a grandement à souffrir des rigueurs de
« notre hiver, grâce à la chaleur des ap-
a plaudisseménts qui lui seront légiiime-
« ment prodigués. » {Impartial du Rhin,
!•*• novembre).
Que ne peut la galanterie française?
Voilà des claques promises par un feuille-
toniste à M^io Monrose pour lui tenir lieu
de manchon et de fourrures. St.
Paris. -. Tfp. de Gh. Mejneis, ra« Caju, 18. - 1869.
.186.:
QOAQQI
Numéro 119.
CherdUMtt
voui trou»0rt*.
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// M faut
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40dée.l869.
€ 2ntttméltiaivt
DES CHERCHEURS ET CURIEUX
(CORRESPONDANCE littéraire, (7SC0TES and QUERIES français.)
==s 689 I 690
^3./ L'Homme au masque de fer.
r Un de nos correspondants nous écrit ce
.' [ qui suit :
<< On annonçait, il y a environ un an, que
le secret du Masque de fer allait enfin être
dévoilé j que ce secret venait d'être découvert
par un jeune et heureux chercheur, M. Marius
Topin, lauréat de l'Institut, dans des dépêches
inexplorées de nos dépôts oiSîciels. L'eau m'en
vint à la bouche, comme aussi sans doute à
celle de tous les curieux, et plus particulière-
ment des lecteurs de V Intermédiaire , qui
avaient suivi avec intérêt les diverses commu-
nications échangées sur cette question.
« En effet, dans Le Correspondant du 25 fé-
vrier 1869, parut un premier article de M. To-
pin, annonçant qu'il tenait son homme, et qu'il
allait le prouver par voie d'élimination, en ex-
J posant d abord et en réduisant à néant toutes
es vaines hypothèses que de nombreux écri-
vains avaient jusqu'ici tour à tour échafaudées.
U en signalait cinquante-deux (ni plus ni moins),
qu'il enumérait nominativement en note, sans
compter les auteurs d'histoire générale ou de
simples articles.
« JLe I o avril et le 10 juin, 2« et 3* parties du
travail.
« Puis, interruption; et, en guise d'inter-
mède, survint, dans le n° du 10 sept., une vive
défense-attaque du R. P. Turquancl, de la Com-
pagnie de Jésus, à propos de l'affaire du pa-
triarche Avédik, où il avait trouvé son ordre
mal à propos impliqué et maltraité par M. To-
pin. Celui-ci répliqua sur-le-champ et de bonne
encre.
« Tout en vidant cet incident, la Revue
constata que ses lecteurs étaient « justement
impatients, et même impatientés, des longs
défais » que souffrait la publication de M. To-
pin. Une maladie en avait été cause.
« Enfin, les n~ des 10, 25 octobre et 10 no-
vembre ont donné la suite des exposés préli-
minaires et la conclusion du travail.
« Cette conclusion, quelle est-elle? Quelle
est la solution de ce problème irritant et re-
gardé comme insoluble? Quel est le mot inat-
tendu de cette énigme historique déclarée in-
déchiffrable?
c< M. Topin ne fait que confirmer l'assertion
de Roux-Fazillac et de Delort, qui ont révélé,
l'un en^ 1800, l'autre en 1825, l'aventure de
Matthioly, ministre du duc de Mantoue, enlevé
subitement en 1 679, et incarcéré par ordre de
Louis XIV. Il établit que, bien avant Roux-Fa-
zillac et Delort, des pamphlétaires, des histo-
riens italiens, des puolicistes, avaient déjà dé-
noncé cet enlèvement et avaient vu dans la per-
sonne de Matthiol3r le prisonnier au masque de
fer. Il aurait pu ajouter, aux noms qu'A cite,
celui de l'historien Carlo Botta, qui, au tome Vf
de sa continuation de Guicciardini (Paris, i832)y
p. 321, dit aussi^ en propres termes, aue Mat-
thioly est « il pngionero incognito colla mas-
fc chera di ferro, tanto rinomato nelle storie di
« Francia. » Mais ce que l'on n'avait pas encore
fait, assure-t-il, c'est d'identifier exactement et
définitivement le personnage enlevé près de Pi-
gnerol le 2 mai 1670, et le prisonnier de la
Bastille enterré à l'église Saint-Paul le 20 no-
vembre 1 703. « Là est le nœud de la question. »
Il admet avec un critique très-sagace, M. Jules
Loiseleur, d'Orléans {Kev. cont., juillet 1867),
que, sans la découverte de documents nouveaux
et probants, cette identification était tout à fait
impossible^ et que le mystère devait subsister
à toujours. Mais c'est justement cette décou-
verte qu'il a eu le bonheur de faire. Ainsi, plu-
sieurs dépêches inédites qu'il reproduit mettent
hors de doute que c'est oien le même prison-
nier, confié à aaint-Mars, qui entra d abord,
sous sa garde, en 1679, au donjon de Pigne-
roi ; puis, qui fut transféré par lui, le 1 9 mars
1694, aux îles Sainte- Marguerite ; enfin, qui
Êénétra avec lui, le 18 septembre 1698, à la
»astille, pour y mourir le 19 novembre 1703,
et être enterre le lendemain, sous le nom de
Marchialy, Et c'est ce prisonnier que concerne
une dépêche inédite, partie de Versailles le
28 avril 1679, ®* contenant ordre du roi d'en-
lever le comte Matthioly, sans q.ue la chose
FASSE AUCUN EscLAT, de le recevoir à Pignerol et
l'y FAIRE GARDER SANS QUE PERSONNE EN Arr CO-
GNoissANCE, enfin de faire en sorte que PER-
SONNE NE SACHE CE QUE CET HOMME
SERA DEVENU.
« Voilà qui est fort bien; la démonstration
me paraît complète :
Le masque tombe, l'homme reste.
Et le héros s'évanouit.
« Oui, mais il me semble que les lecteurs, et
notamment ceux de Y Intermédiaire, avaient
droit à une surprise finale, à un petit coup de
théâtre, qui se trouve ainsi manqué: car, à
vrai dire, nous en savions autant que M. Topin,
depuis trois ans qu'un de vos correspondants,
M. Ê. Gallien, nous avait donné le dernier mot
fur riiîitoîre du Masque de Fer (III, 140, n**
du 10 mars 1866), et avait établi péremptoire-
ment, par la force de ses observations et à
l'aide des seuls documents jusque-là connus,
que le fameux prisonnier n'était autre que...
le comte Matthioly. — Une seule chose m'é-
tonne, c'est que M. Topin n'ait pas même men-
tionné, dans sa longue nomenclature des au-
teurs qui se sont occupés avant lui de la question,
TOME V. — 23
N- 119,]
L'INTERMÉDIAIRE
691
692
celui qui l'avait en dernier lieu le plus avancée,
au point d'en avoir bien réellement dit le der-
nier mot, ~- saut ces preuves inédites qu'il était
réservé à M. T. d'exhumer et de mettre en lu-
mière. Sic vos non vobis»
« Notez bien que je ne cherche pas ici une
mauvaise chicane à M. T.; je ne lui mar-
chande pas l'honneur d'avoir complété la solu-
tion du problème; mais je revendique, pour
V Intermédiaire et pour son correspondant
M. G., l'honneur d'avoir positivement donné
cette même solution, il y a déjà trois ans, et je
regrette que M. T. n'en ait pas soufflé mot à
ses lecteurs, — ce n'est cas par ignorance, —
tandis qu'il les entretenait beaucoup, et on le
conçoit, du travail plus récent et très-distingué
de M. Loiseleur, lequel a nié la possibilité de
tout éclaircissement définitif de la question et
lui servait, par conséquent, d'excellente tête de
turc,
« Je ne l'en remercie pas moins d'avoir déci-
dément ôté de l'oreille des eénérations pré-
sentes et futures cette puce nistoricj^ue qui a
tant tourmenté nos pères et nous-mêmes. On
citait le Masque de fer, comme on cite la pierre
philosophale, la quadrature du cercle, la direc-
tion des ballons. 11 ne faut plus désespérer de
tout cela, ni de rien, ni même de l'établisse-
ment d'un bon gouvernement en France !
« E. H. M
Nous admettons volontiers, avec les ré-
serves qu*il fait lui-même, l'intéressante
note de notre correspondant. Nous l'ad-
mettons d'autant plus volontiers que nous
nous étions promis de dire un dernier mot
sur cette question, et c'est pour cela gue
nous avions ajourné plusieurs coromunica*
tions qui nous étaient parvenues antérieu-
rement. De ce nombre était la réponse-
question suivante :
Le Mascpie de Fer (III, 140). — Est-ce
bien là le « dernier mot ?» Il semble que,
jusqu'ici, on a donné plutôt des conjectu-
res, des probabilités, que des faits certains,
non pas sur l'existence du prisonnier, cjui
est hors de doute, mais sur son identité.
Le secrétaire d'un prince, même d'un duc
de Mantoue, n'est pas un personnage de si
peu d'importance, qu'on puisse le faire dis-
paraître sans qu'il laisse de trace, sans que
sa disparition cause aucune surprise dans
le pays auquel il appartenait. Des recher-
ches ont-elles été faites dans les archives
italiennes? A-t-on constaté que le duc de
Mantoue avait effectivement un secrétaire
nommé Matthioliou Marchiali? Trouve-
t-on, en Italie, quelque chose se rappor-
tant à un événement assez peu commun,
pour qu'on s'en soit ému, au moins à la
cour de Mantoue? On refait tous les jours
la biographie de personne -jes moins consi-
dérables que le secrétaire d'un duc, prince
souverain. Si rien n'a été fait dans cette
direction, il serait intéressant de s'en oc-
cuper. Fréd. Lock.
On voit que cette réponse-question avait
suivi de près le dernier travail de M . Gai-
lien, et appelait précisément de ses vœux
une dernière démonstration, une identifi-
cation j, comme celle de M. Topin. On
n'aurait pas pu la lui donner plus tôt, et
on ne pouvait la lui donner plus entière
et plus satisfaisante. Le dernier mot est,
pour le coup, dit et bien dit. C'en est fait,
il n'y a plus de mystère, plus d*inconnu
au masque de fer,.. Hélas .'pauvres cher-
cheurs, encore un dada de moins!
C. R.
BELLES-LErrsES — PmLOLOGiB — Beaux-Arts
— Histoire — Archéologie — NuiasMATiQ.uE
— Epigraphie — Biographie — Bibliographie
— Divers.
Une dédicace à Grolier, en 1517.— Est-
ce quelque chose d'inconnu que je vais si-
gnaler aux bibliophiles, et nia trouvaille
aurait-elle réjoui le cœur de notre ami
Le Roux de Lincy, si je l'avais faite il y a
quelques mois ? J ai rencontré, en tête d un
in-folio imprimé à Milan, en iSij, une
petite pièce de quinze vers latins adressés
à Jean Grolier, qualifié dès lors de Mécène
de cette époque, par un nommé Dardanus.
Le volume, d'une très-belle impression,
sur beau papier, est intitulé : Stephani
Nigri vin undecumque doctissimi Dia-
logus, etc., etc. Mediolani in officina Mi-
nutiana. M.D.XVL Prid. iCaL aprilis.
Le privilège est donné par François I«S à
Milan, le 20 février iSiy. Voici la pièce
avec ses fautes évidentes d'impression et
sa ponctuation textuelle :
Ad prœclarum D, Joannem Grolierium,
nostrorum temporum Mcecenatem.
Dardanus.
Mittit munera et hic et hic et ille.
Sed qui munera mittit hic et ille,
Haec sperat sibi mutuo rependi :
Aut dono simili : aut beatiore :
Mercatut {sic) potius, Dolisque tecum
Agie Pessumus hic neçociator :
Longe mens alia est tui Nigelli :
Qui dono lepidum dédit libellum :
Graecorum modo promptum ab oflftcinis
Incude et manibus suis politam :
Cujus si capiere lectione,
Ent carior omnibus hbellis :
Tanto carior omnibus libellis :
Quanto muneribus vel iis : vel illis
Virtutem facis usque et usque pluris.
Qui est ce savantissime Etienne Le Noir
(Niger)? Qui est ce versificateur Darda-
nus ? Comment interprète^t-on ces quinze
vers ? C. R.
Les deux rondeaux des « Caractères. »
A-t-on soulevé le voile, sait-on aujourd'hui
quel est le véritable auteur des deux ron-
deaux anonymes cités par La Bruyère
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[10 déc. 1869.
693
694
dans le passage suivant des Caractères
{De quelques usages) :
« ai nos ancêtres ont mieux écrit que
nous, ou si nous l'emportons sur eux par
le choix des mots, par le tour et l'expres-
sion, par la clarté et la brièveté du dis-
cours, c'est une question souvent agitée,
toujours indécise; on ne la terminera
point, en comparant, comme Ton fait quel-
quefois, un froid écrivain de l'autre siècle
aux plus célèbres de celui-ci, ou les vers
de Laurent, payé pour ne plus écrire, à
ceux de Marot et de Desportes. Il fau-
droit, pour prononcer juste sur cette ma-r
tière, opposer' siècle à siècle, et excellent
ouvrage à excellent ouvrage, par exemple,
les meilleurs rondeaux de Benserade ou
, de Voiture à ceux-ci, qu'une tradition
nous a conservés, sans nous en marquer
le temps ni Fauteur :
Bien à propos s*en vint Ogier en France, •
Pour le pais de mescreans monder;
Jà n'est besoin de conter sa vaillance,
Puisque ennemis n'osoient le regarder.
Or, quand il eut tout mis en assurance,
De voyager il voulut s*enharder;
En Paradis trouva l'eau de Jouvance,
Dont il se sceut de vieillesse engarder
Bien à propos.
Puis par cette eau son corps tout décrépite
Transmué fut par manière subite
Kn jeune gars, frais, gracieux et droit.
Grand dommage est que cecy soit sornettes ;
Filles connoy qui ne sont pas jeunettes
A qui cette eau de Jouvance viendroit
Bien à propos.
L'autre rondeau débute ainsi :
De cettuy preux maints grands clercs ont
[écrit
Qu'oncques dangier n'étonna son courage...
Selon M. Valckenaër,ces deux rondeaux
seraient assez modernes, et par conséquent
peu propres à décider la question posée
par La Bruyère. Cela se peut.
Si pourtant ils se trouvaient, par hasard,
imprimés dans quelque ancien recueil
d'une date de beaucoup antérieure à celle
de leur apparition dans les Caractères?,..
Ulric.
Encore une question de paternité. —
Quelqu'un des lecteurs de V Intermédiaire
connaît-il une pièce devers que Byron, —
un connaisseur, — proclamait une des
perles de la littérature anglaise {the most
per/ect in the language ?) Celle ode a pour
titre : The burial of sir John Moore, et
commence par ces mot? : a Not a drum
tvas heard, » etc., et finit par ceux-ci:
« But we left him alone ivith his glory. »
Publiée pour la première fois, en 181 7,
dans un journal irlandais, son type fut un
entrefilet de VEdinhurgh annual Register
(1808), relatant la mort de sir John Moore,
après la sanglante action de Corunna
flndes anglaises), et son stoïque enterre-
ment sur le sol même où il tomba : on
l'ensevelit dans son manteau de guerre, erf
une fosse creusée par les baïonnettes de
ses soldats.
Shelley considérait cette pièce, célèbre
en Angleterre, comme un premier jet de
Campbell. Cependant, elle a été générale-
ment attribuée à Ch. Wolfe (179 1-182 3).
En 1841, cette ode fut réclamée par un
Erofesseur écossais, qui voulut s'en attri-
uer la gloire; mais cette revendication
fut vivement combattue par les amis de
Wolfe, mort à la 'fleur dej'âge, et le pla-
giat fut constaté à la honte du réclamant:
Dans les fragments de Wolfe, publiés à là
suite d'une vie de ce poëte, par Tarchi-
doyen Russell, cette oae est citée à l'actif
de Wolfe. On la trouve aussi dans Ch. Pé-
risse, les Poè'tes anglais. Paris, 1839,
p. 16, et dans Robert Chambers, Cyclo-
pedia of English littérature^ a. vqI. m -4®,
t. II, p. 370. La question de paternité a
déjà été agitée en Angleterre, et tout ré-
cemment encore.
Or, il m'est tombé entre les mains quel-
ques strophes sur la mort du comte bre-r
ton de Beaumanoir, tué, en 1749, à la dé-
fense de PondichérVy contre les Anglais
commandés par sir JSyre Coote, strophes
qui sont, une traduction rigoureusement
exacte de la fameuse ode de Wolfe. Tra-r
duttore tradittore? Est-ce l'original
français de 1740 que le poè'te anglais s'est
approprié en 1817? D'aprèg une note en
tête de ces strophes françaises, ce petit
poëme se trouverait dans. 1 appendice, à la
Vie du comte de Lally-Toflendal, écrite
par son fils, 179U (Ce sont probablement
les Lettres à Edmond Burke.)
. L'imitation est flagrante, vers pour vers,
strophe pour strophe; l'une est le calque
de 1 autre : les deux odes, ou plutôt leur
pensée créatrice, n'ont pu jaillir à la fois
de deux cerveaux séparés par la Manche.
Il faut ajouter que la copie (?) de Wolfe,
sur Moore, est plus belle que l'original (?)
français, sur Beaumanoir. Cette dernière
pièce commence ainsi :
Ni le son du tambour, ni la marche funèbre...
et la 8® et dernière strophe se termine par
ce vers :
Le laissant seul avec sa renommée.
Remontez aux sources, ô mes coabon-
nés, et puissiez-vous apaiser, par vos in-
telligentes et obligeantes recherches, la
soif que j'éprouve de trouver la solution
vraie de cet irritant problème!...
Acheté.
ITnn bracelet qui semble bien apocry-
phe. — D'autres que Vittorio Siri {Mémo-
N» 119.]
L'INTERMÉDIAIRE
695
696
rie reconditey t. VII) ont-ils écrit que ce
qui causa la mort du duc Henry de Mont-
morency, décapité à Toulouse le 3o octo-
bre i632, ce fut la découverte d'un brace-
let de diamants au milieu duquel était le
portrait d'Anne d'Autriche , bracelet
trouvé sur le héros quand il fut fait pri-
sonnier à Casielnaudary ? Si Vittorio Siri,
le suspect anecdotier, est seul à parler du
bracelet de diamants qui rendit l'époux
inflexible là où le roi eût pardonné, n'a-
t-on pas le droit de voir du/âu;r dans tout
ceci? Yezimàt.
Tout est dans Bayle ; il ne s'agit qne de
l'en tirer. — De qui est ce mot? M. Sainte-
Beuve {Pori'Royal, 3« édition, tome II,
f)age 384, note i) déclare qu'il ne sait qui
'a dit. « Mais, ajoute-t-il, ce n'est pas le
comte de Maistre, comme l'a cru M.
Sayous. » T. de L.
« Ultima ratio règum. » — Lorsqu'on ar-
rive sur la plate-forme du rocher de Mo-
naco, la première chose que Ton rencon-
tre, en avant du château du prince, c'est
(qui le croirait?), d'un côté, Quelques piles
de boulets, de l'autre, quelque sept ou
huit canons de bronze, nonchalamment
couchés à terre, sans affûts, ainsi que des
lézards sans pattes. L'un d'eux porte cette
inscription coulée et ciselée en saillie :
Louis-Charles de Bourbon, comte d'Eu,
duc d'Aumale, Puis les armes de France,
et au-dessous : Nec pluribus impar. Et
au-dessous : le Robuste. Ultima ratio
REGUM. Autour de' la culasse, ornée de
deux dauphins, on lit encore : Le 24* nov,..
(le reste est caché par le chapeau de bois
qui couvre la lumière)... desjontes de Var^
tillerie.
Voilà où se trouve nichée aujourd'hui
cette vieille ultima ratio reguml... Mais,
dites-moi, d'où vient-elle, cette vieille for-
mule-là, — très-vraie, d'ailleurs?
_ S. D.
tt Ubi bene, nemo melius. Ubi maie, nemo
pejus. » — Quel est le premier qui a si bien
apprécié ainsi l'inégal génie d'Origène?
Yezimat.
Cantates et chants politiques en 1814
et 1815, en l'honneur des Bourbons.— La
rentrée des Bourbons et la chute définitive
de «l'usurpateur », ont dû provoquer des
manifestations lyriques analogues à celles
dont les échos de la Corse retentissaient
naguère lors de la visite du prince impé-
rial au berceau de sa dynastie. Dans 1 in-
térêt d'une publication sérieuse, on de-
mande, soit l'indication bibliographique
des cantates officielles ou spontanées,
écloses sur le passage des Lis, soit la com -
munication de celles de ces pièces qui
seraient restées inédites. Celle qui suit,
dont cinq couplets m'ont été communiqués
et qui commence ainsi :
Honneur à notre ancienne France,
Gloire aux mœurs de nos bons aïeux !
Pour nous quel jour délicieux !
L*empire des lis recommence.
^ Amis ! livrons- nous tout entiers
Au noble transport de notre âme,
Vive le Roi, vive Madame ! Etc.
est -elle inédite, ainsi que cette autre
pièce, chantée au château de Curis (Lyon-
nais) en 18 14:
Vive Louis, c'est le roi des Français.
A tous les cœurs son nom rend respérance!
Cz.
Deux statues au mnsée de Tonlonse. -
Lors de l'assassinat du duc et du cardinal
de Guise en i588, les habitants de Tou-
louse, zélés ligueurs, firent célébrer de
magnifiques services religieux. Pour en
augmenter l'éclat, ils commandèrent à un
habile artiste les statues de ces deux héros
de la révolte et du fanatisme. A la Révolu-
tion, on crut devoir conserver ces sculp-
tures et elles furent déposées au musée de
la ville. Une personne qui a habité Tou-
louse et qui aurait voulu les dessiner, m'a
dit qu'elle n'avait pas pu les trouver dans
cet établissement, il serait désirable d'être
fixé sur le sort de ces statues ; un lecteur
de V Intermédiaire aurait-il quelques ren-
seignements? A. Benoit.
Anéroïde. — Quel est l'inventeur de ce
mot ? Quel est le sens exact de cet adjec-
tif composé, qualificatif du baromètre mé-
tallique?
(Èourges.) X. Z.
Les préfets «àpoignen. — Sait-on quel
est l'écrivain ou l'homme d'Etat, qui, le pre-
mier, mit en circulation cette heureuse
expression, passée désormais à l'état de
cliché y dans tous les journaux de la presse
indépendante, et qui peint , — si claire-
ment, et si complètement, en deux mots,
— le zèle déployé par nos Majestés dépar-
tementales, lors des dernières élections?
Ulric.
Actes de légitimation, par des évé-
qneSy de bâtards de prêtres. -* Pourrait-
on en indiauer des textes complets, par
exemple celui dont on trouve l'analyse
suivante , à la Bibliothèque Imoériale
(départ, des manuscrits), dans la collection
Housseau, n» ^.SoS :
« i554, II décembre. —Gabriel Bou-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
697
698
[10 déc i86q.
«
«
a
ce
a
very, évêque d'Angers, donne des lettres
de légitimation à Armagille de Faye,
pour entrer dans les ordres,
tt II était né d'un prêtre et d'une fille.
L*évêque motive cette faveur sur ce qu'il
sait, par témoins dignes de foi, que ledit
Armagille de Faye nec fuerit nec sitpa-
ternœ incontinentiœ imitator. »
Des R. B.
Deux inscriptions énigmatiques. — En
visitant, il y a deux ans, le château de
Saint-Germain, mon attention fut attirée
par les deux sentences ci-dessous, peintes
en noir sur fond blanc, de chaque côté de
la principale entrée du château, à la façon
de deux affiches municipales annonçant
une vente de matériaux :
a C'est avec justice que tu éprouves des
tourments intérieurs, puisque tu aimes
mieux remettre à demain à devenir bon
que de l'être aujourd'hui. »
« Il est ridicule que tu ne veuilles pas te
dérober à tes mauvais penchants, ce qui
est très-possible, et que tu prétendes échap-
per à ceux des autres , ce qui ne se peut
pas. »
De quel sage sont ces pensées, et pour-
quoi ont-elles été si singulièrement pla-
cardées à cet endroit? Ont- elles quelque
rapport avec le manoir royal-impérial en
lui-même, ou bien est-ce simplement une
leçon pour ses hôtes et ses visiteurs ?
J. Mt.
Un martyr de la liberté de la presse. —
Une publication estimable, la Revue des
Questions historiques, mentionne (octo-
bre 1869, p. 640), d'après le Calendar of
State Papers, édité par M. John Bruce, les
poursuites dirigées contre un malheureux,
nommé Pickermg, qui, ayant écrit contre
Charles I«', fut mis au pilori, fut fouetté,
fut marqué d'un fer rouge, eut les deux
oreilles coupées, la langue percée, et fina-
lement fut condamné à une prison per-
pétuelle. M'occupant de quelques recher-
ches sur les auteurs brûlés, pendus, et
plus ou moins suppliciés, je serais heu-
reux de connaître le titre de récrit qui pro-
voqua une répression aussi sévère. J'ai
' vainement consulté les articles Pickering
et Charles /»»■ dans le Manuel de Lowndes,
ce précieux répertoire de la bibliographie
anglaise, livre dont l'équivalent nous man-
que en France, car le manuel du Libraire
ne s'occupe que des livres rares et pré-
cieux, tandis que la France littéraire de
Quérard ne remonte pas au delà de 1700,
et voulant faire connaître tout ce qui a
été imprimé depuis cette époque, enregis-
tre inévitablement une multitude de pro-
ductions dépourvues de tout intérêt.
3. G.
090 r
Le premier suicidé. — Saurait-on, par
impossible, quel a été le premier suicidé
en France et en Europe, et à quelle épo-
que? D^ Lejeune.
Mort de Loois XVI. Santerre. Bean-
franchet d'Ayat. — Lors de l'exécution de
l'infortuné roi Louis XVI, d'où est parti
l'ordre d'exécuter un roulement de tam-
bour ? Faut-il imputer cet ordre au bras-
seur Santerre, ou, comme on l'a dit ail-
leurs, au parent de Desaix, à Beaufranchet
d'Ayat ?
(Clermont-Ferrand.) Francisque M.
Lieu de naissance de Cabanis. — La Bio-
graphie Didot, le Grand Dictionnaire de
Larousse et la Statistique de la Char."
Infér, (i83o) font naître ce célèbre physio-
logiste à Cônac, départ, de la Charente-
Infér. Les Dictionnaires de Biographie de
Bouillet et de Dezobry placent le lieu de
sa naissance à Cosnac, aépart. de la Cor-
rèze. M. Rainguet, dans sa Biogr. Sain-
ton g. y ne le mentionné pas.
Où est la vérité? Ad. Bouyer.
Jean de Gondé. — Je possède un manu-
scrit gothique sur parchemin de format
in- 12, dont voici le titre exact : Le Juge-
ment des Chanoinesses et des Bernar-
dinnes par devant la cour de Vénus, par
Jean de Condée (sic), bachelier pauvre
mais amoureux, i5oo.
M. O. D. ayant cité ce nom de Jehan
de Condé dans le dernier numéro (V, 644),
me permet-il de lui demander, de même
qu'à tout autre érudit, quel est ce person-
nage? A-t-on publié ses œuvres, et en quel
temps? Quel est son pays? J'ai interrogé
vainement diverses biographies, et Brunet
n'en dit mot. L. G.
Bergeron, Laml)erdière,Laaron.— Quels
détails pourrait-on donner sur Pierre Ber-
geron, « conseiller du roy, et refFérendaire
en sa chancellerie de Paris, » Lamberdière
et Jean Lauron, « advocat à Chateauroux, »
auteurs de stances et sonnets sur la Se-
maine de P. de Saluste, sieur du Bartas,
stances et sonnetsque Ton trouvera en tête
de l'édition des (Èuvres complètes de ce
poète (Paris, in-fol., i6u). T. de L.
Bibliothèqne dn prince de Sonbise. — Il
existe un Catalogue de cette importante
bibliothèque, de 8,3o2 numéros, 64.3 pages
de texte et 100 pages de table alphabétique,
et encore l'avertissement prévient- il les
amateurs que le teoips n'a pas permis de
ifaire figurer au catalogue bon nombre de
N» 119J
L'INTERMEDIAIRE
699
700 —
livres. Voici le titre exact de ce volume :
Catalogue des livres imprimés et manu-
scrits de la bibliothèque de feu Monsei-
gneur le prince de Soubise, maréchal de
France, dont la vente sera indiquée par
affiches au mois de janvier 1789. A Paris,
cnez Leclerc, libraire, quai des Auguslins,
MDCCLXXXVIII. — A quelle époque fut
vendue cette bibliothèque? Les enchères
eurent-elles lieu avant la Révolution, ou
bien les événenaents empêchèrent-ils de
procéder à la vente. Dans ce dernier cas,
quand aurait été dispersée cette précieuse
collection? ' S. Y.
Poètes anonymes à rechercher. — Les
amateurs de productions légères et badi-
nes connaissent un recueil in-i&, imprimé
en 1789, sous la rubrique de Londres, avec
le titre de Cantiques et Pots -Pourris. On
y trouve le cantique de Suzanne, celui de
Judith, celui d'Agnès Sorel et quelques au-
tres. Quel est Tauteur ou quels sont les
auteurs de ces vers? Le Dictionnaire des
Anonymes de Barbier est muet à cet
égard. Le Manuel du Libraire à jugé ce vo-
lume digne d'être mentionné ; mais il est
également ^muet sur la question de savoir
à qui il faut l'attribuer.
(Marseille.) A, S.
Tonchard-LafOBse. — Quelque lecteur
de V Intermédiaire pourrait-ii me citer un
dictionnaire ou une brochure contenant la
biographie de Touchard-Lafosse?
D' Le Jeune.
Les Poésies d'Edouard Foumier. —
M. Edouard Fournier, l'érudit bibliophile,
a-t-il réuni en volume de bibh'othèque les
Poésies disséminées par lui dans divers re-
cueils de littérature, et les Romances pu-
bliées sous son nom chez les grands édi-
teurs de musique ; Othello. Prière de
Desdernona^ (mus. de Rossini); — Pauvre
Tom, mélodie, (musiq. de Caspers); —
VElisire d'Amore, cavatine, (musiq. de
ponizetti), etc.? — Ulric.
« Martin Luther, » drame de L. Halévy
(V, 437 et 171, 108, 33), — C'est avec un
plaisir extrême que je lis dans la chronique
du journal le Temps, du lundi i«' novem-
bre 1869, publiée sous la signature de
Ch. Du Douzet, la nouvelle suivante, dont
le résultat fait honneur à l'Intermédiaire,
et prouve, une fois de plus, que cette chère
petite feuille est bonne à quelque chose :
« La censure semble, elle aussi, vouloir
se donner un vernis de libéralisme.
tt Elle a rendu la liberté à la pièce de
M. Th. Barrière, Malheur aux vaincus!
Elle vient encore de lever l'interdit mis
depuis longtemps sur le Luther en vers de
M. LÉON Halévy, subordonnant seule-
ment la représentation de ce drame à la
fin du concile de Rome. La précaution
n'est peut-être pas inutile, car si Luther
était joué au Théâtre- Français, qui l'a
reçu, et si le rôle du principal personnage
était joué par Beauvallet, le bruit en re-
tentirait certainement jusqu'à Rome. »
Ulric.
Quelques-uns des Jeux de nos ancêtres
(V,.466). — M. B. C. admettra-t-il parmi
les jeux dont il cherche l'histoire, celui-ci,
dont je trouve la mention dans les notes
d'une édition des Proverbes de Carmon-
telle? « Ce que dit Athénée des anciens
Thraces est incroyable. Seleucus, dit-il,
avait remarqué que quelques-uns des Thra-
ces jouaient à un certain jeu qu'on appe-
lait le Jeu du pendu. On attachait dans un
lieu élevé une corde sous laquelle on met-
tait perpendiculairement un caillou rond
et uni. Après avoir choisi par le sort celui
qui devait être Tacteur, on le faisait mon-
ter sur le caillou, armé d'une faux. Il était
obligé de se mettre lui-même la corde au
cou, pendant qu'un autre ôtait adroite-
ment la pierre; si celui qui demeurait sus-
pendu n avait pas le bonheur ou l'adresse
de couper à l'instant la corde avec la faux
qu'il tenait des deux mains, il était étran-
glé, et périssait au milieu des risées de tous
les spectateurs, qui se moquaient de lui
comme d'un maladroit. » O, D.
Culhat.— Trintinhac(V, 53o).— M. Fr.
Mége aurait pu remarquer, puisqu'il est à
Ciermont (que je suppose à' Auvergne),
que les Auvergnats qui prononcent pure-
ment le patois ne disent pas Culliat, en
détachant Cul iaty mais bien CuLLat en
mouillant. De même pour Trintiniac, qu'ils
prononcent bien empâté : Trintignac» Au
reste, il est à remarquer que partout les
signes étymologiques des mots tendent à
disparaître par T'influence dfes instituteurs
sur les enfants. Est-ce un bien ? Pour la
langue courante, oui ; ma'is c'est un mal
pour l'archéologie. Nous voyons chaque
jour s'effacer les traces encor'es vives, il y
a trente ans, du langage et de la pronon-
ciation de nos provinces.
Toutes les langues d'origine latine ont
cette prononciation mouillée pour le LN
{li antique) et pour le GN {ni antique). Le
portugais surtout a conservé dans toute
sa pureté cette manière de prononcer; il
donne même cet empâtement de la pro-
V
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[iodée 1869.
701
702
nonciation auvergnate, et c'est ce qui le
distingue de Tespagnol. Ainsi, en portugais
on écrit : senhor^ senhora, saldanha, qui
se prononcent : sengnovy sengnora^ sal-
dagna. En espagnol, le tilde fait l'effet de
\h en portugais et on écrit : senor, senora
et saldàna^ qui se prononcent : ségnor,
ségnorûy etc.: c'est-à-dire avec moins d'em-
pâtement dans la liaison dçs deux pre-
mières syllabes. Dans l'ancienne langue on
écrivait : senior, senior a etsaldania. En ita-
lien on a signore et signora, en français
seigneur, qui ont la même origine, et il
est à croire que la prononciation était la
même, quoique la forme ni fût employée
partout. En catalan et en valencien, dia"
lectes romans qui se rapprochent beaucoup
de l'auvergnat et du limousin (le valencien
* se nomme la lengua lemosina ou simple-
ment el lemosin), il existe aussi des formes
de prononciation plus singulières pour
nous : Tristany, Company, se prononcent
Tristagn' tt Compagn'^. Ce qui n'empê-
chait pas d'écrire toujours en suivant l'an-
cienne orthographe latine ou romane. Mais
ce travail continuel de l'enseignement qui
tend à unifier Torthographe et la pronon-
ciation des mots, et à représenter exacte-
ment le son par les lettres, effaçait, à l'épo-
que de la Renaissance comme aujourd'hui,
les signes de l'origine et de l'étymologie,
et en même temps amenait le paysan, qui
parlait mais n^écrivait pas, à modifier sa
prononciation.. C'est ainsi que les diffé-
rents dialectes de la grande langue latine
se sont corrompus en passant par diffé-
rentes bouches et différentes piumes, et
que des mots identiquement les mêmes
ont pris des apparences toutes dissembla-
blés.
Il n'y a qu'à faire prononcer ces mots à
un Auvergnat de la montagne, et on recon-
naîtra quil prononce toujours iesLiV et les
iVjff, comme un Portugais de ÏAlemtejo.
(Mende.) D. Nargel.
— Indépendamment de sa valeur pro-
pre qui est d'indiquer l'aspiration, la lettre
H est employée par diverses langues mo-
dernes, avec une valeur toute de conven-
tion, dans certaines combinaisons desti-
nées à exprimer des sons pour lesqmels
l'alphabet n'a pas de signe particulier. Tels
sont les groupes CH en français, S H en
anglais, SCH en allemand, qui représen-
tent la sifflante chuintante; -* CH en es-
pagnol, qui désigne la palatale forte, etc<
De même le dialecte auvergnat, ainsi que
plusieurs autres idiomes du midi, se sert
des combinaisons LH, NH, pour noter les
sons mouillés des consonnes L et N que
nous écrivons en français ILLou IL (bou*
teille, œil) et GN (seigneur). La même
notation a été adoptée par le portugais,
olho, senhor (prononcez oillo, segnor).
DiCASTÈS.
Année de la mort âe Marin Gnrean de
la Chambre (V, 566). - Voici ce que dit
sur ce médecin-littérateur, M Jal, dans
son Dictionnaire critique : « Né au Mans,
dit-on, médecin et client lettré de P. Sé-
euier, Marin Cureau de la Chambre, que
le Dictionnaire universel de Bouillet
nomme Martin Cureau, entra à l'Académie
française en i635, par la grâce de son
patron et de l'aveu du cardinal de Riche-
lieu; en 1666, par ordre de Louis XIV,
dont il était un des médecins les plus inti-
mement consultés, il fut admis à l'Aca-
démie des sciences. En 1640 ou un peu
avant, il se maria et eut de Marie Duchesne
un fils, qui fut nommé Pierre, le 21 dé-
cembre 1640, par Pierre Séguier, chance-
lier de France, et par Marie Séguier, femme
de M«» César de Combout, marquis de
Coaslin (sic), colonel-général des Suisses
(St-Eust.). Marin Cureau demeurait alors
rue de Grenelle-Saint-Honoré. Il eut un
autre fils, dont je n'ai pas vu le baptlstaire,
François de la Chambre, qui, le 7 mars
1670, « ancien médecin ordinaire de la
« reine et des enfants de France, » fut
nommé « médecin ordinaire du roi en l'ab-
j a sence du premier médecin, » et trois
jours après (10 mars), a médecin ordinaire
« des bastiments pour avoir soin de tous
« les officiers, servans et employés en l'Es-
« tat. » (Bibl. imp. MS. S. F. 2771- 1,
p. 121 et i33.) Le 3i juillet 1671, Fran-
çois Cureau eut le brevet de a détnonstra-
(( teur-opérateur de l'intérieur des plantes
tt médicixiales au Jardin du roy, à la place
a de Marin Cureau de la Chambre, son
« père, pourveu de cette charge en 1669
« et récemment décédé. »j(MS. S. F. 2771-
2, p. 314.) Marin Cureau de la Chamore,
que le brevet du 3i juillet 1671, dit « ré-
« cemment décédé, » était mort rue de
Grenelle, le 29 décembre 1669 (St-Eust.).
L'acte de 3on inhumation fut signé : « Pierre
« Cureau de la Chambre, » La Chambre
(c'est François), B. Halle de Fontenillc. »
Moréri, dans la liste des académiciens,
dit aussi que Marin Cureau de la Cham-
bre, élu en i635, est mort en 1669. Dans
l'article qu'il lui consacre, il le fait mourir
le 25 novembre 1669, dans sa soixante-
quinzième année. Les registres de Saint-
Eustache rectifient son erreur, auant au
mois; mais l'année 1669 est hors de doute.
L'ouvrage le plus connu de ce savant
médecin est : Les Caractères des passions,
Moréri en cite plusieurs autres.
Si, d'après Moréri, Marin Cureau de la
Chambre n'avait pas soixante et quinze ans
révolus, en décembre 1669, il était né en
1695. Si, d'après son épitaphe, il avait
soixante et qumze ans, il était né à la fin de
1694. E. G. P.
— On demande pourquoi la Nouvelle
Biographie générale fait mourir Marin
Cureau de la Chambre en 1675, tandis que
1
N« 119.]
L'INTERMÉDIAIRE
703
704
le Moréri fixe la date du 29 novembre
1669. L'extrait ci-joint des registres de
la marguilleriede la paroisse de Saint-Eus-
tache tranche la question, en redressant
une nouvelle erreur de la Biographie :
a Du samedi 3o novembre 1669. Convoi
du chœur de 42 (^prêtres), le service le len-
demain, général assistance de Monsieur le
Curé, six vrestres porteurs^ plomb pour
deffunty messire Marin Cureau de la
Chambre, conseiller du roy en ses conseils
d^ Estât, médecin ordinaire de Sa Majesté,
de Monsieur le chancelier et de la grande
chancellerie de France, demeurant rue
de Grenelle y a été inhumé dans notre
église. »
En marge de cet acte se trouvent ces
deux mentions : « Messieurs Paysant et
Leroux ont veillé un jour, » — « Refu
232 livres 12 sols » pour les frais desdits
convoi, service et inhumation.
M. Jal a d'ailleurs relevé le premier
l'erreur, dans son Dictionnaire, en visant
Tacte Qu'il a trouvé dans le registre des
décès ae Saint- Eustache^ acte signé des
témoins. J*ai pensé c]u'il n'était pas inutile
de donner là mention plus complète du
registre de la marguillerie, à cause des
diverses indications, — veillée des prestres
et prix, — qu'elle renferme.
G. Saint-Joanny.
Gnillanme Rebonl (V, 568). — Son nom
est omis, il est vrai, dans la Biographie
universelle y mais on le trouve dans une
biographie locale, VHistoire littéraire de
Nîmes, et des localités voisines quiforment
actuellement le département du Gard, par
Michel Nicolas (docteur en théologie, et
Professeur de philosophie à la faculté de
lontauban). Cet ouvrage, en trois vo-
lumes, publiés en 1854 a Nîmes, est la re-
production amplifiée d une série d'articles
qui avaient paru, les années précédentes,
en feuilleton, dans le Courrier du Gard,
Par cette raison, il est écrit un peu au
courant de la plume; et son auteur, plus
préoccupé de ses profonds travaux sur des
matières théologiques, n'y a pas attaché,
dans le principe, une grande importance.
Il n'en renferme pas moins de très-nom-
breux et très-intéressants documents sur
les écrivains de l'ancien Nemosez, et mé-
riterait d'être plus répandu en dehors des
étroites limites de ce petit pays.
(Nîmes.) Ch. L.
— Je ne peux que conseiller à M. L. D.
de consulter sur ce personnage le VIII« vo-
lume de la France protestante des frères
Haag^ pages 395, 3p6. Il trouvera là des
renseignements qu'il serait trop long de
transcrire ici. La Biographie Didot sous
la direction de M. Hœfer en parle égale-
ment, mais elle ne fait aue reproduire
Haag; elle ajoute cependant en note,
ï
u'on trouve des détails sur Reboul dans
e Duchat, Remarques sur la Confession
de Sancy, t. II, chap. 6, pag. 370-378.—
Pr. Marchand, Dictionnaire historique^
pages 160-162. — Lestoile, Journal dit
Henri IV. D. Charruaud.
Etymologie d*amasone (V, 569).— -Dans
le 2« livre de Diodore de Sicile, n» 53 —
on lit : tt Si l'enfant est une fille, on lui brûle
o les mamelles, afin d'empêcher ces organes
tt de se développer par suite de l'âge ; car
a des mamelles saillantes seraient incom-
a modes pour l'exercice guerrier ; c'est ce
« qui explique le nom d'amazones que les
« Grecs leuront donné.» (Traduction d'Hoe-
fer.) — Déjà, dans le même livre, n*> 46, il
était dit : « Elles brûlaient la mamelle droite
a aux filles, afin que la proéminence du sein
« ne les gênât pas dans les combats. C'est
« pour cette dernière raison qu'on leur
o donna le nom d'amazones. »
Dans une note relative à ce texte, le tra-
ducteur ajoute : « 'A(JLiÇovo(;^ sans ma-
« melles. Suivant Otrokoski(Orî^fn.-fl'«n-
c gar.y t. II, c. 14), le mot amazone vient
a aam* a^^çon, qui signifie femme robuste
« dans quelques dialectes si avons. »
J'avoue que je m'en rapporterais plus
volontiers à Diodore de Sicile pour l'éty-
mologie d'un mot grec. Quoi qu'il en soit,
ce serait un singulier rapport entre les deux
langues. E. G. P.
Le général Dagobert (V, 584, 5o5). —
Ne demandons rien aux biographes de
profession, et pour cause... mais ouvrons
les Annuaires des ci -devant satellites de
nos anciens tyrans, qualifiés chacun Etat
militaire de laFrance, par de Roussel, etc. :
c'est une lecture que je recommande aux
patriotes bien intentionnés, en quête d'il-
lustrations plus guerrières que révolution-
naires.
Poursuivons : Etat militaire de 1786,
régiment royal -italien, en garnison à Tou-
lon : Dagobert, premier capitaine com-
mandant, chevalier de Saint- Louis; —
Etat militaire de 1 792 : Dagobert de Fon-
tenille, chevalier de" Saint- Louis, 2* lieu-
tenant-colonel (nromotion du 8 mars 1789)
aux ci-devant chasseurs royaux du Dau-
phiné, en garnison à Romans, devenus
2« bataillon d'infanterie légère par règle-
ment du !•«' avril 1791. — Remarquons,
en passant , que Dagobert , Moncey , Du-
merbion, Masséna, n'étaient ni mal notés
ni mal en cour; car, en langage de 1788
et 1789, on disait : la mode est aux chas-
seurs! — Remarquons enfin que Masséna,
lieutenant, était même chevalier de Saint-
Louis.
J'ai connu, es années 1843- 1844, une
très-aimable femme d'esprit, Marie-Julie
Dagobert de Fontenille, mariée à Jacques-
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
7o5
[iodée 1869.
706 -
Michel- François, baron Achard, déjà gé-
néral sous le premier empire j et Tun de
nos plus vigoureux divisionnaires. Le gé-
néral Achard, grand-croix de la légion
d*honneur, chevalier de Saint- Louis, séna-
teur du second empire, est mort à l'âge
de quatre-vingt-six ans, à Paris, tout criblé
de blessures qu'il eût été dans le cours de
sa glorieuse carrière, le 6 janvier i865 ; —
remarié, toutefois, depuis le 17 octobre
i863, à Madame veuve Eyckholt.
M. Frédéric Lock peut m'accorder, après
tout ceci, que le second empire n'avait
aucune raison... politique, pour refuser à
Tune des rues du nouveau Paris le nom de
Dagobert? — et je lui certifie que j'ai vu
de mes yeux le futur maréchal de Saint-
Arnaud, frais lieutenant-colonel, en habi-
tuelle compagnie des partenaires du géné-
ral Achard, au whist officiel. (F. les lettres
du maréchal Saint-Arna\id,) En somme,
il y avait place pour les noms de Saint-
Arnaud et de Dagobert dans le Paris de
nos modernes ...édiles {vieux style); mais
ils ont craint, — avec raison, je pense, —
que les électeurs du quartier ne confon-
dissent le général de la république avec le
royal ami de Saint-Eloi. Les bacheliers
du boulevard, section des utilitaires, ont
bien demandé, avec quatre points d'in-
terrogation : Qu'est-ce qui connaît Béli-
dor???? H. DE S.
Endetté comme nn boucher (V, 594).
— Cette locution me paraît si singulière
que, jusqu'à renseignement contraire, je
croirai qu'elle ne peut être que bornée à
une seule localité et qu elle fait allusion à
quelque fait particulier. Je comprendrais
mieux : endetté comme une pratique de
boucher ; surtout dans le midi, où l'on est,
dit-on, plus sobre que dans le nord, man-
ger habituellement de la viande a pu pa-
raître une habitude ruineuse; et je trouve
à ce sujet, dans un livre dont la paternité
est douteuse entre Mézeray et le cardinal
de Richelieu (Histoire de la mère et du
fils), une anecdote qui pourra paraître cu-
rieuse, étant arrivée aux parents d un
homme qui a été quelque peu roi de
France. Ce livre attribue sans doute une
fort piètre origine au connétable de Luines;
mais il convient cependant que son père
était gouverneur de la ville du Pont-Saint-
Esprit, et ce fut dans son gouvernement
même que l'aventure aurait eu lieu. « Il
leur fallut quitter le Pont -Saint- Esprit,
pour ce que sa femme devant beaucoup
à un boucher qui les fournissoit, ayant un
jour envoyé pour continuer à y prendre
sa provision, le boucher ne se contenta
pas de la refuser simplement, mais le fit
avec telle insolence, qu'il lui manda que,
n'ayant jusques alors reçu aucun payement
de la viande qu'il lui avoit vendue, il n'en
avoit plus qu'une pièce à son service, dont
se conservant la propriété il lui donneroit
si bon lui sembloit, l'usage sans en rien de-
mander. Cette femme hautaine et coura-
geuse reçut cette injure avec tant d'indi-
gnation, qu'elle alla tuer celui de qui elle
Pavoit reçue, en pleine boucherie, de qua-
tre ou cinq coups de poignard. Après quoi
ils se retirèrent à Tarascon. » O. D.
— J'ai entendu souvent cette expression
dans les départements de la Sarthe et de
l'Orne, elle n'est donc pas propre à la ville
de Nîmes. (Versailles.) R. de S.
Henri VII a-t-il été empoisonné au
moyen de la communion? (V, 595.) — Il
n'est d'historien si sérieux qui sur une pa-
reille question puisse être accepté par ceux
dont sa décision contrarie les tendances,
et entre les assertions contraires des Guel-
fes et des Gibelins, le doute subsistera au-
jourd'hui comme à l'époque même de la
mort de Henri VIL Mais je voudrais pou-
voir me rappeler où j'ai vu manifester une
idée applicable à ce sujet, et trop curieuse
pour être passée sous silence. C'est qu'on
a pu, au moyen âge, mêler du poison à
l'hostie ou au vin consacré, avec une in-
tention pure et la ferme conviction que, si
le communiant était en état de grâce, il
n'éprouverait aucun mal. Si bizarre qu'une
pareille croyance doive nous paraître au-
jourd'hui, je pense qu'il ne faut pas nier
trop vite qu'elle ait pu exister alors. Ce
n'eût été qu'une forme du jugement de
Dieu, et elle n'aurait eu rien de plus mira-
culeux que l'épreuve du fer chaud. Aussi,
des voyageurs ont raconté avoir trouvé
l'ordalie ou poison en usage dans plusieurs
pays barbares, et peut-être est-il permis
de l'entrevoir dans l'épreuve des eaux-
amères prescrite au chapitre V des Nom-
bres, pour connaître 1 innocence ou la
culpabilité des femmes soupçonnées d'adul-
tère. O. D.
Robert d'Ârbrissel (V, 569). — La Bio-
graphie Hœfer, au mot Arbrissel, signale
un fait qui montrerait combien il est dif-
ficile de résoudre de semblables questions.
« La lettre si accablante de l'évêque Mar-
bode disparut plus tard du manuscrit ou
l'avait vue le père Sirmond. Suivant Mé-
nage, cette soustraction fut faite à la
prière de Jeanne de Bourbon, légitimée
de France, abbesse de Fontevrault. » Cette
lettre de l'évêque de Rennes, Marbode,
parlait de bien d'autres choses que de l'im-
prudente épreuve du lit partage par deux
femmes. « Taceo de juvenculis, quas sine
examine religionem professas muta ta veste
per diversas cellulas protinus inclusisti.
Hujus igitur facti temeritatem miserabilis
exitus probat. Alias enim, urgente partu,
fractis ergastulis elapsae sunt : aliae in ipsis
JN» II9.Î
L'INTERMÉDIAilU!:
7^
708^
er^stttlis ^> epwgiyu t,i> Bayle dh su sirict
de notre saint : « On a comparé à Taataïe,
rhomme qui s'aviserait d'un çenre de mor-
tification tel que celui que Ton impute à
notre Robert. Cette comparaison ne paraît
pas exacte: il souffrirait la faim et la soif au
voisinage du remède; mais il ne serait pas
certain que le remède se retirerait à mesure
qu'on voudrait le joindre. » Bavle ne con-
naissait pas le Prévôt d'Aquilée, fabliau
dont Legrand d'Aussy a donné l'analyse
et où il voit un souvenir de Robert d'Ar-
brissel, sans se prononcer sur ce c^u*il faut
croire ou ne pas croire du saint lui-même.
(Boccace et La Fontaine lui doivent leur
Diable en Enfer). Ce prévôt d'Aquilée est
marié, mais lui et sa femme ont fait vœu de
continence, et pour être sûrs de le garder,
ils tiennent près de leur lit une grande
cuve d eau bien froide, où la dame ne
manque pas de faire tomber son mari,
sitôt qu'il fait mine de transgresser le
vœu. Robert ou ses nonnes auraient-ils
aussi usé de ce procédé héroïque? Ces
vœux de continence dans le mariage n'é-
taient pas très-rares à cette époque, et il
faut avouer qu'ils rendent moins invrai-
semblable une macération qui n'en serait
que le perfectionnement... s. g. d. g.
O. D.
— Je crois qu'il faut renoncer à prendre
au sérieux le tait allégué par Geofiroi, ab-
bé de Vendôme, par Marbode, évêque de
Rennes, et par une lettre anonyme qu'on a
attribué à Koscelin, que Robert d'Arbris-
sel couchait entre deux religieuses pour
s'habituer à résister aux tentations oe la
chair. Le P. de la Mainferme, dans son
Clipeus nascentis ordinis Fontebral-
densis, a réfuté ces allégations. Ce qui me
décide surtout à reearder tout cela comme
pure calomnie de la part des ennemis de
Robert, c'est le sentiment très-prononcé
de Bayle, contre la vérité de ces imputa-
tions. On connaît, du reste, les disposi-
tions frondeuses de cet écrivain et les
notes croustilleuses dont il a émaillé son
Dictionnaire. L'occasion était bonne ici
pour donner libre cours à sa verve, il n'y
a du reste pas manqué dans les notes qui
accompagnent l'article sur Robert; néan-
moins Bayle partage l'avis du P. de la Main-
ferme et nie, pour son propre compte, la
réalité des faits imputés au fondateur de
l'ordre de Fontevrault. Après cela, vous
direz que l'opinion de Bayle ne peut four-
nir qu'une présomption et non une
preuve ? d'accord : mais je crois qu'il se-
rait difficile de fournir d'autres arguments
en faveur de l'accusation, que les lettres
des ennemis de Robert d'Arbrissel.
D. Ch.
Une édition nonvelle de Vaperean (V,
598). — Je répondrai moi-même à la ques-
tion posée par l'impatience flatteuse du
ooRcspoodant de Bordeaiix. Une qua-
trième édition du Dictionnaire des Ùon-
temparains est non-seulement en prépa-
ration, mais en voie d* exécution, et très-
avancée. L'auteur reconnaît le premier les
lacunes successives d'un travail condamné
à se refaire sans cesse. Il n'est pas étonné
qu'on parle d'une liste de trois cents noms
omis dans l'édition précédente ; car il aura
lui-même introduit plus de six cents no-
tices nouvelles dans la 4» édition, sans
compter un nombre au moins aussi grand
d'anciennes notices entièrement transfor-
mées, par suite de l'importance acquise
récemment par les personnages auxquels
elles étaient consacrées. De plus, d'innom-
brables modifications de détail, rectifica-
tives ou complémentaires, auront été ap-
portées d'un bout à l'autre de l'ouvrage,
pour le tenir au courant des événements
et des publications.' La bibliographie sur-
tout aura été complétée. Plus de 25 à
3o,ooo notes, recueillies au jour le jour,
auront été mises en œuvre. Et toutefois,
l'auteur recevra avec reconnaissance, jus-
qu'au dernier moment, et emploiera, dans
les limites du possible, toutes les commu-
nications propres à augmenter l'exactitude,
si précieuse dans un tel livre, m^\% si diffi-
cile à obtenir. G. Vaperkau.
— Avant qu'une édition nouvelle soit
Ï>ubliée, M. C. A. pourra combler une des
acunes signalées par lui, en recherchant,
dans l'Etude suivante, la notice spéciale-
ment consacrée aux œuvres de M. Mau-
rice Sand : Le Berry aux Salons de pein-
ture et les Artistes en Berry, depuis
trente ans^ etc., par M. Richard- Desaix,
p. 320 à 325. (Société du Berry, X« an-
née, 1 862-1 863. Paris, in-8®, Nap. Chaix.
édit.) Truth,
Armoiries des prélats et des sénateurs
(V, 600). — Aux termes du décret impé-
rial du i^'mars 1808, les ministres, les sé-
nateurs, les conseillers d'Etat à vie, les
présidents du Corps législatif, les arche-
vêques, avaient droit au titre de comte;
mais ils devaient faire régulariser leur si-
tuation en demandant à Ta chancellerie la
délivrance de lettres patentes. Le décret
indique, à la section III, le mode de déli-
vrance, de publication et d'enregistrement
de ces lettres. Elles devaient inaiquer no-
tamment la forme et la couleur des^r-
moiries et livrées accordées à l'impétrant.
De nos jours, dans le silence de la loi
de 18 58, le droit a été remplacé par l'u-
sage, et les armoiries dont se parent les
membres du Sénat et de l'épiscopat sont
ce qu'on nomme dans la langue du blason
des armoiries de dignité. Ceux de ces per-
sonnages qui sont déjà en possession d'ar-
moiries de famille se contentent d'ajouter
à l^pr écu, des attributs (toque, mitre, man-
DES CHERCHEURS ET CVRIEUX.
[lo déc. 1^69»
teau, etc.) en rapport avec le titre dont ils
sont revêtus; ceux auxquels Iç destin a re-
fusé des distinctions héréditaires s'offrent
des armes de fantaisie dont l'étrangeté pro-
cure souvent une douce gaieté aux justes
quelque, peu experts en pareille matière.
Joc'h d'Indret.
Ambroise Paré était-il hugnenot? (V,
606.) — J'ai sous les yeux un petit volume
intitulé : The Lyfe ofthe most fcodly va-
leant and noble capteine and maintener of
the treur Christian religion in Fraunce,
Jasper Colignie Shatilion , sometyme
greate adrnirall of Fraunce. Translated
oui of latin by (le nom est malheureuse-
ment déchiré). Imprinted at London by
Thomas Vautrollier, 1576.
On y lit que, dans la nuit de l'exécrable
massacre de la Saint-Barthélémy, il n'y
avait dans la maison de Coligny que
a Cornaton^ Labon, Yolette, mayster of
« the admiralls horses; Merline the mi-
a nister of Gods word, Ambrose Pare the
« kings surgion, etc., » lorsqu'elle fut en-
vahie, comme ferait un torrent, par Co55m
Attigny et le monstre C/i. Dianoivit!^ (vul-
gairement appelé Be/zewe, parce qu'il était
de la Bohême), à la tête des Suisses de la
garde du duc d'Anjou, vêtus de noir, de
blanc et de vert. Voici ce qu'en dit ce té-
moin oculaire : a When the witnesse of ail
a theis things came into his(the admiral's)
« chamber, being demaunded of Ambrose
a the surgion wnat noyze that was : he
a turned himself tothe admirall and sayd:
« Sir, it is God thatcalleth vs vntoo him.
a They haue broken intoo the howse, and
a there is no way too withstand them. As
« formée (quoth the admirall) Ihaue pre-
« pared myself vntoo death afore " hand.
« Shift yow for yourselwes if yow can
« possibly : for it will bee in vaine for yow
« too go abowt too saue my life. I c'om-
« mend my sowle to Gods mercy.They that
a are the witnesses of theis things, noted
a that the admirall did no more chaunge
« his countenance at theis dovings, than
« if no straunge thing at ail had happened
« untoo him. AU the residew (sauing only
a Nicolas Muskie, a right trustie seruaunt
« of his, and his interpréter for the Dutche
« tong) gelting themselues away intoo the
a garrettes ofthe howse, andfindingawin-
« dowe in the roofe, fell too shiftmg for
« their Hues by flight, and diuers of them
« scaped by the benefite of the night. »
Il est présumable que c'est alors qu'^m-
broise Paré, étant parvenu à se sauver
avec les autres, aura été chercher refuge
au Louvre, dans la chambre même de
Charles IX.
Il semble donc prouvé par ce récit, qu'il
était huguenot^ lors de la Saint- Barthé-
lémy. Or, est-il présumable qu'après cette
boucherie de ses frères , il aura jamais
71.0
[
eu l'idée de se faire catholiaue? Est-il vrai-
semblable aussi que Pare ait jamais tu-
toyé le doux Charles IX : « Je te soygne
et Dieu seul te guaryra ? »
N. B. J'aimerais bien savoir de qui est
la traduction anglaise de 1576, dont l'ex-
trait précède. . P, A. L.
Galands d'or (V, 614, 484). -- « C'est
« sous Lom;5X///, est-il dit, qu'arriva d'Es-
« pagne, où il signifie Amante Je mot Ga-
« lan. » S'il en est ainsi, — ce que je n'ai
aucune raison de révoquer en doute, —
que devient, dès lors, la chanson populaire
introduite dans la Chasse de Henri IV :
Vive Henri Quatre,
Vive ce roi vaillant,
Ce diable à auatre
A Je triple talent
De boire et de battre
Et d'être un vert galant!
A ce propos, je me rappelle Talma à
Nantes, en 18 16, jouant dans deux pièces
pour son bénéfice : les Templiers et la
Chasse de Henri IV, L'impression qu'il
me fit dans cette dernière pièce est qu'il
n'aurait pu, comme Garrick dans le célè-
bre tableau de Reynolds, être également
partagé entre la tragédie et la comédie.
Talma était beau comme l'antique, et il
était pénible de le voir faire le jovial, en
habit couleur abricot, bordé de velours
noir, une fraise au cou, un manteau à la
Roquelaure, des bottes à la poulaine et le
traditionnel chapeau à la Henri IV. De lui,
l'on pouvait dire, avec une légère interver-
sion : a Tel brille au premier rang, qui
s'éclipse au second. » P. A. L,
Mettre les pieds dans le plat (V, 6 18).—
Il y a trente ans ou plus, on a joi^é au
Palais- Royal une pièce intitulée les En-
fants du Délire. Il y avait une scène où
l'on procédait à la réception d'un nouvel
Enfant du Délire. Un ennemi du candi-
dat, pourmieux combattre son admission,
montait sur 2a table déjà toute servie.
Puis, s'échaufFant dans sa harangue, il ou-
bliait la nature exceptionnelle de sa tri-
bune, s'agitait, marchait et finissait par
camper son gros soulier boueux au beau
milieu de la soupière. Peut-être cette bouf-
fonnerie explique-t-elle assez bien le sens
et l'origine de ce dicton... beaucoup plus
vieux qu'elle. O. D.
Cadran solairiana (V, 620, SSg, etc.) —
Chacun fait ce qu'il peut : il ne m'est pos-
sible de venir en aide à M. H. E., que
pour un seul cadran solaire. Je l'ai vu
longtemps à Troyes, et sa devise m'a tou-
jours semblé heureuse : Horas non numéro
nisi serenas* Clovis Mx.
N« 119.J
L'INTERMÉDIAIRE
711
712
— Pardon, M. S. D., je crois pouvoir
affirmer que le cadran solaire de rhôtel de
ville d'Anet ne porte point : Ora UT te
rapiat hora^ mais bien : Ora NE te rapiat
horûj ce qui est bien différent.
J'ai visité Anet en i863 ; cette épigraphe
m'était restée dans la mémoire, et je l'a-
vais consignée, dès lors, sur un carnet, où
i'e la retrouve telle que je la donne plus
laut.
Sur les murs du château de La Roche-
foucauld (Charente), reconstruit en grande
partie par Antoine Fontan, je me souviens
parfaitement d'avoir vu, il y a déjà long-
temps, un cadran solaire qui portait ces
vers bien connus :
Eheu, fugaces labuntur anni.
Fugit irreparabile tempus.
On peut ajouter à ce recueil les senten-
ces qui se retrouvent sur beaucoup d'an-
ciennes horloges, et même d'anciennes
pendules. J'en possède une, du temps de
Louis XIII, dont le cadran en chiffres ro-
mains semble supporté à bras tendus par
Saturne, figuré en ronde bosse et en cui-
vre doré. Lé dieu est assis sur une sorte
d'entablement, sous la frise duquel on lit
ces mots : Soient avdet dicere falsvm.
(Bordeaux.) Christagène.
— Au cadran de l'ancienne église des
Carmes de la ville de Vie (Meurthe), ser-
vant de nos jours de magasin :
AfHictis lents, celeres gaudentibus horae.
Le tribunal est établi dans le couvent,
et les prisons sont à côté.
Sur celui de la chapelle du collège fjadis
aux R. P. Jésuites) de Saar-Union (Bas-
Rhin) :
I. H. S. Sit nomen Domini benedictum
usque ad occasum, 1758.
La municipalité a fait restaurer der-
nièrement les figures du Temps et des Gé-
nies, qui tiennent cette inscription.
A. Benoit.
— Si je ne me trompe, M. H. E. a com-
mis ci-dessus (V, 52 3) un léger lapsus
calami» Gnomon^ à proprement parler, ne
vient pas de YV<*>lAt3, sentence; — il vient
directement de yv(Î)IMi)v, style qui marque
les heures, dérivé lui-même de ^tvtîxjxa),
connaître.
— Il y a deux ou trois ans, j'ai vu à
Bayeux (Calvados), sur le pignon d'une
ancienne maison située non loin de la
manufacture de porcelaine, un vieux ca-
dran solaire fort endommagé par le temps,
et autour duquel on pouvait encore, avec
un peu d'attention, déchiffrer l'inscription
suivante : sint tibe levés (s. e. horce)
— A Loches, — ou à Corniery (Indre-
et-Loire). — En 1866, un ancien cadran,
placé près du cimetière, portait ces mots :
« sta!
FATALIS HORA VENIET. »
— Je détache, à l'intention de M. H. E.,
le passage suivant, du onzième et dernier
volume (hélas 1) des Nouveaux Lundis de
C.-A. Sainte-Beuve (p. 4.32) :
a Les Viguier, qui étaient de bons bour-
geois de Paris, possédaient dans le prolon-
gement de la rue de Rivoli une maison à
laquelle ils avaient fait mettre sur la rue un
cadran solaire avec une devise. Cette
devise qui était de la composition de M. L.
Viguier, lui ressemblait fort : Ver a intuer e^
média sequere. Une maxime de Montaigne
ou d'Horace. Et il en avait fait lui-même
une paraphrase en vers :
Passant, quand le soleil brille à ce méridien,
Contemple le temps vrai, mais n'en fais point
[usage;
Le bon sens et la loi suivent le temps moyen.
« Prends l'heure à la paroisse » est un honnête
[adage
Dont plusieurs font abus, mais qui convient au
[sage,
Eût-il même du Vrai le miroir en sa main.
Ulric.
— Sur une plaque d'ardoise très-ornée
qui sert de cadran solaire dans le parc de
Mortefontaine, est gravé le distique sui-
vant :
Mors mortis; morti mortem nisi morte dedisset
Cœlorum nobis janua clausa foret.
Ce galimatias doit se comprendre ainsi :
a Christ 1 s'il n'eût tué la mort en expirant,
la porte des cieux nous eût été fermée. »
A. D.
— Un cadran solaire du commencement
de ce siècle porte : Unam tinte.
— Sur le cadran d'un clocher, on lit :
Ultimam timete; et : Nescitis diem neque
horam,
— La lanterne du labyrinthe, au Jardin
des Plantes, ne porte-t-elle pas aussi un
cadran solaire avec une épigraphe?
D^ Lejeune.
— On lit sur un beau cadran solaire
horizontal, dans le parterre -verger de
l'ancienne maison seigneuriale de Montois-
la- Montagne (Moselle) :
CE n'est pas, ô mortels, cette
ombre-ci qvi
[passe,
sont vos ans, sont vos lOVRS QVI NE FONT QVE
[PASSER,
TOVS LES ANS, TOUS LES lOVRS, l'oMBRE PASSE
[et REPASSE,
MAIS VOS ANS ET VOS lOVRS PASSENT SANS RE"
[PASSER.
GERVAISE FECIT. M.D.CC.XXVI.
H. DE S.
— Inscription relevée à Villenauxe
(Aube) :
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[iodée. 1869
7i3
714 ^
Praecipites validis, tardœ languentibus horae.
Jacob.
— A Noyers, près de Tonnerre (Côte-
d'Or), sur le mur de l'ancien collège des
Pères de la Doctrine chrétienne :
Quis melior vitae monitor rerumque magister,
Cum doceat rapido quo fugit hora pede.
Autre au même endroit :
Itque reditque viam constans quam suspicis
[uiribra.
Umbra fugax, homines, non reditura sumus.
Unam time.
— A l'angle du premier bâtiment de
THospice du Mont-Cenis, du côté de l'I-
talie :
Tempore nimboso, securi sistite gressum.
Ut mihi, sic vobis, hora quietis erit.
-- A Florence, au cadran du cloître de
TAnnonciata :
Dum tempus habemus, operemur bonum.
— A Vintimiglia, frontière d'Italie :
Aspiciendo senescis.
— A Nice, boulevard du Midi, sur le
derrière du théâtre qui fait face à la plage,
est un très-savant cadran solaire indiquant
avec force démonstrations la différence du
temps vrai et du temps mojren. ^n y lit
aussi cette légende : Transit hora y lux
manet,
— A Berlin, au Jardin Zoologique : Ich
^eige nardir heiteren Stunden, S. D.
Antiquité de la crinoline (V, 624). — Si
M. E. G. P. n'a pas d'autre document pour
prouver l'antiquité de la crinoline gue le
passage cité d'Aulu-Gelle, il fera bien de
montrer, sur ce sujet, la réserve prudente
qu'il emploie lorsqu'il s'agit de déterminer
ce que « les anciens appelaient un arbre
heureux ou malheureux. » L'abbé Douze
de Verneuil, qui ne paraît pas, du reste,
connaître beaucoup mieux le français que
le latin, Ta induit en erreur. Le texte
d'Aulu-Gelle est clair et précis, mais ne
ressemble guère à la prose du traducteur :
Quod venenato operitur; et quod in rica
surculum de arbore felici habet, « Elle (la
prêtresse) est vêtue (d'un vêtement) de
couleur; sur son voile est un rameau d'un
arbre heureux. » Le cerceau, la couleur de
feu, la couleur de pourpre et les franges
sont de pure invention. Jusqu'à preuve
contraire, la définition de l'arbre heureux
ou malheureux par Caton doit être classée
dans le même ordre de documents.
% Fr. F.
L'ëpigramme contre M. Henri Martin
(V, 02 5) — doit être du Père Daniel, ou
de Mézeray, à moins qu'elle ne soit de
On y a répondu de plusieurs encres. Voici
d'abord 1 encre de la Petite Vertu :
Quand l'Institut, donnant la préférence
Au docte Henri Martin, le plus loyal des Francs,
Lui décerna le prix de vingt bons mille francs,
Pour sa belle Histoire de France^
L'Envie eut son béjaune et charma sa souf-
[france
En trouvant à l'auteur cent défauts différents...
« Les Francs ne sont pas sots; les sots ne sont
[pas francs ! »
B. V.
Le bruit est ponr le fat (V, 625), —J'ai
lu dans ma jeunesse /e^i^wmes de Volney,
où chaque chapitre est précédé d'une épi-
graphe.
L'une d'elles était composée des deux
vers en question, et devait citer l'auteur
qui pourrait bien être M™» Deshoulières, si
ma mémoire ne me fait défaut. On y lisait
encore du même auteur :
L'amour- propre est, hélas! le plus sot des
[amours !
(Reims). E. D.
— Ils appartiennent à Lanoue, et se trou-
vent dans sa comédie de La Coquette cor-
rigée^ acte I, scène 3. —En les citant dans
mon petit recueil des Vers proverbes fran-
çais, j'en ai indicjué l'origme vraisembla-
ble par la note suivante : «Dans un siècle
non moins corrompu que celui de LouisXV,
Ovide avait dit (Amor. III, 4, v. 3y) :
Rusticus est nimium quem lœdit adultéra con-
[jux.
« C'est être trop rustre que de s'of-
fenser de l'adultère d'une épouse. »
C. Dezobry.
— Ils sont de Lanoue, scène 3®, acte !««•
de la Coquette corrigée, Eraste, trahi par
la Coquette, menace de faire imprimer
les lettres qu'il a d'elle. Clitandre, ami
d'Eraste, cherche à l'en détourner :
Tu cherchas à lui plaire, et tu plus à Julie :
Ne fût-ce que deux jours, elle fut ton amie.
Tout ce que ces deux jours Julie a fait pour toi.
Sous le sceau le plus saint fut commis à ta foi.
Regards, billets, discours, signes de toute es-
[pèce,
Du plus profond secret supposaient la promesse.
Aux mams d'un honnête nomme elle a cru con-
Le pouvoir de la perdre ou de Thumilier. [fier
Des devoirs de Tamant sois quitte ; elle est vo-
[lage :
Le secret en est un dont rien ne te dégage !
Elle est femme, elle rompt de perfides liens :
Sois homme ; tes serments doivent survivre aux
[siens.
Laissons le petit- maître et Timpudent cynique
S*abreuver de scandale et vivre de critique.
Et, sans frein, sans pudeur, déchirer de leurs
[traits
Celles dont ils n'ont pu profaner les attraits;
N- 1 19.]
L'INTERMEDIAIRE
— 7i5 —
Laissons cette vermine orgueilleuse et sans âme
Se parer des débris de Thonneur d*une femme j
Le Druit est pour le fat, la plainte est pour le
[sot;
L'honnête homme trompé s*éloigne et ne dit
[mot.
Peut-être pourrait-on entrevoir dans
cette tirade une critique du dénoûment
du Misanthrope; mais Molière n'y a donné
le vrai caractère d'honnête homme,, ni à
Acaste. ni à Clitandre. O. D.
Quatre autres correspondants font même
réponse. Un cinquième indique, par erreur,
la Femme jalouse de Desforges. Un sixième
attribue la Coquette corrigée à Destou-
ches, et renvoie à Ed. Fournîer, qui n'a
point commis ce lapsus, et dont les ou-
vrages, comme nous le dit fort bien un
septième correspondant, dispensent au-
jourd'hui de longues recherches et nous
épargnent bien des efforts de mémoire.
La décoration du Lis (V, 632, 268). —
Les insignes de cet ordre éphémère ont
sans doute varié, malgré sa courte durée.
J'en ai vu un modèle bien différent de
celui décrit par M. E. G. P. (V. 632). Il
consistait uniquement en une fleur de lis
d'argent de deux centimètres environ de
hauteur, suspendue par une bélière à une
couronne fermée de même métal. Le ru-
ban était de moire blanche, sans liséré.
Joc'h d'Indret.
— Les diplômes de la décoration du Lis
ne ressemblent pas tous à celui qui est
décrit par M. E. G. P. J'en possède un
qui présente de notables différences. 11 est
sur parchemin, d'une hauteur de 40 cen-
timètres et d'une largeur de 48 centimètres.
Comme dans l'autre, le texte est encadré
d'une vignette gravée par Adam et im-
primée par P. Didot l'aîné, imprimeur du
roi et des gardes nationales du royaume.
En haut, deux génies ailés soutiennent
d'une main les armes de la France dans
une couronne de chêne et de laurier, et
portant de l'autre une branche de lis. A
droite et à gauche, sont deux trophées com-
posés de drapeaux, d'armes, d'équipements
militaires et d'une grosse caisse, le tout
entremêlé de branches de lis. Le trophée
de droite présente au bas la décoration du
Lis dans une couronne et en haut les armes
de France; celui de gauche offre au bas j
les armes de la Ville de Paris et en haut 1
la décoration du Lis. La vignette du bas '
est composée d'ornements et d'instru-
ments de musique avec un cartouche ren- '
fermant les armes de la France en tim-
bre sec.
Ce brevet est délivré par Charles-Phi-
liçpe de France, et constate qu'il s'est
fait représenter les états de service de
rimpétrant qui sont rapportés en en- '•
y, 5
tier. Puis, il déclare qu'il a reconnu «que
a lesdits services arrêtés conformément à
« l'Ordre et au Règlement des 4 et 10 juil-
tf let 1814, par le Conseil général des bre-
a vêts et récompenses» donnaient à l'impé-
trant le droit de porter la décoration du
Lys, telle qu'elle a été accordée à la garde
nationale de Paris, dans Tordre du jour du
26 avril, donné en notre nom, comme
lieutenant-général du royaume , dans
l'ordre du jour du 9 mai, aonné au nom
du Roi^ notre souverain seigneur et frère,
et dans l'ordonnance royale du 5 août 1 814,
sur les récompenses accordées à ladite
garde nationale. En conséquence, il auto-
rise à porter ladite déclaration consistant
dans la Fleur de Lys, surmontée de la
couronne royale, le tout en argent, sus-
pendu à un ruban blanc moiré, ayant sur
chacun des bords un liséré bleu de roi,
large de deux millimètres.
Ce brevet, délivré le 8 février 181 5, est
signé par Charles-Philippe, par le comte
Dessolle, ministre d'Etat, pair de France,
major général, par le duc de Montmo-
rency, aide-major général, président du
conseil des brevets, et par Gilbert de Voi-
sins, secrétaire- général. V. T.
%r0ut)ailUd et €ntioBités.
Premières chansons (inconnues et re-
trouvées) de Béranger. — Je viens de dé-
couvrir un petit volunre, non encore signalé,
qui renferme vingt-quatre chansons incon-
nues de notre Béranger. Le malin chan-
sonnier a si bien gardé son secret, qu'on
pouvait le croire à jamais enseveli dans sa
tombe. Mais vous savez ma théorie sur
les œuvret non recueillies des poètes fi-an-
çais ? J'ai établi en principe que tout poète,
grand ou petit, a dû laisser s'égarer ou se
perdre un certain nombre de pièces de
poésie de sa composition , qu'il taut cher-
cher dans les recueils contemporains im-
primés ou manuscrits. J'ai donné un corps
à ce système de dénicheur de poé.^ies
cachées dans les buissons les plus épais de
la littérature, en publiant deux gros vo-
lumes à' Œuvres inédites ou non recueillies
de notre La Fontaine. Je crois que Bé-
ranger pouVrait nous fournir au moins un
volume en ce genre, et peut-être deux, si
Ton parvenait à constater tout ce qu'il a
écrit, ptopria manu, pour les livres d'art
de Landon.
J'en reviens à mon volume dont j'igno-
rais absolument Texistence. Edouard Four-
nier seul (qui sait tout et sait si bien ce
qu'il sait;, avait mentionné, dans ses notes,
ledit volume , d'après une indication de
Saintine, mais onc il n'avait pu rencontrer
ce curieux rara avis! J'ai été plus heureux
DES CHERCHEURS ET CURIEUX.
[iodée. 1869
717
que lui; en trouvant sur un étalage du
quai Saint-Michel : La Guirlande ou choijc
de chansons nouvelles, dédiée au beau sexe.
Première année. (A Paris, Frechet et Cie,
an XII (1804). Pet. in- 12 de 192 pages,
non compris le calendrier et la table, avec
un frontispice gravé par Brion.) Ce recueil,
dont' le fameux Cousin d*Avalon paraît
avoir été l'éditeur, a pour épigraphe ces
deux vers, que Dupin cita plus tard avec
bonheur dans son plaidoyer pour les Chan-
sons de Béranger :
Les vers sont enfants de la l^re :
Il faut les chanter, non les lire.
Voici, pour aujourd'hui, les trois pre-
mières chansons que j'extrais de mon vo-
lume, ad majorem aivi Berengerii glo-
riam :
Le Vieillard et l*Arbre.
Air : De Marot et sa servante.
Il est tombé, l'orme superbe,
La parure de cea hameaux !
Son front dépouillé foule l'herbe
Qu'ombrageaient ses vastes rameaux.
Ecoutez gémir la fauvette :
Son nid avec l'arbre a péri...
Contre le chasseur qui vous guette,
Oiseaux^ cherchez un autre abri !
Sous son ombre, les jours de fête,
Des étés on fuyait Tardeur.
Son feuillage, dans la tempête,
Offrait asile au voyageur.
Il ne viendra plus, le villag;e,
Danser sous son orme chéri!...
Et vous, qu*hélas! surprend Forage^
Ne comptez plus sur son abri !
Je commençai mon existence
Sous ses rameaux touffus et verts :
Il vit les jeux de mon enfance,
Il a compté tous mes hivers.
Comme lui, battu par l'orage,
Le corps brisé, le cœur flétri,
Je revenais sous son ombrage,
Y marquer mon dernier abri.
Béranger.
Chanson de table.
Air : Turlurette, etc.
L'amour, l'amitié, le vin
Vont égayer ce festin,
Nargue de toute étiquette !
Turlurette, turlurette.
Bon vin et fillette!
L'Amour nous fait la leçon :
Partout ce dieu sans façon
Prend la nappe pour serviette.
Turlurette, etc.
Que dans l'or mangent les grands !
Il ne faut à deux amants
Qu'un seul verre, qu'une assiette.
Turlurette, etc.
Sur un trône est-on heureux?
On ne {jeut s'y placer deux :
Mais, vive table et couchette !
Turlurette, etc.
718
Si pauvreté qui nous suit,
A des trous à son habit.
De fleurs ornons sa toilette !
Turlurette, etc.
N'ayons de laurier ni d'or,
Mais que nous puissions encor
Chanter dans cette chambrette
Turlurette, turlurette,
Bon vin et fillette.
Béranger.
Le Vaudeville^
Air du Zéphir,
Enfant
Pétulant,
Il craint l'art
Kt le faW,
Mais, en tout.
Avec goût
Il sourit
A l'esprit.
Des mœurs.
Des auteurs
II a ri,
A l'abri
Des lauriers
Des premiers
Chansonniers.
Piron,
Sans façon,
Engagea,
Protégea
Cet enfant,
En plaçant
Au Caveau
Son berceau.
Panard,
Au brocard,
A l'amour,
Tour à tour
Prêta son
Joyeux son,
Qu'il polit,
Embellit.
Vadé
L'a guidé
Sur les ports.
Chez les forts.
Lattaignant,
En chantant,
A ce dieu
Dit adieu.
Favart,
Malgré l'art.
Lui fut cher ;
Collé, clerc.
Couvrait les
Noirs procès,
De couplets.
Tels sont en France,
Par sa puissance,
D'un dieu joyeux
Les apôtres f^ameux.
Vieux airs
Toujours chers,
A-propos,
Traits falots,
Gros rébus
Sont tous ses attributs.
N»ii9.]
L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX. [lo dée. 1869.
719
720
Enfant
Pétulant, etc.
BéRANGER.
Pour copie conforme : Bibl. Jacob
H. Lonis Viardot et rAcadémie deTroyes
en Champagne. — Que de fois n'a-t-on
pas relevé la bévue, commise encore tous
les jours par d'étourdis rédacteurs de cata-
logues, qui glissent parmi les recueils aca-
démiques la facétie célèbre composée et
publiée par Grosley et ses amis sous le
titre de : Mémoires de rAcadémie des
scienceSy inscriptions, belles-lettres, beaux-
artSy etc., nouvellement établie à Troyes
en Champagne, Parmi les {)laisanteries
dont on a formé ce volume, imprimé en
1744, se trouve : Projet d'un voyage en
Espagne pour constater un fait important
de l Histoire du chevalier Don Quichotte;
lu dans l Académie le 10 mai 1744, /7ar
M""*, Vun des sept: Le but que se propo-
sait le prétendu auteur de ce projet de
voyage, était de réfuter les railleries de
mauvais plaisants qui soutiennent que Ton
ne meurt point d'amour. Et il n'avait pas
trouvé de meilleur moyen pour y par-
venir, que de démontrer par des recher-
ches topographiques, chronologiques, gé-
néalogiques et testimoniales, opérées sur le
théâtre des exploits de Don Quichotte,
la véracité incontestable de l'histoire du
berger Chrysostôme. Accessoirement il pro-
posait de rechercher dans la bibliothèque
de l'Escurial le texte arabe du Cid-Hamet-
Ben-Engeli, de le conférer avec celui de
Cervantes, et avec la tradition du pays, et
de dresser : a i» Un itinéraire de Don Qui-
chotte, où Ton marquerait exactement les
routes qu'il a tenues et les lieux où il a
été; 20 de bonnes tables chronologiques
où chaque fait serait raneé sous sa date. »
Malheureusement les réaacteurs des Mé-
moires prennent soin de nous apprendre
que : « ce projet n'a point eu lieu, la Com-
pagnie s'étant trouvée dispersée avant le
temps de l'exécution. »
Qui croirait que, de cette fine parodie
des abus de l'érudition, M. Louis Viardot
a pu tirer la note grotesque qui orne
(t. I, p. 139), sa traduction de Don Qui-
chotte, publiée, avec des vignettes de Tony
Johannot, en i836, à Paris, chez Dubo-
chet, 2 vol. gr. in-S®:
a Une des Académies de France, celle
de Troyes en Champagne, prit au sérieux
la plaisanterie du prétendu Ben-Engeli :
elle envoya dans le milieu du dix-septième
siècle un commissaire à Madrid, pour vé-
rifier si la traduction de Cervantes était
conforme au manuscrit arabe qui devait
se trouver dans la bibliothèque de l'Escu-
rial, ajoutant, dans ses instructions, que
la publication de l'original serait d'un prix
inestimable pour la littérature de l'Orient. »
Si M. Louis Viardot qui a enrichi son
agréable traduction d'éclaircissements ena-
pruntés à divers commentateurs anglais
et espagnols, eût restitué à chacun sous
chaque note ce qui lui appartenait ; il ne
se serait pas exposé à endosser des bévues
aussi réjouissantes ! E. D.
Des noms propres caracteristiqnes. —
Il est de ces noms qui représentent bien
le caractère de ceux qui les portent. Il en
est aussi qui sont en complète contra-
diction avec le caractère. Citons quelques
exemples :
Carrel (Armand). Carrel, flèche dont le
fer a une pointe triangulaire; gros trait
d'arbalète; en basse lat. : Quarellus. Le
tonnerre et la foudre. M. Ch. Nisard,
dans ses « Curiosités de l'étymologie, »
citant Roquefort (Glossaire de la langue
romane) dit, au mot Garos : a II aurait pu
ajouter quarrel, quarriau, carriax. » Or,
c est précisément ce qu'a fait Roquefort en
ajoutant : « Voyez Carrel, » et à ce mot :
« quarrel, quarriau, carriax. » N'est-ce
pas là que les aurait trouvés M. Nisard ? Les
Anglais ont conservé le mot quarrel pour
dispute, disputer. Nous en avons fait que^
relie, quereller.
Voici, par contre, l'épitaphe d'un homme
célèbre par son esprit enjoué, dont le nom
ne s'accordait guère avec cette aimable
disposition :
How often wrongs our nomenclature
How our names differ from our nature,
Tis easy to discern.
Herelies the quintessence of wit,
For mirth and humour none so fit ;
And yet men called him Sterne.
Mais, en allemand, Stern signifie étoile,
et Laurence Sterne en était certainement
une des plus brillantes dans cette voie
lactée des beaux-esprits du dix-huitième
siècle. P. A. L.
Le président de Brosses, Alphonse Karr
et Alex. Onmas. — Alphonse Karr a dit
quelque part : u Le seul plaisir que l'on
puisse goûter au théâtre, en été, c'est
d'en sortir. » Le président de Brosses avait
écrit, le 8 juillet 1 789, à M. de Neuilly :
« Parmi les plaisirs que Gênes peut pro-
curer, mon cher Neuilly, on doit compter
pour un des plus grands celui d'en être
dehors. » Nos hommes d'esprit ont, du
reste, énormément emprunté au président,
et Alexandre Dumas père notamment s'est
souvenu fort à propos, dans ses Impres-
sions de voyage, de ce joli mot d'une
lettre du 1 9 octobre : « Je n'aurais jamais
imaginé que, dans un si petit Etat (l'Etat
de Lucques), il pût faire une si grande
pluie. » T. DE L.
Palis. - Typ. de Ch. Meiracii, nurCajaa, 18. — iSW.
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